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Full text of "Hbgirin : dictionnaire encyclopédique de bouddhisme d'après les sources chinoises et japonaises"

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HANDBOUND 
AT  THE 


UNIVERSITY  OF 
TORONTO  PRESS 


GK</d 


HÔBÔGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS   LES    SOURCES    CHINOISES   ET   JAPONAISES 


PREMIER   FASCICULE:     A— BOMBAI 


À  LA  MÉMOIRE  DE 


EMILE  SENART 


AVERTISSEMENT 


L'immense  littérature  du  bouddhisme  indien  n'existe  plus,  pour  la  plus  grande  partie,  dans  sa 
rédaction  originale,  mais  les  collections  canoniques  de  la  Chine  nous  ont  conservé  plus  d'un  millier 
de  ces  textes  traduits  en  langue  chinoise.  En  outre,  l'étude  des  doctrines,  de  la  discipline  monastique, 
du  rituel,  de  l'iconographie,  a  donné  naissance,  en  Chine  et  dans  les  pays  adjacents,  à  toute  une  lit- 
térature d'exégèse  qui  prolonge  la  tradition  de  l'Inde.  Les  pèlerins  et  les  missionnaires  qui  pendant 
de  longs  siècles  n'ont  cessé  de  circuler  entre  l'Extrême-Orient  et  l'Inde,  en  passant  soit  par  l'Asie 
Centrale,  soit  par  les  Mers  du  Sud,  nous  ont  laissé  des  informations  de  haute  valeur  pour  l'histoire 
du  monde  bouddhique  tout  entier.  Enfin  c'est  en  Extrême-Orient  que  le  bouddhisme  du  Grand 
Véhicule,  éliminé  de  l'Inde  dès  le  dixième  siècle  de  notre  ère,  s'est  perpétué  jusqu'à  nos  jours,  avec 
ses  croyances,  ses  rites,  ses  arts  savants  ou  populaires  ;  et  les  nombreux  ouvrages  qui  en  retracent  les 
destinées  en  Chine,  en  Corée,  au  Japon,  ou  même  dans  l'Indochine  annamite,  intéressent  au  premier 
chef  tous  ceux  qui  cherchent  à  pénétrer  la  civilisation  de  ces  divers  pays. 

Les  Sociétés  Asiatiques  réunies  en  Assemblés  fédérales  à  Londres  en  içiç,  à  Paris  en  IÇ20, 
à  Bruxelles  en  iÇ2i  ont,  par  un  vœu  unanime  et  régulièrement  renouvelé,  invité  les  spécialistes  de 
l'Extrême-Orient  à  préparer  dans  une  des  grandes  langues  internationales  de  la  science  un  Diction- 
naire du  Bouddhisme  fondé  sur  les  documents  chinois  et  japonais. 

C'est  pour  répondre  à  cet  appel  que  le  Hôbôgirin  a  été  entrepris.  La  libéralité  de  M.  OTANI 
Sonyu  X®&&,  du  Nishi-Honganji  de  Kyoto,  et  de  M.  WADA  Kyûzaemon  JfiJffl:X£JSjH> 
d'ôsaka,  a  assuré  les  fonds  requis  pour  le  recrutement  d'une  équipe  de  collaborateurs.  La  Maison 
Franco-Japonaise,  créée  à  Tokyo  en  IÇ2Ô,  a  fourni  le  foyer  nécessaire  à  la  collaboration  de 
l'Orient  et  de  l'Occident.  L'Académie  Impériale  du  Japon  a  pris  l'œuvre  sous  son  haut  patronage , 
et  le  regretté  président  de  la  Société  Asiatique  de  France,  Emile  SENART,  membre  de 
l'Institut,  qui  dès  l'abord  s'y  était  intéressé  tout  particulièrement,  avait  accepté  que  son  nom  fût 
inscrit  en  tête  du  premier  fascicule. 

Afin  de  concentrer  l'effort  initial  sur  la  partie  la  plus  neuve  et  la  plus  difficile  de  l'œuvre,  il 
a  paru  opportun  de  s'en  tenir  tout  d'abord  aux  termes  techniques  et  aux  noms  propres  d'ordre 
surnaturel.  On  a  laissé  de  côté  :  (i)  les  noms  de  personnages  d'ordre  humain,  historiques  ou  semi- 
historiques,  et  notamment  des  personnages  que  la  tradition  associe  au  Buddha  Sâkyamuni  ou  qui 
appartiennent  à  l'histoire  de  l'Eglise  :  moines,  princes,  lettrés,  etc.;  (2)  les  noms  de  lieux  ;  (3)  les 
titres  d'ouvrages,  tant  canoniques  que  littéraires.  Ces  trois  sections  sont  réservées  pour  une  seconde 
partie  qui  pourra  être  entreprise  ultérieurement. 

Comme  l'indique  son  sous-titre,  le  Hôbôgirin  est  fondé,  en  principe,  exclusivement  sur  les 
sources  chinoises  et  japonaises.  Les  documents  sanskrits,  palis,  tibétains,  ainsi  que  les  travaux  des 
orientalistes  européens,  ne  sont  utilisés  que  sporadiquement  et  dans  la  mesure  où  ils  peuvent 
éclairer  les  textes  chinois  et  japonais.  On  s'est  efforcé  toutefois  de  restituer  les  correspondants  sans- 
krits, palis  et  tibétains  de  tous  les  termes  sino- japonais  qui  font  l'objet  d'articles  spéciaux  dans  le 
Hôbôgirin.  A  chacun  de  ces  termes  est  affectée  une  traduction  française  déterminée  ;  les  mots  français 
servant  ainsi  d'équivalents  à  des  termes  techniques  du  bouddhisme  sont  signalés  au  lecteur  par 
l'emploi  de  Majuscules  initiales. 


II 

Pour  ce  qui  touche  à  V iconographie,  les  textes  chinois  et  japonais,  et  en  particulier  les  documents 
littéraires  du  tantrisme,  ont  été  dépouillés  aussi  complètement  que  possible.  Quant  aux  images  elles- 
mêmes,  il  n'a  été  tenu  compte  que  des  matériaux  japonais  ;  toutes  les  illustrations  reproduisent  des 
originaux  conservés  au  Japon. 

Les  auteurs  du  Hôbôgirin  ont  pris  pour  point  de  départ  les  principaux  dictionnaires  du  boud- 
dhisme publiés  au  Japon.  Le  Bukkyô  Daijiten  de  T.  Oda  (içiy),  le  Bukkyô  Daijii  préparé  par  les 
soins  du  Nishi-Honganji  de  Kyoto  (1914-1922),  le  Dictionnaire  du  Tantrisme  de  K.  Tomita 
{Himitsujirin,  191 1),  le  Dictionnaire  des  transcriptions  sino-japonaises  de  termes  sanskrits,  de  Ekô 
(Kikitsuekidoshû,  IJ '16),  V Index  du  Canon  Bouddhique,  de  M.  K.  Kawakami  (Daizôkyôsakuin, 
1927-1928),  ont  été  dépouillés  de  façon  méthodique,  et  l'on  espère  n'avoir  omis  aucun  des  renseigne- 
ments qu'ils  fournissent,  sauf  toutefois  en  ce  qui  concerne  les  systèmes  de  scolastique  développés  par 
certaines  sectes  d'origine  proprement  chinoise  ou  japonaise,  notamment  par  les  sectes  Kegon  (Houa- 
yen),  Tendai  (T'ien-t'ai)  et  Shin.  Ces  systèmes  peuvent  en  effet  être  considérés,  dans  l'ensemble  du 
bouddhisme,  comme  des  innovations  locales  ;  les  dictionnaires  japonais,  rédigés,  pour  une  part  du 
moins,  à  l'usage  des  fidèles  de  ces  sectes,  y  consacrent  une  documentation  détaillée  qu'il  n'a  pas  paru 
nécessaire  de  reproduire  intégralement.  On  s'est  contenté  d'en  indiquer  les  grandes  lignes  et  les  termes 
principaux,  et  seule  la  scolastique  se  rattachant  directement  à  la  tradition  de  l'Inde  a  été  traitée 
à  fond. 

Le  Hôbôgirin  n'est  pas  seulement  une  mise  au  point  des  travaux  antérieurs  ;  on  s'est  imposé 
de  remonter  aux  sources,  de  les  contrôler,  et  de  procéder,  partout  où  il  y  avait  lieu,  à  des  recherches 
originales.  D'autre  part  la  présentation  des  matériaux,  ainsi  remaniés  et  complétés,  a  été  modifiée 
à  l'usage  du  lecteur  occidental,  dont  le  point  de  vue  est  souvent  différent  de  celui  du  lecteur  bouddhiste. 
Tout  en  laissant,  autant  qu'on  l'a  pu,  directement  la  parole  aux  textes,  qu'on  les  ait  traduits  ou 
analysés,  on  les  a  groupés,  dans  chaque  article,  suivant  un  plan  déterminé  ;  un  aperçu  placé  en 
tête  des  articles  les  plus  importants  résume  brièvement  les  conclusions  qui  se  dégagent  des  textes  cités 
au  cours  de  ces  articles.  On  a  cherché  à  éviter  un  morcellement  excessif  des  matériaux,  légitime  dans 
un  dictionnaire  japonais  qui  doit  servir  de  répertoire  pour  les  détails  à  un  public  averti  des  ensembles, 
mais  incommode  pour  des  profanes  auxquels  les  associations  d'idées  doctrinales  et  les  thèmes 
traditionnels  ne  sont  pas  familiers . 

Par  un  retour  constant  aux  Ecritures  canoniques,  base  nécessaire  de  toute  étude  approfondie, 
et  grâce  à  une  collaboration  harmonieuse  de  la  science  française  et  japonaise,  les  auteurs  du 
Hôbôgirin  se  sont  donc  efforcés  de  réaliser  une  œuvre  véritablement  nouvelle,  où  la  parole  de  la 
Bonne  Loi  et  les  interprétations  des  docteurs  hindous,  chinois  et  japonais  de  tous  les  âges,  fussent 
mises  à  la  portée  de  l'esprit  occidental. 

Les  caractères  chinois  sont  transcrits  selon  leur  lecture  japonaise,  qui  a  paru  offrir  sur 
la  lecture  chinoise  l'avantage  d'être  garantie  par  une  tradition  stable,  encore  vivante  de  nos  jours 
dans  les  écoles  bouddhiques.  La  prononciation  traditionnelle  de  ces  écoles  a  été  suivie  fidèlement, 
même  lorsqu'elle  s'écarte  des  lectures  sino-japonaises  normales,  soit  en  élidant  les  syllabes  finales 
(-tsu,-chi)  dans  les  termes  composés  de  plusieurs  mots,  soit  en  introduisant  des  essais  de  restitution 
des  originaux  sanskrits  (Daruma  pour  Datsuma),  etc.  ;  ces  lectures  aberrantes  sont  marquées  d'un 
signe  spécial.  Un  index  indiquera  aux  sinologues  les  prononciations  japonaises  de  tous  les  caractères 


III 

importants.  D'autre  part,  pour  un  certain  nombre  de  noms  propres  déjà  familiers  au  public  occidental 
sous  leur  forme  chinoise  mandarine,  celle-ci  a  été  ajoutée  entre  parenthèses  à  la  suite  de  la  pronon- 
ciation japonaise  :  p.  ex.  Genjô  {Hiuan-tsang),  Gijô  {Yi-tsing),  etc. 

La  transcription  française  des  mots  sino-japonais  est  conforme  au  système  du  Dictionnaire 
japonais-anglais  de  J.  Inoue  {Inouye's  Comprehensive  Japanese-English  Dictionary,  Tokyo, 
1920),  le  plus  communément  usité  de  nos  jours.  Toutefois  il  a  semblé  inutile  d'emprunter  à  ce  sys- 
tème jusqu'aux  incohérences  qu'il  présente  dans  sa  façon  de  rendre  l'assimilation  des  finales,  qu'il 
s'agisse  soit  de  la  nasale  -n  devant  une  labiale,  soit  des  finales  -tsu,  -chi,  -fu  devant  ch-  ;  on  a  donc 
transcrit  d'une  part  emma  pour  en-ma,  bombai  pour  bon-bai,  et  de  l'autre  shicchi  {de  shitsu-chï)  au 
lieu  de  shitchi,  icchu  {de  ichi-chu)  au  lieu  de  itchu,  par  analogie  régulière  avec  busshô  {de 
butsu-shô),  ikken  {de  ichi-ken),  etc. 

Le  Hôbôgirin  sera  complété  par  une  série  d'index,  comportant  notamment  :  (j)  une  liste  des 
termes  techniques  rendus  en  français  dans  le  Dictionnaire,  avec  leurs  équivalents  sino-japonais  et 
sanskrits-palis  ;  (2)  inversement,  une  liste  des  termes  techniques  sanskrits-palis  avec  leurs  équivalents 
sino-japonais  et  français  ;  {3)  une  liste  détaillée  des  termes  sino-japonais  expliqués  dans  le  Hôbôgirin, 
en  caractères  chinois  rangés  par  nombre  de  traits  puis  dans  l'ordre  des  clés,  et  accompagnés  d'une 
double  transcription,  japonaise  et  mandarine  ;  {4)  une  liste  des  sigles  bibliographiques  utilisés  pour 
désigner  les  ouvrages  qui  ne  figurent  pas  dans  le  Taishô  Issaikyô  ;  (5)  une  liste  des  abréviations  et 
des  signes  conventionnels.  Ces  index  paraîtront  après  l'achèvement  du  Dictionnaire.  ' 

Afin  de  permettre  au  lecteur  de  s'orienter  dans  le  Hôbôgirin  sans  attendre  la  publication  de 
ces  index  définitifs,  on  a  inséré  dans  le  premier  fascicule  des  listes  provisoires  :  (j)  des  termes  tech- 
niques traduits  en  français,  avec  leurs  équivalents  sino-japonais  et  sanskrits-palis  ;  (2)  des  sigles 
bibliographiques  ;  (3)  des  abréviations  et  des  signes  conventionnels.  Des  listes  analogues  seront  in- 
sérées de  même,  s'il  y  a  lieu,  dans  chacun  des  fascicules  suivants. 

Le  présent  avertissement  est  lui-même  provisoire  ;  une  préface  générale  paraîtra  avec  le  dernier 
fascicule. 

Un  fascicule  annexe,  intitulé  "Tables  du  Taishô  Issaikyô",  contiendra  la  liste  complète  des 
ouvrages  compris  dans  la  dernière  édition  japonaise  du  Canon  Bouddhique  de  langue  chinoise,  le 
Taishô  Issaikyô,  avec  les  numéros  d'ordre  qui  leur  ont  été  attribués  dans  cette  édition  et  qui  sont 
régulièrement  employés  dans  les  références  du  Hôbôgirin  ;  on  y  trouvera  de  plus  la  concordance  de 
ces  numéros  avec  le  classement  suivi  dans  les  éditions  japonaises  de  Tokyo  et  de  Kyoto  et  dans  le 
catalogue  de  B.  Nanjô  {qui  suit  l'édition  chinoise  des  Ming).  Les  titres  y  seront  figurés  en  caractères 
chinois  et  en  double  transcription,  japonaise  et  mandarine,  et  accompagnés  de  leurs  correspondants 
sanskrits  {ou  palis)  dans  tous  les  cas  où  la  correspondance  est  garantie,  des  noms  des  auteurs  et 
traducteurs,  etc.  Ce  fascicule,  indispensable  tant  aux  lecteurs  du  Hôbôgirin  qu'à  ceux  du  Taishô 
Issaikyô,  sera  de  même  format  que  le  Hôbôgirin  et  que  le  Taishô  Issaikyô  lui-même.  Il  est  actuel- 
lement sous  presse  et  paraîtra  immédiatement  à  la  suite  du  premier  fascicule  du  Hôbôgirin. 

Des  remerciements  tout  particuliers  sont  dûs  à  M.  Henri  MASPERO,  Professeur  au  Collège 
de  France,  actuellement  en  mission  à  la  Maison  Franco-Japonaise,  qui  depuis  son  arrivée  à  Tokyo 
a  pris  une  part  active  à  la  correction  des  épreuves  et  à  l'organisation  définitive  du  travail  ;  à  M, 


IV 

ONO  Gemmyô  /]\J£f'£ji&,  Editeur  en  Chef  du  Taishô  Issaikyô  et  auteur  de  nombreux  ouvrages  sur 
Vart  et  l'iconographie  bouddhiques,  qui  a  bien  voulu  mettre  sa  vaste  érudition  au  service  du  Hô- 
bôgirin,  notamment  pour  le  choix  des  illustrations  ;  à  M.  MIAO  Tchouan  %%%&,  Professeur  à 
l'Université  d'Amoy,  qui  a  fourni  un  relevé  complet  des  sens  mystiques  attribués  dans  les  textes 
chinois  à  chacune  des  lettres  du  syllabaire  sanskrit  ;  au  Rév.  TA  Kl  Dônin  &fàLiÈ&,  abbé  du 
Gochiin  jî^fên;  au  Hieizan  près  de  Kyoto,  dont  le  concours  hautement  compétent  a  été  précieux 
pour  la  préparation  de  V article  sur  la  psalmodie  bouddhique,  publié  en  partie  dans  le  présent  fasci- 
cule ;  à  MM.  MASAKI  Naohiko  j&fciË,^,  Directeur  de  V Ecole  des  Beaux- Arts  de  Tokyo,  et 
KUME  Keiichirô  fk%fê.-~ 115,  Professeur  à  la  même  Ecole,  qui  ont  autorisé  et  facilité  la  reproduction 
de  documents  conservés  à  V Ecole  des  Beaux- Arts  ;  au  Gokokuin  ^13^  d'Ueno,  à  Tokyo,  temple 
auquel  appartient  l'original  d'une  des  planches  en  couleurs  ;  enfin  à  M.  ITÔ  Chôzô  fflMfkM,, 
Directeur  de  la  Grolier  Society,  à  Kôbe,  dont  l'empressement  et  la  bonne  volonté  ne  se  sont  jamais 
démentis  au  cours  du  difficile  travail  de  l'impression. 

Ont  collaboré  régulièrement  au  premier  fascicule  du  Hôbôgirin  : 

MM.  WADA   Tetsujô  îftlfflfêtK, 

AKAMATSU  Hidekage  #tô^j;!;, 
HASUZAWA  Jôjun  gSW$, 
YAMADA  Ryûjô  UlQMtt, 
KUNO  Hôryû  ^U^H, 
NARITA  Shôshin  jaffllfê. 


HÔBÔGIRIN 


Fig.  i.  La  lettre  a 
(graphie  attribuée  à  Kôbô  Daishi). 


A  [ÎPf  =  sk. 
a  Q,  la  pre- 
mière des  12 
voyelles  et 
des  50  lettres 
du  *Shittan. 
Te  m  MM, 

Aperçu. — 

Les  lettres, 
c'est-à-d  ire 
les  sons 
écrits,  et  les 
sons,  c'est-à- 
dire  les  let- 
tres pronon- 
cées, ont  servi  d'aliment  à  toutes  les  mystiques. 
La  mystique  de  l'Inde  a  cultivé  avec  passion  ce 
genre  d'exercice,  en  y  appliquant  les  dons  d'ob- 
servation et  d'analyse  phonétique  qui  caractérisent 
le  génie  grammatical  de  l'Inde.  Le  bouddhisme 
a  recueilli  cette  tradition,  l'a  perpétuée,  et  l'a  pro- 
pagée dans  toute  l'Asie  Orientale.  Entre  tous  les 
sons,  l'a  a  un  rang  et  un  rôle  privilégiés  ;  il  ouvre 
l'alphabet  (cf.  Je  suis  l'Alpha  et  l'Oméga)  en  sk. 
comme  dans  nos  langues  ;  il  est  l'articulation  la  plus 
élémentaire,  formée  au  plus  profond  de  la  cavité 
buccale  ;  en  outre,  dans  les  écritures  de  l'Inde,  il  est 
inhérent  à  toutes  les  consonnes  :  k  se  lit  ka,  g  se 
lit  ga,  etc.  Il  est  le  début,  donc  le  principe  de  tous 
les  sons  ;  le  début,  le  principe  s'exprime  en  sk.  par 
le  mot  âdi,  dont  la  première  lettre  est  justement 
un  a  (long).  Mais  de  plus,  a  est  en  sk.  la  particule 
négative  (comme  en  grec  :  p.  ex.  atome,  amorphe, 
aseptique,  etc.)  ;  il  symbolise  donc  aussi  la  néga- 
tion fondamentale,  celle  qui  porte  sur  la  Produc- 
tion des  Essences,  qui  ne  naissent  pas  par  génération 
spontanée,  mais  résultent  seulement  du  jeu  des 
causes  ;  de  manière  générale,  il  symbolise  toutes 
les  négations  qui  limitent  le  fini  par  rapport  à  l'ab- 
solu (anitya  "impermanent",  etc.).  A  est  la  syllabe 
par  excellence,  et  la  syllabe  se  dit  en  sk.  aksara 
"  sans  écoulement";  ce  sera  donc  aussi  le  symbole 
du  permanent.  Combiné  avec  les  articulations  secon- 


daires qui  modifient  la  voyelle  (allongement,  nasa- 
lisation, souffle  sifflé),  le  système  de  l'a  devient 
un  microcosme  où  un  jeu  savant  de  correspon- 
dances retrouve  l'évolution  universelle,  dans  l'or- 
dre ascendant  ou  l'ordre  descendant.  Enfin  la  mys- 
tique voisine  de  près  avec  l'érotisme,  et  l'a  doit  se 
prêter  à  des  interprétations  d'ordre  sexuel.  Tous 
ces  développements,  qui  ont  été  transportés  à  l'é- 
tranger par  les  missionnaires  du  bouddhisme,  sont 
originaires  de  l'Inde  même  ;  leurs  équivalents  s'y 
retrouvent  aujourd'hui  encore,  à  peine  modifiés, 
dans  les  écoles  du  Tantrisme  hindou,  particulière- 
ment florissantes  au  Bengale  et  dans  le  Sud  de 
l'Inde.  Le  bouddhisme  tibétain  a,  lui  aussi,  accordé 
une  large  place  à  ce  type  de  spéculations. — Ajigi 
PU^fi.  Sens  de  la  lettre  a. — Classifications  numéri- 
ques.— 3  Sens  :  Existence,  Vide,  Sans-Production  ; 
Ttt.  1796  vu  :  (1)  La  lettre  sk.  a  est  le  phonème 
originel  ;  ayant  une  origine,  c'est  une  Essence 
d'Enchaînement-causal  ;  c'est  pourquoi  on  lui 
donne  le  nom  d'Existence.  (2)  La  lettre  a  a  le 
sens  de  Sans-Production,  car,  comme  elle  dépend 
de  Facteurs,  elle  n'a  pas  de  Nature-propre  ;  c'est 
pourquoi  on  l'appelle  Vide.  (3)  Le  Sans-Production 
est  le  Domaine  de  la  Réalité  unique  ;  c'est  la  Voie 
du  Milieu.  (Dans  ce  dernier  Sens,  "Sans-Produc- 
tion" s'interprète  comme  une  abréviation  de  "Sans- 
Production  et  Sans-Barrage".) — 7  Sens  :  Esprit 
d'Eveil,  Rubrique  d'Essence,  Non-dualité,  Plan 
d'Essence,  Essencité,  Souveraineté,  Corps  d'Essence  ; 
T.  997  ix. — 10  Sens,  série  dressée  par  Kakuban  fg 
Il  (1095-1143),  Ajhs. — 65  Sens,  T.  310  lxviii. — 
100  Sens,  T.  997  11  :  Les  Essences  ne  sont  pas 
futures,  pas  passées,  pas  Opérantes,  pas  stables, 
n'ont  pas  de  Nature-propre  originelle,pas  de  Racine, 
etc. — Sens  dans  les  textes  exote'riques . — Négation  (sk. 
a,  an),  Sans-Production  originel  (sk.  âdyanutpâda, 
ch.  aji  hompushô  M^p$lsfi£i,  cf.  *Adaianokuhana), 
commencement  (âdi),  Impermanence  (anitya),  Trois 
Joyaux,  etc. — T.  223  v  La  Rubrique  de  la  lettre  a, 
c'est  le  Sans-Production  initial  de  toutes  les  Essences. 
Id.  T.  220  lui,  221  iv,  222  vu. — Tt.  1509  xlviii 
Le  Bs.,  en  entendant  dans  tout  langage  la  lettre  a, 
se  conforme  aussitôt  à  son  Sens,  qui  est  que  toutes 
les  Essences  ont  dès  le  commencement  le  caractère 


de  Sans-Production.  En  langue  des  Shin  (Tsin)  âdi 
signifie  commencement,  et  anutpâda  Sans-Produc- 
tion.— Tt.  1019  En  entendant  la  lettre  a,  le  Bs., 
par  la  force  de  ses  Mérites,  obtient  d'entrer  dans 
la  Rubrique  de  la  Perfection  de  Sapience  du  Domaine 
de  rindiversifié,  car  il  comprend  le  Sans-Produc- 
tion originel  de  toutes  les  Essences.  Id.  T.  279 
lxxvi,  293  xxxi. — T.  468  1,  469  Lorsqu'on  prononce 
la  lettre  a,  c'est  le  son  de  l' Impermanence. — T.  187 
iv  En  prononçant  l'a,  on  produit  le  son  de  l'Im- 
permanence  de  tous  les  Opérants. — T.  397  x  La 
lettre  a  est  la  Rubrique  de  toutes  les  Essences,  car 
elle  signifie  la  négation,  et  toutes  les  Essences  sont 
impermanentes. — T.  376  v  L'a  bref  a  un  Sens 
faste,  à  savoir  le  Sens  de  Trois  Joyaux. — T.  375 
vin  L'a  bref  a  le  Sens  de  Trois  Joyaux,  parce  qu'il 
est  indestructible,  comme  le  Diamant  ;  puis  le  Sens 
de  Tg.,  parce  qu'il  ne  s'écoule  pas,  comme  le 
Tg.  qui  ne  coule  pas  par  les  neuf  Orifices,  n'ayant 
point  les  neuf  Orifices,  ou  encore  parce  que  ce 
qui  ne  coule  pas  est  permanent,  et  que  le  Tg.  est 
permanent,  car  il  n'agit  point  ;  puis  le  Sens  de 
Mérites,  car  les  Mérites,  ce  sont  les  Trois  Joyaux. 
— Les  auteurs  ch.  ont  souvent  recours  à  l'a,  symbole 
à  la  fois  du  commencement  et  du  Sans-Production, 
pour  illustrer  leurs  doctrines.  Ainsi  Eshi  tt  & 
(Sjs.)  établit  une  correspondance  entre  les  42 
lettres  du  syllabaire  (*Shijûnijimon)  et  les  42  degrés 
de  la  carrière  des  Bs.  (10  Résidences,  10  Con- 
duites, 10  Déflexions,  10  Terres,  Eveil  Egal  et  Eveil 
Merveilleux  ;  cf.  *Gojûnii),  et  les  auteurs  de  la 
secte  Tendai,  fondée  par  son  disciple  Chiki  ^0, 
utilisent  cette  correspondance  pour  montrer  que 
la  Production  de  l'Esprit  d'Eveil,  qui  marque  le 
commencement  de  la  carrière  des  Bs.,  est  identique 
à  l'Eveil  Merveilleux  qui  en  est  l'aboutissement  : 
de  même  que  l'a  est  présent  dans  toutes  les  lettres 
et  les  contient  toutes,  en  tant  qu'il  en  est  le  prin- 
cipe, ainsi  tous  les  degrés  de  la  carrière  sont  con- 
tenus dans  le  premier,  car  "l'un  est  le  tout  et  le 
tout  est  l'un".  Ttt.  1716  v  a  :  Dès  la  Production 
d'Esprit,  le  Bs.  de  la  Doctrine  Complète  obtient  le 
Caractère  réel  des  Essences  et  possède  toutes  les 
Essences  de  B.  ;  c'est  ce  qu'on  appelle  la  lettre  a. 
Parvenu  à  la  Terre  de  l'Eveil  Merveilleux,  il  pénètre 
le  fond  de  toutes  les  Essences  ;  c'est  ce  qu'on  appelle 
la  lettre  dha  [dernière  des  42  lettres  dans  le  classe- 
ment commençant  par  a-ra-pa-ca-na  ;  cf.  *Ara- 
hashana,  et  *Shijûnijimon]. — Kichizô  ^jigÊ,  fonda- 
teur de  la  secte  Sanron,  illustre  par  l'a  sa  doctrine 
du  Vide  :  Ttt.  1853  1  Les  Essences  sont  dès  l'origine 
Sans-Production,  car  elles  ont  pour  origine  la  lettre 
a  et  se  ramènent  toutes  à  la  lettre  a,  qui  est  une 
Rubrique  Sans-Production.  C'est  pourquoi  le  sûtra 
dit  :  Les  42  lettres  se  ramènent  toutes  à  l'a. — Sens 
dans  les  textes  e'sotériquts . — T.  848  11  et  VI  et  T. 
880  :    La    Rubrique   de   la   lettre    a,  c'est  le  Sans- 


Production  originel  de  toutes  les  Essences. — Ttt. 
1796  vil  :  La  lettre  a  est  l'origine  de  l'enseigne- 
ment de  toutes  les  Essences.  Dès  qu'on  ouvre  la 
bouche,  c'est  le  son  a  qui  se  produit  ;  sans  le 
son  a,  aucun  langage  n'est  possible  ;  c'est  pourquoi 
on  l'appelle  la  mère  de  tous  les  phonèmes. — Ib. 
xii  :  La  lettre  a  est  le  Germe  de  toutes  les 
lettres. — Ib.  vu  :  Le  Sens  du  Caractère  réel  de 
la  Rubrique  de  la  lettre  a  pénètre  le  Sens  de  toutes 
les  Essences.  Comment  cela  ?  Toutes  les  Essences 
sont  produites  par  des  Facteurs.  Tout  ce  qui  est 
produit  par  un  Facteur  a  un  commencement,  une 
origine  ;  mais  si  l'on  Inspecte  ce  Facteur  produc- 
teur, il  est  lui-même  produit  par  des  Facteurs  ; 
et  si  l'on  suit  ces  Facteurs  dans  leur  Transforma- 
tion-par-action-réciproque, quelle  en  est  l'origine  ? 
En  Inspectant  cela,  on  connaît  l'Extrémité  du  Sans- 
Production  originel.  Telle  est  l'origine  de  toutes 
les  Essences.  De  même  qu'entendre  tous  les  mots 
c'est  comme  entendre  le  son  a,  ainsi  voir  la  Produc- 
tion de  toutes  les  Essences  c'est  en  voir  l'Extrémité 
qui  est  le  Sans-Production  originel.  Voir  cela, 
c'est  connaître  véritablement  le  cœur  propre  des 
Essences  ;  c'est  la  Sapience  des  Sapiences. — Sjms., 
Kkkd.  :  A  se  glose  par  toutes  les  formes  de  la  né- 
gation.— A  est  le  Germe  de  Vairocana  dans  le  Plan 
de  Matrice,  et  le  Germe-commun  de  tous  les  per- 
sonnages des  deux  Plans  (cf.  Ttt.  1796  vu).  Il  a 
pour  Idéal  le  Corps  d'Essence  d'Idéal  de  Vairocana, 
et  la  Connaissance  par  laquelle  on  le  connaît  est  le 
Corps  d'Essence  de  Connaissance  de  Vairocana  ; 
le  premier  de  ces  Corps  appartenant  au  Plan  de 
Matrice  et  le  second  au  Plan  de  Diamant,  l'a  implique 
la  Non-dualité  des  deux  Plans. — L'a  est  dit  aussi 
"Germe  de  la  Roue  de  lune"  (aji  gachirin  shi  ji 
Pf¥B%afÈ-f)  ou  "Germe  de  la  lune  de  la  Connais- 
sance", parce  que  dans  l'Inspection  des  trois  Eso- 
tériques  (cf.  *Sammitsu)  on  fait  de  l'a  une  Roue  de 
lune,  et  que  par  l'Inspection  de  l'a  on  acquiert  la 
Connaissance  du  Sans-Production  originel  de  toutes 
les  Essences. — Cf.  aussi  T.  310  xxv  :  "Quelle  est  la 
Rubrique  d'Essence  appelée  Sceau  de  l'a  (ajiin  [fôj 
^EP)  ?  L'a  est  le  Sceau  qui  marque  que  toutes 
les  Essences  sont  créées  par  l'Inscience.  Lorsque  les 
Pratiques  sont  pleinement  accomplies,  c'est  la  lettre 
a  qu'on  atteint  tout  d'abord  ;  et  l'Inscience  est  étein- 
te, car  on  sait  qu'  il  n'y  a  rien  de  créé." — D'après 
la  tradition  orale,  des  interprétations  erotiques  de 
l'a  ont  eu  cours  dans  les  deux  écoles  es.  du  Japon, 
Tômitsu  J$$$  et  Taimitsu  £?$£  ;  cf.  Tdjs.  21b.  Dans 
la  première  (branche  dite  de  Tachikawa  jJJMÔfE),  on 
le  faisait  correspondre  aux  deux  principes  sexuels,  in 
PIS  et  y°  le!-  Dans  la  seconde  on  se  figurait  l'a  comme 
l'état  du  Substantiel  où  le  Formel  et  l'Esprit  se 
confondent,  au  "point  unique"  de  l'acte  sexuel,  et 
l'on  identifiait  la  "respiration"  des  organes  pendant 
l'acte  au  souffle  de  l'Eveil  originel  sans  commence- 


ment.— Ajikan  Wr-£Wl,  Inspection  de  la  lettre  a 
(et  autres  pratiques  tantriques  se  rattachant  à  l'a). 
— L'Inspection  de  l'a  est  la  pratique  fondamentale 
du  tantrisme.  Elle  a  été  enseignée  par  la  plupart 
des  maîtres  du  tantrisme  ch.  et  jap.,  à  commencer  par 
Zemmui  ifMJâ  (Subhakarasirhha),  auquel  se  rat- 
tache la  section  du  Plan  de  Matrice  (dans  ses  ou- 
vrages Ttt.  1796  et  Ttt.  917). — Tt.  1665  :  Un  lotus 
blanc  à  huit  pétales,  dans  un  espace  d'une  coudée, 
sur  lequel  apparaît  éclatante  une  lettre  a  de  couleur 
claire.  Introduire  les  deux  pouces  sous  les  huit 
autres  doigts  croisés,  et  faire  pénétrer  en  soi  la  Sa- 
pience  apaisée  du  Tg. — Ttt.  1796  x  :  La  lettre  a,  étant 
la  première,  est  l'Esprit  d'Eveil.  Si  l'on  pratique 
l'Application  en  Inspectant  cette  lettre,  on  s'identi- 
fie au  Substantiel  du  Corps  d'Essence  de  Vairo- 
cana.  En  Inspectant  la  Roue  de  cette  lettre,  pareille 
à  la  roue  éclatante  d'une  queue  de  paon,  le  prati- 
quant s'y  installe  et  s'installe  ainsi  dans  l'Essence 
de  B. — Ib.  IV  :  On  Inspecte  son  propre  Esprit  et 
on  l'identifie  au  lotus  à  huit  pétales.  Le  Maître 
dit  :  Le  Cœur  (sk.  hrdaya)  est  pareil  à  une  fleur 
de  lotus  non  épanouie  ;  ses  muscles  octuples  sont 
contractés  en  une  masse  compacte,  dirigée  vers  le 
haut  chez  l'homme,  vers  le  bas  chez  la  femme.  Lors- 
qu'on commence  à  Inspecter  ce  lotus,  il  s'épanouit 
et  devient  une  base  [un  socle]  de  lotus  blanc  à  huit 
pétales.  On  Inspecte  sur  cette  plateforme  la  lettre 
a  ayant  les  [cinq]  couleurs  du  Diamant.  Puis  on 
place  dans  sa  tête  le  Roi  des  Cent  Lumières 
Universelles  [autrement  dit  Vairocana],  et  on  l'Ins- 
pecte avec  l'œil  sans  souillure. — Ttt.  917  :  Pour 
entrer  dans  l'Inspection,  le  débutant  doit  interrompre 
tous  les  Facteurs  et  cesser  toute  occupation.  Qu'il 
s'assoie  seul  en  un  lieu  tranquille,  en  croisant  les 
jambes  à  moitié,  puis  tienne  ses  mains  fermement 
en  position  de  Sceau ...  La  tête  droite  et  le  regard 
horizontal,  qu'il  n'ouvre  pas  trop  les  yeux  ni  ne 
les  ferme  trop  ;  car  en  les  ouvrant  trop  il  risquerait 
d'être  distrait,  et  en  les  fermant  trop  de  tomber 
dans  la  torpeur..  . — Les  détails  de  la  méthode  d'Ins- 
pection varient  suivant  les  écoles  et  les  maîtres. 
Dans  la  section  du  Plan  de  Diamant,  on  dessine 
la  lettre  a  (dorée),  au-dessus  d'un  lotus  blanc  à 
huit  pétales,  à  l'intérieur  d'une  Roue  de  pleine 
lune  (cercle  clair  sur  fond  foncé)  ayant  une  coudée 
de  diamètre  (1  pied  6  pouces).  Dans  la  section  du 
Plan  de  Matrice,  la  Roue  contenant  l'a  est  placée 
sur  le  lotus.  On  suspend  cette  image  au  mur  et  l'on 
s'assied  en  face  d'elle  à  une  distance  de  4  pieds, 
les  jambes  croisées  soit  à  moitié  (hankaza  ^fcîj}!];5!*), 
soit  complètement  (zenkaza  jtffl!l*!!É.)  ■  On  accomplit 
un  rite  de  protection  du  corps  (*goshimbô),  on 
récite  diverses  Formules,  on  forme  un  ou  plusieurs 
Sceaux,  puis  on  entre  dans  l'Inspection.  Celle-ci 
se  divise  en  trois  parties  :  (1)  Inspection  du  son  : 
on  prononce  l'a  à  chaque  expiration  et  inspiration 


Fig.  2.  Inspection  de  la  lettre  a. 

(d'après  Ttt.  1796  xi  et  Enos.  xxxix,  on  Inspecte 
dans  l'inspiration  la  Non-Production  et  dans 
l'expiration  le  Non-Barrage).  (2)  Inspection  de  la 
lettre,  c'est-à-dire,  dans  l'ordre  de  la  section  du 
Plan  de  Matrice  :  (a)  Inspection  du  lotus,  Forme  de 
Convention  correspondant  au  Cœur  (hrdaya)  du 
pratiquant  et  à  l'Idéal  du  Plan  de  Matrice  ;  (b) 
Inspection  de  la  Roue  de  lune,  Forme  de  Convention 
correspondant  à  l'Esprit  (citta)  du  pratiquant  et 
au  Corps  d'Essence  de  Connaissance  du  Plan  de 
Diamant  ;  (c)  Inspection  de  la  lettre  a,  Germe 
de  Vairocana  en  qui  Idéal  et  Connaissance  ne 
sont  point  différenciés.  Dans  l'école  du  Plan  de 
Diamant,  l'ordre  est  :  Roue,  lotus,  lettre  a.  (3) 
Inspection  du  Caractère  réel,  c'est-à-dire  du  Sans- 
Production  originel. — Les  débutants  restent  devant 
l'image  jour  et  nuit,  matin  et  soir,  jusqu'à  ce  qu'elle 
soit  présente  à  leur  esprit  sans  cesse,  soit  qu'ils 
ouvrent  soit  qu'ils  ferment  les  yeux.  Peu  à  peu  elle 
leur  apparaît  de  plus  en  plus  grande,  éclatante, 
immense  ;  la  lune  de  lotus  de  l'a  du  Plan  d'Essence 
de  tout  l'Espace  s'identifie  à  la  lune  de  lotus  de  l'a 
dans  leur  propre  poitrine.  C'est  ce  qu'on  appelle 
l'état  d'Application  de  l'a  (ajiyuga  W^rlftM)  ou 
d'Atteinte  de  l'a  (ajishicchi  pH^^ÉÈ).  Les  prati- 
quants experts  n'ont  pas  besoin  d'image  ;  ils  Ins- 
pectent l'a  dans  leur  poitrine. — La  méthode  ci-des- 
sus décrite  est  dite  Inspection  abrégée  (ryakkan  B§ 
fg).  On  peut  également  Inspecter  l'a  en  tout  temps 
et  en  tout  lieu,  soit  qu'on  marche  ou  qu'on  se  tienne 
debout,  assis,  couché,  etc..  .  .;  c'est  ce  qui  s'appelle 
Inspection  développée  (kôkan  |Sff@). — L'a  comme 
Formule. — L'a  est  dit  "Formule  unilittère  de  Vai- 
rocana" Ttt.  1796  vu  :  prononcer  l'a,  c'est  pro- 
noncer  la   plus    simple    Formule   de   Vairocana.— 


Il  est  dit  également  "Roi  des  Formules",  parce 
qu'il  peut  remplacer  toutes  les  Formules. — L'a  est 
le  Cœur  de  toutes  les  Formules  ;  quand  il  s'étale 
dans  le  Cœur  du  pratiquant  (ajifushin  PnJtfvftpC,»), 
on  dit  que  le  Cœur  devient  le  Cœur,  ou  en  abrégé 
le  Cœur  du  Cœur. — Quatre  utilités  de  l'a  (Ajigu- 
shiyû  pï'^^Hffl),  Ttt.  1796  vu  :  Dans  les  Formules 
de  Tg.,  chaque  mot,  chaque  nom,  chaque  Caractère 
établi  réalisent  pleinement  l'avantage  du  Sens  affé- 
rent. D'après  la  Formule  de  Convention  :  (1)  L'a, 
qui  est  le  premier  de  tous  les  sons,  ayant  le  Sens 
de  Sans-Production,  a  l'avantage  d'apaiser  les  fléaux. 

(2)  Du  fait  de  ce  Sens,  il  possède  au  complet  tous  les 
mérites  sans  lacune  ;  il  a  donc  l'avantage  d'accroître 
positivement.  (3)  Pour  la  même  raison,  il  détruit 
d'innombrables  péchés  ;  il  a  donc  l'avantage  de 
maîtriser.  (4)  Comme  il  n'y  a  pas  une  seule  Essence 
qui  soit  en  dehors  du  Sans-Production,  il  a  l'avantage 
de  totaliser. — Sept  phrases  sur  les  mérites  de  la 
Rubrique  de  l'a  (Ajimon  kudoku  shichiku  fSj'-j'-'P'J 
Xhiê-kbl)  :  T.  848  m  Dans  la  Rubrique  des  For- 
mules, pour  ce  qui  concerne  les  Pratiques  des  Bs., 
si  un  Bs.  désire  (1)  voir  un  B.,  (2)  lui  faire  offrande, 

(3)  attester  la  Production  de  l'Esprit  d'Eveil,  (4) 
prendre  part  aux  assemblées  de  Bs.,  (5)  être  utile 
aux  Etres,  (6)  rechercher  l'Atteinte,  (7)  rechercher 
l'Omniscience,  il  doit  s'exercer  avec  zèle  à  cette 
lettre  a  qui  est  le  Cœur  de  tous  les  B. — Enos.  établit 
une  correspondance  entre  ces  sept  phrases  et  les 
mérites  des  cinq  Révolutions  (cf.  inf.  Ajigoten), 
comme  suit  :  ire  phrase,  Production  d'Esprit  ;  2e, 
Pratique  ;  3e,  Attestation  d'Eveil  ;  4e,  Attestation 
interne    du    Nirvana  ;    5e,    Utilisation    externe    du 


Nirvana  ;  6e,  Moyen  du  Corps  ;  7e,  Moyen  de 
l'Esprit. — Ajigoten  W^fiM-,  Cinq  Révolutions  de 
la  lettre  a  [pour  ce  qui  suit  on  a  suivi  principale- 
ment Bdji.  27-29]. — On  appelle  "a  à  cinq  points" 
(Goten  no  aji  K^OM^)  la  lettre  a  pourvue  des 
signes  de  la  longue,  de  l'anusvâra  et  du  visarga 
(ârhh  $§)',  toutefois  d'après  Ttt.  1796  xiv  (722  c)  le 
"cinquième  point"  est  âh,  et  non  le  groupe  artificiel 
ârhh  qui  est  imprononçable. — T.  848  m  Un  seul  son 
se  répand  dans  les  quatre  lieux  et  pénètre  tous  les 
Plans  d'Essence,  omniprésent  comme  l'Espace  ;  la 
Formule  dit  :  a,  â,  am,  ah. — Ttt.  1796  xi  La  lettre  a 
produit  trois  lettres  ;  soit  au  total  quatre  lettres.  Ces 
quatre  n'en  forment  qu'une  qui  est  omniprésente. — 
Ces  cinq  Révolutions  de  l'a  sont  mises  en  corres- 
pondance avec  les  degrés  de  l'ascension  de  l'Esprit 
d'Eveil,  à  partir  de  la  cause  jusqu'à  l'effet  :  au  icr 
des  cinq  Points,  a,  correspond  la  Production  d'Esprit  ; 
au  2e,  â,  la  Pratique  ;  au  3e,  am,  l'Eveil  ;  au  4e,  ah,  le 
Nirvana  ;  au  5e,  ârhh  (ou  âh),  l'Aboutissement  du 
Moyen.  Cf.  Ttt.  1796  1  :  (1)  L'Esprit  produit  l'Eveil, 
(2)  se  munit  de  toutes  les  Pratiques,  (3)  voit  le 
Correct  Eveil  Complet,  (4)  atteste  le  grand  Nirvana, 
(5)  produit  le  Moyen.  C'est  ainsi  que  l'Esprit  orne 
et  purifie  le  Terrain  de  B.  ;  de  la  cause  à  l'effet,  on 
ne  s'attache  qu'à  l'Esprit. — D'autre  part,  on  fait 
correspondre  ces  cinq  Révolutions  de  l'Esprit  aux 
"trois  phrases"  de  T.  848  1  (cf.  *Sanku),  comme 
suit:  Production  d 'Esprit  =  Cause;  Pratique  =  Racine; 
Eveil,  Nirvana  et  Moyen  =  Aboutissement. — Enfin 
l'on  trouve  chez  Amoghavajra  et  chez  Subhakara- 
simha  les  systèmes  de  correspondances  suivants 
[Bdji.   27-29]  : 


Système  d'Amoghavajra. 

Points 

Révolutions 

Orients 

Bouddhas 

Eléments 

(liste 
indienne] 

Eléments 
.    (liste 
chinoise) 

Organes 

(liste 
indienne) 

Viscères 

(liste 
indienne) 

Saisons 

Couleurs 

Formes 

Notations 

a 

Cause  (Produc- 
tion d'Esprit) 

Centre 

Vairocana 

Terre 

Terre 

Corps 

Rate 

Canicule 

Jaune 

â 

Pratique 

Est 

Aksobhya 

Vide 

Bois 

Oeil 

Foie 

Printemps 

Bleu 

ath 

Attestation 
d'Eveil 

Sud 

Ratnasam- 
bhava 

Feu 

Feu 

Oreille 

Cœur 

Eté 

Rouge 

ab 

Entrée  (dans 
le  Nirvana) 

Ouest 

Amitâyus 

Vent 

Métal 

Nez 

Poumons 

Automne 

Noir 

ârhb 

Moyen 

Nord 

Amogha- 
siddhi 

Eau 

Eau 

Langue 

Reins 

Hiver 

Blanc 

Système  de  Subhakarasimha. 

a 

Cause 

Est 

Aksobhya 

Terre 

Carré 

Tréfonds 

â 

Pratique 

Sud 

Ratnasam- 
bhava 

Feu 

Triangle 

Mental 
Passionné 

am 

Attestation 

Ouest 

Amkla 

Eau 

Cercle 

Mental 

ab 

Entrée 

Nord 

Amogha- 
siddhi 

Vent 

Demi- 
cercle 

Cinq 
premières 

Notations 

âmb 

Moyen  (Sub- 
stantiel des 
Plans  d'Essence) 

Centre 

Vairocana 

Vide 

Sphère 

Immaculée 

ABANRANKANKEN 


Le  système  d'Amoghavajra  fait  partir  les  Révolu- 
tions du  centre  du  Cercle,  occupé  par  Vairocana  qu'il 
établit  ainsi  comme  principe  de  la  Production  d'Es- 
prit, cause  de  toutes  les  Révolutions.  Il  se  base  donc 
sur  la  doctrine  de  "l'Immanence  immédiate  de  la 
Vérité"  [dans  les  Etres]  (sokujinishin  6Pfl*ÏÏDJ)t)>  de 
"l'Eveil  originel"  (hongaku  if.ft>  cf.  *Kaku  $8),  ^es 
Révolutions  étant  considérées  dans  le  sens  descen- 
dant (hongakugeten   >js:^Tff)>    de    B.  à    Profanes. 
Le   symbolisme   des   correspondances    est    expliqué 
comme  suit  [Bdji.  27-29]  :  Le  B.  central,  Vairocana, 
correspond  à  l'élément  Terre,  parce  que  le  Vajrasat- 
tva  immanent  dans  tous  les  Etres  (et  dont  procède 
la  Production  d'Esprit)  est  la   Nature   Substantielle 
qui   produit   les    B.,    de   même   que   la  terre  est  la 
base  qui  soutient  et  maintient  le  Substantiel  propre 
de  tous  les  Etres.  (2)  Aksobhya  correspond  à  la  Pra- 
tique, parce  que  chaque  Pratique  de  Cercle  (mandala) 
est    l'Absolu,    toutes    les    Pratiques    étant    fournies 
dans    une   seule    Pratique   et   cette   immanence    de 
l'Absolu    étant    signifiée    par    le   nom   d 'Aksobhya 
"l'Immobile."     Aksobhya     correspond      au      Vide 
parce  que,  comme  l'espace,  il  contient  tous  les  Etres. 
On    l'appelle    aussi     [c'est-à-dire    qu'on   l'identifie 
au  B.  du  Plan  de  Matrice  nommé]  Hampe  de  Joyau 
(Hôdô   ^Ifm.,   sk.   Ratnaketu),  parce  que   toutes   les 
Pratiques   sont  fermement  plantées   dans   l'Absolu, 
comme   des   hampes.    (3)    Ratnasambhava,   qui   re- 
présente  l'Attestation   d'Eveil,  correspond  au   Feu, 
parce  que  la  Connaissance  de  la  Nature  Egale  et 
Absolue  des  Essences  brûle,  comme  le  feu,  l'erreur 
de  la  différenciation  des  choses  et  de  l'Esprit.   On 
l'appelle  aussi  Roi  de  la  Fleur  épanouie  (Kaifukeô 
f/f)!$(3{Ê:E>  sk.  Samkusumitapusparâja),  l'Eveil  étant 
comparé  à  une  fleur  épanouie.  (4)  La  correspondance 
d'Amitâyus   à  l'Entrée  dans  le  Nirvana  et  au  Vent 
s'explique   par   allusion   à   sa  voix  enseignant  l'Es- 
sence, qui,  pareille  au  vent,  renverse  les  Passions  et 
produit  l'Atteinte  de  l'Eveil.  (5)  Amoghasiddhi  cor- 
respond à  l'accomplissement  du  Moyen  et  à  l'Eau, 
parce  qu'il  préside  à  la  section  des  Actes  (sk.  Karma, 
cf.  *Gobu  Soft)  du  Plan  de  Diamant,  et  que  la  Con- 
naissance  productrice    d'Actes    (cf.    *Chi    ^g1),    ou 
Plénitude  de  la  Connaissance  du  Moyen,  est  pareille 
à  l'eau  qui  épouse  la   forme,   carrée   ou   ronde,   du 
récipient.   Son  nom,  "Atteinte  du  Non-Vide",  im- 
plique que  la  Connaissance  du  Moyen,  permettant 
d'enseigner  l'Essence  pour  le  bénéfice  des  Etres,  n'est 
point  vide  ou  vaine.  On  l'appelle  aussi  Son  de  Ton- 
nerre du  Tambour  céleste  (Tenkuraion  Xl&ff^»  s^» 
Divyadundubhimeghanirghosa)  [sur  les  cinq  B.  des 
deux  Plans,  cf.  *Butsu]. — Dans  le  système  de  Subha- 
karasimha,  les  Révolutions  partent  d'Aksobhya  à  l'Est 
pour  remonter  au  Vairocana  central,  qui  représente 
non    la    Production    initiale    mais    le    Moyen    final. 
Contrairement  à  celui  d'Amoghavajra,   ce  système 
s'inspire  donc  de  la  doctrine  de  "l'Eveil  initial  pro- 


duit par  la  Pratique"  (shikaku  jfëfj,  cf.  *Kaku  $£),  les 
Révolutions  étant  considérées  dans  le  sens  ascendant, 
de  Profanes  à  B.  Le  symbolisme  des  correspondances 
diffère  aussi  de  celui  d'Amoghavajra  :  (1)  la  Terre 
correspond  à  l'Est  qui  est  l'orientation  du  Printemps, 
parce  que  cette  saison  est  la  première,  comme  la 
Révolution  de  Production  d'Esprit  ;  (2)  le  Feu,  à 
la  Pratique,  parce  que  toutes  les  Pratiques  innom- 
brables doivent  être  claires  et  distinctes  comme  le 
feu  ;  (3)  l'Eau  à  l'Attestation,  parce  que  grâce  à  celle- 
ci  l'Esprit  devient  pur  comme  l'eau  ;  (4)  le  Vent 
à  l'Entrée,  parce  qu'il  est  destructeur  et  extincteur 
comme  le  Nirvana  ;  (5)  le  Vide,  au  Centre,  à  l'ac- 
complissement du  Moyen,  parce  que  le  centre 
participe  des  quatre  orients  sans  tomber  d'un  côté 
unique — comme  le  Moyen. — Ajitaidai  |ÎRlcf:f§^;, 
la  lettre  a  comme  Elément  de  Substantiel  de  toutes 
les  Essences,  doctrine  de  l'école  Taimitsu,  opposée 
à  la  doctrine  de  l'école  Tômitsu  dite  Rokudaitai- 
dai  7\^Ciê^C,  les  six  Eléments  comme  Elément  de 
Substantiel  de  toutes  les  Essences  ;  cette  dernière 
doctrine,  élaborée  par  Kôbô  Daishi,  ne  paraît  pas 
s'accorder  avec  les  données  des  textes  canoniques 
du  tantrisme  ch.  Cf.  *Dai  ;£. — Ajinaigeshô  |foj 
-?l*3^fl!£,  son  interne  et  externe  de  l'a,  le  second 
étant  une  manifestation  du  premier.  Ttt.  1796  xvn  : 
A  est  interne  et  externe  ;  même  s'il  n'y  a  pas  de  son 
externe,  on  ne  peut  être  sans  le  son  interne  de  l'a. 
Ce  son  interne  est  appelé  l'a  dans  la  gorge. 

A  psj  =  sk.  â  J£,  une  des  12  voyelles  et  des  50  let- 
tres du  *Shittan  ;  second  des  "cinq  Points  de  l'a", 
(cf.  *A,  Ajigoten),  appelé  "a  long,"  chôa  J||$pJ. — 
Interprétations  :  T.  880  L'a  est  l'apaisement  de 
toutes  les  Essences  (sk.  âranya,  d'après  Meikaku  fjQ 
<f|i,  savant  jap.  du  XIe  siècle,  cité  Bdji.  2). — T.  468 
1,  469  En  prononçant  l'a,  on  expulse  le  Soi  (sk. 
âtman). — T.  187  iv  En  prononçant  l'a,  on  est  utile 
à  soi  et  aux  autres  (sk.  âtmaparahita  ?). — Ttt.  1796  x 
L'a  est  le  second  phonème  ;  il  a  le  Sens  de  Vide, 
parce  qu'il  est  Sans-Production  comme  le  Vide  (sk. 
âkâsa  ?). — T.  376  v,  375  vin  (Mahâparinirvânasûtra) 
donnent  les  interprétations  suivantes  :  Saint  (shôja 
§ï:ff,  sk.  ârya),  Maître  (ajari  PBjfU3&,  sk.  âcârya), 
Conduite  réglée  (seido  ftjj)i$[,  sk.  âcâra),  d'après  un 
Saint  (eshônin  -fôlEÀ»  sk.  ârya-âsraya  ?),  enseigne- 
ment (kyôkai  $fc|f§). — Ttt.  1796  x  La  seconde  lettre, 
qui  est  longue,  c'est  la  Concentration  de  Diamant. 

ABAN  (JBf^=sk.  avarh.  Une  des  principales 
Formules  mystiques,  qui  contient  le  Germe  de 
Vairocana  dans  le  Plan  de  Matrice  (a)  et  dans  le 
Plan  de  Diamant  (vam)  Hizk. — Cf.  *Ban  tff. 

ABANRANKANKEN  ffl&3Etë&  =  ak.  avam- 
rarhhamkham.  Formule  employée  par  toutes  les 
branches  de  la  secte  Shingon  dans  les  occasions  les 


ABANRANKANKEN 


ABIDATSUMA 


plus  solennelles.  C'est  une  des  trois  Formules  de 
Vairocana  sous  son  aspect  de  Corps  d'Essence. 
Elle  contient  les  Germes  propres  des  cinq  Eléments 
(cf.  *Abarakakya)  qui  forment  le  Substantiel  de 
Vairocana.  Elle  se  rencontre  dans  Tt.  906,  Tt.  853 
I,  etc.  Suivant  Tt.  906  il  y  a  trois  classes  d'Atteintes 
mystiques,  et  cette  formule  en  est  la  plus  élevée; 
les  deux  autres  sont  *Abiraunken  =  sk.  avirahûm- 
kham  et  *Arahashana  =  sk.  arapacana. 

ABARAKAKYA  pf  WmM  l£=sk.  avarahakha. 
Formule  qui  réunit  les  Germes  propres  des  cinq 
Eléments  :  a= terre,  va  =  eau,  ra=feu,  ha  =  vent, 
kha  =  espace  Ttt.  1796  I.  La  tradition  jap.  en  fait 
une  des  Formules  de  Vairocana  Hmjr.  23. 

ABATSUDOROSHAKUNA  |&JM^fô#tf  =  sk.? 
— Tt.  1505  1  td.  fuyôgo^JJIg  "mots  indésirables"; 
ce  terme  est  appliqué  aux  "paroles  inopportunes, 
sans  vérité,  dépourvues  de  sens".  (Peut-être  sk. 
aprayojana  ?) 

ABATSUMARA  pl%kBB>  ou  ahamara  MWB 
H  (T.  410  1  ;  cf.  Ttt.  2128  xix  qui  corrige  en  Aba- 
samara  psj#£^  [corr.  pour  ba  3g£]  J|S$g  et  td.  "démon 
cruel"),  abamara  H^!ISI$É>  T.  374Xi  =  sk.  apasmâra, 
p.  apamâra  ;  tib.  brjed  byed  "faire  oublier".  Td.  samô 
fàfë,  "faire  oublier"  Mvy.  4762  (démon),  et  koiiun 
#j|t:  "coup  de  sang,  vertige"  Mvy.  9508  (maladie). 
Ttt.  2128  xxvi  l'interprète  par  mukeman  M^fê^iL 
"sans  guirlande  de  fleurs"  qui  suppose  une  forme 
erronée  apamâla  (cf.  p.  apamâra),  mais  le  traduit  par 
"fou,  folie".  Le  sens  réel  du  mot  est  "épilepsie"  ; 
apasmâra  est  à  la  fois  la  maladie  et  le  démon  qui  la 
cause.  Cf.  T.  262  vu  ;  cm.  Ttt.  1718  donne  à  ce 
démon  la  couleur  bleue  ;  un  autre  cm.  Ttt.  1721  xn 
lui  attribue  l'apparence  d'une  ombre  (cf.  Mvy.  4763 
châyâ  "ombre"  à  la  suite  d'apasmâra)  et  mentionne 
aussi  une  td.  mugai  $$0.  "sans  cuirasse"  née 
sans  doute  d'une  te.  invertie  abatsurama,  rétablie 
en  sk.  avarma  ;  mais  il  traduit  lui-même  le  nom 
par  tenkinki  $$.$jfa  "démon  qui  tord  les  tendons". 
Le  Lankâvatârasûtra  (éd.  Nanjô  262)  nomme  aussi 
la  femelle  :  Apasmârî. 


ABATTARA  TO£H  =  sk.  avatâra.  Ttt.  1789  1 
td.  mujô  ^teÈ_h  "sans  supérieur"  et  nyû  A  "entrer"  : 
confusion  évidente  de  sk.  anuttara  et  avatâra. 

ABAYÔKARA  m^^MB  =  ^-  Abhayamkara. 
Td.  rifui  ^J$g  "sans  peur".  Nom  d'un  Tg.  ;  T. 
1312  II  préside,  avec  d'autres  Tg.,  à  la  distribu- 
tion de  nourriture  en  faveur  des  Trépassés,  rite 
fondé  sur  ce  texte  même  ;  dans  ce  rite  il  siège  au 
Nord   où   il   occupe   la   place   de   Sâkyamuni. 

ABI  PSJ^L,  abishi  pei^g  =sk.  p.  Avîci  ;  tib.  mnar 


med. — Td.  muken  ^ffaj  "sans  intervalle",  i.e.  sans 
intermission. — L'enfer  type,  situé  au  plus  profond 
du  monde  infernal.  Tt.  1558  XI  (  =  K.  Lav.  ni,  148) 
donne  deux  explications  du  nom  :  (1)  Il  n'y  a  pas 
dans  cet  enfer  intermission  (vîci)  de  la  souffrance, 
qui  s'interrompt  dans  les  autres  enfers  ;  (2)  il  ne  s'y 
trouve  pas  d'état  agréable  (vîci),  alors  que  dans 
les  autres  enfers  on  admet  des  sensations  agréables 
de  Coulée. — Pour  la  géographie  de  l'Avîci,  cf. 
Saddharmasmrtyupasthânasûtra  cité  ap.  Siksâsamuc- 
caya  70. — La  véritable  étymologie  du  nom  semble 
être  avîcî  (sous-entendu  dis  "la  région  vers  en  bas", 
avec  l'idée  de  la  tête  en  avant,  latin  praeceps),  fé- 
minin de  l'adjectif  avânc  "dirigé  vers  en  bas",  formé 
sur  l'analogie  de  pratîcî  "région  vers  l'Ouest",  masc. 
pratyanc,  de  udîcî  "région  d'en  haut",  i.e.  du 
Nord,  masc.  udanc  ; — la  forme  grammaticale  est 
avâcî.  Quant  aux  sens  assignés  à  vîci  par  les  inter- 
prètes bouddhistes,  "état  agréable"  et  "intermission", 
ils  ne  sont  constatés  jusqu'ici  que  dans  les  lexiques 
(respect,  sukha  et  avakâsa). — Cf  *Abô  et  *Jigoku. 


ABIBACCHI  |BIfëi$ifc  Ttt.  2128  xv,  ou  pi 
Jfc  Tt.  1509  xxvn,  LXXin  =  sk.  avivarti  (?)  "Sans- 
Régression".  Autre  te.  ayuiocchi  P6jf|£j(SSt  T.  310 
exil,  Tt.  1521  IV. — Td.   *Futai  ^iH,   q.  v. 

ABIDATSUMA  (JpJM  (ou  ~#)  mB  (anc.  éc. 
abidon  [5pJ^#,  abr.  bidon  Jg^|,  cf.  Ttt.  1851  1) 
=  sk.  abhidharma,  p.  abhidhamma  ;  tib.  cos 
mnon  pa  "loi  manifestée." — Td.  anc.  éc.  :  shôhô 
Wf&i  "loi  suprême,"  daihô  ;£££  "grande  loi"  (Ttt. 
2145  x,  Tt.  1507),  muhihô  ^HÊltifë  "loi  incompa- 
rable" (Tt.  1507,  Ttt.  1851  I  qui  interprète  :  a  néga- 
tion+bhi  "comparer" +  dharma  "loi")  ;  nouv.  éc.  : 
taihô  !$•££  "loi  en  face". — 7  interprétations  Ttt.  1733 
I  :  (1)  taihô  H^féc  "loi  en  face"  (gloses  taikô  §^[ê] 
"dirigeant  vers  le  Nirvana,"  taikan  MWl  "en  face  du 
N.  par  Inspection"),  (2)  sûhô  jgfcfé;  "loi  par  énumé- 
rations",  (3)  bukuhô  -{£££  "loi  de  subjugation", 
(4)  tsûhô  îîlfé?  "loi  de  pénétration"  (par  approfondis- 
sement), (5)  muhihô  Mïfc&i  "  loi  incomparable", 
(6)  daihô  %fè  "grande  loi",  (7)  shakuhô  fffë  "loi 
explicative".  Références  scripturales  pour  chacun 
de  ces  sens. — 4  interprétations  Ttt.  2122  11  =  supra 
(i)-(4). — 36  interprétations  dans  cm.  au  Kosa  de 
Jintai  jjiij^  Krs.  I  ;  cf.  aussi  cm.  sk.  de  Yasomitra, 
p.  12. — Définition  Tt.  1558  1  (  =  K.  Lav.  1,  3-4): 
L'Abhidharma,  c'est  la  Sapience  immaculée,  avec 
son  escorte.  .  .et  c'est  encore  toute  Sapience,  et 
tout  traité  qui  mène  à  la  Sapience  immaculée. — 
L'enseignement  du  B.  s'établit  à  trois  points  de 
vue  :  Défenses  [moralité]  (adhisîlam),  Esprit  (adhi- 
cittam)  et  Sapience  (adhiprajnam)  ;  ce  dernier  est 
le  plus  élevé,  c'est  celui  où  se  place  l 'Abhidharma. 
— Le  corps  de  doctrines  compris  sous  ce  nom  et  les 
problèmes  qui  se  posent  à  son  sujet  seront  traités 


ABIDATSUMA 


ABÔ 


dans  une  partie  ultérieure  du  dictionnaire,  à  propos 
des  livres  qui  l'exposent  et  qui  sont  désignés  sous 
le  même  nom. 

ABIMOKUTEI  POÉSIE,  te.  d'un  mot  sk.  hy- 
pothétique qui  serait  abhimukti,  et  qui  est  td.  par 
shinge  <f=f#£  "conviction"  Ttt.  1796  III.  Il  n'est 
pas  douteux  qu'il  s'agit  d'une  lecture  fautive  du  sk. 
adhimukti. 

JABIMOKYA  ou  abimokukya  p^it  (ou  ~g) 
ÈH£>  te.  du  sk.  abhimukha  (°î)  "Droit-en-face",  6e 
des  10  Terres  de  Bs. — Td.  genzen  %]&%]  "actuelle". 
—Cf.  *Ji  "Terre".— Nom  d'un  Sceau  T.  848  iv. 

ABIRAUNKEN  WfemWA  Tt.  861,  ou  M^m 

&'x  t.  848  m,  Ttt.  1796  xi,  mmm-m  t.  1273, 

H^H^X  Hizk.  =  sk.  avirahûrhkham.  Une  des 
grandes  Formules  de  la  secte  Shingon.  Proprement 
c'est  une  des  Formules  de  Vairocana  dans  le  Plan 
de  Matrice,  mais  on  l'emploie  aussi  comme  Charme 
de  tous  les  B.  Dans  T.  848  III  Vairocana  enseigne 
cette  Formule  en  vue  de  subjuguer  les  quatre  Mâra 
et  de  sortir  des  six  Destinations  ;  mais  la  première 
syllabe  dans  ce  texte  est  âh  au  lieu  de  a  :  c'est  d'après 
la  tradition  de  Kôbô  Daishi  que  la  substitution  d'un 
a  initial  a  été  admise  au  Japon.  Ttt.  1796  ad  loc. 
donne  l'interprétation  de  chacune  de  ces  syllabes. 
D'autre  part  Ssjg.  de  Kôbô  Daishi  les  met  en  rapport 
avec  les  cinq  Eléments,  les  cinq  Sapiences  et  les 
cinq    B. — Cf.  *Abanrankanken,  *Arahashana. 

ABISAMBUTSUDA  |5BJj£HWÊ,  ou  abr.  abi- 
sambutsu  psjJUrî'felii  Tt.  1509  xxxvm,  ou  ayuisam- 
butsu  HfjÉH'flî  T.  221  =sk.  abhisambuddha  ;  tib. 
mnon  par  rjogs  par  sans  rgyas.  Gog.  m  td.  gentô- 
gaku  ï^^^  "qui  a  l'Eveil  actuel  et  Egal"  et  observe 
que  ce  terme  a  pour  synonyme  celui  de  jôshibutsu 
J&3z$l»  "B.  accompli  et  parfait"  employé  dans 
T.  226.— Cf.  *Bodai. 

abisha  pmm  (ou  mmwî,  m%&,  mua. 

HiÊï^)  =  sk.  âvesa.  Td.  hennyû  j||A  "entrée". — 
C'est  l'entrée  d'un  dieu  ou  d'un  démon  dans  un 
médium,  autrement  dit  la  possession.  Plusieurs 
textes  es.  décrivent  en  détail  ce  phénomène,  notam- 
ment T.  1277  spécialement  consacré  à  l 'âvesa  : 
"Méthode  d'âvesa  enseignée  par  le  dieu  Mahes- 
vara  et  de  prompte  efficacité."  Mahesvara  s'adresse 
à  Nârâyana  :  "Si  l'on  veut  connaître  les  choses  de 
l'avenir,  il  faut  choisir  quatre  ou  cinq  garçonnets 
(dônan  jgj$,  sk.  batu)  ou  fillettes  (dônyo  jl^G  sk. 
kumârî)  âgés  de  sept  à  huit  ans,  sans  cicatrice  ni 
marque  au  visage,  ayant  l'oreille  fine  et  l'intelli- 
gence éveillée.  On  les  soumet  à  une  diète  frugale 
pendant  trois  jours  au  moins  ou  une  semaine  ;  puis, 
quand  un  jour  propice  a  été  choisi  pour  la  céré- 


monie, Pusya,  Abhijit  etc.,  on  les  baigne,  on  les 
enduit  d'encens,  on  leur  passe  des  vêtements  purs, 
on  leur  met  du  camphre  dans  la  bouche.  Devant  le 
récitant  chargé  des  Formules,  assis  face  à  l'Est, 
on  place  l'enfant  debout  sur  un  petit  autel  de  santal 
blanc  enduit  d'encens,  d'une  coudée  environ,  et 
on  répand  des  fleurs.  Le  récitant  brûle  de  l'encens 
de  Parthie  dans  un  chaudron  à  eau  lustrale,  il  pro- 
nonce la  Formule  du  grand  Sceau  en  accomplis- 
sant sept  fois  la  Bénédiction.  On  fait  monter  la 
vapeur  d'encens  vers  les  mains  de  la  fillette,  qui 
s'en  couvre  le  visage,  pendant  que  le  récitant  accom- 
plit encore  sept  fois  la  Bénédiction  avec  des  fleurs 
rouges ...  Bientôt  l'enfant  se  met  à  trembler; 
c'est  la  marque  de  la  possession.  Il  faut  alors  se  hâter 
de  l'interroger  sur  les  bonheurs  ou  les  malheurs 
futurs" — et  aussi  du  passé  et  du  présent,  d'après 
les  autres  textes  :  T.  867  11,  Tt.  1199,  Tt.  1202,  Tt. 
895  11  (qui  appelle  cette  cérémonie  hashina  &fcf£$$ 
=  sk.  prasna  "interrogation"  ?).  Ttt.  2061  1  rapporte 
que  Vajrabodhi,  au  palais  impérial  de  Chine,  "lia 
par  ses  Charmes  deux  fillettes  de  sept  ans  qui  se 
trouvèrent  possédées  par  des  princesses  défuntes." 
Des  pratiques  analogues  sont  encore  très  répandues 
en  Chine  et  en  Annam  ;  les  médiums,  quel  que  soit 
leur  âge,  continuent  à  être  désignés  comme  "le 
garçonnet"  et  "la  fillette".  Au  Japon,  les  médiums 
sont  appelés  yorimashi  ffjA»,  ou  miko  7JÂ~£c,  ou 
kuchiyose    P^. 

ABISHARA  psil&îiH  =  sk.  abhicara  (ou  °câra). 
Td.  shitsugyô  $|ff  "rapide".  T.  721  xvi  :  C'est  la 
quinzième  des  trente-six  classes  de  Trépassés  qui 
habitent  le  monde  des  Trépassés  (l'autre  catégorie 
habite  le  monde  des  hommes).  Cf.  *Gaki. 

ABISHAROKA  PBlM)lPt}$9  T.  893,  Tt.  1056  et 
1216,  ou  psjJëfàlM  T.  952,  ^jgffiPi^  T.  951, 
abisharaka  W&MWiM  T.  849,  abisara  pmkM 
Tt.  ii94  =  sk.  abhicaruka  (ou  °câruka)  ;  tib.  drag 
chul  spyod  "pratique  terrible".  Td.  gôbuku  P£tJc, 
jôbuku  |§t^  "dompter". — Exorcisme. — Nom  d'une 
classe  d'exorcismes  et  de  libations  destinés  à  sub- 
juguer les  Etres. — Cf.  *Goma. 

ABISHIDO  |5iJMH^=sk.  abhijit;  Mvy.  3207  tib. 
byi  bzin,  ch.  nyo  iç.  Nom  d'une  mansion  lunaire. 
T.  1300  11  Quand  on  naît  au  temps  où  la  lune  quitte 
la  mansion  nyo,  on  a  beaucoup  d'honneurs.  La 
te.  n'est  donnée  que  par  Sgsk.  11. — Cf.  *Shuku. 

ABÔ  pjjfg,  ou  |5pJ$7,  fflttj.  Geôliers  infernaux. 
Leur  nom  a  l'apparence  d'une  transcription,  mais 
l'original  n'en  est  pas  connu.  On  peut  suggérer  le 
sk.  avânc,  avâk  "la  tête  en  bas",  position  qui  est 
celle  des  êtres  infernaux  ;  cf.  le  nom  de  l'enfer  Avîci. 
Td.  fugun  ^^  "pas  foule",  fondée  sans  doute  sur 


ABÔ  _8 

une  fausse  étymologie  avarga.  Le  nom  est  parfois 
réduit  à  bô  jg,  p.  ex.  T.  42.  On  le  trouve  aussi, 
mais  seulement  dans  la  littérature  jap.,  combiné 
avec  le  mot  Râksasa  en  Abôrasetsu  PSJES^^IJ  ;  la 
forme  Bôra  ffr|§  ^  se  Ht  dans  un  sûtra  apocryphe 
Jizôbosatsuhosshininnenjûôkyô  i&ffî^îMïi  %  ®%k 
-\~3LW£  semble  en  être  une  abréviation.  Le  terme 
Abô  paraît  déjà  dans  le  Vinaya  des  Mahîsâsaka 
T.  1421  xxvm  :  "tous  les  ministres  de  l'enfer,  Abô 
en  tête".  D'après  T.  741  ils  ont  une  tête  et  des 
pieds  de-  bœuf,  sont  forts  à  renverser  des  mon- 
tagnes, et  portent  des  fourches  d'acier;  c'est  eux 
qui  amènent  les  damnés  devant  Yama.  D'après 
Ttt.  21 21  xlix  citant  un  sûtra  perdu,  ils  sont  au 
nombre  d'un  million,  soumis  à  l'autorité  de  Vai- 
sravana,  et  ils  portent  deux  cornes.  T.  202  xm  : 
Abô  à  têtes  de  mouton,  de  cerf,  de  lièvre,  et  d'autres 
animaux  ;  Ttt.  2122  lxxxiv  :  Abô  à  tête  de  bœuf. 
—Cf.  *Abi. 

JABOKYA  |5nli^flin  =  sk.  amogha,  td.  fukû  ^S 
"non  vide"  (au  sens  de  "non  vain").  Epithète  qui 
figure  en  composition  dans  un  grand  nombre  de 
noms  de  divinités  es.,  p.  ex.  Amoghapâsa,  Amo- 
ghasiddhi  (*Fukûkensaku  ^H^,  *Fukûjôju  ^ 
S^gfc»  Q-  v.).  Elle  est  associée  au  nom  de  Vairo- 
cana  dans  la  célèbre  Formule  dite  Kômyôshingon 
^^ytH"  T.  1002  (cf.  T.  1092  xxvn)  :  Om  Amogha 
Vairocana  mahâmudra  manipadma  jvâla  pravartaya 
hûrh. — Autre  te.  amokukya  |5pJ  g  flfl]  dans  le  nom  du 
fameux    traducteur   Amoghavajra. 

ABUDA  mmt  (ou  Sg&Pfc,  &&PÊ),  ou  abudon 
HStfH  (j&à^oft)  =  sk.  arbuda,  p.  abbuda  ;  tib. 
chu  bur  can  "qui  a  une  maladie  éruptive".  Td. 
hô  K,  shumotsu  fljHIÎJ  "tumeur,  cloque".  Nom 
d'un  Enfer.  T.  24  IV  et  25  iv  :  C'est  le  premier  des 
dix  Enfers  ;  on  l'appelle  abuda  parce  que  les  corps 
des  habitants  de  ces  Enfers  sont  comme  des  bulles. 
T.  1  xix  (le  Dîrghâgama  auquel  se  rattachent 
les  deux  textes  précités)  donne  aussi  une  liste 
de  10  Enfers  ;  le  premier  y  est  appelé  kôun  JjLfÈ 
"épais  nuages",  parce  que  le  corps  des  Etres  y  est 
pareil  à  d'épais  nuages  (cette  interprétation  ramène 
sans  doute  la  te.  abuda  au  sk.  ambuda  "nuage").  Tt. 
1505  11  le  nomme  comme  un  des  3  Enfers  froids 
et  le  traduit  par  sokki  4^36  "produit  soudainement". 
Tt.  1509  xvi  en  fait  un  des  8  Enfers  froids  :  Il  y 
souffle  un  vent  empoisonné  et  glacial  qui  fend  la 
peau  des  damnés,  fait  tomber  leurs  cheveux,  déchire 
leurs  tendons  et  leurs  chairs,  brûle  leurs  os  et  con- 
sume leur  moelle.  Tt.  1558  xi  en  fait  aussi  le  pre- 
mier des  8  Enfers  froids  ;  cm.  Ttt.  1821  xi  dit 
qu'on  l'appelle  "cloque"  parce  que  le  froid  produit 
des  cloques  sur  le  corps  des  damnés.  Id.  Ttt.  1579 
iv.  En  jap.  le  mot  abata,  altération  du  sk.  arbuda, 
désigne  un  visage  marqué    de   petite    vérole. — Cf. 


ADANA 


*Jigoku. 


abudon  m^&  (ou  ptmm&m&,im&  etc.) 

=  sk.   arbuda,   le   second   des  cinq  états  du   fœtus. 
-Cf.  *Tai  £. 

ABUKANA  m&W  (ou  g?)  $.— Ttt.  1805  11  a  td. 
konyûshû  ,H^À^£  "appeler  à  entrer  dans  l'assem- 
blée". Bns.  il  a  cité  Keds.  p.  46  donne  la  même  td. 
et  ajoute  :  C'est  une  pratique  pour  éliminer  les 
péchés. — Cf.  p.  abbhâna  qui  pourrait  supposer  sk. 
âhvâna  "appeler  à  soi"  ;  abbhâna  en  p.  désigne  le 
rappel  dans  l'intérieur  de  la  communauté  d'un 
moine    mis    en    pénitence. 

ADAIANOKUHANA  |Sr|gppï|^ïR^  =  sk.  âdya- 
nutpadâ  ou  °panna,  td.  hompushô  if^^E  "Sans- 
Production  originel"  Tt.  1509  xxvn.  Un  des  Sens 
de  la  lettre  a. — Cf.    *A  (Ajigi). 

ADAIMOKUTAKA|SiJ|g0^^n  [ou  ~flm]  (corr. 
Ttt.  2128  xn  en  ajimokutokka  [^*t!î@î#$l!)  =  sk. 
atimuktaka  (?).  Td.  zenshiike  ff  }&  j&ij'é,  koshôshi 
lajS?^»  ryûshike  jf|i®|1é  "sésame"  (?)  Ttt.  2131  vnl  ; 
d'après  cet  ouvrage,  l 'atimuktaka  ressemble  au 
chanvre,  avec  des  fleurs  rouges,  des  feuilles  bleues  ; 
on  en  tire  de  l'huile  et  du  parfum.  (Observer  que 
les  noms  botaniques  dijnnés  par  P.  W.  pour  l'atimuk- 
taka  sont  tout  différents  :  Diospyros  Glutinosa,  ou 
Dalbergia  Ougeinensis,  ou  Gaertnera  Racemosa. — 
Mais  cf.  Laufer,  Sino-Iranica  290,  qui  rétablit 
adhimuktaka  [?]  et  l'explique  par  "sésame".) 

ADANA  PrI  Pg^5  =  sk.  âdâna  ;  tib.  len  pa  — 
Attribution-personnelle. — Td.  shûji  %)$$  "prendre  et 
maintenir"  Tt.  1593  I,  1594  1  etc.  ;  muge  4ffif§?  "sans 
Libération"  Ttt.  185 1  m  etc. — Nom  donné  à  une 
des  Notations,  la  7e  ou  la  8e. — Tt.  1594  1:  Cette 
Notation  [âlaya]  porte  aussi  le  nom  d 'âdâna  ;  à  ce 
sujet  la  Tradition  (Âgama)  est  comme  il  est  dit  dans 
le  Sandhinirmocanasûtra  [T.  676  1]  :  La  Notation 
âdâna,  très  profonde  et  subtile,  [évolue  avec]  tous  les 
Germes  comme  un  Courant.  Mais  à  des  ignorants  je 
ne  donne  pas  d'explication  sur  ce  sujet  ;  je  crains  en 
effet  qu'ils  ne  l'Imaginent  pour  en  faire  un  Soi. — 
Pourquoi  cette  Notation  [âlaya]  reçoit-elle  aussi 
le  nom  d'âdâna  ?  C'est  parce  qu'elle  maintient 
et  s'attribue  tous  les  Organes  du  Formel,  et  parce 
qu'elle  est  l'appui  de  la  Prise  de  tous  les  Substantiels- 
propres.  Pourquoi  ?  Les  Organes  du  Formel,  parce 
qu'il  sont  maintenus  et  appropriés  par  elle,  ne  se 
perdent  ni  se  détruisent  ;  jusqu'à  la  fin  de  la  vie 
ils  font  leur  Révolution  à  sa  suite.  Et  de  plus,  lors 
du  Passage-d'existence,  c'est  elle  qui  prend  la  nou- 
velle Existence  et  qui  maintient  ainsi  le  Substan- 
tiel-propre.— Cf.  aussi  Tt.  1585  m. — On  a  beau- 
coup discuté  en  Chine  sur  le  rang  de  l'âdâna  dans 


ADANA 

l'énumération  des  Notations.  En  gros,  on  peut  dire 
que  les  maîtres  des  écoles  anciennes,  Dasabhûmi, 
Mahâyânasamparigraha,  Tendai,  l'ont  compté 
comme  la  septième,  tandis  que  l'école  nouvelle,  à 
dater  de  Genjô,  le  compte  pour  la  huitième. — Ane. 
éc. — Ttt.  1851  m  énumère  huit  désignations  de  l'â- 
dâna  :  (1)  Inscience;  (2)  Notation  d'Acte;  (3)  Nota- 
tion de  Révolution  ;  (4)  Notation  d'Actualisation  ; 
(5)  Notation  [d'Obstruction]  de  Connaissance  ;  (6) 
Notation  de  Série  ;  (7)  Notation  Fictive  ;  (8)  Notation 
de  Prise.  Le  nom  de  Notation  Fictive  suffit  à  montrer 
que  la  qualité  de  réel  est  réservée  ici  à  la  huitième. 
Cette  doctrine  est  d'accord  avec  la  version  du  Mah° 
samparigraha  par  Paramârtha. — Le  fondateur  du 
Tendai  se  rattache  à  cette  école  :  Ttt.  1716  v  c, 
1777  v. — Nouv.  éc. — Cf.  Tt.  1579  lxxvi  ;  Tt.  1594 
I.  Ici  le  septième  rang  des  Notations  est  occupé 
par  le  Mental  Passionné  (sk.  klistamanas)  ;  l'âdâna 
se  confond  avec  l'âlaya  et  occupe  le  huitième  rang. 
T.  676  1  :  Cette  Notation  est  aussi  appelée  âdâna, 
parce  qu'elle  suit  le  corps  et  le  maintient.  Elle  est 
aussi  appelée  âlaya,  parce  qu'elle  saisit  le  corps 
et  y  est  emmagasinée,  et  partage  avec  lui  sécurité 
et   danger. — Cf.    *Araya,    *Amara,    *Shiki. 


AD  ARA  HiM  (ou  W&!)  =  sk.  âdara;  tib. 
gus  "respect".  Td.  gasshô  ^Sjl  "joindre  les  mains" 
Ttt.  1796  xiii,  ou  sakyô  f^§jj  "faire  une  salutation 
respectueuse"  Mvy.  1764.  Ttt.  1796  xm  donne  une 
liste  de  douze  Sceaux  consistant  à  joindre  les  mains; 
le  6e,  le    11e,  le  12e  sont  dits  Adara.  Cf.  *In  E|J. 

AENTEIKARA  |îpI  $iJ  Jg  gnf  H  =  sk.  ?— Nom  d'un 
démon,  td.  shokukashoshô  jjfcj/C$?!H  "brûlé  par  le 
feu  qu'il  mange"  T.  984  1  cité  Keds.  13  [S. 
XXVII,  vu,  45  b,  donne  kotsu  £fc  pour  en  $1]]. 


AGANÔ  i&UtÔnJï^sk.  aghana[m]  ;  td.  mukô 
"non  épais".  Nom  d'un  éclair  à  l'Est  T.  1402 


JAGIBIKA  H^^fiin-sk.  âjîvika  ;  td.  *Jamyô 
Jflînfr   "vie   perverse",   q.   v. 

AGINI  P^fë,  ou  Ttt.  213 1  vi  agini  JgS/B  = 
sk.  Agni  ;  td.  *katen  i^.X  "dieu  du  feu";  le  second 
des  douze  grands  dieux  du  brahmanisme  (*Jûniten) 
adoptés  par  le  bouddhisme  Ttt.  1297  (qui  est  un  rituel 
d'offrande  à  ces  Douze  Dieux). — Le  bouddhisme 
lui  accorde  une  place  dans  l'Es.  :  il  est  placé  dans  la 
Cour  (ou  section)  de  Diamant  extérieure  de  chacun 
des  deux  Cercles  (de  Diamant  et  de  Matrice).  T. 
848  1  et  cm.  Ttt.  1796  v  :  Il  est  figuré  dans  les 
flammes  avec  trois  marques  de  cendre  sur  le  front 
et  sur  les  deux  bras  (comme  le  font  les  brahmanes 
avec  leurs  trois  doigts,  ajoute  le  cm.)  ;  il  est  de  cou- 
leur rouge  foncé,  tient  sur  son  cœur  un  triangle  ; 
sa  tête  est  entourée  d'une  auréole  ronde,  et  ses  at- 


AHAE 

tributs  sont  le  rosaire  et  le  flacon.  Vairocana  se 
manifeste  sous  cette  forme  pour  attirer  les  brahmanes 
du  Veda,  adorateurs  du  feu. — Sa  Formule  est  :  Namo 
Agnaye  svâhâ  Ttt.  1295,  etc'  Actuellement  dans 
le  Cercle  de  Diamant  il  a  pour  attributs  le  bâton 
d'ascète  et  le  triangle  (dit  Roue  de  feu  triangulaire 
sankakukarin  H#j.i/C$ifl)  '■>  dans  le  Cercle  de  Ma- 
trice (et  dans  la  Série  des  Douze  Dieux),  il  est  figuré 
comme  un  ascète  entouré  de  flammes  avec  quatre 
bras  (et  non  deux)  :  une  des  mains  droites  tient 
un  triangle  devant  la  poitrine,  l'autre,  dressée,  tient 
un  rosaire  ;  une  des  mains  gauches  tient  le  flacon 
kundî  devant  les  pieds,  l'autre  élève  le  bâton  dit 
"bâton  d'ascète"  en  forme  de  massue  (cette  tra- 
dition est  celle  d'Amoghavajra  Tt.  908).  Cf.  Bbkw. 
418,  440,  673. — Il  est  assisté  d'une  reine  en  titre  et 
d'une  concubine  royale  Hizk.  II, — Ttt.  2131  vi  donne 
pour  son  nom  de  famille  une  te.  JSakiritayani  ® 
^(Jof^IflîM  °iui  semble  correspondre  à  un  patro- 
nymique du  type  Saukrtyâyani. — Cf.  *Katen. 


AHADANA  |SIiKPÈ8tf  =  sk.  avadâna  ;  td.  hiyu 
ffiflfs  "comparaison",  shutsuyô  #i$t  "faire  sortir 
la  lumière".  Nom  d'un  genre  littéraire  où  l'Acte 
présent  d'un  personnage  est  rapporté  par  compa- 
raison à  un  épisode  de  son  passé. — Cf.  la  seconde 
partie  du  dictionnaire. 

AHAE  |$Pl$r#  Gog.  m,  Ttt.  2131  1,  ou  ahae 
Htëtlt  T.  1,  T.  226  11,  idiara  Pffffl£$i  T.  23  IV,  ahagô 
[WlH  T.  226  m,  ahagôshu  HIMH  (ou  £g)  ib. 
vin,  aekara  WfâlmM.  T-  23  vi,  aegôshu  ISJ#Mfê 
Gog.  m,  abasairasha  WWMWM  Tt-  1S^S  n,  te. 
partielles  ou  totales  du  sk.  âbhâsvara,  p.  âbhassara  ; 
tib.  'od  gsal  "éclat  de  lumière". — Resplendissant. — 
Td.  kôonten  Jt^fJl  "Dieux  dont  la  voix  (svara) 
est  lumière  (âbhâ)"  (anc.  éc.  ;  les  auteurs  ch.  ex- 
pliquent que  la  lumière  émanant  de  leur  bouche  leur 
tient  lieu  de  langage  Ttt.  2121  I,  2131  11,  2035  xxxi), 
ou  gokkôjôten  fêàft&Ji  "Dieux  purs  de  splendeur 
extrême"  (nouv.  éc).  La  td.  de  l'anc.  éc.  repose  sur 
une  analyse  fantaisiste  de  l'original  ;  en  réalité  le 
nom  est  dérivé  du  verbe  âbhâs  "briller"  avec  le 
suffixe  d'adjectif  °vara  ;  les  interprètes  se  sont  plu  à 
y  retrouver  le  mot  svara  "son"  comme  dans  le  cas 
d'Avalokitesvara  (cf.  *Kannon). — On  les  place  en  gé- 
néral dans  le  troisième  ciel,  le  plus  élevé,  de  la  deu- 
xième Extase  dans  le  Plan  du  Formel  Mvy.  3092,  qui 
suit  le  KosaTt.  1558  vin  (  =  K.  Lav.  ni,  2).  Cepen- 
dant T.  23  iv  les  met  au  neuvième  ciel  du  Plan  de 
Formel  qui,  ici,  ne  comporte  pas  de  division  en  Ex- 
tases.— Leur  caractéristique  c'est  qu'ils  ont  même 
corps,  mais  sont  divers  de  Connotation  Mvy.  2291  ; 
Tt.  1558  vin  (  =  K.  Lav.  m,  19-20)  ;  T.125  xxxm. 
Leur  corps  a  une  taille  de  8  Lieues  et  leur  vie  une 
durée  de  8  Périodes  Tt.  1558  XI  (  =  K.  Lav.  ni,  171, 
174). — Parfois  leur  nom  s'emploie  pour  désigner  tout 


AHAE 

l'ensemble  des  Dieux  de  la  deuxième  Extase,  p.  ex. 
Tt.  1558  vin  (=K.  Lav.  m,  19),  Ttt.  2121  I.  Cette 
Extase  est  la  limite  de  la  destruction  par  le  feu  ; 
tout  ce  qui  est  au-dessous  est  brûlé  par  l'incendie 
cosmique  Tt.  1558  xn  (  =  K.  Lav.  111,  215  ;  aussi  ib. 
vin  =  K.  Lav.  m,  20). — C'est  donc  dans  le  ciel  des 
Resplendissants  que  viennent  renaître  les  Etres  à 
la  fin  de  chaque  Période  ;  c'est  lui  aussi  qu'ils  quit- 
tent au  commencement  de  la  Période  suivante  pour 
aller  renaître  dans  les  mondes  inférieurs.— Mais  ce 
ciel  est  sujet  à  la  destruction  par  l'eau  Tt.  1558  xn 
(=K.  Lav.  m,  215). — L'Ekottarâgama  T.  125  xxxiv 
(=Aiig.  Nik.  vu  62  Suriya,  où  cet  épisode  manque) 
conte  comment,  au  début  d'une  Période,  les  Dieux 
Resplendissants  (qui  dans  leur  ciel,  ajoutent  d'autres 
textes,  se  nourrissaient  de  pensée,  ou  de  joie)  des- 
cendent dans  le  Jambudvîpa  pour  y  manger  la 
graisse  de  la  terre  ;  ceux  d'entre  eux  qui  en  mangent 
beaucoup  perdent  leur  luminosité,  et  les  Pieds  de 


Fig.  3.  Dieux  Resplendissants. 

Magie  qui  leur  permettaient  de  voler  dans  les  airs  ; 
leur  corps  se  solidifie,  ils  ne  peuvent  regagner  leur 
ciel  et  deviennent  des  hommes  et  des  femmes  ;  ils 
sont  réprimandés  par  les  autres,  qui  ont  pu  remonter 
au  ciel,  et  ils  construisent  des  maisons  pour  se  cacher  : 
c'est  l'origine  des  habitations  humaines. — Ce  mythe 
se  retrouve,  avec  des  variantes,  dans  un  grand  nombre 
de  textes  (cf.  O.  Franke,  Dîghanikâya  273  n.  1)  :  en 
pâli,  dans  l'Agannasutta  du  Dîg.  Nik.  xxvn  (  =  Dîr- 
ghâgama  T.  1  vi  et  td.  parallèle  T.  10  11  ;  aussi  T. 
1  xxn  et  td.  parallèles  T.  23  VI,  24  x,  25  x)  ;  en  sk., 
dans  le  Mahâvastu  I,  338-348  ;  en  ch.  (cf.  Beal,  Catena 
109- 112),  en  dehors  des  Âgama  précités,  dans  le 
Madhyama  T.  26  xxxix,  dans  Ttt.  2121  1,  etc.;  en 
tib.,  dans  l'Abhiniskramanasûtra,  Kanjur,  Mdo  Xxvi 
161  (td.  Csoma,  JASB,  11,'  385);  aussi  Rockhill,  Life 
2.  M.  S.  Lévi  en  a  retrouvé  des  fragments  dans  une 
version  koutchéenne. — Daus   l'es.,   les  Dieux  Res- 


0  AHARARA 

plendissants  sont  figurés  au  nord  de  la  Section  de 
Diamant  extérieure  du  Plan  de  Matrice  ;  ils  sont 
assis  sur  une  natte,  flanqués  de  deux  assistants,  et 
tiennent  dans  la  main  droite  un  bouton  de  lotus. — 
Cf.  *Bon,  *Shikikai. 

AHAMANAABA  H$J»«  Tt.  1505  n,  ou 
ahamana  |foJ$J^$J  Kog.  iv,  hamana  j$|g£jS  ib., 
ahatsuramanaba  M^MkMM'^  Gog.  m,  ôhamana 
ÉsîM#J  T.  224  11,  Ttt.  2131  iv,  ôha  H$  Kog.  iv, 
aharana  $0$.%$$$  T.  23  iv  =  sk.  apramânâbha,  p. 
appamânâbha  ;  Mvy.  3091  tib.  chad  med  'od  ;  ch. 
muryôkô  MitJt  "lumière  incommensurable". — 
Nom  de  Dieux  du  Plan  de  Formel,  placés  dans  le 
deuxième  ciel  de  la  deuxième  Extase. — Cf.  *Shikikai. 

JAHAMATSURIKA  |fcJïR*f(J*n,  ou  abamakka 
Pl$k~MlN  T.  1092,  ahamaraga  MHkJÊMM  Bzm.= 
sk.  apâmârga,  nom  d'une  plante,  Achryanthes 
Aspera.  T.  1060  on  l'emploie  pour  expulser  les  fœtus 
morts  ;  td.  goshitsusô  4^83?^ • 

AHANDARA  PnJ^|Pg|$  =  sk.  avântara  "à  l'inté- 
rieur des  limites".  Ssk.  vin  b  td.  *kekkai  fâfft.  (q.v.) 
"limites  fixées". 

AHARARA  (foj  $£}/;£§,  ou  Ttt.  2087  m  aharara 
mmm,  T.  155  h  aharari  WtWJ.  Tt.  2042  1 
ahaha  H#£$£>  etc.  =  sk.  p.  Apalâla  ;  tib.  sog  ma  med 
"sans  paille".  Td.  mumyô  4^gj  "sans  pousse",  mu- 
tôkan  ffîfâ^t  "sans  paille",  muru  ^tg?  "sans  reste"  ; 
Mvy.  3273  furukokue  ^®jg3#c  "qui  ne  laisse  ni 
céréales  ni  vêtements". — Ttt.  2087  111  Nom  d'un 
roi-Dragon  qui  habitait  dans  un  étang  localisé  aux 
sources  du  Svat  ;  du  temps  du  B.  Kâsyapa,  il  était 
né  dans  la  condition  d'homme  sous  le  nom  de  Kyôgi 
$t  (var.  £&)  flft  [  =  sk.  Gângi],  et  par  ses  artifices  ma- 
giques empêchait  les  mauvais  démons  de  déchaîner 
des  orages.  Les  gens  du  pays  lui  offraient  des  céréales 
en  hommage  de  reconnaissance.  Mais  un  jour  ils 
cessèrent,  et  Gângi  irrité  se  transforma  en  Dragon 
venimeux  ;  il  fit  vœu  de  ruiner  les  moissons  par  des 
orages  violents  ;  il  reçut  alors  le  nom  d 'Apalâla. 
Pris  de  pitié  pour  la  misère  des  habitants  du  lieu, 
le  B.  alla  lui  livrer  combat  ;  il  frappa  la  montagne 
avec  le  foudre  de  Vajrapâni,  et  Apalâla  dompté  se 
convertit  ;  le  B.  consentit  toutefois  à  le  laisser  une 
fois  tous  les  douze  ans  déchaîner  l'orage  pour  assurer 
sa  subsistance. — T.  155  il  donne  de  cette  légende  une 
version  plus  développée  :  L'étang  est  localisé  dans 
le  village  de  Uren  Mj^  près  de  Râjagrha  ;  cet  étang 
est  le  séjour  d'un  Dragon  nommé  Sandari  pj$|P£3*i 
[  =  sk.  Sundara],  qui  détruit  les  moissons  dans  le 
Magadha.  Un  brahmane  le  dompte  par  ses  artifices 
magiques,  et  la  population  l'en  récompense  par  des 
cadeaux  ;  mais  lorsque  le  B.  vient  s'établir  à  Râjagrha, 
sa  bienfaisante  influence  suffit  à  réprimer  l'activité 


AHARARA 


AI 


du  Dragon  et  les  habitants  cessent  d'offrir  des  pré- 
sents au  brahmane.  Irrité,  celui-ci  fait  vœu  de  de- 
venir Dragon  ainsi  que  sa  femme  et  ses  deux  enfants  ; 
pour  assurer  la  réalisation  de  ce  vœu,  il  s'acquiert 
le  mérite  d'offrir  un  repas  aux  quatre  grands  disciples 
du  B.  Il  prend  alors  la  place  du  Dragon  Sandari  et 
se  met  à  ravager  les  moissons,  dont  il  ne  laisse  que 
les  pailles,  d'où  son  nom  Aharari  |JnJ$£|j£f  Ij  ;  sa  femme 
changée  en  Dragon  reçoit  le  nom  de  Hijuni  Jfcf^JÉ, 
et  l'un  de  ses  fils  celui  de  Kizenni  $$$!$]&.  Le  roi 
Ajâtasatru  demande  secours  au  B.  ;  secondé  par 
Vajrapâni,  qui  brise  la  montagne  de  son  foudre,  le 
B.  soumet  le  Dragon,  sa  femme  et  ses  enfants,  et 
tous  les  Dragons  et  démons  fauteurs  de  maladies  se 
sauvent  dans  le  royaume  voisin  de  Vaisâlî. — Tt. 
1448  IX,  qui  te.  Ahatsura  P5j§fc|jÉ,  situe  la  légende  dans 
"l'Inde  du  Nord" — c'est-à-dire  du  Nord-Ouest — , 
mais  à  la  fin  du  récit  le  B.  enjoint  à  Apalâla  de  "faire 
en  sorte  que  tous  les  hommes  habitant  le  Magadha 
soient  exempts  de  crainte".  Ce  texte  fait  également 
allusion  à  la  femme,  aux  enfants  du  Dragon,  et  au 
"vœu  pervers"  qui  l'aurait  fait  naître  en  cette  con- 
dition.— Tt.  1509  ix  rappelle  brièvement  la  soumis- 
sion d'Apalâla,  "au  royaume  des  Gesshi  JfjiÇ  dans 
l'Inde  du  Nord". — T.  425  iv  fait  allusion  à  un  roi- 
Dragon  ôra  Hfljl  (var.  Kora  iâfjl),  qui  ravageait  les 
moissons  et  fut  converti  par  le  B. — Cf.  aussi  T.  212 
xxiii  cité  Watters,  Travels  1  229  ;  Tt.  2042  1,  T. 
2043  11,  et  Przyluski,  Asoka  6. — Tt.  1462  11  men- 
tionne le  roi-Dragon  Arabarô  |fôj i$3£|flt  (le  texte  p. 
correspondant,  Samantapâsâdikâ,  donne  Aravâla) 
qui  inondait  les  moissons  au  Cachemire  et  qui  fut 
dompté  par  Madhyântika  :  il  s'agit  peut-être  du 
même  démon  (cf.  la  prédiction  sur  la  soumission  du 
Dragon  Korocha  //tPflIfc  [  =  sk.  Huruta]  et  la  con- 
version du  Cachemire,  Tt.  1448  ix  à  la  suite  de  la 
légende  d'Apalâla). 

AHATSURASHITA  |5nJ£fr$|7lï£=sk.  Aparâjita; 
tib.  gzan  gyis  mi  thub  "non  surmonté  par  un  autre". 
Nom  d'un  Yaksa  résidant  à  Sthûnâ  T.  985  11. — 
Autres  te.  aharajita  pfttiWB£  T-  982  il  ;  araha- 
jitta  p]%k$iM£>  T.  984  1  qui  traduit  fushô  ïfâfà 
"sans  égal". — Nom  d'un  Sceau,  te.  aharashitta 
PH&.WÀ£->  td.  munôshô  &g£g$  "invincible"  T. 
901  IV. 

AHATSUTEIHATSURATEIDAISHANA  |îpJ§£ 
J&^$lJli&tiï?î#P==sk-  âpattipratidesanâ  "confession 
du  péché".  Td.  sange  WLfà  (anc.  éc.)  "contrition"; 
seppi  fft^  (nouv.  éc.)  "dire  le  péché".  Ttt.  2125 
11  ;  Ssk.  vin  a. — Cf.  *Sange. 

AHÔ  WjfâÈ,  litt.  loi  du  mutisme  ;  cf.  Mvy.  9365 
sk.  mauna,  tib.  mi  smra,  ch.  fugon  ^ft",  makusetsu 
l£f&  "pas  parler".  Pratique  ascétique  du  silence  ; 
Ttt.  1808  IV  b,  se  référant  à  T.  1435,  la  condamne 


comme  une  Infraction-grave  (sk.  sthûlâtyaya)  en  tant 
qu'hérétique  ;  et  en  effet  Ttt.  19 12  v  b  la  mentionne 
comme  une  pratique  des  brahmanes.  Il  semble 
toutefois  que  le  G.V.  ait  admis  cette  pratique.  Sur 
le  "mauvais  silence",  sk.  mithyâmauna,  cf.  Tt.  1558 
xvi   (  =  K.   Lav.  IV,   135,  n.  2). — Cf.  *Ayô. 

AI  §£  =  sk.  ai  ^,  une  des  12  voyelles  et  des  50 
lettres  du  *Shittan.— Te.  g,  ft,  ff ,  ffi,  ^,  H.  £,&, 
jS£. — Interprétations  :  T.  880  La  lettre  ai,  c'est  la 
Souveraineté  inconcevable  de  toutes  les  Essences 
(sk.  aisvarya). — T.  469  et  187  iv  Le  ai  est  le  son 
de  la  tenue  supérieure  (sk.  airyâpatha  ?).  D'après 
Meikaku  Ï3j§|f^  cité  Bdji.  2,  le  nom  sk.  du  dieu  Sou- 
verain (îsvara)  est  Aidairi  ScîHM  (Aindriya),  et  c'est 
par  ce  nom  qu'il  explique  le  Sens  de  Souveraineté  ; 
plus  tard  on  crut  à  tort  que  dans  Aindriya  il  y  avait 
aussi  le  Sens  de  "tenue  supérieure". — Aussi  T.  468 
1  "Voie  sainte"  (sk.  âryamarga  ?);  T.  374  vin,  375 
vin,  376  v  "Ainsi  venu"  (sk.  aivamgata  ?). 

AI  ^,  Amour. — Le  mot  Ai  correspond  générale- 
ment à  Soif  (sk.  trsnâ,  p.  tanhâ,  p.  ex.  dans  la  série 
des  12  Facteurs),  mais  aussi  à  Ferveur  (Ai  ou  Aigyô, 
sk.  preman,  priyatâ,  p.  pema),  à  Attraction  (Ai  ou 
Aijaku,  Aishû,  Aizen,  Aiyoku,  sk.  p.  râga),  à  Désir 
(sk.  p.  kâma),  etc.  ;  la  diversité  des  originaux  sk.  est 
souvent  perdue  de  vue  par  les  auteurs  ch.  et  jap. — 
Sous  ce  terme  le  bouddhisme  ch.  réunit  et  con- 
fond des  notions  que  la  langue  technique  du  boud- 
dhisme indien  s'est  appliquée  à  différencier  ;  Ai 
désigne  en  général  toutes  les  poussées  sentimentales 
de  l'ordre  affectif.  Sur  cette  confusion  initiale  vient 
encore  se  greffer  l'équivoque  qui  résulte  de  la  ré- 
volution accomplie  par  le  G.  V.  dans  le  domaine  des 
Passions  :  au  lieu  de  leur  déclarer  une  guerre  sans 
merci  comme  le  P.  V.,  le  G.  V.  prétend  les  sublimer, 
les  "purger"  des  éléments  malfaisants,  et  les  rendre 
utiles  à  l'œuvre  du  salut  universel  (cf.  *Bonnô).  Le 
grand  nombre  des  métaphores  où  figure  le  terme  Ai 
prouve  l'intense  vitalité  de  cette  notion  dans  la 
littérature  du  bouddhisme  ch.  et  jap. — Définitions. 
— Définition  de  la  Soif  (ai)  comme  Facteur  Tt. 
1558  ix  (  =  K.  Lav.  m,  64):  "Convoiter  les  biens 
matériels  et  les  plaisirs  sexuels." — Autres  définitions 
Ttt.  1851  v  c:  "Ai,  c'est  la  Passion  d'Attraction"  ; 
Ttt.  1830  xvi  :  "Ai,  c'est  la  Passion  de  la  Soif." — 
Classifications  numériques. — Deux  Amours. — (a) 
Passionné  et  Sans-Passion. — Tt.  1545  xxix  II  y  a 
deux  sortes  de  Ferveur  :  la  Ferveur  Passionnée,  qui 
est  Attraction  ;  la  Ferveur  Sans-Passion',  qui  est  Foi. 
Toute  Attraction  est  Ferveur,  mais  il  y  a  une  Ferveur 
sans  Attraction  :  c'est  la  Foi  ;  toute  Foi  est  Ferveur, 
mais  il  y  a  une  Ferveur  sans  Foi  :  c'est  la  Ferveur 
Passionnée. — Tt.  1558  IV  (  =  K.  Lav.  il,  171)  La 
Ferveur  Passionnée  est  Attraction,  c'est  celle  qu'on 
a  pour  la  femme,  les  enfants,  etc.  ;  la  Ferveur  Sans- 


AI 

Passion  est  Foi,  c'est  celle  qu'on  a  pour  le  maître,  les 
hommes  supérieurs,  etc. — (b)  Amour  de  Désir,  propre 
aux  Profanes,  et  Amour  de  Loi,  propre  aux  Bs.  et 
aux  êtres  supérieurs  :  Tt.  1509  lxxii  II  faut  avoir  des 
pensées  d'Amour  provenant  de  la  Compassion,  et 
non  des  pensées  d'Amour  provenant  de  la  Passion 
du  Désir  d'Attraction.  La  Loi  Mondaine  est  d'aimer 
sa  femme,  ses  enfants,  des  bœufs,  des  chevaux,  etc., 
et  de  haïr  ses  ennemis,  les  brigands,  etc.  Mais, 
transformant  cet  Amour  Mondain,  les  Bs.  n'ont  que 
des  pensées  de  Compassion  pour  tous  les  Etres. — 

(c)  Amour  de  Trépassé  et  Amour  de  Loi  :  T.  374  v 
L'Amour  de  Trépassé  n'existe  plus  dans  la  vraie 
Libération.  L'Amour  de  Loi  est  la  Compassion  pour 
les  Etres  ;   c'est  lui  qui  est  la  vraie  Libération. — 

(d)  Mauvais  Amour  et  Amour  de  bonne  Essence,  ib. 
xiii  :  le  premier  recherché  par  les  ignorants,  le  se- 
cond par  les  Bs.  ;  ce  dernier  se  subdivise  en  mauvais 
Amour  de  bonne  Essence,  propre  à  ceux  qui  ne 
recherchent  que  les  deux  Véhicules  (Auditeurs  et  B.- 
pour-soi),  et  bon  Amour  de  bonne  Essence,  propre 
à  ceux  qui  recherchent  le  G.V. — Ib.  xiii  énumère 
encore  les  variétés  suivantes  de  mauvais  Amour  : 
— (1)  Amour  de  son  propre  corps,  (2)  Amour  de  ce 
dont  on  a  besoin  ; — (1)  Amour  de  Désir,  (2)  Amour 
de  Formel,  (3)  Amour  de  Sans-Forme  (cf.  inf.  3 
Amours)  ; — (1)  Amour  comme  Facteur  d'Acte,  (2) 
comme  Facteur  de  Passion,  (3)  comme  Facteur 
de  Douleur  ; — (1)  Amour  des  vêtements,  (2)  des 
boissons  et  mets,  (3)  de  la  couche,  (4)  des  bouillons 
et  médicaments  ; — (1-5)  Amour  des  cinq  Masses. 
— Trois  Amours. — (a)  T.  353  classe,  parmi  les  Pas- 
sions des  cinq  Terres  à  Résidences,  les  Passions  des 
trois  Plans  comme  suit  :  (1)  Terre  à  Résidence  de 
l'Amour  de  Désir — Amour  des  Objets  extérieurs  des 
cinq  Désirs,  dans  le  Plan  du  Désir  ;  (2)  Terre  à 
Résidence  de  l'Amour  de  Formel — Amour  de  son 
propre  corps  Formel,  dans  le  Plan  du  Formel  ;  (3) 
Terre  à  Résidence  de  l'Amour  d'Existence — Amour 
de  son  propre  mal,  dans  le  Plan  du  Sans-Forme. 
Dans  cette  classification  l'Amour  tient  lieu  de  toutes 
les  Passions,  dont  il  est  le  principe  (cf.  inf.  Aikon). 
Cf.  Tt.  1558  ix  (=K.  Lav.  m,  85-86),  la  triple  Soif: 
kâmatrsnâ,  rûpatrsnâ,  ârûpyatrsnâ.  Cf.  aussi  Tt.  1579 
lxvii. — (b)  Ojys.  11  c  et  Osks.  xvm  :  (1)  Amour  du 
Domaine  :  pensée  d'attachement  conçue,  au  moment 
de  mourir,  à  l'égard  des  parents,  des  biens  ;  (2) 
Amour  de  son  propre  corps  :  pensée  d'attachement 
conçue,  au  moment  de  mourir,  à  l'égard  de  son 
propre  corps  ;  (3)  Amour  de  la  Naissance  future  : 
pensée  d'attachement  conçue,  au  moment  de  mourir, 
à  l'égard  de  la  condition  où  l'on  naîtra. — Quatre 
Amours. — Tt.  1509  xliii  :  (1)  L'Amour  de  Désir,  qui 
est  facile  à  voir,  le  péché  qu'il  implique  étant  de  la 
catégorie  de  l'impureté  ;  (2)  l'Amour  de  l'Existence 
qui,  étant  sans  impureté,  est  plus  difficile  à  éliminer  ; 
(3)  l'Amour  de  la  Non-Existence,  difficile  à  éliminer, 


2  AI 

parce  qu'il  ressemble  à  la  Connaissance  par  laquelle 
on  détruit  l'Existence  ;  (4)  l'Amour  d'Essence,  con- 
sistant à  aimer  toutes  les  bonnes  Essences  :  il  est 
profitable   pour   atteindre   la   Voie  ;   le    péché   qu'il 
implique  est  difficile  à  voir. — Termes  composés. 
— Aien  ^£$fc,  l'Attraction  comme   Facteur;  T.  310 
lxxviii  Parmi  toutes  les  Passions,  nulle  n'est  plus 
grave  que  celle  formée  par  le  Facteur  de  l'Amour. — 
~go  ~jf_,  veiller  avec  Amour,  Ttt.  1912  vu  c. — 
~gô  ~i%c,  Amour  comme  Acte    causal  produisant 
un  Fruit  futur;    T.  670    II. — ~gyô    ~$£,    Ferveur 
(sk.  preman,  priyatâ,  p.  pema):  Amour  Sans-Passion. 
Tt.  1558  iv  (  =  K.  Lav.    11,    172)  L'Amour  en  tant 
que  Ferveur  a  pour  Substantiel   la   Foi. — Tt.    1585 
vi  La  Foi   a  pour   Caractère   la   Ferveur. — Dans  la 
secte  Shin  c'est  un  des  noms  de  l'Esprit  de  Foi.  Cf. 
T.  310  xvii,  texte  du  18e  Vœu  :  "Ferveur  joyeuse"  ; 
Tt.  1524  :  "Ferveur   pour   la   saveur   de   l'Essence 
de    B.",    que  l'on  éprouve  en  Paradis. — ~/zo  ~i_j, 
aimer  l'Essence  :  attachement  fervent  à  l'Essence.  T. 
360  11  ;  Ttt.   191 1  v  f  :  "Aimer  l'Essence,  c'est  de 
l'Inscience." — ~i  ~]_|,  les  deux  troubles  (*waku  ^)  : 
Attraction  et  Haine;  T.  397  m. jaku  ~  _f,  At- 
traction (sk.  p.  râga),  un  des  trois  Poisons.  T.  310 
xcvn  Produire  une  pensée  d'Attraction,  comme  une 
mouche  qui  voit  un  crachat.  T.  278  xxv  Ne  pouvoir 
boire  jusqu'à  la  dessécher  la  grande  mer  de  l'Attrac- 
tion.— Aijakujihishin  „  _^j_;*_Mls   Esprit    de   Com- 
passion produit  par  l'Attraction,  cf.  inf.  Aikendaihi. 
— Aijakushôji    _£  :_f_^E,    Transmigration    par    At- 
traction.— ~jaku  ~f|f,  Regret  d'Amour.  T.  262  iv 
Je  n'aime  pas  ma  vie  corporelle,  mais  je  regrette 
l'Eveil  sans-supérieur.  Ttt.  1912  vu  b  N'avoir  aucun 
Regret  d'Amour  pour  la  vie  corporelle  ou  les  riches- 
ses:— ~kai  ~^JL,  Plan  de  l'Amour;  T.   397  m. — 
~ke  ~f|)t,  Illusion  de  l'Amour,  autre  nom  du  trouble 
(*waku  fê&)  de  l'Esprit-en-travail.  Tous  les  troubles 
se  définissent  par  l'Amour,  parce  que  l'Attraction 
est  le  plus  puissant  de  tous  ;  le  mot  Illusion  signifie 
que  toutes  les    Passions  sont  vides   et  illusoires. — 
~ken  ~}_  (aussi  Keiiai  JJLJt),  Amour  et  Vue,  les 
deux    Passions    fondamentales  ;    l'une    produit    un 
trouble    portant    sur    les    choses,   l'autre  trouble  la 
raison.  L'Amour  (Attraction)  représente    à  lui  seul 
tous  les  autres  principes  de  trouble  portant  sur  les 
choses,  parce  qu'il  est  l'origine  de  la  Douleur  (cf. 
Aikon).  T.  670  vi  Les  Etres  tombent  dans  la  fosse 
de  l'Amour  et  de  la  Vue  et  perdent  le  chemin  de 
l'Eveil.   Tt.    1509   vu    Deux    espèces    de    Passions  : 
l'une   relevant   de   l'Amour   et   l'autre  de   la   Vue. 
Ib.  xxi  Les  Etres  ont  deux   Conduites  distinctes  : 
Conduite  d'Amour  et  Conduite  de  Vue.  Ceux  chez 
qui  prédomine  l'Amour  s'attachent  au  plaisir  ;  ceux 
chez  qui  prédomine  la  Vue  s'attachent  à  la  Conduite 
de  la  Vue  du  Corps,  etc.  Cf.  aussi  T.  374    xv. — 
Aikendaihi   ^J^Lzk^,  Grande  Compassion  de  Vue 
d'Amour  :  sauver  les  Etres  par  l'effet  d'une  Com- 


AI 13 

passion  qui  n'est  pas  dégagée  des  Passions  et  n'est 
pas  associée  à  la  Sapience.  C'est  le  cas  des  saints  du 
P.V.  qui  n'ont  pas  encore  tranché  les  Passions  de 
l'Amour  et  de  la  Vue  et  reconnaissent  encore  les 
deux  Caractères  d'Aimé  et  d'Aimant  ;  leur  Compas- 
sion étant  illusoire  et  impure,  ils  sont  dégoûtés  d'être 
hommes  ;  il  leur  faut  renoncer  à  cette  Compassion. 
— Tt.  1509  lxxix  II  y  a  deux  voies  pour  les  Bs.  :  celle 
de  la  Compassion  et  celle  du  Vide.  L'Esprit  de 
Compassion  leur  fait  prendre  en  pitié  les  Etres,  et 
ils  forment  le  Vœu  de  les  sauver  ;  mais  l'Esprit  de 
Vide  détruit  cet  Esprit  de  Compassion.  La  Compas- 
sion seule  sans  Sapience  fait  tomber  l'Esprit  dans 
l'Idée-à-rebours  de  l'Existence  des  Etres. — T.  1775 
v  (Vimalakîrtinirdesasûtra)  :  Il  faut  éliminer  la 
grande  Compassion  de  Vue  d'Amour  à  l'égard  des 
Etres.  Pourquoi  cela  ?  C'est  en  tranchant  la  Passion 
des  Objets  extérieurs  que  le  Bs.  produit  la  grande 
Compassion.  Une  Compassion  liée  à  la  Vue  d'Amour 
donne  lieu  à  un  Esprit  de  dégoût  à  l'égard  des  nais- 
sances et  des  morts  ;  si  l'on  se  débarrasse  d'une  telle 
Compassion,  ce  dégoût  disparaît,  et  où  que  l'on 
naisse  la  Compassion  n'est  plus  Revêtue  de  la  Vue 
d'Amour.  Cm.  Kumârajîva  ib.  :  Une  Compassion 
produite  par  l'Attraction  née  à  la  vue  des  Etres, 
lorsqu'on  n'a  pas  encore  approfondi  le  Caractère  réel, 
c'est  ce  qu'on  appelle  grande  Compassion  de  Vue 
d'Amour.  Elle  est  illusoire  et  impure,  et  peut  donner 
lieu  à  des  Connotations  de  dégoût  ;  il  faut  donc  l'éli- 
miner. Cm.  Sôjô  ib.  :  Celui  qui  soigne  doit  d'abord 
Inspecter  ce  principe  que  sa  propre  maladie,  comme 
celle  des  Etres,  n'est  que  le  résultat  illusoire  et  irréel 
d'un  Enchaînement  causal.  C'est  dans  cet  esprit  que 
doit  se  produire  la  Compassion.  On  appelle  Compas- 
sion de  Vue  d'Amour  une  Compassion  née  de 
l'Amour  conçu  à  la  vue  des  Etres,  lorsque  l'Inspec- 
tion ci-dessus  définie  n'est  pas  encore  parfaitement 
pure.  Il  y'  a  du  bon  dans  cette  Compassion,  mais 
les  Domaines  de  la  Vue  d'Amour  et  de  l'Esprit 
d'Existence  [croyance  à  l'Existence]  s'y  trouvent 
mêlés,  et  elle  n'est  pas  libre  de  tous  liens  ;  elle  doit 
donc  être  rejetée.  Cm.  Dôshô'  ib.  :  La  grande  Com- 
passion de  Vue  d'Amour  naît  d'une  Inspection 
où  se  produit  l'Esprit  d'Amour  et  où  l'on  désire 
sauver  les  Etres  en  les  "voyant"  encore  (comme  des 
Objets  extérieurs).  Elle  existe  aussi  chez  les  Bs. 
qui,  bien  qu'ayant  dompté  toutes  les  Passions, 
font  exprès  de  ne  pas  les  trancher  entièrement, 
et  admettent  les  Caractères  d'Aimant  et  d'Aimé, 
afin  de  sauver  les  Etres. — Ttt.  1958  1  expose  pour- 
quoi il  est  faux  de  croire  que  l'œuvre  d'exhortation 
à  gagner  la  Terre  Pure  soit  fondée  sur  la  Com- 
passion de  Vue  d'Amour.  Le  Bs.  doit  pratiquer 
à  la  fois  la  Sapience  de  Vide  et  la  grande  Com- 
passion, et  ne  point  tomber  exclusivement  dans 
l'une  ni  dans  l'autre.  Dans  ce  texte  de  T.  1775  1  : 
"De  même  que  si  l'on  veut  construire  une  maison 


AI 


sur  un  terrain  vide  on  ne  rencontre  point  d'obstacle, 
mais  qu'il  est  impossible  d'en  construire  une  dans  le 
vide,  ainsi  le  Bs.  forme  le  Vœu  d'utiliser  le  Terrain 
de  B.  pour  y  parfaire  les  Etres,  et  en  formant  un  tel 
Vœu  il  ne  se  place  point  dans  le  Vide", — le  "vide" 
est  interprété  comme  signifiant  la  Sapience  du  Vide, 
le  "terrain"  comme  signifiant  les  Etres,  la  Vue  des 
Etres,  et  la  grande  Compassion  qui  résulte  de  cette 
Vue.  On  ne  peut  construire  sur  un  terrain  s'il  n'est 
vide,  ni  dans  le  vide  sans  terrain  :  il  faut  un  terrain 

vide. kon  ^g,  Racine  d'Amour:  la  Passion  de 

l'Attraction  comme  Racine  de  toutes  les  autres 
Passions  T.  397  xxvm. — T.  673  1  "Inscience  et 
Racine  d'Amour". — T.  262  il  "L'Attraction  est  la 
Racine  qui  cause  toutes  les  Douleurs." — Cf.  BEFEO 

XXIV,  134  n.  2. kyô  ~%.,  Ferveur  et  Respect. 

Tt.  1558  IV  (=K.  Lav.  11,  172)  En  ce  qui  concerne 
la  Ferveur  et  le  Respect,  quatre  alternatives  :  (1) 
Ferveur  sans  Respect,  à  l'égard  de  la  femme,  des 
enfants,  des  compagnons  en  vie  religieuse,  des  dis- 
ciples, etc.  (2)  Respect  sans  Ferveur,  à  l'égard  du 
maître  d'autrui,  de  l'homme  doué  de  qualités,  etc. 
(3)  Respect  qui  est  Ferveur,  à  l'égard  de  son  maître, 
de  son  père,  de  sa  mère,  de  ses  oncles,  etc.  (4)  Ni 
Respect  ni  Ferveur,  à  l'égard  des  autres  personnes. 
La  Ferveur  et  le  Respect  n'existent  que  dans  les 
Plans  du  Désir  et  du  Formel.  Cf.  Tt.  1545  xxix. 
— Aussi  Respect  Fervent,  comme  celui  du  fils 
pieux  pour  ses  parents,  auquel  est  comparée  la 
Compassion  du  Bs.  T.  360  1. — ~nen  ~;g;,  Pensée 
d'Amour.  Le  Tg.  n'en  a  pas  T.  374  11. — ~ron  ~%m, 
Vains-propos  de  l'ordre  de  l'Amour.  Tt.  1564  ni 
et  cm.  Ttt.  1824  I  Deux  sortes  de  Vains-propos  : 
de  l'ordre  de  l'Amour,  consistant  à  avoir  un  Esprit 
d'attachement  à  toutes  les  Essences  ;  de  l'ordre 
des  Vues,  consistant  à  faire  des  explications  tran- 
chées sur  toutes  les  Essences. — ~shin  ~<C.S  Esprit 
d'Amour  (= Attraction)  ;  T.  670  vu.— ~shû  ~$t, 
Attachement  d'Amour  =  Attraction  =  Aijaku,  sup.  ; 
T.  262  1. — ~sô  ~$|î,  Connotation  d'Amour;  T. 
374  11. — ~yoku  ~$J,  Désir  d 'Amour = Attraction 
=Aijaku,  sup.;  T.  360  tt. — ~zen  ~%i,  Souillure 
d'Amour=Attraction=Aijaku,  sup.  ;  Tt.  1509  I, 
xxxiv. — ~zô  ~tff,  Amour  et  Haine  :  aimer  ses 
proches,  haïr  ses  ennemis  ;  T.  279  xxvm,  262  m. 
— T.  94s  iv  Les  Vues  diverses  font  la  Haine  ;  l'union 

des  consciences  fait  l'Amour. waku  ~^&,  Trouble 

de  la  raison  causé  par  l'Amour. — Onnai  }§&, 
Amour  reconnaissant,  à  l'égard  des  parents,  des 
frères,  de  l'époux  ou  de  l'épouse,  etc.  T.  360  :  C'est 
un  lien.  T.  842  :  C'est  une  Cause  de  Transmigra- 
tion.— Ttt.  2122  xxx  :  Au  cours  de  la  Transmigration 
dans  les  trois  Plans,  l'Amour  reconnaissant  ne  peut 
être  tranché.  Le  vraie  reconnaissance  consiste  à 
rejeter  la  reconnaissance  et  à  entrer  dans  l'Inopéré. — 
Comparaisons. — Aibaku  gff ,  Lien  de  l'Amour. 
T.  246  11  "Liens  de  l'Inscience  et  de  l'Amour". 


AI       14 

— ~doku  ~%,  Poison  de  l'Amour.  Tt.  1509  xv 
"Flèche  de  la  Vue  enduite  du  poison  de  l'Amour". 
— ~en  ~gl,  Onctuosité  de  l'Amour,  qui  rend 
luisant  tout  le  corps  de  ceux  qui  convoitent  les 
richesses  T.  945  VIII. — ~gen  ~|ii|,  Oeil  d'Amour. 
T.  279  xxv  L'œil  d'Amour  de  la  grande  Compassion 
regardé  avec  Egalité  tous  les  Etres. — ~ka  ~itf, 
Fleuve  de  l'Amour.  L'Attraction  comparée  à  un 
fleuve  où  se  noient  les  hommes  ;  les  pensées  d'At- 
traction s'attachant  aux  objets  comparées  à  l'eau  du 
fleuve    qui    imbibe    toutes   choses;   T.    279    xxvi, 

697,  945   iv,  Ttt.    1733   xi,  1753    iv. kai    ~?&, 

Mer  de  l'Amour.  L'Attraction  est  large  et  profonde 
comme  la  mer  en  tant  qu'elle  ne  se  rassasie  pas  de 
ce  qu'elle  a  déjà  obtenu,  et  agitée  comme  la  mer  en 
tant  qu'insatisfaite  à  l'égard  des  objets  non  encore 
obtenus;  T.  278  11,  279  lxxviii,  Ttt.  1912  v  d, 
1735  xiii. — ~ke  ~$si,  Lien  de  l'Amour  Tt. 
1509  xxviii. — ~ken  ~fpj,  Filet  de  l'Amour  T.  721 
vu. — ~ken  ~j$iij,  Cocon  de  l'Amour.  L'homme 
pris  d'Amour  est  comme  le  ver  qui  s'enveloppe  dans 
son  propre  réseau  de  fils  Ttt.  191 2  v  c. — ~ki  ~3&, 

Démon  de  l'Amour  Tt.  2058  m. ko  ~$Jî,  Amour 

comparé  à  la  balle  de  riz  qu'il  faut  rejeter  Tt.  150c 
xxviii. — ~mô  ~$3,  filet  de  l'Amour;  T.  279  xxxiv, 
190  xxxiii. — ~m'«  ~îMy  humectation  de  l'Amour. 
Le  moribond  produit  la  Passion  d'Amour  qui 
humecte  le  Germe  d'Acte  d'où  sort  le  Fruit  de  la 
douleur  de  l'existence  future  T.  279  xxxvm. — ~n« 
~$£,  esclave  de  l'Amour  T.  468  II. — ~rin  ~$jjj, 
Roue  de  l'Amour.  L'homme  est  sur  le  char,  entraîné 
vers  les  6  Destinations  ;  Srsh.  vin. — ~rasetsunyo 
~$!i3;"&*>  l'Amour  comparé  à  une  Râksasî  Ttt.  2058 
11. — ~shu  ~H,  Germe  de  l'Amour,  produisant  le 
Fruit  de  la  Douleur  T.  297  1. — ~sui  ~7jt,  Eau 
d'Amour,  qui  humecte  le  champ  de  l'Acte  et  hâte  le 
Fruit  T.  279  xxxvn. — Signifie  aussi  émission  spon- 
tanée.— Onnaika  JB3£$9,  Fleuve  de  l'Amour  re- 
connaissant Tt.  1509  1. — Onnaishi  J§J?!jîlJ,  Epine  de 
l'Amour,  empoisonnée  T.  1  x. — Onnainu  JH^SX, 
Esclave  de  l'Amour  reconnaissant  T.  277  1. — 
Onnaigoku  fê^£%$,  Enfer  de  l'Amour  reconnaissant 
T.  1  1.— Renvois.— Aibetsuriku  ^ftlffi'g,  Douleur 
causée  par  l'absence  d'un  être  aimé.  Cf.  *Ku  ^. — 
~go  ~h§»  Parole  d'Amour.  Cf.  *Shô  gj. — ~ketsu 
~£g,  Lien  de  l'Amour.  Cf.  *Ketsu  fg. — ~shi 
~;£,  Branche  de  l'Amour.  Cf.  *Innen  gj$&. 

AIKISSHI  fg*£,  ou  aikitsu  fg§  Gog.  xxi. 
Td.  Ttt.  2128  liv  et  Gog.  xxi  kishiki  ^P%  "démon 
qui  fait  lever  les  cadavres".  C'est  aussi  l'interpréta- 
tion que  donne  Ttt.  171 8  sur  T.  262  vu  où  le  texte 
ch.  porte  kissha  ^jgj  (var.  kissho  ^M)  dans  une 
liste  de  démons  qui  causent  les  maladies  ;  l'original 
sk.  (Lotus,  240)  a  krtya;  il  mentionne  des  espèces 
nombreuses  de  ces  démons  :  Yaksakrtya,  Amânu- 
sakrtya,  Asurakrtya,  et  les  Krtya  de  la  fièvre  seconde, 


AIKONGO 

tierce,  quarte.  Mvy.  4372  n'a  que  la  forme  féminine 
krtyâ,  la  seule  en  usage  dans  le  sk.  classique  où 
ce  mot  désigne  une  mauvaise  fée  ;  il  est  rendu 
dans  Mvy.  par  gsed  byed  en  tib.  ;  en  ch.  sagai  f^^ 
"malfaisant".  Ttt.  2131  vi  td.  littéralement  shosa 
$ff^  "fait"  (sk.  krta).  La  première  syllabe  de 
Aikisshi  pourrait  être  l'interjection  sk.  ai. — Tt.  620 
11  ils  tiennent  des  bâtons  de  fer,  portent  des  guir- 
landes de  crânes,  et  provoquent  la  démence,  la  lèpre 
blanche,  etc.  ;  méthode  pour  les  exorciser. — Cf. 
*Bidara. 

AIKONGO  tgifcWl  Diamant  d'Amour,  nom  d'un 
Bs.  Dans  l'Es.,  sa  place  est  à  l'Ouest  parmi  les  5  Bs. 
de  Diamant  de  l'Assemblée  de  Méthode  du  Plan  de 


Fig.  4.  Aikongô. 

Diamant.  Il  porte  une  bannière  à  tête  de  monstre 
marin  appelée  Makatsuc'ô  HfJJItët  "hampe  de 
Makara"  =  sk.  Makaraketu,  nom  donné  en  sk. 
classique  à  l'Amour  (Kâma).  Il  est  de  couleur  bleue. 
On  compare  le  Makara,  à  qui  pour  se  désaltérer  ne 
suffisent  pas  les  eaux  des  quatre  océans,  au  Bs.  dont 
la  Compassion  est  insatiable  Kmds.  III ;  Mtsg.  133. 
— Ce  personnage  se  distingue  à  peine  de  Kongôai- 
bosatsu  ^|f3iJ^^^,  un  des  4  Bs.  de  Diamant  qui 
entourent  le  B.  Aksobhya  (cf.  *Ashuku)  dans  la 
Roue  de  l'Est  du  Plan  de  Diamant.  Celui-ci  est  aussi 
de  couleur  bleue  ;  il  tient  dans  la  main  gauche  un 
arc,  dans  la  droite  une  flèche  T.  868  il  (l'arc  manque 
dans  Hizk.,  Bzss.  41  et  fig.  LUI,  et  dans  les  peintures 
actuelles  des  Cercles). — L'arc  et  la  flèche  (de  fleurs) 
sont  aussi  les  attributs  de  l'Amour  indien. — Les  5 
Bs.   de  Diamant  ont  d'autre  part  leur  Cercle  spécial 


AIKONGO 


is 


AIZEMMYÔO 


Fig.  s.  Kongôai. 

où  figure  Aikongô  ;  Bbkw.  489  et  fig.  clxxxi. — Cf. 
*Aizemmyôô,  *Kongôbosatsu. 

AIRABATSUNA  Wfèfâ.^,  ou  Airabatsuna  % 
%&&,  Airahakuna  338119$.  Ainabana  f|$M5, 
Irabana  #f|$£$,  Inabana  #HJ^-^,  Inrabana 
$ÈWB3R>,  Innabana  PM$J3gL%  Inrana  WÊiffî  etc. 
=  sk.  Airâvana  (Airâvata),  p.  Erâvana.  Nom  d'un 
roi-Dragon  qui  sert  de  monture  au  dieu  Indra  ; 
c'est  un  des  dix  éléphants  placés  aux  dix  points 
cardinaux  pour  soutenir  le  monde.  T.  721  xxi  C'est 
un  roi-éléphant  blanc,  à  six  têtes  ;  il  prend  part  aux 
combats  contre  les  Asura  (cf.  *Ashura)  et  porte  un 
millier  d'Indra.  T.  279  lxvi  II  est  long  de  neuf 
Lieues,  haut  de  trois  et  habite  sur  les  flancs  du 
Sumeru.  Ttt.  1821  xix  dérive  le  mot  d'un  nom  de 
l'eau,  sk.  ira  :  ce  serait  un  Dragon  dans  l'eau  en 
même  temps  que  l'éléphant  d'Indra.  Eog.  IV  expli- 
que :  ira  =  indra  +  vana  "voix"  (sk.  bhâna  ou  vânî?), 
ou  encore  i  =  "sortir" +  râvana  "cri  de  joie".  Mvy. 
3354  td.  tib.  sa  bsrun  gi  bu  "fils  du  protecteur  du 
sol"  et  ch.  shuchishi  ^iJË1^  même  sens  (évidem- 
ment fondé  sur  une  analyse  fantaisiste  ira  "terre" 
+  avana  "protection"),  ou  encore  chiji  itj)££  "soutien 
de  la  terre".  Gog.  xxiv  (xxv)  l'identifie  avec 
*Irahattara  =  sk.  Elâpattra  ;  l'identification  semble 
inacceptable. 

AISHINTEN  ^#^  "Dieux  au  corps  aimé". 
Tt.  1509  x  les  nomme  parmi  les  Dieux  des  six  cieux 
du  Plan  du  Désir  :  "leur  apparence  est  merveilleuse, 
d'où  leur  nom".  Ces  Dieux  ne  se  retrouvent  dans 
aucune  autre  liste  ;  ce  sont  peut-être  les  Tusitakâyika. 

AITEN  ppj^fô,  td.  Gog.  vm  éd.  cor.  [  =  ix  éd. 
ch.]  shingaku  £;ffJ§|  "débutant  dans  l'étude"  ou 
Jshimpocchi  gîftjj^  "néophyte",  à  l'occasion  d'un 
passage    du  Vimalakîrtinirdesasûtra  td.  par  Shiken 


SCWt  T.  474  1,  où  le  mot  se  présente  avec  trois 
variantes  :  aiten  PRÎ^fô,  aigyô  pl%ff,  aig°  WJWR* 
Les  versions  parallèles  T.  475  1  et  476  11  portent 
toutes  les  deux  shingaku.  M.  Ogiwara  Unrai  $cl^ 
§^Ç  nous  suggère  la  correction  aikatsu  Pnlî&fiîï  qui 
correspondrait  au  sk.  âdikarmika  =  Mvy.  387  tib.  las 
dan  po,  ch.  shogaku  ^J^  "débutant  dans  l'étude", 
et  Mvy.  9242  td.  analogues. 

AIZAITEN  *gfà%,  "dieu  aimant  la  richesse". 
Nom  d'une  étoile  qui  préside  à  la  richesse,  rangée 
parmi  les  sept  Luminaires,  où  elle  est  désignée  comme 
"l'étoile  du  loup  avide"  tonrôsei  £|&J&.  Elle  est 
placée  dans  le  Plan  de  Matrice  au  Nord  de  la  Cour 
de  Diamant  extérieure  Tmds.  vu. 

AIZEMMYÔO  ^IfcBJÏ,  Roi  de  Science  d'At- 
traction =sk.  Râgavidyârâja  ;  autres  noms  Ragaraja 
|&Mffl  =  sk.  Râgarâja,  Makaraga  Jf  fnT|if$  =  Ma- 
hârâga,  Bakuwakurarajahitsuriya  ff QJUfâSdfrSJS 
=  Vajrarâjapriya. — Aperçu. — Aizemmyôô  est,  comme 
tous  les  personnages  de 
sa  classe,  les  Rois  de 
Science  (*Myôô,  sk.  Vi- 
dyârâja),  une  divinité  du 
type  ésotérique  (sk. 
tantra)  qui,  pour  assurer 
mieux  la  protection  des 
fidèles,  prend  un  aspect 
terrible  :  les  Myôô  ont 
pour  correspondant,  dans 
le  panthéon  de  l'Inde  et 
du  Tibet,  les  Bhairava 
"effroyables"  et  les 
Krodharâja  "rois  de  co- 
lère". Comme  eux  il  a 
trois  yeux,  plusieurs 
paires  de  bras,  la  che- 
velure hérissée,  et  il  est 
susceptible  de  recevoir 
plusieurs  visages.  Il 
représente  l'Amour,  l'a- 
mour sublimé,  mais  avec  un  tréfonds  d'érotisme 
comme  c'est  le  cas  ordinairement  dans  le  Tantra  ; 
il  a  hérité  de  l'Amour  l'arc  et  la  flèche  classiques 
(tel  l'Eros  grec),  le  croc  ou  hameçon,  et  la  couleur 
rouge.  Mais  sa  fureur  ne  se  tourne  que  contre  les 
erreurs  grossières  d'où  naît  l'amour  profane,  la 
croyance  au  Soi  et  la  croyance  aux  choses.  Ses  armes 
sont  de  Diamant  (ou  de  Foudre  ;  le  mot  sk.  vajra 
a  les  deux  significations),  comme  c'est  aussi  le  cas 
de  ses  congénères  ;  elles  sont  infrangibles  et  im- 
maculées. Destructeur  des  Passions  vulgaires,  il 
suscite  à  leur  place  un  Amour  plus  grand  et  plus 
fort  qu'elles,  qui  embrasse  l'univers  d'une  ardeur 
égale  pour  l'amener  au  salut. — Ses  fidèles  se  récla- 
ment de  ce  principe  :  "les  Passions,  c'est  l'Eveil"  Ttt, 


Aizemmyôô. 


AIZEMMYÔÔ 


16 


AIZEMMYÔÔ 


Fig.  7.  Aizemmyôô  bicéphale. 


1911  1,  1716  ix  ;  cf.  Ttt.  1796  x:  D'ordinaire  on 
enseigne  à  vaincre  l'Attraction  par  la  Non- Attrac- 
tion ;  mais  maintenant  j'enseigne  à  la  vaincre  par  la 

plus  grande  Attrac- 
tion.— Sa  Concen- 
tration est  dite 
meonzôsammai  J^ 
m^m"  Concen- 
tration de  l'organe 
secret,  caché  com- 
me chez  le  cheval" 
(meonzô  est  un  des 
32  Caractères  du 
Grand  Mâle,  sk. 
kosâpagatavastigu- 
hya,  cf.  *Sô  fë)  : 
c'est  en  entrant 
dans  cette  Concen- 
tration que  Vairo- 
cana  enseigne  la  Formule  de  Aizemmyôô  T.  867 
(2e  chap.,  intitulé  Esprit  du  Roi  Aizen)  ;  cm.  Ysks. 
I  l'appelle  aussi  jogaishôjô  $fcziïiffifê.  "Extase  où  est 
éliminée  l'Obstruction  (des  Passions)"  :  les  Passions 
sont  manifestées  par  l'Erreur  et  éliminées  pai 
l'Eveil,  de  même  que  l'organe  du  cheval  apparaît 
au  moment  du  rut  et  se  cache  aussitôt  après  ; 
d'après  le  même  cm.  certains  textes  interprétaient  le 
mot  râga  par  onzô 
f^lÊ  "organe 
secret  caché". 
Hmjr.  6  fait  al- 
lusion à  des  in- 
terprétations ob- 
scènes qui  eurent 
cours  dans  l'Es, 
j  ap . ,  notamment 
dans  la  branche 
Tachikawa  j£JI| 
$ft  ;  Aizemmyôô 
est  aussi  la  divi- 
nité principale  de 
la  branche  Ono 
/MFfà.  On  le 
considère  comme 
une  "transfor- 
mation" soit  de 
Vairocana,  soit 
du  Bs.  de  Dia- 
mant d'Amour, 
*Aikongô,  soit 
enfin  de  l'ensem- 
ble des  4  Bs.  de  Diamant  qui  entourent  le  B. 
Aksobhya  dans  la  Roue  de  l'Est  du  Plan  de  Dia- 
mant :  Etre,  Roi,  Amour,  Joie  (cf.  *Ashuku) .—Nom 
es.:  Riaikongô  f|fëgfèKJ!|  "Diamant  détaché  de 
l'Amour". — Germe:  hûm. — Formule  T.  867:  Om 
mahârâgavajrosnîsavajrasattva  jah  hûm  varh  hoh. — 


Fig.  8.  Tenkyûaizen. 


Formes  de   Convention:  le  croc  à  cinq  pointes  (pour 
pêcher   les   Etres),   la   coiffure  de  lion  (symbole  de 
courroux),  l'arc  et  la   flèche  (dont  le  contact  sym- 
bolise l'Amour  Ysks.  1,  ou  qui  représentent  encore 
la  Concentration  et  la  Sapience,  au  moyen  desquelles 
on  tire  sur  la  fausse  Vue  du  Soi  dans  l'individu  et 
dans  les  Essences). — Sceau:  T.  867  Les  médius  sont 
dressés  l'un  contre   l'autre,    les    autres  doigts  sont 
entrecroisés  et  repliés  à   l'intérieur  des  paumes. — 
Iconographie. — La  forme  ordinaire  à  une  tête  et  six 
bras  est  décrite  T.  867  (5e  chap.)  :  "Son  corps  a  la 
couleur  des  rayons  du  soleil  ;  il  se  tient  dans  une 
Roue  ardente,    et    de    ses    trois    yeux  regarde  avec 
colère.  Il  a  une  coiffure   de   lion,   surmontée  d'un 
croc    à    cinq    pointes  ;   sa    chevelure    hérissée    lui 
donne  un  aspect  irrité,  et  de  sa   tête  pendent  des 
guirlandes  de    cinq  couleurs.  Des  écharpes  divines 
couvrent  ses  oreilles.  Dans  la  main    gauche    supé- 
rieure il  tient  une  clochette  d'or,  dans  la  droite  un 
Diamant  à  cinq  pointes;  son  Attitude  est  celle  d'un 
Etre  maintenant   le   Plan   des   Etres.   Dans  la  main 
gauche  du  milieu  il  tient 
un  arc  de  Diamant,  dans 
la  droite  une  flèche    de 
Diamant,      comme     s'il 
décochait    de  la  lumière 
d'étoile  pour  créer  l'Es- 
sence de  la    grande   At- 
traction. La  main  gauche 
inférieure     tient     "cela" 
(un  objet  dont  le  choix 
est    laissé    aux    fidèles  : 
Joyau,     corps     humain, 
tête  humaine,  sac,  etc.  ; 
en  général  c'est  le  Joyau  ; 
cf.    Kkzs.    v    qui   donne 
plusieurs  images  ne  va- 
riant  que   par  l'attribut 
tenu    dans    cette   main), 
et  la  droite  un  lotus.  .  . 
Il    est    assis    les  jambes 
croisées     sur     un    lotus 
rouge  placé  sur  un  vase 
précieux,       des       bords 
duquel   s'échappent   des 
Joyaux." — On    trouve 
également  une  représen- 
tation bicéphale  à  deux  ou  huit  bras  :  les  deux  têtes 
représenteraient     respectivement     Aizen     Jclfë     e* 
Zeiiai  |fe^,   ces   deux  noms   étant    mentionnés  T. 
867  ;  on  interprète  Zen  comme  l'aspect  masculin  de 
Aizen  et  Ai  comme  son  aspect  féminin,  oar  l'homme 
éprouve  de  l'Attraction  (zen)  pour  la  femme,  mais 
la  femme  aime  (ai)  l'homme. — Une  autre  forme,  dite 
de  l'arc  céleste  Tenkyûaizen  X^M^c»  encoche  une 
flèche  vers  le  ciel.  Une  forme  tricéphale  tenant  un 
arc  bandé,  et  placée  sur  un  lion,  aurait  été  introduite 


9.  Aizemmyôô  tricéphale. 


PLANCHE     I 


AIZEMMYOO. 

Peinture  attnbure  à  Kose  Aimi  lîffttIM.  (début  du  Xe    siècle). 
Gokokuin  ilSWBi;,  Ueno,  Tokyo. 


AIZEMMYÔO 


17 


AJARI 


de  Chine  au  Japon  par  Chishô  Daishi  *$&.%$$  au 
IXe  siècle. — Aizemmyôôhô  SJIfèBÉJIEfé;,  cérémonie  es. 
dans  laquelle  Aizemmyôô  joue  le  rôle  de  divinité 
principale.  Son  image  rouge  est  placée  sur  une 
estrade  rouge  et  les  officiants  sont  vêtus  de  rouge. 
Cette  cérémonie,  décrite  T.  867  et  Tt.  1132,  peut 
s'accomplir  d'après  ces  textes  en  vue  des  cinq 
objets  suivants  :  (1)  senchika  J^jg^S  =  sk.  sântika 
"Apaisement"  (du  mal),  (2)  fushutchika  ^j^^jSn  = 
sk.  paustika  "Accroissement"  (du  bien),  (3)  bakushi- 
karana  |$f#o$!!!ifM£=sk-  vasîkarana  "Ensorcellement" 
(4)  gataya  $[)^  =  sk.  ?,  (5)  *abisaroka  ffl&fflfe 
jjp  =  sk.  abhicaruka  (ou  °câruka)  "Exorcisme"  (cf. 
*Goma).  Au  xie  siècle  Jôson  fSL^l,  fondateur  de 
l'école  Ono,  l'accomplit  au  palais  impérial  du  Japon. 
— Aizemmandara  ^t$i§kMMi>  Cercle  de  Aizemmyôô. 
Il  en  existe  une  variété  à  37  personnages,  qui  se 
rattacherait  à  la  tradition  de  T.  867,  mais  la  forme 
la  plus  connue  est  celle  de  Tt.  1132  qui  comprend 
les  17  personnages  suivants: — au  centre  Aizem- 
myôô, dont  ici  le  Germe  est  om  ; — à  ses  côtés  quatre 
Etres  de  Diamant  :  Ishô  M&.  "né  du  Mental"  (sk. 
Manoja),  Keirikira  ffMtëlifè^sk.  Kelikila,  Airaku 
5£$â  "joie  d'amour"  (sk.  Râgavajra  Hmjr.  11),  Iki 
MM.  "souffle  du  Mental",  qui  ont  respectivement 
pour  Germes  ma,hâ,su,kha  ; — aux  angles  les  person- 
nages féminins  correspondant  aux  quatre  précédents  ; 
leurs  noms  sont  les  mêmes,  mais  leurs  Germes 
diffèrent  :  va,  jra,  sat,  tva  ; — sur  les  côtés  de  l'encadre- 
ment quatre  Bs.  :  Formel,  G.  jah;  Son,  G.  hûm; 
Odeur,  G.  vam  ;  Saveur,  G.  hoh  ; — aux  angles 
quatre  Bs.  des  Saisons  :  Printemps,  G.  su  ;  Pluie, 
G.  ra  ;  Automne,  G.  ta  ;  Hiver,  G.  sattvarh.  Les 
Germes  forment  ainsi  la  Formule  suivante  :  Om 
mahâsukhavajrasattva  jah  hûm  vam  hoh  suratasat- 
tvam.  Des  spécimens  de  ce  Cercle  sont  conservés 
au  Japon,  notamment  au  Taizanji  ^[il^f  en 
Harima  et  au  Zuishihin  H|pil>$c  en  Yamashiro. — 
Cf.  *Aikongô. 

AJARI  |5nJH9!^  =  sk.  âcârya,  p.  âcariya  ;  tib.  slob 
dpon. — Maître. — Autres  te.  ajari  psjfljfÊÎ,  ashari  |îpJ 
$l%k,    ashiri    [fôjjji&flj,    |5njjftg^   (anc.    éc.)  ;    ashariya 

mmw$,  nmmv,  pvmnm  (noUV.  éC.)  ;  jan  m 

gl  (abr.).— Td.  kyôju  ficig  "professeur"  Skk.  VII, 
ôkuyô  Ultft'fil  "digne  d'être  servi"  ib.,  ôkagyô  H$£pJ 
ff  "dont  la  conduite  est  digne  d'être  imitée"  ib., 
shôgyô  jE^T  "conduite  correcte"  ib.  et  Ssk.  VII,  Tt. 
1660,  Ttt.  2060  11,  chiken  ^SÊ  "sage"Ttt.  2060  il, 
denju  fj£iS  "qui  transmet"  ib.,  kihan  $Jtfg  "mo- 
dèle" Skk.  vu,  Ssk.  vu,  Ttt.  2125  Vil.  Cette 
dernière  td.  est  celle  de  la  "nouvelle  école". — Origine 
de  l'institution  dans  le  bouddhisme. — T.  1428 
xxxiv  En  ce  temps,  les  Moines  mendiants  récem- 
ment ordonnés  n'avaient  personne  pour  les  ins- 
truire après  la  mort  de  leurs  Professeurs.  Ne 
recevant  pas  d'enseignement,   ils  négligeaient  leurs 


Attitudes,  manquaient  d'ordre  dans  leurs  vêtements, 
ne  mendiaient  pas  selon  la  règle,  recevaient  souvent 
de  la  nourriture  impure  ou  dans  des  bols  impurs,  et 
poussaient  des  cris  bruyants  lors  des  grands  et  des 
petits  repas,  comme  les  brahmanes  dans  leurs  réu- 
nions. Alors  les  Moines  mendiants  allèrent  rapporter 
cela  au  Bhagavat,  qui  dit  :  J'autorise  dorénavant 
l'institution  de  Maîtres  et  de  Disciples  ;  qu'ils  se 
considèrent  comme  pères  et  fils,  et  s'assurent  mu- 
tuellement enseignement  et  service. — Cinq  sortes  :  T. 
1421  xvi  Le  B.  dit  :  Il  y  a  cinq  sortes  de  Maîtres  : 
(1)  Shukkeajari  ffi^H^âï  (Maître  pour  sortir  de  la 
maison)  ;  c'est  le  Maître  qui  convertit  et  ordonne  les 
Novices.  (2)  Kyôjuajari  tfefêH^l^  (Maître  en- 
seignant) ;  c'est  le  Maître  qui  enseigne  la  règle  des 
Attitudes  à  observer  lors  de  la  réception  des  Défenses 
complètes.  (3)  Kommaajari  ^|^H^^  (Maître 
d'Actes  ;  sk.  karmâcârya)  ;  c'est  le  Maître  qui  ac- 
complit les  Actes  [prescrits]  lors  de  la  réception  des 
Défenses  complètes.  (4)  Jukyôajari  igM|SIg]£*  (Maî- 
tre enseignant  les  sûtra  ;  sk.  pâthâcârya)  ;  c'est  le 
Maître  qui  a  enseigné,  ne  fût-ce  qu'un  seul  jour,  à 
réciter  les  sûtra.  (5)  Eshiajari  'KÏiPSjffl^  (Maître 
auprès  duquel  on  réside)  ;  c'est  le  Maître  auprès 
duquel  on  habite  dans  le  même  logis. — Autre  classifi- 
cation, de  cinq,  Eog.  il  :  (1)  Maître  d'Actes  (Komma 
99J§)  ;  (2)  Maître  d'Attitudes  (Igi  tfftfc)  I  (3)  Maître 
auprès  duquel  on  réside  (Eshi  j£jt)  ;  Maître  en- 
seignant les  sûtra  (Jukyô  $£%£)  ;  (5)  Maître  des  dix 
Défenses  (Jukkai  +$).  Cf.  Mvy.  8728-8732  :  (1)  sk. 
âcârya,  tib.  slob  dpon  ;  (2)  sk.  karmakâraka,  tib.  las 
byed;  (3)  sk.  raho'nusâsaka,  tib.  gsan  steston;  (4) 
sk.  nisrayadâyaka,  tib.  gnas  byin  ;  (5)  sk.  pâthâcârya, 
tib.  klog  pa'i  slob  dpon. — Six  sortes,  Sgs.  m  :  (1) 
Maître  de  tonsure  (Teihatsu  $lj§l)  î  (2)  Maître  pour 
sortir  de  la  maison  (Shukke  ffi^O  ;  (3)  Maître  en- 
seignant les  sûtra  (Jukyô  $&M)  ;  (4)  Maître  enseignant 
(Kyôju  gcjg)  ;  (5)  Maître  d'Actes  (Komma  J$£$)  ; 
(6)  Maître  auprès  duquel  on  réside  (Eshi  $cjfc.)- — 
Kunjijari  ^J$^M,  Maître  de  Kundî,  terme  qui 
désigne  dans  l'es,  le  Maître  d'Onction  (l'Onction  se 
faisant  avec  le  vase  kundî). — Es. — Treize  Vertus 
des  Maîtres  d'après  la  secte  Shingon  :  T.  848  I  Les 
Maîtres  es  Cercles  du  premier  degré  doivent  (1) 
avoir  produit  l'Esprit  d'Eveil,  (2)  posséder  Sapience 
et  Compassion,  (3)  être  experts  dans  tous  les  arts, 
(4)  bien  pratiquer  la  Perfection  de  Sapience,  (5) 
comprendre  à  fond  le  Véhicule  triple,  (6)  bien  ex- 
pliquer le  Sens  réel  des  Formules,  (7)  connaître  l'Es- 
prit de  tous  les  Etres,  (8)  avoir  Foi  en  tous  les  B.  et 
Bs.,  (9)  avoir  obtenu  l'Onction  et  autres  habilitations 
à  transmettre  la  doctrine,  et  posséder  l'intelligence 
subtile  des  dessins  de  Cercles,  (10)  avoir  une  nature 
douce  et  détachée  du  Soi,  (11)  montrer  de  la  décision 
dans  la  pratique  des  Formules,  (12)  être  profondé- 
ment exercés  dans  l'Application,  (13)  résider  avec 
fermeté  dans   l'Esprit  d'Eveil.  Avec  de  telles   Es- 


AJARI 


18 


AKANITA 


sences  on  est  un  Maître,  objet  des  louanges  des  B. 
et  des  Bs. — Et  cm.  Ttt.  1796:  Celui  qu'on  appelle 
Maître,  c'est  un  Etre  de  Diamant,  le  plus 
élevé  parmi  les  hommes  ;  il  comprend  les  trois 
Esotériques  ;  et  c'est  aussi  Vairocana  lui-même. — 
Ajariikanjô  WMMtÈifflLM,  sk-  âcâryâbhiseka,  Onc- 
tion de  Maître,  dite  aussi  Dengyôkanjô  4$fiç$llii, 
Onction  de  transmission  de  la  doctrine,  une  des 
cérémonies  les  plus  importantes  de  la  secte  Shingon. 
Elle  consacre  comme  Maître  celui  qui  la  reçoit,  et 
qui  doit  posséder  les  treize  Vertus.  Ttt.  1796  :  A  droit 
au  titre  de  Maître  celui  qui  connaît  à  fond  tous  les 
personnages  vénérés,  les  Formules,  les  Sceaux,  les 
Pratiques  d'Inspection  et  les  Atteintes,  et  qui  a  reçu 
l'Onction  de  transmission  de  la  doctrine. — Cf. 
Rituel  spécial  Tt.  862. — Titres  et  fonctions  des 
Maîtres  au  Japon. — Actuellement  le  titre  d'Ajari 
(Maître)  n'est  plus  employé  au  Japon  que  dans  les 
sectes  Shingon  et  Taimitsu  (branche  es.  de  la  secte 
Tendai).  On  distinguait  naguère  trois  classes  d'Ajari, 
et  dans  chaque  classe  des  "grands  Ajari"  et  des  "Aja- 
ri":  (1)  Shichikôzahajari  -bî^UlpsjÉ^,  Maîtres  des 
sept  hautes  montagnes,  i.e.  Hiei  Jfc^,  Hira  JfcJâ, 
Ibuki  #Pft,  Atago  J£^3 ,  Kimbu  &^,  Katsuragi  ^ 
:($,  Kamine  jfâ^.  Sur  ces  montagnes  se  célébrait 
deux  fois  par  an,  au  printemps  et  à  l'automne, 
une  cérémonie  dite  "Contrition  de  Bhaisajyaguru" 
(Yakushikeka  ^SÇfe^)  où  l'on  priait  pour  obtenir 
de  bonnes  moissons.  Les  moines  nommés  par  décrets 
impériaux  pour  cette  cérémonie  étaient  appelés  Ajari. 
(2)  Dembôajari  {$ï£P6lfê;13&,  Maîtres  transmettant  la 
Loi.  Titre  en  usage  dans  les  sectes  Shingon  et 
Taimitsu.  (3)  Isshinajari  — IH^J^t^,  Maîtres  à  vie. 
Titre  des  Maîtres  d'Onction  dans  ces  mêmes  sectes. 
Cette  charge  peut  être  remplie  par  des  nobles. — 
Dans  le  Japon  ancien,  Ajari  fut  un  titre  de  fonction 
officielle,  reconnu  par  l'Etat.  Cette  fonction  était 
remplie  par  des  moines  appartenant  aux  sectes 
Shingon  ou  Taimitsu,  et  oints  par  transmission 
secrète.  Les  premiers  décrets  impériaux  en  attestant 
formellement  l'institution  datent  de  876,  mais  le 
titre  officiel  d'Ajari  est  mentionné  dès  836. 

AJUNNA  p9fig|!,  ou  anjunna  fâ&ffi,  ajana 
WMM>  îarajuna  R  $|  $g&  irijunna  3||gg  M, 
ashûdana  PfMffcffi^sk.  arjuna,  p.  ajj°.  Nom 
d'arbre,  Terminalia  Arjuna  P.W.  Le  fameux  Nâgâr- 
juna  était,  disait-on,  né  sous  cet  arbre  Tt.  2047  et 
2058.  Ttt.  1824  I  td.  ririju  U^fâ. 

ÎAKA  MfB,  ou  JSflJn.  &&,  FffR»*sk.  argha, 
arghya  ;  p.  agghiya  ;  tib.  mchod  yon  "hommage 
méritoire"  ;  ch.  kudoku  Xj]^  "Mérite",  kudokusui 
ïJJWjK  "eau  de  Mérite"  Mvy.  4352.— Eau  liturgique. 
— Le  terme  sk.,  qui  signifie  au  propre  "valeur,  hon- 
neur, honorable",  a  été  appliqué  dans  l'Inde  à 
l'accueil  de  l'hôte,  et  plus  particulièrement  à  l'eau 


du  bain  de  pieds  qu'on  présentait  à 
l'hôte  dès  son  arrivée.  Les  textes  ch. 
définissent  aka  comme  l'Eau  liturgique 
T.  893  m,  T.  1101,  Ttt.  2131  vu,  ou 
souvent  comme  le  vase  qui  la  contient 
Fig.  10.  Akaki.  Ttt.  2128  x,  2129  V,  ou  même  comme 
un  récipient  en  général  (baignoire,  etc.)  Ttt.  2035 
xliii.  L'Eau  liturgique  est  parfumée  avec  des  fleurs 
Ttt.  1796  xi.  Au  Japon,  ce  terme  introduit  par  la 
secte  Shingon  est  entré  dans  l'usage  courant  pour 
désigner  l'Eau  liturgique. — Akaki  P^flMH,  vase  con- 
tenant de  l'Eau  liturgique,  une  des  trois  sortes  de 
vases  employés  dans  le  rituel  es.  ;  les  autres  con- 
tiennent de  la  poudre  d'encens  et  des  fleurs. 

JAKADA  HME,  ou  agetsuda  (TOPE,  ageida 
W^PS,  ou  T.  474  m  akonda  PnJit'P'tï^sk.  P-  aSada 
"remède".  Ttt.  2128  xxi  et  xxv,  qui  donne  l'étymo- 
logie  exacte  :  non-maladie,  y  ajoute  des  interpréta- 
tions de  fantaisie  :  â  "étendu,  tout"  +  gâta  "partir", 
c.-à-d.  que  toutes  les  maladies  disparaissent,  ou 
encore  agada  "sans  prix".  Ib.  xxvi  td.  fushiyaku 
<&JE$è  "remède  d'immortalité".  Eog.  n  td.  mubyô 
jfcfrt  "sans  maladie".  Gog.  xxiv  td.  ganyaku  &%& 
"pilule".  Le  mot  paraît,  affecté  d'une  valeur  mys- 
tique, dans  le  titre  de  plusieurs  sections  de  T.  1092 
(xxxm,  xliii,  xlv,  lv,  lxiii).  L'agada  sert  de  com- 
paraison dans  divers  sûtra  pour  exalter  la  parole  du 
B.  qui  guérit  de  toutes  les  Passions  T.  279  xm 
et  passim,  376  vi,  etc.  Au  Japon,  la  secte  Jôdo  le 
compare  avec  le  Nembutsu  ^'ffj  Shns. — Ttt.  2125 
III  (td.  Takakusu  127):  Agada  est  la  5e  section  de 
la  science  médicale  (Ayurveda),  qui  traite  des 
antidotes. 

AKANITA  mmfflft,  WMÙït,  &&*$£,  ou 
akanishitta  |55ï$!lJÊI£lFC,  akanishata  JEfiSB/Ëi^Iλ  aka- 
nishita  pïj|S/ES?fl:E>  etc.  =  sk.  akanistha,  p.  akanittha  ; 
Mvy.  3106  tib.  'og  min  "pas  inférieur",  ch.  hige 
^£T\  id. — Dieux  qui  habitent  le  18e  et  dernier  ciel 
du  Plan  du  Formel,  d'où  l'interprétation  donnée  à 
leur  nom  :  ils  ne  sont  inférieurs  à  aucune  autre 
classe  dans  leur  Plan.  Le  sk.  a  une  autre  désignation 
aghanistha  Mvy.  3107  (tib.  gzugs  mtha'  "limite  du 
Formel",  ch.  shikikukyô  fe-JujË  "aboutissement  du 
Formel";  cf.  Tt.  1558  xi  =  K.  Lav.  ni,  168)  qui 
s'applique  aux  mêmes  Dieux.  Quoique  les  te.  ch. 
reposent  toutes  sur  akanistha,  Eog.  I  et  Ttt.  21 31 
iv  donnent  le  sens  correspondant  à  sk.  aghanistha  : 
shikikukyô.  Mais  Eog.  ib.  a  aussi  l'interprétation  :  a 
"pas" +kanistha"leplus  petit",  parce  que  ce  ciel  est 
le  plus  grand  du  Plan  du  Formel.  Tt.  1558  xi  (  =  K. 
Lav.  in,  174)  :  ils  ont  une  taille  de  16.000  Lieues,  une 
vie  de  16.000  Périodes. — Pour  le  terme  aga  I^T^ÏÎ === 
sk.  agha  (sup.  aghanistha),  cf.  Tt.  1558  i(  =  K.  Lav. 
I,  50)  qui  cite  deux  interprétations  du  mot  agha  : 
"heurt  excessif"   (a  =  atyartham)   c.-à-d.   le  Formel 


AKANITA 


19 


AKU 


massif,  ou  "exempt  de  heurt"  (a  privatif)  c.-à-d.  le 
vide. 

tAKARAKA  MMMiM^^k.  Angaraka,  Mvy. 
3179  tib.  mig  dmar  "œil  rouge",  ch.  kasei  i^M." 
étoile  du  feu".  Autre  td.  kayô  ^C^|.  La  planète 
Mars,  régent  du  troisième  jour  de  la  semaine.  Dans 
l'Es,  il  est  placé  au  Sud  de  la  Cour  extérieure  de 
la  section  de  Diamant  du  Plan  de  Matrice.  Hizk.  : 
Il  est  blanc  et  tient  une  lance.  Mais  cf.  Bzze.  m  où 
son  aspect  est  tout  différent. 

JAKARO  ppff&DPi,  ou  agarô  HiM,  akugeiro  /g 
JSflf§»  etc.  =  sk.  agaru,  aguru  ;  p.  agaru,  agalu,  akalu  ; 
tib.  agaru  :  Amyris  Agallocha  P.W.  (?),  Aquilaria 
(?),  "bois  d'aloès",  "bois  d'aigle".  Td.  jinkô  fcfrg, 
jinsuikô  tt;K§  "parfum  qui  plonge  au  fond  de 
l'eau"  (c.-à-d.  bois  dont  le  "cœur"  est  lourd  et 
parfumé)  T.  665  vu  etc.,  ou  mikkô  3f£|f  (Tt.  1509 
cité  Ttt.  2131  vin)  "parfum  de  miel".  Ttt.  2122 
'Xxxvi  cite  un  ouvrage  où  l 'agaru  est  décrit  comme 
un  produit  des  pays  qui  forment  aujourd'hui 
l'Annam  ;  pour  d'autres  textes  non  bouddhiques, 
qui  tous  indiquent  la  même  provenance,  cf.  Bdji. 
2824.  Le  Nihonshoki  B^^liE,  rapporte  que  des 
pêcheurs  en  recueillirent  dans  la  mer  et  en  firent 
hommage  à  la  cour  du  Japon  en  595. 

AKASHA  PRl$n^  =  sk.  âkâsa,  td.  *kokû  gj^ 
"Espace"  Ttt.  1796  xm. 

JAKATA  pijîtg^,  ou  PnlJlg^  id.  [prononciation 
traditionnelle  :  la  prononc.  normale  serait  agetta]  =  sk. 
Agastya.  Nom  d'un  Roi  d'éclair  T.  665  vu  (à  l'Est)  ; 
d'une  étoile  T.  374  xm  (  =  Canopus  ;  elle  guérit  des 
morsures  des  serpents  et  des  Mâra  ;  cm.  Ttt.  1767  : 
cette  étoile  paraît  au  8e  mois)  ;  d'un  Voyant  qui 
pendant  douze  ans  intercepta  le  cours  du  Gange  en 
le  faisant  couler  dans  son  oreille  T.  374  xxxix.  Le 
miracle  de  la  mer  avalée,  qui  est  le  miracle  classique 
d'Agastya,  est  dans  ce  dernier  texte  attribué  au 
Voyant  Ginu  ^|g,  td.  Ttt.  2128  xxvi  Shôsen  §£{|I| 
"Voyant  victorieux",  sk.  Jisnu.  Mvy.  3457  donne 
le  nom  du  Voyant  sous  la  forme  Agasti  et  td.  sanso 
lllJH  "rat  des  montagnes",  tib.  ri  byi,  même  sens. 

AKAUN  piJîift,  te.  du  nom  d'un  Bs.— Td.  Ya- 
kuô  §j|3î  "roi  des  remèdes",  sk.  Bhaisajyarâja. — 
Cette  te.  ne  paraît  que  dans  Ttt.  2131  II,  citant  T. 
1161  où  le  mot  ne  se  retrouve  pas.  Mais  T.  278  v 
mentionne  Daiyakuô  X$fè~£.  et  la  td.  parallèle  T. 
279  xm  porte  au  même  endroit  la  te.  *akada  Pnf{UllI?ti 
(q.v.)  — sk.  agada  ;  il  faut  donc  sans  doute  corriger 
akaun  en  akadon    |5pJ$D3|  =  sk.  agadarh. 


AKENTA     Hii^=sk.    p.   âgantuka   "qui  sur- 
vient, accidentel"  ;  Mvy.  6937  :  tib.  (1)  glo  bur  du 


'ons  "venu  soudainement",  (2)  glo  skyes  "sou- 
dainement produit",  (3)  thor  bu  "dispersé";  ch. 
(1)  rai  2fc  "venu",  (2)  shô  £  "né",  (3)  san  |fc  "dis- 
persé", (4)  gûrai  f$2fS  "venu  soudainement",  (5) 
shôshin  £<£»  "Esprit  produit"  ;  et  Mvy.  8746:  tib. 
blo  bur  du  'oris  "venu  soudain",  ch.  kakusô  ^êrffr 
"moine  visiteur".  Tt.  1462  vi,  qui  donne  la  te.  ch., 
td.  kakubiku  ^Jfclc.  "moine  visiteur".  La  variété 
des  td.  s'explique  par  la  diversité  d'emploi  du  mot. 
Dans  la  vie  conventuelle,  il  désigne  le  moine  de 
passage  dans  un  monastère  ;  dans  la  philosophie,  il 
s'applique  aux  Passions  considérées  comme  des 
visiteurs  dont  le  passage  trouble  la  paix  de  l'Esprit. 
Pour  ce  dernier  sens,  cf.  *Kakujin. 

AKEIRA  Hgg^  =  sk.Angiras.  Nom  d'un  Voyant 
Tt.  852  11.  Le  B.  est  désigné  comme  Ângirasa,  Mvy. 
77  tib.  ni  ma'i  rgyud  "lignée  du  soleil",  ch.  nichi- 
zokukei  0  j§|^  id.  ou  nichizoku  0  $£  "race  du  soleil" 
(cf.    l'appellation    Âdityabandhu  donnée  au    B.). — 


Akeira  (A Agiras). 


Dans  l'Es,  il  figure  au  Sud  de  la  Cour  extérieure  de 
la  Section  de  Diamant  du  Plan  de  Matrice,  parmi  les 
assistants  d'Agni  (*Katen)  ;  il  est  de  couleur  rouge 
et  tient  un  lotus  surmonté  d'un  flacon,  Hizk. 

AKU  £g  "mal",  syn.  fuzen  ^§|  "pas  bon";  sk. 
papa,  pâpaka,  akusala  (p.  akusala  ;  te.  akotsushira 
P»J££ift  Keds.,  akusatsuna  MW$  Ttt.  1830  iv, 
akusetsura  /g$l]|j£  Tt.  1821  v)  ;  tib.  mi  dge  "pas 
bon",  sdig  "péché". — Mal  ;  péché. — Aperçu. — 
La  notion  du  mal  se  transforme  sans  cesse  au 
cours  du  développement  du  bouddhisme.  Elle  est, 
au  début,  une  notion  de  l'ordre  de  la  discipline, 
tant  que  l'église  consiste  surtout  en  une  communauté 
de  moines  ;  le  mal  est  alors  un  péché  (sk.  avadya,  p. 
avajja=lat.  infandum  ;  tib.  kha  na  ma  tho,  inter- 
prété par  "ce  qui  n'est  pas  sorti  de  la  bouche"=ce 
qui  n'est  pas  confessé  ;  ch.  kashaku  PHff^  "blâmé"), 


AKU 

étroitement  lié  à  la  confession  qui  le  répare  ;  c'est 
contrevenir  à  la  loi  telle  que  le  B.  l'a  prêchée,  et  cette 
loi  est  un  code  monastique.  La  règle,  c'est  de  résister 
à  l'entraînement  aux  Actes  ;  les  dix  Péchés  Majeurs 
(inf.  Jûaku)  sont  des  manquements  à  des  Défenses. 
Le  saint,  autrement  dit  le  disciple,  tend  à  atteindre 
au  plus  tôt  le  stage  de  l'Arhat  qui  est  une  sorte  de 
réduction  du  Nirvana,  et  où  cesse  toute  activité. 
La  souillure  qu'il  faut  rejeter,  ce  sont  les  Passions, 
c'est  la  vie  de  sentiment.  Avec  le  G.V.,  le  boud- 
dhisme accepte  résolument  l'action  qu'il  sanctifie  ; 
l'obstacle  que  le  saint,  le  Bs.,  doit  surmonter  est 
l'ignorance  ou  la  fausse  science,  car  le  B.  est  l'Omni- 
scient ;  désormais  orientée  vers  les  perspectives  de 
l'avenir,  la  doctrine  étudie  le  mal  moins  dans  ses 
origines  passées,  comme  faisait  le  P.V.,  que  dans  ses 
conséquences  ultérieures  à  travers  l'infini  des  exis- 
tences.— Pour  les  péchés  contre  la  discipline,  on  en 
trouvera  le  détail  dans  des  articles  spéciaux,  sous 
les  rubriques  où  le  Vinaya  les  a  classés. — Pour  les 
Âgama,  il  suffira  de  citer  un  texte  capital  qui  ouvre 
la  collection  de  l'Ekottara  T.  125  1  :  En  présence  de 
tous  les  Dieux  et  de  tous  les  grands  saints,  Ânanda 
communique  à  Mahâkâsyapa  l'essence  de  la  doctrine 
résumée  en  une  stance  :  "Ne  pas  faire  le  mal,  se 
consacrer  au  bien,  nettoyer  son  Esprit,  c'est  la 
doctrine  des  B."  Cette  stance  a  été  insérée  dans  la 
collection  du  Dhammapada  (p.,  vers  183)  ;  elle  est 
récitée  régulièrement  dans  l'Introduction  de  chacun 
des  Prâtimoksa,  comme  le  résumé  de  la  doctrine 
prêchée  par  le  B.  Kâsyapa,  le  prédécesseur  direct  de 
Sâkyamuni  (cf.  Shichibutsutsûkàige,  s.v.  *Butsu). — 
Dans  la  philosophie  du  bouddhisme  dès  les  Âgama, 
le  mal  est  une  des  trois  catégories  entre  lesquelles  on 
répartit  les  Essences,  les  deux  autres  étant  le  bien 
(sk.  kusala  ;  cf.  *Zen  f|)  et  l'Indéfini  (sk.  avyâkrta  ; 
cf.  *Muki  4ffifE).  Dans  la  série  des  Actes,  le  mal  est 
classé  comme  "Noir"  par  opposition  avec  le  bien,  qui 
est  "Blanc",  et  avec  l'Indéfini,  qui  n'est  "ni  Blanc 
ni  Noir";  cf.  *Gô  ^.—Définition  —  Il  est  difficile 
d'extraire  de  la  littérature  canonique  une  définition 
parfaitement  satisfaisante  du  mal  ;  le  génie  hindou 
procède  plus  volontiers  par  énumérations  et  clas- 
sifications. Il  suffira  de  citer  ici  une  définition  qui 
se  retrouve  presque  identique  dans  deux  des  ouvrages 
classiques  de  l'Abhidharma,  la  Mahâvibhâsâ  Tt. 
1545  li  (qui  consacre  cinq  chapitres  cxii-cxvi  à  la 
question  du  Mal)  et  l'Abhidharmakosa  Tt.  1558 
xv,  d'une  part  à  propos  des  Essences,  d'autre  part  à 
propos  des  Actes  :  "Le  Mal,  c'est  ce  qui  n'implique 
pas  la  sécurité  durable,  et  qui  amène  des  fruits 
désagréables." — Goaku  £1,  les  cinq  Péchés 
Capitaux,  sont  les  infractions  aux  cinq  Défenses, 
savoir:  Meurtre,  Vol,  Luxure,  Mensonge,  Usage 
de  l'alcool  (cf.  *Kai  }j|)  ;  le  Sukhâvatîvyûha  contient 
un  morceau  célèbre  sur  les  cinq  Péchés  Capitaux 
et    les    cinq    bonnes    observances    correspondantes, 


20  AKU 


morceau  qui  paraît  seulement  dans  trois  des  cinq  td., 
T.  360,  361,  362,  et  qui  manque  à  l'original  sk.  Il 
faut  les  distinguer  des  Gogyaku  Sjjfr  Péchés  de 
Damnation-immédiate  (sk.  ânantarya)  :  tuer  sa  mère, 
un  Arhat,  son  père,  diviser  la  communauté,  provo- 
quer (une  effusion  de)  sang  du  Tg.  avec  une  pensée 
de  haine,  doublés  eux-mêmes  des  cinq  péchés  dits 
"analogues"  (cf.  *Gyaku). — Jûaku  •j'M,  les  dix 
Péchés  Majeurs  (souvent  associés  aux  Gogyaku  dans 
l'expression  Akugyaku  MiÊ>  et  souvent  désignés 
comme  les  dix  voies  d'Acte  mauvaises,  Jûakugôdô 
"h^^JÎË.  sk.  akusalakarmapatha),  sk.  dasa  akusa- 
lâni,  p.  dasa  akusalâni,  tib.  mi  dge  bcu  :  (1)  sesshô 
!$*£  (nouv.  éc.  :  danshômyô  j^^Ë^p),  sk.  prânâti- 
pâta  ;  p.  pânât°  ;  tib.  srog  gcod  :  Meurtre  (litt. 
destruction  de  la  vie)  ;  (2)  chûtô  {gif^t  (n.  éc.  fuyoshu 
^>J$tplîsO>  sk.  p.  adattâdâna  ;  tib.  ma  byin  pa  len  : 
Vol  (litt.  prendre  ce  qui  n'est  pas  donné)  ;  (3)  jain 
JfPfêr  (n.  éc.  yokujagyô  ^fàfl^T),  sk.  kâmamithyâcâra  ; 
p.  k°micchâ°  ;  tib.  'dod  pas  log  par  gyem  :  Luxure 
(litt.  perversion  libidineuse)  ;  (4)  môgo  ^1§  (n.  éc. 
koôgo  HSIf-Èln)»  sk.  mrsâvâda  ;  p.  musâ°  ;  tib.  rjun 
du  smra:  Mensonge  ;  (5)  akku  ^P  (n.  éc.  soakugo 
H«§wîî)>  sk.  pârusya  ;  p.  pharusavâcâ  ;  tib.  chig 
rcub  mo  smra  :  Grossièreté  de  langage  ;  (6)  ryôzetsu 
^ï£  (n.  éc.  rikango  Pffaîln),  sk.  paisunya  ;  p. 
pisunavâcâ  ;  tib.  phra  mar  smra  :  Calomnie  ;  (7) 
kigo  $ntg  (n.  éc.  zôego  $&WM)>  sk.  sambhinna- 
pralâpa  ;  p.  s°ppalâpa  ;  tib.  chig  bkyal  :  Verbiage  ; 
(8)  tonyoku  ^gfc  (n.  éc.  ton  f£),  sk.  abhidhyâ  ; 
p.  abhijjhâ  ;  tib.  brnab  sems  :  Cupidité  ;  (9)  shinni 
%MiËi  (n-  éc.  shin  @j|),  sk.  p.  vyâpâda  ;  tib.  gnod 
sems:  Malveillance;  (10)  jaken  JfPliL  (n-  éc.  id.), 
sk.  mithyâdrsti  ;  p.  micchâditthi  ;  tib.  log  par  lta  : 
Vue  perverse. — Ces  dix  péchés  se  répartissent  en 
trois  catégories  :  les  trois  premiers  sont  du  domaine 
du  corps  (shinakugyô  fyjfèff,  sk.  kâyaduscarita,  tib. 
lus  kyi  nés  par  spyod)  ;  les  quatre  suivants  sont  du 
domaine  de  la  parole  (goakugyô  Hf^fx»  sk.  vâg°,  tib. 
nag  gi .  .  .  )  ;  les  trois  derniers  sont  du  domaine  du 
Mental  (iakugyô  iiJMfr,  sk.  mano°,  tib.  yid  kyi.  .  .). 
Réf.  p.  ex.  Âgama  T.  1  ix  et  125  xliii  ; — T.  727  (texte 
spécial,  attribué  à  Asvaghosa)  ; — Abhidharma:  Tt. 
1558  xvi  (  =  K.  Lav.  iv,  137  sq.),  1646  vin  (chapitre 
entier)  ;  1552  IV  ;  1562  xlii. — Pour  la  casuistique 
de  l'acte  qui  constitue  le  péché,  cf.  *Gô  |j^  "Acte"  : 
la  casuistique  du  péché  a  naturellement  exercé  le 
zèle  pieux  des  commentateurs  ;  l'analyse  de  chaque 
péché  dans  les  Vinaya  constitue  un  parfait  modèle 
du  genre.  Pour  l'Abhidharma,  on  se  contentera  de 
renvoyer  p.  ex.  à  la  Mahâvibhâsâ  Tt.  1545  qui  a 
plusieurs  chapitres,  cxvm-cxxi,  sur  le  péché  de 
Meurtre,  à  Tt.  1509  xm  qui  établit  dix  catégories 
de  péchés  de  Mensonge,  à  Tt.  1579  Lix  qui  établit 
sept  rubriques  de  Verbiage  ;  et  pour  les  sûtra  du 
G.V.,  à  T.  279  xxxv  qui  distingue  dix-sept  variétés 
de  Grossièreté  de  langage. — Les  dix  Péchés  Majeurs 


AKU  : 

sont  mis  en  relation,  dans  l'école  du  Kosa,  avec  les 
trois  Passions  fondamentales,  désignées  comme  les 
"trois  poisons",  sandoku  H$,  ou  "les  trois  racines", 
sankon  HfJI  (cf.  *Bonnô)  :  Meurtre,  Grossièreté  de 
langage  et  Malveillance  sont  accomplis  sous  l'influ- 
ence de  la  Haine  ;  Luxure,  Cupidité,  Vol,  sous  celle 
de  l'Attraction  ;  Vue  perverse,  sous  celle  de  l'Erreur  ; 
Tt.  1558  xvi,  et  cf.  Tt.  1606  vu. — Ils  sont  également 
mis  en  rapport  avec  les  trois  mauvaises  Destinations: 
Enfer,  Animal,  Trépassé,  mais  sans  aucune  précision 
dans  la  répartition  ;  c'est  ce  qui  est  appelé  sam- 
bonjûaku  Hpo"f*M  "les  dix  péchés  en  trois  caté- 
gories" Tt.  1509  xcm  et  xcvi  ;  Ttt.  191 1  1  c. — La 
question  n'a  pas  manqué  d'être  soulevée  de  savoir 
si  les  animaux  p.  ex.  sont  susceptibles  de  commettre 
des  péchés  de  Damnation-immédiate  ;  certains 
docteurs  le  niaient,  mais  d'autres  (p.  ex.  Tt.  1545 
cxix.)  admettaient  que  les  animaux  à  l'intelligence 
éveillée,  tel  le  cheval  âjâneya,  pouvaient  encourir 
la  damnation  (Tt.  i558xvn  =  K.  Lav.  iv,  205). — T. 
]  821  11  donne  une  liste  particulière  des  dix  péchés  les 
plus  graves  :  (1)  Meurtre  :  tuer  son  père  qui  est  B.- 
pour-soi  (cf.  le  cas  analogue  de  Rudrâyana,  Arhat, 
tué  par  son  fils  Tt.  1558  xvm  =  K.  Lav.  iv,  215)  ; 
(2)  Vol  :  s'emparer  des  biens  appartenant  aux  Trois 
Joyaux  (cf.  ib.  xvi  =  K.  Lav.  IV,  156)  ;  (3)  Luxure  : 
souiller  sa  mère,  nonne  et  Arhatî  (cf.  ib.  xvm  =  K. 
Lav.  iv,  219)  ;  (4)  Mensonge  :  imputer  à  un  Tg.  des 
méfaits  fictifs  ;  (5)  Calomnie  :  médire  des  saints,  des 
sages  et  des  moines  ;  (6)  Grossièreté  de  langage  : 
injurier  un  saint  ;  (7)  Verbiage  :  troubler  par  des 
discours  la  recherche  de  la  Loi  ;  (8)  Malveillance  : 
tuer  sa  mère  ;  (9)  Cupidité  :  convoiter  les  biens  d'un 
homme  pieux  ;  (10)  Vue  perverse  :  Vue  de  l'un  ou 
l'autre  des  deux  Extrêmes. — Dans  la  série  des  dix 
Péchés  Majeurs,  on  a  encore  tenté  d'introduire  une 
hiérarchie  de  gravité.  Déjà  le  B.  avait  enseigné  ex- 
pressément, à  l'encontre  de  la  doctrine  des  Jaina, 
que  parmi  les  trois  catégories  de  péché  :  du  corps, 
de  la  parole,  du  Mental,  le  péché  Mental  est  le 
plus  grave  de  tous  (T.  26  xxxn  ;  cf.  Tt.  1558  xvm  = 
K.  Lav.  iv,  218;  aussi  Tt.  1509  lxxxiv)  ;  d'autre 
part,  le  mensonge  en  vue  du  schisme,  qui  combine 
un  des  cinq  Péchés  Capitaux  avec  un  des  cinq  de 
Damnation-immédiate,  est  considéré  aussi  comme  le 
plus  grave  des  péchés  ;  ou  bien  encore  c'est  la  Vue 
perverse  (Tt.  1558  xvm  =  K.  Lav.  iv,  218)  :  celle-ci 
en  effet  seule  peut  rompre  les  racines  de  bien  (ib. 
xvn  =  K.  Lav.  iv,  170),  en  niant  la  Cause  et  le  Fruit  ; 
— ailleurs  encore  (T.  821  11),  c'est  le  Meurtre  et  la 
Vue  perverse  ;  ou  c'est  le  Meurtre  seul  (Tt.  1509  xm, 
p.  155  inf.  col.  2-3). — Inversement,  l'usage  de  l'alcool 
est  tenu  pour  le  plus  léger  des  Péchés  Majeurs,  parce 
qu'il  n'implique  pas  de  dommage  pour  autrui  Tt. 
1509  xcn  ;  mais  sur  ce  point  les  discussions  avaient 
été  très  vives  entre  l'école  de  l'Abhidharma  et  celle 
du  Vinaya  qui  voulait  maintenir  la  proscription  de 


AKU 

l'alcool  dans  toute  sa  rigueur  (Tt.  1558  xiv  =  K. 
Lav.  iv,  83). — La  secte  Tendai  s'est  particulièrement 
appliquée  à  établir  la  hiérarchie  des  péchés,  en  se 
fondant  sur  les  textes  précités  du  Daichidoron  (Tt. 
1509  xm)  et  du  Nyoraimitsuzôkyô  (T.  821  il)  :  elle 
les  divise  en  trois  catégories  selon  la  force  de  la  pensée 
au  moment  du  péché,  l'objet  du  péché,  l'existence  et 
la  promptitude  du  remords.  Cf.  Ttt.  1912  1  e;  Tss. 
1. — La  secte  Vijnaptimâtra  Tt.  1579  lx  détermine  la 
gravité  des  péchés  au  point  de  vue  de  cinq  Facteurs  : 
plaisir  mental,  moyens,  manquer  l'occasion  de  ré- 
parer, opinions  fausses,  circonstances. — Sans  entrer 
ici  dans  la  doctrine  de  la  rétribution  qui  sera  exposée 
à  propos  de  l'Acte  (*Gô),  on  indiquera  seulement  la 
rétribution  (de  Coulée)  des  dix  Péchés  Majeurs  avec 
les  divergences  de  trois  des  textes  principaux  : 
Âgama  :  Ekottara  (e)  T.  125  xliii  ;  Sarhyukta  (s) 
T.  99  xxxvii  ;  et  Abhidharma  :  Kosa  (k)  Tt.  1558 
xvii  (  =  K.  Lav.  iv,  186)  identique  sur  ce  point  à 
Tt.  1562  xn  et  1563  xxni  :  Meurtre-— vie  brève  ; 
Vol— pauvreté  ;  Luxure— épouse  infidèle  ;  Mensonge 
—objet  de  calomnie  (s  et  k)  ou— haleine  fétide 
(e)  ;  Verbiage— parole  sans  créance  (s  et  k)  ou— 
terrain  inégal  (e  ;  mais  cf.  la  rétribution  de  Régence 
dans  k  :— saisons  bouleversées)  ;  Calomnie-— les  amis 
deviennent  des  ennemis  (s  et  k),  ou— ronces  dans  le 
terrain  (e  ;  mais  cf.  sup.)  ;  Grossièreté  de  langage— 
entendre  des  propos  désagréables  ;  Cupidité— accrois- 
sement de  Cupidité  (s  et  k),  ou-— moissons  pauvres 
(e  ;  cf.  sup.)  ;  Malveillance— accroissement  de  Mal- 
veillance (s  et  k),  ou-— beaucoup  d'objets  malpropres 
(e)  ;  Vue  perverse— accroissement  d'ignorance  (s  et 
k)  ou-— huit  grands  Enfers  (e). — Liste  analogue,  plus 
développée,  dans  T.  279  xxxv. — Enfin  Ttt.  2122  a 
un  chapitre  entier  (lxxiii)  sur  les  dix  Péchés  Majeurs. 
— Termes  composés. — Akki  M$k>  "Ie  mal  comme 
Mobile"  (de  salut).  Doctrine  particulièrement  en 
honneur  dans  les  sectes  Shin  (Jôdo)  et  Shingon,  et 
d'après  laquelle  les  plus  grands  péchés  peuvent 
occasionner  le  salut  ;  cf.  inf.  Akuninshôki.  Le  ré- 
formateur japonais  Shinran,  fondateur  de  la  secte 
Shin,  énumère  (Gtks.  1)  sept  catégories  de  grands 
pécheurs  susceptibles  d'être  sauvés  par  la  dévotion  à 
Amida. — Akkijin  ~5&if|,I,>  Mauvais  démon.  Tt.  1668 
ix  énumère  dix  espèces  de  grands  démons  qui  ont 
51.302  espèces  de  serviteurs  ;  leurs  noms  sont  : 
Shabitadai  ïliË^fê,  Igarashi  ffiHNfflïP ,  Idaigatei 
tf*»fc,Banakenta«gi£,  Niraniridai  $«£! 
fê,  Hannida  JŒJEPg,  Aami  MMffi,  Jakyabani  Jifè 
^/£,  Taataita  £|JBl£l^,  Taitekiki  fêtgfè-  La 
plupart  de  ces  noms  ont  une  apparence  suspecte  ; 
d'ailleurs  tout  l'ouvrage  semble  apocryphe. — Akuja 
~JfP  "niai  et  perversité"  :  les  Passions  et  les  Vues 
perverses.  Les  Passions  sont  moins  graves,  mais 
plus  difficiles  à  trancher  ;  on  les  compare  à  des  fibres 
de  lotus  qu'il  faut  couper.  Les  Vues,  plus  redoutables 
puisqu'elles    conduisent   fatalement    aux   mauvaises 


AKU 


AKURAKARA 


Destinations,  sont  d'autre  part  plus   faciles   à   dé- 
truire ;  on  les  compare  à  des  pierres  qu'il  faut  casser. 
— ~kai   ~jfc,    sk.    duhsîla  ;    cf.    inf.   Akuritsugi. — 
~kaku  ~%£   "mauvaise    pensée",    Ttt.   1851   v  c  ; 
Ttt.  1912  V  d. — ~ken  ~%.,  sk.  durdrsti  "mauvaise 
Vue"  ;  cf.  *Ken  H  "Vue".—~ninsh6ki    ~ÀIEfél> 
"les  méchants  comme  vrai  Mobile"  du  Vœu  d'Amida. 
Hônen  dit  (Shns.)  :  "C'est  pour  les  pires  et  les  plus 
vils  des  hommes  qu'est  énoncée  la  Loi  la  meilleure  et 
la  plus  haute."  Et  Shinran  (Tnns.)  :  "On  dit  com- 
munément que  les  méchants  peuvent  naître  dans  le 
Paradis,  et  à  plus  forte  raison  les  bons.  C'est  ren- 
verser les  termes,  faute  de  comprendre  la  puissance 
du  Vœu  qui  est  de  sauver  les  Etres  par   sa   seule 
force  ;  il  faut  dire  :  Les  bons  peuvent  naître  dans  le 
Paradis,   et   à   plus   forte   raison   les   méchants." — 
~ritsugi    ~^||,  sk.  duhsamvara,   "mauvaise  Res- 
triction" ;  c'est  le  contraire  des  bonnes  Restrictions, 
c'est-à-dire  des  observances  prescrites  par  la  Dis- 
cipline  religieuse   pour   "restreindre"   le    mal.    On 
désigne  par  ce  terme  certains  métiers   réprouvés  : 
de  même  qu'en  embrassant  la  carrière  religieuse  on 
"restreint"  le  mal,  de  même,  en  se  livrant  à  ces 
métiers,  en  en  observant  les  règles,  on  "restreint"  le 
bien.  P.  ex.  T.  262   v   (  =  Lotus   168)  :  Un  Bs.  ne 
fréquente  pas  les  parias,  les  éleveurs  de  porcs,  de 
moutons,   de  poules,   de   chiens,  les   chasseurs,   les 
pêcheurs,    tous    ceux    qui   observent    de   mauvaises 
Restrictions.  T.  374  xxix    énumère  seize  sortes  de 
mauvaises  Restrictions  ;  T.  156  vi  en  énumère  douze 
sortes.  Cf.  *Ritsugi. — ~ryû  ~f§  "mauvais  Dragon' 
T.  246  I. — ~sa  ~ftî  "méfait",  traduit  à  la  fois  sk 
duskrta  (souvent  rendu  par  la  te.    *tokira   Çgiaffli 
q.v.),    p.  dukkata,    tib.   fies   byas,   Méfait   (un    des 
groupes  de  fautes  disciplinaires),  et  sk.  kaukrtya,  p 
kukkucca,  tib.  'gyod,  Remords  (qui  se  traduit  aussi 
*ke  tfe)-  Dans  ce  dernier  sens,  les  caractères  ^gfë  se 
prononcent  :  akusa  dans  l'école  Kosa,  et  :  osa  dans 
l'école  Vijfiaptimâtra.  Sur  le  Remords,  cf.  Tt.  1558 
iv  (=K.  Lav.  11,  166),  et  Tt.  1585  vu— Cf.  *Ju  M- 
— ~setsu    ~fft    "mauvaise  parole",    l'un  des  deux 
groupes  de  fautes  disciplinaires  qui    constituent  le 
duskrta,  l'autre  groupe  étant  l'akusa  (sup.)  propre- 
ment dit.  Cf.  *Ju  |ǧ. — ~shi  ~f!îjî  "mauvais   maître" 
Tt.  1509  I. — ~shô  ~^  "mauvaise  Nature",  une  des 
trois  Natures  (bonne,  mauvaise,  Indéfinie).  Cf.  *Shô 
*($. — ~shu  ~j$|l  "mauvaise  Destination",  sk.  p.  apâ- 
ya,  tib.  nan  son  ;  et  sk.  durgati,  p.  dugg°,  tib.  nan 
'gro.  Cf.  *Shu  "Destination". — ~shûaku  ~$4S  "les 
méchants  parmi  les  méchants".  Ttt.  1821  xix  Les 
bouchers  sont  méchants  par  profession  ;  ceux  d'entre 
eux  qui  par  surcroît  font  le  mal  sont  les  méchants 
parmi   les   méchants. — ~shukû    ~^l$     "mauvaise 
Prise  du  Vide"  :  s'attacher  à  la  doctrine  du  Vide  en 
l'isolant  de  la  loi  de  causalité  ;  c'est  une  des  doctrines 
extrêmes.  T.  1581  11  Soutenir  que  tout  est  vide,  ceci 
aussi  bien  que  cela,  c'est  la  mauvaise  Prise  du  Vide. 


Tt.  1585  vu  La  mauvaise  Prise  du  Vide,  c'est  nier 
les  deux  Vérités  ;  les  B.  ne  peuvent  y  remédier  par 
leurs  paroles.  Ttt.  19 12  vf:  Mieux  vaut  avoir  une  Vue 
du  Soi  grande  comme  le  mont  Sumeru  que  d'avoir 
la  mauvaise  Prise  du  Vide. — ~soku  ~ffâ  "mauvais 
toucher"  :  toute  nourriture  touchée  par  la  main 
d'autrui  est  impure  ;  le  Vinaya  interdit  d'en  manger. 
Ttt.  1804  c  et  Ttt.  1805  en  b. — ~dô  ~?i  = 
Akushu. — ~m  ~^5£  "mauvais  ami",  sk.  kumitra,  p. 
pâpamitta,  tib.  bses  gfien  nan  ;  on  dit  aussi  :  Aku- 
chishiki  3§£fllu£  "mauvaise  connaissance".  C'est 
l'opposé  du  *zennu  H^Ê  ou  zenchishiki  H^O^  "bon 
ami",  sk.  kalyânamitra.  T.  1  xi  compte  parmi  les  six 
causes  de  ruine  celle  d'avoir  un  mauvais  ami  ;  elle 
cause  les  six  préjudices  suivants  :  perte  de  temps, 
goût  de  se  cacher,  entraînement  d'autrui,  entreprise 
sur  les  biens  d'autrui,  usage  égoïste  de  tous  les 
biens,  affichage  des  défauts  d'autrui.  Ib.  quatre 
circonstances  provoquent  les  mauvaises  amitiés  : 
boire,  jouer,  courir  les  femmes,  aimer  les  chants 
et  les  danses.  Une  autre  td.  du  même  texte 
(T.  16)  énumère  quatre  sortes  de  mauvais  amis  : 
un  ennemi  déguisé,  un  flatteur  médisant,  un  faux 
compatissant  qui  jouit  de  vos  malheurs,  un  intrigant 
déguisé  ;  ou  encore  :  celui  que  le  moindre  empiéte- 
ment surexcite,  celui  qui  refuse  son  service  aux 
moments  difficiles,  celui  qui  vous  fuit  dans  votre 
malheur,  celui  qui  vous  déserte  à  l'article  de  la 
mort.  Tt.  1610  11  cite  une  stance  du  B.  sur  le  mauvais 
ami  :  Un  mauvais  ami  qui  n'a  ni  savoir  (chi  £fl)  ni 
connaissance  (shiki  §[$)  du  bien  nuit  à  la  bonne  con- 
duite, comme  une  araignée  qui  tombe  dans  le  lait 
l'empoisonne. 

AKU  Jjg  ou  |l^  =  sk.  ah  ££,  le  visarga,  une  des 
12  voyelles  et  des  50  lettres  cfu  *Shittan  ;  4e  des 
"cinq  Points  de  l'a",  correspondant  au  Nirvana  (cf. 
*A,  Ajigoten),  le  visarga  est  dit  "point  du  Nirvana" 
nehanten  ïê^SS,  soit  à  cause  des  sens  du  mot 
visarga  "émission,  rejet,  libération",  soit  parce  que 
dans  l'ordre  du  syllabaire  *Shittan  l'ah  est  la 
dernière  des  voyelles. — Interprétations  :  T.  1003  1 
Nirvana  ;  T.  468  1,  469,  187  iv  motsumetsujin  jg 
j$l|£,  jimmotsu  fcfcgÊ»  metsumotsu  jgStj^  "extinction, 
absorption";  T.  879  onri  :MM  "éloignement" 
(des  Essences  Impercevables)  ;  T.  375  vin  shôjô 
ilf^t  "Véhicule  éminent"  (terme  appliqué  au  Ma- 
hâparinirvânasûtra  du  G.V.,  éminent  parmi  tous  les 
sûtra)  ;  T.  376  v  gujin  g|^  "exhaustif"  (terme 
appliqué  aux  sûtra  du  G.V.).  Toutes  ces  inter- 
prétations paraissent  s'expliquer  comme  celle  de 
Nirvana  ci-dessus. 

AKURAKARA  WfàWâti%k=&.  âkulakara  ;  td. 
sakuran  f£$L  "faire  du  trouble".  Nom  d'un  vent  T. 
1341  xv,  où  sont  encore  mentionnés  les  vents  anukaga 
fflêSfflfKl*  ashugaatara  H^fJIlR^-^.  arambabasoto 


AKURAKARA 


23 


AMARA 


^glUH     [td.     hotsuji     ®M    "produire    une 
affaire",   sk.   ârambhavastu  ?],  etc. 

AKUSATSURA  Mfflfty  ou  akusatsuna  W&ffl, 
akusetsura  ^iJijè,  akosshira  Pl&$.ffli  =  sk.  aksara, 
p.  akkhara  ;  tib.  yi  ge,  ch.  ji  ^,  monji  jSC^  "lettre" 
Mvy.  2014;  aussi  Ttt.  1830  iv  td.  jifukaiten  ^^ 
Bj^Sfî  "non  changement  des  lettres"  :  Ttt.  1821  v 
explique  que  les  lettres  ne  changent  pas  suivant 
les  endroits.  Ttt.  1796  xiv  td.  fudô  yfîfjj  "iné- 
branlable" ;  ib.  xvii  distingue  en  sk.  deux  ordres 
de  lettres  :  (1)  aksara,  les  lettres  fondamentales,  (2) 
lipi,  les  lettres  additionnelles. — Cf.   *Benzenna. 

AKUSHAJU  MXM  "groupe  d'aksa".  Sk.  aksa 
désigne  l'Elœocarpus  Ganitrus  et  ses  fruits,  dont  on 
fait  des  rosaires,  et  qui,  tombés  sur  le  sol  en  tas, 
sont  l'image  des  groupements  naturels.  Autre  nom  : 
urunarasha  nj§[l^^l||5^  =  sk.  rudrâksa,  td.  temmoku 
Ji  !  1  "yeux  du  Dieu"  (parce  que  les  fruits  ressemblent 
,aux  trois  yeux  du  dieu  Rudra  =  Siva).  Ttt.  2128  xxxv 
C'est  un  arbre  occidental  dont  les  fruits  sont  de 
petites  boules,  grosses  comme  des  cerises  ou  des  noix, 
et  de  couleur  violette  ;  on  en  fait  des  rosaires  aux 
grains  très  durs,  qu'emploient  ceux  qui  récitent  les 
textes  de  la  Section  de  Diamant,  d'où  leur  autre  nom 
kongôshi  ^pjlj1]^  "grains  de  Diamant". — Tt.  1585  11 
Depuis  un  temps  infini,  il  y  a  pour  les  Etres  toutes 
sortes  de  Plans  qui  existent  à  la  façon  d'Essences, 
comme  des  groupes  d'aksa.  Cm.  Ttt.  1830  iv  Les 
aksa  ont  la  forme  de  mujikishi  jf^'^-f'  (noix  de  galle); 
tombés  à  terre,  ils  forment  des  groupes,  d'où  la 
métaphore.  Autre  cm.  Ttt.  1833  Dans  les  pays  oc- 
cidentaux on  tire  de  l'aksa  une  teinture  et  une  huile. 
— Tt.  1579  li  compare  les  groupes  d'aksa  aux  nom- 
breux Plans  contenus  dans  la  Notation  de  Tréfonds  ; 
T.  945  1,  aux  Germes  des  Actes. — Gog.  xxm  cité 
Keds.  34  explique  la  métaphore  par  le  fait  que  dans 
les  pays  occidentaux  ces  fruits  se  vendent  groupés 
en  masse,  comme  en  Chine  les  noyaux  d'abricot. 

AMA  |fôl)î§!  =  sk.  ambâ,  p.  ammâ  ;  Mvy.  3925 
tib.  yum  mam  za  za,  ch.  sommo  JfDjïJ:  "vénérable 
mère"  ;  Ttt.  2131  v  td.  nyomo-£cHJ:"mère".Tt.  1462 
VI  donne  amatata  |fôj|§i£^  =sk.  ambâ  +  tâta  "mère 
+  père". — Cf.  *Bikuni. 

AMADAIKANNON  PWfë  (ou  ppfjgfë,  MM 
6N0  ISiï- — Nom  de  la  21e  des  33  formes  d'Ava- 
lokitesvara  vénérées  au  Japon.  Td.  mui  $Hj^  "sans 
crainte",  kankô  j^J$  "large".  Ces  deux  td.  sont 
tirées  d'un  rituel  consacré  à  cette  divinité,  cité  Keds. 
p.  5  ;  on  y  rencontre  encore  la  te.  |îpI^^  dont  le 
dernier  caractère  ne  se  trouve  pas  dans  les  dic- 
tionnaires :  Keds.  le  corrige  en  §5^  dai.  Le  même 
rituel,  reproduit  Ttt.  11 15  d'après  un  ms.  de 
l'époque  de  Heian,  rap  porte  que  cette  divinité  s'était 


incarnée  naguère 
en  la  personne 
d'un  roi  dans  la 
région  de  Khotan, 
et  en  donne  la  de- 
scription suivante  :« 
"Elle  a  trois  yeux^M^ ""'1 
et  quatre  bras,  ' 
comme  *Harami- 
tsubosatsu  $iHg 
i%0.  (Pâramitâbo- 
dhisattva)  ;  elle  est 
montée  sur  un  lion 
blanc,  et  regarde 
au-dessous  de  son 
genou  gauche  ; 
elle  porte  une 
coiffure  de  Joyaux 
ornée  de  lotus 
blancs  ;  ses  deux 
mains  antérieures 
tiennent  un  luth 
kûgô    §g||    (vînâ) 

décoré    d'une    tête  Fi»-  I2-  Amadai  Kannon. 

de  phénix  ;  la  main  gauche  postérieure  tient  un 
monstre  Makara,  la  main  droite  un  oiseau  de  bon 
augure  blanc  ;  son  pied  gauche  est  relevé  sur  la  tête 
du  lion,  son  pied  droit  pend  ;  elle  porte  un  vête- 
ment divin  avec  des  bracelets  ;  tout  son  corps 
répand  de  la  lumière  et  son  visage  respire  la  com- 
passion." Son  Germe  est  A.  D'après  Hmjr.  25,  son 
culte  aurait  été  introduit  de  Chine  par  Shûei  'MWL 
au  IXe  siècle. 

AMARA  |SJJ|f$|=sk.  amala. — Immaculé. — Autres 
te.  amatsura  $$jfci$k>  ammara  ^0H. — Td.  muku 
Mifê  "immaculé",  shôjô  Jpf£j?  "pur",  etc. — Neuviè- 
me Notation,  admise  par  l'ancienne  école  antérieure 
à  Genjô  (Hiuan-tsang)  ;  celui-ci  l'exclut  et  réduit 
le  nombre  des  Notations  à  huit.  Le  texte  fondamental 
est  T.  273  :  Les  B.  Tg.,  constamment  avec  l'Eveil 
unique  Révolutionnant  les  diverses  Notations,  les 
font  entrer  dans  l 'amala. — T.  671  ix  :  Toutes  sortes 
de  Notations,  huit,  neuf,  pareilles  aux  vagues 
dans  l'eau. — T.  682  11  :  L'Esprit  est  de  huit  sortes 
ou  encore  de  neuf. — Ib.  m  :  La  Matrice  pure  de 
Tg.  est  aussi  appelée  Sapience  Immaculée  ;  elle  est 
éternelle,  sans  commencement  ni  fin,  et  transcende 
le  Tétralemme. — Tt.  1584  1  :  Comme  Auxiliaire 
contre  la  Notation  d'âlaya,  on  atteste  la  Notation 
amala  ;  la  première  est  une  Essence  Impermanente 
et  à-Ecoulement  ;  l'amala  est  une  Essence  perma- 
nente et  sans-Ecoulement.  On  atteste  la  Notation 
amala  pour  atteindre  la  Voie  de  l'Objectif  Ainsité. 
L'âlaya  est  toujours  associé  avec  les  Fruits  de  la 
Turbulence  ;  dans  l'amala  ces  Fruits  sont  anéantis. 


Tt.  1620  "l'ouverture  du  poing" 
par  Dinnâga)  ;  souvent,  dans  ce  cas,  les  te. 
employées  varient,  et  elles  ont  plus  d'une  fois 
provoqué  la  confusion  avec  sk.  âmra  "mangue"  : 
T.  94s  11  te.  ammara  ^¥$%k  et  T.  475  1  te.  ammaroku 
^£0$)-  Cette  dernière  te.  se  retrouve  dans  la  fa- 
meuse histoire  de  la  moitié  de  myrobolan  donnée  à 
l'église  par  Asoka  déchu  T.  2043  et  2042  ;  dans  ce 
dernier  texte  on  trouve  aussi  la  te.  anra  ^Ifè  qui 
correspond  en  réalité  à  âmra  "mangue"  (cf.  *Am- 
mora).  Gog.  xxn  :  Les  feuilles  ressemblent  à  celles 
du  jujubier  ;  les  fleurs  sont  blanches  et  petites  ;  le 
fruit  ressemble  à  la  noix  et  il  a  un  goût  acide  et 
doux  à  la  fois.  T.  1453  vin  :  La  saveur  est  acre  au 
premier  contact  mais  le  jus  est  doux,  ainsi  s'explique 
le  nom  donné  en  ch.  au  fruit  :  yokan  ffèif  "le  reste 


AMARA  24 

L'âlaya  est  le  fondement  de  toutes  les  Passions,  et 
ne  l'est  pas  de  la  Voie  Sainte  ;  l'amala  est  le  fonde- 
ment de  la  Voie  Sainte,  et  ne  l'est  pas  des  Passions. 
— Tt.  1617  1  lui  donne  le  nom  de  nyonyo  #(]#[! 
"Ainsi-ainsi",  parce  qu'elle  seule  est  sans  Idée-à- 
rebours  et  sans  Transformation. — Tt.  1587  :  La 
nature  vraie  c'est  la  Notation  amala,  en  laquelle  ne 
sont  point  confondus  Domaines  et  Notations. — 
Nyoraikudokushôgongyô  ftJ3fcïÔî§3£S&85  (original 
perdu,  pas  de  td.)  cité  T.  1585  m,  Ttt.  1861  1:  La 
Notation  Immaculée  des  Tg.  est  pure,  c'est  le  Plan 
Sans  Ecoulement  ;  elle  est  libérée  de  toutes  les 
Obstructions  et  associée  à  la  Connaissance  de  Mi- 
roir.— T.  945  iv  classe  l'amala  parmi  les  sept  désigna- 
tions de  l'état  de  Fruit,  avec  Eveil,  Nirvana,  Ainsité, 
Nature  de  B.,  Matrice  de  Tg.  vide,  Connaissance  de 
Miroir. — Pour  la  nouv.  éc,  l'amala  est  simplement 
la  section  pure  de  la  huitième  Notation  (propre  aux 
seuls  Tg.),  la  section  souillée  formant  l'âlaya  propre- 
ment dit  ;  Tt.  1585  ni,  Ttt.  1830  III  b,  1861  1,  etc. 

AMAROKU  |ÎBj0|/j  =  sk.  âmalaka  ;  tib.  skyu  ru 
ra,  ch.  sansa  \li$t  Mvy.  5799.  Td.  yokanshi  ^"ft* 
^  (de  Canton)  Tt.  1462  xvn,  T.  145 1  1,  T.  1453 
vin  ;  les  deux  derniers  te.  ammarakka  ^j^ti^'M- 
Ttt.  2128  xxv  (xxxvi)  et  Eog.  11  td.  muku  jfl$fc 
"immaculé"  (sk.  amala). — Le  myrobolan  emblic 
(Phyllanthus  Emblica). — C'est  un  des  cinq  fruits 
autorisés  comme  remède  ;  à  ce  titre  il  est  souvent 
mentionné  dans  la  Discipline  T.  1428  xlii,  1421 
xxn  ,1448  1  (où  les  te.  ammora  3fë:£lJ$k,  amara  plj^t 
|}Ê,  ammaroku  ^0f^  sont  employées  indistincte- 
ment). On  s'en  sert  aussi  pour  laver  les  cheveux  T. 
145 1  I.  On  le  prend  contre  le  froid  T.  475  cm.  m, 
ou  contre  la  soif  T.  1453  VIII.  Le  myrobolan  dans  la 
paume  de  la  main  est  le  symbole  de  la  vérité  évidente 
T.  374  xxvn,  375  xxv,  670  iv  (cf.  l'expression  hastâ- 
malaka  dans  les  écoles  brahmaniques  :  Hastâmalaka 
"le  myrobolan  dans  la  main"  est  le  titre  d'un  abrégé 
fameux  du  Vedânta  ;  cf.  aussi  les  titres  de  Shôchû- 
ron  ^4"lra  Tt.  1621  "traité  dans  la  paume"  ou 
Gekenron 


AMIDA 


est  doux". — Cf.  *Karitoku. 


AMIDA  WffîVfc,  sk.  Amitâbha.  tib.  'Od  dpag 
med  ;  et  sk.  Amitâyus,  tib.  Che  dpag  med. — Td. 
Muryô  $£4  "Incommensurable";  Muryôkô  ty&jfcft 
"Lumière  Incommensurable"  (Amitâbha);  Muryôju 
MiÊîl  "Longévité  Incommensurable"  (Amitâyus). 
— B.  de  l'Ouest. — Aperçu. — Amida  est  aujourd'hui, 
sans  aucun  doute,  la  divinité  la  plus  populaire  du 
panthéon  bouddhique  ;  il  a  éclipsé  le  B.  historique, 
Sâkyamuni,  dans  tout  le  domaine  de  l'église  ch.  et 
jap. — Amida,  ou  pour  l'appeler  de  son  nom  original 
Amitâbha  ou  Amitâyus,  est  inconnu  du  bouddhisme 
ancien  ;  le  P.  V.  continue  à  l'ignorer  entièrement. 
La  naissance  de  ce  culte  est  un  des  problèmes  les 
plus  obscurs  de  l'histoire  du  G.V.  ;  les  grands  sûtra 
de  cette  école  où  Amida  commence  à  paraître  sont 
loin  de  lui  accorder  une  place  privilégiée.  Le  Paradis 
occidental  de  Sukhâvatî  où  il  règne,  et  où  ses  fidèles 
s'acheminent  vers  le  Nirvana  sans  sortir  de  l'extase 
et  de  la  béatitude,  n'était  d'abord  qu'un  des  multiples 
Terrains  de  B.  vers  lesquels  le  croyant  pouvait  orienter 
sa  destination  posthume  :  Maitreya,  en  particulier, 
lui  fit  longtemps  une  concurrence  souvent  victorieuse 
avec  son  Paradis  de  Tusita  ;  Aksobhya  offrait,  avec 
moins  de  succès  peut-être,  son  Paradis  d'Abhirati. 
Les  facteurs  qui  ont  assuré  le  triomphe  d 'Amida  sur 
ses  concurrents  demeurent  encore  indéterminés  ; 
il  n'est  pas  probable  qu'il  faille  les  chercher  sur  le 
sol  indien  ;  on  les  trouvera  plutôt  en  étudiant  la 
propagation  du  bouddhisme  hors  de  l'Inde,  sur  cette 
zone  intermédiaire  de  la  Sérinde  où  dominait  l'in- 
fluence iranienne.  Deux  faits  s'imposent  à  l'atten- 
tion dans  ce  problème  si  obscur  :  entre  tous  les  B. 
des  points  cardinaux,  Amida  seul  reste  immuablement 
attaché  à  une  direction  fixe  :  toujours  il  préside  à 
l'Ouest.  En  outre,  son  culte  va  de  pair  avec  le  culte 
d'une  autre  divinité  non  moins  mystérieuse,  Avalo- 
kitesvara,  appelé  lui  aussi  à  une  éclatante  destinée, 
tantôt  subordonné  à  Amida,  tantôt  même  identifié 
avec  lui. — Avec  le  succès  d 'Amida  s'est  organisé 
autour  de  lui,  comme  autour  du  B.  Sâkyamuni,  un 
système  de  Jâtaka  et  aussi  une  doctrine  de  salut  qui 
paraissent  s'être  élaborés  l'un  et  l'autre  en  dehors 
de  l'Inde. — Noms. — On  ne  trouve  nulle  part  dans 
les  documents  sk.  de  nom  réduit  à  la  forme  Amita, 
qui  correspondrait  à  la  te.  ch.  Amida.  Le  grand 
Sukhâvatî vyûha  sk.  donne  partout  Amitâbha,  sauf 
une  fois  Amitâyus  ;  le  petit  Sukhâvatîvyûha  sk.  ne 
donne  qu'Amitâyus.  Dans  les  td.  ch.  T.  360  et  T. 
3 61, on  trouve  les  termes  Muryôkaku  MÈL^t  "B. 
Incommensurable"  et  Muryôson  4itëJ!;1^:  "Vénéré 
Incommensurable",  qui  paraissent  reposer  sur  un 
original  Amita  ;  mais  peut-être  la  te.  Amida  n'est-elle 
qu'une  abr.  des  te.  Amidaba  |5iJ$jj|?fcj3||  =  Amitâbha 
ou  Amidayushi  Mffî$fcl3iffi  =  Amitâyus. — On  fait 
correspondre  Amitâbha  à  la  Sapience  d'Amida,  et 


PLANCHE     II 


tâMô^*î^i  Usai 


y 


& 


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AMIDA. 

Fresque  du  Hôryûji  ?ic^=£  (VIIe  siècle). 


AMIDA  

Amitâyus  à  sa  Compassion  ;  mais  ces  noms  ne  dé- 
signent que  deux  aspects  d'un  même  et  unique 
personnage  ;  en  pratique,  du  reste,  le  nom  Amitâyus 
(Muryôju)  est  presque  exclusivement  employé  dans 
le  monde  de  civilisation  chinoise.  Cf.  T.  366  :  "La 
lumière  incommensurable  de  ce  B.  éclaire  les  royau- 
mes des  dix  directions  sans  que  rien  l'arrête  ;  c'est 
pourquoi  on  l'appelle  Amida"  (Amitâbha)  ;  et  ib.  : 
"La  longévité  de  ce  B.  et  de  son  peuple  est  incom- 
mensurable, infinie,  et  s'étend  sur  des  Périodes 
Incalculables  ;  c'est  pourquoi  on  l'appelle  Amida" 
(Amitâyus). — Dans  l'Es.  (cf.  infra),  un  des  noms 
d'Amida  (dans  le  Plan  de  Diamant)  est  Avaloki- 
tesvara (cf.  *Kannon)  :  cette  identification  du  B. 
Amida  au  Bs.  Avalokitesvara  s'explique  par  des 
textes  es.  comme  T.  890  ou  Tt.  931  ;  dans  ce  dernier 
p.  ex.  on  lit  que  si  l'on  Inspecte  la  lettre  hrîh  (qui  est 
le  Germe  d'Amida),  elle  se  transforme  en  une  fleur 
de  lotus  entr 'ouverte,  laquelle  se  transforme  à  son 
tour  en  Avalokitesvara  ;  et  d'après  Bdsg.  ix-x,  le 
/"nom  fondamental"  d'Amida  est  Avalokitesvara- 
râjatathâgata  (c'est  le  nom  qu'il  porte  p.  ex.  T. 
865  11),  Amitâbha  et  Amitâyus  n'étant  que  des 
appellations  de  ses  Vertus. — Dans  tout  l'ensemble 
du  monde  bouddhique,  les  images  d 'Avalokitesvara 
portent  sur  la  tête  une  petite  image  d'Amida  (cf. 
inf.  Iconographie)  :  en  dehors  du  monde  de  civi- 
lisation chinoise,  l'existence  d'Amida  et  de  son  culte 
ne  paraît  attestée  par  aucun  autre  document  icono- 
graphique, épigraphique  ou  manuscrit.  Dans  la  bio- 
graphie de  Enichi  (Houei-je)  t£B  ,  moine  qui  visita 
l'Inde  au  début  du  vme  siècle  (702-719),  il  est 
rapporté  que  tous  les  savants  de  l'Inde  lui  parlèrent 
d'Amida  et  de  son  Paradis,  et  que  des  révélations 
sur  le  même  sujet  lui  furent  faites  par  un  Avaloki- 
tesvara dont  la  statue  se  trouvait  au  Nord-Est  de  la 
capitale  du  Gandhâra  (Ttt.  2061  xxix  et  2035  xxvn). 
— Un  autre  nom  d'Amida  dans  l'Es,  est  Amrta, 
de  sorte  que  les  Charmes  d'Amrta,  comme  Tt.  13 16 
et  13 17,  s'emploient  pour  Amida  ;  cf.  aussi  infra 
le  "grand  Charme"  d'Amida,  dit  "Charme  des  12 
Amrta". — Douze  noms  d'Amitâbha  T.  933  et  Ttt. 
1978  :  Muryôkô  $£;§:-)£  (Lumière  incommensura- 
ble), Muhenkô  j&fèJt  (L.  illimitée),  Mugekô  $&$& 
3fc  (L.  sans  obstacle),  Mutaikô  $&Ws3t  (L.  sans 
relation),  Ennôkô  Ê$jj£;)fc  (L.  de  flamme  royale), 
Shôjôkô  ïfff 3fc  (L.  pure),  Kangikô  fc#3t  (L.  de 
joie),  Chiekô  ^jgjfc  (L.  de  Sapience),  Fudankô 
^Êiffît  (L.  ininterrompue),  Nanjikô  HI^Tt  (L. 
difficile  à  concevoir),  Mushôkô  $$$§5fc  (L.  indi- 
cible), Chônichigakkô  fêïB/3  3fc  (L.  passant  celle 
du  Soleil  et  de  la  Lune). — Treize  noms  d'Amida 
T.  360  1  :  les  précédents,  plus  Muryôju  (Amitâyus). 
—  Trente-sept  noms,  Bdji.  73. — Revue  des  textes 
canoniques. — D'après  un  mot  célèbre  de  Tannen 
ïiï#S  Ttt.  1912,  Amida  serait,  de  tous  les  B.,  le  plus 
fréquemment  mentionné  dans  l'ensemble  des  sûtra. 


25  AMIDA 

En  dehors  des  sûtra,  des  sâstra  (Vasubandhu, 
Tt.  1524)  et  autres  ouvrages  qui  lui  sont  spéciale- 
ment consacrés,  on  trouve  sur  lui  de  nombreux 
documents  épars  dans  le  Canon  chinois.  Une  com- 
pilation de  ces  références  a  été  faite  au  Japon  (Absr.): 
elle  cite  plus  de  200  ouvrages,  dont  la  plupart 
relèvent  de  l'Es.  ;  les  sûtra  sont  au  nombre 
de  180  environ,  dont  70  appartenant  au  G.V.  ex., 
à  commencer  par  les  grands  sûtra  Avatarhsaka 
(T.  279  lxxx),  Nirvana,  Saddharmapundarîka,  etc.  ; 
les  sâstra  atteignent  la  vingtaine.  Dans  les  textes 
de  Perfection  de  Sapience,  Amida  ne  semble  pas 
figurer,  sa  place  étant  occupée  par  Aksobhya  (cf. 
*Ashuku)  ;  son  Paradis  de  l'Ouest  (Sukhâvatî)  y  est 
toutefois  mentionné  T.  220  1. — A  deux  sâstra  fameux 
nous  empruntons  les  citations  suivantes  :  Tt.  1666 
(Asvaghosa)  :  De  plus,  si  des  Etres  débutant  dans 
l'étude  de  cette  Essence  recherchent  la  Foi  correcte, 
mais  qu'étant  faibles  d'esprit  et  habitant  dans  ce 
monde  Saha  ils  craignent  de  ne  pouvoir  rencontrer 
toujours  des  B.  et  les  servir  personnellement  ;  s'ils 
se  disent,  prenant  peur,  que  l'Esprit  de  Foi  est 
difficile  à  atteindre,  et  se  trouvent  disposés  à  la  Ré- 
gression : — qu'on  le  sache,  le  Tg.  a  un  Moyen 
supérieur  de  capter  l'Esprit  de  Foi  :  c'est-à-dire  que, 
par  le  Facteur  de  penser  au  B.  de  tout  son  esprit,  on 
obtient  d'aller  naître,  selon  le  Vœu  qu'on  a  formé, 
dans  un  Terrain  de  B.  situé  "ailleurs",  d'y  voir  sans 
cesse  le  B.,  et  de  quitter  à  jamais  les  Destinations 
mauvaises.  C'est  comme  il  est  dit  dans  le  sûtra  : 
Si  un  homme  pense  de  toutes  ses  forces  au  B.  Amida 
du  Paradis  de  l'Ouest,  et  que  par  la  Déflexion  des 
bonnes  Racines  de  ses  pratiques  il  forme  le  Vœu  de 
naître  dans  ce  monde-là,  il  obtiendra  d'y  aller  naître. 
Il  y  verra  sans  cesse  le  B.,  et  il  n'y  aura  donc  jamais 
pour  lui  de  Régression.  Car,  s'il  Inspecte  le  Corps 
d'Essence  d'Ainsité  de  ce  B.  là-bas,  et  s'applique 
sans  relâche  aux  Exercices,  il  obtiendra  finalement 
de  naître  dans  son  Paradis,  et  de  stationner  dans  la 
Concentration  Correcte. — Tt.  1509  xxxvi  (Nâgârju- 
na)  :  Le  B.  Sâkyamuni  a  d'autre  part  une  Terre  pure 
(shôjôkokudo  ?jf£jî[ll±),  telle  que  le  royaume  du  B. 
Amida  ;  le  B.  Amida  a  aussi  un  royaume  impur,  tel 
que  celui  du  B.  Sâkyamuni.  Ib.  ix  :  Il  y  avait  un 
Moine  mendiant  qui- récitait  le  sûtra  du  B.  Amida  et 
la  Mahâprajnâpâramitâ.  Peu  avant  sa  mort,  il  dit  à 
ses  disciples  que  le  B.  Amida  avec  sa  grande  as- 
semblée était  venu  ;  se  redressant  aussitôt,  il  prit 
refuge  en  lui,  et  mourut.  Après  sa  mort,  ses  disciples 
recueillirent  des  fagots  et  l'incinérèrent.  Le  lende- 
main on  trouva  dans  les  cendres  sa  langue  qui  n'avait 
pas  été  consumée  ;  parce  qu'il  avait  récité  le  sûtra  du 
B.  Amida,  il  vit  ce  B.  venir  à  sa  mort,  et  parce  qu'il 
avait  récité  la  Mh.  Pp.,  sa  langue  n'avait  pas  été  con- 
sumée. Ce  sont  des  faits  du  temps  présent. — Pour 
un  autre  texte  de  Nâgârjuna  avec  cm.  de  Vasuban- 
dhu, cf.  infra  Vues  des  Sectes  (Jôdo). — Naissances. 


AMIDA  26 

— On  divise  les  sûtra  relatifs  à  Amida  en  trois  ca- 
tégories, traitant  respectivement  de  ses  Naissances, 
de  ses  Charmes,  et  de  l'Extase  dont  il  est  l'objet. 
Dans  la  première  de  ces  catégories  se  rangent  le 
Sukhâvatîvyûha  et  ses  versions  chinoises,  T.  360, 
361,  362,  363,  364,  310  [5],  qui  sont  (notamment 
T.  360,  auquel  on  joint  ordinairement  T.  365  et 
366  :  ce  sont  les  Jôdo  sambukyô  fë*±EÏ$IS)  les 
autorités  fondamentales  de  la  secte  Jôdo,  ou  secte 
d'Amida.  Il  y  est  conté  comment,  du  temps  du  B. 
Lokesvararâja,  53e  B.  après  Dîparhkara,  un  roi 
conçut  l'Esprit  d'Eveil  pour  avoir  écouté  les  pré- 
dications de  ce  B.,  abandonna  son  trône  et  se  fit 
moine  sous  le  nom  de  Dharmâkara  (T.  362  Dom- 
maka  #jf  $9,  T.  360  Hôzô  j£j^,  T.  361  Hôbôzô 
tëWM,  T.  310  [5]  Hôsho  fèfà;  T.  363  donne 
Dharmâkara,  Sahô  #fë).  Sur  la  prière  de  ce  moine, 
le  B.  Lokesvararâja  lui  exposa  le  bien  et  le  mal  des 
Dieux  et  des  hommes  et  les  mérites  et  démérites  des 
différents  royaumes  dans  210  Millions  de  Terrains 
de  B.,  qu'il  lui  fit  voir.  Le  moine  passa  cinq  Périodes 
à  réfléchir  (pour  faire  un  choix,  ajoute  T.  310  [5]) 
et  à  s'approprier  les  pratiques  pures  par  lesquelles 
on  peut  orner  un  Terrain  de  B.;  puis  il  se  présenta 
de  nouveau  devant  le  même  B.  et  émit  48  Vœux, 
dont  le  principal  est  le  18e,  formulé  comme  suit  dans 
T.  360  :  "A  supposer  que  j'obtienne  de  devenir  B., 
si  des  Etres  des  dix  directions,  croyant  en  moi  et 
m'aimant  de  tout  leur  Esprit,  désirent  naître  en  mon 
royaume  dans  la  mesure  de  dix  pensées,  et  qu'ils 
n'y  naissent  point,  je  ne  recevrai  pas  l'Eveil-cor- 
rect-complet  ;  exception  étant  faite  seulement  pour 
ceux  qui  se  rendent  coupables  des  cinq  Péchés  de 
Damnation-immédiate  et  de  la  calomnie  contre  la 
Loi  correcte."  Puis  il  accumula  les  pratiques  jusqu'à 
ce  que  ses  Vœux  fussent  réalisés  et  qu'il  devînt  le 
B.  parfait  Amitâyus  en  son  Paradis  occidental,  où  il 
règne  depuis  dix  Périodes  accomplies. — On  trouve 
dans  d'autres  textes  diverses  références  à  des  Nais- 
sances d'Amida.  Les  huit  sûtra  suivants  sont  cités 
dans  Ass.  III  :  (1)  T.  262  III  (  =  Lotus  113)  Le  9e 
des  16  princes  fils  du  B.  Mahâbhijnâjnânâbhibhû 
(Daitsûchishô  zfcji^lfêp),  dont  le  Ier  devint  Aksobhya 
et  le  16e  Sâkyamuni,  est  devenu  Amitâbha.  (2)  T. 
157  11  (  =  Karunâpundarîkasûtra  11)  Le  roi  Mujônen 
MW&  (Sans-Pensée-de-Querelle,  sk.  Aranemi)  qui 
régnait  dans  le  monde  Sandairan  J^J^i^t  pendant  la 
Période  Zenji  §jf$  (Bien-maintenue,  sk.  Dhârana) 
est  devenu  Amitâyus.  Il  avait  1000  fils,  dont  le  Ier 
est  devenu  Avalokitesvara,  le  2e  Mahâsthâmaprâpta, 
le  9e  Aksobhya,  etc.  (3)  T.  275  Du  temps  du  B. 
Mukuenshôkiô  MÊiafSiiï  prêcha  le  Moine 
mendiant  Jômyô  ffifô  (Vie-pure)  ;  c'est  lui  qui  est 
maintenant  Amida.  (4)  T.  425  1  Du  temps  du  Tg. 
Raionku  ^f^lÇL  (Rugissement-de-son-de-tonnerre, 
sk.  Meghasvara  Mvy.  99),  Amida  était  un  prince 
nommé  Jôfukuhôshûon  ffîîJtwfflwC^  (Son-des-Rétri- 


AMIDA 

butions-de-Mérite-pur).  (5)  Ib.  Du  temps  du  B. 
Konryûketsukô  &flï&3fc  (Or-Dragon-Certitude- 
Lumière),  il  se  nommait  le  Maître  de  la  Loi  Mu- 
genryôhôon  ^HRKfifUïi1  (Voix-de- Joyau-infinie).  (6) 
T.  643  IX  Le  3e  des  4  Moines  mendiants  qui 
vénérèrent  le  B.  Kûô  ^3i  (Sûnyarâja  ?)  est  actuelle- 
ment Amida.  (7)  T.  372  11  Du  temps  du  B.  Shishi 
$$"ï"  (Simha),  Amida  était  un  Bs.  nommé  Shôi  |$£j$ 
(Majesté  éminente).  (8)  T.  1017  II  était  un  prince 
nommé  Fushigishôkudoku  ^^W^Ê^ifâ  (Mérite  in- 
concevable et  éminent). — Sept  sûtra  contenant  des 
références  à  d'autres  Naissances  sont  cités  dans  Mjes. 
iv  :  (1)  T.  425  Roi  Tokke  |§|$f  sous  Tg.  Shôjin 
fgit  -(2)  T.  310  [18]  Roi  Enni  fâfâ  sous  Tg.  Jôrie 
tôftt  (3)  T.  649  Prince  Fukuhôshôjô  JgfRîfïféï. 
(4)  T.  170  Prince  Tokkô  f^^fc  fils  du  roi  Gakushim- 
rau  lljjyjl*,  sous  Tg.  Gikichi  f^.  (5)  T.  1340  xvn 
Bs.  Myôsô  llJ^"|i,  qui  éleva  des  stûpa  après  le  Nirvana 
du  Tg.  Sanjô  Mj_t.  (6)  T.  831  Roi  Gattoku  j§f#  du 
temps  du  maître  de  la  Loi  *Benshaku  fg$ff(  (Prati- 
bhânakûta),  lui-même  futur  Aksobhya,  qui  prêcha 
des  Charmes  après  le  Nirvana  du  Tg.  Kanjizai  fDJlf] 
^E  (Avalokitesvara).  (7)  T.  154  Isen  ]%9c,  disciple  de 
Shudatsu  fë'i^s,  16e  B.  passé. — T.  633,  cité  Aigk.  : 
Roi  Eki  $J£g  sous  Tg.  Gakkitsu  R  #.— Dans  plu- 
sieurs des  textes  précités,  Amida  est  associé  à  Akso- 
bhya (cf.  *Ashuku).  Il  est  d'autre  part  mis  en  rapport 
avec  Maitreya  dans  T.  327  =  T.  310  [25]  (Maitreya- 
pariprechâ,  cf.  BEFEO  XXIV,  240  n.  7),  où  l'on  voit 
Maitreya  interroger  Sâkyamuni  sur  les  dix  pensées 
assurant  l'accès  au  Paradis  d'Amida. — Vues  des 
sectes  [Bdji.  59-67]. — Amida  étant  mentionné  dans 
de  nombreux  sûtra  reconnus  comme  autorités  par 
les  diverses  sectes,  la  plupart  de  celles-ci  ont  des 
doctrines  particulières  à  son  sujet.  D'une  façon 
générale  on  distingue  en  lui  deux  aspects,  celui 
de  B.  Idéal  (Ributsu  ïl^)  et  celui  de  personnalité 
vivante  prêchant  au  Paradis  de  l'Ouest. — Secte 
Hossô  (cf.  Ttt.  1861,  art.  "Trois  Corps",  et  Ttt. 
1757). — Amida  et  les  trois  Corps  de  B.  :  (1)  Corps 
de  Nature-propre  (Corps  d'Essence).  En  tant  que 
Corps  de  Nature-propre,  Amida  est  pur  Idéal  (yuiri 
PjÉBi)  et  ne  se  différencie  pas  des  autres  B.  (2) 
Corps  de  Fruition  pour  soi-même  et  Corps  de 
Fruition  pour  autrui.  C'est  sous  ce  dernier  aspect 
qu' Amida  peut  être  vu  par  les  Bs.  ayant  atteint  l'une 
des  dix  Terres.  Par  ceux  de  la  Ie  Terre,  il  est  vu 
sur  une  plateforme  de  lotus  de  100  Joyaux  ;  par  ceux 
de  la  2e,  sur  une  plateforme  de  lotus  de  1000  Joyaux  ; 
par  ceux  de  la  10e,  comme  une  Transformation  de 
la  Connaissance  sans-Ecoulement.  (3)  Corps  de 
Métamorphose.  C'est  en  ce  Corps  qu'Amida  est  vu 
par  les  Bs.  inférieurs  aux  Terres,  ainsi  que  par  les 
Auditeurs  et  les  B.-pour-soi.  De  ce  Corps  relèvent 
aussi  l'Amida  qui  a  père  et  mère,  comme  celui  des 
Naissances,  l'Amida  de  T.  371,  qui  entre  dans  le 
Nirvana  et  auquel  succédera  Avalokitesvara,  etc. — 


PLANCHE    III 


i.    Amida  debout  (secte  Jôdo). 


2.     Amida  sur  la  tête  de  Kannon. 


AMIDA  27 

Secte  Sanron. — (1)  En  tant  que  Corps  d'Essence  ou 
Corps  de  Nature-propre,  Amida  est  dit  Corps  Idéal. 
(2)  En  tant  que  Corps  de  Fruition  pour  soi-même,  il 
est  dit  Corps  de  Connaissance.  Ces  deux  Corps  sont 
impérissables.  (3)  Dans  le  Corps  de  Métamorphose, 
on  distingue  deux  aspects  :  le  Corps  de  Fruition  pour 
autrui  et  le  Corps  de  Métamorphose  proprement  dit. 
C'est  en  ce  Corps  qu'Amida  se  fait  voir  sous  une 
forme  mortelle  pour  sauver  les  Etres.  D'après  Ttt. 
1752,  au  Ier  des  trois  Corps  correspond  la  formule: 
"Ce  Corps  de  Plan  d'Essence  pénètre  tous  les  Etres"; 
au  2e,  la  formule  :  "Cet  Esprit  devient  B."  ;  et  au  3e, 
correspond  l 'Amida  qui  réside  au  Paradis  de  l'Ouest. 
— Secte  Kegon. — On  trouve  dans  les  ouvrages  de 
cette  secte  quelques  art.  sur  le  Monde  d'Amida. 
Ainsi  d'après  Kks.  iv  (art.  "Renaissance"),  ce  Monde 
a  deux  aspects  :  (1)  Comme  Monde  du  Véhicule 
unique,  il  appartient  à  la  Mer  du  Monde  Orné 
déposé  dans  le  Lotus  (Rengezôshôgonsekaikai  ^Ijê 
jîic}[i:ijî%tlî^?-$*)  î  en  tant  que  maître  de  son  Monde 
sous  cet  aspect,  Amida  est  identique  à  Vairocana. 
(2)  Comme  Monde  du  Véhicule  triple  (Auditeurs, 
B.-pour-soi  et  Bs.),  c'est  le  Paradis  de  l'Ouest,  où 
réside  Amida  en  son  Corps  de  Fruition. — Secte 
Tendai. — Cette  secte  distingue  3  Corps  de  B.  et  4 
sortes  de  Terrains  (do  ±)  ;  d'après  Ttt.  1778,  Amida 
relève  du  Corps  de  Correspondance  (  —  Corps  de 
Métamorphose)  et  son  Paradis  du  Terrain  de  Cor- 
respondance (  =  Terrain  de  Métamorphose)  ;  en 
effet,  ce  Paradis  est  un  Terrain  où  naissent  les  Audi- 
teurs et  les  B.-pour-soi  ;  on  y  mange,  on  y  marche, 
les  jours  et  les  nuits  s'y  succèdent,  et  Amida  y  prêche 
la  loi  du  Véhicule  triple.  Cependant,  en  tant  qu'objet 
d'Inspection  (notamment  de  la  9e  des  16  Inspections 
de  T.  365),  Amida  est  conçu  comme  Corps  de  Frui- 
tion ;  selon  Ttt.  1751  p.  ex.,  comme  Corps  de 
Fruition  pour  autrui.  Un  des  grands  savants  jap.  de 
cette  secte,  Genshin  îj^fg ,  l'auteur  de  Akjs.,  a  tenté  de 
combiner  avec  la  doctrine  Tendai  une  interprétation 
es.  du  nom  d'Amida  :  "A,  c'est  le  Vide  ;  Mi,  c'est 
le  Fictif  ;  Da,  c'est  le  Milieu,  le  Corps  d'Essence. 
Le  nom  d'Amida  peut  être  donné  à  tous  les  Etres  des 
dix  directions  :  Amida  comme  Corps  d'Essence,  c'est 
le  Tg.  de  l'Eveil  originel,  et  par  conséquent  l'Esprit 
de  Terme  (de  chaque  Etre)  ;  Amida  comme  Corps  de 
Fruition  pour  soi-même  et  pour  autrui,  c'est  (notre) 
corps  de  Formel,  qui  produit  les  causes  et  éprouve 
les  effets  ;  Amida  comme  Corps  de  Métamorphose, 
c'est  le  B.  Amida  du  Paradis.  En  méditant  sur  A, 
on  détruit  l'erreur  de  la  Vue  et  l'on  produit  par  cette 
cause  le  Corps  de  Fruition  ;  en  méditant  sur  Mi,  on 
détruit  l'erreur  des  Passions  et  l'on  produit  par  cette 
cause  le  Corps  de  Métamorphose  ;  en  méditant  sur 
Da,  on  détruit  l'erreur  de  l'Inscience  et  l'on  produit 
par  cette  cause  le  Corps  d'Essence." — Secte  Zen. — 
Cette  secte  ne  reconnaît  pas  de  B.  hors  de  l'Esprit 
individuel  ;    ce    qu'elle    appelle     Amida,     c'est    la 


AMIDA 


Nature  de  B.  innée  en  chaque  homme.  Amida, 
c'est  moi-même  ;  son  Paradis,  c'est  mon  Esprit  ; 
mon  but  n'est  pas  d'aller  naître  en  un  Paradis  après 
la  mort,  mais  de  réaliser  Amida  en  mon  corps 
présent  et  de  faire  apparaître  le  Paradis  en  ce  monde- 
ci.  En  pratique  cependant,  on  trouve  souvent  des 
images  d'Amida  dans  les  temples  de  la  secte  ;  il  y 
est  représenté  comme  dans  la  secte  Jôdo. — Secte 
Jôdo. — On  oppose  à  toutes  les  autres  sectes  boud- 
dhiques (dénommées  Shôdômon  IgjJÎH,  sectes  de  la 
Voie  Sainte)  les  sectes  dites  de  Terre  Pure  (Jôdomon 
ft^n),  caractérisées  par  la  croyance  à  un  Paradis 
comme  celui  d'Amida,  d'Aksobhya  ou  de  Maitreya. 
Nâgârjuna,  le  second  patriarche  (après  Asvaghosa), 
de  la  secte  Jôdo  d'Amida,  distingue  en  effet,  dans  le 
chap.  de  Tt.  1521  intitulé  :  "La  pratique  facile",  deux 
méthodes  de  salut  :  "C'est  comme,  parmi  les  voies 
de  ce  monde,  il  en  est  de  faciles  et  de  difficiles  : 
marcher  par  voie  de  terre  est  pénible,  naviguer  par 
voie  d'eau  est  agréable.  Il  en  est  de  même  des  Voies 
des  Bs.  :  les  uns  pratiquent  avec  zèle  la  Bonne- 
volonté  ;  mais  d'autres,  par  la  pratique  facile  du 
Moyen  de  la  Foi,  parviennent  rapidement  au  Sans- 
Régression."  Ce  Moyen  de  la  Foi  consiste  à  penser, 
en  invoquant  leurs  noms,  aux  B.  des  10  directions, 
à  Amida  et  à  tous  les  autres  B.  (le  Vœu  fonda- 
mental d'Amida  étant  cité,  et  32  stances,  dites 
Hymne  à  Amida,  Amidasan  PnJ'jil^^,  se  rapportant 
exclusivement  à  lui),  ainsi  qu'à  de  nombreux  Bs. 
(dont  les  noms  se  retrouvent  dans  le  texte  sk.  du 
Sukhâvatîvyûha).  Nâgârjuna  considère  Amida  com- 
me un  simple  sauveur,  un  objet  de  Foi  ;  de  même 
Vasubandhu,  troisième  patriarche  de  la  secte,  dont 
l'ouvrage  Tt.  1524  (cm.  à  Tt.  1521)  s'ouvre  par 
cette  strophe  célèbre  adressée  au  B.  Amida  :  "Bha- 
gavat  !  De  tout  mon  Esprit  je  prends  refuge  en  toi, 
Tg.  dont  la  lumière  sans  obstacle  pénètre  les  dix 
directions,  et  je  désire  naître  en  ton  Paradis  !"  C'est 
chez  le  quatrième  patriarche,  Donran  ^.^  (Ttt. 
1819,  cm.  à  Tt.  1524),  qu'apparaît  une  conception 
plus  philosophique  d'Amida.  Il  distingue  deux 
Corps  :  Corps  d'Essence  de  Nature  d'Essence  et 
Corps  d'Essence  de  Moyen,  identiques  l'un  à  l'autre 
d'un  point  de  vue  large  (kôsônyû  )Plfà\),  mais 
différents  d'un  point  de  vue  plus  étroit,  dans  le 
détail  (ryakusônyû  B&flJÀ)  ;  ils  ne  forment  qu'un 
en  tant  qu'ils  sont  tous  deux  Corps  d'Essence,  car 
un  Corps  d'Essence  est  sans  Caractère  et  pour  cette 
raison  même  a  tous  les  Caractères.  Dôshaku  Mffl, 
le  cinquième  patriarche  (Ttt.  1958),  et  Zendô  fl'Ç, 
le  sixième  (Ttt.  1753),  voient  en  Amida  un  Corps 
de  Fruition,  par  opposition  à  certains  auteurs  de 
sectes  adverses  qui  ne  voulaient  voir  en  lui  qu'un 
Corps  de  Métamorphose.  C'est  également  comme 
Corps  de  Fruition  qu'il  est  conçu  par  la  plupart  des 
écoles  jap.  de  la  secte  (sauf  par  l'école  syncrétique 
Yûzûnembutsu   g^lMSi^^   qui   le  conçoit  comme 


AMIDA 

Corps  d'Essence).  Dans  l'école  Shin  jj|.^,  Shinran 
distingue,  à  la  suite  de  Donran,  deux  Corps  qu'il 
définit  ainsi  Yssm.  :  "Le  Corps  d'Essence  de  Nature 
d'Essence  n'a  ni  couleur,  ni  forme  ;  on  ne  peut  donc 
le  concevoir  ni  en  parler.  En  tant  qu'il  manifeste 
sa  forme  hors  de  l'Ainsité  unique,  on  l'appelle 
Corps  d'Essence  de  Moyen.  Amida  a  pris  forme 
comme  Moine  mendiant  Dharmâkara  et  a  formulé 
48  grands  Vœux  ;  c'est  par  suite  de  son  Vœu 
fondamental  de  lumière  et  de  longévité  incommen- 
surables qu'il  se  manifeste  (comme  Amitâbha  et 
Amitâyus) ...  En  tant  qu'il  est  un  fruit  de  l'acte 
causal  de  son  Vœu,  on  l'appelle  Corps  de  Fruition  ; 
car  Fruition  signifie  le  fruit  d'une  cause.  Hors  de  ce 
Corps  de  Fruition  il  manifeste  des  Corps  de  Mé- 
tamorphose, et  répand  la  lumière  sans  obstacle  de 
la  Sapience  dans  les  mondes  innombrables  comme 
les  atomes." — Esotérisme. — Noms  : — Muryôjunyo- 
rai  $!ÊiiLÎi#n2fc  (Amitâyus-tg.)  ou  Kanjizaiônyorai 
ISê^tï^P^  (Avalokitesvararâja-tg.)  dans  le  Plan 
de  Diamant  [PI.  D.]  ;  Amidanyorai  |5RJ!fô[_#n?i$ 
(Amita-tg.)  dans  le  Plan  de  Matrice  [PI.  M.]. — Nom 
es.  :  Shôjôkongô  iff?=Jî__" H]l]  (Diamant  de  pureté)  dans 
les  deux  Plans  (ou  aussi  Daihikongô  ^C_§_?"ti6]lJ, 
Diamant  de  grande  Compassion). — Nature. — Du 
point  de  vue  de  l'Egalité,  tous  les  B.  étant  Egaux, 
Amida  n'est  autre  que  Vairocana  qui  possède  les 
cinq  Connaissances.  Du  point  de  vue  du  Diversifié, 
il  a  pour  Vertu  particulière  la  Connaissance  de 
Perspicacité  (myôkanzacchi  ^H^^1,  s^{-  pratya- 
veksanâjnâna),  une  des  cinq  Connaissances  de 
Vairocana,  dont  le  rôle  est  de  conduire  les  Etres  à 
l'Eveil  en  tranchant  les  doutes  relatifs  aux  prédica- 
tions de  tous  les  B.  Dans  le  système  des  Cinq  Révolu- 
tions, il  préside  soit  à  l'entrée  dans  le  Nirvana,  soit 
à  l'Attestation  de  l'Eveil  (cf.  *A  [Ajigoten]). — Locali- 
sation.— Dans  PI.  D.  il  est  placé  dans  la  Roue  Ouest 
des  5  Roues  de  Libération  de  l'Assemblée  d'Acte, 
derrière  Vairocana,  et  entouré  des  4  Bs.  Essence  de 
Diamant  (devant),  Bénéfice  de  Diamant  (g.),  Cause  de 
Diamant  (dr.)  et  Parole  de  Diamant  (derrière),  qui 
représentent  ses  4  Vertus  :  donner  l'Essence  aux 
Etres,  les  servir,  prêcher  à  cause  d'eux,  et  leur 
parler.  Dans  PI.  M.  il  réside  sur  le  pétale  Ouest  de  la 
Cour  à  8  Pétales  de  la  Plateforme  centrale,  devant 
Vairocana.  C'est  le  seul  des  quatre  grands  B.  des 
directions  dont  la  situation  cardinale  (Ouest)  et  le 
nom  (Amida)  restent  les  mêmes  dans  l'un  et  dans 
l'autre  Plan.  Cf.  *A  et  *Butsu. — Germes. — Docu- 
ments divers  :  T.  865  :  hrîh,  T.  867  :  hûrh,  T.  848  :  a 
ou  amita,  Tt.  973  :  vam,  etc.,  chacun  de  ces  Germes 
ayant  son  interprétation  spéciale.  Mais  selon  la  tradi- 
tion couramment  admise,  ses  Germes  sont  hrîh  dans 
PI.  D.  et  am  dans  PI.  M.  Le  Germe  hrîh  est  commun 
à  Amida  et  au  Bs.  Avalokitesvara  ;  d'après  T.  868  il 
symbolise  la  pureté  immaculée  ;  c'est  aussi  le  Germe 
du  lotus,  Forme  de  Convention  d 'Amida.  Am,  3  e 


28  AMIDA 

Révolution  de  l'a,  a  pour  Caractère  l'Attestation  de 
l'Eveil  (cf.  *A  [Ajigoten])  ;  ajouté  à  :  sa,  qui  est  le 
Germe  propre  d'Avalokitesvara,  il  forme  le  groupe  : 
sam,  qui  est  donné  comme  un  autre  Germe  d'Amida 
dans  PI.  M.,  et  qui  représente  Amida  identifié  au 
Caractère  de  Fruit  d'Eveil  d'Avalokitesvara  (Avalo- 
kitesvara, sa  +  1'Eveil,  am=Amida,  sam). — Formules. 
— Unilittères  :  a  (T.  1092  xx  :  Om  a  svâhà),  hrîh  (Tt. 
1003). — PI.  D.  :  Om  lokitesvararâja  ;  PI.  M.  :  Namah 
samantabuddhânâm  sam  sah. — Petit  Charme  (shôju 
/hP^,  dit  aussi  Charme  d'Esprit,  Formule  d'Esprit 
du  Tg.  Amitâyus)  :  Om  amrtatejekara  hûrh  (Tt. 
930). — Grand  Charme  (daiju  ;fcn,_,  dit  aussi  Charme 
des  10  Amrta,  Charme  fondamental  d'Amida)  : 
Namo  ratnatrayâya  namo  âryâmitâbhâya  tathâga- 
tâyârhate  samyaksambuddhâya  tadyathâ  om  amrte 
amrtodbhave  amrtasambhave  amrtagarbhe  amrtasid- 
dhe  amrtateje  amrtavikrinte  (?)  amrtavikrinta  (?)- 
gâmini  amrtagaganakîrtikare*(?)  amrtadundubhisvare 


Fig.  13.  Cercle  des  neuf  classes  d'Amida. 

sarvârthasâdhani  sarvakarmaklesaksayahkare  svâhâ 
(Tt.  930). — Formes  de  Convention. — Lotus  épanoui 
PI.  D.,  entr 'ouvert  PI.  M.  D'après  une  autre  tradi- 
tion, stûpa  et  Joyau. — Pratiques. — Amidahô  [fo7_ȧ 
PÊ&6>  cérémonie  es.  destinée  à  effacer  les  péchés,  à 
assurer  la  naissance  au  Paradis  et  à  attirer  le  bonheur 
sur  les  morts  ;  Amida  dans  son  Cercle  (Amidaman- 
dara)  y  figure  au  centre  de  l'estrade.  Célébrée  au 
Japon  dès  l'époque  Fujiwara  (xie  s.). — Amidamandara 
~H|^j||,  Cercle  de  l'Amidahô  :  il  y  en  a  plusieurs 
variétés,  dont  la  plus  usuelle  est  dite  Kuhomman- 
dara  ^Lnnâ^M)  Cercle  des  9  Classes  :  les  Amida 
des  9  Classes  y  figurent  entourés  des  4  Bs.  du  PL 


PLANCHE    IV 


i.     Triade  d'Amida  (Hôryûji). 


2.    Pentade  d'Amida  (Hôryûji). 


AMIDA  29 

D.,  des  douze  B.  de  lumière  [personnifiant  les  douze 
noms  d'Amitâbha,  cf.  sup.]  et  de  25  Bs.  [sur  lesquels 
cf.  Bbkw.  545-548])  ;  elle  aurait  été  introduite  de 
Chine  par  Eun  ifjîi  en  847.  Cf.  Bbkw.  449-552  et 
fig.  clxi  ;  aussi  Mnkk.  356-357. — Amidagoma  ~fjg 
0_,  Libation  à  Amida  accomplie  avant  l'Amidahô. 
— Sceaux. — Traditions  et  documents  confus.  D'une 
façon  générale  on  peut  distinguer  deux  Sceaux  prin- 
cipaux :  (1)  Sceau  de  Concentration  (jôin  ^E|l)  :  les 
deux  mains  reposent  devant  le  nombril,  la  droite  sur 
la  gauche,  les  paumes  tournées  vers  le  haut,  les  deux 

index  recourbés 
dos  à  dos  formant 
des  cercles  avec 
les  pouces  (cf. 
Tmds.l,  Zish.  1). 

Fis-  14-   Sceau  de  Concentration  d'Amida.    Ce  Sceau  est  aussi 

appelé  Amidajôin  ~fëÉP,  Myôkanzacchiin  #j/MfÊ? 
fVflJ,  Saishôsammaiin  îg§|HlïfcÉP,  Rengebujôin  jj| 
pîfêËP.  ou  encore  Shiyuiin  &f|Ep  (T.  848  et 
cm.  Ttt.  1796),  Jûsammajiin  fëH0itiîÉP  (Tt.  1067), 
Josanranshinin  B&tfefiL'frfll  (T.  868  11).  C'est  le 
sceau  d'Amida  dans  les  Cercles  et  dans  la  plupart 
des  statues  assises.  C'est  aussi  le  Sceau  du  Ier  des  9 
Amida  des  9  Classes  (cf.  infra  Kuhon  Amida).  Par- 
fois les  index  ne  sont  pas  redressés  et  le  Sceau  ne 
comporte  qu'un  cercle,  fermé  par  les  pouces,  et  non 
deux.  (2)  Dans  le  second  Sceau,  comme  dans  le 
premier  s'il  comporte  deux  cercles,  le  pouce  et 
l'index  (ou  un  autre  doigt)  de  chaque  main  forment 
un  cercle,  mais  la  main  droite  est  élevée  devant 
l'épaule  et  la  gauche  abaissée  devant  le  genou,  les 
deux  paumes  étant  tournées  en  avant.  D'après  Tdjs. 
ce  Sceau  serait  dénommé  Hosshinseppôin  ^^^^ 
Ép  ou  Mushofushiin  4ffi0p£MÉP-  C'est  le  Sceau  du 
3e  des  9  Amida  des  9  Classes  (cf.  Kuhon  Amida).  Il 
est  fréquent  dans  les  statues  d'Amida  debout,  notam- 
ment dans  les  sectes  Jôdo,  Shin,  Tendai,  etc.  La 
main  droite  qui  s'élève  indique  la  recherche  de 
l'Eveil,  et  ses  cinq  doigts  représentent  les  Plans  des 
Auditeurs,  des  B.-pour-soi,  des  Bs.,  des  B.  ex.  et 
des  B.  es.  La  main  gauche  qui  s'abaisse  symbolise 
la  conversion  des  Etres,  ses  cinq  doigts  représentant 
les  Plans  des  hommes,  des  Dieux,  des  Trépassés, 
des  animaux  et  des  infernaux  (cf.  Dsky.). — On  trouve 
beaucoup  d'autres  Sceaux  dans  les  images  anciennes 
d'Amida,  antérieures  à  l'introduction  de  la  secte 
Shingon  au  Japon.  Un  des  plus  fréquents  est  le 
Sceau  dit  de  tourner  la  Roue  de  la  Loi  (tembôrinin 
$t?£iriiiiËIJ)»  qui  figure  dans  une  fresque  célèbre  du 
Hôryûji  ££|^|^p  [pi.  11]  et  dans  plusieurs  images  de 
l'époque  de  Nara.  Cf.  Bztk.  143  ;  Bbkw.  540. — Icono= 
graphie. — Une  forme  d'Amida  à  3  faces  et  6  bras  est 
décrite  dans  T.  890  11  :  la  tête  porte  une  coiffure  de 
joyaux  ;  chaque  face  a  trois  yeux  ;  les  deux  mains 
du  haut  portent  des  lotus  épanouis,  la  main  droite  du 
milieu  porte  le  Prajnâpâramitâsûtra  et  la  main  gauche 


AMIDA 

le  Diamant,  la  main  droite 
du  bas  porte  le  rosaire  et  la 
gauche  le  vase  kundî.  Mais 
cette   forme    est    rarement 
représentée.      Amida       est 
généralement  figuré  comme 
un  personnage  humain  nor- 
mal, soit  avec  une  coiffure 
de  Joyaux  (p.  ex.  sous  son 
aspect  de  Caractère  de  Fruit 
d'Avalokitesvara,  cf.  Bzss.), 
soit  sans  cheveux  sous  l'as- 
pect   du    moine    mendiant 
Dharmâkara,   soit  avec  des 
cheveux  "en  conque"    (ra- 
hotsu  ^H).  Cette  dernière 
variété   est  de  beaucoup  la 
plus  fréquente,   notamment   dans    les    Cercles  (des 
deux  Plans),  où  Amida  figure  assis  sur  un  siège  de 
lotus   (symbolisant  la  pureté  qu'implique  son  nom 
es.),  la  face  dorée  (couleur  de  l'automne,  auquel  cor- 
respond l'Ouest,  l'or  symbolisant  aussi  la  plénitude 
et  l'indestructibilité),  et  accomplissant  le  Sceau  de 
Concentration. — Dans  l'Ex.  le  Sceau  le  plus  fréquent 
est  le  second  décrit  ci-dessus,  mais  le  premier  se 
rencontre  aussi,   surtout  dans  les  statues   assises. — 


Fig.  15.  Tembôrinin 
(fresque  du  Hôryûji). 


Fig.  16.  Amida  (Plan  de  Diamant). 

Kannonchôtai  Amida  HJ^MSc'^»  Amida  sur  la  tête 
d'Avalokitesvara.  Textes  :  T.  365  Dans  la  coiffure 
divine  d'Avalokitesvara  est  un  B.  de  Métamorphose 
haut  de  25  Lieues.  T.  848  1  Dans  son  chignon  apparaît 
Amitâyus. — Amidasanzon  ~H1£,  Triade  d'Amida  : 
Amida  flanqué  d'Avalokitesvara  à  gauche  et  de 
Mahâsthâmaprâpta  à  droite.  Généralement  Amida 
est  assis  ;  ses   acolytes   sont   toujours   debout.   Au 


AMIDA 


30 


ANAHANA 


Japon,  c'est  sous  cette  forme  qu'Amida  est  re- 
présenté dans  la  secte  Jôdo,  tandis  que  dans  la  secte 
Shin  il  est  figuré  seul  et  debout.  Textes  :  Dans 
T.  157  11  (cf.  sup.  Naissances),  les  deux  fils  aînés 
du  roi  Aranemi,  futur  Amitâyus,  deviennent  Avalo- 
kitesvara  et  Mahâsthâmaprâpta.  T.  365,  7e  Inspec- 
tion :  Le  B.  Amitâyus  s'arrêta  debout  en  l'air  ;  Ava- 
lokitesvara  et  Mahâsthâmaprâpta,  ces  deux  Grands- 
Etres,  le  flanquaient,  debout,  à  gauche  et  à  droite. 
Ib.,  8e  Inspection  :  Pour  se  représenter  ce  B. 
(Amitâyus),  il  faut  d'abord  se  représenter  son  image 
dorée  comme  le  Jâmbûnada,  assise  sur  une  fleur  de 
lotus . .  .  puis  faire  une  grande  fleur  de  lotus  à  sa 
gauche.  .  .et  une  à  sa  droite.  .  .et  se  représenter 
une  image  du  Bs.  Avalokitesvara  assis  sur  la  fleur 
de  gauche... et  le  Bs.  Mahâsthâmaprâpta  assis  sur 
celle  de  droite. .  .Cf.  aussi  T.  371,  etc. — Amidagoson 
~£Jil,  Pentade  d'Amida  :  Amida  flanqué  d'Avalo- 
kitesvara,  de  Mahâsthâmaprâpta,  et  de  deux  autres 
personnages  que  la  tradition  jap.  identifie  à  Ksiti- 
garbha  et  à  Nâgârjuna  (2e  patriarche  de  la  secte 
Jôdo)  :  groupe  dit  des  "cinq  saints"  (goshô  £.§£!)• 
Pas  de  texte  canonique.  D'après  la  tradition,  ce 
groupe  aurait  été  un  objet  de  foi  en  Chine  ;  on  croyait 
qu'il  apparaissait  aux  mourants.  Mentionné  dans  les 
sources  jap.  dès  l'ép.  de  Heian  (Shks.  II,  Kkzs.  ;  cf. 
aussi  Bbkw.  538). — Kuhon  Amida  jlrm~>  les  Amida 
des  9  Classes,  hypostases  d'Amida  correspondant  à 
chacune  des  9  Classes  entre  lesquelles  sont  répartis 
les  Etres  par  rapport  à  son  Paradis  (cf.  *Jôdo). 
Chacune  de  ces  hypostases  a  son  Germe  et  son  Sceau 
spéciaux.  Cf.  Bdji.  875  et  Bzze.  11,  qui  figurent  ces 
Sceaux  mais  sans  la  garantie  d'une  tradition  icono- 
graphique ancienne.  Sur  les  9  Classes,  cf.  T.  365,  et 
BEFEO  XXIV,  236.  Cf.  aussi*Jôdo.— Sur  l'ensemble 
des  questions  concernant  Amida,  on  consultera  avec 
fruit  les  riches  matériaux  réunis  dans  Abkk. 


JAMIRITA  |ÎSJiîP|£,  ou  amiritai 
amorizu  psJSP^cSP,  etc.  =  sk.  amrta  ;  td.  *kanro  "tflS 
(litt.  "rosée  douce"). — Ambroisie. — Atniritagundari 
~¥3£f'J  =  sk.  amrtakundalî  ;  td.  kanrobyô  "H"I|#R 
"vase  d'Ambroisie".  Nom  d'un  des  cinq  Grands 
Rois  de  Science,  aussi  Bs.;  Tt.  121 1.  Cf.  *Myôô. 

AMMORA  #jgit>  ou  anra  3ffj&  ambara  $$$ 
=  sk.  âmra,p.amba  ;  la  mangue  (Mangifera  Indica). 
Td.  Ttt.  2131  vin  na  ^,  espèce  de  poire  ;  le  nom 
de  femme  Amrapâlî  est  rendu  par  Nanyo  ^^c  T. 
553  et  534  (td.  Anseikô  ^tjtilî)  î  mais  Keds.  critique 
cette  identification,  et  cite  les  td.  soyô  g^H  "feuille 
acide"  Hbg.  ix  (td.  faite  sur  le  sk.  âmla  "acide"),  et 
nanfumbetsuju  H^^lj^  "arbre  difficile  à  détermi- 
ner", parce  que  le  fruit  tient  de  la  poire  et  de  la 
pêche. — Le  fruit  figure  souvent  dans  les  règles  de 
la  Discipline  T.  1421  xxn  ;  1428  xliii  ;  145 1  1. — 
Le  jardin   des   manguiers,   Âmravana,   est   un   des 


séjours  préférés  du  B.;  T.  1  11  ;  476  1. — Comparaison  : 
Les  quatre  classes  des  moines  sont  aussi  difficiles  à 
distinguer  que  la  mangue  verte  de  la  mangue  mûre 
T.  374  vi  et  xxvni  ;  cf.  Ttt.  2128  xxv  et  T.  145 1  1. — 
Ttt.  2087  iv  distingue  deux  variétés  (à  propos  de 
Mathurâ),  l'une  petite  qui  jaunit  en  mûrissant, 
l'autre  grande  qui  garde  jusqu'au  bout  sa  couleur 
verte. — Les  trois  te.  ci-dessus,  ammora,  anra,  amba- 
ra, sont  réservées  en  principe  à  la  mangue  ;  mais  la 
confusion  avec  les  te.  d'âmalaka  "myrobolan  emblic" 
est  constante.  Cf.  *Amaroku. 

AMOKUTA  |SpJS£,  td.  munôatsu  ffîfâM  " ir- 
répressible" =  sk.  amukta  ?  Le  36e  Sceau  d'Avaloki- 
tesvara  T.  901   iv. 

AMOTA  pïî&t  (ou  ~P£).  Nom  d'un  joyau  (sk. 
âmukta  ?)  Ttt.   2128  xliv  ;  T.  463. 

AMUGAHASHA  psj$filIlÔi^ï  =  sk.  amoghapâsa; 
td.  *fukûkensaku  ^SH^i  "lacet  non  vide".  Nom 
d'une  forme  de  *Kannon  T.  901   iv  et  XII. 

AN  |U,  ou  Bf|,  *£,  ^,  B£  =  sk.  am  #(,  l'anusvâra, 
une  des  12  voyelles  et  des  50  lettres  du*Shittan  ;  3e 
des  "cinq  Points  de  l'a",  correspondant  à  l'Eveil  [cf. 
*A  (Ajigoten)],  on  l'appelle  "l'a  pourvu  du  point 
du  Vide",  l'anusvâra  étant  dénommé  "point  du 
Vide"  kûten  SK  (cette  désignation  aurait  été 
suggérée  par  la  première  syllabe  du  sk.  ambara  "es- 
pace vide",  d'après  Meikaku  H/J-f^,  savant  jap.  du 
XIe  siècle,  cité  Bdji.  86). — Interprétations  :  T.  1003 
1,  Ttt.  1796  x  tôgaku  *fjg,  jôbodai  J$|£i!  "Eveil 
complet"  (sk.  [s]ambodhi)  ;  Tt.  880  henzai  y£$£  "ex- 
trémité" (du  sk.  anta,  écrit  amta)  ;  T.  187  iv,  468  1, 
469  muga  $H$5è  "non-moi",  mugasho  $SÊ$S0f  "sans 
lieu  de  moi"  (sk.  amama)  ;  T.  375  vin,  376  v  shaissai 
:M~^W  "écarter  toutes  (les  richesses)". 

ANAGI  PrI^HÎ^ •  Elément  d'origine  probablement 
indienne  qui  entre  dans  le  nom  de  plusieurs  Charmes 
mentionnés  dans  le  même  texte  T.  1331  :  (1)  Ana- 
gichira  psUft^iaifA  td-  "sauver  des  douleurs  de  la 
maladie"  ;  (2)  ~chiro  ~§fliii[  "sauver  des  douleurs 
de  la  maladie",  ou  ib.  ni  "pluie  de  la  Loi  dans  les 
quatre  univers"  ;  (3)  ~chirô  ~!t|j£  "sauver  les 
Etres"  ;    (4)    ~furo  ~^]|f[  "patience  de  la  Loi" 

(5)  ~fuchikurichina  ~^-*g9iW$ffî  "grand  salut" 

(6)  ~jinnei  ~a8t$f£  "sauver  les  Etres  de  la  douleur" 
etc. 

ANAGON  plffifÇ  (°u  ~it),  ou  anagami  |5nJ#fl 
{ftlDff,  anagamei  ^fiUliS,  abr.  nagon  $J£  =  sk. 
anâgâmin;  td.  *fugen  ïfifê  "Sans-retour". 


ANAHANA     |5nI$M$î,    ou  anahanna   M 
anaahana   [SnJ$5HiÈ$>    annahanna    £$$$#[$,    abr. 


ANAHANA 


3i 


ANGO 


ampan    ^J|9j  =  sk.   ânâpâna  ;    td.    *susokkan    f$[,G,|B 
"Inspecter  en  comptant  la  respiration". 

ANAITEYA  |5SIïfêjg3P=sk-  Âditya  >  td-  Nitten- 
shi  BX"F"  "empereur  du  soleil".  Nom  d'un  Sceau 
T.  1092  iv. 

ANCHINHÔ  *£$&&;  "méthode  pour  maintenir 
en  paix".  Pratique  es.  destinée  à  préserver  l'ordre 
et  la  paix  soit  des  palais  ou  châteaux  (anchinkok- 
kahô  i^c^t^ §£$?)>  s°it  des  foyers  privés  (kachinhô 
§£$!tÈ&  ou  chintakuhô  ^^ï3j  "méthode  pour  pro- 
téger la  maison").  La  première  application  en  fut 
faite  au  Japon  en  860,  au  palais  impérial  ;  elle  avait 
été  importée  de  Chine  par  Jikaku  ^ff^.  La  céré- 
monie se  divise  en  trois  catégories,  suivant  la 
divinité  qui  y  préside  :  (1)  Fudôanchin  ^f-Wl^c^U 
(Acala)  ;  (2)  Yôeanchin  îlîj'jfc^çiiï  (Kannon  au  vête- 
ment de  feuillage)  ;  (3)  Monjuhachijianchin  jfc$^A 
^:&$ii  (Astâksara  Manjusrî,  ainsi  dénommé  parce 
qu'on  emploie  huit  lettres  de  *Shittan  dans  ce  rite). 
— (1)  et  (2)  s'emploient  à  l'inauguration  des  maisons 
neuves,  et  (3)  pour  éloigner  les  calamités  des  maisons 
déjà  habitées.  L'acte  principal  consiste  à  fixer  le 
Cercle  (*Mandara)  de  la  divinité  protectrice  à  la 
maîtresse  poutre  de  la  principale  chambre. 

ANDA  ^ç^  =  sk.  anda  "œuf".  Nom  d'une  école 
hérétique  qui  professait  la  doctrine  du  honshôkei 
^^Éni"  ou  honsaikei  ^c|^|f  "croyance  à  une  produc- 
tion, ou  à  une  limite,  originelles".  Tt.  1640:  A 
l'origine  il  n'y  avait  ni  soleil,  ni  lune,  ni  étoiles,  ni 
air,  ni  terre,  mais  seulement  l'eau.  Alors  se  produisit 
le  grand  Anda  pareil  à  un  œuf  de  couleur  dorée. 
Quand  les  temps  furent  mûrs,  il  se  brisa  en  deux 
morceaux  dont  l'un  monta  et  devint  le  ciel,  et 
l'autre  descendit  et  devint  la  terre.  Puis  entre  ciel 
et  terre  naquit  le  dieu  Brahmâ  qu'on  appelle 
l'ancêtre  de  tout  ce  qui  est. — On  reconnaît  ici  la 
doctrine  classique  du  brahmanisme  sur  le  brahmânda 
ou  œuf  originel  de  Brahmâ. — Cf.  *Bon. 

ANDAE  £P6#,  ou  antabasha  ^çOHJ|§£,  andara- 
bassatsu  £$'£W:M.ffi->  etc.  =  sk.  antarvâsas,  p.  anta- 
ravâsa  ;  Mvy.  8935  tib.  mthan  gos  "vêtement  du 
bas",  ch.  tanne  Jfî^  "vêtement  simple",  chûshukue 
^fèfjSc  td-  littérale  (chû  =  antar,  shuku  =  vâsa),  gee 
Tjfe  "vêtement  du  bas"  ;  autres  td.  gojôe  JL^tH 
"vêtement  en  cinq  pièces"  Kog.  xv,  rie  H|2£ 
"vêtement  intérieur"  Gog.  xv.  C'est  une  des  trois 
pièces  qui,  avec  la  samghâtî  et  l'uttarâsariga,  con- 
stituent le  costume  du  moine. — Cf.   *Kesa. 

ANGO  5£ç|§  "rester  tranquille";  sk.  varsa,  p. 
vassa  "pluie";  tib.  dbyar  "été". — Retraite:  Saison 
des  pluies,  où  les  moines  interrompent  leurs  péré- 
grinations   pour   se   fixer   temporairement   dans  un 


monastère. — Aperçu. — La  Retraite  n'est  pas  en 
principe  une  institution  bouddhique  ;  c'est  une 
institution  indienne  que  le  bouddhisme  a  dû,  lui 
aussi,  adopter  et  qu'il  a  propagée  hors  des  frontières 
de  l'Inde,  quitte  à  lui  laisser  subir  l'adaptation 
nécessaire.  Dans  l'Inde,  c'est  la  saison  des  pluies, 
la  mousson  (comme  nous  disons  en  Occident,  depuis 
que  les  navigateurs  portugais  ont  emprunté  cette 
appellation  aux  pilotes  arabes  de  l'Océan  Indien), 
qui  commande  le  rythme  de  l'année  entière,  à  tel 
point  que  le  nom  de  la  pluie,  varsa,  sert  à  désigner 
l'année  ;  la  mousson  commence  vers  le  milieu  de 
juin  et  se  continue  jusqu'au  milieu  de  septembre  ; 
les  ordres  vagabonds  et  mendiants  qui  ont  toujours 
pullulé  dans  l'Inde  sont  obligés  de  suspendre 
temporairement  leurs  pérégrinations.  Aujourd'hui 
encore,  les  moines  Jaina,  fidèles  à  la  règle  antique, 
s'arrêtent  où  la  mousson  les  surprend,  et  attendent 
le  retour  de  la  saison  sèche  pour  continuer  leurs 
tournées.  C'est  donc  une  période  capitale  de  la  vie 
religieuse,  puisqu'elle  seule  permet  le  contact  pro- 
longé entre  les  moines  et  la  communauté  des  fidèles. 
—Te.  barisha  PflJi^,  gJt$fë$  Gog.  xxn  ;  barishi 
#fpj!$i  Bzm.  ;  usha  ]%£  Bdji. — Autres  td.  uango 
Wl&fê  "rester  tranquille  pendant  les  pluies"  ;  zage 
&M  (anc.  td.  citée  Ttt.  2087)  "s'asseoir  pour 
l'été"  ;  zarô  f^Jft  0D-)  "s'asseoir  pour  le  dernier  mois 
de  l'année"  (monastique  :  dans  le  comput  ecclésias- 
tique, l'année  s'ouvre  en  effet  après  la  fin  de  la 
Retraite). — L'entrée  en  Retraite  est  appelée  kessei 
£rî$lj  "se  lier  par  des  règles"  ou  ketsuge  £nJC  "se 
lier  pour  l'été"  ;  on  en  sort  par  le  gesei  H^fljl]  "se 
délier  des  règles",  ou  le  gege  fffiM.  "se  délier  de 
l'été".  Les  termes  correspondants  dans  les  autres 
langues  sont  (cf.  Mvy.  8681,  8682),  pour  l'entrée  : 
sk.  varsopanâyikâ,  p.  vassûpanâyikâ,  tib.  dbyar  sbyor 
"jour  d'entrée  en  Retraite";  pour  la  sortie  :  sk.  pravâ- 
ranâ  [ou°a],  p.  pavâranâ,  "l'Invite"  ;  tib.  dgag  dbya 
(phye)  "arrêt"  (ch.  *zuii  ffîM.  "liberté").— Institu- 
tion de  la  règle. — T.  1428  xxxvn  Le  B.  résidait  au 
jardin  d'Anâthapindika,  à  Srâvastî,  avec  le  groupe  des 
six  Mendiants.  Ceux-ci  en  toute  saison,  printemps, 
été  comme  hiver,  pérégrinaient  parmi  les  hommes. 
Pendant  les  mois  d'été  les  pluies  orageuses  firent  des 
inondations,  et  ils  perdirent  dans  les  eaux  vêtements, 
bols,  sièges,  étuis  à  aiguilles  ;  ils  tuèrent  en  les 
piétinant  plantes  et  arbustes  vivants,  et  tous  les 
maîtres  de  maison  se  moquèrent  d'eux,  disant  :  Les 
moines  fils  de  Sâkya  sont  éhontés  ;  ils  tuent  en  les 
piétinant  les  plantes  et  les  arbustes  vivants.  Ils  disent 
au  dehors  en  se  vantant  :  Nous  connaissons  la  Loi 
correcte.  Mais  comment  la  connaissent-ils  ?  En 
toute  saison,  printemps,  été.  .  .(ut  sup.).  .  .ils  tuent 
en  les  piétinant  les  plantes  et  les  arbustes  vivants 
et  tranchent  leurs  organes  de  vie.  Chez  les  hérétiques 
eux-mêmes  on  fait  Retraite  pendant  trois  mois  ; 
et  ceux-ci  qui  sont  fils  de  Sâkya,  en  toute  saison, 


ANGO 

printemps,  été,  etc.. .  .tranchent  leurs  organes  de 
vie.  Il  n'est  pas  jusqu'aux  insectes  et  aux  oiseaux 
qui  n'aient  leur  gîte,  trou  ou  nid... Les  Moines 
mendiants  entendirent  cela.  .  .ils  accusèrent  les 
Six. .  .(disant):.  .  .Les  maîtres  de  maison  s'imaginent 
qu'il  y  a  des  organes  de  vie  dans  les  plantes  et  les 
arbustes.  Comment  avez-vous  pu  faire  qu'ils  se  soient 
rendus  coupables  de  railleries  ?...  Le  B.  réunit 
l'assemblée  des  moines.  .  .et  prescrivit:  Dorénavant 
les  Moines  mendiants  sont  autorisés  à  faire  Retraite 
trois  mois  pendant  l'été. — Textes  parallèles  :  T.  1421 
xix  (où  la  faute  consiste  simplement  dans  le  fait  de 
tuer  en  les  piétinant  les  insectes  et  les  plantes)  ;  1435 
xxiv  (.  .  .piétiner  les  plantes  vivantes  et  prendre  la 
vie  des  insectes)  ;  1445  (.  .  .les  insectes  seulement). 
— Dates  diverses. — Deux  écoles,  qu'on  désigne 
au  Japon  comme  l'ancienne  et  la  nouvelle  [quoi- 
qu'elles s'appuient  l'une  et  l'autre  sur  des  autorités  de 
la  même  époque  :  Dôsen  (Tao-siuan)  3t1f  et  Genjô 
(Hiuan-tsang)  &%£;  la  "nouvelle  école",  en  matière 
de  Vinaya,  ne  commence  qu'avec  Gijô  (Yi-tsing) 
iëHPL  donnent  des  dates  différentes  pour  la  période 
de  l'Ango  :  du  16e  jour  du  4e  mois  au  15e  jour  du  7e 
mois  (Ttt.  1804  1  d),  ou  du  16e  jour  du  5e  mois  au 
15e  jour  du  8e  mois  (Ttt.  2087  vm).  Genjô  signale, 
dans  ce  dernier  texte,  l'erreur  commise  encore  de  son 
temps  en  Chine  et  la  rectifie  ;  il  indique  expressé- 
ment que  dans  l'Inde  la  Retraite  commence  le  Ier 
jour  de  la  Ie  quinzaine  (noire  ;  cf.  Gijô  Ttt.  2125 
11)  du  mois  Srâvana  et  s'achève  le  15e  jour  de  la  2e 
quinzaine  (claire)  du  mois  Âsvayuja,  dates  qui  cor- 
respondent dans  le  calendrier  chinois  au  16e  jour 
du  5e  mois  et  au  15e  jour  du  8e  mois  (le  mois  Srâvana 
est  le  5e  du  calendrier  indien  dans  le  système  Caitrâdi 
qui  fait  commencer  l'année  vers  l'équinoxe  vernal  ; 
le  mois  Âsvayuja  est  le  8e).  Selon  Genjô,  les  dates  de 
l'ango  admises  par  "l'ancienne  école"  étaient  dues 
à  une  erreur  d'interprétation  des  traducteurs.  Ce- 
pendant, dès  avant  Genjô,  on  trouve  l'interprétation 
correcte  (p.  ex.  Tt.  1462  xvn)  aussi  bien  que  l'inter- 
prétation erronée  (p.  ex.  T.  1425  xn)  ;  T.  190  xxxix 
indique  même  comme  dates  initiales  et  finales  le 
16e  jour  du  6e  mois  et  le  15e  jour  du  9e  mois. — En 
dehors  de  la  période  primitivement  fixée,  le  B. 
aurait  autorisé  un  autre  trimestre  de  Retraite  dit 
postérieur  (goango  fê5£;^|,  p.  pacchimikâ,  par  op- 
position au  premier  dit  antérieur,  zenango  Mî&fê, 
p.  purimikâ),  commençant  exactement  un  mois 
plus  tard.  Cette  seconde  époque  aurait  été  instituée 
à  l'occasion  d'un  retard  de  Sâriputra  et  Maudgalyâ- 
yana  qui,  partis  le  15  pour  passer  la  Retraite  avec 
le  B.,  ne  l'avaient  rejoint  que  le  17  (T.  1428  xxvn). 
Cf.  T.  1421  xix,  et  Tt.  1462  xvn  qui  spécifie,  en  se 
référant  au  texte  original  du  Vinaya  sk.,  comme  date 
d'entrée  de  la  première  Retraite  le  16e  jour  du  5e 
mois,  et  de  la  seconde  Retraite  le  16e  jour  du  6e 
mois.    Genjô    indique,    lui    aussi,   les    deux   mêmes 


32  ANIRAKA 

époques  (Ttt.  2087  11). — Une  troisième  époque  pour 
la  Retraite  est  mentionnée  par  T.  1428  lviii  (ap- 
pendice), qui  emploie  les  désignations:  antérieure, 
moyenne  (chûango  tp&fê)  et  postérieure  ;  par  Ttt. 
1805  iv  b,  qui  attribue  cette  triple  classification  à 
"l'école  ancienne"  exclusivement  :  la  période  moyen- 
ne aurait  commencé  à  une  date  facultative  entre  les 
deux  autres  termes  (17e  jour  du  4e  mois  et  15e  du  5e); 
enfin  par  Gijô  (Ttt.  2125  11),  qui  nie  l'existence 
d'aucune  autorité  en  faveur  de  l'époque  moyenne. — 
Dates  aberrantes. — Hors  de  l'Inde,  on  avait  altéré  la 
règle  pour  l'adapter  au  climat  local  ;  p.  ex.  Ttt.  2087 
I,  au  Tukhâra,  comme  la  saison  des  pluies  couvrait 
la  fin  de  l'hiver  et  le  début  du  printemps,  la  Retraite 
avait  lieu  du  16e  jour  du  12e  mois  au  15e  jour  du  3e 
mois. — Au  Japon,  l'institution  de  la  Retraite  est 
attestée  dès  la  fin  du  vne  siècle  ;  un  décret  de  l'em- 
pereur Temmu,  conservé  dans  le  code  Engishiki 
£jE||;^>  prescrit  de  célébrer  l'ango  dans  les  quinze 
grands  monastères  du  15e  jour  du  4e  mois  au  15e 
jour  du  7e  mois  (comput  de  "l'école  ancienne")  ;  il 
désigne  des  prédicateurs,  des  maîtres  de  lecture,  et 
ordonne  des  distributions  de  textes  sacrés  à  cette 
occasion.  Dans  le  Japon  actuel,  un  double  ango 
est  en  usage  :  l'ango  "des  neiges"  ou  "d'hiver" 
qui  va  du  16  novembre  au  15  février,  sauf  dans 
la  secte  Rinzai  où  il  dure  quatre  mois,  à  partir 
du  16  octobre  ;  l'ango  "des  pluies"  ou  "d'été"  qui 
va  du  16  mai  au  15  août.  Ce  dernier,  dans  la  secte 
Shin,  consiste  essentiellement  en  cours  et  con- 
férences pour  les  fidèles  pendant  les  vacances  d'été. 
— Retraite  du  B. — On  trouve  dans  les  diction- 
naires modernes  du  Japon  une  liste  "traditionnelle" 
des  localités  où  le  B.  aurait  passé  l'ango,  sans 
aucune  autorité  à  l'appui  ;  en  fait,  cette  liste  est 
simplement  empruntée  au  commentaire  du  Buddha- 
vamsa  pâli,  et  elle  est  parvenue  au  Japon  par  les 
travaux  européens. — Ttt.  1861  11  a,  se  référant  au 
Nirvânasûtra,  décrit  l'emploi  de  la  journée  du  B. 
pendant  la  Retraite.  La  journée  est  divisée  en  cinq 
parties  :  (1)  le  B.  se  lève,  se  lave  le  visage  et  les  dents, 
se  vêt  et  se  retire  dans  la  chambre  d'Extase  ;  puis  il 
passe  son  Froc,  prend  son  Bol  et  va  mendier  sa 
nourriture  ;  (2)  sa  tournée  faite,  il  se  lave  les 
pieds  ;  réunit  l'assemblée  dco  moines  et  leur  adresse 
une  prédication  ;  puis  il  prend  son  repas  et  rentre 
dans  la  chambre  d'Extase  ;  il  en  sort  peu  après  midi 
et  prêche  pour  les  visiteurs  venus  de  partout  ;  (3) 
il  prend  son  bain,  se  promène  au  jardin  ;  jusqu'au 
soir  il  reçoit  les  moines  et  répond  à  leurs  questions  ; 
(4)  il  prêche  pour  les  Dieux  et  les  esprits  jusqu'à 
minuit  ;  (5)  après  une  petite  promenade,  il  se  couche. 


ANIRAKA  |îôJ4Si!3$!l,  ou  Bzm-  cité  Keds.  anaraka 
Hfêft}|l  =  sk.  ârdraka  ;  Mvy.  5694  tib.  sge  'u  gser, 
ch.  kyô  m  "gingembre".  Nom  de  plante,  Zingiber 
Officinale. 


ANJIN 


33 


ANSOKUKO 


ANJIN  ^£»  "apaiser  l'Esprit",  en  le  fixant 
sur  Amida  et  son  Paradis  par  une  pensée  de  foi  et 
d'abandon.  C'est  le  sens  spécial  qu'a  pris  dans  la 
secte  Jôdo  ce  terme  qui  se  rencontre  fréquemment 
dans  les  Ecritures  des  autres  sectes  (p.  ex.  T.  310 
lxxvi  :  O  roi,  que  ton  Esprit  trouve  apaisement  en 
cette  Essence  !).  D'après  T.  365  trois  états  d'Esprit 
assurent  infailliblement  l'accès  au  Paradis  (sanjin 
EH'CO  :  (1)  un  Esprit  parfaitement  sincère  ;  (2)  un 
Esprit  profond  (profondément  convaincu  de  sa 
misère  et  de  la  puissance  du  vœu  d'Amida)  ;  (3) 
l'Esprit  par  lequel  on  Défléchit  ses  Mérites  vers  le 
Paradis  et  l'on  forme  le  Vœu  d'y  aller  naître.  Ces 
trois  états  de  l'Esprit  sont  impliqués  dans  le  terme 
mjin,  qui  désigne  l'apaisement  de  l'Esprit  par  une 
dévotion  exclusive  et  absolue  à  Amida,  tandis  que 
dans  les  autres  sectes  cette  concentration  est  d'ordre 
:ontemplatif  et  intellectuel.  La  secte  Jôdo  considère 
;n  effet  que  l'anjin  a  pour  équivalents  dans  chacune 
les  autres  sectes  respectivement  les  procédés  suivants 
Bdji.  95):  P.V.,  Inspection  de  l'Impersonnel;  secte 
rîossô,  les  cinq  Inspections  de  Simple  Notification  ; 
>ecte  Sanron,  Inspection  de  la  Voie  correcte  des  huit 
SJégations  ;  secte  Kegon,  Inspection  du  Caractère 
ibsolu  du  Vide,  etc.;  secte  Tendai,  les  trois  Inspec- 
tons de  l'Esprit  unique  ;  secte  Shingon,  Inspection 
lu  Sans-production  originel. 

ANOKUDATSU  fflf$&,  ou  anabatôta  WfflS&g 
£,  anahadatta  ffîffii$M0',  etc.  =  sk.  Anavatapta  ; 
:ib.  ma  dros,  ch.  munetsu  $gf?&  "pas  chaud"  Mvy. 
5239  ;  autres  td.  :  munetsunô  $£f&f§]  "pas  tourmenté 
jar  la  chaleur"  Eog.  11  ;  shôryô  fjf  8jt  "pur  et  frais", 
nubon  ffàffe  "pas  brûlant"  T.  291  il.  Nom  d'un  des 
luit  grands  rois-Dragons  ;  il  habite  dans  un  étang 
jui  reçoit  son  nom  et  d'où  sortent  les  quatre  fleuves 
lu  monde.  T.  1  xvm  :  il  n'a  pas  les  trois  malheurs 
les  autres  rois-Dragons,  qui  sont  :  un  vent  et  un 
iable  ardents  leur  brûlent  la  peau  et  les  os  ;  un  vent 
violent  souffle  dans  leurs  palais  et  les  découvre  ; 
'oiseau  Garuda  les  tourmente  au  milieu  de  leurs 
eux  (T.  831  :  du  sable  chaud  ne  lui  tombe  pas 
:ur  la  tête  ;  il  ne  pratique  pas  la  luxure  avec  un 
:orps  de  serpent  ;  il  n'a  pas  peur  du  Garuda). 
rtt.  2087  1  :  il  était  Bs.  de  la  8e  Terre  avant  de 
•ecevoir  la  forme  d'un  Dragon.  Tt.  1509  vu  :  il 
:st  grand  Bs.  de  la  7e  Terre  ;  aussi  ib.  xxxix  où 
1  est  cité  comme  un  exemple  des  Etres  mauvais 
lui  sont  devenus  des  Bs.  T.  291  il  :  les  pluies  qui 
:manent  de  son  corps  fécondent  le  Jambudvîpa, 
:omme  la  compassion  du  Tg.  fait  prospérer  les 
Mérites  de  tous  les  Etres.  T.  1341  vu  :  le  B.  prêche 
>our  lui  et  pour  le  roi-Dragon  Sunda  les  huit 
Membres  de  l'Eveil. — Il  est  l'interlocuteur  du  B. 
ians  T.  635  .Cf.  Ttt.  2128  xxv,  Eog.  11.— Dans  l'Es. 
:'est  le  3e  des  grands  Garçons  qui  assistent  le  Roi 
le  Science  *Fudô  (q.v.). 


Fig.  17.  Anoku  Kannon. 

ANOKUKANNON  HffiBi1.  La  vingtième  des 
trente-trois  formes  de  *Kannon  révérées  au  Japon. 
On  la  représente  sur  un  rocher  d'où  elle  surveille  la 
mer.  Cf.  T.  262  vu  (=Lotus  265,  vers  6)  :  "Si  un 
homme  venait  à  tomber  dans  l'Océan  redoutable, 
qui  est  la  demeure  des  Dragons,  des  monstres  marins 
et  des  Asura,  qu'il  se  souvienne  d'Avalokitesvara 
qui  est  le  roi  des  habitants  des  mers,  et  il  n'enfoncera 
jamais  dans  l'eau". — L'élément  anoku  dans  ce  nom 
reste  inexpliqué. 

ANOKUTARASAMMYAKUSAMBODAI  Hff 
£&HigHg$l,  ou  abr.  anokubodai  PfffF&H  (P- 
ex.  Tt.  1509  Lxxxv)  =  sk.  anuttarasamyaksambodhi  ; 
tib.  bla  na  med  pa  yan  dag  par  rjogs  pa'i  byan  chub 
Mvy.  6355. — Eveil  correct-complet-sans-supérieur. 
— Td.  mujôshôhenchi  IfllJijEtil^ir' connaissance. . .  " 
même  sens,  ou  mujôshôendô  ~*|î  "voie..  ."  (anc. 
éc.)  ; — mujôshôtôshôgaku  M-tïE%FÎEjst  "éveil..." 
(nouv.   éc). — Cf.   *Bodai. 

ANSOKUKÔ  ^,§.ff >  sk.  guggulu  ;  Mvy.  6257 
tib.  gu  gu  lu,  ch.  ansokukô  ou  ombakô  "fëEliï. 
Nom  d'un  parfum  dit  "parfum  des  Parthes"  (propt. 
"des  Arsacides"  ;  ansoku=Arsak)  :  Encens.  Un  des 
trente-deux  parfums  énumérés  T.  665  vu,  qui 
représente  l'original  sk.  par  gugura  Hy^JH.  Autres 
te.  kukura  sjt^ijl  Gog.  x-xi,  Eog.  xlv,  T.  1581  vu 
(qui  prescrit  d'en  faire  offrande  sans  le  brûler)  ; 
kyokukutsura  JoBlEHè  Ttt.  1829  (qui  lui  attribue  une 
mauvaise  odeur)  ;  kutsugura  ttëlJIfif/î  [corr.  pour 
setsu~  }{U~]  Ttt.  21 31  vin. — Ce  serait  la  résine 
obtenue  de  la   Boswellia   Serrata  ou   du  Balsamo- 


ANSOKUKÔ 


34 


ARANNYA 


dendron  Mukul,   le   Bdellion   des    Grecs  ;    Laufer, 
Sino-Iranica  467. 

ANTEIRA  %mWi,  ou  Andara  £|fÊH,  Annara 
rë^lti-  Un  des  douze  généraux  de  Bhaisajyaguru. 
Cf.  *Yakushi. 

ANU  PBT^  ou  |JpIi£,  anoku  psj|^  =  sk.  anu  ;  tib. 
rdul  phra  mo  "poussière  subtile"  Mvy.  8191  ;  ch.  mi 
%  "subtil",  mijin  %M  "poussière  subtile".  Ttt. 
1861  va,  1821  x,  1796  1. — Cf.  *Gokumi. 

ANUMODA  |&!l&gltf&=sk.  anumoda  "approba- 
tion, litt.  joie  à  la  suite".  Td.  zuiki  ffî^g.,  id. — Ttt. 
2125  1  :  Salutation  adressée  au  donateur  par  le  moine 
qui  accepte  l'aumône. 


ANURADA  HSX3SPB=sk-  anurâdhâ;  Mvy.  3201 
tib.  lha  mchams,  ch.  bô  J§. — Nom  d'une  mansion 
lunaire. — T.  402  iv  Celui  qui  naît  sous  son  influence, 
s'il  a  de  petites  excroissances  dans  un  espace  de  huit 
pouces  au-dessus  du  genou,  observe  les  Défenses,  se 
conforme  à  la  Loi,  et  possède  honneurs  et  richesses. 
—Cf.  *Shuku. 

ANZENNA  £fj§$î  ou  ^p$î  =  sk.  anjana;  Mvy. 
9039  (anj°-salâkâ)  tib.  bsku  ba'i  thur  ma  "baguette 
à  badigeonner",  ch.  saccho  %&$}  id. — Médicament 
pour  les  yeux  T.  1227,  Gog.  xxn. — Il  est  fabriqué 
avec  un  minerai  de  couleur  bleu-noir,  ou  violette  ; 
il  y  en  a  aussi  qui  ressemble  au  kinsei  i&fjf  (lapis- 
lazuli  ?)  Ttt.  2128  xn  et  xxxvi. — D'après  Eog.  11  ce 
médicament  est  tiré  d'une  plante  aux  feuilles  bleu- 
foncé. — T.  279  lxxviii  Si  on  s'en  badigeonne  les 
yeux,  ce  médicament  rend  invisible. 

Aô  plffî,  Rfjg,  pnjPg,  ou  au  |TPl^=sk.  a+u.  Ttt. 
1827  1  b.  :  Le  roi  Brahmâ  créa  72  lettres  d'écriture 
kyarô  -f£$$|  (kharostrî)  et  les  avala.  Les  deux  lettres 
a,  u,  tombèrent  des  deux  coins  de  sa  bouche  sur  la 
terre.  C'est  pourquoi  on  les  vénère  et  on  les  considère 
comme  les  Sons-Rois.  Les  hérétiques  placent  l'u  au 
début  des  quatre  Veda,  et  l'a  au  début  des  Kôôkyô 
J^ïï^  (les  épopées  ?  litt.  "sûtra  étendus  des  rois"). 
Cf.  Tt.  1509  et  Tt.  1569  cités  Keds.  23. — Ttt.  1736 
1  a  :  Les  hérétiques  commencent  tous  leurs  sûtra  par 
"a,  u",  parce  qu'ils  considèrent  ces  lettres  comme 
propices  ;  a  est  la  non-existence,  u  est  l'existence  ; 
toutes  les  Essences  relèvent  de  l'une  ou  de  l'autre. — 
Cf.  Ttt.  1718  1  a  et  cm.  ;  Keds.  23. 

_  ARAHASHANA  PpJ££S§$J,  ou  arabashana  pf 
M^ÊjÊ$>>  etc.  =  sk.  arapacana  ;  tib.  a  ra  ba  ci  na. 
Formule  constituée  par  les  cinq  premières  lettres  du 
syllabaire  sk.  en  42  lettres  tel  que  l'enseignent  la 
Mahâprajnâpâramitâ,  l'Avatamsaka,  etc.  (cf.  *Shi- 
jûnijimon).   C'est  la   Formule   de   la   première  des 


trois  Atteintes  mystiques  (cf.  *Abanrankanken, 
*Abiraunken)  qui  sont  données  Tt.  905  et  906. 
Elle  est  l'objet  de  traités  spéciaux  où  elle  est  mise 
en  rapport  avec  Manjusrî  Tt.  1171,  1172,  1173, 
1174;  elle  se  rencontre  déjà  dans  le  Vinaya  des 
Dharmagupta  T.  1428  xi  (6e  Défaillance)  comme 
un  type  de  récitation  sacrée  faite  en  commun. 

ARAKA  H^tSP  =  sk.  râga  "Attraction".  Ttt. 
2131  xv  td.  "désir".  Cf.  *Ai  g  et  *Ton  j£. 

ARAKA  PBf£Hfc  =  sk.  arka  ;  Mvy.  6217  td.  byakuge 
Ë3^£  "fleur  blanche".  Nom  d'une  fleur,  Asclepias 
Gigantea.  Gog.  x-xi  et  Eog.  xlv  te.  aka  |5flJ3$[l  ou  aga 
ppjf&f]  et  td-  "fleur  blanche".  T.  1581  vu  la  cite 
comme  une  chose  impure. 

ARAKAN  piBM,  ou  arokan  pgfègg,  araka  ^ 
BM,  id.  HIppJ,  arika  |fo7^HPj,  id.  |foMPPj,  etc.  ;  abr. 
rakan  %$$$,  raka  ||PnJ  =  sk.  arhat.    Cf.  *Rakan. 

ARAMBA  PSIH^.  Ttt.  1733  cité  Keds.  36: 
C'est  une  abr.  de  arateiramba  plMkMËl^  =  s^- 
[a]ratilambha,  td.  tokuki  f#|£  "obtenir  la  joie"  ;  ce 
médicament  guérit  tous  les  maux  du  corps  et  de 
l'esprit  et  assure  la  joie.  Eog.  11  C'est  un  jus  qui  se 
produit  spontanément  dans  des  creux  de  pierre  des 
monts  Gandhamâdana  et  Himalaya  ;  quand  on  en 
prend,  on  entre  en  Extase.  T.  279  lxxxvii  II  rassasie 
le    corps    et   l'esprit. 

ARANNYA  (TpJH^  T.  1435  x,  145 1  xvii,xxiv, 
Gog.  I,  Eog.  I,  Ttt.  2128  xxi,  2131  xx;  ou  aranna 
HÉ#fl  Gog.  iv  ;  arennya  Mfàfë  T.  1425  xi,  1440 
V,  1162,  Ttt.  1796  m,  21 31  xx  ;  arenni  |ÎSI|,|5E 
T.  1435  VIII,  Ttt.  2128  xiv  ;  arennyo  |foj$|$n  Tt. 
1505  1  ;  aranne  psfljligt  Eog.  1,  Ttt.  2128  xxi  ;  aranna 
MM^  Gog.  1,  iv  ;  arannyaka  ppjj^ji  Ssk.  va; 
nouv.  éc.  arani  Ig^'J^Stî  Gog.  iv  =  sk.  aranya,  p. 
aranna  ;  Mvy.  2991  tib.  dgon  pa  "ermitage  en 
forêt",  ch.  genjôsho  p^|?^  "endroit  tranquille"  ; 
autres  td.  kûjaku  ^^  "vide  et  tranquille"  Gog.  1, 
Ttt.  2131  xx,  genjaku  ^^  "oisif  et  tranquille"  Gog. 
I,  gengen  ffîffî  "tranquille"  Gog.  IV,  jakujô  $^jf 
id.  Ttt.  2128  xiv  ;  td.  étymologiques  mujô  4ffif^, 
mujôshô  DHf^S?:  "sans  querelle"  (a  privatif +ran[y]a 
"bataille")  Gog.  1,  iv,  xxm,  Ttt.  2128  xxi,  Eog.  1. — 
Ermitage  :  lieu  écarté  où  les  moines  se  retirent  pour 
se  livrer  aux  pratiques  religieuses. — Ttt.  1796  m 
Ce  lieu  est  en  dehors  des  limites  du  monastère  ;  les 
moines  y  résident  soit  seuls,  soit  par  groupes  de  deux 
ou  trois,  soit  dans  une  hutte,  soit  simplement  sous 
un  arbre. — D'après  les  Vinaya  T.  1428  x  et  xix,  1425 
XI,  1435  vin,  1440  v,  145 1  xxiv,  on  appelle  aranya 
un  lieu  situé  à  500  portées  d'arc  ou  à  une  portée  de 
voix  de  tout  village.  T.  1425  XI  ajoute  qu'entre  le 
village  et  l'ermitage  il  ne  doit  y  avoir  ni  pâturages 


APANNYA 


35 


ARAYA 


ni  maisons. — Eog.  I  en  distingue  trois  sortes  :  (i) 
datsuma  }!=É0  =  sk.  dharma,  Ermitage  d'Essence, 
c'est-à-dire  où  l'on  médite  sur  l'Essence  apaisée  et 
sans  origine  :  c'est  une  Terrasse  d'Eveil  ;  (2)  matôga 
ÊftfHW^sk.  mâtariga  "paria",  Ermitage  situé  [hors 
des  agglomérations  régulières]  dans  les  cimetières, 
à  une  distance  d'une  portée  de  voix  de  tout  village  ; 
(3)  dandaka  ff|PÉiJ2nj  =  sk-  dandaka  (nom  d'une  région 
forestière  et  inhabitée  du  Deccan  ancien,  cf.  Râmâ- 
yana),  Ermitage  situé  dans  un  terrain  de  sable  et  de 
rochers. — Cf.  liste  de  trois  Ermitages  désignés  par 
des  noms  de  pays  :  Dandaka,  Mâtahga,  Kalihga  Tt. 
1790  (  =  Vimsikâ  20),  T.  26  xxxn  (  =  Majjh.  Nik.  I 
378  Upâlisutta)  ;  et  K.  Lav.  iv,  163. — Arannyagyô 
f*fT,  Pratique  de  l'Ermitage,  une  des  douze  prati- 
ques d'Ascèse  ;  cf.  *Zuda. 

ARAYA  PBl^^=sk.  p.  âlaya  ;  tib.  kun  gzi. — 
Tréfonds,  nom  donné  à  l'une  des  Notations. — Te. 
anc.  éc.  ariya  [foJM^ft,  (5*1^^15;  nouv.  éc.  araya  filffî 
M,  W%m,  WWiï  :  abr.  riya  WR,  raya  OT.-Td.  : 
Anc.  éc.  (Paramârtha  etc.)  :  mumotsu  M:Sl  "sans 
submersion",  interprétation  fondée  sur  une  lecture 
a-laya,  avec  un  a  négatif  en  tête  +  laya  "évanouisse- 
ment" ;  nouv.  éc.  (Genjô  &%£  etc.):  zô  jj$Ê  "magasin". 
Ttt.  1846  11  dit  que  la  première  interprétation  est 
fondée  sur  la  lettre,  la  seconde  sur  le  sens.  Ttt.  1851 
m  c  énumère  huit  significations  :  Magasin,  Sainte, 
Sens-ultime,  Immaculée,  Vraie,  Ainsité,  Maison, 
Fondamentale  (c'est  cette  dernière  désignation,  sk. 
mûlavijnâna,  qui  était  employée  dans  l'Âgama  des 
Mahâsânghika,  au  témoignage  d'Asariga  et  de  Vasu- 
bandhu  Tt.  1595  11  et  1597  11  ;  aussi  Tt.  1585  ni). — 
Aperçu. — La  notion  de  l'âlayavijnâna  "Notation  de 
Tréfonds"  est  une  des  moins  directement  accessibles 
à  l'esprit  occidental.  Nous  sommes  habitués  par  une 
longue  tradition  judéo-grecque  à  prendre  la  person- 
nalité humaine  comme  une  donnée  de  l'évidence  et  à 
considérer  la  vie  humaine  comme  une  réalité  com- 
plète, intégrale,  pressée  entre  la  création  absolue  et 
l'éternité  de  l'au-delà  ;  nous  avons  grand'peine  à  nous 
représenter  la  vie  telle  que  l'Inde  l'a  conçue,  et  telle 
que  le  bouddhisme  l'enseigne,  comme  un  enchaîne- 
ment d'existences  reliées  par  la  causalité,  en  dehors 
de  toute  création,  sans  aucune  préoccupation  d'ori- 
gine. La  notion  de  l'hérédité,  introduite  parles  études 
médicales,  tend  cependant  à  modifier  assez  vite  notre 
vieille  tradition.  L'âlayavijnâna  est  pour  ainsi  dire 
le  magasin  de  ce  que  nous  appellerions  l'hérédité 
psychique;  mais  ici,  sur  le  terrain  indien,  l'hérédité 
n'apparaît  pas  comme  un  accident  de  hasard  dans 
la  suite  des  générations  ;  elle  est  le  lien  nécessaire 
qui  réunit,  avec  la  fatalité  inéluctable  d'une  loi 
mécanique,  la  série  infinie  manifestée  dans  l'existence 
présente  à  la  série  infinie  qui  doit  en  provenir.  La 
psycho-physique  du  bouddhisme  pose  l'existence 
comme  une  suite  continue  d'instants  ;  l'âlayavijnâna 


constitue  la  cohésion  dans  chaque  série  autonome 
d'instants  conditionnés  par  le  développement  d'une 
seule  et  même  causalité,  il  nous  donne  ainsi  l'illusion 
de  l'individu,  de  la  personnalité  ;  c'est  donc  à  la  fois 
une  sauvegarde  contre  le  nihilisme  absolu  que  pro- 
fesse l'école  Mâdhyamika,  et  c'est  aussi  un  piège 
auquel  risque  de  se  prendre  le  préjugé  vulgaire  du 
Soi.  On  conçoit  l'extrême  importance  de  cette  no- 
tion dans  le  développement  philosophique  du  boud- 
dhisme.— Petit  Véhicule. — La  doctrine  de  l'âlaya 
se  réclame  toujours  d'un  passage  de  l'Ekottarâgama 
qui  manque  à  la  version  chinoise  de  ce  recueil, 
mais  qui  paraît  dans  le  Nikâya  p.  correspondant  : 
Anguttara,  Catukkanipâta,  n°  128.  Paramârtha,  le 
citant  dans  Tt.  1593  1,  le  rend  ainsi  :  "Le  monde 
se  plaît  à  l'âlaya,  aime  l'âlaya,  pratique  l'âlaya, 
s'attache  à  l'âlaya  ;  afin  d'éteindre  l'âlaya,  le  Tg. 
énonce  la  Loi  correcte,  que  le  monde  se  réjouit 
d'entendre."  La  version  de  Genjô  est  légèrement 
différente  Tt.  1598  11  :  "Les  Etres  du  monde  ont 
l'amour  de  l'âlaya,  trouvent  la  joie  dans  l'âlaya,  se 
plaisent  dans  l'âlaya,  font  leurs  délices  de  l'âlaya  ; 
afin  de  trancher  l'âlaya,  Il  a  énoncé  la  Loi  correcte." 
Le  commentaire  d'Asvabhâva  sur  ce  dernier  texte 
vaut  d'être  reproduit  Tt.  1598  11  :  Ce  texte,  dit-il, 
est  celui  de  l'école  Sarvâstivâda  ;  "ont  l'amour  de 
l'âlaya",  cette  expression  désigne  de  façon  générale 
l'attachement  à  l'âlaya  ;  "trouvent  la  joie"  s'applique 
au  présent  ;  "se  plaisent  dans  l'âlaya"  s'applique  au 
passé  ;  "font  leurs  délices"  s'applique  au  futur. 
Vasubandhu  Tt.  1597  il  propose  la  même  inter- 
prétation conjointement  avec  une  autre  ;  même  inter- 
prétation aussi  dans  Tt.  1585  ni. Ttt.  1833  m  signale 
un  texte  du  Yogâcârabhûmisastra  Tt.  1579  xcn  qui 
se  réfère  à  la  même  répartition. — Ce  texte  de  l'Âgama 
a  été  imité  plus  d'une  fois  ;  Asvaghosa  l'a  versifié 
dans  son  Saundarânanda,  et  T.  190  xxxm  l'amplifie. 
— Tt.  1545  cxlv  a  un  passage  curieux  :  "Si  les  Es- 
sences sont  Emmagasinées  dans  l'âlaya  du  Plan  du 
Désir  et  sont  Prises  par  le  mamaita  Jf!J|ff?^  (sk. 
mamâyita  =  égotifié),  on  dit  que  ce  sont  les  Liens  du 
Plan  du  Désir  ;  si  elles  sont  Emmagasinées  dans 
l'âlaya,  ou  Prises  par  le  mamaita,  du  Plan  du  Formel 
ou  du  Sans-Forme,  on  dit  que  ce  sont  les  Liens  du 
Plan  du  Formel  ou  du  Sans-Forme.  Âlaya  est  l'équi- 
valent d'Attraction  ;  mamaita,  l'équivalent  de  Vue." 
Ib.  lxv  "L'Arhat  a.  .  .détruit  l'âlaya";  Tt.  1546  xxxv 
(td.  parallèle),  au  lieu  de  transcrire,  traduit  :  "dé- 
truit le  gîte"  (sôkutsu  JUS,  litt.  nid-grotte). — Tt. 
1558  xvi  (  =  K.  Lav.  iv,  160)  Un  sûtra  dit  :  Le  B. 
dit  à  la  Grande  Mère  (Tt.  1559  donne  Maraki  ^H 
#l  =  sk.  Mâlakîmâtar)  :  Qu'est-ce  que  tu  en  penses  ? 
Tous  les  Formels,  est-ce  que  ton  œil  ne  les  voit  pas, 
ne  les  a  pas  vus,  ne  les  verra  pas,  n'espère  pas  les 
voir  ?  Est-ce  que,  en  raison  d'eux,  tu  ne  donnes  pas 
naissance  au  désir,  à  l'Attraction,  à  l'affection,  à 
l'amour,  à  l'âlaya  ?  (Le  sûtra  cité  n'a  pas  été  identi- 


ARAYA  36 

fié  ;  mais  cf.  passage  analogue  dans  T.  99  xm,  p. 
90  sup.  =  Sam.  Nik.  35,  95  Sangayha,  où  le  mot 
âlaya  ne  se  retrouve  pas.) — Cf.  encore  Tt.  1585  m. 
— Grand  Véhicule. — Nouvelle  école. — Les  maîtres 
de  l'école  Sarvâstivâda  n'étaient  pas  d'accord  sur 
l'interprétation  du  mot  âlaya;  d'après  Tt.  1593  I,  ils 
en  faisaient  soit  les  Cinq  Masses,  soit  une  Impression 
de  plaisir  accompagnée  d'Attraction,  soit  la  Vue 
d'un  Ensemble-de-réalités.  Mais  Asanga  introduit 
une  nouvelle  notion:  s'appuyant  sur  l'Abhidharma- 
mahâyânasûtra,  le  Larikâvatârasûtra,  le  Sandhinir- 
mocanasûtra  etc.,  il  fait  de  l'âlaya  un  autre  nom  de 
l'Esprit  considéré  comme  le  Magasin  des  Germes  de 
toutes  les  Essences  et  comme  la  Concoction  localisée, 
et  il  le  compte  parmi  les  Notations  comme  la  huitiè- 
me, la  Fondamentale  (honjiki  ipLfJlfc,  sk.  mûlavijnâna), 
ou  encore  la  Notation  de  Magasin,  parce  qu'il 
Emmagasine  l'amour  du  Soi. — D'après  Tt.  1585  II, 
le  mot  zô  jjj|£,  td.  d'âlaya,  implique  à  la  fois  les 
trois  sens  de  nôzô  lËJU  Emmagasinant,  shozô  ffiffî, 
Emmagasiné,  et  shûzô  $fcjig£  Magasinier.  "Emma- 
gasinant" signifie  qu'il  serre  les  Germes  des  Essences 
souillées,  comme  le  magasin  contient  les  marchan- 
dises. "Emmagasiné"  signifie  que  les  Imprégnations 
des  Essences  souillées  y  sont  contenues,  comme 
les  marchandises  sont  contenues  dans  le  magasin. 
"Magasinier"  s'applique  à  l'Attraction  du  Soi,  car 
depuis  l'éternité  des  temps  les  Etres  retiennent  cette 
Notation  en  la  prenant  pour  leur  Soi  interne,  comme 
le  magasinier  veille  sur  le  magasin. — L'âlaya  est 
essentiellement  cette  Notation  envisagée  dans  son 
Caractère  propre  ;  envisagée  dans  son  Caractère  de 
Fruit,  on  l'appelle  Notation  de  Concoction  ;  envi- 
sagée dans  son  Caractère  de  Cause,  on  l'appelle  No- 
tation de  tous  les  Germes.  En  correspondance  avec 
ces  trois  termes,  on  distingue  trois  états  de  cette 
Notation  Ttt.  1830  11  c  :  (1)  L'état  où  l'Attraction 
du  Soi  emmagasine  et  Travaille  ;  c'est  de  toute 
éternité  l'état  des  Bs.  inférieurs  à  la  septième  Terre, 
des  Catéchumènes  et  des  Profanes  ;  on  l'appelle 
spécialement  âlaya  ;  cette  désignation  est  éliminée 
pour  toujours  à  partir  du  moment  où  l'on  atteint  l'état 
sans  Prise  de  Soi.  (2)  L'état  de  Fruit  des  actes  bons 
et  mauvais  ;  c'est  de  toute  éternité  l'état  des  Bs. 
avant  et  y  compris  l'Esprit  de  Diamant,  ou  des  Etres 
jusqu'à  la  Libération  ou  jusqu'à  l'état  Sans-Réci- 
pient des  deux  Véhicules  ;  on  l'appelle  vipâka  (Con- 
coction) ;  cette  désignation  est  éliminée  pour  toujours 
à  partir  du  moment  où  l'Obstruction  du  Connaissable 
n'existe  plus.  (3)  L'état  du  maintien  de  la  Série  ; 
c'est  de  toute  éternité  l'état  qui  va  jusqu'à  la  limite 
extrême  des  Tg.  et  auquel  aspirent  les  Etres  :  on  l'ap- 
pelle âdâna  (Attribution-personnelle;  cf.  *Adana),  ce 
qui  signifie  maintenir,  car  il  maintient  les  Germes  de 
la  Série. — Cette  Notation,  de  toute  éternité,  Actualise 
sans  s'interrompre,  à  la  manière  d'un  Courant  (cf. 
*Bôru)  ;  mais  les  Morphèmes  en  sont  subtils  et  dif- 


ARAYA 


ficiles  à  connaître.  Sa  nature  n'est  ni  bonne,  ni 
mauvaise,  ni  Indéfinie  à-Revêtement  ;  elle  est  Indé- 
finie sans-Revêtement  ;  c'est  pourquoi  elle  peut  re- 
cevoir les  Imprégnations  bonnes,  mauvaises,  etc. 
Elle  a  comme  Objectifs  les  Germes,  les  cinq  Organes 
et  le  Monde-Réceptacle.  Entre  les  cinquante-et-une 
Essences  de  l'ordre-de-l'Esprit,  elle  n'a  comme 
associés  perpétuels  que  les  cinq  Omniprésents  qui 
sont  :  Acte-Mental,  Toucher,  Impression,  Connota- 
tion, Esprit-en-travail.  Telle  est,  en  résumé,  la 
doctrine  de  l'école  de  Simple  Notification  (Vijfïapti- 
mâtra),  telle  qu'elle  est  systématisée  dans  les  travaux 
de  Genjô  et  de  ses  disciples  [Mbdj.  52]. — Ancienne 
école. — Jusqu'à  Genjô,  on  discuta  beaucoup  en 
Chine  sur  la  nature  Vraie  ou  Fictive  de  l'âlaya  ; 
cf.  Ttt.  17 16  v  c.  L'école  du  Mhy.  samparigraha- 
sâstra  Tt.  1593  la  tenait  pour  Fictive  ;  les  maîtres 
du  Dasabhûmisâstra  (Db.  st.)  Tt.  1522  la  tenaient 
pour  Vraie,  les  sept  autres  étant  Fictives  ;  cf.  Ttt. 
1824  vu.  C'est  à  eux  que  remontent  les  huit  dé- 
signations énumérées  sup.  (Magasin,  Sainte,  Sens- 
ultime,  etc.).  L'école  du  Db.  st.  se  subdivisa  elle- 
même  en  deux  ;  Ttt.  1717  :  "Jusqu'aux  Shin  (Tsin)  ff 
et  aux  Ryô  (Leang)  $£,  les  maîtres  qui  propageaient 
le  Db.  st.  formaient  deux  branches  réparties  géogra- 
phiquement  :  au  Nord  de  Sôshû  jfg'J'H  (Siang  tcheou, 
actuellement  Tchang-tô  ^»fê§  au  Ho-nan  fif$i,  près 
de  la  frontière  du  Tche-li  jj|tf$  et  du  Chan-si  UJ0), 
c'était  l'âlaya  qu'on  regardait  comme  la  base  de  sou- 
tien ;  au  Sud,  c'était  l'Ainsité  ;  l'une  et  l'autre  branche 
se  réclamaient  de  l'autorité  de  Vasubandhu,  et  leurs 
opinions  n'en  différaient  pas  moins  comme  l'eau  et 
le  feu.  Quand  le  Mhy.  samparigrahasâstra  vint  à  être 
connu  (td.  de  Buddhasânta  Tt.  1592  [531  A.D.]  et 
de  Paramârtha  Tt.  1593  [563  A.D.]),  il  fournit  un 
appui  à  la  branche  du  Nord.  Mais  un  siècle  plus  tard, 
il  parut  de  ce  texte  une  seconde  version  [de  Genjô 
Tt.  1594,  648-649  A.D.]  qui  différait  de  la  première 
comme  la  branche  Sud  différait  de  la  branche  Nord. 
En  effet,  Parâmartha  [Tt.  1593]  faisait  état  d'une 
neuvième  Notation,  dite  Immaculée,  tandis  que 
Genjô  [Tt.  1594]  n'en  comptait  que  huit." — Cf.  Ttt. 
1824  vu  ;  et  *Amara,  *Adana. — Mahâyânaàrad- 
dhotpâdaSâstra  (Tt.  1666). — On  trouve  dans  cet 
ouvrage  attribué  à  Asvaghosa  une  théorie  particulière 
de  l'âlaya.  Au  lieu  d'être,  comme  dans  l'école  nouvel- 
le, une  Essence  Relative  et  Fictive  de  l'ordre  de 
l'Opéré  et  du  Mort-né,  l'âlaya  est  ici  la  combinaison 
du  Vrai  et  du  Fictif,  de  ce  qui  ne  meurt  ni  ne  naît 
d'une  part  et  du  Mort-né  de  l'autre,  sans  qu'il  y 
ait  entre  ces  termes  identité  ni  différence  ;  au  lieu 
d'être  Indéfinie  sans-Revêtement,  elle  est  à  la  fois 
Eveil  et  Non-Eveil,  Imprégnant  et  Imprégné. — 
Sûtra. — Citons  encore  deux  sûtra  importants  du 
G.V.  sur  l'âlaya  :  Abhidharmamahâyânasûtra,  cité 
dans  Tt.  1585  m  :  Parce  qu'elle  retient  et  emma- 
gasine les  Essences,  la  Notation  de  tous  les  Germes 


ARAYA  

est  appelée  âlaya  ;  moi,  le  Vainqueur,  je  le  révèle. — 
Laiikâvatâra,  cité  ib.  (=texte  sk.  éd.  Nanjô,  il,  99- 
100)  :  De  même  que  la  mer,  rencontrant  le  Facteur 
du  vent,  produit  toutes  sortes  de  vagues  et,  s'Actua- 
lisant  devant  nous,  fait  des  Révolutions  d'activité 
sans  interruption,  ainsi  la  mer  de  la  Notation  de 
Magasin  (sk.  âlaya),  battue  par  le  vent  des  Domaines 
etc.,  produit  sans  interruption  les  vagues  des  Nota- 
tions qui,  s' Actualisant  devant  nous,  font  des  Ré- 
volutions d'activité. — Hérésie. — T.  848  mentionne, 
dans  une  liste  de  trente  hérésies,  l'hérésie  de  l 'âlaya. 
Cm.  Ttt.  1796  11  :  La  secte  hérétique  de  l'âlaya 
affirme  l'existence  d'un  âlaya  qui  maintient  le  corps 
et  qui  a  un  pouvoir  créateur  ;  il  emmagasine  toutes 
les  images  ;  si  on  le  comprime,  rien  n'existe  ;  si  on  le 
distend,  il  emplit  le  monde.  C'est  là  un  Sens  qui 
diffère  de  celui  de  l'âlaya  dans  le  bouddhisme. 

ARI  |JBJ^  (ou  ~|g),  abr.  de  anzukamansetsuri  $H 
tt$0ll#ff!j  (corr.  ansha~  $gtt~?)  =  sk-  arjakaman- 
jarî.  L'arjaka  (Ocymum  Pilosum  P.W.  :  basilic)  est 
un  arbre  à  fleurs  blanches  et  parfumées.  T.  262  vu 
(  =  Lotus  p.  241):  Il  sera  brisé  en  sept  morceaux 
comme  la  branche  de  l'arbre  ari  (Lotus  :  "la  tige  du 
marjaka").  T.  985  I  (td.  Gijô)  :  Sa  tête  se  cassera  en 
sept  morceaux  comme  le  rankôshô  jH|ffj§.  ^*J°  ^u' 
donne  la  te.  complète  note  que  rankô  H§  cor- 
respond à  arjaka  et  shôtô  ffgji  à  manjarî.  Ttt.  21 31 
vu  explique  que  quand  les  branches  tombent  elles 
se  brisent  en  sept  morceaux.  Cf.  aussi  ib.  III. 

ARIGI  HIÏ'É:=sk.  âlihgi;  td.  hôsoku  fèfêj 
'toucher  en  embrassant"  Ttt.  1733  xix.  Nom  d'une 
Extase. 

ARISHA  Wffîé;,  anc.  éc.  |&I|£$?  =  sk.  ârsa  ; 
Mvy.  1432  tib.  gcug  lag  "science  sacrée",  ch. 
kyôten  l^jlÇ-  "textes  sacrés".  Autre  td.  Dge.  v  koshô- 
shu  "rjlgrË  "ancien  maître  saint". — Arishage  psjflj 
ïïH$  —  sk.  ârsagâthâ  :  Formules  en  vers  dues  aux 
anciens  Voyants  ;  on  dit  qu'elles  sont  de  création 
spontanée  Ttt.  1796  iv  (p.  619  b). 

ARITA  H^ffE^sk-  arista,  aristaka.  Nom  d'arbre. 
Hbg.   ix  te.   arishitta   H^^ffu  et  td.  mugen  MWi 

'sans  anneau"  ;  mais  la  td.  correcte  mokugen  ^djÊ 
"savonnier"  (Sapindus  Mokurossi  ;  le  mot  sk.  dé- 
signe Sapindus  Detergens  P.W.)  est  donnée  T.  1059, 
avec  une  te.  fautive  arishitsukashi  psfl^J^lJÎB^.  Les 
graines  de  cet  arbre,  mokugenshi  Tfafêlïf-  (lu  aussi 
mugenshi),  servent  à  faire  des  rosaires  T.  786  (texte 
spécial  Mokugenshikyô  ^/JÉ"?"!?)  ;  le  mot  est  entré 
dans  la  langue  japonaise  sous  la  forme  mukuroji. 
On  les  brûlait  aussi  pour  ensorceler  les  démons  T. 

1059,  d'où  sans  doute  leur  autre  nom  ch.  mugenshi 
iHii?."?  "grains  sans  calamité"  ;  ce  dernier  terme,  qui 
semble  bien  correspondre  au  sens  étymologique  de 


37  ASATTA 

l'original  sk.,  ne  paraît  cependant  pas  attesté  dans 
les  textes  bouddhiques.  On  trouve  aussi  une  forme 
mokugenshi  "fcfë,-}-. 

ARITARI  HH^IÏ»  td.  zuishin  figit»  "qui  suit 
le  cœur".  Nom  d'un  Bs.  T.  901  xn.  (Le  premier 
terme  du  mot  est  probablement  sk.  hrd  ou  hrdaya 
"coeur".) 

ARIYA  m$m,  mWMi  PWMti  abr.  riya  $IW 
Gog.  xvi,  ai  |5Bjïjl|  Ssk.  x  — sk.  ârya,  p.  ariya  ;  tib. 
'phags  pa  ;  td.  shô  §g,  shôja  §E#,  shônin  |gA 
"saint".  Gog.  1  et  xvi  interprète  "sorti  (de  la 
douleur)".  Cf.  *Shônin. 

AROGI  #sjfli$jfiJ£=sk.  ârogya,  Mvy.  6520  tib.  nad 
med,  ch.  mubyô  jfàfâ  "bonne  santé".  Ttt.  2125  III 
Salutation  adressée  à  un  inférieur  par  un  moine. 

JARORIKYA  PRlPi^JlO,  nom  d'une  Formule  de 
Tara-Kannon  ^IfèlS^  (sk.  Târâ-Avalokitesvara)  Tt. 
1039  ;  cf.  *Tara. 


ARUNA  W%ffl>  Wm.n,  ou  arôna  J5ïJ£!$  =  sk. 
aruna  ;  Mvy.  9296  tib.  skya  reh  (  =  rens),  ch.  shô- 
gyô  Wfêè  "aurore".  Autres  td.  myôsô  fp§;JU  "aspect 
de  lumière",  ryôchiji  T^Ë^F  "moment  où  l'on 
distingue  le  sol".  Nom  de  plante.  Eog.  I  Le  lotus 
rouge  est  ainsi  nommé  à  cause  de  sa  couleur.  Nom 
de  parfum  (plante  parfumée  ?)  ib.  1  :  Il  est  de 
couleur  rouge  comme  l'aurore  ;  on  l'appelle  aussi 
aronabattei  MlÈM^kMy  de  arona  "rouge"  (sk. 
aruna)  et  battei  "extrêmement"  (°vatî  ?).  Ttt.  2131 
vin  donne  les  deux  sens. 


ASAHANAGA  |ÎBl^gï®|5f&fl  =  sk.  âsphânaka.  Nom 
d'une  Concentration  T.  866  1  ;  Ttt.  2128  xxxvi 
glosant  ce  texte  écrit  fautivement  abahanaga  |5SJ^^ 
tSPflUl  °lu*  a  passé  dans  les  glossaires  jap.,  et  ex- 
plique :  C'est  l'Inspection  de  Diamant  subtile  ;  c'est 
elle  qui  fait  de  la  vérité  sortir  l'activité. 

ASAMATSU  psJH5K=sk.  Aksayamati,  nom  d'un 
Bs. — Mvy.  702  tib.  blo  gros  mi  zad,  ch.  mujinne  $fe 
^i£,  mujinni  $£|ÉiiÊ  "esprit  inépuisable".  Cf.  Ttt. 
1721  XII,  2128  xix.  Il  est  à  plusieurs  reprises 
l'interlocuteur  du  B.,  spécialement  dans  T.  262  vu 
(  =  Lotus  xxiv,  dans  le  fameux  chapitre  sur  Avalo- 
kitesvara),  et  il  est  le  protagoniste  de  deux  textes 
célèbres,  T.  403  (Aksayamatinirdesa,  cf.  T.  397 
xxvn-xxx)  et  T.  310  [45]  (6pariprcchâ). 

ASATSUJA  IHIISI^sk.  asâdhya  "incurable". 
Nom  d'une  maladie  T.  231  vu,  Gog.  iv. 

ASATTA  pBTgl£=sk.  hastâ;  Mvy.  3197  tib.  me 
bzi,  ch.  shin  f^.  Hbg.  9  donne  te.  et  td.  Nom  d'une 


ASATTA 

mansion  lunaire.  T.  402  iv  L'homme  qui  naît  sous 
son  influence  a  des  points  rouges  au-dessous  de  la 
taille  ;  il  est  voleur,  trompeur,  fourbe,  ignorant,  sot, 
pauvre  en  Mérites. — Cf.   *Shuku. 

ASEITANJAYA  psffg  (ou  ~fë  ~ji)  SgffiJflî=sk. 
ajitamjaya  ;  tib.  ma  rgyal  rgyal  "conquérant  l'incon- 
quis"  ;  td.  munôshô  ffîflêfâ,  nanshô  HlgÊ  "invin- 
cible". Nom  d'un  Charme  pour  entrer  dans  la 
Concentration  de  la  lettre  A,  Ttt.  1796  x;  [et  nom 
de  ville  T.  982,  984,  985  =  Lévi  J.  As.  1915  1,  37 
et  48]. 


ASENTEIKA  ppIPUlgjJO,  ancienne  te.  asendai 
(5pj[^||  =  sk.  acchandaka  ?  Gog.  xxiii-xxiv  et  Ttt. 
2128  xlvii  sur  Tt.  1602  v  td.  muyoku  MWi  "non- 
désir"  ;  ce  nom  s'applique  à  ceux  qui  ne  désirent  pas 
le  Nirvana.  Ib.  ancienne  td.  zuiisa  |§§i^f^  "agir  selon 
son  bon  plaisir".  Ib.  on  dit  aussi  senteika  fëîllÉ&lSJ,  td. 
taton  £>f£  "ayant  beaucoup  de  convoitise"  :  on  est 
attaché  aux  Transmigrations  et  on  ne  désire  pas  en 
sortir.  Ttt.  1831  I  a  classe  cette  catégorie  comme 
la  seconde  parmi  les  Icchantika  ;  cf.  *Issendai. 

ASETTA  ^B&rlJE,  ou  atata  WW£Vfc,  arara  MBB, 
aisetta  HHP#TlT]3  =  sk.  atata;  Mvy.  4931  tib.  so  tham 
tham  "dents  irrégulières",  ch.  chôtan  J|lf|  "long 
soupir".  Un  des  huit  Enfers  froids,  ainsi  nommé  du 
cri  qu'on  y  pousse.  T.  125  ni  ;  Tt.  1509  xvi. — Cf. 
*Jigoku. 

ASETTA  ppHèfiË,  ou  ashitsuhata  fflfàf&WL, 
ashahada  psj<£ÉPtî>  ashuta  |TnJ$$f{Ê  =  sk.  asvattha. 
Nom  d'arbre,  Ficus  Religiosa.  Cet  arbre  est  fameux 
pour  avoir  abrité  le  B.  quand  il  atteignit  l'Eveil  ;  cf. 
*Bodai  (Bodaiju).  Le  fruit  d'asvattha  est  mentionné 
parmi  les  "huit  jus"  T.  1448  1  et  1453  v.  Hbg.  ix 
interprète  à  faux  ce  nom  par  ashabahada  Pl^'^HS. 
PÊ,  td.  bakyaku  J^IJjlJ  "pied  de  cheval"  =  sk.  asvapâda. 
Ttt.  1733  xx  td.  muzaiju  MtfêlM  "arbre  sans  péché" 
parce  que,  si  on  en  fait  trois  fois  le  tour,  on  détruit 
ses  péchés. 

ASHABA  ps^8f$  =  sk.  asava,  nom  d'une  For- 
mule qui  contient  en  elle  toutes  les  Formules  des 
trois  sections  du  Plan  de  Matrice,  car  a  représente  la 
section  de  Tg.  (anutpâda  "non-Production"),  sa 
représente  la  section  de  Lotus  (suci,  suddha  "pur"), 
et  va  représente  la  section  de  Diamant  (vajra  "Dia- 
mant", ou  encore  vâda  parce  qu'elle  dépasse  toutes 
les  "théories")  ;  Ttt.  1796  iv  et  v. 

ASHADA  M^  =  sk.  (1)  asâdhâ  (naksatra)  et 
(2)  âsâdha  (mois). — (1)  Nom  d'une  mansion  lunaire 
double.  Mvy.  3204  pûrvâ°,  tib.  chu  stod,  ch.  ki  %g; 
3205  uttarâ0,  tib.  chu  smad,  ch.  to  4*-  T.  402  iv 
L'homme  qui  naît  sous  l'influence  de  pûrvâsâdhâ 


38  ASHAYA 

a  une  marque  sur  la  rotule  ;  il  aime  à  secourir  les 
pauvres  et  renaîtra  au  ciel.  Sous  l'influence  d'ut- 
tarâsâdhâ,  il  a  une  marque  sur  le  genou  droit  ;  il  est 
querelleur    et    n'inspire     confiance     à    personne. — 

(2)  Nom  d'un  mois,  le  4e  du  calendrier  luni-solaire. 
Mvy.  2865  tib.  dbyar  zla  'brin  po'i  chu  stod  ;  ch. 
chûge  'ftfJC  "deuxième  des  trois  mois  de  l'été".  Ttt. 
2087  il  donne  comme  correspondante  dans  le  calen- 
drier ch.  la  période  comprise  entre  le  16e  jour  du 
4e  mois  et  le  15e  jour  du  5e  mois. — Cf.  *Shuku. 

ASHAMARA  [H^WM  =  sk-  aksamâlâ;  td.  *juzu 
j$(Iy}c  "rosaire"  T.  901  iv. — Nom  d'un  Sceau,  aussi 
appelé  Sceau  des  Dix  Perfections,  ib. 

ASHAMASHAMA  pl^B^B  Tt.  1509  n  =  sk. 
p.  asamasama  ;  Mvy.  529  et  6379  tib.  mi  ranam  pa 
dan  mnam  pa  "inégal  et  égal",  ch.  fubyôgyûbyôdô 
7£J£%J$^  id.,  et  mutôdô  ffî*f^  id.— Epi thè te 
traditionnelle  des  B.  (a  privatif+sama  "égal"  répété). 
Les  interprétations  varient  :  (1)  tout  à  fait  incom- 
parable Ttt.  1718  x,  1712  (c'est  le  sens  le  plus 
vraisemblable  au  point  de  vue  du  sk.  :  sama  répété 
=  "tout  à  fait  égal",  donc  a-samasama  "sans  per- 
sonne qui  lui  soit  tout  à  fait  égal")  ;  (2)  les  B.  ne 
sont  pas  égaux  (asama)  aux  Etres,  mais  le  Corps 
d'Essence  est  Egal  (sama)   de  nature  Tt.    1522  11  ; 

(3)  il  n'y  a  pas  d'égalité  (asama)  entre  B.  et  non-B., 
il  n'y  en  a  (sama)  qu'entre  B.  et  B.  Ttt.  1775  1, 
1721  xn  ;  (4)  dans  les  neuf  Plans,  l'Esprit  des  Etres 
ne  peut  parvenir  à  égaler  l'Idéal  (asama)  ;  c'est 
seulement  dans  le  Plan  de  B.  qu'il  le  peut  (sama)  : 
l'Esprit  du  B.  est  donc  égal  (sama)  à  l'inégalé 
(asama)  Ttt.  1718  x.  De  même  les  six  Perfections 
sont  égales  (sama)  au  B.  inégalable  (asama)  Tt.  1509 
xl. — Epithète  du  G.V.,  au  sens  (1)  sup.  ;  T.  310  xxm. 
— Nom  de  Concentration  Mvy.  587  mêmes  td.  ;  Tt. 
1509  XLVII  Quand  on  atteint  cette  Concentration, 
on  voit  que  tous  les  Etres  sont  égaux  (sama)  aux 
B.  incomparables  (asama),  et  toutes  les  Essences 
égales  à  l'Essence  de  B. — Nom  de  Charme,  un  des 
quatre  noms  du  Charme  de  la  Perfection  de  Sapience 
T.  250. — Une  des  37  appellations  d'Amida  Ttt.  1978. 
— [Les  textes  précités  donnent  la  td.,  mutôdô,  et 
non  la  te.  qui  sert  de  titre  au  présent  article.] 

ASHARA  psjîiit,  ou  psjîlii,  m^B  etc.,  abr. 
asha  |JSj^=sk.  Acala  "immuable",  td.  *Fudô  ^"j$& 
(q.v.).  Nom  d'un  Roi  de  Science. 

ASHARA  |fôl^lg  =  sk.  asâra  "ricin"  ou  "bois 
d'aloès".  Nom  d'un  médicament  Ttt.  191 1  1  b, 
1912   1  e. 

ASHAYA  PBj^iË,  ou  aseiya  (TpJtfr^  =  sk.  âsaya; 
td.  Mvy.  410  et  7117  tib.  bsam,  ch.  sô  *g  "esprit"  ; 
autre  td.  ch.  igyô  j|jâ§|  "plaisir  de  l'esprit",  shinshô 


ASHAYA 

»Ù>fë.  "nature  de  l'esprit". — Disposition  de  l'esprit  : 
le  B.  sait  se  conformer  à  l'âsaya  de  tous  les  Etres. 
Quatre  sortes  d'âsaya  Tt.  1603  m  ;  huit  sortes  Tt. 
1594  11.  Ttt.  1796  x  :  L'âsaya  est  la  nature  de  l'esprit, 
le  désir  naturel  des  Organes  qui  résulte  des  Im- 
prégnations antérieures. 

ASHIRABANA     HP$|^|$S  =  sk.    srâvanâ,  nom 
d'une  mansion  lunaire.  Te.  spéciale  à  T.   1341  vi. 
-Cf.  *Shuku. 


39  ASHUKU 

des  raisons  qui  ont  provoqué  ce  mouvement  ;  nous 
pouvons  constater  toutefois  qu'il  semble  associé  à 
la  poussée  d'expansion  qui  porta  le  bouddhisme  loin 
au-delà  des  frontières  de  l'Inde.  Aksobhya  a  eu, 
sans  doute,  lui  aussi,  une  légende  développée  ;  mais 
il  n'en  a  subsisté  que  de  rares  débris.  Il  est  connu 
surtout  comme  un  des  régents  des  points  cardinaux  ; 


ASHITSUBAYUJA  |»Iii^gffl  =  sk.  âsvayuja, 
nom  d'un  mois.  Mvy.  8268  a  asvini  (âsvina),  tib. 
ston  zla  'brin  po  tha  skar,  ch.  chûshû  W%k  "second 
des  trois  mois  de  l'automne".  Ttt.  2087  11  donne 
comme  correspondante  dans  le  calendrier  ch.  la 
période  comprise  entre  le  16e  jour  du  7e  mois  et  le 
15e  du  8e  mois. 

ASHITSUREISHA  |KBI!çgg$?  =  sk.  aslesâ  ;  td. 
JVlvy.  3193  tib.  skag,  ch.  ryû  $p.  Nom  d'une  mansion 
lunaire.  T.  402  iv  Celui  qui  naît  sous  son  influence 
a  une  marque  sur  la  poitrine  ;  il  est  querelleur,  il 
enfreint  les  Défenses,  il  est  difficile  à  vivre  et  de 
nature  luxurieuse. — Cf.  *Shuku. 

ASHUBA  plM'lgè,  ou  ashukuba  H^^.  etc.  =  sk. 
aksobhya.  Nom  de  nombre. — Cf.  *Sû  |$;. 

ASHÛBI  pBf3fcH=sk.  âcumbin.  Td.  sekku  g^P 
"baiser".  Nom  d'une  Extase  dans  l'Es.  Ttt.   1733 

XIX. 

ASHUBINI  Wm&m,  ou  PWJgE^sk.  asvinî; 
Mvy.  3213  tib.  tha  skar,  ch.  rô  j£.  Nom  d'une 
mansion  lunaire.  Cf.  *Ashitsubayuja,  et  *Shuku. 


ASHUHA  |»Iïi$[  =  sk.  Asva.  Sert  à  désigner  les 
Asvin  (Gémeaux  indiens,  Castor  et  Pollux)  T.  192 
II.  Ils  président  à  la  mansion  lunaire  d 'Asvinî  ;  cf. 
•Ashubini. 

ASHUKA  ppj$|$n  (ou  ~*SÎ,  PST),  ashukka  H$ 
j|j,  ajoka  PnJ^Ff&n,  ajukka  PRl^CjîSn  =  sk.  asoka;  Mvy. 
6166  tib.  mya  nan  'chaii  "tranche-souci",  ch.  bôuke 
fèSî'fê  "fleur  sans  souci"  ;  Ttt.  2131  vu  td.  muuke 
$£5£^£,  id. — Nom  d'un  arbre,  Jonesia  Asoka.  C'est 
sous  cet  arbre  que  Mâyâ  enfanta  le  B.  Sâkyamuni. 

ASHUKU  pnj^  =  sk.  Aksobhya;  tib.  Mi 'khrugs. 
Nom  d'un  B.— Te.  ashukubi  |îpJÉW>  ashukuba  plffî 

S.— Td.  fudô  ^ffr,  mudô  MW)  "inébranlable"; 
munu  $£$*,  mushinni  $PJÎ;ï§;  "sans  colère". — 
Aperçu. — Aksobhya  est  un  de  ces  B.,  dont  Amitâbha 
est  le  type  le  plus  connu,  que  le  G.V.  naissant  paraît 
avoir  introduits  dans  l'Eglise  comme  des  substituts 
dépersonnalisés  du  B.  Sâkyamuni.  Nous  ignorons  tout 


Fig.  18.  Ashuku  (Akçobhya)  (peinture  de  Shinkaku  *?ft,+ 1 180). 


généralement  il  préside  à  l'Est,  mais  cette  place 
paraît  lui  avoir  été  disputée  dans  l'antiquité  par  le 
B.  Bhaisajyaguru.— Exotérisme. — Culte  attesté  dès 
les  Han  dans  T.  313,  td.  Shirukasen,  dont  une 
version  postérieure  est  incorporée  dans  T.  310  xix- 
xx  (titre  sk.  Aksobhyasya  tathâgatasya  vyûha,  cf. 
Csoma-Feer  214).  Dans  ce  sûtra  le  B.  Sâkya,  résidant 
au  Pic  du  Vautour  avec  1250  Moines,  raconte  à 
Sâriputra  comment  le  Bs.  Aksobhya  fit  Vœu,  et  lui 
expose  les  mérites  et  la  splendeur  de  son  royaume. 
Autrefois,  dit-il,  dans  le  royaume  d'Abhirati,  situé  à 
l'Est  au-delà  de  1000  royaumes  de  B.,  régnait  et 
enseignait  le  Tg.  Kômoku  Jfg@,  Oeil-étendu  (ou 
Daimoku  X  B  .  Grand-Oeil  ;  sk.  Visâlanetra  ?  Virû- 
pâksa  ?),  auquel  un  Moine  mendiant  déclara  vouloir 
former  le  Vœu  de  Bs.  et  étudier  la  Voie.  Le  Tg. 
répliqua  qu'une  telle  étude  est  fort  difficile,  car  les 
Bs.  ne  doivent  éprouver  aucune  colère  à  l'égard  des 


ASHUKU 4o 

Etres.    Le  Moine  forma  le  Vœu  de  n'éprouver  ni 
colère,  ni  Répulsion,  et  s'étant  montré  "inébranla- 
ble" (aksobhya)  dans  l'accomplissement  de  ce  Vœu 
pendant  de  nombreuses  Périodes,   il  devint  le  Tg. 
Aksobhya    qui    règne     dans     ce    même     royaume. 
Quiconque  y  naît  atteint  le  degré  Sans-Régression  ; 
chacun  doit    donc  s'efforcer  d'imiter  les   pratiques 
suivies  par  le    Bs.  Aksobhya    pendant  l'accomplis- 
sement de  son  Vœu. — Dans  les  textes  de  Perfection 
de  Sapience  T.  220,  224,  225,  227,  Aksobhya  paraît 
comme  B.  actuel,  avec  Maitreya   qui  figure  comme 
disciple   du    B.   Dîpahkara    et    comme   B.  futur. — 
Dans  d'autres  textes,   Aksobhya   à  l'Est  est  opposé 
à   *Amida   à  l'Ouest  T.   362,  414.   Ces  deux  B.  se 
trouvent  associés  dans  les  récits  de  leurs  existences 
antérieures,  etc.:  T.  262   III   (  =  Lotus   98-113)  où 
Aksobhya  figure  comme  le  premier  des  16  princes 
du  B.  Daitsûchishô  jï'Mfëffî  (Mahâbhijnâjnânâbhi- 
bhû)  ;   il    devient  le  Novice  Chishaku  ^fg  (Lotus 
98  :    Jnânâkara)   et   plus    tard    "le    B.  Aksobhya  de 
l'Est,  résidant   au   royaume  d'Abhirati",    un    autre 
des  16  princes  étant  le  futur  B.  Amida  ;  T.  831,  où 
il  figure  comme  fils  d'un  maître  de  maison  sous  le 
nom  de  *Benshaku  ^fg  (Pratibhânakûta)  ;  T.  425 
vi,   où  il  est  appelé   "B.  Sans-Colère"  ;  T.   157  iv 
(  =  Karunâpundarîkasûtra  11),  où   il  figure    sous   le 
nom  de  Misso  $5i|Ç  (manque  au  texte  sk.)  comme 
le     9e     des     1000     fils    du    roi    Mujônen    MWfà 
(Aranemi),  lui-même  incarnation  antérieure  d 'Ami- 
da. Cf.  Abkk.   51    sq. — Dans  la  section  de  T.  475 
m    intitulée   "Voir   le  royaume  du   B.  Aksobhya", 
il  est  dit  que  Vimalakîrti  est  originaire  du  royaume 
d'Abhirati. — Noms  ch.  de  ce  royaume  :  Abiradai  |foj 
ttittl  T.  313  et  Ttt.  1757  î  Ayuiradai  pMMifê  T. 
474  11  ;  Myôki  %fy%  T.   475  III,  476  vi  ;  Myôraku 
W$k  T.  474  n  ;   Zenke  ^tk,  Kangi  fc^   T.   313, 
etc.   [La  td.  Kangi  rend  aussi  le  nom  d'une  yaksinî, 
Abhirati,   T.    1451   xxxi  ;    cf.  Péri,    BEFEO  XVII, 
m,  4.] — Esotérisme  [Hmjr.  15,   etc.]. — Aksobhya 
réside  dans  le  Plan  de   Diamant,   au  centre  de  la 
Roue  (dite  de  Soleil  ou  de  Lune)  de  l'Est  des  As- 
semblées d'Acte,  de  Convention,  etc.,   entouré  des 
4    Bs.   de    Diamant    Satta    ^110 
(Etre,  sk.  Sattva),  ô  £  (Roi),  Ai 
$*  (Amour)  et  Ki  ^  (Joie).  Il  a 
pour  Vertu  l'une  des  5  Connais- 
sances (cf.  *Chi),  la  Connaissance 
de  Miroir  (sk.  âdarsajnâna).  Son 
rôle  est  de  subjuguer  les  Passions 
démoniaques  et  de  manifester  le 
pur  Esprit  d'Eveil  sans  souillure. 
— Une  tradition  identifie  au    B. 
Aksobhya  du  Plan  de    Diamant 
le    B.    Divyadundubhimeghanir- 
ghosa  (*Tenkuraion)  du  Plan  de 
Matrice  ;    dans    ce    dernier,   en 
effet,  Aksobhya  ne  figure  pas  sous  son  propre  nom  ; 


Fig.  19.  Ashuku 
(Plan  de  Diamant). 


ASHURA 

cf.  *Butsu,  et  *A  (Ajigoten). — Noms  de  Diamant. — 
Fudôkongô  ^ijjifepjlj  (Aksobhyavajra)  ou  Fuikongô'ffij 
ïsc^PU  (Diamant-Effrayant). — Germe. — Hûm  (Sjsh. 
1). — Formules. — Om  Aksobhya  hûm  (dans  l'Assem- 
blée d'Acte)  et  :  Vajrajnâna  hûm  (dans  l'Assemblée 
de  Convention). — Forme  de  Convention. — Un  Dia- 
mant à  5  pointes  dressé  verticalement  sur  un 
Diamant  à  3  pointes  horizontal. — Iconographie.-—* 
Son  corps  est  généralement  doré,  mais  diverses 
autorités  lui  attribuent  une  couleur  bleue,  qui  d'après 
Bzss.  6  symboliserait  l'Ensorcellement  des  démons  : 
Tt.  11 19  il  est  bleu  ;  T.  868  11  Sa  poitrine  émet  une 
lumière  bleue  qui  éclaire  les  mondes  innombrables 
de  l'Est;  Asbs.  il  repose  sur  un  éléphant  bleu  (c'est 
la  tradition  de  l'école  Taimitsu)  ;  le  bleu  est  sa 
couleur  dans  le  système  de  correspondance  des  5  B. 
es.  avec  les  5  points  de  la  lettre  *A  (Ajigoten)  ;  cf. 
Grùnwedel  Myth.98. — Sceaux. — Sa  principale  carac- 
téristique iconographique  est  le  Sceau  dit  de  toucher 
le  sol  (sokuchiin  fiSgflfiÉP),  ou  Sceau  d'Aksobhya 
(ashukuin  piJ^EP),  ou  T.  997  Sceau  d'Ensorcellement 
(nôsaibukuin  tgflJKKftJ),  ou  T.  868  11  Sceau  de  la 
défaite  de  Mâra  (hamain  $iJ$|ÉP),  ou  encore  ib. 
Sceau  de  l'anéantissement  des  Vinâyaka  (nômetsu- 
binayakain  tfêiftlË^JfôjilÉP)  :  la  main  droite  pend 
sur  le  genou  droit  plié,  les  cinq  doigts  étendus 
touchant  (ou  désignant)  le  sol.  La  main  gauche 
fermée  tient  un  pan  de  vêtement  sur  le  cœur  T.  868 
II,  Tt.  11 19,  1120  A,  ou  repose  sur  le  genou  gauche 
ou  le  nombril  Hmjr.  15. — Pratiques.— Hmjr.  15  :  Au 
Japon  le  rituel  d'Aksobhya  Tt.  921  s'utilisait  autrefois 
pour  le  culte  de  Bhaisajyaguru  (*Yakushi),  autre  B. 
de  l'Est  qui  était  confondu  avec  Aksobhya  ;  mais 
depuis  que  ces  deux  B.  sont  nettement  distingués, 
le  rituel  d'Aksobhya  n'est  plus  guère  employé. 

ASHUMAKAHA  HJiJ^fâgg,  ou  ashumakatsu- 
ka  Hf§J§f$||3|£.  etc.  =  sk.  asmagarbha  "émeraude"  ; 
td.  littérale  Eog.  I  sekizô  ^3^  "intérieur  de  la  pierre". 
— Un  des  sept  Joyaux. — Son  nom  est  généralement 
rendu  par  menô  Jig|J§  "cerveau  de  cheval"  (aussi 
écrit  £§{£,  J^&i,  tfj|{i$,  S|ff),  terme  ch.  qui  désigne 
l'agate  et  non  l'émeraude  (ainsi  Mvy.  5957,  où  td. 
tib.  rdo  'i  snih  pa  "moelle  de  diamant")  ;  cette  con- 
fusion paraît  due  à  une  fausse  étymologie  du  ch. 
menô  par  une  variante  hypothétique  asvagarbha  du 
sk.  asmagarbha.  Cf.  BEFEO  XXIV,  284-286.  Ttt. 
1723  11  donne  une  td.  shozô  ffi%£,  "intérieur  du 
pilon"  qui  répond  en  réalité  à  musalagarbha,  altéra- 
tion du  sk.  musâragarbha,  nom  d'une  autre  pierre 
précieuse  dont  l'identification  n'est  pas  certaine. 

ASHURA  psf<ÉÊ|jâ  =  sk.  P-  asura;  tib.  lha  ma  yin 
"n'est  pas  dieu". — Te.  anc.  éc.  ashura  H^Hâ  p. 
ex.  T.  26  xxxiv,  asora  PRj^tH  E°g-  l  (°u  Nf££i 
T.  1451  xix),  asurin  Wfëià  T-  ^5  x*1  (ou  ppjflf 
$j|  T    1  xxi)  ;  nouv.  éc.  asoraku  PrU^S-  p.  ex.  Tt. 


ASHURA 


1545  xxvii,  Ttt.  2087  ix  ;  abr.  shûra  |£$tâ  T.  190 
xxiii. — Td.  anc.  éc.  mutan  $pflâ  "Pas  beau",  mu- 
myôge  $&$$$,  "pas  de  jeux  merveilleux",  mushu 
$H/pï  "sans  alcool",  retten  <%%  "dieu  vil";  nouv.  éc. 
hiten  $fr%  "pas  Dieu". — Généralités. — Les  Asura 
remontent  au  passé  le  plus  ancien  des  religions 
indc-iraniennes.  A  travers  les  temps  et  les  pays,  ils 
ont  conservé  une  physionomie  énigmatique  et  am- 
biguë. L'Asura  védique  est  un  ennemi  des  Dieux  ; 
mais  certains  entre  les  plus  grands  des  Dieux 
portent  le  titre  d'Asura.  Dans  la  Perse,  l'Asura 
aboutit  à  Ahura  Mazda,  le  dieu  souverain  du  bien, 
l'adversaire  d'Arihman  en  qui  s'incarne  le  mal.  Les 
Asura  du  bouddhisme  continuent  cette  double 
tradition. — L'ensemble  des  questions  touchant  les 
Asura  est  posé  et  discuté  dans  un  long  passage  de 
la  Mahâvibhâsâ  Tt.  1545  clxxii  :  "Il  y  a  des  écoles 
qui  comptent  les  Asura  comme  une  sixième  Desti- 
nation ;  c'est  inadmissible,  car  les  sûtra  ne  parlent 
que  de  cinq  Destinations.  Pourquoi  les  appelle-t-on 
Asura  ?  Sura  signifie  Dieu  ;  on  dit  :  les  Asura,  parce 
qu'ils  ne  sont  pas  Dieux.  Sura  signifie  beau  ;  on  dit: 
les  Asura,  parce  qu'ils  ne  sont  pas  beaux  ;  en  con- 
séquence de  la  jalousie  qu'ils  ont  portée  aux  Dieux, 
leur  corps  s'est  enlaidi.  Sura  signifie  congénère  ;  en 
effet  les  Asura  habitaient  d'abord  près  des  Dieux, 
mais  ils  ne  sont  pas  de  la  même  espèce.  A  l'origine 
du  monde  ils  résidaient  au  sommet  du  Sumeru.  Plus 
tard  les  Dieux  Resplendissants,  ayant  épuisé  leur 
vie,  leurs  actes  et  leurs  mérites,  vinrent  renaître 
parmi  eux  ;  et  il  apparut  soudain  pour  ces  Dieux 
un  palais  merveilleux.  Les  Asura  furent  jaloux  d'eux 
et  se  tinrent  à  l'écart.  Il  en  advint  de  même  avec 
les  Dieux  du  second  Ciel  et  ainsi  de  suite  jusqu'aux 
Dieux  Trente-trois,  qui  vinrent  tous,  les  uns  après 
les  autres,  habiter  au  sommet  du  mont  Sumeru. 
Les  Asura,  piqués,  se  retirèrent  vers  le  bas.  Mais 
tous  les  Dieux,  au  moment  où  ils  renaissaient,  les 
montraient  du  doigt  en  disant  :  Ceux-là  ne  sont  pas 
de  notre  espèce.  C'est  de  là  que  leur  vint  graduelle- 
ment ce  nom.  Quant  à  leur  laideur,  elle  est  due  à  la 
jalousie  qu'ils  avaient  ressentie.  Si  on  demande  :  Où 
allèrent  habiter  les  Asura  quand  ils  se  retirèrent  de 
là  ?  la  réponse  est  :  Certains  disent  qu'il  y  a  sur  le 
Sumeru  un  creux  pareil  à  un  bol  renversé,  où  se 
trouve  une  ville  qu'ils  habitent.  Si  on  demande  : 
Comment  se  fait-il  que  le  sûtra  (Ekottara  T.  125 
xxxiv)  attribue  aux  Asura  cette  parole  :  La  mer,  où 
nous  habitons,  a  une  saveur  unique  ?  on  répond  :  Les 
villages  ressortissant  de  l'autorité  du  roi  des  Asura 
sont  au  fond  de  la  mer,  mais  il  réside  lui-même  sur 
le  mont  Sumeru.  Certains  disent  qu'au  milieu  de  la 
mer  salée  se  trouve  une  grande  terrasse  d'or  placée 
sur  une  roue  d'or;  elle  est  haute  et  large  de  500 
Lieues  et  porte  une  ville  qu'habitent  les  Asura.  Le 
Prajnaptipâdasâstra  (Sesetsuron,  Tt.  1538)  dit:  Les 
Dragons  de  la   mer  intérieure    virent    des    armées 


41  ASHURA 

d'Asura  qui  revêtaient  des  cuirasses  d'or,  d'argent, 
etc.,  et  s'armaient  pour  sortir  de  la  ville  des  Asura  ; 
et  ils  le  dirent  aux  Dieux.  Pourquoi  ?  C'est  que  les 
Dieux  se  servaient  des  Dragons  pour  monter  la  garde 
sur  le  mont  Sumeru  ;  quand  ceux-ci  virent  de  loin 
les  armées  des  Asura  so-tir  de  leur  ville  située  dans 
la  grande  mer,  ils  avertirent  les  Dieux. — Comme  les 
Dieux  Trente-trois.  .  .les  rois  det>  Asura  ont  quatre 
parcs,  savoir  :  Plaisir,  Joie,  Joie  extrême,  Aimable. .  . 
ils  ont  un  arbre  Citrapâtalî.  Comme  Incna  est  le  sou- 
verain des  Trente-trois,  Vemacitra  eac  leur  souverain. 
Quelle  est  l'apparence  des  Asura  ?  Ils  sont  droits. 
Quel  est  leur  langage  ?  La  langue  sainte.  A  quelle 
Destination  appartiennent-ils  ?  D'après  certains,  c'est 
à  la  Destination  des  Dieux.  Mais  pourquoi  ne  peu- 
vent-ils entrer  dans  la  vraie  nature  dégagée  des  nais- 
sances ?  C'est  qu'ils  sont  Revêtus  de  fourberie,  car  ils 
doutent  sans  cesse  du  B.,  et  croient  qu'il  prend  le 
parti  des  Dieux  ;  si  le  B.  leur  prêche  les  quatre  Aide- 
Mémoires,  ils  pensent  qu'il  en  a  prêché  cinq  aux 
Dieux  ;  s'il  leur  parle  des  trente-sept  Ailes  de  l'Eveil, 
ils  croient  qu'il  en  a  prêché  trente-huit  aux  Dieux. 
Néanmoins,  on  ne  peut  pas  dire  qu'ils  relèvent  des 
Mauvaises  Destinations  ;  c'est  le  même  cas  que  les 
Dasyu  et  les  Mleccha  qui,  eux  aussi,  ne  sont  pas 
entrés  dans  la  vraie  nature  dégagée  des  naissances. 
Certains  disent  qu'ils  relèvent  de  la  Destination  des 
Trépassés.  Mais  pourquoi  le  sûtra  dit-il  qu'Indra 
parlant  à  Vemacitra  l'interpella  ainsi  :  Tu  es  le  Dieu 
de  cet  endroit  ?  Pourquoi  ne  le  traite-t-il  pas  de 
Trépassé  ?  C'est  qu'il  emploie  un  mot  honorable  pour 
s'adresser  au  père  de  son  épouse  Sacî,  et  qu'il  veut 
ainsi  la  contenter.  Comment  se  fait-il  que  des  Tré- 
passés aient  des  relations  intimes  avec  les  Dieux  ? 
C'est  parce  que  les  Dieux  éprouvent  de  la  concupis- 
cence pour  la  beauté,  sans  considération  de  clan  ni  de 
famille.  .  .  Comment  se  peut-il  qu'ils  combattent  avec 
les  Dieux  ?  Il  arrive  que  des  inférieurs  combattent 
contre  des  supérieurs,  comme  esclave  et  maître,  chien 
et  homme." — Interprétations  du  nom. — Outre  les 
interprétations  données  dans  le  texte  précité,  Ttt. 
2128  1  analyse  Asura  ainsi:  anégatif+su  "bien"  +  ra 
(  =  ram°)  "jeu",  d'où  la  traduction  :  "pas  de  jeux 
merveilleux",  parce  qu'ils  n'ont  pas  les  jeux  des 
Dieux. — Ttt.  1718  11,  2122  v:  Ils  sont  appelés  Asura 
"sans  alcool"  parce  que,  ayant  cueilli  des  fleurs,  ils 
voulurent  s'en  servir  comme  ferment  dans  la  mer, 
mais  l'eau  ne  se  changea  pas  en  breuvage  à  cause 
des  poissons  et  des  Dragons  ;  ils  s'irritèrent  et  firent 
serment  de  renoncer  à  l'alcool. — Classement  dans 
les  Destinations. — Un  texte  attribué  à  Asvaghosa 
T.  726  les  dénombre  comme  une  Destination  par- 
ticulière, entre  les  hommes  et  les  Dieux  :  "Leur 
conduite  est  toujours  fourbe  ;  ils  aiment  à  se  battre 
furieusement  ;  pour  avoir  autrefois  pratiqué  le  Don, 
ils  sont  devenus  rois-Asura."  Cf.  aussi  Tt.  1509  xxx, 
etc.  Mais  en  général  ils  sont  répartis  entre  les  autres 


ASHURA  42 

Destinations,  Enfers  exceptés.  Tt.  1579  iv  les  classe 
parmi  les  Dieux,  dont  ils  ne  se  distinguent  que 
par  leur  nature  mensongère.  Id.  Tt.  1530;  cf.  Ttt. 
1723  11  a.  T.  721  consacre  quatre  chapitres  xvin- 
xxi  aux  Asura,  incorporés  dans  la  section  des 
animaux  ;  mais  il  en  distingue  deux  espèces,  l'une 
malfaisante;  assimilée  aux  Trépassés,  habitant  sur 
terre,  dans  les  montagnes,  sous  forme  de  démons, 
l'autre  établie  au  fond  de  la  mer  et  assimilée  aux 
animaux.  D  kprès  un  Gâthàsûtra  (Gadakyô  ,ffJt][S'£i|5) 
cité  Ttt.  1723  il  a  ot  2122  v,  ils  relèvent  à  la  fois 
des  Trépassés,  des  animaux  et  des  Dieux.  T.  945 
ix  (texte  es.)  définit  quatre  espèces  d 'Asura  :  (1) 
ceux  qui  ressortissent  de  la  Destination  de  Trépassés 
naissent  d'oeufs,  et  grâce  à  la  protection  qu'ils 
exercent  sur  la  Loi  ont  la  faculté  surnaturelle 
d'entrer  dans  le  vide  ;  (2)  ceux  qui  ressortissent  de 
la  Destination  d'hommes  naissent  de  fœtus,  ils  sont 
tombés  du  ciel  et  habitent  près  du  soleil  et  de  la  lune  ; 
(3)  ceux  qui  ressortissent  de  la  Destination  de  Dieux 
naissent  par  métamorphose,  ils  sont  puissants, 
intrépides,  capables  de  lutter  avec  les  Dieux  ;  (4)  ceux 
qui  ressortissent  de  la  Destination  d'animaux  naissent 
de  la  moiteur,  ils  sont  vils  et  faibles,  vivent  au  fond 
de  la  mer  dans  des  trous  ;  le  matin  ils  se  promènent 
dans  les  airs  et  le  soir  rentrent  dans  leur  domicile 
aquatique. — Pour  les  textes  p.  sur  cette  question, 
cf.  K.  Lav.  m,  p.  11  n.  2. — Causes  de  naissance 
comme  Asura. — T.  80  et  Ttt.  2122  v  en  énumèrent 
dix  :  péchés  bénins  de  corps,  de  bouche,  d'esprit  ; 
six  espèces  d'orgueil  ;  bonnes  actions  faites  dans 
l'intention  de  renaître  comme  Asura. — La  croyance 
commune  au  Japon,  c'est  que  l'inscience,  l'orgueil 
et  le  doute  font  renaître  parmi  les  Asura. — Le  Sarh- 
yuktâgama  cité  Ttt.  2122  v  donne  le  mythe  suivant  : 
Les  Asura  étaient  autrefois  des  hommes  pauvres  qui 
habitaient  au  bord  d'une  rivière  et  passaient  du  bois 
à  gué  ;  comme  ils  risquaient  d'être  emportés  par  le 
courant,  un  B.-pour-soi  auquel  ils  avaient  offert  de 
la  nourriture  leur  apparut  dans  les  airs  ;  les  Asura 
formèrent  alors  le  vœu  de  renaître  avec  un  corps 
assez  grand  pour  que  les  eaux  les  plus  profondes  ne 
leur  allassent  qu'aux  genoux.  C'est  pourquoi  ils 
peuvent  maintenant  se  tenir  dans  la  mer,  qui  ne 
dépasse  pas  leurs  genoux  ;  et  ils  s'appuient  des  deux 
mains  sur  le  sommet  du  Sumeru,  pour  regarder 
au-dessous  d'eux  les  Dieux  Trente-trois. — Monde 
des  Asura.— Grands  rois  :  Raka  HUpI  (sk.  Râhu),  ville 
au  fond  de  la  mer,  N.  du  Sumeru  ;  au  centre,  la 
petite  ville  de  Rinshumabata  $|^0^B  î  Bimashitta 
8LBW&  (sk.  Vemacitra)  ;  Semmara  B$j$f|  (sk.  Sam- 
bara)  (T.  I  xx)  ;— Vemacitra,  au  fond  de  la  mer,  E. 
du  Sumeru  ;  "le  Bondissant",  au  S.  ;  Sambara,  à  l'O.  ; 
Râhula  (sic,  comme  souvent,  pour  Râhu),  au  N.  ; 
leur  assemblée  se  tient  aux  Sept-Têtes,  au  centre  de 
la  capitale  de  Vemacitra,  Setsumabatai  WtWt^lkfê  (T. 
24  vi  et  vin)  ;— Bali,  Suraskandha  (var.  ch.  Khara- 


ASHURA 

skandha),  Vemacitra,  Râhu  (T.  262  1  =  Lotus  3)  ; — 
Vemacitra,  Parada,  Bali  [te.  JBaji  jj-j^J-Vairocana, 
Râhula,  Mucilinda,  Sucitra,  Sambara  (T.  397  xlvii)  ; 
— Bimashitta  (sk.  Vemacitra),  Barada  ^MPfc  (sk. 
Parada),  Zempi  ^^f  (sk.  Suskandha),  Bacchi  J^Jg! 
(sk.  Bali),  Birushana  (sk.  Vairocana),  Sembari  [l^^H 
flj  (sk.  Sambara),  Rakusen  $!?$£  (Aimant-la-guerre), 
Zemmoku  *j|g  (Bon-œil),  Fukusangai  -t^H^?-  (Sou- 
mettant-les-trois-Mondes),  Mokushinrinda  g  JUr^'t* 
(sk.  Mucilinda)  (T.  310  xlii)  ; — Râhu,  Vemacitra, 
Sambara,  Bandhi,  Vairocana,  Drdhavajra,  [Su] 
Citrâhga,  Brhadâra,  Balavipulahetumati,  Vatsasrî- 
sambhava,  Suvratasvara  (Mvy.  3392-3402)  ; — (1) 
Râhu,  qui  pour  voir  les  Déesses  couvre  de  sa  main 
le  soleil  et  la  lune  qui  l 'éblouissent  ;  il  a  une  ville 
nommée  Kômyô  %$%,  4  parcs,  4  épouses  nommées 
Nyoyô  Mj$£  "ombre"  (sk.  Châyâ),  Shokô  §g|f 
"parfums",  Myôrin  pfrfà  "merveilleuse  forêt", 
Shôtoku  B^ît*  "vertu  éminente"  ;  sa  vie  est  de 
5000  années,  où  chaque  jour  =  500  années  humaines  ; 
(2)  Damakô  [fgJllllfê  (td.  kotsuen  ^-(ig  "gosier  obstrué 
par  un  os  ?"),  parfois  appelé  Keman  ?£S>  habite 
la  terre  Gatsuman  /§f|,  située  dans  la  mer  plus 
profondément  que  celle  de  Râhu  ;  il  a  une  ville 
appelée  Sôyûgi  ff^felç  ;  dans  cette  2e  terre  réside 
aussi  Yûken  J§fj|  "Brave",  sa  vie  est  de  6000  ans, 
où  chaque  jour  =  6oo  années  humaines;  (3)  Keman 
?£§t  "Guirlande  de  fleurs"  ;  sa  terre,  encore  plus 
profonde,  est  nommée  Shunaba  ^^^,  et  sa  ville 
Gombira  fâiSlfâ  î  sa  vie  est  de  7000  ans  où  chaque 
jour  =  700  a.h.  ;  (4)  Bimashittara  jg,IK3t£fi  (sk- 
Vemacitra),  aussi  nommé  Pakasa  S^P^I^,  ou  Paka- 
sabimashittara,    ou    Bimashittarapakasa  ;    sa    terre, 


Fig.  20.  Ashura  (Asura)  (Plan  de  Matrice). 

toujours  plus  profonde,  s'appelle  Fudô  yf^^J  "im- 
mobile", et  sa  ville  Gombira,  ut  sup.  ;  dans  les 
guerres  contre  les  Dieux,  Râhu  marche  à  l'avant- 


PLANCHE  VI 


i.    Ashura  [Asura] 
(dans  les  huit  Assemblées) 


2.     Ashura  [Asura] 
(dans  les  vingt-huit  Assemblées). 


ASHURA 

garde,  mais  Vemacitra  est  le  plus  fort,  et  c'est  lui  qui 
se  bat  le  dernier  (T.  721  xviii-xxi). — Cf.  aussi  T.  23 
11. — Nourriture:  Chaque  fois  qu'ils  mangent,  leur 
dernière  bouchée  se  transforme  en  boue  bleue,  de 
même  que  la  dernière  bouchée  des  rois-Dragons  se 
transforme  toujours  en  grenouilles  Tt.  1509  cité  Ttt. 
2122  v.  Leur  nourriture,  comme  celle  des  Dieux,  se 
produit  spontanément  telle  qu'ils  la  désirent  T.  721 
cité  ib. — Leurs  combats  avec  les  Dieux,  notamment 
Sakra  et  les  Trente-trois,  sont  un  thème  banal,  cf. 
p.  ex.  T.  99  lx=ioo  ni  ;  T.  279  xlii  ;  Tt.  1509 
Lxxvm  (où  Sakra  triomphe  des  Asura  en  pensant 
à  la  Sapience  ;  aussi  T.  643  1,  et  T.  225  11)  ;  T.  721 
xviii  ;  T.  384  v.  Très  souvent  les  Asura  vaincus 
cherchent  un  refuge  dans  les  trous  des  fibres  de 
lotus,  p.  ex.  T.  99  xvi,  125  xxi,  279  xlii  ;  Tt.  1509 
xxx. — Nâgârjuna  discutait  avec  des  hérétiques  et 
dit  :  Maintenant  les  Dieux  se  battent  avec  les 
Asura  ;  soudain  une  tête  d 'Asura  tomba  du  ciel 
Ttt.  1775  11  ;  Ttt.  2058  v. — Deux  frères  Asura  se 
<  battent  pour  une  femme  et  meurent  T.  190  xxin. — 
Combat  singulier  de  1. 'Asura  Indradamana  avec 
Visnu  Ttt.  2049,  cf.  *Bichû. — Tt.  201  1  (  =  Huber 
2)  :  Un  Dieu  détruit  d'une  seule  flèche  la  ville  des 
Asura  suspendue  dans  les  airs. — Dans  les  Nô  et  la 
littérature  chevaleresque  du  moyen-âge  au  Japon, 
les  guerriers  morts  sur  le  champ  de  bataille  renais- 
sent comme  Asura  et  se  réveillent  toutes  les  nuits 
pour  batailler  encore  (cf.  p.  ex.  le  Nô  intitulé 
Atsumori,  td.  Péri  BEFEO  XII,  v). — Légendes  sur 
les  grottes  merveilleuses  des  Asura  :  Ttt.  2087  x  Le 
savant  Bhâviveka  s'ouvre  une  porte  au  moyen  d'un 
grain  de  moutarde  (thème  bien  connu  des  Mille  et 
une  Nuits)  pour  pénétrer  dans  l'intérieur  d'une 
montagne,  au  pays  d'Andhra,  afin  d'attendre  dans 
le  palais  des  Asura  la  venue  de  Maitreya.  Cf.  T.  901 
vi  :  "Par  le  Charme  de  l'Entrée  dans  le  palais  des 
Asura,  on  obtient  de  voir  Maitreya"  ;  aussi  la  tradi- 
tion es.  relative  à  Nâgârjuna,  citée  sous  *Bombai. — 
Ttt.  2087  ix  Une  grotte  du  pays  de  Magadha  ouvre 
à  des  visiteurs  audacieux  l'accès  du  monde  des 
Asura;  Ttt.  2122  v  conte  cette  histoire  avec  plus 
de  détails,  en  se  référant  expressément  aux  dires  de 
Genjô  :  il  s'agissait  d'un  magicien  luxurieux  et  de 
son  disciple  ;  grâce  à  ses  Formules,  le  magicien  fut 
admis  dans  la  grotte  par  les  femmes  Asura,  mais 
il  ne  reparut  jamais  ;  son  disciple  entra  alors  au 
monastère  de  Nâlandâ,  où  le  rencontra  Genjô  ; — et 
cf.  le  récit  de  ôgensaku  (Wang  Hiuan-ts'ô)  3E]£5lt 
dans  Ttt.  2122  v,  où  le  visiteur  ne  put  dégager'  que 
sa  tête  à  la  sortie  de  la  grotte,  ici  située  au  Campa 
dans  l'Inde  centrale. — Deux  Rituels  es.,  Tt.  1246 
et  1248,  indiquent  le  procédé  à  suivre  pour  s'ouvrir 
une  grotte  d 'Asura  :  il  faut  prononcer  1080  (Tt. 
1248  :  1008)  fois  une  Formule  sur  des  grains  de 
moutarde  qu'on  1  mélangés  avec  son  propre  sang, 
en  frappant  ch"  que  fois  la  porte  de  la  grotte  ;  celle-ci 


43  ASHURA 

finit  par  s'ouvrir,  et  le  magicien  est  accueilli  par  des 
femmes  Asura  au  corps  de  flamme,  qui  lui  offrent  des 
parfums  ;  s'il  reste  dans  la  grotte,  son  corps  demeure 
intact  comme  le  Diamant,  jusqu'à  la  fin  du  monde, 
c'est-à-dire  d'une  Période  ;  et  s'il  en  veut  sortir,  les 
femmes  le  reconduisent  avec  des  parfums. — Rôle 
dans  la  religion  bouddhique. — Tt.  1509  x  Ils 
sont  combatifs,  mais  ne  contreviennent  point  aux 
Défenses  et  pratiquent  le  Don. — T.  26  xxxvi  Quand 
les  hommes  sont  méchants,  les  Asura  deviennent  plus 
actifs  et  font  tort  aux  hommes  et  aux  Dieux  ;  inverse- 
ment, quand  les  hommes  font  le  bien;  id.  T.  721 
xviii. — Tt.  1509  xxxv  Toujours  sceptiques,  ils  met- 
tent en  doute  les  paroles  du  B.;  cf.  sup.  la  citation 
de  la  Mahâvibhâsâ. — Discussion  entre  brahmanes 
et  bouddhistes  sur  les  Asura  Tt.  201  1. — Défenseurs 
de  la  foi  :  T.  279  lxii  ils  éteignent  l'erreur  ;  Tt.  1509 
iv  Râhu  est  un  grand  Bs.  ;  T.  397  xxm  les  rois  des 
Asura  ont  fait  serment  de  protéger  la  Loi  ;  T.  310 
lxii  ils  rendent  hommage  au  B.,  qui  prédit  qu'ils 
deviendront  tous  B.  dans  la  Période  Bien-nommée, 
Zemmyôkô  ff^ijj. — T.  397  xlvii  long  récit  d'al- 
lure épique  ou  Mâra  tourmente  les  Asura,  mais 
le  B.  les  protège  ;  après  la  défaite  de  Mâra,  les 
Asura  font  hommage  au  B. — Iconographie. — Ttt. 
1728  11  décrit  des  formes  d'Asura  à  mille  têtes  et 
deux  mille  bras,  ou  dix  mille  têtes  et  vingt  mille 
bras,  ou  trois  têtes  et  six  bras. — Ttt.  2122  v  Les 
Asura  mâles  sont  laids  mais  leurs  femmes  sont 
belles. — Dans  l'Es.,  les  Asura  figurent  au  S.  de  la 
section  de  Diamant  extérieure  du  Plan  de  Matrice  ; 
Bzss.  cdxii-cdxiii  en  donne  deux  images  :  sur  l'une, 
le  roi  des  Asura  porte  en  main  le  "bâton  de  Yama" 
(sk.  pâsa,  un  lasso  stylisé)  surmonté  d'une  tête 
humaine  ;  il  est  assisté  de  deux  femmes  dont  l'une 
tient  un  bol,  l'autre  un  bâton  ;  sur  l'autre,  il  tient 
une  épée  et  les  deux  femmes  qui  l'assistent  tien- 
nent chacune  un  bâton.  Les  Asura  figurent  égale- 
ment parmi  les  huit  Assemblées  qui  se  rattachent 
à  Sâkyamuni  (cf.  *Hachibushu)  et  parmi  les  vingt- 
hu  qui  se  rattachent  à  Avalokitesvara  (cf.  *Kan- 
non).  Dans  chacune  de  ces  séries  ils  sont  représentés 
avec  trois  faces  et  six  bras  ;  dans  la  seconde  série, 
deux  des  six  mains  sont  jointes  et  les  quatre  autres 
tiennent  respectivement  le  soleil,  la  lune,  l'arc  et 
la  flèche.  Cf.  Bbkw.  523,  601,  605.— Râhu  (T.  1  xxi) 
ou  Vemacitra  (T.  24  vin)  cherchent  à  porter  le 
soleil  et  la  lune  comme  boucles  d'oreilles  [cf.  Ekot- 
taragâma  cité  Ttt.  2122  v  :  Les  Asura,  hauts  de 
84.000  Lieues,  deviennent  deux  fois  plus  hauts 
lorsqu'ils  veulent  toucher  le  soleil  et  la  lune,  qui, 
effrayés,  cessent  de  luire  ;  toutefois  les  Asura  n'osent 
pas  s'en  emparer,  car  ces  astres  bienfaisants  sont 
protégés  par  de  grandes  forces  spirituelles]. — Ashu- 
rakin  $]$£]$$£,  luth  des  Asura,  dont  la  musique 
subtile  convient  à  toutes  sortes  d'auditeurs,  de  même 
que    l'enseignement    des    Bs.    Tt.    1509    xvn. — Cf. 


ASHURA 


44 


AYATANA 


*Ragô,  *Bachi,  *Bimashittara,  etc. 

ASÔGI  |J5jf£jjft,  ou  asôgiya  OTftïftlffi,  PlfèteM, 
abr.  sôgi  'fê|#R  =  sk.  asankhyeya,  asankhya.  Nom  de 
nombre  :  Incalculable.  Cf.  *Sû. 

ATABABEIDA  HftË^P^Iffc?,  ou  adatsubabida  pg 
WfWÊ,  adatsuhada  pïiaiKPB.  adatsubana  [5pJK^ 
^  =  sk.  Atharvaveda  ;  Mvy.  5050  tib.  srid  sruns  gi 
rig  byed  "savoir  qui  protège  la  vie"  ;  ch.  samyôgou 
ffcflJlIW  td.  littérale  du  tib.,  et  inôgohôchiron  ^|g 
WkJJiiîm  "traité  de  la  connaissance  des  procédés 
pour  protéger  (la  vie)  par  des  pouvoirs  extraordi- 
naires". Autres  td.  jutsu  $f  "artifice"  Ttt.  2128  vixx, 
1788  v  ;  ju  Pjjl  "Charme"  Gog.  xvm. — Cf.   *Ida. 

ATABAKU  psjtFeaja,  PfffMfc-plIfâMi  ata" 
baka  lÎPjffEUBl^sk.  Âtavaka,  p.  Âlavaka  ;  Mvy. 
3377  tib.  'brog  gnas  "habitant  de  la  jungle",  ch. 
jukôya  tËJ$ê!?f,  id.  Un  des  seize  grands  Généraux 
de  l'armée  des  Yaksa  Ttt.  2128  XII.  Toutefois  son 
nom  ne  figure  pas  dans  la  liste  de  seize  Généraux 
des  Yaksa  T.  901  m  ;  mais  bien  dans  celle  de  huit 
Ttt.  1796  v  (cf.  *Bishamon).  Dans  l'Es.,  on  l'ap- 
pelle *Daigensuimyôô  ^7c6ljl§8ï  (q.v.)  "Roi  de 
Science  Généralissime".  Plusieurs  textes  es.  lui  sont 
spécialement  consacrés  T.  1237,  T.  1238,  Tt.  1239, 
Tt.   1240. 

ATABATTEI  psl[F{;$jg  =  sk.  Atakavatî,  Alaka- 
vatî.  T.  310  m  nom  de  la  ville  où  réside  Vaisravana. 
Ttt.  2128  xi  mentionne  une  autre  te.  anubanta  ftl^k 
fâg-  ;  cf.  *Bishamon. 

ATAKAARABA  Pï>IIJE$!!PnIf|3g,  nom  d'un  mé- 
dicament interprété  par  "jus  (araba)  de  lumière  d'or 
(ataka)"  Ttt.  1733  xx.  (Probablement  =  sk.  hâtaka- 
[prabha]rasa,  en  corrigeant  ~ba  3||  en  ~sa  #£.) 

ATEIRI  [SllgP!  (ou  |g|),  ou  atetsuri  |»f  g&PJË  =  sk. 
Atri.  Nom  d'un  Voyant.  Dans  l'Es,  il  est  placé  au 
Sud  de  la  Cour  extérieure  de  la  section  de  Diamant 
dans  le  Plan  de  Matrice,  parmi  les  assistants  d'Agni 
(*Katen)  ;  il  tient  dans  la  main  gauche  un  flacon  à 
eau,  et  de  la  droite  se  couvre  le  corps  Hizk.  II.  Sa 
Formule  est  :  Ahtreya  mahârsam  svâhâ  Tt.  850  il 
(cf.  p.  89  b),  851  11,  852  11. 

ATENTEIKA  Wffî]§,M=sk.  âtyantika  "défini- 
tif" ;  td.  hikkyô  fjljD,  même  sens  Gog.  xxm-xxiv, 
Ttt.  2128  xlvii. — Tt.  1606  v,  et  Ttt.  1831  1  a, 
classent  cette  catégorie  comme  la  troisième  parmi  les 
Icchantika  ;  cf.   *Issendai. 

AUN  peflUf =sk.  ahûm  &&.— A  est  le  premier 
son  formé  en  ouvrant  la  bouche,  et  hûm  le  dernier 
son  formé  en  fermant  la  bouche.  Ces  deux  phonèmes 


Fig.  21.  Ateiri  (Atri). 

correspondent  donc  à  l'origine  et  à  la  fin  de  toutes 
les  Essences,  à  la  Production  de  l'Esprit  d'Eveil 
et  au  Nirvana  (cf.  *A  :  Ajigoten).  Dans  l'Es.,  a 
correspond  à  l' Indiversifié,  au  Plan  de  Matrice,  à 
Vairocana  ;  hûm  au  Diversifié,  au  Plan  de  Diamant, 
à  Vajrasattva.  A  est  le  principe  des  lettres  ainsi  que 
des  Essences  ;  son  Sens  principal  est  celui  de  Sans- 
Production  originel.  Quant  à  hûm,  Unjg.  en  énumè- 
re  les  dix  Sens  suivants  :  (1)  Il  révèle  le  Caractère 
Réel  de  toutes  les  Essences.  (2)  C'est  le  Germe  de 
l'Esprit  d'Eveil.  (3)  C'est  le  principe  de  productivité 
des  Essences.  (4)  Il  embrasse  toutes  choses  :  Causes, 
Opérants,  Effets.  (5)  C'est  la  transmission  de  Vairo- 
cana le  maître  à  Vajrasattva  le  disciple.  (6)  C'est  la 
lettre  de  la  Non-dualité  des  deux  Plans  —  Plan  de 
Diamant  et  Plan  de  Matrice.  (7)  C'est  le  Germe  de 
Vajrasattva.  (8)  Il  a  pour  Substantiel  la  lettre  h, 
dernière  des  voyelles  et  consonnes.  (9)  C'est  le 
Germe-commun  du  Plan  de  Diamant,  correspondant 
à  l'Esotérique  du  Mental  (cf.  *Sammitsu).  (10) 
C'est  le  Récipient  de  toute  Ainsité. — Ssms.  11  :  A 
est  le  véhicule  de  l'expiration — la  dilatation  et  l'ex- 
pansion de  l'Esprit  unique  développant  tous  les 
Plans  d'Essences  ;  hûm  est  l'aboutissement  de 
l'inspiration — l'enroulement  et  le  rétrécissement  de 
l'Esprit  unique  ramenant  en  lui  toutes  les  particules 
infimes. — Kkas.  11  :  Dans  la  pratique  du  *Susok- 
kan,  a  est  l'expiration,  hûm  l'inspiration. — Ce  serait 
par  allusion  à  a  et  à  hûm  que  dans  les  paires  de  Rois 
gardiens  ou  de  lions,  placées  à  la  porte  des  temples 
jap.,  l'un  a  la  bouche  ouverte  et  l'autre  la  bouche 
fermée  ;  cf.  le  nom  des  gardiens  de  portes  en  Chine  : 
heng  ha  eul  tsiang  P? P&ZlJHr ,  ou  heng  =  hûm  et  ha 
=  a— Cf.  *Niô. 

AYATANA  (SJflP  (ou  -&)  tB$fl=sk.  âyatana  ;  td. 


AYATANA 


45 


BADA 


*sho  fâ  "lieu",  q.v. 

AYÔ  UjjJl^,  "muet  comme  un  mouton".  Le 
Moine  muet  comme  un  mouton  est  une  des  quatre 
sortes  de  Moines  Tt.  1509  III  (cf.  *Biku)  :  "Il  ne 
contrevient  pas  aux  Défenses,  mais  il  est  obtus  et 
sot,  incapable  de  discerner  le  beau  et  le  laid,  le 
lourd  et  le  léger,  ce  qui  est  péché  et  ce  qui  ne  l'est 
pas.  S'il  y  a  une  affaire  dans  la  communauté  et  que 
deux  Moines  se  querellent,  il  est  incapable  de 
décider  et  garde  le  silence,  tel  un  mouton  blanc  qui 


ne  peut  jusqu'à  l'abattoir  émettre  un  son." — Une 
hérésie  est  désignée  par  le  nom  de  Ayôgedô  H^j^ 
^fj|f  "l'hérésie  du  mouton  muet"  ;  elle  consiste  à 
observer  la  pratique  du  silence  Ttt.  1805  m  c  [p. 
397  b,  col.  25].  Cf.  *Ahô. — En  réalité  la  td.  ch. 
est  une  interprétation  fantaisiste  du  sk.  edamûka 
"sourd-muet",  où  le  mot  eda  "muet"  a  été  confondu 
avec  eda  "mouton". 

AYUTA  peilÈ^    ou  H/^^sk-  ayuta.  Nom  de 
nombre. — Cf.  *Sû. 


BA  3^  =  sk.  ba  Ç,  une  des  cinquante  lettres  du 
•Shittan  ;  te.  ba  ^  la  plus  fréquente  ;  mais  chez  les 
plus  anciens  td.,  Hôgo  f£l§  T.  222  vu  et  Murasha 
MMi%  T.  221  iv,  la  te.  est  ha  $£  ;  plus  tard  on  trouve 
ma  Jgj  T.  469,  mô  ^  T.  1017,  ba  $f  T.  1009.  Inter- 
prétations :  "Lien",  sk.  bandha,  bandhana  T.  222 
vu,  223  v,  468  1,  220  lui,  187,  848  11,  880,  1019,  Ttt. 
1796  1.  Dans  les  Nirvânasûtra  T.  374  VIII,  375  VIII, 
376  v,  on  a  riki  j]  "force",  sk.  bala.  Un  autre  groupe 
de  textes  interprète  par  bâla  "Puéril"  T.  1012,  1014, 
1015,  1016,  1017,  1018.  Pour  l'Avatamsaka,  T.  278 
lvii,  279  lxxvi,  293  xxxi,  295  ont  kongôjô  ^|]l]^ 
"Terrasse  de  Diamant",  sk.  vajramanda  (bajra  dans 
la  prononciation  du  Nord-Est  de  l'Inde). 

BA  3gS  =  sk.  bha  4{  ,  une  des  cinquant  lettres  du 
*Shittan.  La  te.  la  plus  courante  est  ba  ^  ;  on  a 
aussi  han  $£  T.  221  iv,  han  ffi-  T.  374  VIII,  bon  ^ 
T.  468  1,  haku  Ï*J  T.  220  lxxiv,  ba  f!g  Ttt.  2128  xxv, 
hika  Î${5J  T.  222  vu. — Interprétations  :  u  fé  "exis- 
tence", sk.  bhava,  la  plus  fréquente  ;  aussi  hae  J$t 
Jg|  "destruction",  sk.  bhâga  (bhahga),  T.  223  v,  Tt. 
1509  iil,  T.  220  lui,  1019  ;  genjô  Pfêjt?  "tranquille", 
sk.  bhadra  (?),  T.  222  Vin,  221  vin  ;  l'Avatamsaka 
T.  278  lvii,  279  lxxvi,  293  xxxi  donne  "palais 
orné",  sk.  bhavana. 

BA  Bf§  =  sk.  va  2[ ,  une  des  cinquante  lettres  du 
*Shittan  ;  te.  ba  $§  T.  880,  469,  1019,  293  xxxi, 
Ttt.  2128  xxv  ;  ba  #$  T.  220  lui,  279  lxxvi,  848  11 
et  iv,  Eog.  11  et  Gog.  11  ;  ba  3|g  T.  468  1,  187  iv  ;  wa 
ftl  T.  221  iv,  223  v,  Tt.  1509  iil  et  Ttt.  2131  ; 
wa  jjg  T.  222  vu  ;  ta  jfo  (?)  T.  278  lvii  et  295. — In- 
terprétations :  gongo  1t"jto,  shô  j^  "parole",  sk. 
vâc  ;  c'est  l'interprétation  la  plus  fréquente.  T.  374 
vin,  375  vin  (Nirvânasûtra)  :  u  ppj  "pluie",  sk. 
varsa  ;  une  version  plus  ancienne  T.  376  v  a  jujutsu 


PJÊ^JÇ  "art  des  formules  magiques"  (sk.  atharva  ?). 
T.  293  xxxi,  279  lxxvi,  1019,  295  lvii  :  fushôanju 
m^liSr'Érl  "tranquillité  de  toute  la  vie",  sk.  yâvajjî- 
vavâsa.  Tt.  1796  1  :  sui  tJc  "eau",  sk.  vâri. 


BABA    Kg 

"enfant,  petit' 
2049. 


faute    pour    basa    $椣  =  sk.    vatsa 
td.  shi  ^f-,  ni  56»  même  sens  ;  Tt. 


BABITAI  3gjë|$,  te.  désignant  ce  qu'il  y  a  de 
plus  important  dans  le  Veda  T.  99  v  (  =  Majjh.  Nik. 
35  Saccaka)  ;  un  texte  parallèle  T.  125  xxx  donne 
ju  SU  "stance".  Peut-être  faute  pour  shabitai  -§£jg, 
|tj?  =  sk.  sâvitrî  ? 

BACHI  3gf|i=ski  Bali.  Nom  d'un  roi  des  Asura. 
Autres  te.  bacchi  gjtffc  &#,  Jbaji  gfc#,  batsui  £ 
|£,  bari  3gflJ,  bachiri  ^M,  matsuri  5^lj.  Plusieurs 
de  ces  te.  remontent  à  des  graphies  bali  avec  1 
linguale,  d'où  badi.  Td.  Ttt.  1718  11  hibaku  :$$($ 
"lié",  i.e.  lié  par  cinq  choses  mauvaises  ou  lié  par 
Indra  ;  cette  td.  se  fonde  sur  une  lecture  bandhi 
"ayant  des  liens"  ;  c'est  la  leçon  de  Mvy.  3395,  dont 
la  td.  tib.  'chih  ba  a  le  même  sens.  Ttt.  1723  il 
observe  que  l'ancienne  td.  "lié"  est  inexacte,  car 
elle  correspondait  au  sk.  baddha,  ch.  *bada  J^PÈ  ; 
mais  le  nom  correct  de  l 'Asura  est  bachika  {èitffÉj^n 
qui  signifierait  "rond  "dannen  |!J®  (peut-être  sk. 
vrtta,  pk.  vatta).  Même  explication  Gog.  vu  (cf. 
ib.  iv).  Ttt.  1736  m  td.  dairiki  %j)  "grande 
force"  ;  Eog.  I  td.  uriki  ^j]  "ayant  force",  sk. 
bali.  T.  190  xxiv  td.  ku  $&}  "hameçon"  (sk.  balisa, 
badisa). — Cf.  #Ashura,  et  *Bari. 


BADA  ^(?g  Tt.  1509  xlviii  (ou  #$|J;  Dge.  vm), 
ou  manda  $fij|fc  Dge.  vin  =  sk.  bandha  "lien"  et 
baddha    "lié"  ;    cf.  *Baku.  Aussi  abr.  de  *ahadana 


BADA 


=  sk.  avadâna. 


BADA  ^P^  =  sk.  bhadra,  p.  bhadda,  nom  d'une 
Période  ;  td.  zen[kô]  f§[£jj]  "bon"  Tt-  ^©Ç  xxxviii, 
ou  ken[kô]  R[&J]  "sage"  T.  184  I,  425  ï  ',  Ttt.  1718 
vin  b.  Cf.  *Kô.— Aussi  abr.  de  badawara  MW^Ml 
(ou  badahara  JgPBffii!»  badarahari  M^MMM,  etc-) 
=  sk.  Bhadrapâla,  nom  d'un  Bs.  ;  td.  *Kengo  gfg| 
"sage  protecteur",  q.  v. 

BADANAN  3g|j||^  =  sk.  vadanam  "visage"  ;  mot 
cité  comme  exemple  de  flexion  Ttt.  1840  I,  qui 
spécifie  que  c'est  le  singulier  et  qui  cite  aussi  comme 
exemple  du  duel  badani  '^M'M  =  S^-  vadane  "deux 
visages",  et  comme  exemple  du  pluriel  bada  ^HîÉ 
qui  est  fautif  (sk.  vadanâni). 

BADANDA3gJi|PÈ  =  sk.  p.  bhadanta  ;  tib.  bcun. 
—Vénérable.— Td.  *daitoku  Xfâ  "grande  vertu" 
1509  11. 

BADARA  BtPB|i=sk.  bhadra  ;  td.  ken  ^  "sage". 
Nom  d'un  roi-Dragon  T.  721  xvm. — Nom  d'un 
arbre  Eog.   I. 

BADARA[HADA]^£|t[^|?g],  ou  3ggJ||[#|Pfc], 
badara[bada]  mmVfflm,  «««?],  etc.  =  sk. 
bhadra[padâ]  ;  tib.  khrums.  Nom  de  deux  des 
vingt-huit  mansions  lunaires  Mvy.  3210-321 1  :  shitsu 
ffl,  sk.  pûrva0  "antérieure",  tib.  °stod  ;  et  heki  §£, 
sk.  uttara0  "postérieure",  tib.  °smad. — T.  402  iv 
Ceux  qui  naissent  sous  l'influence  de  Bhadrapadâ 
antérieure  ont  des  marques  aux  reins  sur  un  espace 
de  8  pouces  au-dessous  des  coudes  ;  ils  mettent  les 
gens  en  colère,  sont  ignorants,  très  cupides  et  se 
plaisent  à  voler.  Ceux  qui  naissent  sous  l'influence 
de  Bhadrapadâ  postérieure  ont  une  marque  entre 
le  pouce  et  l'index  ;  ils  aiment  à  donner,  observent 
les  Défenses,  ont  bonne  mémoire,  sont  sages,  chari- 
tables et  sans  crainte.  Cf.  *Shuku. — Nom  d'un 
mois,  sk.  bhadrapadâ,  tib.  ston  zla  ra  ba  "le  premier 
mois  d'automne"  Mvy.  8267  ;  il  correspond  à  août- 
septembre  ;  Ssk.  vi  b  le  fait  correspondre  à  la  6e 
lune  du  calendrier  ch.  ;  de  même  Bzm.  ;  Ttt.  2087 
il  :  du  16  de  la  6e  lune  au  15  de  la  7e. 

BADARIKI  Wtfàj],  faute  pour  sadariki  W&1l  = 
sk.  sâdhârita  ;  nom  d'une  des  notes  de  la  gamme 
heptaphone,  et  aussi  d'un  des  "systèmes"  en  usage 
dans  la  musique  chinoise  ;  cf.  *Bugaku. 

BAGA  Igfljn  Tt.  1509  xlviii,  Ttt.  1796  1,  ou  3gg& 
Bzm.  =  sk.  bhâga,  bhahga  ;  td.  ha  fâ  "briser". 

BAGABA  3g|f]3g|=sk.  p.  bhagavat  ;  tib.  Mvy.  2 
bcom  ldan  'das  "le  triomphateur  qui  est  sorti  (des 
existences)",  rendu  en  ch.  ib.  shutsuu  fàfë  "sorti  des 


46  BAIMO 

existences".  Une  anc.  td.  shûyû  ^fi^  interprétée 
comme  "aidé  de  tous  les  Mérites"  était  en  vogue 
chez  les  premiers  td.  d'après  Ttt.  2126  1  ;  cf.  Gog. 
xx  et  xxi.  La  td.  la  plus  courante  est  *Seson  j|i;^r 
"vénéré  du  monde".  Autres  te.  bagaba  ^WMÊ<  baga- 
bon  3||ftin$:.  hakugabon  WMffî'  bagaban  Sgflnfô, 
id.  ^f$H,  hakuabon  H|JBJ^  ;  abr.  gabon  §]$£.— Tt. 
1503  I  énumère  six  significations  :  Souverain,  Bril- 
lant, Splendide,  Glorieux,  Faste,  Noble.  Tt.  1509 
Il  interprète  :  possédant  (°vat)  des  Mérites  (bhaga)  ; 
ou  :  habile  (°vat)  à  distinguer  (bhaga)  les  Caractères 
des  Essences  ;  ou  :  possédant  (°vat)  la  gloire  (bhaga)  ; 
ou  :  capable  (°vat)  de  briser  (bhaga)  les  trois  Liens. 
Tt.  994  donne  comme  td.  littérale  :  possédant  des 
Mérites,  comme  glose  :  vénéré  du  monde,  et  comme 
td.  grammaticale  :  capable  (°vat)  de  briser  (bhaga) 
les  quatre  Mâra,  ou  encore  :  attestant  (°vat,  racine 
vad  "dire"  à  l'état  de  finale)  le  Sans-Production 
(a[nutpâda])  et  brisant  (bhag°)  ainsi  les  Passions 
[donc  bhag-a-vat]  ;  ou  encore  :  possédant  (°vat) 
Mérite  et  Sapience  (bhaga).  La  glose  "brisant  les 
Passions"  se  retrouve  dans  le  Mahâparinirvânasûtra 
T.  374  xvm. — Ttt.  1796  1  rappelle  les  six  significa- 
tions données  ci-dessus,  mais  ajoute  que  l'école  es. 
adopte  le  sens  :  capable  de  briser  [les  Passions  ;  cf. 
l'interprétation  d'arhat  s.v.  *Rakan]  ;  puis  il  cite  le 
Traité  des  Sons  (Shôron  WÉÎm,  sk.  Sabdasâstra)  de 
Sakra  [c'est-à-dire  la  grammaire  Aindra  ;  cf.  *Tai- 
shaku]  d'après  lequel  bhaga  signifie  "femme"  :  la 
femme  est  un  Facteur  de  désirs,  mais  elle  peut  en 
être  aussi  l'apaisement  ;  ou  encore,  bhagavat  signifie 
"ce  de  quoi  l'on  naît",  sens  que  la  secte  Kongôchô 
jè"[S]lJllf  (sk.  Vajrosnîsa)  interprète  ainsi  :  la  femme, 
c'est  la  Sapience,  mère  des  B.  ;  c'est  d'elle  que 
naissent  tous  les  hommes  de  Sapience  illimitée.  Si 
on  obtient  la  satisfaction  d'un  Facteur  de  désir  [au 
sens  es.],  toute  passion  est  expulsée  à  jamais  ;  ce 
n'est  pas  comme  pour  les  désirs  mondains  qui 
peuvent  être  apaisés  un  moment,  mais  pour  renaître 
avec  plus  d'ardeur. — Ttt.  1851  xx  b  donne  sept 
sens  :  Brisant  les  Passions  ;  Réalisant  les  bonnes 
Essences  ;  Comprenant  le  sens  des  Essences  ;  Pos- 
sédant des  Mérites  ;  Possédant  la  Gloire  ;  Généreux 
en  dons  de  Sapience  ;  Rejetant  le  sexe  de  la  femme  : 
en  effet  le  Tg.  rejette  toutes  les  mauvaises  Passions 
qui  ont  pour  base  le  sexe  de  la  femme.  [Le  mot 
bhaga  a  bien,  en  effet,  le  sens  de  pudendum  mu- 
liebre,  et  les  lexicographes  lui  ont  donné  le  sens  de 
strî  "femme".] — Cf.  aussi  Tt.  1462  iv. 

BAHASHA  3|g®ê£  =  3k.  prabhâsa,  p.  pabhâsa. 
Td.  kômyô  3£Ejfl  "éclat  lumineux";  te.  Ttt.  1783  11 
et  Bzm.  dans  le  titre  du  fameux  Suvarnaprabhâsa- 
sûtra  T.  663-665. 

BAIMO  J|f9:  "la  mère  des  coquillages"  :  de 
même  que  les  coquillages  suivent  leur  mère  et  les 


BAIMO   

poissons  leur  roi,  ainsi  chez  les  profanes  les  Passions 
suivent  les  Vues  perverses  Ttt.  191 1  v. 


BAIRABA  Pg9|flH  =  sk.  bhairava  ;  tib.  'Jigs  byed 
"terrifique".  Un  Rituel  traduit  vers  l'an  1000,  Tt. 
1242,  est  consacré  à  cette  divinité  qui  y  est  désignée 
comme  Kongôbairaba  ^iljPgl^l^,  sk.  Vajrabhairava. 
C'est  un  des  rares  ouvrages  qui  représentent  la 
"pratique  de  gauche"  (sk.  vâmâcâra)  dans  le  Canon 
ch.  ;  cf.  le  Rituel  tib.,  Kanjur,  Rgyud  VII,  m,  td. 
Griinwedel,  Myth.  102.  L'introduction  a  la  forme 
d'un  sûtra  ;  c'est  un  dialogue  entre  Bhairava  et  le  B., 
qui  l'autorise  à  prêcher  la  méthode  des  Atteintes  magi- 
ques qui  écrasent  les  ennemis  de  la  Loi  et  défendent 
de  tous  les  maux.  Le  premier  chapitre  enseigne  à 
établir  le  Cercle  devant  lequel  le  magicien,  désigné 
par  le  terme  jimyô  $$BJ,  sk.  vidyâdhara,  "Porte- 
Science",  doit  danser  jusqu'au  moment  où  Bhairava 
en  personne  lui  apparaît.  Le  2e  chapitre,  la  Méthode 
des  Atteintes  magiques,  traite  des  effigies  sur  étoffe, 
'  sur  écorce,  en  terre,  en  excréments,  etc.,  qu'on  brûle 
pour  s'assurer  le  succès.  Le  3e,  l'Inspection,  traite 
des  objets  que  le  magicien  doit  Inspecter,  et  notam- 
ment du  dieu  Vajrabhairava  qui  est  ainsi  décrit  : 
Il  a  neuf  faces  ;  la  principale  a  l'aspect  d'une  tête  de 
buffle  (makishamokukya  |f!||!i$>  @fè=sk.  mahisamu- 
kha  ;  cf.  les  images  tantriques  des  Bhairava,  Lévi, 
Népal  11,  37,  et  Griinwedel,  Myth.  fig.  145  et  146)  ; 
elle  est  noire  ;  elle  porte  deux  cornes  (setsuriga  |£ 
pjj  f$  =  sk.  srnga)  surmontées  chacune  de  trois  faces  : 
sur  la  corne  de  droite,  la  face  centrale  est  bleue,  celle 
de  droite  est  rouge,  celle  de  gauche,  jaune  ;  sur  la 
corne  de  gauche  la  face  centrale  est  blanche,  celle 
de  droite  est  couleur  de  fumée  et  celle  de  gauche  est 
noire.  Toutes  ont  une  expression  de  colère.  Entre  les 
deux  cornes  se  trouve  la  huitième  tête  qui  est  rouge  ; 
et  au-dessus  d'elle  la  neuvième,  jaune,  a  l'aspect  d'un 
jeune  homme  :  elle  porte  cinq  chignons  et  les  parures 
de  la  jeunesse.  Chacune  de  ces  neuf  têtes  a  trois 
yeux  ;  elles  ont  l'air  méchant  ou  hilare,  tirent  la 
langue,  froncent  les  sourcils.  Le  corps  est  nu  et 
ventru  ;  les  cheveux  sont  hérissés  ;  une  peau  d'élé- 
phant sert  de  vêtement  ;  les  ornements  sont  des 
crânes.  Il  a  trente-quatre  mains  tenant  chacune  un 
attribut  différent,  soigneusement  spécifié  dans  le 
texte,  et  seize  pieds  dont  chacun  foule  un  être  dif- 
férent, homme  ou  animal  (buffle,  bœuf,  âne,  chameau, 
etc.).  Le  4e  chapitre  contient  la  Méthode  pour 
peindre  les  images  :  on  choisit  comme  étoffe  le 
vêtement  d'un  homme  brave  et  honnête,  ou  une 
pièce  de  costume  qui  a  touché  le  sexe  d'une  femme 
ou  qu'un  accouchement  a  souillée,  ou  encore  un 
linceul.  Devant  le  dieu  lui-même  l'image  représente 
un  cimetière  (shidarin  F|?fc;^>  sk.  sîtavana)  où 
rôdent  toutes  sortes  de  démons,  et  un  figuier  nya- 
grodha  auquel  sont  suspendus  des  cadavres  humains 
ou  des  corps  embrochés,  avec  des  bêtes  de  proie  qui 


47  BAITA 

les  dévorent.  Egalement  devant  le  dieu  et  fixant  les 
yeux  sur  lui  est  figuré  le  magicien,  entrant  dans  le 
cimetière  avec  un  air  hilare.  Dans  un  endroit  secret 
et  écarté,  on  brûle  de  la  chair  humaine  devant 
l'image  pour  lui  en  offrir  l'odeur  ;  il  faut  se  garder 
de  montrer  l'image  à  personne.  Le  magicien,  tenant 
un  chapelet  d'ossements  humains,  accomplit  toutes 
sortes  de  cérémonies.  Le  5e  chapitre  traite  de  la 
méthode  des  Libations  ;  le  6e,  de  diverses  Inspec- 
tions qui  assurent  les  Atteintes  magiques. — Il  con- 
vient d'observer  que  le  type  de  Bhairava  ne  s'est  pas 
multiplié  dans  le  bouddhisme  de  la  Chine  et  du 
Japon  comme  il  l'a  fait  dans  celui  du  Népal  et  du 
Tibet.— Cf.  *Daiitoku. 

BAIRAGAHÔ  #!Hi$«fê,  cérémonie  en  l'honneur 
de  *Aizemmyôô,  sk.  Râgavidyârâja.  Raga  |$i$5  te. 
le  sk.  râga  ;  d'après  Sssr.  III  bai  $J|  est  un  caractère 
forgé  par  l'école  es.  pour  tenir  lieu  des  deux  carac- 
tères nyohô  tmW>  Qui  représentent  eux-mêmes  en 
abrégé  le  terme  nyoihôju  tUM^PM,  sk.  cintâmani, 
Gemme-de-Désirs.  Ce  caractère,  préfixé  en  guise 
d'épithète,  impliquerait  qu'Aizemmyôô  est  pur 
comme  la  Gemme. 


BAIRO  fê  (ou  |5£) 
*Bugaku,  q.v. 


(ou  |g|),  titre  d'une  pièce  de 


BAITA  Jl£=sk.  pattra,  p.  patta  "feuille"  (spé- 
cialement feuille  du  palmier  tâla  préparée  pour 
recevoir  l'écriture)  ;  souvent  abr.  en  bai  J|,  comme 
dans  les  expressions  baiyô  J||j!  "feuille  pattra"  Ttt. 
1831  la,  2053  m,  baichô  JUjH  "documents  sur 
feuilles"  Eog.  I. — Ttt.  2128  x  fait  de  baita  le 
nom  d'un  arbre  des  pays  occidentaux,  dont  les 
feuilles  épaisses  et  dures  se  prêtent  à  la  gravure 
des  sûtra  :  elles  sont  si  dures  que  si  l'on  écrit 
beaucoup,  il  faut  commencer  par  graver  les  lettres 
au  couteau,  et  ensuite  ajouter  l'encre  ;  il  faut 
distinguer  de  cet  arbre  l'arbre  tâla  (tara  ^|H) 
dont  les  feuilles  minces,  souples,  brillantes,  blanches 
et  fines  sont  bien  supérieures  à  celles  de  l'arbre 
baita.  Le  tâla  est  le  plus  haut  de  tous  les  arbres  ; 
si  on  en  coupe  les  pousses,  elles  ne  repoussent  pas 
(métaphore  fréquente,  p.  ex.  T.  945  vi,T.  1428  xxxv)  ; 
il  ressemble  au  palmier  (shuro  ^fl8|,  Trachycarpus 
Excelsa)  et  croît  dans  les  cinq  Indes,  mais  les  plus 
beaux  spécimens  sont  ceux  de  l'Inde  du  Sud.  Le 
Saiikiki  |S^(I2  (ce  passage  ne  se  retrouve  pas  Ttt. 
2087)  spécifie  les  différentes  espèces  de  feuilles 
utilisées  pour  les  manuscrits  sk.  ;  dans  certains  pays 
on  emploie  l'écorce  du  bouleau  rouge  (shakka  ^j^), 
ailleurs  le  papier,  ou  ie  cuir,  ou  le  métal,  or,  argent, 
cuivre. — L'arbre  baita  dont  il  est  question  dans  le 
texte  précité  paraît  être  un  idolum  libri  reposant  sur 
une  confusion  des  te.  baita  j^,^—  sk.  pattra  et  tara 
^UÊ  =  sk.  tâla.  Au  Japon  on  touve   même  une  te. 


BAITA 

baitara  Hâ^iH  Qui  ne  paraît  pas  attestée  dans  les 
textes  ch.  ;  elle  a  été  empruntée  pour  désigner  l'Ilex 
Latifolia,  un  arbre  jap.  qui  n'a  aucun  rapport  avec 
le  palmier. — Gog.  XXIV  s'élève  expressément  contre 
l'emploi  du  terme  baita  pour  désigner  le  tâla,  dont  il 
donne  la  description  suivante  :  comme  le  palmier,  il 
est  droit  et  haut  ;  ses  rieurs  sont  blanches,  grandes, 
ont  la  forme  de  deux  mains  élevées  ;  ses  fruits 
deviennent  rouges  en  mûrissant  et  ressemblent  aux 
grenades  ;  il  ne  produit  fleurs  et  fruits  qu'au  bout  de 
cent  ans.  Ib.  n  ajoute  que  ses  fruits  se  mangent, 
qu'il  atteint  une  hauteur  de  70  a  80  pieds,  et  qu'il 
est  particulièrement  abondant  dans  l'Inde  orientale. 
Cf.  aussi  Ttt.  1721  xii. — Ttt.  2087  xi  en  signale 
dans  l'Inde  du  Sud  une  grande  forêt  où  tous  les 
royaumes  s'approvisionnaient  en  feuilles  à  écrire. — 
Eog.  1  :  Le  bois  de  l'arbre  tâla  est  dur  comme  le 
fer;  ses  feuilles  sont  vastes  et  compactes. — Ttt.  2131 
vu  :  Il  atteint  80  à  90  pieds  de  hauteur,  et  ses 
fleurs  ressemblent  à  du  riz  jaune  (ômaishi  ^yjv-y*). 
— Ttt.  2131  vu  td.  tâla  par  gan  ^  "rive",  sans 
doute  par  confusion  avec  tara  "traversée  [vers  l'autre 
rive]"  ;  cf.  l'application  erronée  du  terme  baita  J|£ 
à  l'arbre  sous  lequel  Sâkyamuni  atteignit  l'Eveil  T. 
713,  Ttt.  2085,  181 1  1  (cf.  *Bodai). — Hbg.  ix  donne 
pour  taraju  £$|  (ou  R£f£)  fâ  et  hataraju  $|l£itî$ 
une  td.  jû  1g  "lourd"  qui  est  obscure. — C'est  aussi 
par  erreur  que  Mvy.  6180  td.  par  tarajuyô  ^Hâlajîj^ 
"feuille  de  l'arbre  tâla"  le  sk.  tamâlapattra  "feuille 
du  tamâla"  ;  cf.  ib.  6254. 

BAJARAHANI  g£|g|t$Iij£=sk.  Vajrapâni.  Td. 
kongôshu  ^-^Ij^  "Diamant  en  main"  Ttt.  213 1  iv  ; 
ou   *Shukongô  ^^p^lj,  même  sens. — Cf.  *Niô. 

BAJARAHANI-BARIKAN  $|0  J|  $fè  $M  $, 

deux  sur  douze  divinités  protectrices  de  stûpa,  Ttt. 
1892  citant  un  texte  du  VIe  s.  qui  td.  Bajarahani  par 
Kongô  #^!)  (sk.  Vajrapâni)  et  Barikan  par  Rikishi 
J^J  I±r  "le  vigoureux"  (cf.  sk.  balin)  ;  toutes  les  douze 
sont  aussi  appelées  ib.  Kongôrikishi  "les  vigoureux 
de  Diamant".  Pour  Barikan,  Ttt.  213 1  vi  donne  un 
syn.  sk.  Malla  —  Cf.  *Niô. 

BAKA  ^IfpJ^sk.  p.  vâha  ;  tib.  rjan  ;  td.  Ttt.  2128 
xxiv  ton  £g,  sui  $g.  Mesure  de  capacité  ;  litt.  une 
charrette.  Tt.  1558  xi  (  =  K.  Lav.  ni,  175  sq.)  citant 
un  sûtra  :  O  moines,  un  vâha  magadhien  de  sésame 
de  quatre-vingts  kharî  (boisseaux),  si  on  y  prenait 
un  grain  tous  les  cent  ans,  il  serait  vide  avant  que 
ne  se  termine  la  vie  des  Etres  nés  dans  1' [Enfer] 
Arbuda  (cf.  *Abuda). 

BAKKUYORAKU  J£g||$ê  "enlever  la  douleur 
et  donner  le  plaisir".  On  désigne  ainsi  l'effet  produit 
par  la  Compassion  (bakku)  et  par  la  Bonté  (yoraku) 
respectivement  Ttt.  1509  xxvn. 


48  BAKU 


BAKU  jj3$,  sk.  p.  bandha[na],  tib.  'chin. — Lien. 
—Te.  *bada  ^|fg,  etc.— Autres  td.  kei  g|,  keibaku 
f*!$f ,  ketsu  |^î,  sokubaku  ^fj|  ;  Tt.  1547  11  renzoku 
3J|$f|. — Nom  donné  aux  Passions,  et  spécialement 
aux  trois  Passions  fondamentales  :  Attraction,  Haine 
et  Erreur,  parce  qu'elles  entravent  la  Libération.  Le 
terme  et  la  doctrine  remontent  aux  Âgama,  p.  ex. 
T.  99  xxxn,  T.  125  ix,  etc. — Définition  du  Kosa  Tt. 
1558  xxi  (  =  K.  Lav.  v,  87)  :  Les  trois  Liens  ré- 
sultent des  trois  Impressions  :  trois  Liens,  à  savoir 
toute  l'Attraction,  toute  la  Haine  et  toute  l'Erreur 
[quelle  que  soit  leur  espèce] ...  Ils  résultent  res- 
pectivement des  trois  Impressions  de  Plaisir,  de 
Douleur  et  d'Apathie  ;  chacun  d'eux  fait  Résidu 
(  —  prend  gîte  et  croissance)  dans  l'Impression 
correspondante,  en  la  prenant  soit  pour  Objectif, 
soit  pour  Associée. — Les  cm.  ch.  du  Kosa  insistent 
sur  cette  double  répartition  :  Lien  d'Objectif,  ré- 
sidant dans  les  Objets  des  Passions  ;  et  Lien  d'As- 
sociation, résidant  dans  les  Passions  elles-mêmes 
qui  s'associent  à  l'Esprit  et  le  troublent  ;  Ttt.  1821 
1. — L'école  Yuishiki,  Ttt.  1832  v  a,  établit  une  dis- 
tinction analogue  entre  le  Lien  d'Objectivant  et  le 
Lien  d'Objectivé,  selon  que  l'Esprit  lie  les  objets  ou 
est  lié  par  eux.  Elle  connaît  encore  une  autre  division, 
en  Lien  de  Caractères  sôbaku  ;fflji$  et  Lien  de 
Turbulence  sojûbaku  j||jiLifë$  :  le  premier  est  la  Part 
de  Caractère  (  =  l'objectivé)  liant  la  Part  de  Vue 
(  =  l'objectivant)  et  l'empêchant  de  reconnaître  que 
les  Objectifs  sont  Duperie  ;  le  second  doit  sa  dé- 
signation à  sa  nature  épaisse  et  lourde  ;  Tt.  1602  xvi, 
1585  v  et  ix  ;  Ttt.  1830  ix  b,  1832  v  a. — Le  Tendai, 
Ttt.  17 16  ni  a  et  1851  v  a,  distingue  encore  deux 
autres  Liens  :  jibaku  -J-jpf,  i.e.  la  Vue  et  la  Ré- 
flexion comme  cause  (inji  £§-?■)  de  Transmigration, 
et  kabaku  >Rf$,  les  Fruits  de  l'Acte,  qui  font  renaître. 
— La  Vibhâsâ  Tt.  1547  n  institue  quatre  Liens  :  (1) 
yokuaishimbaku  W&t^Wî-i  c.-à-d.  l'Attraction  liant 
le  corps  (aux  existences)  ;  (2)  shinnishimbaku  flja-'Ji 
j^f^,  c.-à-d.  la  Haine  liant  le  corps  ;  (3)  kaitôshim- 
baku  J&^&lj'jpii,  c.-à-d.  les  Défenses  dérobées  (per- 
verses =  l'observance  d'une  discipline  hérétique)  liant 
le  corps  ;  (4)  gakenshimbaku  ffcM.II'fêi,  c.-à-d.  la 
Vue  du  Soi  (  —  la  croyance  au  moi)  liant  le  corps. 
Cf.  Tt.  1546  xxvi,  Kks.  III  qui  substituent  aux 
"Défenses  dérobées"  un  autre  terme  :  kaishu  5$!$ 
Prise  des  Défenses  (  =  erreur  sur  la  bonne  règle)  ; 
et  Tt.  1545  xlviii,  1543  iv,  1544  ni. — Dans  le  Sâm- 
khya,  Tt.  2137  II,  les  Liens  (baku  $f,  sk.  bandha) 
sont  ce  qui  attache  le  Mâle  (Purusa)  à  la  Matière 
(Prakrti)  ;  on  en  compte  trois  :  (1)  jishôbaku  ê'|$ff , 
sk.  prakrtibandha,  Lien  qui  tient  à  la  Matière 
élémentaire  ;  (2)  henibaku  §£||$J,  sk.  vaikârikaban- 
dha,  Lien  qui  tient  aux  transformations  de  la 
Matière  ;  (3)  fusebaku  /ftf  jfôjjfjl,  sk.  dâksinikabandha, 
Lien  qui  tient  aux  offrandes  rituelles,  symbole  de  la 
foi  intéressée. 


BAKU 


49 


JBAKU  JgtM»  ou  Jbaga  fôf!m,  etc.  =  sk.  varga,  p. 
vagga  ;  tib.  sde  ;  td.  bu  Sfl,  hon  &,  rui  |g,  etc.  Ttt. 
1718  1,  2128  xv  et  xvii.  Chapitre,  section  d'ouvrage. 

BAKUDATSU  |$J|£,  les  Liens  et  la  Libération  : 
il  y  a  entre  eux  Non-dualité  T.  945  v. 

BAKUMETÔ  fp^  "la  réponse  du  cheval  lié", 
type  d'explication  vicieuse  ;  Tt.  1558  vm  (  =  K. 
Lav.  ni,  9)  :  "Qui  a  lié  le  -cheval  ? — C'est  son  pro- 
priétaire.— Qui  en  est  le  propriétaire  ? — Celui  qui 
a  lié  le  cheval",  etc. — Ttt.  1821  vm  :  Il  s'agit  du 
cheval  que  l'on  attache  à  un  piquet  pour  le  sacrifier  ; 
cf.  *Bashi  H/fE!. 


BAN  Jjjf  ;  Bzm.  te.  hataka  ïl£fc£j®l  =  sk.  patâka  [ou 
°kâ];  jap.  hâta. — Bannière. — Syn.  occasionnels  *ki  j$Ç, 
*dô  ff  ;  mais  en  principe  ces  deux  mots  répondent 
respectivement  à  sk.  ketu  "enseigne"  et  dhvaja 
"hampe".  Le  terme  dôban  $|Jf|  est  courant  pour 


K. 


désigner  les  bannières  bouddhiques. 
— D'après  Ttt.  191 2  11  b,  la  graphie 
correcte  est  $jf,  et  non  l|>§  qui  signifie 
simplement  une  grande  bande  d'étoffe. 
— Les  bannières  sont  d'un  usage 
fréquent  dans  le  culte  bouddhique. 
On  dit  qu'elles  signalent  les  vertus 
des  B.  ou  des  Bs.,  comme  dans  une 
armée  les  enseignes  signalent  les  géné- 
raux ;  ou  encore,  on  les  considère 
comme  des  offrandes  faites  dans  le 
but  d'obtenir  du  bonheur.  Elles  se 
suspendent  soit  aux  piliers  ou  au 
plafond,  à  l'intérieur  des  temples,  soit 
en  plein  air  à  des  hampes  érigées  dans 
la  cour  ;  ou  bien  encore,  dans  l'Es.,  à 
des  hampes  fixées  aux  quatre  coins 
des  Cercles. — Au  Japon  les  bannières 
de  soie  tissée  sont  dites  hirahata  ^pj{ff|, 
celles  qui  sont  faites  de  fils  de  soie  non  tissés  sont 
dites  itohata  J^J§,  et  celles  qui  sont  ornées  de  pen- 
dentifs de  métal  ou  de  pierres  précieuses  sont  dites 
tamahata  3î$iJ.  La  hampe  se  termine  d'ordinaire  en 
tête  de  dragon.  Ttt.  191 2  11  b  interdit  de  peindre 
sur  les  bannières  l'image  des   B.  ou  des  Bs.,  car  on 


î 


I 


Fig.  22.  Hampe 
de  bannière. 


BAN 

ne  saurait  leur  faire  offrande  de  leur  propre  image. 
Cependant  on  connaît  au  Japon  des  bannières  portant 
des  images  de  Bs.  ;  elles  sont  appelées  Bosatsu- 
gyôban  |Ë£J§£fV,  par  analogie  avec  les  Onigata 
no  hâta  fyMWi  "bannières  à  image  de  démon" 
qu'employaient  autrefois  les  navigateurs  et  les  guer- 
riers.— En  Chine,  où  l'usage  des  bannières  était  très 
répandu  dès  une  haute  antiquité,  les  Bouddhistes  en 
décorent  volontiers  leurs  temples.  Dans  le  récit  de 
son  voyage  aux  pays  occidentaux  (518-522),  cité  Ttt. 
2092  v,  Sôun  (Song  Yun)  5^||  rapporte  qu'il  en  vit 
un  grand  nombre  à  Kamma  f?p|§f  près  de  Khotan  : 
plus  de  la  moitié  provenaient  de  Chine,  ainsi  que 
l'attestaient  les  dates  inscrites  sur  les  tissus  en 
caractères    ch.  :    19e   année    Taiwa   ^cffl   (465),    2e 


année  Keimei  j^flQ  (501),  2e  année  Enshô 


(513), 


de  la  dynastie  Hokugi  (Pei  Wei)  ;  une  seule  datait  de 
la  dynastie  Yôshin  (Yao  Ts'in,  384-417). — Les  textes 
canoniques  mentionnent  fréquemment  les  bannières. 
T.  1452  v  en  énumère  cinq  espèces,  destinées  à 
abriter  la  statue  du  B.  :  Bannières  de  lion,  de  Makara, 
de  Dragon,  de  Garuda,  de  taureau  (cf.  *Butsuzô). 
T.  262  1  recommande  d'en  offrir  :  Ils  atteindront 
l'Eveil  ceux  qui  dans  un  sanctuaire,  devant  une 
statue  ou  une  image,  offrent  avec  respect  des  fleurs, 
de  l'encens,  des  dais  ou  des  bannières  (ces  derniers 
mots  manquent  au  texte  sk.,  Lotus  33).  De  même 
T.  360  1  :  Suspendre  des  tissus  de  soie,  allumer  des 
lampes,  ïépandre  des  fleurs,  brûler  de  l'encens.  Ib. 
Les  bannières  sont  parmi  les  ornements  du  Paradis 
d'Amida. — T.  200  vu  (Avadânasataka)  raconte 
l'histoire  du  fils  d'un  maître  de  maison  qui  fut  nommé 
Patâka  par  ses  parents,  parce  qu'à  sa  naissance 
apparut  une  grande  bannière  qui  couvrit  toute  la 
ville  de  Kapilavastu  ;  la  cause  en  était  que  dans  une 
existence  antérieure  il  avait  suspendu  une  bannière 
dans  le  stûpa  du  B.  Vipasyin. — Bannières  qui  pro- 
longent la  vie  (zokumyôshimban  %$np$$1M)  :  T.  449 
Si  les  parents  ou  connaissances  d'un  malade,  fidèles 
du  Bhaisajyaguru,  font  réciter  par  des  moines  le 
Bhaisajyagurusûtra,  allument  des  lampes  à  sept 
étages  ou  suspendent  les  bannières  de  cinq  couleurs 
dites  "bannières  sacrées  qui  prolongent  la  vie",  le 
malade  reprendra  conscience,  comme  s'il  sortait  d'un 
rêve. — A  cette  croyance  se  rattache  une  légende 
d'Asoka  rapportée  Ttt.  2040  x  et  2123  x  citant 
un  Sûtra  des  paroles  de  Kâsyapa  sur  Ânanda,  Ka- 
shôgoanangyô  ^5^hSH^^  (aussi  Ttt-  2I22  XXXVI 
qui  écrit  Kashôketsuanangyô  MMtâWMM:)  '■  Etant 
tombé  malade  avant  d'avoir  achevé  les  84.000  (Ttt. 
2040  x  et  2122  xxxvi  :  1.200)  stûpa,  Asoka  attache 
des  bannières  aux  poteaux  de  son  lit  (ou  bien  aux 
stûpa  eux-mêmes  transportés  auprès  de  son  lit  Ttt. 
2040  x  et  2122  xxxvi),  puis,  lorsqu'il  est  trop  faible, 
en  fait  attacher  par  des  moines  ;  il  réussit  ainsi  à 
prolonger  sa  vie  de  12  ans  (Ttt.  2122  xxxvi  :  25  ans, 
Ttt.  2123  x:  35  ans). — Bannières  mortuaires  (semmô- 


BAN  50 

ban  SCI!  ou  myôkaban   frSfë)  :  T.  1331  xi  Ce 
sont  des  bannières  jaunes  que  Ton  suspend  dans  un 
temple,  très  bas  jusqu'au  sol,  pendant  trois  semaines 
après  la  mort  d'un  fidèle  ou  dès  le   moment  qui 
précède  sa  mort  ;  par  cette  bonne  pratique,  on  assure 
au  mort  un  Mérite  supplémentaire  et  l'on  espère  le 
faire  renaître  ainsi  dans  un  Paradis.  Ttt.  2122  xxxvi 
propose  deux  explications  de  la  couleur  jaune  choisie 
pour  ces  bannières  :  (1)  le  jaune  correspond  au  centre  : 
on  espère  que  le  mort  renaîtra  dans  le  pays  central, 
c'est-à-dire  en  Chine  ;  (2)  le  jaune  est  la  couleur  de 
l'or  :  l'âme  du  mort  est  censée  pouvoir  utiliser  le 
papier  de  la  bannière 
comme   monnaie  d'or 
dans     l'autre    monde. 
— Saishichibanshi     ^ 
"fcîJIfîF'  "Bannière  du 
7e  Jeûne":  Ttt.  2127 
11     C'est     une     ban- 
nière de  papier  qu'on 
suspend     lors     du    7  e 
Jeûne  hebdomadaire 
après     la     mort    d'un 
fidèle    (le    49e   jour)  ; 
cette   coutume  se  rat- 
tache à  un  passage  de 
T.  721  (cité  Ttt.  2122 
lxix)    d'après    lequel, 
lorsqu'un  homme  doit 
renaître      parmi      les 
Dieux,    il    voit  appa- 
raître après   sa   mort, 
dans  l 'Existence-inter- 
médiaire,   une   coton- 
nade blanche  et  souple 
qui   pend   vers  le  bas 
et  à   laquelle   il   s'ac- 
croche   pour    monter 
chez  les  Dieux. — Ban- 
nières d'Onction  (kan- 
jôban   :MMM)  :   Dans 
les  bannières  réside  la 
Vertu  des  B.  ;   on  les 
emploie     donc     dans 
l'Es.       pour     donner 
l'Onction,       c.-à-d. 
qu'au   lieu   de    verser 
de  l'eau  d'Onction  sur 
la  tête  du  candidat  on 
touche  son  crâne  avec 
une    bannière  ;    et    il 
arrive    que,     prenant 
l'effet  pour  la  cause,  on 
donne  au  mot  *kanjô 
"Onction"  le   sens  de 

"bannière"    Hizk.    11.         Figl  23"  Bannière  (tamahata). 
L'inventaire  des  biens  du  Hôryûji  ï£$|?^f,  dressé  en 


BARA 

747,  mentionne  14  différentes  "bannières  d'Onc- 
tion", et  celui  du  Daianji  %*&■%¥,  dressé  à  la  même 
date,  en  mentionne  12  ;  on  conserve  encore  au 
Hôryûji  une  de  ces  bannières,  en  bronze  doré;  elle 
est  classée  comme  Trésor  d'Etat. — Bannières  de  cinq 
couleurs  (goshikiban  E'ÊJiÉ)  :  les  couleurs  bleue, 
jaune,  rouge,  blanche  et  noire  correspondent  aux  cinq 
directions  et  aux  cinq  B.  de  l'Es.  (cf.  *A  ;  *Butsu). 

BAN  |H  =  sk.  vam  .  Germe  de  Vairocana  dans 
le  Plan  de  Diamant,  symbolisant  son  Corps  d'Es- 
sence de  Connaissance  Tt.  905,  Hizk.  1.  On  lui  donne 
en  général  le  Sens  suivant  :  la  parole  (sk.  vâc,  cf. 
*Ba  |j|S$)  est  Impercevable,  gongo  fukatoku  "§  In^Rf 
'fè  ;  mais  Hmjr.  881  mentionne  seize  interprétations 
es. — Dans  le  nom  du  Banaji  iffpfil^F,  célèbre  temple 
de  la  secte  Shingon  situé  à  Ashikagamachi  JË.flJlflr 
au  nord  de  Tékyô,  sont  associés  les  Germes  de 
Vairocana  dans  le  Plan  de  Diamant  et  dans  le  Plan 
de  Matrice  ;  cf.  *A. 

BANA  3^2$,  ou  Ttt.  21 31  11  hanna  Wffl,  Ttt. 
1733  xix  badai  3|£fë,  Bzm.  banei  Iffïfê^sk.  vana 
"bocage,  bois"  ;  td.  rin  ^  "bois". 

BANAN  3£|$g,  ou  wanan  fOpÊÎ,  bandan  ^f$> 
bontan  #$£,  bandannan  B$^ïfà,  bandai  {${§,  id. 
W$$,  bannami  $!$#$£  =  sk.  vandanam,  vande,  van- 
dâmi  ;  td.  Gog.  xvm  garai  ifeiH  "je  salue".  Vanda- 
nam est  un  substantif  signifiant  "adoration";  le 
véritable  correspondant  de  garai  est  sk.  vande.  Ttt. 
2125  ni  te.  correctement  cette  dernière  forme  par 
bandai  B^flift  et  ajoute  que  c'était  la  salutation  em- 
ployée par  les  moines  à  l'égard  de  leurs  aînés.  Les 
graffiti  des  grottes  de  l'Asie  Centrale  présentent 
d'assez  nombreux  exemples  de  cette  formule  sk. 
tracée  sur  les  parois.  Cf.  aussi  le  fameux  chant 
national  de  l'Inde  contemporaine  :  bande  mâtaram 
"j'adore  ma  mère". 

BARA  3|!|$  =  sk.  bâla  ;  tib.  byis  pa  "petit  enfant". 
— Puéril. — Td.  Gog.  iv  *gufu  j^x^  "ignorant", 
shôni  /J\5E  "petit  enfant",  yôgu  <||jg  "ignorant 
puéril". — Gog.  iv  mentionne,  d'après  T.  761  etc., 
d'anciennes  td.  môdô  sg^ff  "Voie  des  poils",  môzu 
^gfî  "tête  poilue",  qui  reposent  sur  une  confusion 
de  sk.  bâla  "enfant"  et  vâla  "poil"  (cf.  *bara  $$§$)  ; 
id.  Ttt.  1831  il  a,  2128  x. — Ttt.  2127  11  explique  que 
ces  anciennes  td.  s'interprétaient  ainsi  :  les  Puérils 
sont  incertains  comme  des  poils  dans  le  vent. — Le 
mot  bâla  "Puéril"  est  souvent  associé  à  prthagjana 
"Profane"  :  te.  Gog.  iv  anc.  éc.  barahitsuritagajana 
^Hil&^IJ'ftiîtÎJnffil^P»  nouv.  éc.  barahitsurittagochina 
»«!Efë^;  cf.  *Ishô  #4£. 

BARA  3gi§=sk.  bhara  (?)  ;  td.  shidai  ^M>  "or- 
dre" ;  donné  Ttt.  1804  11  b  comme  un  équivalent  de 


BARA 


5i 


BARAMON 


,  q-v. 


BARA  m  Mi  Ttt.  183 1  11  a,  ou  MA  Gog.  iv,  RM 
Ttt.  2128  x=sk.  vâla,  td.  mô  ^  "poil"  ;  cf.  *Bara 

M- 

BARABASHA  3g|M&  =  sk-  bâlabhaksa  ;  td. 
jikishôni  j£/J*5E  "mangeur  de  petits  enfants".  Nom 
d'une  classe  de  Trépassés  T.  721  xvn. 

BARADABAJA  3£p|IMfcSI  =  sk-  Bharadvâja  ;  td. 
jûgo  jËIo  "parole  lourde"  (qui  suppose  une  lecture 
°vâca).  Nom  d'un  Dieu  T.  374  xxiv  (dans  une  série 
de  80  divinités),  glosé  Ttt.  2128  xxvi.  Cf.  *Harada. 

BARAGA  ^JcïêfiHl  =  sk-  varâiiga  ;  tib.  yan  lag 
mchog.  Td.  myôshi  &j?3£  "membres  excellents". 
Nom  d'un  degré  de  force  athlétique  Tt.  1558  xvn 
(  =  K.  Lav.  vu,  74)  ;  Mvy.  821 1.  Le  même  terme 
paraît  dans  une  épithète  des  Rois  Tournant-la- 
'  Roue  Mvy.  3632.  Ttt.  1821  xxvn,  qui  donne  la  te, 
en  fait  le  nom  d'un  Dieu. 


BARAMARA 


sk.  bhramara  "abeille". 


Td.  kokuhô  H^  "abeille  noire"  T.  1341  vu. 

BARAMON  ^HHP^sk.  p.  brâhmana  ;  tib.  bram 
ze. — Brahmane. — Autres  te.  barakamana  '^^^,0 
5*,jgglâfc;fc*,  etc.  ;  abr.  ramon  g|H.— Td.  j'ôgyô 
£j?;fT  "pratiquant  la  pureté",  jôshi  ffifâ  "volonté 
de  pureté",  jôshi  ffôfâi  "volonté  d'apaisement", 
riyoku  ^f@{  "sans  Désir",  shaakuhô  fè2§f£  "re- 
jetant les  mauvaises  Essences",  jôei  fëîfaf  "postérité 
du  pur  [Brahmâ]",  jôin  Jt?f$L  "postérité  de  [Brahmâ] 
l'apaisé",  etc.  Ttt.  1775  11  donne  une  td.  gei  ^fJË 
"esprit  extérieur"  qui  doit  reposer  sur  une  inter- 
prétation fantaisiste  bahîra-manas.  Le  terme  bonshi 
$£jj£  correspond  tantôt  à  brâhmana  "brahmane" 
(T.  125  xli,  Tt.  1545  xxxiv,  Ttt.  1821  xn),  tantôt 
à  brahmacârin  "Brahmisant"  (cf.  *Bon),  terme  qui 
s'applique  à  tous  les  hérétiques  sortis  de  la  famille 
et  à  leurs  adeptes  (Tt.  1509  lxxvi),  etc. — Défini- 
tions.— Comme  les  td.  précitées,  la  plupart  des 
définitions  éparses  dans  les  textes  bouddhiques 
insistent  sur  la  pureté  rituelle,  qui  semble  avoir 
été  considérée  comme  la  caractéristique  essentielle 
des  brahmanes.  Ttt.  2087  vu  :  Baramon  signifie 
"pratiquant  la  pureté"  :  strictement  fidèles  à  leur 
Voie,  ils  se  vouent  à  la  continence  et  observent 
une  pureté  irréprochable.  Tt.  1509  x:  On  appelle 
brahmanes  ceux  dont  la  famille  est  pure  depuis 
sept  générations  et  qui  ont  reçu  les  Défenses  à  l'âge 
de  six  ans.  Ttt.  2128  xxvi  :  Les  brahmanes  sont 
des  laïcs  qui  pratiquent  la  pureté,  appartiennent  à 
la  noblesse,  rejettent  les  mauvaises  Essences  et  sont 
savants.  Ttt.  1775  11  :  Ils  ont  des  livres  sacrés  spéciaux 
qu'ils  se  transmettent  de  génération  en  génération  ; 


leur  occupation  est  l'étude  de  la  Voie  ;  ils  pratiquent 
l'austérité,  soit  dans  la  famille  soit  hors  de  la  famille  ; 
et  forts  de  leur  Science,  ils  ont  beaucoup  d'orgueil. — 
Mais  ailleurs  les  brahmanes  sont  définis  comme  les 
adeptes  du  dieu  Brahmâ,  leur  créateur  :  Gog.  xvm 
Les  brahmanes  sont  ceux  qui  étudient  tradition- 
nellement la  loi  du  dieu  Brahmâ  ;  ils  se  disent  nés 
de  sa  bouche,  et  prétendent  avoir  seuls  le  droit  de 
porter  son  nom  parce  qu'ils  sont  supérieurs  aux  autres 
castes  ;  ils  n'existent  que  dans  les  cinq  Indes,  et 
pas  ailleurs  ;  leur  appellation  singnifie  "postérité 
de  l'apaisé",  car  ils  sont  la  postérité  de  Brahmâ 
("l'apaisé"). — Origine. — La  doctrine  classique  est 
que  les  brahmanes  sont  nés  de  la  bouche  de  Brahmâ, 
alors  que  les  trois  autres  castes  (cf.  *Shishô)  sont 
nées  respectivement  de  ses  bras,  de  ses  cuisses  et  de 
ses  talons  T.  1  vi,  99  xx,  217,  Tt.  1640. — Toutefois 
l'origine  des  brahmanes  est  parfois  rattachée  au 
mythe  des  Dieux  Resplendissants  qui,  au  commence- 
ment d'une  Période,  descendent  dans  le  Jambu- 
dvîpa  pour  y  manger  la  graisse  de  la  terre  et  devien- 
nent des  hommes  (cf.  *Ahae)  ;  un  de  ces  hommes 
quitte  sa  famille,  qui  lui  paraît  une  source  de  soucis, 
pour  se  retirer  dans  les  montagnes  et  se  livrer  à  la 
méditation,  mendiant  sa  nourriture  dans  les  villages: 
c'est  le  premier  des  brahmanes  T.  1  VI,  23  VI,  24  X, 
25  x,  26  xxxix,  125  xxxiv,  etc.  Ces  textes  ajoutent 
que  certains  parmi  ces  premiers  brahmanes,  ne  se 
plaisant  pas  à  pratiquer  l'Extase,  s'établirent  parmi 
les  hommes  pour  s'adonner  à  l'enseignement  :  on 
les  appelait  "brahmanes  ne  pratiquant  pas  l'Extase" 
fuzembaramon  ^T»ï|î^|j||f"i  ou  "brahmanes  vivant 
parmi  les  hommes"  ningembaramon  AW^UffiH 
(termes  de  T.  1  VI  ;  les  autres  versions  du  mythe 
donnent  différentes  variantes).  Ttt.  2122  cix  ex- 
plique que  si  le  nom  de  Brahmâ  (brâhmana)  leur  fut 
attribué,  c'est  en  souvenir  des  Dieux  Resplendis- 
sants qui  résidaient  dans  le  monde  de  Brahmâ  (i.e. 
le  monde  du  Formel)  avant  de  descendre  sur  terre. 
— Enfin  un  autre  mythe  est  rapporté  dans  Ttt.  1796 
xix  qui,  à  propos  de  la  Libation  bouddhique  (cf. 
*Goma),  donne  un  historique  du  feu  sacré  d'après 
les  "livres  védiques"  et  décrit  en  détail  toutes  les 
sortes  de  feu  en  usage  dans  le  rituel  brahma- 
nique. Ce  curieux  exposé  est  mis  dans  la  bouche 
du  B.  lui-même  qui,  dans  une  existence  antérieure, 
aurait  été  un  roi-Brahmâ  dans  le  ciel  de  Mahâbrah- 
mâ.  A  l'origine,  dit-il,  le  feu  sacré  n'était  autre  que 
Mahâbrahmâ  lui-même,  et  s'appelait  comme  lui 
"Orgueilleux"  (gaman  ffctH)  et  "Spontané"  (jinen 
jtj$8).  Son  fils  Brahmârâja  donna  naissance  aux 
Etres,  et  au  feu  de  ce  monde  nommé  Habaku  K£|$$'6j 
(sk.  Pâvaka).  Le  texte  spécifie  ensuite  les  divers  feux 
rituels  qu'on  allume  lors  de  la  conception,  lors  du 
bain  de  la  femme  au  6e  mois  de  la  grossesse  et  une 
semaine  après  l'accouchement,  lors  de  l'imposition 
du  nom,  lors  de  l'allaitement,  lorsqu'on  coupe  les 


BARAMON 


52 


BARAMON 


cheveux  de  l'enfant,  lors  de  l'initiation  et,  douze  ans 
plus  tard,  lors  du  mariage.  Au  moment  de  l'initia- 
tion, le  jeune  homme  reçoit  un  cordon  de  roseau 
(monja  3tp|j  =  sk.  munja),  un  bâton  recourbé,  un  vase 
(gunji  jjiJ3F  =  sk.  kundî)  et  un  vêtement  de  peau  de 
daim  ;  pendant  douze  ans  il  étudie  le  Veda,  menant 
une  vie  austère  et  mendiant  sa  nourriture  dans  un 
bol  de  cuivre  rouge.  C'est  après  cette  période  qu'il 
prend  femme  et  est  admis  dans  la  caste  brahmanique. 
Il  offre  alors  à  son  maître,  avec  d'autres  cadeaux, 
une  vache  et  un  veau  ;  le  maître  procède  au  mariage, 
et  c'est  à  cette  occasion  qu'il  conte  le  mythe  suivant 
aux  jeunes  mariés  :  Au  début  des  Périodes  passées, 
le  roi  Brahmâ  le  Grand,  qui  était  le  feu  du  Soleil 
(soriyakadaibonnô  ^M^P^C^C^Ï),  descendit  dans 
le  monde  sous  la  forme  d'une  vache  et  se  livra  à 
ses  désirs  luxurieux  ;  telle  est  l'origine  de  la  caste  des 
brahmanes.  Cette  vache  que  voici,  c'est  son  corps 
qu'il  nous  a  laissé  :  suivez  son  exemple  et  perpétuez 
la  caste  de  Brahmâ! — Aspect. — Les  brahmanes 
portent  un  grand  chignon  enroulé,  sont  vêtus  d'une 
peau  de  bête  et  tiennent  un  bâton  recourbé  T.  99 
xxxix. — Ils  portent  un  cordon  brahmique  (bonsen 
$£|§,  cf.  *Bon)  et  se  tracent  sur  le  front  trois  marques 
de  terre  blanche  (chaux),  ou  de  cendre  blanche,  ou 
de  bézoard  de  bœuf  (goô  ^jUt,  sk.  gorocanâ)  ;  tout 
cela  est  interdit  aux  moines  bouddhiques  T.  145 1  1. 
— Ils  se  décorent  de  fleurs,  et  de  cordons  de  cinq 
couleurs  qu'ils  s'attachent  à  l'épaule  ib.  1. — Ils  tien- 
nent un  vase  pur  et  sont  vêtus  de  peau  de  daim  ib. 
xxviii  (où  le  cordon  brahmique  est  appelé  "cordon 
faste"  kichijôsen  ^jp^j^). — Us  portent  un  chapeau  et 
laissent  pendre  leurs  cheveux  sur  leurs  tempes  ; 
leur  bâton  est  d'or  Tt.  1545  xv. — Ils  tressent  leurs 
cheveux  en  chignon,  portent  une  ceinture,  tiennent 
un  bâton  de  bois,  leurs  vêtements  sont  simples  et 
leur  diète  frugale  Tt.  1642. — Mode  de  vie. — Tt. 
1509  xxxi  1  Les  brahmanes  honorent  la  sagesse  et 
les  livres  saints,  ne  tourmentent  pas  les  Etres,  prati- 
quent le  Don  et  observent  leurs  Défenses. — T.  1 
xv  (  =  Dîg.  Nik.  iv  Sonadandasutta)  Les  brahmanes 
réalisent  cinq  Essences  :  (1)  Il  ont  des  ancêtres 
honnêtes  et  irréprochables  depuis  sept  générations  ; 
(2)  ils  sont  habiles  à  réciter  les  trois  sections  de  la 
science  hérétique,  savent  distinguer  les  livres  sacrés 
de  toutes  sortes,  sont  versés  dans  les  mystères  des 
livres  mondains,  excellent  dans  le  grand  art  de  la 
physiognomie  et  connaissent  à  fond  la  divination, 
les  sacrifices  et  le  rituel  ;  (3)  ils  sont  beaux  ;  (4)  ils 
observent  parfaitement  toutes  leurs  Défenses  ;  (5) 
leur  sagesse  est  profonde. — T.  99  xxxi  les  trois 
Sciences  des  brahmanes:  (1)  Leurs  parents  ont  tous 
les  Caractères  des  brahmanes,  et  sont  exempts  de 
toute  souillure  ;  leurs  ancêtres  n'ont  été  l'objet 
d'aucune  critique  depuis  sept  générations  ;  (2)  ils 
appartiennent  héréditairement  à  la  classe  des  maîtres 
(sk.  guru),  sont  doués  d'éloquence,  connaissent  à  fond 


les  livres  sacrés,  les  noms  de  toutes  les  espèces  de 
choses,  les  différentes  classes  d'Etres,  les  lettres  soit 
séparées  soit  groupées,  et  l'histoire  ;  (3)  ils  sont 
beaux.  Ces  trois  Sciences  sont  opposées  à  celles  des 
Hors-Catéchisme  qui  sont  :  la  Connaissance  des 
Naissances  antérieures,  celle  des  Transmigrations,  et 
celle  de  l'épuisement  des  Ecoulements  (cf.  *Myô 
IJQ). — Ttt.  1821  1  :  Dès  l'âge  de  7  ans  ils  étudient  à 
à  la  maison  ;  à  15  ans,  ils  reçoivent  la  Loi  des  brah- 
manes et  vont  étudier  en  tous  lieux  ;  à  30  ans,  crai- 
gnant de  rester  sans  postérité,  ils  rentrent  à  la  maison 
et  prennent  femme  ;  à  50  ans,  ils  se  retirent  dans  les 
montagnes  pour  pratiquer  la  Voie.  [Cette  répartition 
s'écarte  un  peu  de  la  doctrine  classique  des  quatre 
asrama,  ou  stages  de  la  vie  brahmanique  ;  cf.  aussi 
sup.  le  texte  de  Ttt.  1796  xix  sur  les  feux  rituels.] 
— Ttt.  2125  IV  :  Partout  dans  les  cinq  Indes  les  brah- 
manes sont  considérés  comme  les  plus  nobles  ;  dans 
les  assemblées,  ils  ne  s'associent  pas  aux  trois  autres 
castes,  et  à  plus  forte  raison  doivent-ils  tenir  loin 
d'eux  les  classes  mixtes  qui  sont  en  dehors  des 
castes. — Ttt.  2087  11  spécifie  qu'on  ne  se  marie 
pas  d'une  caste  à  l'autre,  et  Tt.  1642  déclare 
qu'un  brahmane  qui  épouse  une  femme  de  la  qua- 
trième caste  se  voit  abandonné  par  ses  parents  et 
ses  dieux  familiaux  et  tombe  en  enfer  (et  de  même 
un  brahmane  qui  reçoit  de  la  nourriture  des  mains 
d'un  Sûdra  est  transformé  en  Sûdra  dans  le  délai 
d'un  mois,  et  après  sa  mort  renaît  dans  la  condition 
de  chien).  Toutefois  d'après  T.  1301  les  brahmanes 
peuvent  avoir  quatre  sortes  d'épouses  et  quatre 
sortes  d'enfants,  appartenant  à  chacune  des  quatre 
castes,  tandis  que  les  Ksattriya  n'en  peuvent  avoir 
que  trois  sortes,  les  Vaisya  deux  sortes,  et  les  Sûdra 
une  seule. — Trois  catégories  de  brahmanes  Tt.  15 79 
Txx  :  (1)  shushô  Q#|,  les  brahmanes  de  caste,  ceux 
qui  naissent  dans  une  famille  d'authentiques  brah- 
manes ;  (2)  myôsô  ig^,  les  brahmanes  de  nom  et 
de  Connotation,  ceux  auxquels  le  monde  attribue, 
par  une  Connotation  gratuite,  la  dénomination 
fictive  de  brahmanes  ;  (3)  shôgyô  ïEf?,  les  brahmanes 
de  Conduite  correcte,  ceux  qui  méritent  le  nom  de 
brahmanes  parce  qu'ils  sont  infaillibles  en  tous 
leurs  Actes  et  qu'ils  ont  rejeté  les  mauvaises  Essences. 
— Brahmanes  et  Bouddhistes. — Comme  on  l'a 
vu  par  les  définitions  citées  au  début  de  cet  article, 
les  auteurs  bouddhistes  témoignent  généralement 
à  l'égard  des  brahmanes  d'une  mansuétude  assez 
surprenante.  Ce  qui  leur  est  reproché,  c'est  surtout 
leur  orgueil.  Toutefois  il  ne  manque  pas  de  textes 
où  l'égalité  des  castes  est  formellement  affirmée, 
au  détriment  de  la  supériorité  brahmanique.  Ainsi 
une  importante  section  du  Madhyamâgama  T.  26 
xxxv-xli  est  consacrée  aux  brahmanes,  et  l'un  des 
sûtra  de  cette  section  (T.  26  xxxvn  =  Majjh.  Nik. 
n°  93  Assalâyana  ;  td.  parallèle  T.  71)  met  en  scène 
le  B.   démontrant  à  un  groupe  de   brahmanes   de 


BARAMON 


53 


BARAMON 


Kosala  (T.  71  de  Srâvastî)  l'inanité  de  leurs  préten- 
tions :  ils  se  croient  seuls  Blancs,  seuls  purs,  parce 
qu'ils  sont  nés,  disent-ils,  de  la  bouche  de  Brahmâ 
et  deviennent  Dieux  après  leur  mort;  mais,  réplique 
le  B.,  l'humanité  tout  entière  n'est  qu'un  produit 
de  la  Notation  de  l'Esprit  :  ceux  qui  en  Esprit  pra- 
tiquent bien  le  Don  renaissent  parmi  les  Dieux  et 
les  hommes  ;  mais  ceux  qui  le  pratiquent  mal  tombent 
dans  les  trois  mauvaises  Destinations,  à  quelque 
caste  qu'ils  appartiennent  [nous  suivons  la  rédaction 
de  T.  71]. — L'égalité  des  castes  est  aussi  prêchée 
au  roi  de  Mathurâ  par  Mahâkâtyâyana  dans  le  Sam- 
yuktâgama  T.  99  xx  (  =  Majjh.  Nik.  n°  84  Madhura)  : 
Les  quatre  castes  sont  entièrement  égales,  déclare  - 
t-il  expressément  ;  le  monde  les  prétend  différentes, 
mais  du  point  de  vue  des  Actes  il  n'y  a  point  entre 
elles  de  réelle  différence. — Un  thème  analogue  est 
traité  avec  force  dans  la  célèbre  Aiguille  de  Diamant 
(sk.  Vajrasûcî),  un  des  premiers  ouvrages  boud- 
dhiques connus  en  Europe  (td.  Hodgson  1829,  éd. 
'  Wilkinson  1839),  attribué  soit  à  Asvaghosa,  soit 
dans  la  version  ch.  Tt.  1642  à  Dharmakîrti. — Un 
autre  texte  fameux,  l'histoire  de  Sârdûlakarna 
(Divyâvâdâna,  td.  abr.  Burnouf,  Introd.2  205)  rap- 
porte comment  un  brahmane  refusa  de  donner  sa 
fille  en  mariage  au  Cândâla  Sârdûlakarna  ;  le  père 
de  ce  dernier,  Trisaiiku,  adresse  au  brahmane  une 
diatribe  violente  contre  le  système  des  castes,  et 
finit  par  le  convaincre. — Cf.  aussi  Tt.  201  xv  (td. 
Huber  n°  77)  Le  maître  de  la  Loi  qui  condamne  les 
institutions  brahmaniques. — Le  terme  *shamon 
^PP^  =  sk.  sramana,  qui  désigne  les  moines  boud- 
dhiques (ou  plus  généralement,  du  moins  à  l'origine, 
tous  les  religieux  "sortis  de  la  famille"  sans  distinc- 
tion de  sectes),  est  traditionnellement  associé  au  mot 
brahmane  dans  l'expression  shamonbaramon  $?f"î 
'WMkf^  =  sk.  sramanabrâhmana,  qui  remonte  aux 
plus  anciens  temps  de  l'Eglise.  D'après  Tt.  1509  x, 
cette  expression  désigne  l'ensemble  de  tous  les 
hommes  sages,  les  sramana  étant  ceux  qui  sont  sortis 
de  la  maison,  et  les  brahmanes  ceux  qui  mènent 
la  vie  de  famille  ;  les  premiers  ne  recherchent  que 
la  Voie,  les  seconds,  en  s'appliquant  à  l'érudition  et 
à  la  sagesse,  recherchent  le  bonheur.  Ib.  xliv  ajoute 
que  tous  deux  sont  également  dignes  de  recevoir 
des  offrandes. — Il  arrive  que  dans  cette  expression 
le  mot  sramana  soit  pris  en  mauvaise  part,  comme  Tt. 
1462  iv  où  les  sramanabrâhmana  sont  définis  comme 
des  ennemis  de  la  Loi  bouddhique.  Mais  générale- 
ment c'est  le  brahmane  que  l'on  cherche  à  spiritua- 
liser,  à  "sublimer"  pour  l'assimiler  au  sramana. 
Ainsi  l'Ekottarâgama  T.  125  IX  conte  comment  le 
B.  rencontre  à  Râjagrha  la  femme  d'un  brahmane, 
qui  sort  de  chez  elle  pour  porter  de  la  nourriture  à 
un  autre  brahmane  :  Auriez-vous  vu  un  brahmane  ? 
demande-t-elle  au  B.  Le  B.  lui  montre  alors  Kâ- 
syapa en  disant  :  Voici  un  brahmane.  Puis  il  prononce 


cette  stance  :  Celui  qui  n'a  ni  désir  ni  colère,  qui 
a  éliminé  l'Inscience,  l'Arhat  dont  les  Ecoulements 
sont  épuisés,  c'est  lui  que  j'appelle  un  brahmane. 
Kâsyapa  se  rend  chez  la  femme,  qui  lui  offre  à  manger; 
il  lui  prêche  la  Loi  bouddhique,  puis  s'en  retourne. 
Le  brahmane  rentre  chez  lui  ;  sa  femme  le  conduit 
auprès  du  B.  Le  brahmane  s'informe  du  prétendu 
brahmane  qui  est  venu  rendre  visite  à  sa  femme. 
Le  fi.  lui  montre  Kâsyapa  assis  en  méditation  : 
Quoi  donc  ?  s'écrie  le  brahmane.  Un  sramana  est-il 
un  brahmane  ?  Ne  sont-ils  point  différents  ?  Le  B. 
réplique  :  Si  tu  veux  parler  de  sramana,  j'en  suis  un, 
car  je  possède  leurs  Défenses  ;  si  tu  veux  parler  de 
brahmanes,  j'en  suis  un  aussi,  car  je  connais  leur 
Discipline  ;  et  il  en  est  de  même  de  Kâsyapa.  Puis  il 
récite  ces  vers  :  Je  ne  parle  point  du  brahmane  qui 
connaît  la  technique  des  Formules  et  qui  prétend 
renaître  au  ciel  de  Brahmâ  ;  car  celui-là  n'est  pas 
délivré  des  Liens.  Celui  qui  est  sans  Liens,  qui  n'a 
plus  de  Destination  où  renaître,  qui  est  libéré  de 
toute  Entrave  et  ne  vante  plus  le  bonheur  des  Dieux, 
c'est  lui  le  sramanabrâhmana.  Là-dessus  le  brahmane 
et  sa  femme  deviennent  disciples  du  B. — De  même 
dans  tout  un  chapitre  du  Dharmapada  T.  210  11, 
2ii  iv,  212  xxx,  213  iv,  presque  chaque  stance  se 
termine  par  ce  refrain  :  C'est  lui  que  j'appelle  un 
brahmane  !  P.  ex.  T.  210  il  :  Celui  qui  a  coupé  le 
courant  et  atteint  l'autre  rive,  qui  est  sans  désir 
comme  Brahmâ,  qui  connaît  l'épuisement  des 
Opérants,  c'est  lui  que  j'appelle  un  brahmane  ! 
Celui  qui  se  purifie  par  la  Loi  sans  seconde,  atteint 
l'autre  rive  et  délie  les  Entraves  du  Désir,  c'est  lui 
que  j'appelle  un  brahmane  !..  .Ce  n'est  point  celui 
qui  se  tresse  les  cheveux  que  j'appelle  un  brahmane  ; 
celui  qui  observe  sincèrement  les  Pratiques  de  la 
Loi,  le  pur,  le  Blanc,  celui-là  est  un  sage  !  S'arranger 
les  cheveux  n'implique  point  sagesse  ;  et  à  quoi 
bon  se  vêtir  d'herbes  ?  A  quoi  sert  de  se 
montrer  au  dehors  exempt  d'attachement,  si  on 
ne  l'est  pas  intérieurement  ?  Celui  qui,  vêtu 
d'habits  grossiers,  observe  en  personne  les  Pratiques 
de  la  Loi,  et  qui  médite  dans  la  solitude,  c'est  lui 
que  j'appelle  un  brahmane!  Etc.... De  même 
encore  dans  Tt.  201  xv  (td.  Huber  n°  74)  un  brah- 
mane qui  vient  de  se  convertir  au  bouddhisme 
s'écrie  :  C'est  seulement  maintenant  que  j'ai  obtenu 
la  Loi  sublime  des  brahmanes  !..  .Aujourd'hui 
seulement  j'ai  obtenu  la  Loi  du  Veda  admirable  ; 
aujourd'hui  je  me  suis  délivré  des  Passions  humaines  : 
cela  vaut  mieux  que  tous  les  Veda  ;  aujourd'hui  je 
suis  devenu  en  réalité  un  champ  excellent  de  sacri- 
fices :  je  dois  m'efforcer  d'y  offrir  de  grands  sacrifices. 
(Sur  l'interprétation  spiritualiste  du  sacrifice  dans 
le  bouddhisme,  cf.  T.  1  xv  =  Dîg.  Nik.  v  Kûtadan- 
tasutta.) — Cf.  aussi  T.  190XXXIH,  stance  adressée  par 
le  B.  à  un  brahmane  fourbe  :  Celui  qui  élimine  tous 
les  Actes  de  péché,  c'est  lui  que  j'appelle  un  brah- 


BARAMON 


54 


BARASHAKYA 


mane  !  Celui  dont  le  cœur  est  pur  et  sans  détours, 
qui  toujours  se  maintient  droit  et  tranquille,  inté- 
rieurement comme  extérieurement,  qui  observe  la 
Conduite  brahmique  prescrite  par  la  Loi,  en  parole 
comme  en  pensée,  qui  est  exempt  de  toute  con- 
cupiscence, c'est  lui  qui  est  de  la  caste  brahmanique  ! 
— C'est  dans  le  même  esprit  que,  dans  T.  i  IV  et 
T.  26  xxxix,  le  B.  enseigne  au  brahmane  Vâsista, 
lequel  défend  la  supériorité  de  sa  caste,  seule  pure, 
seule  née  de  la  bouche  de  Brahmâ,  que  tous  les 
sramana  peuvent  se  dire  brahmanes,  car  ils  sont 
les  fils  du  B.  qui  a  pour  surnom  le  Grand  Brahmâ 
(cf.  *Busshin,  init.).  Cf.  aussi  sous  *Bon  le  texte 
de  Tt.  1558  xxiv  (  =  K.  Lav.  vi,  244),  où  la  vraie 
Nature  de  sramana  est  identifiée  à  la  Nature  de 
brahmane.— La  Vibhâsâ  Tt.  1545  lxxvii  cite  un 
sûtra  ,d 'après  lequel  certains  Brahmisants  (bonshi 
j^jg)  enseignaient  trois  "Vérités  brahmaniques" 
(baramontai  ^HFIIfr)  :  (0  H  ne  faut  faire  de  mal 
à  aucun  Etre  ;  (2)  je  n'appartiens  pas  à  cela  [à  un 


Fig.  24.  Baramonshin. 

autre],  et  cela  [personne  ou  rien  autre]  ne  m'ap- 
partient ;  (3)  toutes  les  Essences  Opérées  sont  des 
Essences  à  Barrage  [sujettes  à  destruction].  D'après 
certains,  explique  la  Vibhâsâ,  les  Brahmisants  dont 
il  est  question  dans  ce  sûtra  auraient  été  des  héré- 
tiques sortis  de  la  famille,  qui  auraient  professé  ces 
trois  Vérités  correctes,  mais  avec  beaucoup  d'autres 
doctrines  fausses  ;  d'après  d'autres,  il  s'agirait  des 
bouddhistes,  appelés  brahmanes  dans  ce  sûtra  pour 
réfuter  les  prétentions  de  certains  hérétiques  qui  se 
disaient  "les  vrais  brahmanes"  quoiqu'ils  tuassent 
des  animaux  pour  leurs  sacrifices  :  pour  les  con- 
fondre, le  B.  aurait  enseigné  que  les  vrais  brahmanes 
ne  font  point  de  mal  aux  Etres  ;  ne  cherchent  point, 
en  pratiquant  la  Conduite  brahmique,  à  obtenir  les 
plaisirs  des  Dieux,  puisque  rien  ne  peut  nous  ap- 
partenir ;  et  ne  tombent  ni  dans  l'éternalisme  ni 
dans  le  nihilisme,  puisque  les  Essences  sont  à  la  fois 
Opérées,  donc  non  inexistantes,  et  à  Barrage,  donc 


non  éternelles. — Termes  composés. — Baramongo- 
ku  ^ifèP^jiSI  "le  pays  des  brahmanes"  :  l'Inde  Ttt. 
2087  11,  2088  1,  2125  m  ;  dans  ces  deux  dernières 
sources,  l'Inde  est  désignée  ainsi  par  opposition  aux 
pays  des  Ko  (Hou)  J§  (Asie  Centrale). — ~hishi  ~jg| 
?E  "les  brahmanes  fuyant  la  mort",  titre  d'un  sûtra 
T.  131,  contant  comment  quatre  brahmanes  cherchent 
à  éviter  la  mort  en  mettant  en  œuvre  leurs  Super- 
savoirs ;  même  histoire  T.  125  xxm,  211  11,  212 
il,  770. — ~jô  ~i$c  "la  ville  des  brahmanes"  :  le  B.  y 
mendia  sa  nourriture  en  vain  ;  c'est  un  des  neuf 
tourments  qu'il  eut  à  subir  en  son  existence  actuelle 

Tt.  1509  vin.  Cf.  *Nô  t$- ô  ~$l  "[Corps  de] 

Correspondance  [sous  la  forme  d'un]  brahmane", 
16e   des   32   formes    sous    lesquelles    se    manifeste 

Avalokitesvara  T.  945  VI. sen  ~{|I|   "le   Voyant 

brahmane",  nom  d'un  Trépassé  auquel  on  offre  de 
la  nourriture  après  les  repas  T.  131 3,  Sms.  iv. — 
~shin  ~ f%  "Corps  de  brahmane",  14e  des  33 
Corps  d 'Avalokitesvara  T.  262  vu  (  =  Lotus  264)  ; 
aussi  Tt.  1067  qui  lui  attribue  une  tête  de  Moine 
mendiant,  une  face  rouge,  des  vêtements  blancs  de 
Laïc  et  le  Sistre  monastique  ;  mais  cf.  l'image  ci- 
contre,  extraite  d'une  éd.  illustrée  de  T.  262  vu 
(chap.  sur  Kannon)  imprimée  en  Chine  en  1433. 
— ~sô  ~-ff§-  "moine  brahmane",  terme  désignant 
certains  brahmanes  qui  pratiquèrent  le  boud- 
dhisme, p.  ex.  en  Chine  Buddhapâlin  T.  967  préface, 
ou  au  Japon  Bodhisena  qui  reçut  en  751  le  titre 
de  ~sôjô  ~fèïE  "brahmane  administrateur  du 
Sangha"  Gkss.  xxn. 


BAR  AN  AD  A  2&BM%k,  ou  haranada 
sk.  Varanâda.  Td.  taishô  ;£§?:  "grande  voix".  Nom 
d'un  Yaksa  T.  985  II. 

BARANIMITSU  ^£|fê^  =  sk.  parinirmita  ;  td. 
take  -fÈfb  "métamorphosé  par  d'autres"  Gog.  m. 
Elément  qui  figure  dans  le  nom  d'une  classe  de 
Dieux  ;  cf.  *Takejizai. 

BARASHA  3g$£#  =  sk.  palâsa.  Td.  shakkaju  # 
fêH|  "arbre  à  fleurs  rouges".  Nom  d'un  arbre  aux 
fleurs  orange,  Butea  Frondosa.  Gog.  xxiv  dit  qu'avec 
la  sève  on  fait  une  teinture  rouge.  Ib.  xxv  donne  un 
synonyme  kenshukuka  Sû^pjfl^sk.  kimsuka  qui  est 
en  effet  le  même  arbre  ;  il  ajoute  que  les  feuilles  de 
cet  arbre,  étant  résistantes,  sont  employées  par  les 
marchands  à  la  confection  de  sacs.  Ttt.  1767  1  cité 
Keds.  358:  Les  fleurs  sont  noires  avant  l'aube,  rouges 
au  soleil,  jaunes  après  le  coucher  du  soleil.  Hbg.  ix 
cité  ib.  donne  une  td.  nichishakka  0  ffcVc  "fleurs 
rouges  au  soleil".  [C'est  l'arbre  palâs  ou  dhâk  de 
l'Inde  moderne  ;  cf.  l'article  Dhawk  du  Hobson- 
Jobson  par  Yule-Burnell.] 

BARASHAKYA  ^££&fë>  ou  harashakya  £fc§^f 


BARASHAKYA 


55 


BASERA 


(ou  ffâ)  <f£  =  sk.  prasâkha  [ou  °â]  ;  tib.  Mvy.  4071  rkan 
lag  rgus  "pieds  et  mains  bougent".  Td.  shishi  jj£;£, 
shibun  3£5h>  shisetsu  ^fîp  "branches"  (=mem- 
bres).  Stage  de  l'embryon,  quand  les  membres  se 
forment,  dans  la  cinquième  semaine  ;  Gog.  xxm, 
Ttt.  1822  ix,  1829  11.— Cf.  *Tai. 

BARASHAMARA  $&§*§?&§ =sk.  Aparacâmara, 
Varacâmara  ;  nom  d'un  des  huit  continents  inter- 
médiaires, dont  le  précédent  est  appelé  Câmara  Tt. 
1558  xi  (=K.  Lav.  m,  146).  La  Mvy.  3052  td. 
câmara  par  shôfutsu  /)\%fe  "petite  époussette",  tib. 
rria  yab  "queue  de  yak"  (utilisée  comme  époussette 
ou  chasse-mouches  ;  c'est  le  sens  du  sk.  câmara),  et 
aparacâmara  par  betsufutsu  jjlji^î  "autre  époussette", 
tib.  rna  yab  gzan  "autre  queue  de  yak"  (sk.  apara 
"autre").  Les  cm.  du  Kosa,  Ttt.  1821  xi,  1822  xi, 
td.  shômyôgo  H^Jeb^  "yak  supérieur",  ce  qui  sup- 
pose une  leçon  varacâmara  (sk.  vara  "précellent"), 
à  laquelle  correspond  bien  la  te.  de  Tt.  1558  xi. 

BARASHI  ^HH  =  sk.  balâkî  ?  Nom  d'un  arbre. 
Td.  hakuro  g^  "aigrette"  (Egretta  Modesta)  T. 
374  ix  et  Hbg.  cités  Keds.  358  ;  aussi  Ttt.  2128  xxv. 
Le  sk.  balâka  signifie  "grue"  et  ne  paraît  pas  attesté 
comme  nom  d'arbre  ;  peut-être  la  te.  ch.  correspond- 
elle  à  balâkî  (°kin)  "ayant  des  grues"  [le  troisième 
caractère  $#  se  lit  aussi  ki]. 

BARI  3£|fU  T.  374  xiii,  Ttt.  2128  xxvi,  ou  hari 
$[f!j  Hbg.  =  sk.  vâri  "eau". — Aussi  =  sk.  Bali,  nom 
d'un  Yaksa  T.  984  1  ;  et  nom  d'un  Asura,  cf.  *Bachi. 

BARIKARA  gjtfdfïIHsk.  vârsikâhara  (?)  ;  td. 
jikitô  j£;$|  "mangeur  de  jasmin"  (cf.  *Bashika). 

|BARIMANI  ^flJJ^JË  T.  984  11,  ou  bacchimatsuni 
m$J£fâ  T.  985  n-sk.  Balimani,  td.  rikishu  fiïfc 
"Gemme  de  force"  ;  nom  d'un  Yaksa. 

BARIYA  ^Pfff,  ou  bariya  ^^H5,  bayu  3gjg  = 
sk.  bhâryâ  "épouse"  ;  T.  25  x  td.  fu  #ff,  même  sens. 

BAROKITEI  $fmmfê=sk.  avalokita,  td.  Ttt. 
1709  m  b  shokan  ^ff|  "Inspecté"  :  le  Caractère 
Réel  des  B.  en  tant  qu'objet  d'Inspection. 

BAROKITEISHIBARA  mfâ$U&Wifàm=sk. 
Avalokitesvara  ;  te.  tronquée  du  nom  sk.  de  *Kannon. 

BARÔNA^»  T.  397  lviii,  Ttt.  1733  ",  Hbg., 
^nf^  T.  985  11,  baruna  fôm%  T.  848  1,  mm&  Ttt. 
1796  v  =  sk.  Varuna,  le  Dieu  des  Eaux  du  brahmanis- 
me ;  dans  le  bouddhisme,  nom  d'un  roi-Dragon  T. 
397  lviii  (qui  en  fait  le  roi  des  Dragons-poissons)  ; 
Ttt.  1733  11  td.  sui  7jc  "eau",  T.  848  1  td.  ryûô  fgï 
"roi-Dragon"  ;  aussi  nom  d'un  Dieu  dans  l'Es.,  cf. 


*Suiten  7jc^  ;  nom  de  ville,  T.  982,  984,  985,  Hbg. 
td.  ko  jg£  (cf.  J.As.  1915,  I,  96). — Aussi  nom  d'un 
vent,  comparé  à  l'Esprit  d'Eveil  qui  peut  ébranler 
tout  ce  qui  est  soumis  à  son  influence  T.  279  lxxviii 
et  283  xxxv  qui  te.  barôna  3g|tt#|J  ;  T.  278  lix  (version 
parallèle),  te.  birôna  j§,U#P  >  Ie  texte  sk.  corres- 
pondant (Gandavyûha)  donne  varunapâna  ;  cm.  Ttt. 
1735  lx  td.  jimmyôfû  jjyÊJH,  "vent  rapide  et  violent", 
qui  td.  ordinairement  le  sk.  vairambha  (cf.  *Biramba); 
d'après  Eog.  II,  il  s'agirait  d'un  vent  solide  et  dru 
qui  soutient  le  Cercle  du  vent  cosmique. 


BASANBAENTEI  Wffl'l&fâB  T.  279  lxviii,  ou 
bashabada  3g|§Ê^P£  T.  278  lxi,  te.  "complète"  ba- 
santabaentei  -Q^1^.& '$£$(}§£,  Eog.  n  =  sk.  vasantava- 
yantî  (?).  Divinité  de  la  nuit  résidant  à  Kapilavastu, 
un  des  personnages  auxquels  Sudhana  rend  visite 
d'après  le  Gandavyûha  =  T.  278  lxi,  279  lxviii, 
293  xvii  ;  cette  dernière  version  rend  son  nom  par 
shunwa  ^^P  "printemps  +  union,  harmonie"  (sk. 
vasanta  "printemps" +  vayantî  participe  présent  de 
va  "tisser"  ?).  Ellle  réside  dans  les  airs  au-dessus  de 
la  ville,  assise  sur  un  lotus  dans  un  palais  précieux  ; 
sur  son  corps  brillent  les  astérismes  ;  elle  porte  une 
torsade  pareille  à  celle  de  Brahmâ.  Elle  convertit 
les  Etres  en  les  sauvant  des  dangers  qui  les  assaillent, 
sur  terre  et  sur  mer,  dans  les  ténèbres  de  la  nuit, 
lorsque  rôdent  les  esprits  et  les  voleurs. — Eog.  il 
analyse  son  nom  ainsi  :  vasanta  "printemps" + 
vayantî  "présidant"  :  elle  préside  à  la  protection  des 
Etres  et  des  moissons  au  printemps  ;  on  l'appelle 
aussi  barabasatsuna  '^^j£$£ffl>  td.  eshimui  $c]L\ 
ffî?<  "appui  sans  crainte",  parce  qu'elle  est  l'appui 
(sk.  vasana)  des  Etres  et  les  délivre  de  toute  crainte  ; 
son  autre  nom  vasanta  "printemps"  peut  aussi 
s'interpréter  métaphoriquement  au  sens  de  "faire 
croître  le  bien  chez  les  Etres". — Ces  deux  dernières 
explications  sont  tirées  de  Ttt.  1733  xix,  qui  corrige 
en  barabasatsuna  WkW^kWM  la  te.  bashabada  ^^ 
^Pg  de  T.  278  lxi. — Un  ouvrage  ch.  du  IXe  siècle, 
le  Yûyôzasso  (Yeou  yang  tsa  tsou)  MIBHÊ^E  de 
Dan  Jôshiki  (Touan  Tch'eng-che)  JBtJjîfc:^,  rapporte 
qu'en  prononçant  le  nom  de  Vasantavayantî  (te. 
de  T.  279  lxviii)  on  peut  éviter  le  somnambulisme 
et  les  mauvais  rêves. 

BASATTARA  ^HtM  Bzm.,  ou  basan  ^# 
Ttt.  1828  vi  b  =  sk.  vastra  ;  td.  e  ^5c  "vêtement". 

BASEI  3gj£$Ç,  nom  d'un  oiseau  figurant  dans  le 
Cercle  de  Yama  (cf.  *Emma)  ;  il  ressemble  à  un 
petit  milan  ;  il  est  de  couleur  jaune,  son  bec  est  jaune  ; 
il  connaît  des  procédés  pour  se  cacher  Ttt.  1796 
xvi. — Sans  doute  sk.  bhâsa,  nom  d'un  oiseau  de 
proie. 

BASERA  ^J(tgi&=sk.  Vasila  ;  T.  278   L,  Eog.  11 


BASERA 


56 


BASHI 


et  Ttt.  1736  lxvii  td.  jizai  Èfê.  "indépendant, 
souverain"  (sk.  vasin).  Nom  d'un  batelier  de  la 
ville  de  Rôkaku  $HHtj  (sk.  Kûtâgâra),  auquel  Su- 
dhana  rend  visite  pour  recevoir  ses  enseignements 
T.  279  lxvii,  293  xiv  (  =  Gandavyûha  ;  Mitra, 
Sanskrit  Buddhist  Literature  91,  lit  Paisa  et  Kulâ- 
gâra  qui  sont  fautifs). 

BASHABA  ^H^=sk.  Vâsava  (chef  des  Vasu), 
un  des  noms  d'Indra  T.  374  xxxiii.  Td.  Ttt.  2128 
xxvi  gonjiki  JUfftj  "orné",  ou  encore  shûkongôhô 
44»&|SIW§f   "tenant   le  Joyau   de  Diamant". 

BASHANABA  3gfêUUK  =  sk.  vatsanâbha,  nom 
d'un  poison  T.  310  ex;  td.  gôtokushisai  /H§:Ï-$| 
"nombril  (sk.  nâbha)  de  veau  (sk.  vatsa)". — Peut- 
être  l'aconite  P.W. 

BASHARADAISHÔ  ^#fH*W  "le  général  de 
Diamant",  nom  d'un  des  douze  généraux  de  Bhai- 
sajyaguru  ;  cf.  *Yakushi. 

BASHARADARA  fô#rH|51s^=sk.  vajradhâra, 
nom  d'une  classe  de  divinités  es.  ;  td.  anc.  éc.  *shû- 
kongô  ^4^|^lJ  "tenant  le  Diamant",  nouv.  éc.  jikongô 
I^F^^lJ  même  sens  Ttt.  1796  I. 

BASHARAMOSHICCHI  £$ B&M  £0=sk. 
vajramusti,  td.  *kongôken  ifc|jljj!]^ê  "poing  de  Dia- 
mant" T.  901  iv.  Nom  d'un  Sceau. 

BASHARANYÛBARA  fô#rJg|X|ftSfe=sk.  vajra- 
jvala,  td.  kongôkô  &$\\Jt  "éclat  de  Diamant"  Ttt. 
1796  ix  ;  épithète  de  la  Sapience  des  Tg. 

BASHARATAKASHA  &tôr&&Çffi®  =  sk.  Vajrât- 
tahâsa,  td.  *Daishôkongô  ïk$Ç.ifc$]\]  "Diamant-éclat 
de  rire"  T.  901  VIII.  Nom  d'un  Bs.  es. 

BASHAUBASHA  3ggft$gg,  te.  incorrecte 
désignant  les  Laïcs  et  les  Laïques,  sk.  upâsaka  et 
upâsikâ,  T.  245  11  et  glose  Ttt.  1707  v. 

BASHI  ^|ÏB  "le  sacrifice  du  cheval"  ;  te.  ashiba- 
medayaja  psJiJIlB&POT^^sk.  asvamedhayajna  T. 
397  L,  qui  donne  l'analyse  suivante  :  asva  "cheval", 
medha  "piquet  précieux"  (hôchû  UtË),  yajna  "sacri- 
fice", et  ajoute  que  seuls  les  rois'du  Jambudvîpa  peu- 
vent accomplir  ce  sacrifice. — Tt.  2137  1  (Sârhkhya) 
le  mentionne  en  spécifiant  qu'il  faut  tuer  six  cents 
chevaux  ;  n'en  manquât-il  que  trois,  le  sacrifice  serait 
incomplet  et  n'assurerait  pas  la  renaissance  au  ciel. — 
Il  est  aussi  mentionné  Tt.  1579  xix  et  Ttt.  1828  v  a. 
— Tt.  1569  1  le  condamne  parce  que  le  bonheur  qui 
en  est  la  rétribution  est  Impermanent,  et  aussi 
parce  que  ceux  qui  l'accomplissent  se  rendent 
coupables  du  péché  de  Meurtre.  Cm.  Ttt.  1827  I  c  : 


Ce  sacrifice  a  pour  but  l'obtention  permanente  du 
ciel  (c.-à-d.  de  la  vie  au  ciel).  On  prend  un  cheval 
blanc,  on  le  met  en  liberté  pendant  cent  jours  ou, 
d'après  d'autres,  trois  ans  ;  sur  ses  traces  on  répand 
de  l'or,  qui  est  donné  à  tous  ;  puis  on  le  tue  en  pro- 
nonçant cette  formule  :  C'est  Vasu  (*Baso  3g»||£) 
qui  te  tue.  Ayant  été  tué  en  sacrifice,  le  cheval  lui- 
même  obtient  de  renaître  au  ciel. — T.  468  1  (aussi 
cité  Ttt.  191 2  x  a)  mentionne,  parmi  vingt-six 
Vues  perverses  dont  les  Bs.  doivent  s'abstenir,  la 
coutume  qui  consiste  à  tuer  des  chevaux  pour  les 
sacrifier  au  feu  ;  celle  de  sacrifier  quatre  mille  chevaux, 
qu'on  tue  en  tirant  des  flèches  dans  les  quatre  direc- 
tions, et  dont  les  cinq  viscères  sont  donnés  aux 
brahmanes  avec  les  sept  Joyaux  ;  la  coutume  de 
répandre  sur  les  traces  de  chevaux  lâchés  dans  les 
quatre  directions  les  sept  Joyaux,  que  l'on  offre  aux 
brahmanes;  etc. — Tt.  1509  cité  Ttt.  1827  I  c:  Pour 
sacrifier  au  ciel  [ou  aux  Dieux],  on  érige  un  piquet 
haut  de  17  coudées  (sk.  hasta),  soit  34  pieds. .  .On 
l'orne  d'objets  divers  et  on  y  attache  un  cheval  blanc  ; 
à  côté,  des  brahmanes  allument  du  feu  où  ils  jettent 
des  fleurs  et  des  parfums  en  récitant  des  Formules. 
Puis  ils  lient  des  herbes  au  ventre  du  cheval  et  le 
font  rôtir  au  bord  du  feu,  mais  sans  brûler  le  poil, 
jusqu'à  ce  que  le  cheval  meure  par  la  force  de  leurs 
Formules  :  on  dit  alors  que  le  cheval  meurt  sans 
péché.  Ils  écorchent  le  cadavre,  retirent  de  la  peau 
la  chair  et  les  os,  tête  et  queue  comprises,  et  envelop- 
pent le  tout,  avec  des  objets  précieux  d'or  et  d'argent, 
dans  la  peau,  qu'ils  recousent.  Puis  ils  rallument  le 
feu  et  prononcent  des  Formules  dont  l'effet  est  que 
le  cheval  se  lève  et  marche.  Après  quelque  temps  il 
revient  et  tombe  par  terre  ;  autour  du  territoire  où 
il  a  marché,  on  établit  un  mur  avec  des  orchidées,  et 
à  l'intérieur  de  cette 
enceinte  on  étale  les 
objets  précieux,  qui 
seront  donnés  à  tous 
en  aumône. 


BASHI     $%    T. 

848  v,m&  Ttt.  1796 
xvi,  m&  Tt.  851  h, 
mmf  Tt.  850  h,  852 

11  (p.  122  a),  bashi- 

shitta  mmmM  Tt. 

851    11,    852    n  =  sk. 
Vasistha  ;  Mvy.  3469 
tib.     gnas    'jog,    td. 
anjû  f££Ë  "bien 
établi"     (racine 
vas  "s'arrêter"). 
Nom  d'un  Vo- 
yant dans  l'Es., 
souvent   con- 
fondu   [p.     ex. 


Fig.  25.  Bashi  (Vasiçtha). 


BASHI 

Tt.  852  II,    p.  121   c]    avec   Vasu    (cf.  *Baso),  qui 
d'après  Ttt.  1796  xvi  était  son  ancienne  appellation. 
A  cette  confusion  est  peut-être  dû  le  fait  qu'il  figure 
à  deux  endroits  dans,  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice  : 
!  (1)  à  l'Est  de  la  Cour  de  Diamant  extérieure,  parmi 
les    assistants   d'Agni   (*Katen)  :    il   est   représenté 
comme  un  Voyant  de  couleur  rouge,  assis  sur  une 
natte,  le  genou  gauche  relevé  ;  il  tient  un  lotus  dans 
sa  main  droite  et  un  chapelet  dans  la  gauche  ;  à  sa 
droite  est  sa  conjointe,   tenant  dans   chaque  main 
un  lotus  ;  (2)  dans  la  Cour  d'Akâsagarbha  parmi  les 
assistants  de  *Kannon  à  mille  mains  :  il  a  l'aspect 
d'un  Voyant  émacié  ;  il  est  en  marche,  s'appuyant  de 
la  main  gauche  sur  un  bâton  ;  de  sa  main  droite  il 
semble  faire  une  chiquenaude  ;  la  tradition  rapporte 
que  s'il  figure  ici,  c'est  qu'il  s'est  construit  un  ermi- 
tage au  pied  du  mont  Potalaka  pour  servir  Kannon. 
On  le  retrouve  également,  sous  le  nom  de  *Baso, 
dans  la  série  des  28  assistants  de  Kannon  aux  mille 
mains   Bbkw.  603. — Sa  Formule  est  :   Vasistha  rsarh 
«vâhâTt.  850  11  (sic;  cf.  p.  89  b),  851  11,852  11.' Son 
Sceau  est  le  suivant  Hmjr.  870  :  la  main  droite  est 
élevée,  la  paume  en  avant,  le  pouce  et  l'index  for- 
mant   un    cercle  ;    la    main    gauche    est    devant   la 
poitrine,  la  paume  en  l'air,  le  pouce  et  le  médius 
formant  un  cercle. 

BASHIKA  ^Rjfi^n, 
ou  bashi  3||fôjj,  bashika 
3RB&8!!,  barishi  WJ0Ç, 
barishika  ^f  \\8$M> Das" 
shika  ^Sp3jn,  batsuri- 
shaka  ^!l£  •$?$!!,  barishi- 
kara  3||flj!£$Ij£j7i,  bashi- 
hari  ^Sft&flJ,  etc.  =  sk. 
vârsika  (ou  vârsaka, 
vârsakâla,  vârsapâlî). — 
Nom  de  fleur,  Jas- 
minum  Sambac. — Td. 
Eog.  i-ii  ujishôke  pfôP$ 
*t£ïf£  "fleur  qui  naît  au 
temps  (sk.  kâla)  des 
pluies  (sk.  varsa)",  c.-à- 
d.  en  été;  Ttt.  2128 
xxv  geshike  Jf  jg  fê 
"fleur  qui  arrive  en 
été",  ib.    xxvi    geshôke 

H£7£  "fleur  qui  naît  Fi«- **•  Bashi  (Vasi«ha  ou  Vasu). 
en  été"  ;  Gog.  xxi  geshôgoke  MÊMfà,  "fleur  pro- 
tectrice qui  naît  en  été"  (sk.  vârsapâlî).  Cette  fleur 
est  blanche  et  très  odorante  Ttt.  2129  v  ;  on  en 
extrait  un  parfum  Eog.  1.  Dans  l'anc.  éc.  td.  tôge 
Mt£  "fleur  de  plante  grimpante"  Ttt.  2128  xxv. 

BASHISHÔAN  $HF&fë  "la  femme  qui  brûle 
l'ermitage",  anecdote  édifiante  (*kôan  &îf|)  qui 
sert  de  thème  pour  la  méditation  dans  l'école  Zen  ; 


57  BASO 

rapportée  Gte.  vi.  Pendant  vingt  ans  une  vieille 
femme  avait  assuré  la  subsistance  d'un  ermite 
bouddhique  ;  elle  lui  faisait  servir  sa  nourriture  par 
une  jeune  fille.  Un  jour,  par  ordre  de  la  vieille,  la 
jeune  fille  embrasse  l'ermite  en  lui  demandant  : 
Comment  vous  sentez-vous  juste  en  ce  moment  ? 
L'ermite  répond  par  les  deux  vers  suivants  :  Sur  un 
froid  précipice  se  penche  un  arbre  desséché  ;  nul 
souffle  tiède  ne  l'atteint  durant  les  trois  mois  de 
l'hiver.  Irritée  de  cette  réponse  qui  lui  paraît  peu 
digne  d'un  religieux,  la  vieille  fait  brûler  l'ermitage. 

BASHÔ  &M,  le  bananier,  Musa  Basjoo. — Le 
stipe  du  bananier,  que  l'on  peut  défaire  feuille  par 
feuille  sans  trouver  une  substance  solide,  est  com- 
paré au  corps  T.  475  1  ;  aux  Opérants  T.  220  cdlxii, 
221  xxvii,  223  xxvii,  267  il  ;  aux  six  Notations 
T.  125  ix  ;  aux  théories  des  Nirgrantha  ib.  v  ;  à  la 
Sapience  qui,  sans  avoir  de  réalité  propre,  sert  à 
exposer  la  Loi,  de  même  que  le  stipe  du  bananier 
sert  à  porter  les  feuilles  T.  220  dxcvi. 

BASHUDATTA  ^^jl^=sk.  Vasudatta,  nom 
d'un  des  Laïcs  de  Fukujô  fgJ$  (sk.  Dhanyâkara  ?) 
qui  viennent  écouter  Manjusrî  T.  279  lxii  (  =  T. 
278  xlv  qui  donne  Kakujô  fgJK  ;  et  cf.  T.  293  iv 
=  Gandavyûha)  ;  Eog.  11  td.  zaise  Jttîfe  "donneur  de 
richesses"  ou  uzensegyô  ^flJÏfëff  "généreux". 

BASO  $£,  ou  T.  1339  1  3gSH=sk.  Vasu.  Nom 
d'un  Voyant  qui  fut  enseveli  vivant.  Tt.  1509  ni 
conte  son  histoire  à  propos  de  l'origine  de  la  ville 
de  Râjagrha  :  Vasu  était  autrefois  le  roi  de  ce  pays  ; 
il  sortit  de  la  maison  et  se  fit  Voyant.  En  ce  temps 
s'était  élevée,  entre  les  brahmanes  menant  la  vie 
de  famille,  et  les  Voyants  sortis  de  la  maison,  une 
discussion  pour  savoir  si,  dans  les  sacrifices  au  ciel, 
il  faut  tuer  les  Etres  et  en  manger  la  chair  :  les 
brahmanes  répondaient  par  l'affirmative,  les  Voyants 
s'y  opposaient.  La  querelle  est  portée  devant  Vasu, 
qui  déclare  que  la  loi  des  brahmanes  prescrit 
de  tuer  les  Etres  et  d'en  manger  la  chair,  et  que  les 
Etres  ainsi  sacrifiés  au  ciel  gagnent  le  ciel  après 
leur  mort  :  Quelle  erreur  !  quel  mensonge  !  s'ex- 
clament les  Voyants,  et  le  couvrant  de  crachats  ils 
prononcent  cette  formule  :  Disparais,  homme 
pécheur  !  Les  pieds  de  Vasu  s'enfoncent  dans  le  sol, 
puis  comme  il  refuse  de  se  rétracter,  restant  obstiné- 
ment fidèle  à  sa  conviction  et  aux  enseignements 
des  quatre  Veda,  il  disparaît  peu  à  peu  jusqu'aux 
genoux,  à  la  taille,  au  cou,  et  enfin  s'engloutit  tout 
entier  sous  les  yeux  des  brahmanes  qui  le  chassent 
du  monde  en  le  traitant  de  grand  pécheur.  Dès  lors 
fut  établie  la  coutume  de.  sacrifier  des  moutons  au 
ciel  et  de  s'écrier,  au  moment  d'abaisser  le  couteau  : 
C'est  Vasu  qui  te  tue.  Le  fils  de  Vasu,  Kôsha  ^$ 
"vaste  char",  lui  succéda  sur  le  trône  ;  mais,  inquiet 


BASO 


58 


BATÔKANNON 


d'habiter  le  lieu  où  son  père  avait  eu  une  fin  si 
néfaste,  il  transféra  sa  capitale  en  un  site  où  le  mena 
un  cerf  au  cours  d'une  chasse  ;  c'est  ce  site  qui 
reçut  le  nom  de  Râjagrha,  "la  demeure  du  roi". — 
T.  1339  1  donne  de  cette  légende  une  version  toute 
différente  :  Du  temps  où  le  B.  résidait  au  ciel  Tusita, 
Vasu  était  le  chef  de  6.200.000  marchands,  qu'il 
conduisit  en  mer  pour  chercher  des  Joyaux.  Au 
retour,  la  flottille  fut  assaillie  par  les  Makara,  les 
vagues,  le  vent  et  les  Yaksa.  Chacun  des  marchands 
promit  à  Mahesvara  le  sacrifice  d'un  Etre,  et  ils 
évitèrent  ainsi  ces  quatre  périls.  Au  retour,  ils  voulu- 
rent se  rendre  au  temple  pour  s'acquitter  de  leur 
vœu  ;  mais  en  route  Vasu  se  reprocha  d'être  complice 
d'une  si  mauvaise  pratique,  et  se  proposa  de  sauver 
les  moutons.  Dans  ce  but,  il  produisit  par  métamor- 
phose un  brahmane  et  un  Moine  ;  le  brahmane  se 
mit  à  la  tête  des  marchands  ;  il  fut  interpelé  par 
le  Moine  qui  l'accusa  de  commettre  un  péché  en 
tuant  des  Etres  ;  la  querelle  fut  portée  devant  Vasu 
lui-même,  changé  en  Voyant.  Vasu  tourna  en  ridicule 
le  Moine,  qui  lui  affirmait  qu'en  accomplissant  des 
sacrifices  sanglants,  bien  loin  de  monter  au  ciel, 
on  tombait  en  Enfer  :  Tu  vas  l'attester  toi-même  ! 
s'écria  le  Moine,  et  à  ces  mots  Vasu  tomba  tout  vif 
dans  l'Enfer  Sans-intermission  (*Abi).  Effrayés,  les 
marchands  relâchèrent  les  moutons  et  se  firent  tous 
Voyants  ;  dans  leur  existence  suivante,  ils  naquirent 
à  Srâvastî  où  le  B.  les  convertit.  Quant  à  Vasu,  il 
fut  tiré  de  l'Enfer  par  la  force  lumineuse  du  B. 
Keju  #jfe|f!  "collection  de  fleurs",  venu  de  l'Est,  et 
vint  rendre  hommage  au  B.  avec  des  Etres  innom- 
brables qu'il  avait  convertis  dans  tous  les  Enfers. 
A  Sâriputra,  qui  s'étonne  d'avoir  précédemment 
entendu  dire  au  B.  lui-même  que  Vasu  était  con- 
damné à  rester  en  Enfer  pour  toujours,  le  B.  réplique 
qu'une  telle  croyance  est  fausse  ;  et  il  ajoute  diverses 
interprétations  du  nom  de  Vasu,  qui  toutes  tendent 
à  prouver  sa  nature  non  infernale  :  va  signifie  "ciel", 
su  signifie  "sagesse"  :  un  Etre  qui  possède  la  sagesse 
céleste  ne  saurait  être  infernal  ;  etc. — Baso  te.  aussi 
le  nom  d'un  Dieu,  sk.  Vâsudeva  (nom  de  Krsna), 
mentionné  T.  374  xxiv,  Ttt.  2087  xi,  etc.  ;  deux  des 
td.  de  ce  nom  données  Ttt.  2128  xxvi,  jitsu  ^  "réel" 
et  butsu  <$J  "chose",  reposent  sur  une  fausse  lecture 
vastu  ;  la  troisième,  ji  #J}  "terre",  est  énigmatique. 
—Cf.  *Bashi  £&. 

BASOTO  ig^ig  ou  ^fg4-  =  sk.  vastu,  terme 
qui  sert  de  titre  aux  sections  de  la  Discipline  (p. ex. 
Osadhivastu  "la  section  des  Médicaments")  Ttt. 
2154  ix,  Ssk.  11  b. 

ÎBATARI  @|  (ou  ^)  fôM=sk.  badarî  (ou  °a),  le 
jujubier  ou  le  jujube,  Zizyphus  Jujuba.  Td.  Ttt. 
1821  xxx,  Gog.  xxiv  shôsô  /h]§Ê  "petit  jujube". 
Mvy.  5809  donne  sk.  badaraphala,  tib.  rgya  sug  gi 


'bru,  ch.  sôkaku  ^^,  jinshibyaku  i^-ffg. — [Aussi 
nom  d'un  moine  Ttt.   1821   xxx,   Gog.  xxiv.] 

BATEI  f$Jg  =  sk.  patnî  "épouse"  (fém.  de  pati 
"maître,  époux").  Métaphore  de  Kôbô  Daishi  : 
"l'Esprit  est  l'épouse  des  Bs.  des  quatre  Perfections" 
Shrs.  vu. 

BATEIYA  $UgflTj,  te.  aphérétique  du  sk.  upâ- 
dhyâya  "Professeur"  (cf.  *wajô  JfP/pjJ)  Hizk.  1.  [Cf.  la 
forme  tamoule  vâdiyan  ;  en  graphie  koutchéenne, 
le  pa  de  upâdhyâya  était  souscrit  et  ne  formait 
qu'une  syllabe  avec  l'u.] 

BATÔKANNON  JUfiJfg^  (parfois  lu  Mezukan- 
non)  "Avalokitesvara  à  tête  de  cheval",  une  des 
formes  de  *Kannon  ;  sk.  Hayagrîva  "cou  de  cheval"  ; 
tib.  Rta  mgrin,  même  sens. — Te.  Jkayakiriba  [pour 
kayagechiriba]  MTOflJ^  T.  848  1,  901  vi,  fâWfà 

mm  t.  848  h,  wmmm  tu.  i796  v,  m tom 

Ttt.  2128;  *£&]&  [gochi]  £Bft  Ttt.  1072  A,  ^ 
5H2  [gochi]  Pf|J^  T.  950  il.— T.  848  1  en  fait  un 
Rot  de  Science  :  Le  Roi-porte-Science,  Grande-Force 
(dairirijimyôô  jtj)fôty]3c.),  a  la  couleur  du  soleil 
levant  ;  son  corps  est  orné  de  lotus  blancs  ;  son  éclat 
est  intense,  comme  une  guirlande  de  flammes  ;  il  est 


Fig.  27.  Batôkannon  (Tôzu). 

courroucé  et  montre  les  dents  ;  ses  ongles  sont 
aigus  et  il  a  des  cheveux  de  lion  ;  c'est  Hayagrîva. — 
Cm.  Ttt.  1796  v  :  Hayagrîva  se  td.  "tête  de  cheval". 
Il  n'est  ni  jaune  ni  rouge,  comme  le  soleil  levant. 
Son  corps  est  orné  de  lotus  blancs  en  guise  de  colliers, 
etc.  ;  les  flammes  de  son  auréole  sont  intenses  et 
ardentes,  pareilles  à  des  guirlandes  ;  ses  ongles  sont 
longs  et  aigus  ;  du  haut  de  sa  bouche  sortent  deux 


BATÔKANNON 


59 


BATÔKANNON 


dents  ;  sa  chevelure  est  comme  une  crinière  de  lion  ; 
son  expression  est  courroucée.  C'est  un  Roi 
Porte-Science  (jimyôô,  sk.  vidyâdhararâja)  de  la 
Section  de  Diamant.  La  grande  force  de  Bonne- 
volonté  de  ce  Bs.  se  compare  au  cheval  qui  est  un 
des  sept  Joyaux  des  Rois-tournant-la-Roue,  et  qui 
parcourt  sans  cesse  les  quatre  continents,  son  esprit 
étant  présent  partout  à  chaque  instant . . .  Les  lotus 
blancs  symbolisent  sa  Compassion  Blanche  et  pure, 
au  moyen  de  laquelle  il  soumet  beaucoup  d'Etres. 
— Hayagrîva  est  donc  à  la  fois  Roi  de  Science  et  Bs.  ; 
dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice,  où  il  figure  à 
la  7e  place  du  r*r  rang  dans  la  Cour  d'Avalokitesvara 
(Kannonin  HëHfên:»  aussi  dite  Cour  de  la  Section 
de  Lotus  Rengebuin  ^§ij!!§nfl$c),  il  est  appelé  tantôt 
Bs.,  tantôt  Roi  de  Science. — Ses  noms  es.,  ou  noms 
de  Diamant,  sont  Jinsokukongô  J&^^IâJlJ  "Diamant 
de  rapidité"  (parce  qu'il  est  rapide  comme  le  cheval 
des  Rois-tournant-la-Roue),  ou  Kanjikikongô  Rj$ 
&'Ê'|îfi]lJ  "Diamant  dévorant"  (parce  qu'il  dévore 
rObstruction  de  l'Inscience  Ttt.  1072  A).  Ces  noms 
paraissent  reposer  sur  des  interprétations  fantaisistes 
du  sk.  asva  "cheval",  d'une  part  par  âsu  "rapide", 
de  l'autre  par  as  "manger". — Ses  Germes  sont  ham 
(première  syllabe  de  Hayagrîva,  avec  l'anusvâra) 
ou  khârh  (première  syllabe  de  khâdaya  "dévorant", 
avec  l'anusvâra). — Sa  Formule  la  plus  usuelle  est 
la  suivante  Tt.  930,  11 84  etc.  :  On  amirito  tôbaba 
unhatta  fyW&UfflfaWWr&fà*  td.  Hmjr.  879: 
Orh  !  Né  de  l'Ambroisie,  hûrh  !  crac  !  (sk.  ora  amr- 
todbhava  hûrh  phat).  Mais  T.  848  11  en  donne  une 
autre  :  Kyada  hanja  sahataya  saka  fèjp;S^lf]^fiSlfE-tfe 
^fpf,  td.  Hmjr.  879  :  Dévorant,  brisant,  détruisant  ! 
Svâhâ  !  (sk.  khâdabhanjasphatya  svâhâ). — Sa  Forme 
de  Convention  est  une  tête  (ou  une  bouche)  de  cheval. 
— Son  Sceau  est  "en  forme.de  bouche  de  cheval" 
bakugyô  J^P^:  les  mains  sont  jointes  paume 
contre  paume,  les  médius  et  les  auriculaires  dressés 
l'un  contre  l'autre,  les  index  et  les  annulaires  repliés 
dos  à  dos  vers  les  paumes  ;  les  pouces  sont  tendus 
en  arrière  pour  figurer  la  gueule  ouverte  du  cheval 
'dévorant"  Tt.  930,  Hmjr.  879. — Les  cérémonies 
qui  lui  sont  consacrées  dans  l'Es,  ont  pour  but  d'as- 
surer la  victoire  sur  les  ennemis,  de  chasser  les 
maladies,  d'éteindre  les  péchés,  etc.  Pour  ces  céré- 
monies, des  prescriptions  détaillées  sont  données 
T.  901  vi  ;  toutefois  dans  les  sectes  es.  du  Japon 
on  utilise  actuellement  un  Rituel,  Ttt.  1072  A,  dont 
la  td.  est  attribuée  à  Amoghavajra,  mais  qui  serait  un 
faux,  d'après  le  maître  jap.  Jôgon  ££JH  (1638-1701). 
D'autre  part,  Batôkannon  est  au  Japon  l'objet 
d'un  culte  populaire  comme  divinité  protectrice  des 
chevaux  (de  même  en  Mongolie,  Grûnwedel  Myth. 
164),  ou  plus  généralement  du  bétail.  Dans  le  système 
qui  identifie  les  six  *Kannon  de  la'  secte  Shingon 
aux  six  de  la  secte  Tendai  (énumérîes  Ttt.  191 1  11  a  ; 
'identification    paraît    remonter    à     Ninkai     {Hfffc, 


Fig.  28.  Batôkannon  (amulette  du  Entsûji). 

985-1046  A.D.,  cf.  Krgs.  1  cité  Bdjt.  1820),  Batôkan- 
non correspond  en  effet  à  Shishimuikanzeon  ffî^M 
ftMflM^t  Qui  préside  à  la  Destination  des  Animaux 
(shishi  et  mui  sont  tous  deux  des  équivalents  du  sk. 
simha  "lion";  cf.  J.As.  1925,  1,  40).  Dans  les  villes 
comme  à  la  campagne,  on  rencontre  partout,  au 
bord  des  routes,  l'image  en  pierre  de  Batôkannon, 


BATÔKANNON 


60 


BATÔKANNOI 


avec  ou  sans  chapelle  ;  parfois  la  pierre  n'est  pas 
sculptée  et  porte  simplement  son  nom  en  caractères 
ch.  Dans  certaines  régions  les  paysans  célèbrent  sa 
fête,  qui  est  l'occasion  de  toutes  sortes  de  réjouis- 
sances ;  ainsi  au  Entsûji  05Χ^F  près  de  Gotemba 
^Mx^,  au  pied  du  Mont  Fuji,  la  fête  de  Batôkan- 
non,  à  qui  ce  temple  est  dédié,  avait  lieu  naguère  en 
septembre  et  s'accompagnait  de  courses  de  chevaux  ; 
le  cavalier  vainqueur  recevait  en  récompense  une 
image  de  la  déesse  montée  en  kakémono.  Ces  courses 
ont  été  interdites  par  la  police  depuis  l'introduction 
au  Japon  des  courses  de  chevaux  à  l'européenne, 
avec  paris,  et  la  fête  a  été  reportée  en  avril.  Le 
temple  de  Entsûji  prétend  remonter  à  l'aventurier 
Oguri  Hangan  /M^UIf  (1398-1464),  qui  l'aurait 
fondé  en  mémoire  de  son  célèbre  cheval  Onikage 
î&liSi^  "le  démon  fauve".  Ce  temple  délivre,  en 
guise  d'amulettes,  de  petites  gravures  représentant 
la  déesse,  que  les  propriétaires  de  bétail  collent  sur 
la  porte  de  leurs  étables.  Lorsqu'un  cheval  est 
malade,  ils  mandent  l'abbé  du  temple  qui  vient 
accomplir  une  cérémonie  à  domicile.  Si  le  cheval 
guérit,  son  propriétaire  le  mène  au  temple  et  y  fait 
des  offrandes  pour  rendre  grâces  à  la  divinité,  et 
souvent  il  érige  près  de  sa  ferme  une  pierre  de  Batô- 
kannon.  Si  le  cheval  meurt,  on  invite  l'abbé  à 
exécuter  des  rites  devant  une  de  ces  pierres  :  ces 
rites  comportent  des  offrandes  de  grains  de  riz,  de 
sel,  de  thé,  etc.  ;  l'abbé  revêt  pour  l'occasion  un 
Froc  sur  lequel  est  peint  un  cheval.  Le  Entsûji 
appartient  à  la  secte  Zen,  et  Batôkannon  y  est  figurée 
avec  une  seule  face,  et  deux  mains  dont  le  Sceau  n'est 
pas  conforme  aux  prescriptions  de  la  secte  Shingon  ; 
dans  une  petite  chapelle  à  côté  de  l'autel,  on  conserve, 
pieusement  enveloppée  dans  des  soieries,  une  grosse 
pierre  en  forme  de  tête  de  cheval,  trouvée  sur  une 
montagne  du  voisinage.  Parmi  les  autres  temples 
de  Batôkannon  au  Japon,  un  des  plus  célèbres  est 
le  Matsuodera  fàpê,^f  dans  la  province  de  Tango 
f\^k>  où  elle  est  vénérée  comme  la  29e  des  "33 
Kannon  des  provinces  de  l'ouest". — La  tête  de 
cheval  qui  caractérise  cette  forme  d'Avalokitesvara 
rappelle  le  mythe  du  cheval  céleste  qui  sauve  des 
marchands  retenus  dans  une  île  par  des  ogresses 
féroces:  dans  le  Jâtaka  p.,  11  127,  le  cheval  est 
appelé  Valâha  ;  le  marchand  qu'il  secourt  reçoit  le 
nom  de  Simhala  dans  Ttt.  2087  xi  ;  Ttt.  1733  vin 
parle  d'un  roi-cheval  Balâha,  td.  un  gt  "nuage" 
(sk.  balâhaka),  qui  parcourt  les  airs  et  sauve  les 
naufragés  ;  T.  24  II,  qui  te.  Baraka  ^HHM  et  td. 
chômô  Jç3§  "longs  poils",  donne  ce  nom  au  cheval 
qui  est  un  des  Joyaux  des  Rois-tournant-la-Roue  ; 
cf.  aussi  T.  152  vi,  190  xlix,  etc.  Dans  la  plupart 
des  versions  de  ce  mythe,  le  cheval  sauveur  est 
présenté  comme  une  incarnation  antérieure  du  B. 
Sâkyamuni.  Mais  le  Gunakârandavyûha  (cf.  Mitra 
Catal.  97,  Burnouf    Introd.2   200  ;  contrairement  à 


ce  que  prétendent  divers  auteurs,  ce  sûtra  ne  paraît 
pas  avoir  été  td.  en  ch.),  où  l'on  retrouve  les  noms 
de  Simhala  et  de  Balâha,  fait  de  ce  dernier  une  in- 
carnation d'Avalokitesvara,  Simhala  étant  le  futur 
Sâkyamuni  ;  et  le  temple  de  Neak  Pean  à  Angkor, 
devant  lequel  se  dresse  une  belle  représentation  sculp- 
turale du  mythe,  était  dédié  à  Lokesvara  (BEFEO 
XXIII,  404-405). — Iconographie. — On  trouve  dans 
l'iconographie  jap.  une  grande  variété  de  types  de 
Batôkannon  :  à  une,  trois  ou  quatre  faces  (toutes 
humaines),  à  deux,  quatre  ou  huit  bras  ;  l'expression 
est  parfois  douce,  plus  généralement  courroucée  ;  les 
attributs  diffèrent,  les  plus  fréquerfts  étant  le  lotus 
et  la  hache.  La  caractéristique   essentielle   est   une 


Fig.  29.  Batôkannon  (Plan  de  Matrice). 

petite  tête  de  cheval  qui  surmonte  la  face  centrale, 
dans  la  coiffure. — Très  rarement,  la  face  humaine 
est  remplacée  par  une  tête  de  cheval  :  c'est  le  cas  du 
type  dit  des  T'ang,  Tôzu  ^HH,  qui  d'après  la  tradi- 
tion remonterait  à  Subhakarasirhha  Hmjr.  879  ; 
la  tête  de  cheval  porte  un  lotus  surmonté  d'un 
petit  Amida  ;  les  attributs,  hache  dans  la  main 
gauche,  lotus  dans  la  droite,  sont  conformes  aux 
stipulations  de  T.  1092  ix. — T.  901  vi  décrit  deux 
types  :  (1)  Le  premier  se  peint  sur  des  flacons  de 
terre  cuite.  Il  a  quatre  faces  ;  celle  de  gauche  est 
noire,  avec  des  prunelles  vertes  et  des  crocs  ap- 
parents ;  celle  de  droite  est  rouge,  on  l'appelle 
"face  qui  mange  les  Formules"  kitsujumen  ^Py£M  > 
la  face  centrale  inférieure,  blanche,  a  une  belle 
expression  de  Bs.  ;  au-dessus  de  la  statue  flotte  en 


PLANCHE  VII 


2.     Bishamon 
(statue  du  Hôryûji). 


i.     Batôkannon  (statue  du  Kanzeonji). 


3.     Benzaiten  (Kamakura). 


BATÔKANNON 


61 


BATSUNANDA 


l'air  une  quatrième  face,  bleue,  qui  crache  des 
jjoyaux.  Chacune  des  têtes  porte  une  coiffure  pré- 
cieuse surmontée  d'un  petit  B.  de  Métamorphose 
assis.  La  main  gauche  tient  un  lotus,  l'avant-bras 
test  relevé,  le  poing  devant  l'omoplate  ;  la  droite 
pend,  les  cinq  doigts  étendus  faisant  le  Sceau  du 
[Don  de  Sécurité.  Aux  poignets  des  bracelets,  des 
(colliers  au  cou,  l'image  est  debout  sur  un  lotus.  (2) 
[Le  second  type  s'emploie  pour  les  peintures  qui  se 
placent  au  centre  des  Cercles  d'eau  (suidan  7jtff^, 
[autels  circulaires  correspondant  à  l'élément  Eau). 
Comme    dans    le  "^L^T 

type     précédent,    O^ç^/jt 


la  face  de  gauche, 
poire  et  terrible, 
montre  des  crocs, 
les  cheveux  sont 
hérissés  ;  celle  de 
[droite  est  rouge 
et  blanche,  riante, 
les  cheveux  sont 
bleus  ;  celle  du 
centre,  rouge  et 
planche,  aux 
cheveux  bleus, 
respire  la  Com- 
passion ;  elle  est 
burmontée  d'une 
tête  de  cheval 
ileu  foncé,  la 
bueule  fermée. 
Derrière  la  nuque  JV> 
est  une  auréole 
multicolore.  La 
main  gauche,  re- 
levée   devant    le 

Bein,       tient       un     Fig.  30.  Batôkannon  (type  de  T  .901  VI). 

lotus  rouge  sur  lequel  repose,  à  hauteur  des  faces 
pe  l'image,  un  B.  de  Métamorphose  assis,  revêtu 
pun  Froc  rouge  et  auréolé.  La  main  droite,  tendue 
horizontalement,  tient  une  Gemme-de-Désirs  blan- 
che, entourée  d'une  flamme  rouge  ;  de  cette  main 
t'échappent  toutes  sortes  de  Joyaux.  L'image  est 
brnée  de  peaux  de  tigre,  de  bracelets,  de  colliers  ; 
pile  est  placée  debout  sur  un  lotus  rouge,  et 
purmontée  d'un  dais  ;  au-dessus  d'elle  flottent  des 
Instruments  de  musique,  et  à  ses  côtés  dansent  des 
pieux. — Les  attributs  de  ce  second  type  se  retrouvent 
pans  une  image  de  Kkzs.  m,  1006,  reproduite  fig.  30. 
J— Dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice,  l'image  a  deux 
iiains  jointes  en  Sceau  et  trois  faces  surmontées 
p'une  tête  de  cheval  ;  toutefois  dans  l'exemplaire  de 
te  Cercle  transmis  au  Hieizan,  elle  a  trois  faces  et 
huatre  mains  :  deux  jointes,  les  deux  autres  tenant 
la  hache  et  le  chapelet  ;  et  dans  l'exemplaire  du 
Engakuji  H]^#  de  Kamakura,  elle  a  une  face  et 
uuatre   mains,   dont  deux   tiennent   respectivement 


le  lotus  et  le  Diamant  à  trois  dents. — Un  type  assis 
à  une  face  et  deux  mains,  tenant  la  hache  à  gauche 
et  le  lotus  à  droite,  est  décrit  T.  1092  IX.  Un  autre 
de  couleur  bleu  foncé,  avec  une  auréole  rouge,  une 
face,  et  deux  mains  tenant  le  flacon  à  gauche  et  le 
lotus  à  droite,  est  figuré  Kkzs.  ni,  qui  décrit  aussi 
un  type  à  une  face  et  deux  mains  dont  la  droite 
tient  un  double  lotus  tandis  que  la  gauche  fait  le 
Sceau  du  Don  de  Sécurité. — Un  type  debout  à 
quatre  mains,  dont  deux  sont  jointes,  les  autres 
tenant  le  lotus  à  gauche  et  la  hache  à  droite,  est 
décrit  T.  1101  et  figuré  Kkzs.  (Bzss.  fig.  155). — 
Un  type  à  trois  faces  et  quatre  mains,  deux  jointes, 
les  autres  tenant  la  hache  à  droite  et  faisant  le  Sceau 
du  Don  de  Sécurité  à  gauche,  est  décrit  Tt.  1067. 
— Un  type  à  trois  faces  et  six  mains,  deux  jointes, 
les  autres  tenant  le  flacon  et  le  lotus  à  gauche,  la 
bâton  et  le  hache  à  droite,  est  représenté  par  une 
fresque  du  Takase  Garandô  K^i'IllfJllM^  au  Kyûshû  ; 
Bbkw.  fig.  225. — Un  type  d'aspect  courroucé,  à 
trois  faces  et  huit  mains,  figure  dans  le  Cercle  de 
Manjusrî  aux  huit  lettres  (basé  sur  Tt.  11 84)  :  deux 
des  mains  sont  jointes  en  Sceau,  les  autres  tiennent 
à  gauche  le  bouton  de  lotus,  le  flacon  et  le  bâton  ; 
les  mains  droites  tiennent  la  hache,  le  chapelet  et 
le  lacet  ;  cf.  Bbkw.  485.  Mêmes  attributs  dans  une 
image  de  Kkzs.  iv,  mais  qui  repose  sur  un  buffle  ; 
Bzss.  fig.  156. — Un  autre  type  à  trois  faces  et  huit 
bras  est  représenté  par  une  belle  sculpture  en  bois, 
datée  par  tradition  de  l'époque  Heian  (1126-1130)  et 
conservée  au  Kanzeonji  fjJtitÇ^f  au  Kyûshû  (Bztk. 
fig.  LXiii  ;  cf.  pi.  vu)  :  les  faces,  courroucées,  ont 
chacune  trois  yeux  ;  deux  des  mains  sont  jointes  en 
Sceau  ;  à  gauche  les  autres  mains  tiennent  la  roue  et  le 
bâton,  la  quatrième  est  vide  ;  les  mains  droites  tien- 
nent la  hache,  l'épée  et  le  chapelet.  Mêmes  attributs 
dans  une  image  assise  de  Jksh. — Un  type  terrible, 
couleur  de  feu,  à  nez  de  singe,  à  colliers  et  bracelets 
de  serpents,  à  coiffure  de  lotus,  est  décrit  T.  950  11. 

BATSUMOKUCHÔ  $gH  "l'oiseau  qui  ar- 
rache les  yeux"  Juok.  ;  glosé  par  a  J|  "corbeau". 

BATSUNANDA  ^  (ou  $)  m$£,  ou  T.  397 
lxviii  bananda  3HHPÉÎ  =  sk.  Upananda,nom  d'un  roi- 
Dragon,  ordinairement  associé  à  Nanda.  Td.  kenki 
^^  "sage  (upa)  joie  (nanda)"  Ttt.  1723  il,  zenki  § 
:g:  "bonne  (upa)  joie  (nanda)"  Ttt.  1718  11  ;  mais 
Eog.  il  td.  correctement  le  préfixe  sk.  upa  par  kin  j£ 
"proche". — Upananda  est  un  des  cinq  rois-Dragons 
de  T.  397  lviii  :  il  y  représente  une  des  cinq  espèces 
de  Dragons,  les  Dragons-serpents.  Il  est  aussi,  avec 
Nanda,  un  des  huit  rois-Dragons  de  T.  262  1 
(  =  Lotus  3). — D'après  Ttt.  1718  11,  Nanda  et 
Upananda  sont  deux  frères  :  Upananda  est  le  cadet  ; 
du  temps  du  roi  Bimbisâra,  ils  protégeaient  le 
Magadha,  faisant    tomber   la  pluie   à  temps   pour 


BATSUNANDA 


62 


BEN 


éviter  toute  sécheresse; 
c'est  Maudgalyâyana 
qui  les  avait  soumis. 
Bimbisâra  institua  une 
fête  populaire  annuelle 
en  leur  honneur. — 
L'Ekottarâgama  T. 
125  xxviii  contient  le 
récit  de  leur  soumis- 
sion ;  il  y  est  fait  al- 
lusion dans  l'Asokâva- 
dâna  (  =  Divyâvadâna 
395)  T.  2043  11,  Tt. 
2042  1.  Tt.  1509  xxxii 
en  fait  deux  frères  qui 
veulent  détruire  Râ- 
jagrha  ;  ils  sont  aussi 
mentionnés  ensemble  Fig"  3I>  Batsunanda  (Upananda). 
T.  279  lxiv. — Dans  l'Es,  ils  figurent  dans  la  Cour 
de  Diamant  extérieure  du  Plan  de  Matrice  Ttt.  1796 
v  ;  cf.  *Nanda,  et  *Ryûô. — D'après  T.  945  cité 
Beal,  Catena  39,  le  Dragon  Upananda  peut  entendre 
sans  oreilles. — [Upananda  est  aussi  le  nom  d'un 
mauvais  moine  qui  manifesta  une  joie  déplacée  lors 
du  Nirvana  du  B.,  T.  1  iv,  1428  LlV,  etc.  ;  à  propos 
de  ce  moine  Ttt.  2128  xxv  et  1767  1  notent  la  te. 
complète  uhananda  H$cH|f6.] 

BATSUYU  fâfifa  "la  comparaison  du  radeau"  : 
la  Loi  bouddhique  est  pareille  à  un  radeau  qu'il 
faut  rejeter,  après  s'en  être  servi  pour  traverser  le 
fleuve  des  Transmigrations  T.  26  LV,  235,  997  vin. 

BATSUZETSUJIGOKU  fôfiWWi  'TEnfer  où 
l'on  étire  les  langues"  (comme  du  cuir),  nom  d'un 
Enfer  Ojys.  1  b. 

BATTô  um,  ou  mm,  &m,  %m,  mm,  titre 

(inexpliqué)  d'une  pièce  de  *Bugaku,  q.v. 

BAWA  3g$l  =  sk.  bhava?— Cri  d'enfant;  lors- 
qu'un Tg.  l'énonce,  bha  signifie  "Opéré"  et  va 
"Inopéré"  T.  374  xx. 

BAYA  JgJf|5= sk.  payas  "l'eau"  T.  374  xm  ;  Hbg. 

te.  haya  $Jfô. 

BAYABEI  £fgjÇ£  =  sk.  vâyave,  datif  de  vâyu 
"vent"  (cf.  *Bayu)  ;  Dng.  vu  en  donne  une  inter- 
prétation es.  syllabe  par  syllabe. 

BAYU  ^Jg  T.  985,  Ttt.  2131  11,  Bzm.,  ou  G$g. 
T.  848  11,  Ttt.  2128  xxxviii,  Bjffg  Ttt.  1796  v,  ^Ug 
T.  984  n  =  sk.  vâyu;  td.  fû  J^  "vent",  fûjin  J^,^, 
*fûten  Bji  "dieu  du  vent".  Il  protège  le  Nord- 
Ouest  Ttt.  1796  V,  2128  xxxviii. 


BAZAR  A  jfq|B  (ou  souvent  incorrectement  0)  H 
Ttt.  2154  ix,  ouid.|!iB^Hizk.ii,gJtBftTtt.  2061 

I  ;  bashara  {$#f£g  ib.  et  Ttt.  1701  1,  Eog.  i,  im% 
T.  901  11,  vin,  flttfflft  T«-  J796  1,  ix  ;  bajara  /fJcfS 
|$  Ttt.  2087  ix,  mmMi  T.  901  iv,  vm,  Ttt.  1698,  j£ 
mm  Ttt.  2060  11,  M£|  T.  1892;  bajitsura  Rf^ 
Ttt.  1796  vm  ;  hajara  $t|?||fji(=  T.  202  il  ;  hatsujara 
SUSJJiÊ  T.  984  1  ;  etc.  =  sk.  vajra,  p.  vajira  ;  tib.  rdo 
rje  "diamant"  ;  td.  *kongô  jfc$\\  "Diamant",  kongô- 
sho  &W\ffi  "pilon  de  Diamant". 

BAZARAUN  #$B$|l4  =  sk.  vajrahûm,  nom  de 
Diamant  du  Roi  de  Science  Trailokyavijaya  (*Gô- 
sanze  [^Htit)- 

BEISHA  P^£  (°u  H)>  anc-  éc-  bisha  Wtéï>  JË& 
=  sk.  vaisya,  la  troisième  des  quatre  castes  de 
l'Inde  ;  td.  shôko  $jJÏ  "marchands"  ;  ou  Gog. 
xvin  et  Ttt.  1828  1  :  za  %  "assis",  zako  %fâ  "com- 
merçant assis". — Cf.  *Shishô  09^. 

BEISHAKYA  ÇK£fè,  g$£fè=sk.  vaisâkha,  nom 
d'un  mois  correspondant  à  avril-mai  ;  Mvy.  8263 
tib.  dpyid  zla  tha  chun  sa  ga,  ch.  kishun  ^^ 
"troisième  mois  du  printemps".  Ttt.  2087  11 
l'identifie  à  la  période  comprise  entre  le  16  de 
deuxième  lune  et  le  15  de  la  troisième  lune  du 
calendrier  ch. — C'est  en  ce  mois  qu'est  né  le  B.,  le 
jour  de  la^pleine  lune  T.  1452  v. — Cf.  *Bishakya. 

BEN  ^,  ou  benzai  ^if  (parfois  lu  bensai  Bdjt. 
!577)>  ou  gyôsetsu  (rakusetsu)  ^ffè,  etc.  ;  te.  Tt. 
994  11  harateibada  §^PUg^®|5,  Tt.  881  harateibana 
fàBMWb,  Ttt.  2131  iv  hateiba  ^Jg3g  sk. 
pratibhâna  (terme  qui  indique  à  la  fois  la  présence 
d'esprit  et  l'éclat  de  la  parole),  p.  patibhâna  ;  tib. 
spobs  pa  "assurance,  audace". — Eloquence. — C'est 
le  quatrième  des  Pleins-Savoirs  (*mugege  3Sfë§|§ 
propres  aux  B.,  aux  Bs.,  aux  B.-pour-soi  et  aux 
plus  avancés  des  Auditeurs.  Ces  Pleins-Savoirs 
reçoivent  tous  quatre  le  nom  de  ben  ^  dans  certaines! 
td.,  p.  ex.  Tt.  1548  ix,  1553  11,  Ttt.  1723  11,  Mvy.jJ 
196  (aussi  benzai  flftz}?  Ttt.  1788  va)  ;  mais  le  mot|] 
ben   correspond   au  sk.   pratibhâna  dans  Tt.    1558 

XXVII,  1545  CLXXX,  1542  VII,  1562  LXXVI,  1579  XLVJ 

1585  ix,  etc.  Ailleurs  pratibhâna  est  rendu  par' 
benzai  ^if  Tt.  1604  1,  x,  1606  xiv  ;  par  gyôbeni 
I5i?  Tt.  1559  xx  ;  par  ôben  MM  Tt.  1548  ix,  1553 

II  ;  ou  encore  T.  279  xxxviii,  397  v,  1583  vi,  Tt. 
1509  xxv,  1552  xi,  1646  xvi,  Mvy.  200  par  les 
caractères  Hlffe  qui  se  lisent  soit  gyôsetsu  "paroles 
[conformes  au]  désir  [des  Etres]",  soit  rakusetsu 
"paroles  [prononcées  avec]  plaisir"  (sur  ces  deux 
interprétations,  cf.  Ttt.  1721  11  ;  la  première  seule 
est  donnée  Ttt.  1851  xi,  1925  111  b.) — Tt.  1558 
xxvii  et  1559  xx  (  =  K.  Lav.  vu,  89-94)  définissent  I 
l'Eloquence  comme  la  capacité  de  s'exprimer  d'une  i 


BEN 


63 


BENZAITEN 


façon  à  la  fois  serrée  (exacte,  sk.  yukta  Mvy.  874) 
et  déliée  (aisée,  mukta  Mvy.  875),  ou  encore  Tt. 
1558  xxvn  comme  le  déroulement  coulant  et  non 
entravé  du  discours,  ou  Tt.  1559  xx  comme  des 
paroles  victorieuses  de  démonstration  et  de  réfuta- 
tion ;  elle  a  pour  Domaines  la  voix  et  le  Chemin  ;  elle 
comporte  neuf  Connaissances  ;  elle  est  de  toutes  les 
Terres. — Ttt.  1851  xi  distingue  cinq  conditions  requises 
de  l'Eloquence  :  (1)  Elle  doit  tenir  compte  de  la 
différence  des  Sens,  (2)  de  la  différence  des  doctrines, 
(3)  de  la  différence  des  noms  qui  désignent  les  Es- 
sences, (4)  de  la  différence  des  langues  ou  dialectes, 
(5)  elle  doit  user  de  sons  pleins  et  illimités  comme 
ceux  de  la  Conque. — Six  qualités  de  l'Eloquence  des 
Bs.  qui  pratiquent  la  perfection  de  Sapience  Tt. 
1509  lv  :  (1)  elle  est  rapide,  shôshitsuben  $1$;^  ;  (2) 
inépuisable,  mujimben  ffè^z^  ;  (3)  on  ne  peut  l'inter- 
rompre, fukadamben  ^PJÊff^  ;  (4)  elle  est  appropriée 
(aux  auditeurs),  zuiôben  fêtiH^  ;  (5)  riche  de  Sens, 
giben  f|$|f  ;  (6)  suprême  au  monde  (en  tant  qu'elle 
Sert  à  enseigner  le  G.V.),  sekensaijôben  tft53^_h^- 
■Sept  qualités  T.  220  lxxxiv,  liste  analogue  à  la 
précédente  :  (1)  sans  restriction  ;  (2)  inépuisable;  (3) 
appropriée  ;  (4)  rapide  ;  (5)  infaillible  ;  (6)  riche  de 
Sens  ;  (7)  suprême  au  monde.  Ttt.  1735  xvn  [sur  T. 
279  xvi]  donne  une  liste  un  peu  différente,  en  ajou- 
tant des  explications  :  (1)  prompte  (à  la  réplique)  ; 
(2)  rapide  (comme  une  cascade,  tant  l'intelligence  des 
arguments  est  parfaite  chez  l'orateur)  ;  (3)  appropriée 
(à  toutes  les  circonstances);  (4)  infaillible  ;  (5)  in- 
interrompue ;  (6)  riche  de  Sens  ;  (7)  suprême  au 
monde.  Cf.  aussi  Dmsh.  xxix. — Huit  qualités  T.  220 
dlxvii  :  (1)  pas  enrouée,  fushikatsuben  ^^B^^l 
[sur  le  sens  de  shikatsu,  cf.  Ttt.  2128  vm]  ;  (2)  pas 
confuse,  fumeiramben  ^nj2ËHL^  \  (3)  sans  crainte, 
fufuiben  ^ffî^^  ;  (4)  sans  orgueil,  fukyômamben 
^fâ^kftfty  :  (5)  pleine  de  Sens,  gigusokuben  fUJIf 
5è.Tr&  î      (6)     savoureuse,     migusokuben     $frMtfè.Wt  '■> 

(7)  sans  maladresse  ni  aspérité,  fusetsujûben  sfsffl, 
^  ;   (8)   appropriée   aux   (trois)   saisons   (chaude, 

pluvieuse,  froide)  et  aux  (trois)  parties  (du  discours, 
début,  milieu,  fin),  ôjibunben  }&$%&%$. — Neuf 
qualités  T.  220  dlxvii  :  (1)  sans  attachement  ;  (2) 
inépuisable  ;  (3)  continue  ;  (4)  ininterrompue  ;  (5) 
sans  lâcheté  ;  (6)  sans  crainte  ;  (7)  pas  commune  ; 

(8)  sans  limite  [sk.  anantapratibhâna,  une  des  vertus 
des  Tg.,  Mvy.  389  ;  aussi  nom  d'une  Extase,  ib. 
585]  ;  (9)  adorée  des  dieux  et  des  hommes.  Cf.  aussi 
Tt.  1552  I. — Cf.  *Benshaku,  *Benzaiten. 

BENJISHINGON  |Jf^EW  "Formule  pour  ré- 
gler une  affaire",  terme  désignant  dans  l'Es,  les 
Formules  qui  accompagnent  certains  actes  rituels  : 
Onction,  offrandes,  etc.  Ttt.  1796  vin. 


BENSHAKU  fâ% 
h  harateibanakuta 


'Amas  d'Eloquence",  te.  Tt. 
llJS»{PE=sk.  pratibhâ- 


Fig.  32.  Benshaku. 


nakûta;  tib.  spobs  pa  brtegs  pa. — Epithète  des  Bs. 

Mvy.  703  (qui  td. 
benzaishû  ffi^M)- 
Plus  particulière- 
ment, nom  d'un  Bs. 
qui  figure  parmi  les 
16  vénérables  de  la 
Bonne  Période  ac- 
tuelle dans  le  Cercle 
du  Plan  de  Diamant 
Tt.  88i,Hmjr.  967; 
son  nom  es.  est 
Gyôbenkongô  Vjffi 
ifcUlj  "Diamant 
d'Eloquence",  son 
Germe  est  :  vi,  sa  Forme  de  Convention  est  un 
nuage  de  cinq  couleurs  ;  dans  sa  main  droite  il  tient 
un  nuage  sur  un  lotus,  sa  main  gauche  fermée  est 
posée  sur  sa  hanche. — Aussi  nom  d'un  maître  de  la 
Loi  qui  devint  plus  tard  le  B.  Aksobhya  T.  831  ; 
cf.  *Ashuku. 

BENZAITEN  fâjr%,  ou  Benten  ffîX  (pour  ^ 
on  trouve  souvent  £|)f  qui  est  incorrect)  "la  Déesse 
de  l'Eloquence"  (cf.  *Ben)  ;  te.  Ttt.  1796  v,  x  :  sara- 
sabateiei  gif|  (ou  W  HKfcJSA,  Ttt.  1788  v  a  :  sara- 
shicchibatei  fÉl£fê^il®  =  sk-  Sarasvatî  —  Déesse 
d'origine  védique,  personnification  de  la  rivière 
Sarasvatî  "riche  en  étangs"  ;  le  murmure  de  l'eau 
étant  comparé  à  celui  de  la  parole,  elle  préside  à 
l'éloquence  et  à  l'érudition.  Dans  le  bouddhisme 
elle  est  généralement  considérée  comme  la  déesse 
de  l'éloquence  et  de  l'intelligence,  et  reçoit  les  noms 
suivants  :  Benzaiten  ^|^"^,  Benzaitennyo  ^^T 
XiC  T.  853  m,  1091  xv,  T.  1153  1,  Daibenten 
j$kx  T-  664  VI>  Daibentenjin  ^C^X#  T.  663 
11,  Daibenzaitennyoshin  ^C^^^^C#  T.  665  vu, 
"déesse  de  l'Eloquence".  Toutefois  certains  textes 
es.  lui  attribuent  le  sexe  masculin  et  la  dési- 
gnent sous  d'autres  noms  :  Bionten  Hît-^  T.  848 
11,  Ttt.  1796  x,  Myôonten  IfàtJK  Ttt.  1796  xvn 
"divinité  des  beaux  sons",  ou  Myôongakuten  #j;f|- 
$&%  Ttt.  1796  v  "divinité  de  la  musique".  Ttt.  1796 
v  lui  donne  une  concubine  (hi  $£),  et  ib.  xvn  dit  que 
Daiben  ~X^$  est  le  nom  de  son  impératrice  (gô  Jp), 
Myôon  $$9  désignant  sa  forme  masculine,  ainsi 
nommée  parce  qu'elle  produit  des  sons  supérieurs 
à  cent  milliers  de  sons  brahmiques. — Ib.  x  compare 
cette  divinité  aux  Gandharva,  les  musiciens  célestes  : 
elle  en  diffère  un  peu,  car  ce  qu'elle  révèle  ce  n'est 
pas  la  musique,  mais  les  beautés  de  la  psalmodie 
(ei  jgjO  céleste  ;  elle  a  pour  Substantiel  la  première 
syllabe  de  son  nom,  sa,  qui  a  le  Sens  de  solidité 
(sk.  sâra)  ;  s'il  y  a  solidité,  il  y  a  production,  durée, 
modification  et  disparition  [les  quatre  Caractères  de 
l'Opéré,  K.  Lav.  il,  223,  cf.  *Ui  ^"1^]  ;  mais  dans 
la  lettre  a  il  n'y  a  pas  de  solidité,  et  par  conséquent 


BENZAITEN 


64 


BENZAITEN 


pas  de  création  ni  de  destruction  ;  or  toutes  les 
lettres  peuvent  s'expliquer  par  la  lettre  a  [puisque 
toutes  s'y  ramènent,  cf.  *A  ;  par  conséquent  la 
syllabe  sa  a  à  la  fois  le  Sens  de  solidité  et  celui  de 
non-solidité].  Par  ses  beaux  sons,  cette  divinité 
réjouit  les  Etres  ;  par  ses  expressions  délicates  et 
souples,  elle  leur  procure  du  plaisir  :  ses  paroles 
n'étant  pas  "solides",  elle  leur  fait  comprendre 
l' Impermanence  ;  et  en  même  temps  elle  leur  fait 
attester  l'Essence  "solide"  de  Tg. — Le  Suvarnapra- 
bhâsottamarâjasûtra  T.  663  II,  664  vi,  665  vu,  con- 
sacre tout  un  chapitre  à  Benzaiten  ;  nous  résumons 
ce  chapitre  d'après  la  td.  de  Gijô,  T.  665  vu,  qui  suit 
de  près  le  texte  sic.  ;  T.  663  11  et  664  vi  sont  moins 
développés. — La  déesse  s'adresse  au  B.  en  ces  termes: 
Si  un  maître  de  la  Loi  récite  ce  sûtra,  j'augmenterai 
son  intelligence  et  l'éloquence  de  ses  paroles  bien 
ornées.  S'il  en  oublie  la  lettre  ou  le  sens,  je  les  lui 
rappellerai  et  les  lui  ferai  bien  comprendre,  et  il 
n'aura  pas  de  difficulté  à  mémoriser  les  Formules . .  . 
Et  je  ferai  obtenir  à  tous  les  Etres  innombrables  qui 
entendront  ce  sûtra  une  Inconcevable  Eloquence, 
prompte  et  aiguë,  une  intelligence  inépuisable,  la 
compréhension  de  tous  les  sâstra  et  des  arts,  la 
sortie  des  Transmigrations  et  la  réalisation  rapide  de 
l'Eveil  correct-complet-sans-supérieur;  et  je  leur  as- 
surerai longue  vie  en  leur  existence  présente  et  un 
corps  sans  défaut . . .  [Ici  s'arrête  le  texte  de  T.  663  11.] 
Benzaiten  enseigne  ensuite  comment,  en  se  baignant 
selon  certains  rites  dans  une  lotion  de  trente-deux 
sortes  de  médicaments  et  en  prononçant  certaines 
Formules,  on  peut  se  guérir  des  maladies,  vaincre 
ses  ennemis,  échapper  aux  démons,  aux  envoûte- 
ments, aux  malchances,  aux  influences  astrales 
néfastes,  prolonger  sa  vie,  se  délivrer  de  la  misère  et 
devenir  riche,  etc.  Puis  elle  ajoute  :  Si  des  moines 
ou  des  nonnes,  des  laïcs  ou  des  laïques,  reçoivent, 
récitent,  écrivent,  répandent  ce  sûtra,  je  leur  rendrai 
visite  avec  mes  assistants,  leur  ferai  des  concerts  de 
musique  céleste  et  les  protégerai  de  tout  mal  ;  ils 
atteindront  bien  vite  l'Eveil  Sans-Régression.  Le 
B.  félicite  alors  la  déesse,  et  le  brahmane  Kyôchinnyo 
ImR^P  (sk.  Kaundinya)  lui  adresse  un  éloge  en 
vers  :  O  Sarasvatî,  intelligente  et  énergique,  reçois 
toutes  les  offrandes  des  hommes  et  des  dieux  !  Ta 
gloire  emplit  le  monde  ;  tu  peux  exaucer  les  vœux 
de  tous  les  Etres.  Tu  résides  sur  le  sommet  des 
hautes  montagnes,  dans  une  hutte  de  roseaux  ;  tes 
vêtements  sont  des  herbes  nouées  ;  et  tu  te  tiens  dans 
l'attitude  de  l'attente,  un  pied  levé.  Auprès  de  toi 
viennent  s'assembler  les  dieux  ;  ils  entonnent  tes 
louanges  et  te  supplient,  ô  sage  Sarasvatî  !  de  faire 
à  tous  les  Etres  don  de  paroles  merveilleuses. — 
Pour  répondre  à  ce  vœu,  la  déesse  prononce  une 
longue  Formule  suivie  de  stances  :  ceux  qui  réciteront 
cette  Formule  et  adoreront  les  B.  et  les  dieux  sont 
assurés  d'obtenir  Eloquence,  richesse,  pouvoirs  ma- 


giques, intelligence,  gloire,  Libération.  .  .  Kaundinys 
prononce  alors  un  nouvel  éloge  en  vers,  "conform* 
aux  enseignements  des  anciens  Voyants"  [cet  élogt 
est  extrait  du  Harivarhsa]  :  Benzaiten  y  est  identifié* 
à  la  déesse  Nârayanî,  épouse  de  Visnu  ;  elle  y  reçoii 
les  épithètes  de  faste,  sereine,  intelligente,  modeste 
glorieuse,  maternelle,  brave,  pratiquant  la  Bonne- 
volonté,  victorieuse  dans  les  combats,  charitable 
patiente.  Elle  peut  se  manifester  comme  la  sœur  dt 


[Je:  ^  M  ï&  &  ^)1 


Fig.  33.  Benten  (amulette  du  temple  d'Inobazu). 

Yama,  vêtue  de  soie  bleue,  aux  yeux  effrayants  : 
tantôt  elle  hante  les  précipices,  tantôt  les  grottes,  le 
bord  des  rivières  ou  les  grandes  forêts  ;  les  hommes' 
de  la  brousse  l'adorent  ;  elle  porte  une  bannière  faite 
de  plumes  de  paon  ;  les  bêtes  sauvages  et  domestiques; 
lui  font  escorte  ;  elle  agite  un  grelot  dont  le  son  se! 
fait  entendre  dans  les  monts  Vindhya  ;  ou  bien  elle 
tient  une  lance  à  trois  pointes,  ou,  à  droite  et  à  gauche, 
des  Enseignes  solaire  et  lunaire  ;  on  lui  fait  offrande 
le  9e  et  le  11e  jour  de  la  lune  noire.  Elle  se  montre 
aussi  sous  la  forme  de  Vâsudeva,  compatissante  au 


PLANCHE     VIII 


BENZAITEN  (SARASVATI). 

Peinture  du  VIIIe  siècle  (date  d'après  S.  Ôraura,  Zu/.ôshûko,  VI). 
Châsse  de  Kichijôten,  conservée  à  l'Ecole  des  Beaux-Arts,   Tokyo. 


BENZAITEN 


65 


BENZENNA 


milieu  des  batailles  ;  ou  sous  celle  de  Gopinandâ,  tou- 
jours victorieuse  dans  les  combats  avec  les  dieux . . . 
Elle  est  le  salut  de  ceux  qui  ont  peur  à  la  guerre, 
qui  vont  tomber  dans  des  fosses  enflammées,  qui 
passent  des  gués  dangereux  ou  sont  attaqués  par  des 
brigands  . .  .  Enfin  Kaundinya  récite  une  Formule 
(td.  en  ch.)  à  la  gloire  de  la  déesse  :  c'est  là  qu'est 
décrit  le  type  à  huit  bras  qui  a  passé  dans  l'icono- 
graphie jap.,  avec  ses  attributs  :  l'arc,  la  flèche,  le 
sabre,  la  lance,  la  hache,  le  Diamant,  la  Roue  de  fer 
et  le  lacet.  — Plus  loin  T.  665  x  met  encore  dans  la 
bouche  de  Sarasvatî  un  éloge  en  vers  du  B.,  qui 
manque  au  texte  sk. — Dans  l'Es,  jap.,  Benzaiten 
figure  à  l'ouest  de  la  Cour  de  Diamant  extérieure  du 
Plan  de  Matrice,  entre  Nârayanî  et  Kumâra.  Son 
Sceau  est  dit  Hinain  H^ÉP  "Sceau  de  la  vînâ"  (luth 
hindou)  :  la  main  gauche  est  étendue  près  du  nom- 
bril, la  paume  en  l'air,  comme  pour  tenir  le  luth  ;  le 
pouce  et  l'index  de  la  droite  se  touchent  comme  pour 
pincer  la  corde,  les  trois  autres  doigts  sont  relevés 
'Tt.  851  11,  853  m,  Ttt.  1796  xiv.  Sa  Forme  de  Con- 
vention est  le  luth.  Son  Germe  est  :  sa  (sup.  Ttt. 
1796  x).  Sa  Formule  est  :  Om  Sarasvatî  svâhâ  (Hmjr. 
965),  ou  bien  :  Namo  samantabuddhânârh  Sarasvatî 
svâhâ  (Tt.  853  m). — Dans  le  culte  populaire  au 
Japon,  Benzaiten  est  généralement  considérée  comme 
la  déesse  de  la  richesse  ;  c'est  à  ce  titre  qu'elle  figure 
parmi  les  sept  divinités  du  bonheur  (shichifukujin 
"tipw'T'lO»  est  invoquée  par  les  spéculateurs,  etc.  Son 
nom  est  alors  écrit  ||lf|t^  (souvent  abr.  en  Ben- 
ten  $$JO-  La  ressemblance  des  mots  zai  zp  "talent" 
et  zai  jj/j*  "richesse"  explique  comment  on  a  pu 
attribuer  à  Sarasvatî  ce  rôle  de  patronne  de  la  fortune 
qui  appartient  en  réalité  à  Srî  ou  Laksmî  (*Kichijc- 
ten  pî^X)  »  ^a  confusion  était  d'autant  plus  facile 
que  ces  deux  divinités  figurent  souvent  côte  à  côte, 
tant  dans  la  mythologie  hindoue  que  dans  les  textes 
et  l'iconographie  bouddhiques.  Ainsi  dans  le  Suvar- 
naprabhâsottamarâjasûtra,  le  chapitre  consacré  à 
Sarasvatî  est  immédiatement  suivi  d'un  chapitre 
consacré  à  Sri  ;  au  Tôdaiji  MX^f  de  Nara  sont 
conservées  de  belles  statues  en  bois  des  deux  déesses, 
formant  paire;  et  la  peinture  reproduite  pi.  vin 
décore  une  "châsse  de  Srî"  Kichijôtenzushi  i^ffiJi 
1HP.  Du  reste,  plusieurs  passages  du  Suv°  prabh° 
sûtra,  cités  ci-dessus,  comptent  la  richesse  parmi  les 
biens  que  Sarasvatî  peut  procurer  à  ses  fidèles. — Le 
rôle  de  Benzaiten  comme  déesse  de  la  richesse  n'a 
pas  entièrement  effacé  au  Japon  ses  autres  attribu- 
tions :  on  invoque  son  image  à  deux  bras  pour 
acquérir  l'intelligence,  et  son  image  à  huit  bras 
pour  obtenir  la  victoire  à  la  guerre  Asbs.  clv.  D'autre 
part,  ses  sanctuaires  s'élèvent  souvent  dans  des 
étangs,  des  lacs,  ou  au  bord  de  la  mer  sur  des  îlots, 
sites  qui  rappellent  ses  origines  :  ainsi  à  Tôkyô  son 
temple  le  plus  célèbre  est  situé  sur  un  îlot  au  milieu 
de  l'étang  Shinobazu  ^Sfife.  à  Ueno  Jiigf  ;  et  parmi 


les    cinq    grands   sanctuaires    de    Benten   énumérés 

Hmjr.  967,  quatre  se  trouvent  placés  sur  des  îlots, 

soit    dans   le  lac 

Biwa  à  Chikubu- 

shima  jfr  &  g, 

soit  au  bord  de  la 

mer  à  Enoshima 

&/  H  [cf.  Bzze. 

ni,  7  b],  à  Miya- 

jima  "g"!!   et    au 

Kinkazani£|j£-|Ij. 
— Il    circule     au 
Japon  un  certain 
nombre  de  sûtra 
apocryphes       où 
Benzaiten   est 
désignée  sous  le    >V 
nom    mystérieux  /    U 
deUga^jelleV 
y  est  décrite  com- 
me     une     déesse  Fig-  34-  Benzaiten  (Plan  de  Matrice). 

portant  dans  sa  coiffure  un  serpent  blanc  à  face  de 
vieillard,  avec  huit  mains  qui  tiennent  respective- 
ment, à  gauche  la  Gemme,  la  lance,  la  Roue  et 
l'arc,  à  doite  l'épée,  une  arme  pointue,  la  clé  et 
la  flèche  ;  elle  est  accompagnée  de  quinze  (ou  seize) 
Garçons  (figurés  Bzze.  m)  ;  cf.  Bdjt.  100,  1164. — 
Iconographie. — On  distingue  dans  l'iconographie  jap. 
deux  types  de  Benzaiten,  l'un  à  deux  mains,  l'autre 
à  huit  mains  ;  les  attributs  varient.  (1)  Types  à  deux 
mains:  (a)  type  es.  figurant  dans  le  Plan  de  Matrice  : 
la  main  gauche  soutient  un  luth,  la  main  droite  en 
joue  ;  (b)  type  populaire  :  la  main  gauche  tient  une 
Gemme,  la  droite  une  épée  Bzze  111  ;  cf.  la  statue  du 
XIIIe  siècle  appartenant  à  la  série  des  vingt-huit 
assistants  de  Kannon  à  mille  mains,  conservée  au 
Myôhôin'^;^^  de  Kyoto  :  la  main  gauche  tient  une 
Gemme  Bbkw.  603.  (2)  Types  à  huit  mains  :  (a) 
peinture  de  la  châsse  de  Kichijôten  reproduite  pi. 
IV  :  les  attributs  sont  conformes  au  texte  de  T.  665 
vu  :  à  gauche  le  lacet  (devant  la  poitrine),  l'arc,  le 
Diamant,  la  lance  à  trois  pointes  ;  à  droite  la  Roue 
de  fer  (devant  la  cuisse),  la  flèche,  le  sabre,  là 
hache  ;  l'image  est  entourée  de  quatre  personnages, 
non  identifiés  sauf  Hârîtî  à  gauche  en  bas  ;  (b) 
autres  attributs,  texte  Jksh.  x,  images  Asbs.  vi  : 
à  gauche  la  lance,  le  Diamant  à  trois  pointes, 
l'arc,  la  Roue,  à  droite  la  lance,  le  croc,  la  flèche, 
le  lacet  ;  (c)  autres  attributs,  le  type  à  huit  mains  le 
plus  populaire  Bzze.  m  :  à  gauche  la  Gemme,  la 
lance  à  trois  pointes,  la  Roue,  l'arc,  à  droite  l'épée, 
la  clé,  le  bâton,  la  flèche. 


BENZENNA  œ$J  Ttt.  1821  v,  Ssk.  vi  a,  fëîfjtf 
Ttt.  1830  iv,  ou  henzenna  JH§§^Î  Gog.  xxiv,  ben- 
shana  'fËJTrfJHJ  Ttt.  1822  v,  Ssk.  vi  b  =  sk.  p.  vyanjana  ; 
tib.  chig  'bru,  etc. — Sens  principal  :  lettre,  td.  mon 


BENZENNA 


66 


BETSUGEDATSU 


3t  Tt.  1558  v  (  =  K.  Lav.  11,  238  sq.)  :  Par  "lettre" 
(mon  ~£,  sk.  vyanjana),  il  faut  entendre  une  lettre 
prononcée  (ji  ^,  sk.  aksara,),  comme  a,â,i,î,  etc. 
Mais,  demande-t-on,  le  mot  ji  (aksara)  n'a-t-il  pas 
aussi  le  sens  de  lettre  écrite  ?  On  répondra  :  Les 
lettres  prononcées  n'ont  pas  été  faites  pour  rendre 
manifestes  les  lettres  écrites  ;  ce  sont  les  lettres  écrites 
qui  ont  été  faites  pour  faire  connaître  les  lettres 
prononcées...  On  appelle  mot  (myô  %,  sk.  nâma) 
ce  qui  produit  une  Connotation,  p.  ex.  les  mots 
couleur,  son,  odeur,  etc.  ;  on  appelle  phrase  (ku  -fej, 
sk.  pada)  un  discours  comportant  le  développement 
nécessaire  pour  que  le  sens  soit  complet,  ou  encore 
ce  qui  fait  comprendre  les  diverses  relations  d'acti- 
vité, de  qualité,  de  temps,  qui  concernent  un  certain 
objet  :  p.  ex.  la  stance  :  Impermanents  sont  les 
Opérés,  etc.,  ou  la  proposition  :  le  Nirvana  est  tran- 
quille, etc.  ;  on  appelle  lettre  (mon,  sk.  vyanjana)  une 
lettre  prononcée,  p.  ex.  ka,  kha,  ga,  etc. — Cm.  Ttt. 
1821  v  énumère  les  sens  suivants  du  sk.  vyanjana  : 
éventail  (vyanjana  pour  vyajana),  condiments, 
lettre  ;  tous  ces  sens  peuvent  se  ramener  à  celui  de 
"rendre  manifeste,  faire  connaître"  (sk.  vi-anj°)  : 
l'éventail  rend  manifeste  le  vent,  les  condiments 
rendent  manifeste  la  saveur  des  aliments,  les  lettres 
font  connaître  des  mots,  des  phrases,  des  sens  ; 
c'est  pourquoi  les  anciens  traducteurs  rendaient 
vyanjana  par  mi  lïfc  "saveur". — Id.  Ttt.  1822  v,  qui 
compare  la  voix  à  la  soie  d'un  brocart,  les  lettres 
aux  lignes  brodées,  les  mots  aux  dragons,  phénix, 
etc.,  que  dessinent  ces  lignes,  et  la  phrase  au  groupe 
décoratif  que  forment  les  dragons,  phénix,  etc. — 
Explications  analogues  Ttt.  1830  11  b,  qui  ajoute  les 
sens  de  "marque  mineure"  (sk.  anuvyanjana,  les  80 
marques  mineures  des  Grands  Mâles,  cf.  *Sô  ^9)  et 
d'"organe  sexuel"  ("marque"  du  sexe  ;  cf.  sk.  lihga 
"signe"  et  "organe  viril"). — Ce  dernier  sens  aussi 
Ssk.  VI  a  :  de  même  que  la  lettre  rend  manifestes 
des  mots  et  des  phrases,  ainsi  l'organe  sexuel  rend 
manifeste  sa  Rétribution. — Mon  3C,  sk.  vyanjana, 
désigne  souvent  la  lettre  par  opposition  au  Sens, 
gi  i§,  sk.  artha  ;  Mvy.  1546.  Autres  sens  cités  Mvy.  : 
consonne  2013  ;  mets  (légumes)  5704  ;  marque 
corporelle  292  ;  organe  sexuel  8297  (sambhinna- 
vyanjana  "châtré"),  9514  (id.  "impuissant"),  8775 
(ubhaya -vyanjana  "hermaphrodite"),  et  8931. 

BESSHINRON  %\]%tm,  terme  désignant  les 
sâstra  qui  portent  sur  un  sûtra  déterminé  (p.  ex.  Tt. 
1509,  1522,  etc.),  par  opposition  à  ceux  qui  traitent 
d'un  ensemble  de  sûtra  en  général  (tsûshinron  y§^ 
fre,  p.  ex.  Tt.  1594,  1585,  1564  pour  les  sûtra  du 
G.V.,  Tt.  1646  pour  les  sûtra  du  P.V.)  ;  Ttt.  1929  vi. 

BESSHÔ  jjljgjf ,  invitation  particulière.  Ttt.  1804 
m  c  :  La  Discipline  des  Dharmagupta  distingue  deux 
sortes  d'invitations  adressées  aux  moines  :  les  invita- 


tions faites  en  passant  par  la  filière  de  la  Communauté 
(sôjishô  fè^ffâ,  c.-à-d.  adressées  au  chef  de  la  Com- 
munauté, qui  délègue  un  moine  auprès  du  donateur) 
et  les  invitations  particulières  (besshô,  adressées 
directement  à  un  moine)  ;  cette  Discipline  autorise 
les  moines  à  accepter  des  invitations  particulières, 
mais  beaucoup  d'autres  textes  le  leur  interdisent  :  ainsi 
le  Brahmâjâlasûtra  (T.  1484,  vingt-septième  Défense 
légère)  déclare  que  les  fils  du  B.  ne  doivent  jamais 
accepter  des  invitations  particulières  ni  des  offrandes 
pour  eux-mêmes,  car  ces  offrandes  reviennent  à  la 
Communauté  des  dix  directions,  et  les  accepter  en 
particulier  c'est  voler  la  Communauté  ;  le  Ninnôkyô 
£3E|?  (T.  246  11  ad  fin.)  condamne  les  mauvais 
moines  qui  acceptent  de  telles  invitations  ;  d'après 
la  Discipline  des  Sarvâstivâdin,  Zenshô  ^§*Ë  (sk- 
Sujâta),  en  invitant  séparément  le  B.  et  les  cinq 
cents  Arhat,  ne  s'est  pas  acquis  le  Terrain  de 
Mérite  qui  est  le  fruit  d'une  invitation  adressée  à  la 
Communauté,  alors  qu'en  invitant  au  nom  de  la 
Communauté  un  seul  moine,  fût-il  hypocrite  et 
mauvais,  il  eût  obtenu  d'innombrables  Rétributions  ; 
la  Discipline  des  Mahîsâsaka  ne  permet  d'accepter 
des  invitations  particulières  que  de  la  part  de  per- 
sonnes sorties  de  la  maison  et  Libérées  ;  le  Gohyaku- 
mon  SB" PI  (T.  1483)  stipule  que  si  l'on  reçoit  une 
invitation  particulière  on  peut  envoyer  quelqu'un 
à  sa  place  pour  prendre  la  nourriture,  à  moins  que  le 
donateur  ne  s'en  offusque  ;  etc. 

BESSHÛ  %\]%fc,  se  séparer  de  l'assemblée  :  péché 
des  moines  qui  s'abstiennent  d'assister  aux  céré- 
monies de  leur  Paroisse  ;  il  est  classé  parmi  les 
Méfaits  Ttt.   1804  1  a. 

BESSOMMANDARA  ft]&^£ffli,  °"  betsudam- 
mandara  ElJtSU^ii-  Cercle  dont  le  personnage 
central  est  un  autre  que  Vairocana. — Cf.  *Mandara. 

BETANA  %\]fâffi  =  sk.  vestana  ?  Td.  i  g  "entou- 
rer" Ttt.  21 31  iv,  qui  donne  comme  synonyme  le 
terme  beisonuten  tik^-ffiX  "Dieu  Vestana"  (?). 
Mais  la  te.  beisonu  P^2p$X  désigne  dans  T.  145 1 
xxxix  une  des  villes  qui  reçurent  une  partie  des 
reliques  du  B.  Sâkyamuni  après  la  crémation  de  son 
corps  (p.  Vethadîpaka  ?). 

BETSUDEN  glj-ff,  "transmission  spéciale"  de 
la  doctrine  "d'Esprit  à  Esprit",  en  dehors  de  tout 
enseignement  écrit  ou  oral,  dans  la  secte  Zen  ;  Ttt. 
2059  VI. 


BETSUGEDATSU  #Jg?Jfè  "Libération  séparée", 
sk.  prâtimoksa,  p.  pâtimokkha  ;  tib.  so  sor  thar  pa 
"Libération  un  à  un". — Pénitentiel  ;  une  des  trois 
sortes  de  Défenses  (cf.  *Kai  $).—  Tt.  1558  xiv 
(  =  K.  Lav.  IV,  48)  Le  Prâtimoksa  est  ainsi  nommé 


BETSUGEDATSU 


67 


BICHÛ 


parce  qu'il  assure  l'abandon  (moksa,  Libération) 
de  toutes  les  espèces  de  péché  séparément  (prati, 
une  à  une). — Même  interprétation  Ttt.  1804  il  a, 
1861  m  :  Ce  sont  les  Défenses  qui  libèrent  de  chacune 
des  sept  espèces  de  péché  séparément  (trois  péchés 
corporels,  quatre  péchés  de  langage). — Mais  ail- 
leurs gedatsu  (sk.  moksa)  est  interprété  au  sens  de 
Libération  des  Transmigrations,  but  visé  par  ceux 
qui  observent  le  Pénitentiel  T.  308,  Tt.  1606  VIII, 
Ttt.  1851  1  ;  et  pour  betsu  (sk.  prâti,  prati)  on  trouve 
diverses  explications  :  les  Défenses  du  Pénitentiel 
sont  "différentes"  des  Défenses  d'Extase  et  des 
Défenses  sans-Ecoulement  Ttt.  1733  III,  ou  "dif- 
férentes" de  celles  des  hérétiques,  etc. — Cf.  *Harai- 
daimokusha. 


BIBACCHI  f$.  (ou  M)  £i£fe  =  sk.  vivarti  (?), 
vaivartika,  "à-Régression"  Tt  1509  iv,  etc.  ;  td.  *tai 
i||. — Cf.  *Abibacchi,  *Futai. 

BIBAKA  M^M  Tt.  1509  xii  (  =  K.  Lav.  m, 
190),  Mvy.  7722,  8010,  ou  yuihagô  ^^"p  Mvy. 
7848,  yuihawa  l^lK^fl  ib.  79Ôo  =  sk.  vivâha  ;  tib. 
khyad  phyin.  Nom  de  nombre  ;  cf.  *Sû. 

BIBASHA  jg  (ou  f$,  A)  ^  (ou  Jg)  #?,  abr.  basha 
5g$;  =  sk.  vibhâsâ;  td.  Ttt.  1821  1  kôsetsu  J^gg; 
"explication  développée",  shôsetsu  B$ff&  "explication 
supérieure",  isetsu  |^fft  "explications  divergentes"; 
Gog.  xxix  kôge  j$(j$^  "explication  développée",  shu- 
jusetsu  ff^ttfô  "toutes  sortes  d'explications",  bum- 
bunsetsu  #5Mfe  "explication  par  parties".  Titre 
donné  à  certains  grands  commentaires  de  l'Abhi- 
dharma  ou  du  Vinaya,  notamment  à  ceux  qui 
furent  composés  lors  du  Concile  de  Kaniska  Ttt. 
2087  ni  ;  et  plus  spécialement  à  Tt.  1545,  dont  les 
auteurs  (ou  leurs  adeptes)  sont  cités  comme  les 
"maîtres  de  Vibhâsâ"  bibashashi  M^'?^Sfi  (sk. 
Vaibhâsika). 

BIBASHANA  MH&$5  Ttt.  1767  xii,  ou  Jbiha- 
shana  jgj&fjfjfl  Ttt.  1844  il,  2128  xvm,  Eog.  I, 
abr.  Jbiha  j|i§£  =  sk.  vipasyanâ  "Inspection".  Td. 
*kan  H|,  q.v.  ;  aussi  ken  ^,  Ttt.  1767  xn,  shujukan- 
satsu  WfêMfê  Eog.  i.—Bibahibashana  &Wk'fèM&M 
=  sk.  vipasyanâvipasyanâ,  Inspection  répétée  de  la 
Douleur,  du  Vide,  de  l'absence  de  Soi  Tt.  1462  x. 

BIBASHI  ^^f ,  ou  Tt.  1509  ix  bibashi  f$3gf» , 
T.  982  m,  Ttt.  2128  xvm  Jbipashi  #§fcf\  Bjk. 
11  bibasha  Jg3$>J>\  T.  4  et  Bjk.  11  yuie  #|§f  =  sk. 
Vipasyin,  p.  Vipassin  ;  tib.  rnam  par  gzigs  "vue 
complète".  Td.  shujuken  H^f^L  "toutes  sortes  de 
vues"  Tt.  1509  ix,  shôkan  §^fg  "vue  suprême" 
Ttt.  2128  xvm,  jôkan  ££fg  "vue  pure"  Eog.  1. — 
Le  premier  des  sept  B.  du  passé. — T.  1  1  :  Il  apparut 
dans  la  91e  des  Périodes  passées  ;  il  appartenait  à 


la  caste  des  Ksatriya,  au  clan  Kaundinya  ;  le  roi 
son  père  avait  nom  Bandhumant,  et  sa  mère  Band- 
humatî,  qui  était  aussi  le  nom  de  sa  ville  de  nais- 
sance ;  à  son  époque  la  durée  de  la  vie  humaine 
était  de  80.000  (ou  84.000)  ans  ;  il  avait  un  fils  appelé 
Hôyô  #Jg  (T.  3  :  Kenda  'X$t  ;  T.  4  :  Suwattakenda 
^B^UPt;),  deux  disciples,  Khanda  et  Tisya,  et 
un  disciple  intendant  nommé  Asoka  ;  son  arbre 
d'Eveil  fut  la  patalî  (cf.  *Bodai)  ;  il  prêcha  la  Loi  à 
trois  assemblées,  la  première  de  168.000  disciples, 
la  deuxième  de  100.000,  la  troisième  de  80.000. — 
Un  sûtra  td.  vers  l'an  1000,  T.  3,  est  spécialement 
consacré  à  Vipasyin  ;  on  y  trouve  sa  biographie 
imitée  de  la  légende  traditionnelle  du  B.  Sâkyamuni  : 
promenades  de  Vipasyin  prince  héritier,  quatre 
rencontres,  sortie  de  la  maison,  première  prédication 
au  Mrgadâva  où  Vipasyin  convertit  son  fils  Kenda 
%$k  et  son  ministre  Taisoro  $j?$fcBf§  puis  à  leur 
suite  80.000  habitants  de  Bandhumatî,  dont  62.000 
sont  envoyés  dans  les  villes  du  pays  pour  ré- 
pandre la  Loi  ;  à  leur  retour  à  Bandhumatî,  six  ans 
plus  tard,  Vipasyin  leur  enseigne  le  Pénitentiel  ;  les 
Dieux  viennent  l'écouter,  et  c'est  des  Dieux  qu'ul- 
térieurement le  B.  Sâkyamuni,  étant  entré  en  Con- 
centration et  s 'étant  rendu  à  la  ville  de  Sudarsana, 
apprend  tout  ce  qui  concerne  son  prédécesseur 
Vipasyin. — Cf.  aussi  T.  643  x,  982  m,  Tt.  1509  ix, 
et  les  autres  sources  citées  s.v.  *Butsu  ;  et  voir 
*Butsuzô  ad  fin. 

BIBATSUI  Jg$^C  =  P-  vivatta  (sk.  vivarta)  Tt. 
1462  v  (  =  Samantapâsâdikâ)  ;  td.  kôjô  îjjfà  "création 
d'une  Période". — Bibattai  JË,fôp£H=P-  vivattat- 
thâyin  (sk.  viv°  sthâyin)  ib.  ;  td.  shidainishô  ^fc% 
[fOëa  "production  graduelle"  (d'une  Période)  ib. 

BIBU  M^  =  sk-  vibhu,  td.  henshu  ^j3:  "maître 
universel"  ;  une  des  80  appellations  du  B. — La  te. 
est  donnée  Ttt.  1796  xvn  qui  td.  hôô  ££3E  "roi  de 
la  Loi".— Cf.  *Butsu. 

BIBUTSURYAKU  £#§.  T.  374  XL,  375  xiv, 
Ttt.  185 1  1,  2128  xxvi,  Ssk.  m  a,  etc.,ouf$0Mg.  Tt. 
1509  xxxni,  hibutsuryaku  ^^§  =  sk.  vaipulya  ; 
td.  *hôkô  -ftfâ  "développé",  q.v. 

BICHÛ  gfâ,  ou  SêM  T.  950  ;  ou  ichû  $tfc  Ttt. 
1824  1  b,  $$£  Tt.  1569  1,  %&&  Ttt.  2128  xxvi  ;  bisô 
J&£8  Ttt.  1228  lxxi  ;  biru  j^^g  ib.  xxxv  ;  bishichû 
$m$k  Ttt.  1796  xvn,  gfëft  ib.  v  ;  bisôchû  SÊM 
jg|  Gog.  xxiv,  ~ JS~  Ttt.  2049  ;  bishinu  $Mfâ  T. 
1092  iv,  ~§£  ib.  xvn,  ~#£  Tt.  1562  xiii,  ~|£  Ttt. 
1602  xvi,  %M$Î  Ttt.  2128  xxxv  ;  bichûnu  gftfS 
Tt.  1579  Lix  =  sk.  Visnu  ;  Mvy.  2130  tib.  khyab 
'jjug  "pénétration  universelle",  ch.  hennyû  ^À,  ' 
même  sens  (confusion  avec  la  racine  vis  "entrer"  ?). 
Autres  td.  hendô  )^\p]  "identité  universelle",  henshô 


BICHÛ 

j|§[$F  "suprématie  universelle"  Tt.  1569  I,  Ttt. 
2128  xxvi  ;  hemmon  j@^  "ouïe  universelle"  (var. 
hemmon  ;j@fi!§)  Tt.  1509  II.  Certains  textes  assignent 
à  ce  nom  le  Sens  de  "Duperie"  genwaku  £J31&  (sans 
doute  parce  qu'il  "crée",  sk.  vis,  des  fantasmagories 
pour  duper  les  Etres)  Tt.  1562  XIII,  Ttt.  1828  xvn 
a,  2128  xlviii. — Nom  d'un  des  principaux  Dieux 
du  panthéon  hindou,  le  second  de  la  trinité  (Trimûr- 
ti)  ;  il  a  pour  fonction  de  maintenir  le  monde.  Dans 
le  bouddhisme,  il  est  mieux  connu  sous  le  nom  de 
Nârâyana  (*Naraen),  qui  lui  est  donné  par  exemple 
Ttt.  1796  v  et  x,  Ttt.  2128  xxxv  ;  on  l'identifie  d'autre 
part  à  Vâsudeva  (*Baso)  Gog.  xxm,  ou  même  à  îsvara 
(Siva)  Ttt.  1796  xvii. — D'après  Ttt.  2049  c'est  un 
frère  d'Indra;  celui-ci  le  fait  naître  au  Jambudvîpa, 
comme  fils  du  roi  Vâsudeva,  pour  combattre  l'Asura 
Indradamana.  Visnu  séduit  la  sœur  de  l'Asura, 
l'épouse,  puis  se  bat  avec  l'Asura,  qu'il  tue  grâce  à 
une  ruse  de  sa  femme  ;  c'est  l'origine  du  nom  de 
Purusapura  ("la  ville  du  Mâle",  Peshawar). — Ttt. 
1824  1  b  fait  de  Visnu  le  père  de  Brahmâ,  et  rapporte 
comment,  au  début  des  Périodes,  Brahmâ  apparaît 
sur  un  lotus  sorti  du  nombril  de  Visnu,  lequel  est 
né  lui-même  des  grandes  eaux  sous  la  forme  d'un 
homme  à  mille  têtes,  deux  mille  mains  et  deux  mille 
pieds.  C'est  le  mythe  classique  tiré  de  Tt.  1509  vin 
(cf.  *Bon). — Dans  la  théorie  qui  identifie  la  Trimûrti 
aux  trois  Corps  de  B.,  Visnu  tient  lieu  du  Corps  de 
Correspondance  Ttt.  1824  1  b  (cf.  *Bon).  La  Tri- 
mûrti est  également  mentionnée  Tt.  1579  lvi,  où 
sont  réfutés  ceux  qui  vénèrent  Rudra  (  =  Siva), 
Visnu,  et  Lokapati  (  =  Brahmâ).  Ib.  lix  condamne 
ceux  qui  désirent  naître  au  monde  de  Visnu  ;  sur 
ce  monde,  cf.  aussi  Ttt.  1828  xvn  a.  D'après  Ttt. 
1824  I  b,  Visnu  réside  au  faîte  du  Plan  du  Désir. — 
Tt.  1509  x  :  Visnu  s'enorgueillit  comme  Brahmâ,  et 
dit  :  Je  suis  le  créateur  du  ciel,  de  la  terre  et  des 
hommes ..  .S'il  y  a  dans  ce  monde  des  hommes 
riches,  nobles  et  célèbres,  c'est  qu'ils  ont  une  parcelle 
de  la  puissance  de  mon  Corps.  Je  puis  créer  le  monde, 
et  je  puis  le  détruire  ;  création  et  destruction  sont 
mon  œuvre.  C'est  ainsi  qu'il  nie  le  Caractère  de 
Donnée-causale  des  Essences.  Ib.  11  :  Avec  Mahes- 
vara  et  Kumâra,  Visnu  est  un  grand  général  des 
Dieux  ;  ses  adeptes  lui  attribuent  l'Omniscience, 
mais  celle-ci  est  incompatible  avec  la  colère  et 
l'orgueil  qui  le  caractérisent.  Ttt.  1824  1  b  :  A  cause 
de  sa  grande  puissance,  il  prétend  que  tous  les  Etres 
naissent  de  lui.  Tt.  1602  xiv  :  Certains  Puérils 
mondains  font  de  la  Nature-propre  éternelle  d'îsvara 
ou  de  Visnu  une  Cause  première. — Iconographie. — 
Tt.  1509  il  :  Visnu  a  quatre  bras  ;  il  tient  un  coquil- 
lage et  une  Roue  ;  il  monte  l'oiseau  aux  ailes  d'or 
(Garuda).  Ttt.  2128  xxxv  :  C'est  le  Dieu  qui  tient 
>  une  Roue.  Ttt.  1824  1  b  :  Il  tient  une  Roue  et  une 
lance.  Gog.  xxiv  :  Il  monte  le  Garuda  ;  lorsqu'il  se 
meut,  il  est  précédé  d'une  Roue  ;  rien  ne  lui  résiste. 


68  BIDARA 

— Dans  l'Es.,  il  figure  dans  le  Cercle  du  Plan  de 
Matrice,  à  côté  de  Sarasvatî,  d'après  T.  848  il  ;  mais 
le  cm.  Ttt.  1796  v  le  remplace  par  Nârâyana.  Dans 
les  représentations  "actuelles"  (genzu  ï|^V])  de  ce 
Cercle  au  Japon  figure  seul  Nârâyana  ;  toutefois 
l'exemplaire  de  Kojima  -f|§  représente  Visnu 
séparément  à  côté  de  Nârâyana  Mnkk.  509.  Sa 
conjointe  Vaisnavî  (Bichûnyoten  it?,$ïHc30  figure 
parmi  les  assistants  de  Brahmâ  Hmjr.  899. — Ttt. 
1796  x  fait  de  Visnu-Nârâyana  un  "Corps  de  méta- 
morphose du  B.",  et  lui  assigne  pour  Germe  la 
première  syllabe  de  son  nom  :  vi,  et  pour  Formule 
son  nom  :  Visnu. — T.  1092  iv  donne  une  longue 
Formule  de  Visnu  qu'il  est  difficile  de  restituer  en 
sk.  correct  :  On  ibôgi  bishinura  hazumanabi  sarasa- 
mantabunai  sobaka  1$,  jfôgiR,  WÉM%,  fâfâJàffl 
II,  %mWÈffl#m,  WWM  [sk.  Om  amoghe  (?) 
visnura  (?)  padmanabhi.  .  .svâhâ].  Ib.  son  Sceau 
consiste  à  entrecroiser  les  doigts  des  deux  mains, 
légèrement  recourbés. — Cf.   *Naraen. 

BIDARA  JgflfcH.  ou  meitara  jif0g=  Ttt-  2128 
xxxv,  bidaroba  W£$8H  T-  1464  I=sk.  p.  vetâla  ; 
tib.  ro  lans  "faisant  lever  les  cadavres"  Mvy.  4376. 
Td.  kishiki  fèM.%  "démon  qui  fait  lever  les  cada- 
vres" Ttt.  2125  xxv,  Mvy.  4376.  T.  1330  1  donne 
mirizuidara  *fà%y%M.$'\*M.  qui  correspond  au  com- 
posé sk..  mrta-vetâla  "vetâla-cadavre". — Nom  d'une 
sorte  de  démon  qui  prend  possession  des  morts  et 
leur  fait  accomplir  des  meurtres  ;  par  extension,  ce 
nom  désigne  aussi  le  rite  magique  qui  consiste  à  res- 
susciter un  mort  et  à  lui  faire  commettre  un  meurtre 
(comme  Dîg.  Nik.  I,  vi). — T.  1464  I  :  Le  vetâla  est 
un  démon  qui  s'attache  aux  cadavres,  les  fait  lever 
et  leur  fait  commettre  des  meurtres. — Bsc.  11  :  Tuer 
au  moyen  d'un  cadavre  qu'on  ressuscite  par  des 
Charmes,  c'est  ce  qu'on  appelle  vetâla. — Le  Vinaya 
des  Sarvâstivâdin  T.  1435  11  (et  texte  parallèle  T. 
1476)  distingue  deux  sortes  de  meurtres,  vetâla  et 
demi-vetâla  :  Le  vetâla,  c'est  lorsqu'un  Moine  men- 
diant (T.  1476  :  un  Laïc),  au  29e  jour,  cherche  un 
cadavre  humain  intact,  appelle  un  démon,  prononce 
des  Charmes  sur  le  cadavre  et  le  ressuscite  ;  il  le 
lave  à  l'eau,  l'habille,  lui  met  à  la  main  un  sabre  à 
double  lame,  puis  forme  mentalement  ou  oralement 
le  vœu  suivant  :  J'accomplis  le  vetâla  contre  un  tel  ; 
c'est  ce  qu'on  appelle  l'accomplissement  du  vetâla. 
(T.  1476  :  Si  le  meurtre  réussit,* c'est  un  péché  pour 
lequel  on  ne  peut  faire  Contrition.)  Si  la  personne 
qui  doit  être  tuée  se  trouve  en  Extase,  ou  dans  la 
Concentration  de  l'Esprit  de  Bonté,  ou  si  elle  est 
protégée  par  un  puissant  maître  de  Charmes,  ou  par 
des  Dieux  ou  des  esprits,  il  ne  lui  arrive  aucun  mal. 
(T.  1476  :  C'est  alors  un  péché  de  Contrition.)  Le 
Moine  qui  fait  ces  Charmes  meurtriers  a  soin  de! 
préparer  tout  d'abord  un  mouton  ou  un  bananier  ;] 
si  le  meurtre  ne  réussit  pas,  il  abat  la  bête  ou  l'arbre  ; 


BIDARA 

autrement  le  démon,  privé  de  sa  proie,  revient  et 
tue  le  Moine  lui-même.  Quant  au  "demi-vetâla", 
c'est  lorsqu'un  Moine  (T.  1476  :  un  Laïc),  au  29e 
jour,  fabrique  un  char  en  fer,  y  installe  un  homme  en 
fer,  appelle  un  démon,  prononce  des  Charmes  sur 
l'homme  de  fer,  le  fait  lever,  le  lave,  l'habille,  lui 
attache  un  sabre  à  la  main,  etc.... (ut  sup.) — Le 
Vinaya  des  Mûla-Sarvâstivâdin  T.  1442  vu  indique 
des  procédés  un  peu  différents  :  Qu'appelle-t-on  le 
meurtre  vetâla  ?  Si  un  Moine  désire  consciemment 
tuer  un  homme,  une  femme,  un  pandaka  (eunuque), 
etc.,  il  se  rend  dans  un  cimetière  au  14e  jour  d'une 
lune  noire  ;  il  y  cherche  un  cadavre  frais,  que  les 
fourmis  même  n'aient  pas  encore  touché  ;  il  le  frotte 
avec  de  la  terre  jaune,  le  lave  à  l'eau  parfumée,  le 
recouvre  d'un  tapis  neuf,  lui  enduit  les  pieds  de 
beurre  fondu  et  prononce  sur  lui  des  Charmes  ;  le 
cadavre  s'étire  alors  à  plusieurs  reprises,  comme  s'il 
voulait  se  lever.  Il  le  place  sur  un  char  à  deux 
roues,  lui  attache  au  cou  deux  grelots  de  cuivre  et 
lui  met  à  la  main  un  sabre  à  double  lame.  Enfin 
le  cadavre  se  lève  et  dit  :  Qui  veux-tu  me  faire 
tuer  ? — Le  maître  de  Charmes  répond  :  Connais-tu 
tel  homme,  telle  femme,  tel  eunuque  ? — Je  le  con- 
nais.— Eh  bien  !  va  trancher  son  organe  dé  vie 
(jîvitendriya). — Si  le  meurtre  réussit,  c'est  un  péché 
d'Exclusion  (pârâjika).  Mais  si  la  personne  qui 
doit  être  tuée  porte  une  ceinture  de  plantes  médi- 
cinales ;  ou  fixe  un  flacon  d'eau  au-dessus  de  sa 
porte  ;  ou  attache  à  sa  porte  une  vache  et  un  veau 
de  même  couleur,  ou  encore,  avec  la  vache  et 
la  veau,  un  mouton  et  un  agneau  de  même  couleur  ; 
ou  si  elle  a  dans  sa  maison  des  pierrres  pharma- 
ceutiques réduites  en  poudre  et  un  cylindre  de 
pierre,  ou  un  pieu  d'Indra,  ou  un  feu  jamais  éteint, 
ou  des  images  saintes,  ou  le  vrai  Corps  du  B.,  ou 
un  Roi-tournant-la-Roue,  sa  mère  ou  son  embryon, 
ou  un  Bs.,  sa  mère  ou  son  embryon  ;  ou  si  elle  est 
sur  le  point  de  réciter  les  Défenses,  ou  les  quatre 
Agama,  ou  les  récite  justement  ;  ou  encore  si  elle 
va  réciter,  ou  récite,  les  grands  sûtra,  à  savoir  :  le 
Sûtra  du  petit  et  du  grand  Vide,  les  trois  Sûtra  de 
la  quintuple  addition,  le  Sûtra  du  filet  du  fantas- 
magorie, le  Sûtra  du  roi  suprême  qui  accueille  le 
B.,  le  Sûtra  de  la  bannière  suprême  ; — si  elle  est 
ainsi  protégée,  le  cadavre  ressuscité  ne  peut  entrer 
chez  elle  :  le  péché  relève  alors  de  la  catégorie  des 
Infractions  graves  (sthûlâtyaya).  Parfois  il  arrive 
que,  par  suite  d'une  connaissance  défectueuse  des 
procédés  magiques,  le  Moine  soit  à  son  tour  attaqué 
par  le  cadavre  ressuscité,  qui  cherche  à  le  tuer  ;  si 
le  Moine  le  tue,  c'est  aussi  un  péché  d'Infraction 
grave.  Quant  au  rite  du  "demi-vetâla",  il  diffère 
du  précédent  en  ce  que  le  char  n'a  qu'une  roue,  le 
mort  un  seul  grelot,  le  sabre  une  seule  lame  ;  les 
péchés  qu'il  implique  sont  les  mêmes. — Le  terme 
kishiki  fèM.%  td.  le  sk.  krtya  ap.  Ttt.  1718  x  b,  1721 


69  BIGARA 

xii,  2128  liv  ;  mais  les  krtya  sont  des  démons  qui 
provoquent  les  maladies,  cf.  *Aikisshi.  Du  reste 
Ttt.  17 18  x  b  distingue  expressément  les  krtya  des 
vetâla,  auxquels  ce  texte  attribue  une  couleur  rouge. 

BIFURA  JËlî||  =  sk.  p.  vipula  ;  tib.  rgyas,  yans 
Mvy.  2690.  Td.  ko  J$ç,  kan  %  "large,  vaste"  Ttt. 
1796   IX. 

BIGAMA  &lM=sk.  ?— Nom  d'une  plante  mé- 
dicinale de  l'Himalaya  Ttt.  2128  XIII. 

BIGARA  Mtlli  T.  374  v,  Ttt.  1718  ix  a,  1767 
ix,  2049,  ou  biyakarana  Jg$#f$,J!&  Ttt.  2053  m, 
bikakarana  ^.jôJ^^iJ^  Ttt.  2125  iv  =  sk.  p.  vyâka- 
rana ;  tib.  byâ  ka  ra  na. — Grammaire  (analyse 
grammaticale). — Td.    kiron   fEI»  "explication,  dis- 


Science  des  sons"  (mais  *shômyô  correspond  pro- 
prement au  sk.  sabdavidyâ)  ;  Ttt.  1818  1,  1767  ix 
jihon  -Tr^i  "origine  des  mots"  (étymologie)  ;  aussi 
td.  obscures  muju  $ÊfiH  "sans  stances"  Ttt.  2128 
xxv,  mukeimumi  âÊfg$|||  "sans  queue  ni  tête" 
ib.  xxvi. — Ttt.  1767  ix  citant  Kazai  ^jg  (  =  Dôrô 
àtîIlÉJ,  Ve  siècle)  en  donne  la  définition  suivante  : 
C'est  le  traité  (ron  p^u)  des  sons,  l'autorité  fonda- 
mentale en  ce  qui  concerne  les  lettres  et  les  mots 
Mondains  ;  le  même  auteur  cité  Ttt.  181 8  1  attribue 
ce  traité  à  un  "Bs.  incarné"  (?),  daigonbosatsu  ^ 
fêl^H- — Ttt.  2049  :  C'est  le  traité  qui  explique 
comment  le  mot  asura  signifie  "pas  de  bons  jeux" 
(cf.  *Ashura).  Ib.  en  fait  un  traité  en  huit  parties 
(hachibun  bigararon  AfrSIMfim)  —  Ttt.  171 8 
IX  a  :  C'est  une  œuvre  de  Pânini  qui  élucide  toutes 
sortes  de  sûtra  et  de  particularités  linguistiques. — 
Ttt.  2087  11  appelle  le  traité  de  Pânini  Shômyôron 
S^^fra  :  il  Ie  composa  avec  l'aide  de  Mahesvara, 
réduisant  à  mille  stances  de  trente-deux  syllabes  les 
répertoires  linguistiques  plus  vastes  qu'avaient  dres- 
sés naguère  les  Dieux  et  les  Voyants.  Ttt.  2053 
assigne  à  ce  traité,  qu'il  dénomme  Vyâkarana,  huit 
mille  stances  au  lieu  de  mille,  et  ajoute  qu'après 
Pânini  un  roi  brahmane  de  l'Inde  méridionale  com- 
posa une  grammaire  abrégée  en  2500  stances,  qui 
était  très  répandue  chez  les  peuples  des  frontières, 
mais  que  les  savants  de  l'Inde  n'employaient  pas  ; 
il  existait  aussi  une  grammaire  partielle  et  com- 
plémentaire en  mille  stances. — Ttt.  2125  iv  comprend 
sous  le  nom  de  vyâkarana  les  cinq  branches  suivantes 
de  la  Grammaire  :  le  syllabaire  *Shittan  ;  les  sûtra 
de  Pânini  ;  l'analyse  des  racines  verbales  (dhâtu)  ; 
la  "brousse"  (khila  :  déclinaisons,  composés,  etc.)  ; 
les  sûtra  développés  (vrttisûtra). — T.  374  v  (aussi 
Ttt.  181 8  1,  etc.)  oppose  le  vyâkarana  à  l'étude  des 
"demi-lettres"  (*hanji  ^^),  c.-à-d.  du  syllabaire  ; 
de  même  qu'un  père  circonspect  enseigne  à  son 
enfant    les  "demi-lettres"    avant    de    passer    à    la 


BIGARA 70 

Grammaire,  ainsi  le  B.  enseigne  à  ses  disciples  les 
sûtra  des  neuf  catégories  avant  de  passer  aux  sûtra 
développés  (vaipulya,  *hôkô)  du  G.  V.  ;  l'ordre 
inverse  serait  déraisonnable. — Ttt.  1827  1  b  assigne 
à  la  Grammaire  la  seconde  place  dans  une  série 
de  six  "traités"  correspondant  aux  Vedânga  clas- 
siques (siksâ,  vyâkarana,  kalpa,  jyotisa,  chandas, 
nirukta). — Ttt.  1571  n  et  2128  xlix  font  allusion  à 
une  école  hérétique  qui  portait  le  nom  de  Vyâkarana  ; 
elle  soutenait  que  toutes  les  Essences  et  le  Soi  sont 
associés  à  trois  Caractères  :  Caractère  masculin,  qui 
produit  les  Essences  ;  Caractère  féminin,  qui  les 
détruit  ;  Caractère  neutre,  qui  les  maintient  ;  et 
que  ces  trois  Caractères  donnent  naissance  à  trois 
sortes  d'Esprit  et  de  sons  (sanju  shinshô  Hîi'lM?)- 
T.  374  xxi  mentionne  cette  école  entre  celle  des 
quatre  Veda  et  celle  du  Vaisesika. — Le  sk.  vyâkarana 
au  sens  de  "Prophétie"  se  td.  par  *juki  $£|E,  q-v. 

BIGAYU  fl#§flr  =  sk;  Vigatasoka  ;  td.  rishû  $t|* 
riu  ffè^è.  "sans  souci".  Nom  d'un  B.,  Kog.  II,  ou 
d'un  Bs.,  Mvy.  725. 

BIHAKA  Mlf^sk-  vipâka  "Concoction"  Ttt. 
1830  11  b  ;  td.  *ijuku 


BIKU 


BIJACHI  M^lS  =  sk.  vijnapti  "Notification" 
Ttt.  1831  1  a,  1834  1,  1861  1  b  ;  td.  *shiki  g$,  *ryô- 
betsu  T  glj. — ~matarata  ~J|ftjB,$iJ£  =sk.  v°  mâtratâ 
"Simple  Notification"  Ttt.  1834  1  ;  td.  *yuishiki  [Hɧ$- 

BIJANA  B^HÎ>  ou  bijanan  ~^  =  sk.  vijnâna 
"Notation"  Tt.  1521  vu,  Ttt.  1828  1  ;  td.  *shiki  jjj$. 

BIJAYATA  ^OT£=sk.  vijayaratha  (?),  td. 
saishôkôsha  HI$£#F$  "le  char  victorieux"  ;  véhicule 
des  rois  Tournant-la-Roue  T.  25  11. 


BIJUDA  %M%  ou  bishuda  $$Hfc=sk.  visud- 
dha  ;  td.  shôjô  fô£?  "pur"  Ttt.  1796  vu  et  IX.  Te. 
bijuda  MîfeP'È  dans  le  nom  du  moine  Visuddhasimha 
Ttt.  2053  11. 

BIKADAI  l^fBTti,  te.  désignant  le  vêtement  donné 
à  Ânanda  par  le  roi  Prasenajit,  dans  le  sûtra  du 
Madhyamâg'ama  qui  porte  ce  titre  T.  26  lix  ;  le 
texte  p.  correspondant,  Majjh.  Nik.  lxxxiii,  donne 
bâhitikâ. 

BiKARA  mmm,  ou  &mm,  wmm,  mm,  etc. 

=  sk.  p.  vihâra.  Td.  *ji  ^f  "monastère"  ;  aussi  td. 
littérale  jûsho  fÊlâ  "résidence"  Ttt.  1796  III  et  xi, 
2066  1  ;  autres  td.  *shôsha  yfjtfj  "habitation  pure", 
yugyôsho  jUfrîtl  "promenoir"  Gog.  vi,  kyôsho 
TÊt$&  même  sens  Ttt.  1796  ni,  etc. 

BIKARA  jg,£$|£,  nom  d'un  des  douze  généraux 


de  Bhaisajyaguru  ;  cf.  *Yakushi. 


BIKARAHARA  &MW0M=*k.  vihârapâla,  td. 
goji  H^p  "gardien  de  monastère"  ;  titre  du  moine 
chargé  de  surveiller  un  monastère  et  notamment  ses 
portes,  de  convoquer  les  moines,  de  les  aviser  de  ce 
qui  les  concerne,  etc.  Ttt.  2066  I. 

BIKARASHAMI  fëWli;$3iî  =  sk.  vihârasvâmin, 
td.  jishu  ^îE  "propriétaire  de  monastère"  ;  terme 
désignant  le  propriétaire  attitré  des  biens  d'un 
monastère  Ttt.  2066  1  ;  cf.  213 1    1. 

BIKEIROKU  Ë&ffr  T.  311  1,  1451  i,  Tt.  1462 
XVII,  ou  biriroku  &MW)  Ttt.  2128  XVI,  bibeitaka 
MPÂtBJi  Bzm.  45  a,  bibitokka  MWi#$9  T-  M53 
vin,  bikeitokki  W^fëtël  T.  1458  vin,  Ttt.  2128 
LXin  =  sk.  p.  vibhîtaka,  tib.  ba  ru  ra  Mvy.  5797  (qui 
donne  un  synonyme  sk.  vaheda  5796,  et  td.  senren 
JHâO- — Nom  d'un  arbre  et  de  son  fruit,  Terminalia 
Belerica  (cf.  T'oung  Pao  1915,  p.  275),  variété  de 
myrobolan. — Un  des  cinq  fruits  dont  la  consom- 
mation est  permise  en  toute  occasion  T.  1451  1, 
1453  vin. — Ce  fruit  a  la  forme  d'une  noix  ;  il  est  de 
saveur  douce  et  guérit  de  la  fièvre  froide  Tt.  1462 
xvii. — Cf.  *Amaroku,  *Kariroku. 


tBIKIRANA  fttèBfc  Ttt.  1796  v,  ou 
$  Tt.  850  11  et  851  11,  mgm&  Tt.  852  n  =  sk. 
Vikrana  (?),  Vikîrna  (?)  ;  td.  shajo  fê$-  "rejeter", 
Jzeizui  t%$$  "détruire"  (les  Passions)  ;  joshô  [^|^ 
"écartant  les  obstacles",  etc.  Nom  d'un  des  cinq 
Buddhosnîsa  (*Bucchô  j^Hf)  figurant  à  gauche  du 
B.  Sâkyamuni  dans  la  Cour  de  Sâkya  du  Plan  de 
Matrice. 

BIKIRINITA  $fcp£Pi#ê£-=sk.  vikrîdita  ;  td. 
yuyaku  W$k  "bondissements",  yûgi  jjgjj^ç  "jeux", 
shimpen  â$f£  "métamorphoses  divines"  Ttt.  1796  I. 

BIKU  JfcJÎ:=sk.  bhiksu,  p.  bhikkhu  ;  tib.  dge  sloii 
"mendiant  de  sainteté". — Moine  mendiant. — Te. 
nouv.  éc.  hisshu  1&$,  ft|^,  biko  ifcff  (p.  ex.  Ttt. 
1733  xvin). — Td.  kosshi  £2dt  "mendiant",  etc. — 
Aperçu. — Le  mot  sk.  bhiksu,  au  propre,  désigne 
le  mendiant  dans  l'acception  la  plus  générale.  Mais 
il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  dans  l'Orient 
d'autrefois  (et  même  encore  d'aujourd'hui)  un 
certain  prestige  sacré  s'attache  à  la  profession  du 
mendiant  comme  à  sa  personne.  Le  mendiant  est 
l'occasion  de  l'aumône,  et  l'aumône  (sk.  dâna,  cf. 
*Se)  est  l'œuvre  méritoire  par  excellence.  Dans 
l'ordre  brahmanique,  le  titre  de  bhiksu  appartient 
au  brahmane  qui,  ayant  accompli  trois  des  quatre 
stages  de  la  vie  religieuse,  sort  du  monde  pour  passer 
par  le  dernier  stage,  dans  une  retraite  forestière. 
L'appellation  de  bhiksu,  qui  a  pris  un  relief  marqué 


BIKU     . 

dans  la  communauté  bouddhique,  est  loin  de  lui  ap- 
partenir en  propre  ;  et  dans  Pintérieur  même  de  la 
communauté,  d'autres  appellations,  également 
connues  et  pratiquées  par  ailleurs,  étaient  couram- 
ment en  usage,  surtout  celle  de  sramana  (*Shamon) 
propagée  à  travers  le  monde  hellénique  dès  le  temps 
d'Alexandre.  Comme  il  est  de  règle,  on  a  prétendu 
tirer  de  ce  vocable  transparent  des  interprétations 
subtiles  qui  avaient  le  charme  de  l'inattendu  et 
l'apparence  de  la  profondeur  :  la  plus  répandue  est 
celle  où  bhiksu  =  bhi(nna)k(le)s(a)  "qui  a  brisé  les 
Passions"  ;  le  sk.  et  le  p.  la  connaissent.  Une  autre  : 
bhiksu  =  bhî  +  ks(am)  "être  capable  d'effrayer  (Mâ- 
ra)",  a  dû  bien  réjouir  son  inventeur.  Au  prestige  du 
mendiant,  sans  doute  affaibli  par  le  grand  nombre 
des  moines,  on  cherchait  à  substituer  des  idées 
propres  à  provoquer  le  respect.  C'est  dans  le  même 
esprit  que  les  traducteurs  tibétains  ont  constamment 
attaché  au  simple  mot  sloh  "mendiant"  le  terme  dge 
qui  exprime  la  sainteté  :  dge  sloh,  prononcé  geloh. 
La  sainteté  du  "mendiant"  consiste  d'abord  dans 
l'observance  rigoureuse  des  règles  de  la  Discipline, 
et  notamment  du  Pénitentiel  ;  mais  plus  tard  un 
nouvel  ordre  de  Défenses,  les  Restrictions  Sans- 
Ecoulement  (anâsravasarhvara  ;  cf.  *Kai,  *Bosatsu- 
kai),  vient  se  superposer  au  Pénitentiel  suranné  ;  le 
mendiant  devient  alors  le  Saint  définitivement  dégagé 
du  péché,  incapable  d'y  retomber. — Les  Moines 
mendiants  constituent  une  des  quatre  ou  des  sept 
Assemblées  (*Shû)  qui  forment  l'Eglise  bouddhi- 
que.— Mendiant  et  moine. — Sarhyuktâgama  T.  99 
iv  (manque  au  Nikâya  correspondant)  :  Le  B.  réside 
au  Jetavana.  Chaque  matin  il  va  mendier  dans  la 
ville  de  Srâvastî.  Il  y  rencontre  un  brahmane  d'âge 
avancé,  aux  Organes  mûrs,  qui  lui  aussi,  muni 
d'un  bâton  et  d'un  bol,  mendie  de  porte  en  porte. 
Ce  brahmane  déclare  au  B.  :  Nous  sommes  tous 
deux  des  bhiksu.  Le  B.  lui  répond  par  cette  stance  : 
Ce  qu'on  appelle  un  bhiksu,  ce  n'est  pas  simple- 
ment un  mendiant.  Comment  appellerait-on  bhiksu 
celui  qui  observe  la  loi  de  la  vie  laïque  ?  Celui 
qui  possède  des  Mérites,  qui  est  sans  péchés,  dont 
la  conduite  est  correcte  et  l'Esprit  sans  crainte, 
c'est  lui  qu'on  appelle  bhiksu. — Tt.  1558  xv  (  =  K. 
Lav.  iv,  96-97),  se  référant  au  Vinaya  (T.  1435  1), 
distingue  quatre  sortes  de  Moines  mendiants  (cf.  Mvy. 
8750-8753)  :  (1)  Bhiksu  de  Connotation,  myôsô  ig 
[,  sk.  sarhjnâbhiksu  :  c'est  celui  qui  n'est  bhiksu 
que  de  nom,  qu'on  appelle  bhiksu  sans  qu'il  soit 
ordonné  ;  (2)  soi-disant  bhiksu,  jishô  EUS»  sk. 
pratijnâbhiksu  :  il  a  reçu  l'ordination  régulière  et  se 
prétend  bhiksu,  mais  il  est  immoral,  incontinent, 
etc.  ;  (3)  le  bhiksu  ainsi  nommé  parce  qu'il  mendie, 
kotsugai  &{$,  sk.  bhiksuta  (Kosavyâkhyâ  :  bhiksata) 
iti  bhiksu  :  mendiant  sans  plus,  brahmane  ou  autre  ; 
(4)  le  bhiksu  ainsi  nommé  parce  qu'il  a  tranché  les 
Passions,   hawaku   $£!§(,  sk.    bhinnaklesatvât  :   c'est 


71  BIKU 

l'Arhat.  A  ces  quatre  sortes,  les  mêmes  textes  (Tt. 
1558  xv,  T.  1435  I,  Mvy.  8754)  en  ajoutent  une 
cinquième  :  le  moine  ayant  reçu  l'ordination  régulière 
de  bhiksu  par  un  Acte  quadruple  de  déclaration 
publique,  byakushikommaengu  [1  ["-1^^151^:,  sk. 
jhâpticaturthakarmanopasampanno  bhiksu  ;  c'est  le 
bhiksu  en  tant  qu'il  a  reçu  l'ordination,  conforme  aux 
règlements  officiels  de  l'Eglise,  qui  l'autorise  à  porter 
ce  titre  ;  Tt.  1558  xv  l'oppose  nettement  au  vrai 
bhiksu  (sk.  paramârthabhiksu,  bhiksu  au  Sens-ul- 
time), lequel  est  infaillible  et  ne  peut  déchoir  de  son 
état,  tandis  que  le  "bhiksu  ordonné  par  Acte  qua- 
druple de  déclaration"  est  susceptible  de  pécher  et 
de  perdre  ainsi  son  état. — Même  série  des  cinq 
sortes  de  Moines  mendiants  Tt.  1579  xxix. — Cf.  la 
division  de  la  Communauté  en  cinq  catégories  (go- 
shusô  H.fi.fë)  Tt.  1562  xxxvin  :  (1)  éhontés,  muchi 
^Ellt»  :  ils  portent  le  vêtement  monacal  mais  violent 
les  Défenses  ;  (2)  moutons  muets,  *ayô  j^^  :  ignares 
et  silencieux  ;  (3)  partisans,  hôdô  J$§£  :  ^s  forment 
des  partis  par  amour  de  la  discussion  ;  (4)  moines 
vulgaires  (laïcs),  sezoku  Ut'ftJ  :  ce  sont  les  bons 
Profanes  (Tt.  1440  11  :  les  moines  Puérils,  bombusô 
J^L-^fè  [sic  !])  qui  font  à  la  fois  des  Actes  conformes 
et  contraires  à  la  Loi,  tandis  que  les  catégories  (1)- 
(3)  font  surtout  des  Actes  contraires  à  la  Loi  ;  (5) 
moines  au  Sens-ultime,  shôgi  §£f§|  :  Catéchumènes 
et  Hors-Catéchisme. — Même  série  de  cinq  catégories 
Tt.  1440  11. — Aussi  Tt.  1509  m  quatre  catégories 
de  moines  (sô  f&)  :  (1)  ayant  de  la  honte,  ushû 
^ï|&  :  ils  observent  les  Défenses  mais  n'ont  pas 
obtenu  la  Voie  ;  (2)  éhontés  :  ils  violent  les 
Défenses  ;  (3)  moutons  muets  :  ils  observent  les 
Défenses  mais  sont  stupides  :  (4)  véritables,  jitsu  fj£  : 
Catéchumènes  et  Hors  -  Catéchisme  ;  et  T.  411   v: 

(1)  Moines  au  Sens-ultime  :  B.,  Bs.,  B.-pour-soi, 
Arhat,  Sans-Retour,  à  Retour-unique,  Entrés-dans- 
le-courant  ;  ce  sont  des  saints  qui  n'ont  pas  néces- 
sairement reçu  l'ordination  ;  (2)  Moines  vulgaires  : 
ce  sont  ceux  qui  ont  reçu  l'ordination  ;  (3)  moutons 
muets  :  ut  sup.  ;  (4)  éhontés  :  ut  sup. — Tt.  1440  III 
distingue  (1)  les  bhiksu  au  Sens-vulgaire,  setaibiku 
tUp$Jijin  :  ils  observent  les  Défenses  du  Pénitentiel  ; 

(2)  les  bhiksu  au  Sens-ultime,  daiichigitaibiku  f|5— 
fSnfl!f.fctjIr:  '•  ils  observent  les  Restrictions  Sans- 
Ecoulement  (cf.  K.  Lav.  IV,  49-51). — Tt.  1509  m 
donne  cinq  définitions  du  bhiksu  :  (1)  on  l'appelle 
mendiant,  kosshi  ^jr,  parce  qu'il  mène  une  vie 
pure  en  mendiant  sa  nourriture  ;  (2)  on  l'appelle 
celui  qui  tranche  les  Passions,  habonnô  ^jt^tS»  car 
bhi°  signifie  trancher  (sk.  racine  bhid)  et  °ksu 
signifie  Passion  (sk.  k[le]sa  =  ksa  ?  cf.  interprétation 
par  bhinnakilesa  dans  les  cm.  palis)  ;  (3)  on  appelle 
bhiksu  l'homme  qui  a  quitté  la  maison,  shukkenin 
ffilÎÊÀ  5  (4)  on  appelle  bhiksu  celui  qui  a  dit,  lors 
de  l'ordination  :  Moi,  le  bhiksu  un  tel,  j'observerai 
les  Défenses  durant  toute  ma  vie  ;  (5)  on  l'appelle 


BIKU        

bhiksu  parce  qu'il  a  le  pouvoir  d'épouvanter  le  roi 
Mâra  et  son  peuple  :  en  effet  bhi°  signifie  épou- 
vanter (sk.  racine  bhî)  et  °ksu  signifie  pouvoir 
(racine  ksam)  ;  lorsque  le  Moine  quitte  la  maison, 
se  rase  la  tête,  revêt  l'habit  teint  et  reçoit  les 
Défenses,  Mâra  est  épouvanté,  car  il  se  dit  :  Cet 
homme  entrera  à  coup  sûr  dans  le  Nirvana. — Dé- 
finitions (i),  (2),  (4),  (s)  ci-dessus  aussi  Ttt.  1775  1. 
— T.  1428  1  toutes  sortes  de  bhiksu  :  de  nom  (de 
Connotation)  myôji  %&  ;  pseudo-bhiksu  sôji  jftjfêl  ; 
soi-disant  bhiksu  jishô  gf§  ;  bhiksu  bienvenus 
zenrai  f§?fc  (on  leur  dit  :  "bienvenus  !"  lorsqu'ils 
demandent  l'ordination)  ;  bhiksu  mendiants  kotsugu 
■g  5}c  ;  bhiksu  portant  le  vêtement  fait  de  pièces 
chakukassaie  ^fiJ#c3Îc  î  bhiksu  ayant  tranché  les 
Passions  hakesshi  $£#£$*  ;  bhiksu  ayant  reçu  les 
grandes  Défenses  et  l'ordination  complète  selon  la 
Loi,  par  Acte  quadruple  de  déclaration  :  c'est  en  ce 
dernier  sens  que  le  mot  bhiksu  doit  s'entendre  dans 
les  prescriptions  de  la  Discipline. — Ttt.  1721  1  : 
Le  moine  est  appelé  mendiant  (bhiksu)  parce  que 
d'une  part  il  mendie  au  Tg.  la  Loi  qui  doit  lui  servir 
à  exercer  son  esprit,  et  de  l'autre  il  mendie  aux 
Laïcs  la  nourriture  nécessaire  pour  entretenir  son 
corps.  Le  mendiant  qui  n'est  pas  moine  ne  mendie 
que  sa  nourriture. — Gog.  vin  mentionne  des  td. 
jokin  l^fH  "qui  élimine  la  faim",  joshi  $fc-±  "qui 
élimine"  :  le  bhiksu  élimine  la  faim  de  la  concupis- 
cence et  tranche  tout  attachement.  Même  interpré- 
tation Ttt.  2040  vu. — Gog.  ib.  rapporte  encore  une 
td.  kunshi  H£:t  "qui  s'imprègne"  :  parce  qu'il  s'im- 
prègne de  bonnes  Essences. — T.  310  cxni  Le  bhiksu 
est  capable  de  trancher  les  Passions  ;  il  tranche  la 
Connotation  du  Soi,  des  Etres,  de  l'humain,  des 
sexes  masculin  et  féminin  ;  il  pratique  à  la  fois  les 
Défenses  et  la  Sapience  ;  il  est  libre  de  toute  crainte, 
etc..  . — T.  721  m,  iv,  xlix,  nombreuses  stances  sur 
les  caractéristiques  des  bhiksu  ;  aussi  T.  213  IV. — 
Le  mot  bhiksu  est  donné  comme  un  nom  de  plante 
Ttt.  2128  11,  2131,  etc.  (P.W.  :  Asteracantha  Longi- 
folia,  ou  Sphaeranthus  Mollis)  ;  T.  1192  I  c'est  une 
des  cinq  plantes  fastes  :  elle  sert  d'oreiller  au  B. 
quand  celui-ci  se  livre  à  des  Pratiques  sur  le  sol. 


72  BIKUCHI 

en  fait  un  Bs.  féminin  ;  mais  T.  1097  m,  qui  prescrit 
de  la  peindre  au-dessous  du  Bs.  Mahâsthâmaprâpta, 
l'appelle  une  Déesse  ;  et  elle  figure  aussi  dans  une 
série  de  huit  Reines  de  Science  T.  895  ni.  Le  plus 
souvent  elle  est  considérée  comme  une  forme  de 
Kannon,  et  son  nom  précède  en  manière  d'épithète 
celui  de  Kannon  T.  901  m,  1092  vin. — Dans  un 
sûtra  spécial  T.  11 14,  le  B.  enseigne  le  Charme  des 
cent  huit  noms  de  Bhrkutî,  qui  assure  à  ceux  qui 
le  récitent  toutes  sortes  d'avantages  dont  le  dernier 
est  la  naissance  au  Paradis. — Iconographie. — T.  848 
1  et  cm.  Ttt.  1796  v  :  Elle  est  placée  à  gauche  de 
Kannon  dans  la  Cour  de  la  Section  de  Lotus  (aussi 
dite  Cour  de  Kannon)  du  Cercle  du  Plan  de  Matrice  ; 
elle  a  quatre  mains  :  celles  de  gauche  tiennent  le  lotus 
et  le  vase  kundî,  à  droite  une  des  mains  tient  le  cha- 


BIKUCHI  ^{£|g,  ou  bikuchi  ~£D  T.  901  vi, 
Jhikuchi  £MM  T.  895  m  (p.  731),  Jhirikuchi 
S^MS  ib.  (p.  744),  etc.  =  sk.  Bhrkutî,  Bhrûkutî  ; 
tib.  khro  gher  can. — "Celle  qui  fronce  les  sourcils", 
nom  d'une  des  formes  de  *Kannon  dans  l'Es. — Td. 
shimmoku  Bjlg  "yeux  colériques"  T.  1097  ni» 
funnu  ^$*  "courroucée"  Mvy.  4281-2. — Tt.  1796 
x  :  Elle  naquit  d'un  froncement  de  sourcil  de  Kan- 
non, et  dès  sa  naissance  terrifia  par  son  aspect  cour- 
roucé les  Vajra  et  les  Vajradhâra,  qui  se  réfugièrent 
sous  le  siège  du  B.  ;  le  B.  lui  dit  alors  :  Arrête,  ma 
sœur  !  Et  elle  s'arrêta  en  répondant  :  A  tous  les 
ordres  du  B.  j'obéirai  respectueusement. — Ce  texte 


Fig.  35.  Bikuchi  (Bhrkutî)  (Plan  de  Matrice). 

pelet,  l'autre  fait  le  Sceau  du  Don  du  Vœu  (abaissée 
la  paume  en  avant)  ;  elle  a  trois  yeux  comme  Ma- 
hesvara,  et  un  chignon  pareil  à  celui  de  Vairocana  ; 
son  corps  est  blanc  ;  son  auréole  est  jaune,  rouge  et 
blanche  :  le  jaune  symbolise  l'accroissement,  le 
blanc  l'apaisement,  et  le  rouge  le  pouvoir  de  dompter. 
— C'est  cette  image  qui  est  reproduite  dans  les  "re- 
présentations actuelles"  (genzu  Ï|[I|)  de  ce  Cercle 
au  Japon  ;  toutefois  le  troisième  œil  y  est  remplacé 
par  une  marque  frontale  (ûrnâ).  Id.  aussi  T.  1092 
vin.  T.  1101  remplace  le  Sceau  du  Don  du  Vœu  par 
celui  du  Don  de  Sécurité  pour  une  des  mains  droites 
(élevée  la  paume  en  avant).  D'après  Asbs.  iv,  1394, 
une  des  mains  gauches  tient  un  ms.  sk.  au  lieu  du  j 
vase  kundî.  T.  1080  la  décrit  assise  sur  un  lotus,  j 
portant  des  vêtements  divins  et  toutes  sortes  d'orne- 


BIKUCHI 

ments  ;  de  même  T.  1097  III,  qui  lui  prête  un  aspect 
souriant  et  la  montre  prosternée  devant  Kannon, 
l'épaule  droite  découverte  et  les  mains  jointes. — 
Asbs.  iv,  1394,  et  Hmjr.  889  :  Ses  noms  es.  sont 
Gôbukukongô  &tfcfcW0,  Jôekongô  feM&Wl  Joshô- 
kongô  fêftp^lïjlj  ;  son  Germe  est  :  bhr  ;  sa  Formule  : 
Sarvabhayatrâsanî  hûrh  sphataya  svâhâ  ;  ses  Formes 
de  Convention  sont  le  chapelet  et  le  lotus  épanoui  ; 
et  son  Sceau  consiste  à  allonger  les  pouces  parallè- 
lement, à  croiser  l'un  sur  l'autre  les  index  tendus,  et 
à  replier  les  autres  doigts  à  l'intérieur  des  paumes. 

BIKUNI  }fc_É/ë  =  sk.  bhiksunî,p.bhikkhunî;  tib. 
dge  slon  ma  ;  (jap.  *ama). — Nonne  mendiante. — 
Te.  nouv.  éc.  hisshuni  ^.^fé,  îtâlBJË»  etc- — Aperçu. 
— Les  Nonnes  mendiantes  sont  un  des  éléments 
constitutifs  de  l'Eglise  bouddhique  ;  elles  forment 
une  assemblée  spéciale  parmi  les  4  ou  les  7  As- 
semblées (*Shû).  La  tradition  a  gardé  le  souvenir 
d'une  multitude  de  saintes  dans  l'entourage  du  B. 
ou  après  lui  ;  cf.  p.  ex.  le  recueil  p.  Therîgâthâ 
traduit  par  Mrs.  Rhys  Davids  sous  le  titre  de  Psalms 
of  the  Sisters  (Londres,  1909),  avec  les  notices 
biographiques  que  la  traductrice  a  placées  en  tête  de 
chaque  ensemble.  D'ailleurs,  dès  l'origine,  il  y  a  en 
face  des  saintes  le  groupe  des  Nonnes  perverses, 
telle  Cincâmânavikâ  qui  mérite  de  tomber  vivante 
en  enfer.  Au  fond  l'Eglise  a  toujours  conservé  une 
attitude  de  malveillance  et  de  suspicion  à  l'égard  des 
Nonnes  ;  le  B.  ne  les  aurait  admises  qu'à  son  corps 
défendant,  et  sans  dissimuler  ce  qu'il  en  coûterait  à 
l'avenir  de  la  foi.  Les  inscriptions  de  l'époque 
ancienne,  p.  ex.  à  Sanchi,  attestent  le  nombre  et 
l'influence  des  Nonnes  ;  plus  tard,  cependant,  la 
littérature  de  l'Inde  les  ravale  au  rôle  d'entremet- 
teuses, telle  la  Kâmandakî  du  drame  classique  Mâ- 
latîmâdhava. — Institution. — Madhyamâgama  T.  26 
xxviii  :  Le  B.  passe  l'été  au  Parc  des  Nyagrodha  à 
Kapilavastu.  Sa  tante  maternelle  Mahâprâjapatî 
Gautamî  lui  demande  si  les  femmes  peuvent  obtenir 
le  Fruit  d'Arhat,  et  si  la  Discipline  les  autorise  à 
quitter  la  maison  et  à  entrer  en  religion  ;  le  B.  lui 
interdit  pareille  pensée,  mais  l'engage  à  se  raser  les 
cheveux,  à  revêtir  le  Froc  et  à  mener  une  vie  pure. 
La  même  scène  se  reproduit  à  la  fin  de  la  Retraite 
d'été,  puis  dans  le  monastère  de  Ginjaka  à  Nâdika, 
où  Gautamî  a  suivi  le  B.,  accompagnée  de  nombreuses 
matrones  Sâkya.  Ce  triple  refus  désole  Gautamî  ; 
Ananda  intercède  en  sa  faveur  auprès  du  B.,  qui 
réplique  que  si  les  femmes  sont  autorisées  à  entrer 
en  religion,  la  Conduite  Brahmique  ne  tardera  pas  à 
péricliter  dans  la  communauté.  Ananda  lui  rappelle 
les  bontés  qu'a  eues  pour  lui  sa  tante  ;  elle  l'a  nourri 
et  élevé  après  la  mort  de  sa  mère  Mâyâ.  C'est  vrai, 
réplique  le  B.,  mais  en  retour  je  lui  ai  appris  à  prendre 
refuge  dans  les  trois  Joyaux  et  à  mener  une  vie  pure. 
Le   B.   consent   enfin    à   admettre    comme    Nonnes 


73  BIKUNI 

mendiantes,  par  ordination  régulière,  sa  tante  et  les 
femmes  en  général,  à  condition  qu'elles  observent 
huit  règlements  graves  (sk.  gurudharma,  p.  garu- 
dhamma,  ch.  sonshihô  &$$&;  "maîtresses  lois", 
ailleurs  kyôhô  ^féï  "lois  vénérables",  kyôkai  tfcfà 
"Défenses  vénérables",  fukaotsuhô  ^BJjtSféc  ou 
fukakahô  ^Rjà&féc  "lois  inviolables")  :  (1)  les  Non- 
nes doivent  recevoir  l'ordination  des  Moines  ;  (2) 
tous  les  quinze  jours,  les  Nonnes  doivent  aller  rece- 
voir des  instructions  des  Moines  ;  (3)  elles  ne  peuvent 
passer  la  Retraite  estivale  en  un  lieu  où  il  n'y  a  pas 
de  Moines  ;  (4)  à  la  fin  de  la  Retraite  estivale,  elles 
doivent  accomplir  l'Invite  [à  la  confession  mutuelle 
des  trois  sortes  de  péchés]  :  vus,  entendus,  soup- 
çonnés, dans  les  deux  assemblées  (celle  des  Moines 
comme  celle  des  Nonnes)  ;  (5)  les  Nonnes  ne  peuvent 
poser  de  question  sur  les  Sûtra,  le  Vinaya  et  l'Abhi- 
dharma  des  Moines  que  si  elles  y  sont  autorisées 
par  ceux-ci  ;  (6)  les  Nonnes  ne  peuvent  parler  des 
infractions  des  Moines,  mais  les  Moines  peuvent 
parler  des  infractions  des  Nonnes  ;  (7)  les  Nonnes 
coupables  de  péchés  d'Exclusion-temporaire  doivent 
faire  [confession  publique]  sans  faute  pendant  quinze 
jours  dans  les  deux  assemblées  ;  (8)  une  Nonne, 
même  si  elle  a  reçu  l'Ordination  depuis  cent  ans,  doit 
humblement  saluer,  servir,  respecter  un  Moine, 
même  si  celui-ci  vient  seulement  d'être  ordonné. 
Gautamî  s'engage  à  observer  ces  huit  prescriptions 
et  reçoit  l'ordination  de  bhiksunî  avec  les  cinq  cents 
matrones  Sâkya.  Par  la  suite,  elle  demande  à  Ananda 
de  faire  en  sorte  que  ces  Nonnes,  qui  étaient  toutes 
âgées,  nobles,  connues  du  roi,  et  avaient  une  conduite 
pure  depuis  longtemps,  fussent  saluées,  servies, 
respectées  par  des  Moines  d'ordination  récente. 
Ananda  transmet  cette  requête  au  B.,  qui  l'arrête 
avec  indignation  et  se  contente,  pour  toute  réponse, 
de  lui  énumérer  tous  les  avantages  qu'ont  perdus  les 
Moines  du  fait  de  l'admission  des  femmes  dans 
l'Eglise  ;  et  il  conclut  par  la  parole  célèbre  :  Si  les 
femmes  n'avaient  pas  été  admises  dans  le  clergé,  la 
bonne  Loi  aurait  duré  mille  ans  ;  mais  maintenant 
elle  ne  durera  que  cinq  cents  ans. — Le  même 
récit  se  retrouve  avec  des  variantes  (notamment 
pour  le  texte  des  huit  règlements  graves)  dans  tous 
les  Vinaya  (Sarvâstivâdin  T.  1435  XV,  Mûlasarvâsti- 
vâdin  T.  1451  xxix-xxx,  Mahâsânghika  T.  1425  xxx, 
Mahîsâsaka  T.  1421  xxix,  Dharmagupta  T.  1428 
xlviii)  et  dans  beaucoup  d'autres  ouvrages,  p.  ex. 
T.  60  et  T.  1478  (sûtra  spéciaux),  T.  156  v,  etc. 
— Gautamî  et  ses  cinq  cents  Nonnes  furent  les 
premières,  dans  toute  la  communauté,  à  entrer  dans 
le  Nirvana  Tt.  201  xiv  (et  cf.  T.  144  sûtra  spécial). 
— L'intercession  d 'Ananda  en  faveur  des  femmes 
lui  fut  reprochée  comme  un  Méfait  lors  du  premier 
Concile  qui  se  tint  après  le  Parinirvâna. — Bikunikai 
ifclc/Êlrét.  Défenses  des  Nonnes. — Les  Nonnes  ont 
leur  Pénitentiel   spécial,   plus   tardif  que   celui   des 


BIKUNI 


74 


BIMASHITTARA 


Moines  dont  il  est  dérivé.  Selon  la  tradition  ch.  (p. 
ex.  Ttt.  2145  xi),  le  Pénitentiel  des  Nonnes  contient 
500  Défenses,  soit  deux  fois  plus  que  celui  des 
Moines  qui  en  contient  250  :  car  il  faut  aux  femmes 
plus  de  Défenses  qu'aux  hommes.  En  réalité,  le 
nombre  des  Défenses  varie  avec  les  écoles,  la  moyenne 
en  étant  de  250  pour  les  Moines  et  350  pour  les 
Nonnes.  La  plupart  des  "règlements  graves"  dont 
le  texte  a  été  traduit  ci-dessus  sont  incorporés  dans 
le  Pénitentiel  des  Nonnes.  Les  formules  spéciales  à 
celui-ci,  ou  bien  portent  sur  des  points  n'intéressant 
que  les  femmes,  ou  bien  se  retrouvent  dans  des  textes 
du  Mahâvagga,  du  Cullavagga,  etc.,  qui  complètent 
le  Pénitentiel  des  Moines.  D'après  Ernst  Wald- 
schmidt,  Bruchstucke  des  Bhiksunî-Prâtimoksa  der 
Sarvastivâdin  [édités  d'après  des  mss.  sk.  d'Asie 
Centrale],  mit  einer  Darstellung  der  tïberlieferung 
des  Bhiksunî-Prâtimoksa  in  den  verschiedenen 
Schulen,  Leipzig  1926,  les  recensions  des  diverses 
écoles  diffèrent  beaucoup  plus  pour  le  Pénitentiel 
des  Nonnes  que  pour  celui  des  Moines  :  la  plus 
archaïque  serait  celle  des  Theravâdin  (en  p.)  ;  puis 
viendraient  celle  des  Dharmagupta,  puis  celle  des 
Sarvastivâdin,  et  en  dernier  lieu  celles  des  Mûlasar- 
vâstivâdin,  des  Mahîsâsaka  et  des  Mahâsânghika. — 
\Jhistoire  du  clergé  féminin  en  Extrême-Orient  est  mal 
connue.  Ttt.  2122  lxxxix  (cf.  Lévi-Chavannes,  J. 
As.  1916  il,  41)  Dès  la  première  partie  du  111e  siècle 
des  Nonnes  indiennes  seraient  venues  en  Chine 
pour  y  donner  l'ordination  à  des  Chinoises. — Ttt. 
2145  xi  mentionne  à  Koutcha  trois  grands  couvents 
de  Nonnes,  qui  étaient  placés  sous  la  direction  d'un 
Moine  ;  les  femmes  et  les  filles  de  rois  et  de  princes 
y  venaient  de  toute  l'Asie  Centrale.  Le  Pénitentiel 
en  usage  dans  ces  couvents  fut  traduit  en  ch.  dans 
la  seconde  moitié  du  IVe  siècle,  mais  cette  version  ne 
s'est  pas  conservée. — Ttt.  2063  :  En  335-342,  le  moine 
Sôken  fèm  avait  rapporté  de  chez  les  Gesshi  (Yue- 
tche)  un  Pénitentiel  et  un  manuel  d'ordination  (kom- 
ma  $|0  =  sk.  karma)  qui  servirent  pour  l'ordination 
de  quatre  Nonnes  chinoises  en  357.  Vers  430,  le 
religieux  indien  Gunavarman  traduisit  un  manuel 
d'ordination  des  Nonnes  de  l'école  Dharmagupta, 
et  en  434  une  cérémonie  d'ordination  eut  lieu  à 
Nankin  en  présence  d'un  collège  de  dix  Nonnes 
venues  de  Ceylan  ;  ce  fut  la  première  ordination  de 
Nonnes  faite  en  Chine  selon  les  règles  (cf.  Lévi- 
Chavannes,  ib.  46,  et  Pelliot,  BEFEO  IV,  356,  n.  4). 
En  516,  le  moine  Hôshô  (Pao-tch'ang)  ^B^  rédigeait 
les  biographies  de  soixante-cinq  Nonnes  chinoises 
Ttt.  2063  :  treize  des  Tsin  317-419,  vingt-trois  des 
Song  420-478,  quinze  des  Ts'i  479-501,  quatorze  des 
Leang  502-515. — Au  Japon,  les  premières  Nonnes 
auraient  été  Zenshin  ff^flf  et  autres,  qui  allèrent  étudier 
laDiscipline  en  Corée  de  588  à  590  Gkss.  xvm  ; 
mais  les  ordinations  régulières  de  Nonnes  n'auraient 
commencé  que  plus  tard.  Il  existe  encore  au  Japon 


(comme  en  Chine)  de  nombreux  monastères  de 
Nonnes.  A  l'époque  Tokugawa,  seize  d'entre  eux 
portaient  officiellement  le  nom  de  Bikunigosho  ifcli: 
fê^^î)  parce  que  les  supérieures  en  avaient  été  dès 
l'origine  des  princesses  ou  des  femmes  nobles  ;  plus 
exactement,  les  monastères  dirigés  par  des  princesses 
étaient  appelés  Gokyûshitsu  $$'$£'31,  et  ceux  dirigés 
par  des  femmes  nobles  Gozenshitsu  #$|!p|É[.  Depuis 
la  Restauration  de  1868,  ces  noms  ont  été  supprimés, 
mais  la  filiation  des  supérieures  paraît  se  continuer 
et  ces  mêmes  monastères  sont  appelés  Goyuishojiin 
^c  "monastères  à   filiation". 


BIMA  jgj|!  =  sk.  Bhîmâ,  nom  d'une  Déesse,  épouse 
de  Mahesvara  T.  665  VIII,  Ttt.  2087  11  ;  cette  dernière 
source,  dans  un  passage  ultérieur,  donne  une  variante 
bimara  jg,0M  Q1"  pourrait  correspondre  au  sk. 
bhîmala  "terrible",  épithète  de  Mahesvara  (Watters, 
Travels,  I,  223)  ;  mais  cette  variante  ne  figure  que 
dans  les  éditions  ch.  de  Ttt.  2087,  les  mss.  conservés 
au  Japon  portent  bima  ]g,0  comme  dans  le  premier 
passage. — Hbg.  cite  d'autre  part,  d'après  Ttt.  1762 
xii,  les  deux  formes  bima  et  bimara,  avec  une  td. 
muku  3g$g  "immaculé"  =  sk.  vimala  ;  d'après  Hbg. 
ils  s'agirait  ici  d'un  nom  de  fleuve,  mais  les  termes 
cités  ne  se  retrouvent  pas  dans  le  texte  actuel  de 
Tt.  1762  xii. 

BIMANÔ  #Ji*I£  =  sk.  vimâna  ;  td.  rôkaku  fëgfêl 
"pavillon,  édifice  à  étage"  Kse.  xxn. 

BIMASHITTARA  %WU.&W  T.  99  xl,  190 
xxiv,  262  1,  310  lxii,  397  xlvii,  665  ix,  Ttt.  1709  il 
1834  11,  2128  xxv,  etc.,  ou  f^~  T.  24  vi  ;  abr.  bima- 
shitta  ^M%^  T-  ï  xx>  663  m,  Ttt.  1718  n  b,  Eog. 

I,  etc.,  encore  abr.  en  bimashitsu  mUiW  ">  nouv.  éc. 
beimashittari  |I^)^Ka-SflJ  Ttt-  i7°9  1.  l7*3  «  a»  l834 
il,  etc.  =  sk.  Vemacitra  (ou  Vemacitrî,  Mahâvastu 
III,  148,  254  ;  Vaimacitra,  Hœrnle,  Manuscript 
Remains  107)  ;  p.  Vepacittiya  ;  tib.  thag  bzari  ris 
"tissu  à  ramages". — Nom  d'un  roi  des  Asura. — 
Td.  diverses  :  kiga  &£|£  "dessins  brodés",  hôkin 
Hf|$  "brocart  précieux"  (sk.  vema  "métier  à  tisser" 
+  citra  "bariolé"),  allusion  à  ses  parures  Ttt.  1723 

II,  1834  11,  1709  1,  2128  xxv  (se  référant  à  Kiki  |&3£)  ; 
myôshoku  #j;|§5  "tissu  merveilleux"  Mvy.  3393 
(aussi  T.  190  xxix,  corr.  de  myôki  ##fé$  ?)  ;  jôshin 
jffîib  "Esprit  pur"  (sk.  vimala  "pur"  +  citta  "Esprit") 
Ttt.  1718  il  b  ;  jôshinge  :0>ù~0  "fleur  d'Esprit  pur" 
Ttt.  2128  xxv  (anc.  éc.)  ;  shujugi  $iMfê&  "toutes 
sortes  de  doutes"  (sk.  vimati  "doute"  +  citra  "varié") 
Ttt.  171 8  n  b  ;  shujushi  WfÊftfc  "toutes  sortes  de 
fils  de  soie",  allusion  à  ses  talents  de  prestidigitateur 
Eog.  I  ;  henkû  shujugongi  'M&MfÊWii^.  "toutes 
sortes  d'ornements  dans  les  airs",  parce  que  dans 
ses  combats  avec  les  Dieux  il  déploie  ses  armées  dans 
le    ciel,    ib.  ;    kyôkô    HPj|£     "grand    bruit",    kekkyo 


BIMASHITTARA 


75 


BIMOKUSHA 


^jg  "habitant  des  cavernes"  ib.  (ces  deux  td.  aussi 
Ttt.  2122  v,  qui  explique  que  du  fond  de  la  mer 
Vemacitra  crie  son  nom  à  grand  bruit,  et  que  d'autre 
part  il  habite  des  cavernes  marines)  ;  kôon  î^jg 
"haut  et  loin"  Ttt.  1785  VI. — Sa  fille  Sacî  (cf.  *Sha- 
shi)  est  l'épouse  d'Indra  T.  99  XL,  Ttt.  1723  11  a,  1718 
il  b,  etc.  ;  le  mythe  est  conté  en  détail  T.  643  1  (aussi 
Ttt.  2122  v  qui  se  réfère  à  T.  1)  :  Au  commence- 
ment des  Périodes,  le  feu  se  produisit  pendant  une 
Période,  la  pluie  pendant  une  Période,  le  vent 
pendant  une  Période,  la  terre  pendant  une  Période. 
Lors  de  la  formation  de  cette  dernière  Période,  les 
Dieux  Resplendissants  se  mirent  à  voler  par  le  monde 
et  se  baignèrent  dans  les  eaux  ;  l'essence  des  quatre 
Eléments  pénétra  dans  leur  corps  ;  ils  éprouvèrent 
un  plaisir  solitaire  et  leur  semence  s'écoula  dans  les 
eaux.  Les  huit  vents  l'emportèrent;  elle  tomba  dans 
la  boue  et  se  transforma  en  œuf.  Au  bout  de  8000 
ans  sortit  de  cet  œuf  une  femme  de  couleur  bleu- 
ïioir  comme  la  boue,  à  999  têtes,  chaque  tête  ayant 
1000  yeux,  à  une  seule  bouche  dont  les  quatre  dents 
émettaient  une  flamme  pareille  à  la  foudre,  à  24 
mains  dont  chacune  tenait  une  arme  (d'après  Ttt. 
2122  v,  24  pieds  et  999  mains)  ;  son  corps  était  haut 
comme  le  Sumeru.  Comme  elle  s'ébattait  dans  la 
mer,  le  vent  *Biramba  (sk.  Vairambha)  agita  les  eaux 
dont  l'essence  la  pénétra  ;  au  bout  de  8000  ans,  elle 
engendra  un  fils  quatre  fois  plus  grand  qu'elle-même. 
L'enfant  avait  9  têtes  à  1000  yeux  chacune  ;  de  sa 
bouche  sortait  du  feu  (Ttt.  2122  v:  de  l'eau);  il  avait 
999  mains  et  8  pieds  ;  sa  voix  se  faisait  entendre  du 
fond  de  la  mer.  Il  reçut  le  nom  de  Vemacitra  roi  des 
Asura.  A  la  manière  des  démons,  il  ne  se  nourrissait 
que  de  boue,  et  de  fibres  et  racines  de  lotus.  Ayant 
grandi,  lorsqu'il  vit  que  les  Dieux  étaient  entourés 
de  femmes,  il  demanda  à  sa  mère  :  Pourquoi  seul 
serais-je  sans  compagne  ?  Sa  mère  lui  parla  alors 
d'une  Gandharvî  des  Monts  Parfumés  (Kyôsen  ^| 
jJJ,  sk.  Gandhamâdana),  qui  était  plus  belle  que  le 
jade  blanc  et  émettait  de  la  musique  par  tous  ses 
pores.  Il  décida  de  l'épouser  ;  sa  mère  alla  la  chercher 
et  ils  se  marièrent.  Au  bout  de  8000  ans,  ils  eurent 
une  fille  d'une  rare  beauté,  comme  la  lune  parmi  les 
étoiles.  Kausika  (Indra)  la  fit  demander  en  mariage  ; 
l'Asura  sollicita  en  échange  un  palais  fait  des  sept 
Joyaux.  Indra  jeta  dans  la  mer  sa  coiffure  qui  devint 
un  édifice  palatial  sur  lequel  trôna  l'Asura  ;  un 
lotus  de  ce  palais  se  transforma  en  84.000  femmes 
qui  accompagnèrent  chez  les  Dieux  la  fille  de  l'Asura; 
celle-ci  reçut  d'Indra  le  nom  de  Etsui  fàM,  (sk. 
Manojnâ?  Ttt.  2122  v:  elle  s'appelait  Sacî  et  était  la 
sœur  de  Râhu).  Elle  devint  jalouse  de  ses  suivantes, 
que  lui  préférait  l'empereur  des  Dieux,  et  s'en  plai- 
gnit à  son  père  qui  déclara  la  guerre  à  Indra  :  l'Asura 
se  leva  dans  la  mer,  s'accroupit  sur  le  sommet  du 
Sumeru,  et  de  ses  999  mains  secoua  le  Sumeru 
et   la    ville    d'Indra,    Sudarsana  ;    les   quatre   mers 


s'agitèrent  et  Indra  fut  terrifié.  Un  esprit  conseilla 
à  Indra  d'invoquer  la  Perfection  de  Sapience  ; 
aussitôt  quatre  roues  de  lames  tombèrent  du  haut 
des  airs  sur  Vemacitra  et  lui  tranchèrent  oreilles, 
nez,  mains  et  pieds  ;  la  mer  en  fut  toute  rougie  ; 
l'Asura  mutilé  se  réfugia  dans  des  trous  de  fibres  de 
lotus. — Comme  les  autres  Asura,  Vemacitra  est 
constamment  en  lutte  avec  les  Dieux.  Divers  récits 
du  Sarhyuktâgama  T.  99  XL  (td.  parallèle  T.  100 
ii-iii  ;  Sam.  Nik.  xi,  1,  4,  5,  7)  le  montrent  en  conflit 
avec  Indra,  qui  l'emporte  toujours.  Un  de  ces  récits 
met  en  scène  des  Voyants  établis  dans  une  forêt, 
près  du  champ  de  bataille  ;  ils  reçoivent  en  même 
temps  la  visite  du  Dieu  et  celle  de  l'Asura  ;  ce  dernier 
se  montre  discourtois  à  leur  égard,  et  les  Voyants 
prédisent  qu'il  sera  vaincu  par  les  Dieux,  puis  lui 
inspirent  des  songes  (ou  des  frissons)  de  mauvais 
augure.  Cet  épisode  est  cité  dans  la  Vimsikâ  de 
Vasubandhu  Tt.  1589,  1590  ;  cf.  J.  As.  1925  I,  17 
sq. — Pour  d'autres  informations  sur  Vemacitra,  cf. 
*Ashura. 

BIMBA  M|=sk.  p.  bimba  ;  tib.  bim  ba  Mvy. 
5210.  Nom  d'arbre,  Momordica  Monadelpha,  une 
sorte  d'amarante  ;  td.  sôshi  fàfê,  Gog.  m,  Ttt.  2131 
Vin.  Les  lèvres  rouges  sont  comparées  à  son  fruit 
T.  278  ix,  297  lxv,  293  x  ;  c'est  une  des  quatre-vingts 
marques  secondaires  des  Grands  Mâles  (sk.  bimbo- 
sthi  Mvy.  5210,  p.  bimbotthi  ;  aussi  b°a).  Eog.  11  : 
Ce  fruit  ressemble  à  la  pomme. — ~chô  ~|H,  terme 
désignant  une  sorte  de  tenture  qui  orne  le  palais  des 
Dieux  dans  le  ciel  Tusita,  ainsi  nommée  soit  parce 
qu'elle  est  rouge  comme  le  fruit  du  bimba,  soit 
parce  qu'on  y  voit  le  reflet  (sk.  bimba)  des  objets 
extérieurs  ;  T.  279  xxn  et  cm.  Eog.  I. 

BIMBARA  JHKR  [I],  nom  d'un  parfum  T.  279 
xxn  et  cm.  Eog.  1. 

BIMBARA  $mi£  [II],  ou  Tt.  1558  xn  (  =  K.  Lav. 
ni,  190)  bimbatsura  ~jʣ~,  ou  Mvy.  7703  etc.  bim- 
para  ~$j[~=sk.  virhvara  Mvy.  7703,  7829,  7958, 
ou  bimbara  ib.  8006  ;  tib.  drkigs.  Nom  de  nombre  ; 
Gog.  1  se  référant  à  T.  190  td.  jucchô  +$$.  Cf.  *Sû. 

BIMOKUKUSHA  M@l^  =  sk.  Bhîsmotta- 
ranirghosa,  nom  d'un  Voyant  T.  279  lxiv  ;  T.  293 
vin  td.  daiimyôshô  %.J$.QJ5£  "grande  voix  terrible". 
Cf.  les  gloses  (inexactes)  Kse.  lxiv,  Eog.  11,  Ttt. 
1733   XVIII. 

BIMOKUSHA  M@^  =  sk.  vimoksa;  td.  *geda- 
tsu  j|?)}£  "Libération"  Ttt.  185 1  1,  1733  XVIII. — 
Ttt.  1851  1  distingue  vimoksa,  Libération  de  l'ordre 
de  l'Opéré,  de  moksa,  Libération  de  l'ordre  de 
l'Inopéré   (muigedatsu 


BIMOKUTEI 


76 


BINGADA 


BIMOKUTEI  ^^Ig=sk.  vimukti  ;  td.  *gedatsu 
"Libération"  Ttt.  1736  liv. 

BINAYA  &MM  T.  898,  1442-1451»  1456,  1457, 
1459,  Ttt.  1733  1,  1805  11  a,  1807  1,  1828  ix,  1861  11  a, 
Eog.  1,  Gog.  xiv,  ou  binaya  &fflW  Ttt.  l8o5  n  a, 
Gog.  xiv,  binaya  #^|î  T.  1464,  binaya  |M#fë 
Gog.  xiv,  bini  jgJë  T.  1440,  1441,  1463,  1489,  1775 
1,  Ttt.  1805  11  a,  1815  1,  Srs.  1  b,  Eog.  1,  Gog.  xiv, 
[binika  Wï/S^  Gog.  xiv]  =  sk.  p.  vinaya  ;  tib.  'dul  ba. 
— Discipline  ;  titre  d'une  des  trois  Corbeilles  du 
Canon. — Td.  *ritsu  fê.  "code  de  lois"  Ttt.  1805  11  a, 
Gog.  xiv,  etc.  ;  jôbuku  flltfc  "domptant"  (les  Pas- 
sions) Gog.  xiv,  (les  Pratiques  ou  les  Actes  mauvais) 
Ttt.  1773  1  ;  aussi  Ttt.  1807  1,  1828  ix,  1861  11  a,  Eog. 
1,  etc.  ;  metsu  j$£  "éteignant"  (le  mal)  Gog.  xiv, 
(les  mauvaises  Essences)  T.  1463  1,  (les  mauvais 
Actes)  Srs.  I  b,  (les  mauvais  Fruits  des  Actes  ou  des 
Passions,  ou  le  feu  des  Péchés)  Ttt.  1733  1  ;  aussi  Ttt. 
1805  11  a,  1815  1,  etc.  ;  inshô  5I*É  "guidant  les 
Etres"  (les  Laïcs  vers  la  Voie)  Srs.  1  b,  ou  "pro- 
duisant" (des  Mérites)  ib.  ;  rigyô  ffèff  "Pratiques 
écartant"  (de  la  mauvaise  Voie)  Gog.  xiv  ;  zenji  f| 
îp  "gouvernant  bien"  (les  Etres)  T.  1775  I  [Kumâra- 
jîva]  ;  kedo  /fb$£  "convertissant  et  sauvant"  (les 
Etres)  Gog.  xiv. — Cf.  *Ritsu. 

BINAYAKA  &%$fcM  Tt.  1266,  T.  1267,  Tt. 
1270,  Ttt.  1273,  Tt.  1274,  Ttt.  2129  vu  etc.,  ou 
binayaka  ~ -&$)!}  Ttt.  1796  vu,  binnayaka  ^#15  ^$1 
T.  1272,  Ttt.  2129  vu,  binayokka  fèffiMîM  Tt.  1266 
=  sk.  vinâyaka  ;  tib.  log  'dren  Mvy.  3165. — Un  des 
noms  de  Ganesa,  dieu  hindou  à  tête  d'éléphant, 
patron  de  la  littérature  ;  devenu  dans  le  bouddhisme 
un  démon  malfaisant. — Ce  nom  signifie  en  sk.  "celui 
qui  écarte"  (vi-nî)  [les  obstacles,  vighna- vinâyaka]  ; 
le  mot  vighna  "obstacle",  qui  entre  dans  un  grand 
nombre  des  épithètes  de  Ganesa  (vighnesa  "maître 
des  obstacles",  vighnajit  "vainqueur  des  obstacles", 
vighnarâja  "roi  des  obstacles",  vighnântaka  "mettant 
fin  aux  obstacles",  etc.),  sert  aussi  à  désigner  le  dieu 
lui-même. — Les  interprètes  bouddhistes  expliquent 
régulièrement  vinâyaka  par  "obstacle",  shôge  (^^,|  : 
Ttt.  1796  vu  Les  Binayaka,  ce  sont  tous  ceux  qui 
font  des  obstacles  ;  tous  ces  obstacles  son,t  produits 
par  des  Connotations  illusoires  de  l'Esprit. — Ttt. 
1273  Vinâyaka  est  un  démon  qui  poursuit  sans  cesse 
les  hommes  pour  leur  susciter  des  obstacles  et  des 
difficultés. — Gog.  xiv  C'est  un  démon  à  forme 
humaine  et  à  tête  d'éléphant,  qui  fait  obstacle  aux 
affaires  d 'autrui. — Ttt.  2129  vu  C'est  le  Dieu  des 
obstacles  ;  il  se  manifeste  avec  un  corps  humain  et 
une  tête  d'éléphant,  et  fait  obstacle  aux  Actes  méri- 
toires.— Toutefois  Mvy.  2165  donne  l'interprétation 
correcte  batsuja  J£}f|5  "écartant  ce  qui  est  néfaste". 
— Vinâyaka  est  parfois  confondu  avec  Vinataka,  nom 
d'une   des   sept   montagnes    d'or   qui   entourent   le 


Sumeru  (Mvy.  4146  te.  binataka  M^tS?S3.  td.  shô- 
geshinsen  f^||f /M' |ll  "mont  du  Dieu  des  obstacles", 
tib.  rnam  par  'dud  "recourber"  [sk.  vi-nam  ?]  ;  cf. 
Tt.  1558  xi  =  K.  Lav.  m,  141)  :  p.  ex.  Gog.  xiv  qui 
explique  que  cette  montagne  a  la  forme  de  la  tète 
de  Vinâyaka,  ou  Ttt.  1829  1  qui  te.  binatakka  ]^M 
fr£$JD  et  explique  que  la  montagne  est  habitée  pai 
des  Dieux  qui  font  obstacle  à  la  bonne  Loi. — Cette 
confusion  rend  compte  de  certaines  te.  aberrantes 
du  nom  du  Dieu  :  binataka  ^l^tH^D  Ttt.  1273  (td, 
zôbi  ^.^l  "trompe"),  benayataka  Ç^^^ffM^  Ttt 
2129  vu.  Mais  Tt.  1667  donne  d'autres  te.  bina- 
ranôga  &MBMM,  biminanôga  ®fâfflfè%,  q"' 
paraissent  simplement  fautives. — D'après  Tt.  127c 
Vinâyaka  est  l'aîné  des  1500  fils  de  Mahesvara 
et  d'Umâ  ;  il  a  pour  sœur  Hennayaka  j^^^jjB 
aînée  de  leurs  1500  filles.  Cette  sœur  est  une  méta- 
morphose d'Avalokitesvara  qui,  pour  réprimer  les 
mauvaises  pratiques  de  son  frère,  le  séduit  et  l'épouse: 
tous  deux  sont  représentés  en  train  de  s'embrasser, 
sous  le  nom  de  *Daishôkangiten  ^C|^f5c^X»  <3-v. 
— Vinâyaka  au  sens  de  "conducteur"  est  aussi  une 
des  80  appellations  du  B.  ;  cf.  *Butsu. 

BINDARA  ^(h3  (ou  gfc)  331.  ou  binzu  OTî  =  sk. 
pindâra  ?  Td.  shûyoku  £!$;  "désirs  réunis".  Nom 
d'un  Enfer  où  est  entré  le  roi  Ajâtasatru  T.  627  il, 
Kog.  vi  b  ;  aussi  mentionné  dans  le  Daijiinnengyé 
Jï^t-ïQfâtM.,  sûtra  apocryphe  de  tradition  au  Hieizan. 
qui  te.  ^P'Ë|$!  et  en  fait  un  des  Enfers  où  tombent 
les  sceptiques. 

BINGA  m$[)  =  sk.  bhrngâra,  p.  bhinkâra  "vase" 
T.  945  11  :  Si  l'on  emporte  un  vase  bhrngâra,  vide  el 
bouché,  d'un  pays  à  un  autre,  l'air  qu'il  contienl 
lorsqu'on  l'ouvre  au  bout  du  voyage  n'est  ni  celu: 
du  pays  d'origine,  ni  celui  du  nouveau  pays  ;  cai 
dans  le  premier  cas  l'air  du  pays  d'origine  aurai) 
été  diminué  de  la  quantité  emportée  dans  le  vase 
ce  qui  n'est  pas  possible,  et  dans  le  second  cas 
c'est-à-dire  si  de  l'air  nouveau  était  entré  dans  le 
vase  à  son  arrivée  dans  le  nouveau  pays,  on  devrai! 
voir  sortir  cet  air  lorsqu'on  ouvre  et  renverse  le  vase 
De  même  la  Masse  de  Notation,  qui  est  à  la  fois 
sans  Donnée-causale  et  sans  Nature-propre,  est  vidt 
et  illusoire.  [De  même  que  le  vide,  ou  l'air,  est  sans 
allée  ni  venue,  de  même  la  Notation  est  sans  produc- 
tion ni  destruction  :  interprétation  de  Ejô  'J§t|* 
Hksd.  xx.] — Le  cm.  de  ce  passage,  Ttt.  i799  n  b 
qui  explique  que  la  te.  binga  désigne  un  vase  ayani 
la  forme  de  l'oiseau  kalavinka,  confond  binga  $ 
=  sk.  bhrngâra,  avec  binga  f^fl  abr.  de  *karyôbings 
'MîfèMM^sk.  kalavinka  ;  cf.  Mvy.  481  et  4868. 

BINGADA  $gf!Jl]I?£  =  sk.  vigada  "remède"  (anti- 
dote) ;  Ttt.  1733  xx  et  Eog.  n  relèvent  une  te 
"complète"  bigôma  Ji,2s£|§f  qui    reste    inexpliquée. 


BINGADA 


77 


BIRUSHANA 


Ib.  td.  joko  $ft£,  fuko  ^^  "éliminant"  (les 
maladies  et  les  poisons)  ;  ces  td.  reposent  sur  une 
fausse  étymologie  vi-gata,  cf.    *Akada. 

BINIYA  MfiMË  =  sk.  vidyâ;  td.  *myô  ij/J 
"Science"  Dge.  i,  qui  fait  de  ce  terme  un  synonyme 
de  *shingon  jj^H"  "Formule". — Te.  bitei  dans 
biteidarapitaka  MB^t'^'J^^f^^vidyâdharapitaka, 
td.  myôjujizô  ^Bftt^i^  "Corbeille  des  détenteurs 
de  (Formules  de)  Science"  Ttt.  2066  il. 

BINZURUGA  %WÊM  T-  663  ni>  664  vn»  ou 
bindora  ^fêMk  T.  665  ix,  nom  d'un  roi-Yaksa  ;  td. 
ryûfudô  ifc^ifr  "debout  immobile"  Ttt.  1785  VI. 
Le  texte  sk.  correspondant  (Suvarnaprabhâsotta- 
marâjasûtra)    paraît   donner   Pingala. 

BIRABA  &BM  Tt.  1602  x,  ou  binra  fâ%  Tt. 
1579  xxx,  binra  |j||g  Tt.  1828  11  a,  bira  }|j||$[  Gog. 
xxii  =  sk.  bilva,  p.  billa  ;  tib.  bil  ba.  Nom  d'un  arbre 
et  de  son  fruit,  iEgle  Marmelos.  Gog.  xxm  Dans 
les  pays  occidentaux,  les  sacrificateurs  utilisent  cet 
arbre  pour  orner  leurs  cérémonies  ;  le  fruit  en  est 
doré,  et  gros  comme  une  orange  (kanshi  "tf  "?)•  Ttt. 
1828  11  a  Le  fruit  ressemble  au  citron  (ki  1$£)  ;  il  est 
de  couleur  safran  (*ukkon  Çf  jfc,  sk.  kuiikuma);  dans 
les  pays  occidentaux,  on  le  donne  aux  voyageurs 
en  guise  de  porte-bonheur. 

BIRAMBA  ^l;3g|  Ttt.  2148  xlviii,  Gog.  1,  xvn, 

xxii,  abr.  biran  jgjg  T.  279  xm,  Eog.  1  ;  ou  biran 

gjg,  T.  278  v,  Tt.  2042  v  ;  biramba  f$Jg£|  Tt.  1559 

xvi,   Gog.  xxv,  abr.  biran  f^JK,  Ttt.  2128  xlviii, 

Gog.  1,  xvn,  xxii  ;  beramba  VXjÊLWk  Tt.  1759  xxvn, 

Ttt.  1821  xxii,  1822  xxii,  2128  xlviii,  Gog.  I,  XVII, 

xxii,    Eog.   1,   abr.   beran   Il£j||   Ttt.   ib.  ;   beramba 

VKMM  Tt.  1558  xxii,  Ttt.  1821  xxii,  1822  xxii,  abr. 

beran  P^Hf,  Ttt.   1821   xxii,   1822  xxii,  Gog.  xxv  ; 

te.  aberrantes  :  senramba  fêll^  Gog.  xxv,  senran 

pË$£   Ttt.   2128  xlviii,   Gog.   1,  xvn,  xxii,  senran 

jtelJtij,  Tt.  1548  vi,  Gog.  xvn,  zuiramba  |§i^^  Gog. 

■cxv,  zuiran  Bjffg  Ttt.  2128  xlviii,  Gog.  1,  xvn,  xxii 

l=sk.  vairambha  (cf.  Divyâvadâna  105),  p.  verambha, 

Iveramba. — Nom   d'un   vent,   td.  jimmyôfû    jfi^SL 

■  'vent  rapide  et  violent". — T.  278  v,  279  xm  :  De 

■nême  que  le  vent  Vairambha  fait  trembler  la  terre 

lentière,  ainsi  le  Terrain  de  Mérite  des  B.  ébranle 

Bes  Etres  des  trois  Plans.  Cm.  Eog.  1  donne  les  étyme- 

■ogies  suivantes  :  (1)  be  $£  "disperser"  (san  gfc  :  sk. 

|vi    préfixe  ?)  +  ramba    "atteint"    (shoshi  0fjg  :    sk. 

Hambha  ?)  :  tous  les  endroits  atteints  par  ce  vent  sont 

Hdispersés   et   détruits  ;    (2)    bi    jg,    négation    (sk.    vi 

fcréfixe)  +  ramb  "tarder"  (chi  5g  :  sk.  lamb°):  ce  vent 

me  tarde  pas,  il  est  très  rapide   et   violent.  Ib.    Le 

(Cercle  du  vent  cosmique  qui  soutient  le  Cercle  de 

ll'eau  porte  le  même  nom  que  le  Cercle  de  ce  vent 

tlVairambha). — Tt.   1558  xxii    (  =  K.   Lav.    vi,    155) 


D'après  certains  maîtres,  l'ascète  doit  suivre  l'air 
qu'il  expire  jusqu'au  Cercle  du  vent  [qui  soutient 
l'univers]  et  jusqu'au  vent  Vairambha.  Cm.  Ttt. 
1821  xxii,  1822  xxii  :  Vairambha  est  le  nom  d'un 
vent  qui  souffle  à  l'intérieur  des  Monts  de  Fer  en- 
cerclant [l'univers  à  quatre  continents  ;  sk.  Cakravâda, 
cf.  K.  Lav.  m,  141]  ;  d'autre  part,  d'après  Para- 
mârtha,  beramba  ït^W^  signifie  :  "qui  s'élève  sans 
cesse",  kôki  fUS  :  c'est  le  vent  qui  fait  tourner  le 
soleil  et  la  lune. — T.  310  xxxvn  Grâce  à  ses  Super- 
savoirs le  B.  arrête  au  moyen  d'un  seul  poil  le 
vent  violent  beransôga  IJ^M.'fê'iÔn  (**•£•  vairambha- 
sangha  ?),  qui  peut  détruire  les  mondes  des  dix 
directions  nombreux  comme  les  grains  de  sable  du 
Gange.  Cm.  Ttt.  2128  xm  Ce  nom  désigne  un  grand 
vent  d'ouragan  qui  souffle  au  moment  de  l'incendie 
cosmique  à  la  fin  des  Périodes  et  peut  détruire  les 
mondes. — Tt.  2042  v  (td.  Przyluski  356)  Même  le  vent 
violent  Vairambha  ne  pourrait  emporter  les  liens 
dont  Mâra  a  été  chargé  par  Upagupta. — Cf.  *Barona. 

BIRANAKASHABA  ffil^^^$^,  te.  d'un  mot 
signifiant  "tortue"  Ttt.  213 1  vi.  La  seconde  partie 
de  ce  terme  correspond  au  sk.  kasyapa,  kacchapa, 
"tortue". 

BIRARI  JfïPlJl^,  nom  d'une  espèce  de  renard  qui 
tue  et  dévore  les  hommes  T.  1341  xv. — Sk.  bidâla 
"chat" ? 

BIRIKU  &mW  Tt.  852  11  (p.  121  c)  =  sk.  Bhrgu  ; 
tib.  nan  spon  "rejetant  le  mal",  td.  ch.  kiaku  3f§3§ 
même  sens  Mvy.  3451. — Nom  d'un  Voyant  qui 
figure  parmi  les  assistants  d'Agni  (*Katen)  au  Sud 
de  la  Cour  de  Diamant  extérieure  dans  le  Cercle  du 
Plan  de  Matrice  ;  toutefois  dans  les  représentations 
"actuelles"  (genzu  JJJfw])  de  ce  Cercle  au  Japon,  il 
est  remplacé  par  la  conjointe  du  Voyant  Angiras 
(*Akeira)  Mnkk.  505.,  avec  lequel  certaines  sources 
le  confondent  Sfdk.  ix.  Dans  Tt.  852  11  (p.  122  a), 
850  11  (p.  78  a),  851  11  (p.  103  b),  son  nom  est  te. 
gechiriga  ^l^|ÏP  qui  paraît  correspondre  au  sk. 
gargha  (?).  Il  a  pour  Formule  :  Namo  gautma  mahâ- 
rsarh  gargha  svâhâ  (sic)  Tt.  850  11  (cf.  p.  89  b),  851 
n,  852  11. — Mvy.  3573  le  mentionne  d'autre  part 
dans  une  liste  de  rois  mythiques. 

BIRISHAGANA  $ÊM$Htiffl  =  sk.  Vrsagana  (Vâr- 
sagana),  nom  du  roi-Dragon  qui  habitait  un  étang 
au  pied  des  Monts  Vindhya  et  enseigna  le  système 
Sârhkhya   à   Vindhyavâsa   Ttt.   2049. 


BIRIYA  mm  Eog.  1,  ou  jggfjfô  Ttt.  1851 
XII,  MUfltë  Bzm.,  abr.  biri  Jg^  =  sk.  vîrya,  p.  viriya 
"Bonne-volonté"  ;  td.  *shôjin  ||!/ijÊ,  q.v. 


BIRUSHANA     jgj 


=  sk.     Vairocana,     nom 


BIRUSHANA 


78 


BISHAKYi! 


d'un  B.  ;  cf.  *Roshana  et  *Dainichi. 


BISASHA  f$l£jRt  Ttt.  2125  m,  ou  M~  Bzm.  44 
=  sk.  bhaisajya,  p.  bhesajja  ;  tib.  rci,  sman.  Td. 
*yaku  |§  "médicament",  q.v. 

BISASHAHARISHIKARA  B|ftJH:ftfllfe&!li= 
sk.  bhaisajyapariskâra  "Equipement  de  Remèdes", 
td.  yakushigue  iiîf  j^t  T.  1453  x.  Un  des  treize 
Equipements  du  Moine  mendiant  ;  cf.  *Shigu. 


BISEIYA  #CT  Ttt.  1796  v,  fèfâffl  Tt.  850  11 
[= Vijayâ],  ou  bishaya  Mït^P  T.  848  iv,  Tt.  851  il 
[= Vijayâ],  bijaya  #^$  Hizk.  il,  bijayu  MMM 
Tt.  850  11  [=Vijaya],  bijayoku  fëfêM  Tt.  851  11 
[=Vijaya]  =  [I]  sk.  Vijaya,  td.  saishô  |||$£  "victoire 
suprême"  ;  troisième  des  cinq  Buddhosnîsa  (*Buc- 
chô;  le  second  est  Jaya)  qui  entourent  Sâkyamuni 
dans   la   Cour  de  Sâkyamuni  du    Plan   de    Matrice 


Fig.  36.  Biseiya  (Vijayâ). 

Ttt.  1796  v  ;  il  est  de  couleur  jaune  et  tient  un 
lotus  dans  la  main  gauche  Hizk.  11  ;  cf.  *Kinrim- 
bucchô. — Aussi=[II]  sk.  Vijayâ,  td.  saishô  H$£  "in- 
vincible", nom  d'une  des  deux  compagnes  du  Dieu 
du  Soleil  (*Nitten;  l'autre  est  Jayâ)  dans  la  Cour 
de  Diamant  extérieure  du  Plan  de  Matrice  T.  848 
iv,  Tt.  850  11,  851  11,  Ttt.  1796  v;  elle  est  de 
couleur  chair  et  tient  l'arc  et  la  flèche  Hizk.  11. 

BISHAFU  M£#,  ou  Tt.  1509  ix  bijobafu  ?|&R 
^Ff,  T.  411  vu  bishôfu  M^i?,  Ttt.  1735  xx, 
Eog.  1  Jbishibabu  ^^gR,  T.   125  xlv  bisharaba 


&&W&,  Bjk.  1  bisha  |££,  fusha  &£,  T.  190  m 
bishamon  jg^PJ,  T.  4,  278  vu  zuishô  fê|^  =  sk. 
visvabhû  (°bhuj),  p.  vessabhû  ;  tib.  kun  skyobs 
"protecteur  de  tous".  Td.  issaishô  —  $)%$  "victo- 
rieux de  tous"  Tt.  1509  ix,  hehissaijizai  j||— "ÇJJêlE 
"souverain  universel"  (sk.  bhuj  "jouir  de,  régner") 
Ttt.  1735  xx,  213 1  I,  Eog.  1  ;  issaiu  — -tJU4=f  "existant 
universellement"  (sk.  bhû  "devenir,  être")  Eog.  I  ; 
kôshô  |§c^k  "produisant  largement"  (sk.  bhû,  sens 
causatif)  Bjk.  1  ;  shujuhengen  flîlflÊïi,  Gog.  xxi- 
xxii  ou  nôhengen  gÊfj£ï|  Ttt.  2128  xvm  "produisant 
toutes  sortes  de  transformations"  (même  étymologie). 
— Le  troisième  des  sept  B.  du  passé. — T.  1  1:  Il 
apparut  dans  la  31e  des  Périodes  passées  ;  il  apparte- 
nait à  la  caste  des  Ksatriya,  au  clan  Kaundinya  ;  le 
roi  son  père  avait  nom  Zentô  ^®  "bonne  lampe" 
(sk.  Supradîpa  ? — le  pâli,  Dîg.  Nik.  xiv,  a  Suppatîta 
==sk.  Supratîta  auquel  répond  la  te.  de  T.  2  sohara- 
teitsu  lïÇ&fcJStJglSJJ  ;  T.  4  donne  suharadaijosetsuri 
fè$.W&WMM),  sa  mère  Shôkai  ffê$  "moralité 
glorieuse"  (p.  Yasavatî  =  sk.  Yasovatî,  auquel  ré- 
pond T.  4  yashaotsudai  JflîïJjMti  !  T.  2  donne 
harababatei  Ml^lMS^sk.  Prabhâvatî  ?),  sa  ville 
de  naissance  Anupamâ  ;  à  son  époque  la  durée  de  la 
vie  humaine  était  de  60.000  ans  ;  il  avait  un  fils 
nommé  Myôkaku  %ty^  "Eveil  merveilleux"  (T.  4  : 
Suharawatsu  M^^0).  deux  disciples,  Fuyû  $oS| 
et  Uttama  H£0  (P-  Sona  et  Uttara  ;  T.  4  :  Butsu- 
dai  4${g  et  Utta  fg£  ;  T.  2  :  Yashutara  ff$|£££), 
un  disciple  intendant  nommé  Jakumetsu  yfëiÀËL 
"apaisement"  (p.  Upasannaka  ;  T.  2  :  Upasento 
fèOTSf  î  T.  4  :  Fukushiyô  fê&M)  ;  son  arbre 
d'Eveil  fut  le  sala  (cf.  *Bodai)  ;  il  prêcha  la  Loi  à 
deux  assemblées,  la  première  de  70.000  disciples, 
la  seconde  de  60.000. — Cf.  T.  643  x,  et  les  autres 
sources  citées  s.v.  *Butsu. 

BISHAJARASHO  fè$?fflM#f  =  sk.  Bhaisajyarâja 
T.  474  11.  Nom  d'un  B.  ;  td.  *Yakuô  ||ZE. 

BISHAKA  &M  (ou  &)  $fl  =  sk.  Visâkhâ  ;  nom 
d'un  des  huit  Yaksa  de  la  suite  de  Vaisravana  (cf. 
*Bishamon)  Ttt.  1796  v.  Dge.  xv  td.  daiman  ;fcj$j 
"tout  plein"  ou  jihô  f$fë;  "maintenant  la  Loi". 

BISHAKYA  ^gfè,  ou  M£fê,  #Wfê,  beshakya 
Ç^^^  =  sk.  visâkhâ,  nom  d'une  mansion  lunaire  ; 
ch.  tei  Jj£,  tib.  sa  ga  Mvy.  3200  ;  td.  littérale  besshi 
glJ^J  "branche  (sâkha)  à  part  (vi)"  Gog.  xvm  ;  autre 
td.  fusshô  $&J1.  "étoile  bouillonnante"  (?)  Ttt.  2040 
I.  [Visâkhâ  était  aussi  le  nom  personnel  de  Mrgâra- 
mâtâ  (Rokushimo  fê&'f'BiÙ,  qui  fit  construire  pour 
le  B.  un  temple  au  Jetavana  ;  elle  était  née  sous 
l'influence  de  cette  mansion.] — Aussi  — sk.  vaisâkha,' 
nom  du  deuxième  mois  (avril-mai)  ;  tib.  dpyid  zlaî 
tha  chun  sa  ga,  ch.  kishun  -fê^  "3e  lune  du  prin-j 
temps"  Mvy.  8263  ;  td.  Ttt.    1821    vm  jôyô   fk% 


BISHAKYA 


79 


BISHAMON 


croissance   . 

BISHAMON   S'^PI.  ou  Tt.  1509  liv  Wfrft  = 
sk.  Vaisravana,  Vaisramana,  p.  Vessavana  ;  tib.  rnam 
thos  bu,  rnam  thos  sras  "fils  de  celui  qui  est  entière- 
ment   entendu"    (c.-à-d.  du  glorieux,  sk.  Visravas, 
jnom  du  père  de  Kuvera).  Autres  te.  :  (1)  beishirabana 
k^R»  Tt.  1298,  bisharabana  g  (ou  #)    &lfê 
m<fi  Gog.  xix,  Ttt.  2129  VI,  qui  répondent  au  sk. 
Vaisravana  ;  (2)  mais  la  plupart  des  te.  répondent 
pu  sk.   Vaisramana  :    beishiramana    ^X^MkW-^  Tt. 
L  246,  beisharamana    V%%$&fêffl  T.  9°*   XI>  heishi- 
jramana  M^M^M  T.  665  VI,  Tt.  1246,  beishiramana 
k^^  Ttt.  2129    vi,   bishiramanô   %%W$rMM 
JEog.    1,    etc. — Nom    d'un    des    quatre    Dieux-Rois 
ï*Tennô  X3Î)  ',  il  préside  au  Nord,  aux  Yaksa,  et 
aussi  à  la  richesse,  à  la  guerre,  etc. — La  plupart  des 
îtd.  de  son  nom  reposent  sur  la  forme  sk.  Vaisravana 
J' racine  sru  "entendre")  :  la  plus  courante  est  tamon 
%■%     "beaucoup     entendu",     qui    s'interprète     de 
pifférentes    façons  :    beaucoup    de    gens    entendent 
oarler  de  sa  richesse  Gog.  xix,  Ttt.  2129  vi,  ou  de 
tes  Mérites  Eog.  1  ;  il  entend  souvent  prêcher  la  Loi, 
par  c'est  lui  qui  protège  la  Terrasse  d'Eveil  des  B. 
Ttt:.  1721  xn  ;  les  mêmes  interprétations  s'attachent 
lux  td.  fumon  -^•[^  "vastement  entendu",  hemmon 
igfifl  "partout  entendu"  Gog.  xix,  Ttt.  2129  VI.  Gog. 
kix  donne  une  td.  rimon  lH[îfj  "séparément  entendu" 
pu  le  préfixe  sk.  vi°  (d'où  vai°)  est   pris    au   sens 
!  iéparatif .  Enfin  Eog.  1  donne  une  glose  fantaisiste 
Ke  la  forme  sk.  Vaisramana  :  vai  serait  une  exclama- 
ion  précédant  le  mot  sramana  "moine"  ;  à  l'origine 
pe  roi  s'appelait  Kuvera  (Kukotsura  {f^Sfjl,  à  corr. 
[en  Kubira    {^Mft).  mais  il   lui   arriva  un  jour   de 
•evêtir  le  Froc  pour  écouter  prêcher  le  B.  ;  et  lors- 
qu'il entra  dans  l'assemblée  des  auditeurs,  ceux-ci  se 
i pirent  les  uns  aux  autres  :  Vai,  sramana  !  vai,  sramana! 
lé  !  voici  le  moine,  voici  le  moine  !  D'où  son  nou- 
veau nom. — Comme  régent  du  Nord,  Vaisravana 
igure  non  seulement  dans  la  série  des  quatre  Dieux- 
lois,  mais  aussi  dans  celle  des  Dieux  des  huit  direc- 
ions  (*Happôten),  des  Douze  Dieux  (*Jûniten),  etc. 
1  habite  au  Nord  du  Sumeru,  soit  sur  le  flanc  Nord 
le  la  montagne  à  mi-hauteur,  T.  24  vi  et  25  vi,  Ttt. 
121   1  (au  sommet  du  Yugandhara,  à  42.000  Lieues 
u-dessus  de  la  terre),  Tt.   1644  v  (entre  les  deux 
ommets  du  Yugandhara),  Tt.   1558  xi  (  =  K.  Lav. 
H,   160  :  sur  la  4e  terrasse,  à  mi-hauteur    du    Su- 
eru,   au   niveau  du  sommet  du  Yugandhara,  là  où 
ont  les  châteaux  du  soleil  et  de  la  lune)  ;  soit  à  1000 
ieues  au  Nord  du   Sumeru  T.    1   xx,   ou   à  4000 
ieues  T.  23  m.   Il  a  trois  villes,  un  parc,  et  un 
tang,    dont   les    noms    diffèrent    selon    les    textes  : 
première  ville,  T.  1  xx  Kai  pjg   "redoutable",   T. 
3  ni  Shama  $fg,  T.  24  vi,  25  vi  Bisharaba  fg<£r 
W&;  deuxième  ville,  T.  1  xx  Tenkyô  %%fc  "vénérée 
es  Dieux",  T.  23  ni  Hakaraotsu  #£iJra£JàB>  T.  24  vi, 


25  VI  Gabahattei  $$&$$&  ;  troisième  ville,  T.  1  xx 
Shûki  5jÇ|§  "tous  les  refuges"  (ou  :  "refuge  des 
assemblées"),  T.  23  III  Aniban  PSJ/Ê^»  T.  24  vi,  25 
Adabanta  |&J^^^  (et  cf.  les  te.  suivantes  désignant 
l'une  des  villes  de  Vaisravana  :  T.  310  II]  *Atabattei 
P"»ÏP£$JS,  T.  1245  Anakabatei  H^&Mftfô'  999 
Anakabatei  |5^^|$fjgi  =  sk.  Atakavatî,  Alakavatî  ;  T. 
982  11,  Ttt.  2128x1  Anabanta  j§^$6^,T.  984  1  Ata- 
banta  M£-%à£>,  985  11  Katabanta  'ffl^Vfc&y  T-  190 
11  Araka  pslil^O,  ib.  xn  Arakabanta  WM^^Z-,  Tt- 
1644  v  Arakamanda  psliJÊÏiîi^lS'Ë)  ;  le  nom  du  parc 
est  :  T.  1  xx  Kabientô  ^JÊiiiSBJi,  T.  23  III  Kabienta 
$â§Lfê£',  T.  24  VI,  25  VI  Kabien  j&Ufc&E  ;  le  nom  de 
l'étang  :  T.  1  xx  Narinni  $Jg$/E,  T.  23  m  Nari  $jîflj, 
T.  24  vi  Natsuini  ffôffÊ/ê,  T.  25  vi  Nachini  UflP.fô 
(sk.  Nalinî,  Nadinî).  Vaisravana,  qui  est  le  plus 
important  des  quatre  Rois,  dispose  seul  d'un  parc  et 
d'un  étang  (et  les  trois  autres  Rois  n'ont  qu'une 
ville  chacun)  ;  mais  sa  résidence  communique  par 
des  escaliers  avec  celles  des  trois  autres,  qui  vien- 
nent lui  rendre  visite  et  se  promener  dans  son 
parc.  Tt.  1644  v  décrit  en  détail  sa  ville,  ainsi  que 
tout  le  royaume  qu'il  régit. — C'est  lui  qui  protège 
le  continent  situé  au  Nord  du  Sumeru,  l'Uttaravatî 
T.  397  Li,  ou  bien  encore,  au  Sud  du  Sumeru,  la 
partie  septentrionale  du  Jambudvîpa  T.  397  lu  : 
c'est  en  effet,  ajoute  ce  dernier  texte,  dans  le 
Jambudvîpa  qu'apparaissent  les  B.,  et  c'est  pourquoi 
Vaisravana  y  veille  sur  les  quatre  royaumes  de 
Ôgamagada  ^fjJ^VÊ.  Bôgamagadha  f&f^fl 
|?g,  Abanta  psf*^  et  Shidai  £$§  ;  il  en  a  reçu  la 
mission  du  B.  lui-même  :  avec  ses  91  fils  qui  par- 
courent les  dix  directions,  montés  sur  des  animaux, 
des  hommes,  des  femmes,  et  avec  les  Yaksa,  les  Râk- 
sasa,  les  Kumbhânda,  les  Trépassés,  les  Pisâca,  les 
Dragons,  les  Dieux,  les  constellations  qui  forment 
son  armée,  il  défend  le  bouddhisme  et  réprime  le 
mal  ;  aux  pieux  fidèles,  il  assure  cinq  avantages  : 
accroissement  de  vie,  de  richesse,  de  santé,  de 
plaisir,  de  célébrité  ;  mais  il  abandonne  les  disciples 
pervers  à  la  justice  royale. — Dans  T.  2043  vi  et  Tt. 
2042  vi,  c'est  d'Indra  que  Vaisravana  reçoit,  après 
la  mort  du  B.,  la  mission  de  protéger  le  bouddhisme 
dans  la  région  du  Nord,  spécialement  contre  les 
attaques  de  trois  rois  cruels,  Saka,  Yavana,  Pahlava. 
— Et  en  effet  c'est  dans  les  pays  du  Nord  que  Genjô 
(Hiuan-tsang)  rencontra  le  culte  de  Vaisravana  Ttt. 
2087  1  et  xn  :  le  grand  couvent  de  Balkh  était  protégé 
par  son  image,  qui  avait  miraculeusement  fait  échouer 
l'attaque  armée  d'un  khan  turc  ;  et  les  rois  de  Khotan 
prétendaient  descendre  de  Vaisravana,  leur  premier 
ancêtre  étant  né  du  front  de  sa  statue  (sur  cette 
dernière  légende,  cf.  Kse.  xlv).  Ttt.  2126  11  insiste 
sur  les  rapports  "très  étroits"  qui  existaient  entre 
Vaisravana  et  Khotan,  et  prétend  même  que  son 
nom,  Bishamon,  était  tiré  d'un  des  noms  du  pays 
de  Khotan,  Bishabu  If^pfl-  Cf.  aussi  T.  982,  984, 


BISHAMON 


80 


BISHAMOIS 


985  (J.  As.  1915,  I,  53),  qui  assignent  comme  ré- 
sidence à  Vaisravana  le  pays  des  Tukhâra. — Il  préside 
aux  Yaksa.  La  Mahâmâyûrî,  T.  982,  984,  985,  le 
mentionne  lui-même  comme  Yaksa,  à  deux  reprises, 
d'abord  sous  le  nom  de  Vaisravana,  puis  sous  celui 
de  Vaisramana  (J.  As.  191 5  1,  53  et  58). — T.  279 
lxvii  :  Il  est  à  la  tête  de  la  multitude  des  Yaksa. — 
Tt.  1644  v  :  Du  Yugandhara  jusqu'au  Cakravâda 
septentrional,  tous  les  Yaksa  dépendent  de  lui. — 
T.  133 1  IV  II  prononce  cette  stance  :  Autrefois, 
cultivant  l'Eveil,  je  me  suis  fait  roi  des  démons 
(Yaksa)  pour  le  bénéfice  des  Etres  ;  à  ceux  qui 
demeurent  dans  les  ténèbres  de  l'Inscience,  j'ouvre 
les  yeux  avec  ma  hache  d'or  ;  et  je  les  sauve  des 
Transmigrations,  et  les  élève  au  Nirvana. — Dans  T. 
1245,  texte  tardif  qui  lui  est  spécialement  consacré, 
il  prononce  un  sûtra  intitulé  Adanôtei  PRlIFÊ^iSf 
(  =  p.  Âtânâtiyasutta  du  Dîg.  Nik.  xxxn,  qui  ne  figure 
pas  dans  les  td.  ch.  des  Âgama  ;  cf.  aussi  Hœrnle, 
Manuscript  Remains,  24  sq.),  grâce  auquel  les 
disciples  du  B.  peuvent  se  défendre  contre  ceux  des 
Yaksa  dépendant  de  Vaisravana  qui  sont  incrédules 
et  malfaisants.  En  réalité  ce  sûtra  traite  des  quatre 
Rois,  et  le  quatrième,  qui  régit  le  Nord,  y  est  appelé 
le  Yaksa  Kuvera  (cf.  inf.)  ;  il  a  91  fils  nommés 
Taishaku  $?f!g  (nom  désignant  ordinairement  De- 
vendra  Sakra  =  Indra),  qui  sont  soumis  au  B.,  et 
qui  par  leur  exemple  incitent  tous  les  Yaksa  à 
protéger  le  Nord.  Dans  le  même  texte  T.  1245, 
Vaisravana  prononce  ensuite  des  Formules  destinées 
à  subjuguer  les  Gandharva  malfaisants,  qui  sont  ses 
propres  frères,  les  Pisâca,  les  Kumbhânda,  les 
Trépassés,  les  Dragons,  etc. — Dans  T.  999  1-11 
(  =  sk.  Mahâsahasrapramardinî,  cf.  Mitra,  Nepalesc 
Buddhist  Literature,  166-167),  Vaisravana  enseigne 
également  une  Formule  pour  dompter  les  Yaksa 
qui  enivrent  les  hommes,  les  hébètent,  les  rendent 
fous,  les  dévorent  :  C'est  moi  qui  suis  leur  roi, 
déclare-t-il,  et  ils  adorent  la  sainte  image  placée 
dans  le  stûpa  que  je  tiens  à  la  main. — Ib.  Le  B. 
enseigne  la  "Formule  du  roi  Brahmâ"  qui  permet 
de  soumettre  le  fils  aîné  de  Kuvera,  le  grand  Yaksa 
Sanjaya  J|k^SF  (sk.  Sanjaya),  qui  chevauche  un 
homme,  et  ses  autres  fils  Janika  Éf,flS2ïï»  Daimi  ;fc$ÉJs 
"grand  démon"  et  Ufuku  ^flg  "jarre-ventre". — 
D'après  Tt.  1509  liv  et  Ttt.  2129  vi,  il  préside  à  la 
fois  aux  Yaksa  et  aux  Râksasa. — Tt.  1297:  Lorsque 
Vaisravana  est  joyeux,  les  Yaksa  ne  nuisent  point 
aux  hommes  ;  lorsqu'il  est  en  colère,  ils  causent  du 
désordre. — T.  1  xx  (  =  Ttt.  2121  1)  et  T.  24  VI  (  =  25 
vi)  :  Il  est  toujours  accompagné  de  cinq  Yaksa  qui 
veillent  sur  sa  personne  :  (1)  T.  1  Hanjarô  j^^^> 
T.  24  Gojô  2£3fc  "cinq  fois  dix  pieds"  (sk.  Pancâla)  ; 
(2)  T.  1  Dandara  fëïP'gil.  T.  24  Kôya  jJgjfF  "brousse" 
(cette  dernière  td.  correspond  au  sk.  Âtavaka,  cf. 
*Atabaku)  ;  (3)  T.  1  Keimabatsuda  MBWt  (sk. 
Haimavata),  T.  24  Konsen  ^-Uj   "montagne  d'or" 


Fig.  37.  Bishamon  (Plan  de  Matrice). 

Amrta). — Famille.— Tt.   850 


(sk.  hema    "or") 
(4)   T.    1    Daigen 

mmii,  t.  24  jô. 

shin  JUJ-  "lonf 
corps"  ;  (5)  T. 
Shuitsuroma  |tE)§ 
jfèj^,  T.  24  shim- 
mô  $f^  "aiguille' 
poil"  (sk.  Sucilo' 
ma). — Ou  encore 
d'après  une  au  tri 
liste  donnée  Bdjt 
1487  :  (1)  Zennik 
Ï?JÊA  î  (2)  Dok. 
ken  $3g|  ;  (3)  Nats 
tHftl;  (sk.  Nada) 
(4)  Kubatsura  % 
HtSft(sk.Kubâra) 
(5)Kanro-H-|g(sk 
lui    attribue    hui 


frères,  une  mère  et  une  grand 'mère. — D'après  Std 
1,  son  père  s'appelle  Rabada  |j/i2£|[P&  ou  Bananda  3g 
JUPE,  et  sa  mère  Mitsujaru  fëÙ  ou  Sofu  ffî.%-- 
Ses  huit  frères  ne  sont  autres  que  les  huit  générauï 
Yaksa  qui  l'entourent  dans  le  Cercle  du  Plan  de  Ma- 
trice Ttt.  1796  v  :  (1)  Mânibhadra  ;  (2)  Pûrnabhadra 
(3)  Pâfïcika  ;  (4)  Sâtagiri  ;  (5)  Haimavata  ;  (6)  Visâkha 
(7)  Âtavaka  ;  (8)  Pancâla  ;  le  texte  ajoute  qu'ancien- 
nement Pâfïcika,  le  3e,  était  nommé  Sanjaya  [pour  h 
restitution  de  ces  noms  en  sk.,  cf.  J.As.  1915,  1].— 
Selon  T.  1245  cité  sup.,  il  a  pour  frères  les  Gan- 
dharva.— Quant  à  ses  fils,  le  nombre  et  les  noms  er 
varient  selon  les  textes.  L'aîné  est  le  plus  souvent 
appelé  Nata  ^jî(F£  (  =  sk.  Nada  ;  cf.  Nada-Kûbara 
nom  du  fils  de  Kuvera  dans  la  mythologie  hindoue) 
C'est  lui  qui  aurait  remis  au  maître  ch.  Dôsen  îftjÉ 
une  dent  du  B.  volée  à  Indra  par  les  Râksasa  Ttt 
2061  (cf.  *Butsuge).  On  raconte  aussi,  dans  la  secti 
Zen,  qu'il  se  rompit  les  os  et  se  déchira  la  chai: 
pour  les  restituer  à  ses  père  et  mère,  puis  leur  apparu 
et  leur  prêcha  la 
Loi  Gte.  11  ;  mais 
cette  légende 
n'est  pas  attestée 
dans  les  textes 
canoniques  Stj. 
VI.  Selon  Bdjt. 
1297,  Nada  a 
trois  faces  et  huit 
bras  ;  mais  un, 
Rituel  qui  lui 
est  consacré,  Tt. 
1247,       rapporte 

qu'il     tient     une 
,  ,  .  .  Fig.  38.  Bishamon  (Plan  de  Diamant). 

dent  dans  la  main 

gauche,  une  lance* à  trois  pointes  dans  la  droite,  es! 

de  couleur  bleu-noir  mêlée  de  rouge,  et  foule  un 


rSHAMON 


81 


BISHAMON 


Yaksinî  ;  d'après  cç  Rituel,  du  reste,  Nada  n'est 
pas  le  fils  de  Vaisravana  mais  son  petit-fils,  plus 
ment  le  3e  fils  de  son  2e  fils  (lui-même 
nommé  Hanshika  ^^jjQ  =  sk.  Pâncika,  Hmjr.  813)  ; 
ç'esl  un  démon  terrible  qui  protège  l'Etat  et  le 
bouddhisme  en  réprimant  les  méchants,  auxquels 
il  arrache  les  yeux  et  le  cœur,  brise  la  tête  avec 
son  bâton  de  Diamant,  etc. — Comme  on  l'a  vu 
dans  plusieurs  des  passages  précités,  Vaisravana 
est  souvent  identifié  à  Kuvera,  le  dieu  hindou  de 
la  richesse  ;  à  ce  titre  il  préside  à  la  richesse 
(cf.  *Kubira).  Dans  T.  397  lu  il  est  régulière- 
nent  désigné  sous  le  double  nom  Kuvera -Vaisra- 
vana (Kubira-Bishamon  $Jf$j$Èi£$?n)  ;  et  tandis 
que  l'Asokâvadâna  Tt.  2042  vi  l'appelle  Bishamon, 
le  passage  correspondant  de  l'Asokasûtra  T.  2043 
vi  le  nomme  Kubira. — Sa  richesse  est  proverbiale  : 
la  fortune  d'un  maître  de  maison  de  Râjagrha 
est  comparée  à  la  sienne  T.  703  ;  T.  279  lxxvii 
compare  les  Amis-de-bien  (*zennu)  à  Vaisravana,  la 
Loi  à  ses  trésors,  les  Pratiques  à  sa  fortune,  ou 
encore  ib.  lxxviii  l'Esprit  d'Eveil  à  Vaisravana  qui 
supprime  la  douleur  de  la  pauvreté.  Dans  T.  190 
xii  il  est  appelé  "propriétaire  d'un  grand  dépôt  de 
trésors"  daikozôshu  ^f^f^^r.  ;  dans  Tt.  201  11 
(td.  Huber  59),  Indra  et  Vaisravana  sont  cités  comme 
des  richards  peu  généreux. — Dans  un  conte  de  T. 
202  iv,  il  apparaît  à  la  laïque  Upasenâ  (ou  Mahâsenâ) 
au  moment  où  celle-ci  récite  le  Dharmapada  sur  le 
toit  de  sa  maison  :  elle  entend  une  voix  dans  les 
airs  ;  c'est  Vaisravana  qui  se  rend  chez  Virûpaksa, 
accompagné  de  ses  mille  Yaksa  ;  il  dit  à  Upasenâ  :  Si 
je  te  donnais  des  joyaux  célestes,  tu  ne  saurais  qu'en 
faire  ;  je  vais  donc  te  donner  une  bonne  parole . .  . 
L'Ekottarâgama  T.  125  xxvi  rapporte  l'histoire 
de  Keizu  ff|gfj  "tête  de  coq",  un  brahmane  qui, 
trop  pauvre  pour  offrir  de  la  nourriture  au  B.  et  à 
sa  suite  invités  à  Kapilavastu,  avait  été  expulsé  de  la 
confrérie  locale  des  brahmanes  ;  il  emprunte  de 
l'argent  à  un  notable  de  la  ville,  en  promettant  de 
se  vendre  comme  esclave  pour  payer  sa  dette  ;  les 
brahmanes  acceptent  son  argent,  mais  refusent  de 
lever  l'expulsion  prononcée.  Sur  l'ordre  du  B., 
Indra  et  Vaisravana  viennent  à  son  secours.  Vaisra- 
vana fait  chercher  dans  la  Forêt  de  Santal  une  grande 
cuisine  de  fer  où  ses  cinq  cents  Yaksa  préparent  le 
epas  du  B.  ;  il  remet  au  brahmane  une  barre  d'or 
qui,  jetée  à  terre,  se  transforme  en  cent  milliers 
l'onces  d'or  ;  avec  cet  or,  le  brahmane  achète  des 
nets  que  cuisent  les  Yaksa,  et  peut  ainsi  offrir  un 
nagnifique  festin  au  B.,  à  ses  moines  et  à  tous 
es  Arhat  miraculeusement  présents. — Dans  le 
Suvarnaprabhâsottamarâjasûtra  T.  665  vi  (passage 
nanquant  aux  autres  recensions,  T.  663  et  664  ; 
:'est  sur  ce  texte  que  repose  un  sûtra  spécial  plus 
ardif,  T.  1244),  Vaisravana  enseigne  la  "Formule  de 
a  Gemme-de-désirs",  qui,  prononcée  selon  certains 


rites,  fait  apparaître  devant  le  fidèle  le  fils  de  Vaisra- 
vana, Zennishi  j^U.^  [T.  1244  Shanisa  $CflB^?]  ; 
celui-ci  demande  au  fidèle  :  Pourquoi  appelles-tu 
mon  père  ?  Le  fidèle  répond  :  Je  désire  des  richesses 
pour  les  offrir  aux  Trois  Joyaux.  Vaisravana  enjoint 
alors  à  son  fils  d'assurer  au  fidèle  un  don  quotidien 
de  cent  kârsâpana  [T.  1244  "pièces  d'or"]  ;  le  fidèle 
devra  les  dépenser  en  offrandes  aux  Trois  Joyaux  et 
en  aumônes  aux  pauvres.  Puis  le  Dieu-Roi  ajoute  : 
Si  le  fidèle  veut  me  voir  en  personne,  qu'il  peigne 
l'image  du  B.  [T.  1244:  Sâkyamuni  prêchant  la 
Loi],  avec  à  sa  gauche  *Kichijôten  (Sri)  et  moi- 
même  à  sa  droite,  et  toutes  sortes  d'assistants  des 
deux  sexes. .  .Qu'il  accomplisse  devant  cette  image 
certains  rites,  prononce  une  longue  Formule. .  .Alors 
je  lui  apparaîtrai  sous  la  forme  d'un  jeune  homme 
ou  d'un  vieux  Moine  mendiant  [T.  1244  d'un 
Laïc],  tenant  la  Gemme-de-désirs  [T.  1244  dans 
ma  main  droite]  et  un  sac  d'or  [T.  1244  une  boîte 
d'or  dans  ma  main  gauche]  ;  et  j'exaucerai  tous 
ses  vœux,  et  le  rendrai  riche. .  . — Enfin  Vaisravana 
était  vénéré  en  Chine  et  au  Japon  comme  un  dieu 
de  la  guerre.  Tt.  1248  donne  une  Formule  inti- 
tulée "Formule  du  Dieu-Roi  du  Nord,  Vaisramana, 
qui  suit  les  armées  pour  protéger  la  Loi"  :  si  l'on 
prononce  cette  Formule  devant  une  image  de  Vai- 
sramana,— qui  représente  le  Dieu-Roi  sous  un  aspect 
terrible,  revêtu  d'une  cuirasse,  tenant  dans  la 
main  gauche  une  lance  et  dans  la  droite,  posée  sur 
la  hanche,  un  stûpa  qu'il  offre  au  B.  Sâkyamuni,  et 
foulant  deux  Yaksinî  noires, — il  envoie  son  troisième 
fils  Nada  aux  côtés  de  ceux  qui  dirigent  des  troupes 
pour  protéger  leur  pays  ;  ou  encore,  si  l'on  enduit 
d'or  en  poudre  la  cuirasse  de  son  image  et  qu'on  lui 
offre  des  parfums,  des  fleurs  et  des  mets  en  pronon- 
çant sa  Formule  cent  mille  fois,  il  prend  lui-même  le 
commandement  de  ses  troupes  célestes  et  vient 
seconder  son  fidèle,  auquel  il  assure  la  victoire  ;  ou 
encore,  si  on  la  récite  sans  arrêt  jour  et  nuit,  il  délègue 
son  prince  héritier  Dokken  ^|É  à  la  tête  des  troupes 
célestes  ;  ou  encore,  on  peut  suspendre  son  image  à 
une  hampe  et  la  porter  en  guise  de  bannière  à  quinze 
pas  devant  l'armée,  ce  qui  rendra  l'ennemi  impuis- 
sant.— Un  Rituel  de  même  titre  Tt.  1247  ("Rituel 
du  Dieu-Roi  du  Nord,  Vaisravana,  qui  suit  les 
armées  pour  protéger  la  Loi"),  plus  spécialement 
consacré  à  Nada  (cf.  sup.),  ajoute  en  colophon  que, 
lors  des  "grands  troubles  des  cinq  royaumes",  on 
essaya  vainement,  pendant  huit  mois,  toutes  sortes 
d'autres  cérémonies  ;  seul  le  rite  prescrit  dans  ce 
texte  s'avéra  efficace  pour  rétablir  la  paix. — Il  s'agit 
des  troubles  qui  éclatèrent  en  Asie  Centrale  à  la  fin 
du  règne  de  Gensô  (Hiuan-tsong)  ^^  sous  ^a 
dynastie  des  Tô  (T'ang)  Jg,  et  par  les  "cinq 
royaumes"  il  faut  entendre  cinq  peuples  étrangers 
qui  assiégèrent  alors  la  ville  de  Ansei  (Ngansi)  5£:i5. 
L'affaire  est  rapportée  en  détail  dans  le  "Rituel  de 


BISHAMON 


82 


BISHAMON 


Vaisravana"  Tt.  1249  (  —  Ttt.  2126  n  dont  le  texte 
est  plus  correct)  :  En  la  ire  année  Tempo  %%  (T'ien- 
pao,  742  A.D.),  les  cinq  royaumes  de  Seiban  jS^ 
(Tibet),  Daiseki  ^^  (Arabes),  Kôko  /HU  (Sogdiens) 
et  autres,  assiégèrent  la  ville  de  Ansei.  Le  11e  jour  de 
la  2e  lune,  un  rapport  fut  présenté  à  l'empereur  pour 
demander  des  troupes  de  secours.  L'empereur  dit 
au  maître  Ichigyô  —  ff  :  Professeur,  la  ville  de  Ansei 
est  assiégée  par  les  Arabes  et  autres,  et  réclame  des 
troupes  ;  mais  comme  elle  est  située  à  une  distance 
de  12.000  lieues,  il  faudrait  huit  mois  pour  que  mes 
troupes  y  arrivent,  et  je  ne  sais  que  faire.  Ichigyô 
répliqua  :  Pourquoi  Votre  Majesté  n'invoquerait-elle 
pas  à  son  aide  le  Dieu-Roi  du  Nord,  Vaisravana,  avec 
ses  troupes  célestes  ? — Comment  puis-je  l'invoquer  ? 
— Par  l'entremise  du  moine  sérindien  Daikôchi  ^kjfê 
^?(Ttt.  2126  [et  Std.  1]  :  Amoghavajra). — L'empereur 
fit  mander  ce  moine,  qui  l'invita  à  se  munir  d'un 
brûle-parfum  et  à  le  suivre  dans  le  sanctuaire  ;  le 
moine  prononça  vingt-sept  fois  une  Formule  [tirée 
de  T.  246,  ajoute  Ttt.  2126]  ;  l'empereur  vit  alors 
apparaître  des  centaines  de  soldats  en  armes,  et  le 
moine  lui  expliqua  que  c'étaient  les  troupes  du  deu- 
xième fils  de  Vaisravana,  Dokken  $§{it,  qui  venaient 
prendre  congé  avant  de  partir  pour  Ansei.  A  la  4e 
lune,  on  reçut  un  rapport  de  Ansei  déclarant  que, 
le  jour  même  de  cette  cérémonie,  on  avait  vu  ap- 
paraître au  Nord-Est  de  la  ville,  enveloppés  d'un 
brouillard  obscur,  des  géants  revêtus  de  cuirasses 
d'or  ;  on  avait  entendu  un  vacarme  de  tambours  et 
de  cornes,  et  ressenti  un  grand  tremblement  de 
terre  ;  les  troupes  des  cinq  royaumes,  épouvantées, 
s'étaient  retirées  dans  leurs  camps,  où  des  rats  d'or 
avaient  rongé  les  cordes  de  leurs  arcs  et  de  leurs 
arbalètes  ;  une  voix  dans  les  airs  avait  ordonné 
d'épargner  les  vieillards  et  les  faibles  qui  ne  pouvaient 
s'enfuir.  Puis  Vaisravana  s'était  manifesté  en  per- 
sonne sur  la  porte  septentrionale  de  la  ville  ;  on  avait 
dessiné  son  image,  qui  était  jointe  au  rapport  adressé 
à  l'empereur. — A  la  suite  de  ces  événements,  con- 
tinue Ttt.  2126  11,  un  édit  impérial  ordonna  à  tous 
les  fonctionnaires  provinciaux  de  faire  placer  à  l'angle 
Nord-Ouest  des  villes  des  images  de  Vaisravana  et 
de  ses  assistants,  et  à  tous  les  monastères  bouddhi- 
ques de  lui  consacrer  un  édifice  spécial  ;  et  depuis 
lors,  ajoute  ce  texte  qui  date  du  Xe  siècle,  il  est 
d'usage  dans  les  préfectures  de  faire  des  offrandes 
à  Vaisravana  le  premier  jour  de  chaque  lune,  en 
exécutant  des  chants  et  des  danses  :  c'est  ce 
qu'on  appelle  "réjouir  le  Dieu-Roi",  rakutennô  ^| 
JOE- — Tt.  1249,  citant  les  paroles  du  même  moine 
Daikôchi  ^JH^?,  donne  un  programme  mensuel  des 
faits  et  gestes  de  Vaisravana  :  le  Ier  jour  de  chaque 
lune,  il  tient  une  réunion  avec  les  dieux  et  les 
démons  ;  le  11e  jour,  il  prend  congé  de  son  deuxième 
fils  Dokken  qui  part  en  tournée  d'inspection  ;  le 
15e  jour,  il  tient  une  réunion  avec  les  trois  autres 


Dieux-Rois  ;  le  12e  jour,  il  échange  un  stûpa  avec 
son  fils  Nada  :  ce  jour-là,  il  faut  lui  offrir  du  riz 
glutineux  avec  du  lait  ou  du  miel. — Dans  le  Japon 
médiéval,  Vaisravana  était  le  patron  (mamori  horizon 
'!f^.^i)  des  guerriers,  qui  recevaient  parfois  dans 
leur  enfance  le  surnom  de  Tamommaru  &$ï\$l, 
comme  ce  fut  le  cas  d'un  célèbre  héros  du  xive 
siècle,  Kusunoki  Masashige  fp|îE^C- — Dans  l'Es.,  il 
a  pour  Germe  :  vai,  pour  Formes  de  Convention 
le  bâton  ou  le  stûpa  ;  nombreuses  sont  ses 
Formules  :  la  plus  usuelle  paraît  être  simplement 
son  nom  précédé  de  :  Namo.  Son  Sceau  principal 
est  le  suivant  :  les  annulaires  sont  dressés  l'un 
contre  l'autre,  les  index  sont  recourbés  comme  des 
crochets,  les  autres  doigts  sont  entrecroisés  à  l'inté- 
rieur des  paumes  T.  1244  ;  mais  il  a  plusieurs  autres 
Sceaux. — Iconographie. — Vaisravana  est  figuré  au 
Japon  comme  un  guerrier  cuirassé  ;  ses  attributs  sont 
généralement  le  bâton  (sk.  danda)  et  le  stûpa.  Ce 
type  est  conforme  aux  textes  suivants  :  T.  1244  Sur 
la  paume  de  la  main  gauche  il  tient  un  stûpa  qu'il 
regarde,  et  dans  sa 
main  droite  un  bâton. 
Id.  Tt.  1293  (couleur 
bleu-noir,  vêtements 
rouges,  cheveux  vio- 
lets) ;  id.  aussi  Tt. 
1298,  qui  ajoute  que 
son  corps  est  doré, 
qu'il  est  revêtu  de  la 
cuirasse,  assis  sur  deux 
démons  et  assisté  de 
deux  Déesses  lui 
offrant  des  fleurs  (fig. 
Kkzs.  vi,  2244)  ;  et 
Tt.  908  qui  omet  les 
Déesses  (fig.  Asbs.  vi, 
2026).  C'est  ce  dernier 
type  que  reproduisent 
les  Cercles  du  Plan  de 
Matrice  (porte  Nord 
de  la  Cour  de  Diamant 
extérieure)  et  du  Plan 
de  Diamant  (où 
Vaisravana  préside 
aux  Yaksa  à  l'Ouest)  ; 
toutefois  il  y  a  pour 
siège  un  lotus  au  lieu 
des  deux  démons,  et 
la  cuirasse  diffère  dans 
les  deux  Cercles  (Bzss.  Fi^-  39-  Tobatsu-Bishamon. 

fig-  327-328). — Souvent  le  bâton  est  remplacé  par; 
une  longue  lance,  généralement  à  triple  pointe  et  àj 
banderole:  Tt.  1248  II  tient  dans  sa  main  gauche  j 
une  lance,  sa  droite  est  posée  sur  sa  hanche  ;  ilj 
foule  deux  Yaksinî  noires  et  offre  un  stûpa  au  B. 
Sâkyamuni.  T.  901  xi  Sa  gauche   tient  une*lance, 


BISHAMON 


83 


BISHASHA 


sa  droite  un  stûpa  (fig.  Kkzs.  vi,  2242  ;  c'est  sous 
cet  aspect  qu'il  est  généralement  figuré  dans  la  série 
populaire  des  sept  divinités  du  bonheur,  Shichifu- 
kujin  4jjjii|ljji"S  ;  cf.  aussi  la  statue  conservée  au  Hôryûji 
fc&iHï'tr"»  ou  il  foule  un  démon  unique  [pi.  vu]). 
Tt.  1246  :  Il  tient  dans  sa  gauche  une  lance  à  trois 
pointes  ;  sa  droite  est  sur  sa  hanche  (fig.  Asbs.  vi, 
2026  ;  ce  type  s'est  conservé  au  Kuramadera  $£JI§^r* 
près  de  Kyoto,  temple  consacré  à  Vaisravana  ;  cf. 
Renondeau,  BEFEO  XXVI,  259  sq.).  Ib.  et  Tt.  125 1 
I  mentionnent  un  type  tenant  à  gauche  un  stûpa  et 
foulant  trois  Yaksa,  dont  le  central  est  soit  la  déesse 
de  la  Terre  (*Jiten  iJË;?;).  s°it  Vinâyaka  (*Binayaka), 
les  deux  autres  étant  identifiés  à  *Biramba  j^j§jjj3||  et 
à  Niramba  /ËH^  (?).  Cf.  Tt.  1203  :  Il  est  monté  sur 
un  démon,  porte  un  stûpa  à  droite  et  de  sa  main 


Fig.  40.  Sôshin-Bishamon. 

»  gauche   se  tient    la   hanche. — Autres  attributs  :  Tt. 

j  1067  stûpa  à  gauche,  épée  à  droite,  cuirasse,  face 
jaune,  coiffure  de  joyaux,  aspect  courroucé.  Tt.  1068  : 
stûpa  à  gauche,  Diamant  [massue]  à  droite,  couleur 
violette.  T.  951  1  :  lance  à  gauche,  Diamant  à  droite. 
Kkzs.  vi,  2241  (fig.  ib.  2243)  :  lotus  à  gauche,  lance 
à  triple  pointe  à  droite,  corps  doré,  cuirasse,  sabre  ; 
sur  la  coiffure,  un  oiseau  rouge.  Tt.  926  :  Il  a  le 
corps  vert  et  tient  une  fourche. — Dans  la  tradition 
lamaïque,  Vaisravana  tient  dans  sa  main  droite  une 
bannière   et   dans   sa   gauche   un   rat   crachant   des 


Joyaux  (Grûnwedel,  Myth.  181). — En  Chine,  la 
coutume  moderne,  qui  lui  attribue  une  bannière  et 
un  stûpa,  paraît  être  un  compromis  entre  la  tradition 
ch.  classique,  attestée  par  les  textes  cités  ci-dessus 
et  conservée  au  Japon  (cf.  aussi  BEFEO  XXV,  440 
sq.),  et  la  tradition  lamaïque. — Types  aberrants. — 
Dans  la  secte  Taimitsu  (branche  es.  du  Tendai),  on 
célèbre  un  rite  dit:  Hûmkhadaya  (cf.  Tt.  2151),  en 
l'honneur  d'un  "Vaisravana  à  double  corps"  (Sôshin- 
Bishamon  fÇit'lêc^'PI)  Qui  est  une  combinaison  de 
Vaisravana  et  de  la  déesse  *Kichijôten  (Srî)  Asbs.  vi  ; 
les  deux  personnages  sont  représentés  dos  à  dos,  avec 
des  faces  rouges  à  trois  yeux,  des  vêtements  noirs,  des 
cuirasses  ;  l'un  tient  un  Diamant,  l'autre  une  Roue 
(fig.  Asbs.  vi,  2046).  Ce  type  iconographique,  connu 
au  Japon  dès  1264  A.D.  (Asbs.  vi,  2047),  paraît  se 
rattacher  à  un  texte  de  T.  665  vi  où  Vaisravana  est 
associé  à  Srî  (cf.  sup.)  ;  du  reste,  Vaisravana  et  Srî 
figurent  fréquemment  côte  à  côte  dans  les  textes  es., 
p.  ex.  Tt.  1249  init.,  Tt.  850,  etc.  Plus  tard,  les 
deux  personnages  furent  considérés  comme  des  méta- 
morphoses de  Vairocana,  d'une  part  dans  le  Plan  de 
Matrice,  de  l'autre  dans  le  Plan  de  Diamant,  leur 
combinaison  symbolisant  l'identité  des  deux  Plans 
Hmjr.  892.— Tobatsu-Bishamon  %1&  (ou  J$)  Jg$?f"ï 
est  une  forme  de  Vaisravana  qui  serait  apparue  au 
roi  d'un  pays  de  Tobatsu  ^^  ou  JTopara  §[S$£|$ 
Asbs.  vi,  2028-2029  ;  on  le  représente  soit  sous 
l'aspect  normal  de  Vaisravana,  portant  un  stûpa  sur 
sa  main  gauche,  debout  sur  la  déesse  de  la  Terre  qui 
soutient  ses  pieds  et  est  flanquée  de  deux  démons 
(statue  du  Tôji  ^^p  de  Kyoto,  Bdjt.  pi.  xcvn  ;  cf. 
sup.  le  texte  de  Tt.  1246),  soit  chevauchant  un  lion 
et  pourvu  de  quatre  têtes  et  de  dix  mains  dont  huit 
tiennent  des  sabres  (tôhachi  J]  J\  pour  tobatsu  JÏÏIS  ; 
fig.  Bdji.  3517). — Une  autre  forme  à  dix  mains  est 
mentionnée  Asbs.  VI,  2054-5,  qui  la  fait  remonter 
au  XIe  siècle  :  la  peau  est  rouge,  les  vêtements  noirs  ; 
deux  des  dix  mains  sont  jointes,  les  autres  tiennent, 
à  gauche  :  (1)  le  stûpa,  (2)  la  clochette,  (3)  la  Roue, 
(4)  la  flèche  et  la  corde,  et  à  droite  :  (1)  la  faucille, 
(2)  le  sabre,  (3)  l'arc,  (4)  le  Diamant. 

BISHARA  jg|îil  =  sk.  Visâla  ?  Nom  d'un  roi 
divin  qui  protégea,  pendant  la  traversée  d'Inde  en 
Chine,  la  statue  de  santal  du  B.  envoyée  par  le  roi 
de  Srâvastî,  en  511,  à  l'empereur  Wou  des  Leang 
Ttt.  2035  xxxvn. 


BISHARA  I$g|l  =  sk.  vicâra  "Décision"  ;  td. 
*shi  fpj  Gog.  xxili. 

BISHASHA  M&j§  Tt.  850  11,  851  11,  Ttt.  1796 
x,  Gog.  xxi,  xxiv,  Mvy.  4756,  ou  bishasha  l||~  T. 
410  1,  Tt.  1558  11,  Gog.  xxi,  bishasha  ^ffîtH  Gog, 
xiv,  hishasha  Jt^il  T.  982  11,  bishaja  M^SÎ  T- 
279  xlvii,  984  11,  Gog.  xxi,  Eog.  n  =  sk.  pisâca,  p. 


BISHASHA 


84 


BISHUKATSUMA 


pisâca  ;  tib.  Mvy.  4756  sa  za  "mangeur  de  chair". 
— Nom  d'une  classe  de  Trépassés. — Td.  T.  984  11 
tenki  pgf^î,  "démons  fous",  Gog.  xxi  tenkyôki  J^JE 
}j&  id.  ;  Ttt.  1796  x  gokkuso  $&£%£  "très  doulou- 
reux".— Gog.  xxi  et  xxiv  Ils  sont  éminents  entre 
tous  les  Trépassés. — Tt.  1558  11  (  =  K.  Lav.  I,  52) 
Leur  œil  est  Contreheurté  par  l'eau  comme  par  le 
sec. — Eog.  1  Leur  nom  signifie  "démons  qui  dévo- 
rent les  âmes"  kanshôki  R$J#jf  jfë,  ;  avec  les  Gandharva, 
ils  relèvent  de  l'autorité  de  Dhrtarâstra,  roi  céleste 
de  l'Est. — Bbkw.  601  Ils  forment  la  dernière  des 
vingt-huit  classes  d'Etres  qui  accompagnent  Kannon 
aux  mille  mains. — Dans  l'Es.,  ils  figurent  avec  leurs 
conjointes,  les  Pisâcî  (te.  bishashi  JË^^C,  ~/$ï),  au 
Sud  de  la  Cour  extérieure  de  Diamant  dans  le 
Cercle  du  Plan  de  Matrice  ;  ils  sont  représentés 
comme  des  démons  émaciés  qui  dévorent  des 
mains  humaines,  boivent  du  sang,  etc.  Le  Sceau 
des  Pisâca  consiste  à  entrecroiser  les  doigts  des  deux 
mains  recourbés  (ainsi  que  font  les  chrétiens  pour 
prier),  sauf  les  deux  médius  qui  sont  dressés  et 
tendus  l'un  contre  l'autre,  comme  une  aiguille  ;  pour 
les  Pisâcî,  les  médius  sont  arrondis  en  forme  de 
cercle,  au  lieu  d'être  tendus  Hmjr.  891.  La  Formule 
des  Pisâca  est  :   [Namah  samantabuddhânâm]  pisâ- 


Fig.  41.  Bishasha  (Pisâca). 

cagati  [svâhâ],  et  celle  des  Pisâcî  :  Pisi  pisi  (te.  hishi 
hishi  Jfcgjfci  ou  hiji  hiji  Jfcfôjfcfff)  Tt.  850  11. 
Mais  d'après  Ttt.  1796  x  cette  dernière  Formule 
(te.  hishi  hishi  J£i  p!  Jti  Hî )  serait  celle  des  Pisâca  ;  ib. 
en  donne  l'interprétation  suivante  :  pi  signifie  Sens- 
ultime  (sk.  paramârtha),  si  signifie  extinction  (sk. 
sântâ)  ;  pisi  signifie  donc  :  le  Sens-ultime,  c'est  l'ex- 
tinction.— Au  Japon,  dans  les  couvents  des  sectes 
Shingon  et  Zen,  les  Pisâca  sont  devenus  les  dieux 
des  lieux  d'aisance,  shishin  $f\jjfll  :  on  y  inscrit  leur 
nom  ou  leur  Formule. 


BISHAYA  ^,^-tJÎ  Ttt.  1796  x,  ou  MïW  Bzm. 
=  sk.  visaya  ;  td.  *kyôgai  Jj^^Ç.  "Domaine",  ou  koku 
[§§  "royaume"  qui  correspond  plutôt  au  sk.  ksetra 
(cf.  *Bukkyô,   *Butsudo). 

BISHIBA  jgïi3£g=sk.  visva,  nom  d'un  vent  Tt. 
1579  xxvn  ;  cm.  Ttt.  1828  td.  "ayant  toutes  sortes 
d'ornements"  (sk.  visva  "tout").  Ttt.  2128  xlviii 
donne  une  td.  fuku  ^vfô  "non  pourri"  qui  semble 
reposer  sur  une  interprétation  fantaisiste  :  vi,  préfixe 
privatif -f  racine  svâ  "être  gonflé"  (par  la  pourriture). 
— Aussi  nom  d'un  médicament  T.  676  ;  Gog.  xxi 
td.  ushujukunô  ^HM^bÊ  "ayant  toutes  sortes  de 
vertus  efficaces"  (panacée). 


BISHIKISHA  M$£ii  =  sk.  vieikitsâ  Ttt.  1830 
vi  b  ;  td.  *gi  ^  "Scepticisme". 

BISHISHA  ^f»$;  =  sk.  visesa  "Spécification", 
une  des  catégories  du  système  Vaisesika  Ttt.  1827 
1  b.  Td.  anc.  éc.  bessô  %\\fâ  Ttt.  1827  1  b  ;  nouv. 
éc.  dôi  |n) 


BISHISHARANASAMPANNA  f$  (ou  J£)  &M 
iJ/î#$H|8!HJ  =  sk.  vidyâcaranasampanna,  td.  *myôgyô- 
soku  niîff  Je.  "pleinement  doué  des  Sciences  et  des 
Pratiques"  T.  223  Vlll,  614  I  [corr.  fjjl]  en  {£],  Tt. 
1509  11,  Gog.  m  ;  4e  des  appellations  du  B.,  cf. 
*Butsu. 

BISHITABATA  JgB§£3g£=sk.  vijitavat  "ayant 
vaincu",  td.  shôsha  $?fé  ;  un  des  noms  du  soleil  T. 
1340  VI. 

BISHITTARA  MK£|fê=sk.  vicitra  "bariolé, 
divers,  merveilleux";  td.  zen  f|  "excellent",  tangon 
j^H  "orné",  etc.  Ttt.  1796  1. 

BISHUKATSUMA  ^MWM  T-  25  vu,  202  1, 
Tt.  1509  IV,  ou  bishukatsuma  ®r$~  T.  694  I, 
bishitsubakatsuma  $êMW~  Tt-  T562  XII>  abr- 
bishu  jg"^"  =  sk.  Visvakarman,  p.  Vissakamma.  Td. 
shujukugô  HHllil  "toutes  sortes  de  travaux" 
Gog.  xxv,  qui  remarque  que  dans  les  pays  occiden- 
taux les  artisans  sacrifient  à  ce  Dieu. — Nom  de 
l'architecte  et  artisan  des  Dieux  dans  la  mythologie 
hindoue.  Dans  le  bouddhisme,  où  il  reçoit  le  titre 
de  Dieu  ou  de  fils-de-Dieu,  il  accompagne  ordinaire- 
ment Indra,  p.  ex.  T.  202  1  et  Tt.  1509  IV  où  Indra 
se  transforme  en  faucon  et  Visvakarman  en  pigeon 
afin  d'éprouver  le  roi  Sibi,  qui  fait  don  de  sa  chair 
pour  sauver  le  pigeon. — C'est  lui  qui,  métamorphosé 
en  homme,  sculpte  une  statue  du  B.  pour  le  roi 
Udayana  T.  694  I,  ou  aussi  pour  le  roi  Prasenajit 
Ttt.  1912  1  (cf.  *Butsuzô)  ;  c'est  lui  qui  fabrique  des  | 
colliers  et  bracelets  de  Joyaux  pour  Indra  et  les  I 
Dieux  Trente-trois  T.  25  vu. — ~sammaya   ~H$ 


13ISIIUKATSUMA 


85 


BODAI 


$ft,  nom  d'une  des  formés  de  Vairocana  ;  T.  865  11 
en  fait  un  Bs.,  et  T.  867  décrit  son  Sceau;  cf. 
Mvy.  4310. 

BISHUSHARANA  jtifôljfôlgj!,  td.  kansha  $i# 
"celui  qui  regarde",  nom  du  soleil  T.  1340  VI  (sk. 
visvacârana  "espion  universel"  ?). 

BITAKA  M1fiji  =  sk.  vitarka,  td.  *jin  *$  "Délibé- 
ration" ;  cf.  Gog.  xxiii,  qui  mentionne  une  ancienne 
td.  kakkan  jfêM- 

BODAI  |£fë  =  sk.  p.  bodhi  ;  tib.  byan  chub  — 
Eveil. — Td.  anc.  éc.  dô  îff  "voie",  chi  £fl  "savoir", 
chi  ^g»  "Connaissance",  chic  ^^-  "Sapience"  (p. 
ex.  Tt.  1509  xliv)  ;  nouv.  éc.  kaku  %&  "Eveil". — 
L'emploi  du  terme  dô  "Voie",  pour  traduire  bodhi, 
semble  dû  à  l'influence  du  vocabulaire  taoïque  sur 
les  premiers  traducteurs.  Quand  Genjô(Hiuan-tsang) 
*  introduisit  un  système  de  traduction  plus  rigoureux, 
le  mot  dô  fut  réservé  pour  servir  d'équivalent  au  sk. 
mârga.  L'adoption  d'un  nouveau  terme  par  Genjô 
(Hiuan-tsang)  provoqua  une  controverse  avec  les 
docteurs  taoïstes  à  l'occasion  d'une  td.sk.  du  Dôtoku- 
kyô  (Tao  tô  king)  jH^J^  exécutée  en  647  par  ordre 
impérial  pour  répondre  à  une  demande  du  roi  de 
Kâmarûpa,  Bhâskaravarman  Ttt.  2104  11  ;  cf.  Pelliot, 
Autour  d'une  traduction  sanscrite  du  Tao  tô  king, 
T'oung  Pao  191 2,  405-407.  Kiki  ^[JE,  le  fameux  dis- 
ciple de  Genjô  (Hiuan-tsang),  renouvelle  la  condam- 
nation portée  par  son  maître  contre  l'emploi  du  terme 
dô,  Ttt.  1830  1.  Des  trois  autres  termes  qui  avaient 
servi  à  rendre  le  mot  bodhi,  deux  :  chi  ^  et  chie 
^fït,  ont  été  affectés  dans  l'école  nouvelle  à  la  td. 
respectivement  du  sk.  jnâna  "Connaissance"  et 
prajnâ  "Sapience". — Aperçu. — Avant  de  discuter 
la  signification  du  terme  bodai  =  bodhi,  il  est  néces- 
saire d'écarter  au  préalable  une  conception  trop 
répandue,  et  néanmoins  erronée.  On  croit  communé- 
ment que  la  bodhi  est  la  marque  caractéristique  des 
B.,  parce  que  le  premier  terme  est  l'abstrait  tiré  de 
la  racine  verbale  qui,  au  participe — plus  exactement 
un  adjectif  verbal — ,  a  fourni  l'appellation  de  Buddha 
(racine  budh,  bodh  "s'éveiller"  ;  bodh-i  "éveil"  ; 
buddha  [budh  +  ta]  "éveillé").  Au  reste,  cette  fâcheu- 
se confusion  ne  date  pas  des  temps  modernes  ;  elle 
avait  cours  déjà  dans  certaines  écoles  anciennes.  Le 
Kathâvatthu  pâli,  que  la  tradition  singhalaise  prétend 
rattacher  au  Concile  d'Asoka,  et  qui  passe  en  revue, 
pour  les  condamner,  une  longue  série  de  proposi- 
tions suspectes,  réfute,  assez  laborieusement,  la 
thèse  que  la  bodhi  fait  le  B.  (iv,  6)  ;  le  cm.  nous 
apprend  que  l'école  des  Uttarâpathaka  (Septentrio- 
naux), entre  autres,  admettait  cette  thèse.  Mais, 
comme  le  rappelle  justement  le  même  cm.,  il  ne  faut 
pas  perdre  de  vue  que  bodhi,  au  propre,  désigne  l'in- 
tuition des  quatre  Chemins  (Entrée-dans-le-courant, 


Retour-unique,  Sans-retour,  Arhat)  ;  s'éveiller,  c'est 
parcourir  les  stages  qui  de  l'ignorance  conduisent 
au  salut  ;  mais  il  n'est  nullement  besoin  d'être  un 
Eveillé,  un  B.,  pour  avoir  cet  Eveil.  On  comprend 
dès  lors  que  le  roi  Asoka,  retraçant  les  débuts 
de  son  évolution  spirituelle,  écrive  :  "Autrefois 
les  rois  se  mettaient  en  route  pour  des  parties  de 
plaisir. .  .  Sa  Majesté  le  roi,  dans  la  onzième  année 
après  son  couronnement,  s'est  mis  en  route  pour 
la  sambodhi"  (ier  édit  sur  roc).  Ce  passage  a  exercé 
l'ingéniosité  des  interprètes  ;  la  sambodhi,  la  com- 
plète bodhi,  n'est  que  le  couronnement  normal 
d'une  carrière  réglée  par  la  religion.  La  méthode 
d'entraînement  qui  permet  de  la  parcourir  de  bout 
en  bout  distingue  trente-sept  genres  d'exercices,  qui 
ont  tous  pour  objet  de  purifier  l'esprit,  d'éliminer 
les  troubles  des  passions  ;  le  Milinda  33  (  =  T.  1670 
1)  a  raison  de  leur  assigner  comme  base  commune  les 
Défenses  :  c'est  une  discipline  de  morale  ascétique 
qui  aboutit  à  la  défaite  suprême  du  mal,  c'est-à-dire 
de  la  douleur.  Lorsqu'enfin  le  postulant  peut  se 
dire,  dans  toute  la  netteté  de  sa  conscience  :  J'ai 
éliminé  la  Douleur,  je  n'aurai  plus  à  éliminer  la 
Douleur,  il  atteint  l'Eveil  dans  l'espace  de  vingt- 
quatre  moments. — Tel  est  du  moins  l'Eveil  chez 
les  Auditeurs  et  les  B.-pour-soi.  Mais  chez  un  B. 
proprement  dit,  l'Eveil  a  une  autre  nature  ;  au  témoi- 
gnage du  cm.  sur  le  Kathâvatthu  déjà  mentionné, 
"la  bodhi  des  B.  consiste  dans  l'intuition  universelle, 
dans  l'omniscience".  Elle  est  de  l'ordre  de  la  con- 
naissance ;  elle  est  aussi  de  l'ordre  du  transcendant, 
de  l'absolu.  Le  G.  V.  est  tout  entier  contenu  en  puis- 
sance dans  cette  opposition  entre  les  deux  bodhi, 
reconnue  aussi  par  le  P.V.  qui  se  borne  à  l'impliquer, 
tandis  que  le  G.  V.  la  développe  à  satiété.  La  bodhi 
des  B.,  c'est  l'Eveil-correct-complet-sans-supérieur  ; 
c'est  le  Grand-Eveil  ;  c'est  l'Eveil-complet-manifeste, 
et  les  multiples  désignations  qui  lui  sont  appliquées 
en  vertu  d'un  long  usage  prennent  dans  les  écoles 
des  valeurs  spécifiques.  Les  raffinements  d'une 
métaphysique  subtile  qui  se  plaît  à  spéculer  sur  les 
rapports  de  l'absolu  et  du  relatif,  du  transcendant  et 
du  contingent,  amènent  à  analyser  en  plusieurs 
éléments  la  bodhi  même  des  B.  :  on  distingue  des 
bodhi  particulières  pour  chacun  des  Corps  (de 
Métamorphose,  de  Fruition,  d'Essence,  etc.)  où 
s'hypostasie  le  B. — Entre  les  deux  pôles  de  la  bodhi, 
Auditeurs  et  B.-pour-soi  d'une  part,  B.  de  l'autre, 
et  pour  les  relier  par  une  chaîne  continue,  vient  dès 
lors  se  placer  une  classe  d'Etres  que  le  P.V.  n'ignore 
pas,  mais  que  le  G.V.  multiplie  à  l'échelle  de  sa 
cosmologie,  les  Bs.,  "Etres  de  la  bodhi",  ou  plus 
justement  encore  "héros  de  la  bodhi"  comme  tradui- 
sent les  interprètes  tibétains,  incarnations  vivantes 
et  frémissantes  d'un  concept  sèchement  monastique 
à  son  origine.  Théoriquement  B.  en  devenir,  ils 
égalent  en  fait  et  tendent  même  à  éclipser  les  B.  par 


BODAI  -  86 

le  prestige  de  la  bodhi  toute  seule,  recherchée  ou 
acquise,  dédaigneux  de  ce  Nirvana  qui  semblait  en 
être  le  fruit  inséparable:  chez  eux  la  connaissance 
de  la  Douleur,  sublimée,  s'est  transformée  en  retour 
à  l'action  pour  sauver  les  autres  ;  le  sentiment  de  la 
Douleur,  sublimé,  s'est  transformé  en  compassion 
pour  aller  à  leur  secours.— Textes  divers.— Abhi- 
dharmakoêa  Tt.  1558  xxv  (  =  K.  Lav.  VI,  282)  :  La 
Connaissance  de  l'Epuisement  (jinchi  ^§\  sk. 
ksayajnâna)  et  la  Connaissance  du  Sans-Production 
(mushôchi  M!&n> sk-  anutpâdajnâna),  c'est  l'Eveil. .  . 
Par  ces  deux  Connaissances,  on  abandonne  complè- 
tement l'Inscience  :  par  la  première,  on  sait  en  toute 
vérité  que  la  tâche  est  accomplie  (la  Douleur  a  été 
reconnue)  ;  par  la  seconde,  on  sait  que  la  tâche  ne 
sera  plus  à  accomplir  (la  Douleur,  une  fois  reconnue, 
ne  sera  plus  à  éliminer). — Ib.  v  (  =  K.  Lav.  il, 
205)  :  Le  sage  conquiert  l'Eveil  en  trente-quatre 
moments  :  seize  constituent  l'attestation  des  Vérités, 
dix-huit  constituent  l'élimination  des  Passions. — 
Ib.  xxiii  (  =  K.  Lav.  VI,  177)  :  Les  B.  et  les  B.- 
pour-soi  vont  jusqu'à  l'Eveil  en  une .  séance,  en 
s 'appuyant  sur  la  quatrième  et  dernière  Extase,  parce 
que  cette  Extase  est  une  Concentration  sans-Portée 
(*fukyôdô  ^fSt&»  sk-  âninjya)  et  tout-aiguë  (*myôri 
B^jfl],  sk.  patu).— Ib.  xxv  (  =  K.  Lav.  vi,  282) 
distingue  trois  Eveils  ;  cf.  inf. — Mahâprajnâpâra- 
mitâiâstra  Tt.  1509  lxxxv  (cm.  à  cette  définition 
donnée  par  le  B.  à  Subhûti  :  On  appelle  Eveil  le 
Vide,  l'Ainsité,  l'Essencité,  l'Ultime  Réalité)  :  On 
appelle  Eveil  la  Sapience  de  Caractère  Réel,  qui 
correspond  à  la  Concentration  du  Vide,  et  par 
laquelle  sont  connues  l'Ainsité,  l'Essencité,  l'Ultime 
Réalité  (jissai  ^^,  sk.  bhûtakoti)  ;  c'est  cette 
Sapience  de  Réalité  qui  est  dite  Eveil.  La  Sapience 
des  trois  voies  de  Catéchumènes  (Entrés-dans-le- 
courant,  à  Retour-unique,  Sans-retour)  n'est  point 
dite  Eveil,  car  ils  n'ont  pas  tranché  les  Passions  ;  on 
nomme  Eveil  la  Sapience  des  trois  Hors-catéchisme 
[Arhat,  B.-pour-soi,  B.]  qui  ont  à  jamais  épuisé 
l'Inscience,  sans  résidu.  Et  l'on  ne  peut  appliquer  le 
terme  d'Eveil  correct-complet-sans-supérieur  aux 
deux  Hors-catéchisme  [Arhat  et  B.-pour-soi]  qui 
n'ont  pas  atteint  l'Omniscience  ni  le  savoir  correct 
et  complet  (shôhenchi  jFJffl£fl>  sk-  samyaksambodhi]  : 
la  Sapience  du  B.,  seul  parmi  les  hommes,  est  dite 
Eveil  correct-complet-sans-supérieur  [anuttarasam- 
yaksambodhi].  "Eveil"  a  aussi  un  Sens  nominal  et 
formel  (*myôsô  ^^0),  verbal  et  graphique.  Son 
Sens  Réel  échappe  à  l'analyse  et  à  la  destruction.  Et 
il  est  Ainsi,  non  différent,  permanent,  sans  fausseté  ; 
car  chez  les  Etres  la  Sapience  comporte  des  supério- 
rités graduelles,  mais  celle  du  B.  est  sans-supérieure. 
De  même  les  Essences  comportent  des  supériorités 
graduelles,  des  antérieures,  qui  sont  fausses,  aux 
ultérieures  qui  sont  vraies  et  réelles  ;  mais  quand  on 
parvient  à  l'Eveil  il  n'y  a  plus  rien  qui  soit  plus 


BODAI 

réel  :  aussi  l'Eveil  est-il  dit  Réalité..  .Selon  certains, 
les  Sens  de  l'Eveil  sont  innombrables,  infinis  ;  seul 
un  B.  peut  les  connaître  tous,  les  autres  hommes 
n'en  ont  qu'une  connaissance  partielle.  De  même 
les  joyaux  accumulés  dans  le  trésor  d'un  roi  Tour- 
nant-la-Roue  ne  sont  connus  que  s'il  les  distribue  : 
chacun  connaît  alors  ce  qu'il  reçoit...  Ib.  lui 
distingue  trois  Eveils  (cf.  inf.),  et  ajoute  :  On  donne 
le  nom  d'Eveil  à  la  Sapience  pure  et  immaculée  des 
Hors-catéchisme.  Les  Bs.  ont  une  grande  Sapience, 
mais  elle  ne  reçoit  pas  le  nom  d'Eveil  parce  qu'ils 
n'ont  pas  épuisé  les  Imprégnations  des  Passions.  .  . 
Ib.  xliv  bodhi  est  traduit  par  mujôchie  M-h*mM> 
sk.  anuttarâ  prajnâ. — Ib.  ic  On  dit  proches  de 
l'Eveil  correct-complet-sans-supérieur  ceux  qui  ont 
obtenu  les  Caractères  de  Corps  d'Essence  ;  on  les 
dit  proches,  parce  qu'ils  n'ont  pas  encore  atteint 
l'Omniscience. — Ib.  xc  Selon  la  Vérité  Vulgaire,  on 
parle  d'atteindre  l'Eveil  ;  mais  au  Sens-ultime,  rien 
n'existe  du  Formel  jusqu'à  l'Eveil  y  compris. — Ib. 
lui  Cinq  Eveils  ;  cf.  inf. —  Upâsakaêîlasûtra  T.  1488 
1  (Vinaya  du  G.V.)  :  On  appelle  B.  ceux  qui  ont 
obtenu  l'Eveil,  et  Bs.  ceux  qui  ne  l'ont  pas  obtenu 
.  .  .Les  Etres  ne  possèdent  point  [nécessairement] 
la  nature  d'Eveil,  de  même  qu'ils  ne  possèdent  point 
[nécessairement]  soit  la  nature  d'hommes  ou  de 
Dieux,  soit  la  nature  de  lions,  de  loups,  de  chiens, 
etc.  C'est  à  cause  des  Facteurs  d'actes  bons  ou 
mauvais,  accumulés  par  eux  jusqu'à  leur  existence 
présente,  qu'ils  ont  telle  ou  telle  nature.  De  même 
sont  dits  Bs.  ceux  qui,  ayant  accumulé  des  Facteurs 
d'actes  bons,  ont  produit  l'Esprit  d'Eveil.  Il  est 
faux  de  dire  que  tous  le  Etres  possèdent  la  nature 
d'Eveil,  car  s'ils  la  possédaient  ils  n'auraient  pas  à 
cultiver  les  Facteurs  d'actes  bons..  .Ils  peuvent  ne 
pas  la  posséder  antérieurement,  et  la  posséder  ul- 
térieurement ;  on  ne  peut  dire  qu'ils  la  possèdent 
par  détermination. — Suit  un  chapitre  sur  les  trois 
Eveils  ;  cf.  inf. — VimalakîrtinirdeÉasûtra  T.  475  I  : 
Si  Maitreya  atteint  l'Eveil  correct-complet-sans- 
supérieur,  tous  les  Etres  doivent  aussi  l'atteindre. 
Pourquoi  cela  ?  Tous  les  Etres  ont  le  Caractère 
d'Eveil... O  Maitreya!  Fais  donc  en  sorte  que 
ces  fils-de-Dieux  abandonnent  la  Vue  d'un  Eveil 
particularisé.  Comment  cela  ?  L'Eveil  ne  peut  être 
atteint  ni  par  le  corps  ni  par  l'esprit.  L'Eveil  est 
extinction,  car  tous  les  Caractères  y  sont  éteints  ; 
non-Inspection,  car  il  est  détaché  de  tous  les 
Facteurs  ;  sans  pratiques  pieuses,  car  il  ne  comporte 
pas  de  mémoire  ;  élimination,  car  il  est  exempt  de 
Vues  :  détachement,  car  il  est  détaché  des  illusions  ; 
Obstruction,  car  il  n'admet  pas  de  Vœu  ;  sans 
accès,  car  il  est  étranger  à  toute  convoitise  ;  con- 
forme, c'est-à-dire  conforme  à  l'Ainsité  ;  stable,  ou 
stabilisé  dans  l'Essencité  ;  arrivé,  car  il  est  arrivé 
à  l'Ultime  Réalité  ;  sans-dualité,  car  il  est  en  dehors 
des  Essences  du  Mental  ;  Egal,  étant  égal  au  vide  ; 


BODAI 

Inopérant,  étant  sans  production  ni  stabilité  ni  dis- 
parition ;  savoir,  car  il  pénètre  l'activité  de  l'Esprit 
des  Etres  ;  insaisissable,  étant  sans  accès  ;  non  com- 
posé, étant  exempt  des  Imprégnations  des  Passions  ; 
sans  lieu,  étant  sans  forme  ;  il  est  Dénomination- 
fictive,  car  son  nom  est  Vide  ;  pareil  à  une  fan- 
tasmagorie, car  il  est  sans  prise  ni  rejet  ;  non 
troublé,  étant  éternellement  paisible  ;  bon  apaise- 
ment, car  il  est  pur  ;  sans  prise,  car  il  échappe  aux 
Facteurs  ;  non  différent,  car  il  est  l'Egalité  de  toutes 
les  Essences  ;  incomparable,  car  rien  ne  lui  est  com- 
parable ;  subtil,  car  l'Essence  en  est  inconnaissable. 
— Ratnakûta  T.  310  xxvn  Dialogue  sur  l'Eveil  entre 
Manjusrî  et  Mâra,  qui  a  pris  la  forme  du  B.  assis 
sur  un  lotus.  Manjusrî  lui  demande  s'il  a  atteint 
l'Eveil.  Mâra  répond  :  Le  Bg.  lui-même  ne  peut 
l'atteindre  ;  comment  le  pourrais-je  ?  L'Eveil  a  le 
Caractère  de  Rétribution  ;  on  ne  peut  l'atteindre 
sans  Désir,  sans  Déflexion  vers  la  Libération  [et  par 
«conséquent  un  B.  ne  peut  l'atteindre],  etc.  Suite  de 
sophismes  tendant  à  prouver  l'impossibilité  d'at- 
teindre l'Eveil. — Ib.  xxxix  L'Eveil  est  sans  accès  ni 
issue. .  .  C'est  un  autre  nom  du  Vide.  Ib.  i.x  Manjusrî 
dit  :  Je  ne  recherche  pas  l'Eveil,  car  il  est  Imper- 
cevable ;  le  rechercher  serait  convoitise,  xcvin 
L'Eveil  est  une  Essence  sans  différences  ;  à  Manjusrî 
déclarant  que  tous  les  Profanes  doivent  le  rechercher, 
Sumatidhârikâ  réplique  :  Tu  admets  donc  une  dif- 
férence entre  l'Eveil  et  les  Profanes  ! — Ratnamegha- 
sûtra  T.  660  ix  L'Eveil  n'est  qu'une  Dénomination- 
fictive  ;  au  Sens  Ultime  il  est  Impercevable. — 
Avatamsaka  T.  279  lu  L'Eveil  étant  sans  Caractères, 
il  n'y  a  pas  de  différence  à  l'accomplir  ou  non. — 
T.  464  Sûtra  de  l'interrogation  de  Manjusrî  sur 
l'Eveil  (titre  sk.  Gayâéîrsa)  :  Venant  d'atteindre 
l'Eveil  à  Gayâsîrsa,  le  B.  entre  en  Concentration 
et  se  demande  comment  il  l'a  atteint  :  par  le  corps 
ou  par  l'Esprit  ?  Ce  ne  peut  être  par  le  corps, 
périssable  et  sans  intelligence  ;  or  l'Eveil  n'a  de 
nom  que  selon  la  Vérité  Vulgaire  :  il  est  sans  forme, 
sans  Formel,  sans  détermination,  sans  Caractère, 
sans  direction,  sans  accès,  sans  vie  ;  il  dépasse  tout 
langage,  transcende  les  trois  Plans  ;  il  est  sans  vue, 
sans  ouïe,  sans  perception,  sans  savoir.  .  .Si  d'autre 
part  il  est  atteint  par  l'Esprit,  l'Esprit  est  produit 
par  des  Facteurs  ;  étant  produit  par  des  Facteurs,  il 
est  vide  comme  une  fantasmagorie,  sans  lieu,  sans 
Caractères,  sans  Nature,  sans  existence..  .Les  Es- 
sences par  lesquelles  on  atteint  l'Eveil  correct- 
complet-sans-supérieur  sont  donc  toutes  vides  ;  ce 
ne  sont  que  des  noms  d'usage  vulgaire  ;  en  réalité 
elles  n'ont  ni  existence,  ni  base,  ni  Substantiel,  ni 
Caractère  ;  il  n'y  a  rien  qui  puisse  être  atteint  par  ces 
Essences  ;  il  n'y  a  pas  d'Essences  utilisables  pour 
atteindre  l'Eveil,  et  par  conséquent  pas  d'Eveil. 
Pénétrer  cela,  c'est  justement  ce  qu'on  appelle  l'Eveil. 
...Manjusrî     demande    alors    comment    les     Laïcs 


87 BODAI 

peuvent  produire  l'Esprit  d'Eveil.  Réponse  :  Con- 
formément au  Caractère  de  l'Eveil. — Quel  est  ce 
Caractère  ? — Il  transcende  les  trois  Plans,  dépasse 
tout  langage.  C'est  en  éteignant  toute  "production" 
que  l'on  "produit"  l'Esprit  d'Eveil  ;  la  production 
de  l'Eveil  est  non-production..  .La  fin  de  l'opuscule 
porte  sur  la  voie  des  Bs.— Catégories  numériques. 
— Trois  Eveils  :  (I)  (a)  Tt.  1558  xxv  (  =  K.  Lav.  vi, 
282)  Eveil  des  Auditeurs,  Eveil  des  B.-pour-soi, 
Eveil  correct-complet-sans-supérieur. — (b)  Tt.  150g 
lui  (cf.  sup.)  Eveil  des  Arhat,  des  B.-pour-soi,  des 
B. — (c)  T.  1488  1  chap.  sur  les  trois  Eveils,  des 
Auditeurs,  des  B.-pour-soi,  des  B.  :  Si  l'on  appelle 
B.  ceux  qui  ont  atteint  l'Eveil,  pourquoi  les  Auditeurs 
et  les  B.-pour-soi  ne  reçoivent-ils  pas  le  nom  de  B.  ? 
Si  l'on  appelle  B.  ceux  qui  ont  l'intuition  (kaku  <ffi 
=  Eveil)  de  TEssencité,  pourquoi  ne  pas  donner  ce 
nom  aux  Auditeurs  et  aux  B.-pour-soi  qui  ont  aussi 
cette  intuition  ?  Si  les  Omniscients  sont  appelés  B., 
pourquoi  refuser  ce  nom  aux  Auditeurs  et  aux  B.- 
pour-soi  qui  le  sont  également  ? — Parce  qu'il  y  a 
trois  Eveils.  Les  Auditeurs  atteignent  l'Eveil  en 
écoutant  ;  les  B.-pour-soi,  en  réfléchissant,  et  ils 
ne  comprennent  qu'une  partie  de  la  vérité  ;  les  B. 
l'atteignent  par  leurs  pratiques.  Les  Tg.  comprennent 
toute  chose  sans  maître,  sans  écouter,  sans  méditer, 
par  l'effet  de  leurs  pratiques  ;  eux  seuls  sont  appelés 
B.  Les  deux  autres  ne  connaissent  que  le  Caractère 
général  de  TEssencité  ;  les  B.  en  connaissent  les 
Caractères  particuliers.  Les  Tg.  possèdent  la  con- 
naissance des  Facteurs  ;  les  deux  autres  connaissent 
les  quatre  Vérités,  mais  non  les  Facteurs.  L'eau  du 
Gange  étant  comparée  à  la  rivière  des  douze  Facteurs, 
l'Auditeur  est  pareil  au  lièvre  qui  traverse  le  fleuve 
sans  en  connaître  la  profondeur  ;  le  B.-pour-soi,  au 
cheval  qui  la  connaît  aux  moments  où  il  touche  le 
fond  ;  le  B.  est  comme  l'éléphant  qui  en  connaît 
toute  la  profondeur.  Les  Auditeurs  et  les  B.-pour-soi 
ont  tranché  les  Passions,  mais  non  les  Imprégnations  ; 
les  Tg.  ont  tout  arraché  jusqu'à  la  racine.  Ils  ont 
tranché  le  Doute  Passionné,  mais  non  le  Doute 
Indéfini  ;  les  Tg.  ont  tranché  ces  deux  Doutes.  Les 
Auditeurs  ont  du  dégoût  pour  l'Erudition,  et  les  B.- 
pour-soi  pour  la  réflexion  ;  les  Tg.  n'en  ont  ni  pour 
l'une  ni  pour  l'autre.  C'est  comme  un  objet  pur 
placé  dans  un  récipient  pur  :  chez  les  Auditeurs  et 
les  B.-pour-soi,  la  Connaissance  est  pure,  mais  non 
le  récipient  ;  chez  les  Tg.,  Connaissance  et  récipient 
sont  purs.  Chez  ceux-là  la  Connaissance  est  pure, 
non  la  pratique  ;  chez  ceux-ci  tous  deux  sont  purs. 
— (d)  Tt.  1545  cxliii  long  développement  analogue 
au  texte  précité. — Cf.  aussi  Tt.  1585  II. — (II)  Trois 
Eveils  correspondant  aux  trois  Corps  de  B.  (sambu- 
tsubodai  H#î£î§)  Tt.  1520  ;  Ttt.  1918  ix  ;  Ttt. 
1716  x  :  (1)  Eveil  du  Corps  de  Métamorphose  (ôge- 
shimbodai  Mb#Ï5r#i)  :  ex.  T.  262  v  (-Lotus  188) 
le  Bs.  Sâkyamuni  qui  sort  du  palais  de  Kapilavastu  et 


BODAI 

qui  atteint  l'Eveil  à  Gayâ  ;  (2)  Eveil  du  B.  de  Fruition 
(hôbutsubodai  f|x#t£éi)  :  c'est  celui  °iui  est  atteint 
après  la  pratique  des  Dix  Terres  et  le  Nirvana  :  ex. 
ib.  (  =  Lotus  192)  où  le  B.  déclare  qu'il  a  atteint 
l'Eveil  depuis  d'innombrables  Périodes  ;  (3)  Eveil 
du  B.  d'Essence  (hôbutsudai  ï&$iJt!ir#§)  :  c'est  l'Eveil 
permanent,  sans  disparition  ni  extinction  ;  c'est  la 
Nature  de  Matrice  de  B.,  en  éternel  Nirvana  ;  tous 
les  Etres  y  participent  :  ex.  ib.  (  =  Lotus  193)  où  le 
Tg.  voit  les  trois  Plans  dans  leur  Ultime  Réalité,  hors 
de  toute  contingence. — Cinq  Eveils,  Tt.  1509  LUI, 
mis  en  correspondance  avec  les  Degrés  (cf.  *Gojûnii) 
de  la  carrière  du  Bs.  :  (1)  Eveil  de  la  Production 
d'Esprit  (hosshimbodai  It'll^îë)  :  c'est  la  vertu  du 
Bs.  des  dix  degrés  de  Foi,  qui  fait  Vœu  d'accomplir 
l'Eveil  sans-supérieur  ;  l'Eveil  n'est  encore  contenu 
là  que  comme  un  effet  latent.  (2)  Eveil  de  l'Esprit 
dompté  (bukushimbodai  i^'L^H)  :  c'est  la  vertu 
du  Bs.  qui  écrase  et  surmonte  ses  Passions  et  son 
Esprit  par  l'exercice  des  Perfections  ;  il  correspond 
aux  dix  degrés  de  Résidence,  aux  dix  de  Conduite 
et  aux  dix  de  Déflexion.  (3)  Eveil  de  l'Esprit  de 
Science  (myôshimbodai  Hfl'L^U!)»  obtenu  par  l'Ins- 
pection de  toutes  les  Essences  des  trois  Plans,  la 
compréhension  de  leurs  Caractères  général  et  parti- 
culiers, et  de  leur  intégrale  pureté  :  il  est  un  Caractère 
de  la  Perfection  de  Sapience  et  correspond  aux  dix 
degrés  des  Terres.  (4)  Eveil  de  sortie  et  d'arrivée 
(shuttôbodai  fHïlJ^îê)  :  sortie  des  trois  Plans, 
arrivée  à  l'Omniscience  ;  correspond  au  degré  de 
l'Eveil  Merveilleux.  (5)  Eveil  sans-supérieur  (mujô- 
bodai  ^_h^tê)  :  c'est  l'Eveil  des  Bs.  du  52e  et 
dernier  degré,  celui  de  l'Eveil  Egal  ;  il  est  caractérisé 
par  l'Eveil  correct-complet-sans-supérieur,  atteint 
sur  la  Terrasse  de  l'Eveil  quand  toutes  les  Passions 
sont  tranchées. — Variétés  de  l'Eveil. — Daibodai  % 
^5fH!,  sk.  mahâbodhi. — Grand-Eveil. — L'Eveil  des 
B.  par  opposition  à  celui  des  Auditeurs  et  des 
B.-pour-soi.  Tt.  1604  11  (  =  éd.  Lévi  p.  14)  L'Esprit- 
en-travail  des  Bs.  a  une  grande  force  de  poussée 
puisqu'il  fait  surgir  le  Grand-Eveil  ;  il  a  un  double 
Sens,  en  tant  qu'il  a  pour  Objectifs  le  Grand-Eveil 
et  le  profit  des  Etres.  Aussi  Tt.  1585  il. — Sambodai 
H^r$|  (ou  sambôji  S^lflg^ )  =  sk.  p.  sambodhi  ;  tib. 
rjogs  pa'i  byan  chub. — Eveil  complet. — Td.  shôgaku 
EU,  shôtôgaku  3E^^.— Genzentôgaku  3gfi|^$ 
["Eveil  Actuel  et  Egal"],  sk.  abhisambodhi,  tib. 
mnon  par  rjogs  pa'i  byan  chub. — Eveil  complet 
manifeste. — Tt.  1579  xlvii  (  =  Bodhisattvabhûmi, 
vihârapatala,  éd.  Rahder  p.  1)  :  La  Résidence  de 
Tg.  dépasse  toutes  les  Résidences  de  Bs.  ;  c'est  la 
Résidence  de  la  Grande  Bodai  d'Eveil  complet 
manifeste  (le  texte  sk.  diffère  un  peu  :  trayodasas  ca 
tâthâgatavihâro  yo'sya  bhavaty  abhisambodher 
niruttaro  vihârah).  Cf.  aussi  Tt.  1604  1  (  =  éd.  Lévi 
P-  3-4)  '■>  et  *Abisambutsuda. — Sammyakusambodai 
HlêHiïSI   (ou    sammyakusambôji    ~HfôfiÈ)  =  sk. 


88  BODAI 


samyaksambodhi,  p.  sammâsambodhi  ;  tib.  yah  dag 
par  rjogs  pa'i  byan  chub. — Eveil  complet  correct. 
— Td.  anc.  éc.  shôhenchi  jE^I£fl  "savoir  correct  et 
complet",  ou  shôshindô  .IEjR-jM  "voie  correcte  et 
vraie"  ;  nouv.  éc.  shôtôgaku  .TE^p'fS  "Eveil  correct 
et  égal",  ou  shôtôshôgaku  lE^ÏIl^  "Eveil  correct, 
égal,  correct". — Anokutarasammyakusambodai  |îi'l|^ 
£>%k=M=Mfè,  abr.  anokubodai  pm^Vk  m 
anuttarasamyaksambodhi,  p.  an°sammasanv  ;  tib.  bla 
na  med  pa  yah  dag  par  rjogs  pa'i  byan  chub. — Eveil 
correct-complet-sans-supérieur. — Td.  anc.  éc.  mujô- 
shôhenchi  4bê±jE|^£U,  ou  ~chi  ~*g,  ou  ~dô  ~j!  ; 
nouv.  éc.  mujôshôtôshôgaku  M.hlE^fjE^t-  Ttt.  1723 
11  (de  Kiki)  analyse  ce  dernier  terme  ainsi  :  mujô 
=  anuttara,  shô  =  sam,  tô  =  myak,  shô  =  sam,  gaku  = 
bodhi  ;  manifestement,  dans  cette  explication,  le  mot 
tô  %£  "Egal"  du  chinois  rend  l'afnxe  yak  (yanc)  du 
sk.  Le  même  texte  distingue  de  plus  quatre  sortes 
d'Eveil  :  (1)  Eveil  sans-supérieur,  mujô  :  c'est  le 
terme  le  plus  général  pour  désigner  le  Plan  d'Essence 
de  l'Eveil.  (2)  Eveil  correct,  shô  :  c'est  le  terme 
employé  par  opposition  à  l'Eveil  pervers  des  héré- 
tiques ;  c'est  celui  des  Arhat.  (3)  Eveil  égal,  tô  :  par 
opposition  à  l'Eveil  inégal  des  deux  Véhicules — des 
Auditeurs  et  des  B.-pour-soi  qui  comprennent  seule- 
ment le  Vide  des  naissances  ;  (4)  Eveil  correct  répété, 
ushô  XïE  :  par  opposition  à  celui  des  Bs.  qui  n'est 
pas  complet  ;  il  est  propre  aux  B. — Termes  com- 
posés.— Bodaibun  3¥|§#-  [I],  sk.  bodhipaksa,  p.  b° 
pakkha  ;  tib.  byan  chub  kyi  phyogs. — Ailes  de 
l'Eveil. — Td.  anc.  éc.  bodaibun  "parties  de  l'Eveil"; 
bodaibunhô  ^tUfrfife  "Essences  des  parties  de 
l'Eveil"  (sk.  bodhipaksikadharma,  p.  bodhipakkhiya- 
dhamma)  ;  [dôjhon  [£Ë]pq  "Rubriques  [de  la  Voie]", 
ou  hongyô  nriff,  ou  encore  (p.  ex.  T.  1670)  hongyô 
tmWL  '■>  nouv.  éc.  kakushi  J^;£  "branches  de  l'Eveil", 
kakubun  ^St  "parties  de  l'Eveil". — Groupe  de 
trente-sept  Essences  considérées  comme  les  auxi- 
liaires de  l'Eveil  et  réparties  généralement  en  sept 
catégories  (shichika  -£;$•)  :  (a)  quatre  *nenju  Ï&.&, 
sk.  smrtyupasthâna,  Aide-Mémoire  ;  (b)  quatre 
*shôdan  JEHJf,  sk.  samyakprahâna,  Eliminations 
Correctes  (ou  parfois  shôgon  jEiJÎJ,  sk.  samyakpra- 
dhâna,  Efforts  Corrects);  (c)  quatre  *jinsoku  fliijJjSJËL,  sk. 
rddhipâda,  Pieds  de  Magie  ;  (d)  cinq  *kon  $H,  sk. 
indriya,  Organes  ;  (e)  cinq  *riki  j) ,  sk.  bala,  Forces  ; 
(f)  sept  bodaibun  ^|î§5r  (plus  communément 
kakubun  %fr  ;  cf.  inf.  [II]),  sk.  bodhyahga,  Mem- 
bres de  l'Eveil  ;  (g)  huit  *shôdôbun  §23li5r,  sk. 
âryamârgâhga,  Membres  du  Chemin  Saint  [cf.  ces 
divers  termes]. — Tt.  1509  xix  discute  un  ensemble 
de  questions  posées  au  sujet  des  Ailes  de  l'Eveil  : 
La  Prajnâ  Pâramitâ  dit  que  les  Bs.  doivent  posséder 
les  trente-sept  Ailes  de  l'Eveil  du  fait  du  Sans- 
Production.  Comment  l'expliquer?  Si  on  demande 
pourquoi  ces  Ailes  de  l'Eveil  sont  mentionnées  à 
propos    des    Bs.,    alors    qu'elles    appartiennent    en] 


BODAI 


89 


BODAI 


propre  à  la  Voie  des  Auditeurs  et  des  B.-pour-soi, 
la  réponse  est  :  Les  Bs.  Grands-Etres  doivent  étudier 
toutes  les  Bonnes  Essences,  toutes  les  Voies... Du 
reste,  où  est-il  dit  que  les  trente-sept  soient  particu- 
lières aux  Auditeurs  et  aux  B.-pour-soi  ?  Dans  cette 
section  du  G.V.  qui  est  la  Prajnâ  Pâramitâ,  le  B.  dit 
que  ces  Ailes  appartiennent  aux  Trois  Corbeilles 
du  G.V.,  non  point  qu'elles  sont  propres  au  P.V.  Par 
grande  Compassion,  le  B.  énonce  les  trente-sept 
catégories  de  la  Voie  du  Nirvana  ;  c'est  selon  leurs 
Vœux  et  leurs  Facteurs  que  les  Etres  obtiennent 
chacun  leur  Voie  :  qui  fait  Vœu  d'être  Auditeur  le 
devient.  .  .qui  fait  Vœu  d'être  B.  le  devient.  Si  la 
Compassion  du  B.  paraît  plus  ou  moins  grande,  c'est 
en  raison  de  la  diversité  des  Vœux  des  Etres  et  de 
leurs  Organes  plus  ou  moins  aiguisés.  De  même  la 
pluie  versée  par  le  roi-Dragon  tombe  partout 
également  ;  mais  les  grands  arbres  en  reçoivent 
davantage  en  raison  de  la  force  de  leurs  racines.  Il 

"est  exact,  répliquera-t-on,  que  nul  texte  ne  stipule 
formellement  [que  les  trente-sept  Ailes  sont  réservées 
aux  deux  Véhicules  inférieurs]  ;  mais  on  peut  l'in- 
férer par  le  raisonnement  :  en  effet,  les  Bs.  demeurent 
longtemps  dans  les  Transmigrations,  ils  circulent 
dans  les  cinq  Destinations  sans  se  hâter  d'arriver  au 
Nirvana  ;  or  les  trente-sept  Ailes  n'ont  rien  à  faire 
avec  les  Perfections,  ni  avec  la  grande  Compassion  ; 
elles  se  rapportent  exclusivement  à  l'Essence  du 
Nirvana  :  donc  elles  ne  relèvent  pas  de  la  voie  des 
Bs.  Nous  répondons  :  Oui,  les  Bs.  demeurent  long- 
temps dans  les  Transmigrations,  mais  ce  n'est  pas 
sans  connaître  et  différencier  la  voie  fausse  et  la  vraie, 
la  Mondanité  et  le  Nirvana.  Cette  connaissance  une 
fois  acquise,  ils  font  le  grand  Vœu  de  sauver  les 
Etres.  .  .Ils  possèdent  bien  cette  connaissance,  qu'ils 
continuent  à  étudier  ;  néanmoins  ils  ne  vont  pas 
jusqu'à  l'attester  [par  le  Nirvana],  car  ils  n'ont  pas 
encore  les  six  Perfections  au  complet... Le  B.  l'a 
dit  :  C'est  comme  un  archer  qui  tire  dans  l'espace 
flèche  sur  flèche,  de  sorte  que  l'une  chasse  l'autre 
et  l'empêche  de  tomber  à  terre  ;  le  Bs.  décoche  dans 
l'espace  des  Trois  Libérations  [Mvy.  1542- 1544]  la 
flèche  de  la  Perfection  de  Sapience,  et  pour  l'em- 
pêcher de  tomber  sur  le  sol  du  Nirvana,  il  décoche 
sur  elle  la  flèche  du  Moyen  (de  salut  d 'autrui).  De 

|| plus,  si  les  Bs.  restent  longtemps  dans  les  Trans- 
migrations, ils  doivent  y  éprouver  une  multitude  de 

[tourments  de  corps  et  d'esprit  ;  comment  pourraient- 

j  ils  les  supporter  s'ils  n'avaient  la  connaissance  réelle  ? 

Il  C'est  pourquoi  les  Bs.,  quand  ils  s'occupent  de  la 

i  connaissance  réelle  [que  sont]  ces  trente-sept  Ailes, 
peuvent,  par  la  force  de  la  Perfection  de  Sapience, 
transformer  le  Mondain  en  Nirvana  de   Fruit.  En 

'effet,   le   Mondain  des  trois  Plans  est   produit   par 
Réunion  ;  ce  qui  est  produit  par  Réunion  n'a  pas  de 
j Nature-propre,  et  est  donc  Vide  ;  le  Vide  ne  peut 
re  pris  ;  or  le  Nirvana  a  ce  Caractère  de  ne  pouvoir 


être  pris  ;  c'est  pourquoi  il  est  dit  :  Les  Bs.  Grands- 
Etres.  .  .doivent  posséder  les  Ailes  de  l'Eveil  du  fait 
du  Sans-Production ...  Les  trente-sept  Ailes,  c'est 
la  Terre  de  la  Connaissance  Réelle.  Mais,  dira-t-on, 
si  les  quatre  Aide-Mémoire  suffisent  pour  atteindre 
la  Voie,  à  quoi  bon  parler  de  trente-sept  Ailes  ?  Et 
si  c'est  pour  abréger  que  vous  parlez  de  quatre,  et 
que  vous  parlez  de  trente-sept  par  développement, 
vous  avez  tort  :  car  au  point  de  vue  du  développe- 
ment, il  faudrait  parler  d'Ailes  innombrables.  Nous 
répondons  :  Les  quatre  suffisent  pour  atteindre  la 
Voie  ;  mais  il  faut  aussi  parler  des  autres.  En  effet, 
les  Etres  sont  de  toutes  sortes.  .  .l'Essence  de  B.  est 
unique  ;  et  c'est  en  vue  des  Etres  qu'il  fait  des  ex- 
plications diverses .  .  .  De  même  un  seul  médicament 
ne  suffit  pas  au  médecin  pour  soigner  toutes  les 
maladies..  .Les  trente-sept  se  ramènent  en  principe 
à  dix  Essences  :  Foi,  Défenses,  Recherche-mentale, 
Bonne-volonté,  Mémoire,  Concentration,  Sapience, 
Détente,  Joie,  Apathie... Le  texte  justifie  ensuite 
l'ordre  de  classement  adopté  pour  les  sept  catégories  : 
quatre  Aide-Mémoire,  etc.  Pourquoi  placer  en 
premier  lieu  les  quatre  Aide-Mémoire  et  en  dernier 
lieu  les  Membres  du  Chemin,  alors  qu'il  faut  marcher 
dans  un  chemin  avant  d'atteindre  le  but  ?  On  ré- 
pond :  Les  trente-sept  sont  un  procédé  d'enseigne- 
ment pour  l'entrée  dans  le  Chemin  ;  lorsque  le 
Pratiquant  vient  trouver  le  Maître,  il  lui  faut  d'abord 
retenir  par  la  mémoire  l'Essence  de  la  Voie  :  c'est 
le  moment  des  Aide-Mémoire.  Puis  quand  il  a  retenu 
[la  leçon],  il  faut  qu'il  en  tire  le  fruit  :  c'est  alors 

l'affaire  de  la  Bonne-volonté  ;  etc — La  question 

du  groupement  des  Ailes  en  Rubriques  d'Essences  : 
Foi,  Défenses,  etc.,  est  débattue  ausi  par  la  Vibhâsâ 
Tt.  1545  xcvi,  et  le  Kosa  Tt.  1558  xxv  (  =  Lav.  vi, 
284)  ;  les  deux  ouvrages  présentent  de  frappantes 
analogies.  Le  Kosa  donne  la  répartition  suivante  : 
Sapience,  Bonne-volonté,  Concentration,  Foi,  Mé- 
moire, Joie,  Apathie,  Détente,  Défenses,  Délibéra- 
tion. La  Vibhâsâ  admet  des  classements  en  11  et 
en  12  catégories.  Tt.  1579  xxix  et  lvii  donne  des 
listes  de  9  ou  de  il. — Ailleurs  encore,  les  Ailes  de 
l'Eveil  sont  réparties  en  relation  avec  les  Perfections 
Ttt.  1912  vu  b  [secte  Tendai]. — Le  Kosa  loc.  cit.,  et 
la  Vibhâsâ  loc.  cit.,  justifient  l'ordre  de  classement 
des  sept  catégories,  en  mentionnant  deux  traditions 
divergentes.  Tt.  1558  xxv  (  =  K.  Lav.  VI,  190)  dis- 
tingue de  plus  les  catégories  de  Membres  de  l'Eveil 
(f)  et  de  Membres  du  Chemin  (g)  qui  sont  toujours 
sans-Ecoulement,  d'une  part,  et  d'autre  part  les 
autres  catégories  (a-e)  qui  sont  susceptibles  d'être 
sans-Ecoulement  ou  à-Ecoulement,  selon  les  Terres. 
Mais  d'après  Tt.  1579  xxvm,  lxxi,  lxxii,  même  les 
Membres  de  l'Eveil  et  les  Membres  du  Chemin  sont 
susceptibles  d'être  à-Ecoulement  s'ils  ont  pour 
Nature-propre  l'Imagination  ;  ils  ne  sont  sans- 
Ecoulement   que   s'ils    ont   pour    Nature-propre   la 


BODAI  90 


connaissance  correcte.  Tt.  1545  xcvi  et  Tt.  1558 
xxv  (  =  K.  Lav.  vi,  291)  ont  enfin  une  répartition 
des  trente-sept  en  rapport  avec  les  Terres  [de  l'ordre 
de  l'Extase  ;  cf.  T.  1558  xxiv  =  K.  Lav.  vi,  228,  et 
Mvy.  1478- 1486]  :  les  Ailes  ne  sont  au  complet  que 
dans  la  Terre  de  la  première  Extase  ;  graduellement 
leur  nombre  se  réduit  à  36,  35,  32,  et  22  enfin  dans 
les  stages  extrêmes  du  Plan  du  Désir  et  du  Dernier 
Etage  de  l'Existence. — Ttt.  191 1  vu  a  [secte  Tendai] 
enseigne  quatre  combinaisons  des  Ailes  :  (1)  tôbun 
%5ï,  lot  de  convenance  :  un  seul  des  sept  groupes 
peut  suffire  ("convenir")  pour  atteindre  la  Voie  ;  p. 
ex.  les  quatre  Aide-Mémoire,  d'après  Tt.  1509  xix  ; 
(2)  sôshô  yfBSi,  de  contenance  mutuelle  :  chacun  des 
sept  groupes  contient  tous  les  autres,  et  réciproque- 
ment ;  p.  ex.  les  Aide-Mémoire  contiennent  les  autres 
et  y  sont  contenus,  d'après  ib.  ;  (3)  taii  HH£,  d'assi- 
gnation respective  :  p.  ex.  les  sept  Membres  de  l'Eveil 
assignés  au  Chemin  des  Exercices,  les  huit  Membres 
du  Chemin  assignés  au  Chemin  de  la  Vue  ;  (4)  sôshô 
%ÛëE>  de  production  mutuelle  :  chacun  des  sept 
groupes  sort  du  précédent,  et  le  dépasse  en  profon- 
deur.— Un  texte  spécial  T.  472  :  Bodhipaksanirdesa- 
sûtra  (cf.  Mvy.  1382  ;  titre  sk.  inexact  dans  Nj.  792) 
traite  des  trente-sept  Ailes  ;  le  B.  au  Pic  du  Vautour 
les  définit  dans  un  sermon  adressé  à  Manjusrî. — 
Outre  la  liste  classique  des  trente-sept  Ailes,  il  existait 
sporadiquement  des  listes  aberrantes  :  p.  ex.  Tt.  1545 
xcvi  les  Vibhajyavâdin  ont  une  liste  de  41  par  l'ad- 
dition des  quatre  Tiges  de  Saints  [sur  lesquelles  Tt. 
1558  xxn  =  K.  Lav.  vi,  146-148]  ;  une  des  recensions 
de  T.  1670  donne  une  liste  de  32,  en  confondant  en 
un  seul  groupe  de  cinq  les  Organes  et  les  Forces 
(BEFEO  XXIV,  109  n.  3),  et  le  texte  pâli  corres- 
pondant, Milinda  33,  énumère  les  sept  catégories 
dans  un  ordre  aberrant  :  Organes,  Forces,  Membres 
de   l'Eveil,    Membres    du   Chemin,  Aide-Mémoire, 


BODAI 

Efforts  Corrects,  Pieds  de  Magie  ;  autres  listes  aber- 
rantes dans  les  textes  palis,  K.  Lav.  vi,  281  n.  1. 
— Bodaibun3£fêfr  [II],  ou  plus  généralement  kakul 
bun  ||5h  sk.  bodhyanga,  p.  bojjhanga  ;  tib.  byan 
chub  kyi  yan  lag. — Membres  de  l'Eveil. — Autres  td. 
kakui  %£M,  "esprit  d'Eveil",  kakushi  jlfc^i  "branche 
de  l'Eveil"  ;  aussi  hengakubun  î^^^  "parties  de 
l'Eveil  complet"  ou  tôgakushi  %?§&&.  "branches  de 
l'Eveil  Egal",  termes  qui  correspondent  au  sk. 
sambodhyanga,  p.  sambojjhanga. — Une  des  sept 
catégories  qui  constituent  les  Ailes  de  l'Eveil,  formée 
elle-même  de  sept  termes,  dont  l'ordre  varie  avec 
chacun  des  Véhicules.  Ordre  dans  les  textes  du  P. 
V.  (p.  ex.  T.  604  Sûtra  sur  les  trente-sept  Ailes  ; 
T.  26  xxiv  ;  T.  125  xxxiii)  :  (1)  *nen  ;§;,  sk. 
smrti,  Mémoire  ;  (2)  *chakuhô  ff  fë,  sk.  dharmapra- 
vicaya,  Sélection  des  Essences  ;  (3)  *shcjin  %n%,  sk. 
vîrya,    Bonne-volonté  ;    (4)    *ki  4§£,  sk.  prîti,  Joie  ; 

(5)  *kyôan  $g;£,  sk.  prasrabdhi,  Détente  ;  (6)  *jô 
fë,  sk.  samâdhi,  Concentration  ;  (7)  #sha  fê,  sk. 
upeksâ,  Apathie  [cf.  chacun  de  ces  termes].  Le  G. 
V.  (p.  ex.  Tt.  1579  xxix)  met  en  premier  lieu  la 
Sélection  des  Essences  et  en  dernier  lieu  la  Mémoire  ; 
Ttt.  1924  11  b  intervertit  de  plus  l'ordre  des  termes 

(6)  et  (7).  Cf.  encore  Tt.  1545  xcv. — Bodaidôjô  ~M. 
Jj|,  sk.  bodhimanda. — Terrasse  de  l'Eveil. — Nom 
de  la  terrasse  où  un  B.  obtient  l'Eveil.  La  Terrasse 
de  l'Eveil  du  B.  Sâkyamuni  est  située  à  Bodhgayâ. 
— Bodaiju  ~f$,  sk.  bodhidruma. — Arbre  d'Eveil. 
— Autres  td.  kakuju  %\$  ou  dôju  MÎM-  Nom 
générique  de  l'arbre  sous  lequel  un  B.  obtient  l'Eveil. 
Tt.  1521  ni  mentionne  les  noms  des  16  espèces  de 
grands  arbres  qui  peuvent  être  arbres  d'Eveil.  Les 
listes  des  arbres  d'Eveil  des  sept  B.  passés  varient 
avec  les  textes,  comme  il  est  indiqué  dans  le  tableau 
suivant  (T.  125  xlv  donne  une  liste  analogue  à  T. 
330  vin,  mais  intervertit  l'ordre  des  arbres  4  et  5  et 
substitue  comme  7e  l'arbre    srî,    kichijôju  ^jp^-leO  : 


Noms  des  7  B. 
du  passé 

T.  I,  1  (-Dîg.  Nik.  XIV) 

Tt.  1521  V 

T.  159  VII 

T.  440  VII 

Tt.  1462  III 
(—  Samantapâsâdikâ,   I,   99) 

1.  Vipasyin 

2.  Sikhin 

fbara  $f]i  (var.  hahara 
\Wmm)  (p.  pâtalî) 
pundarîka  (p.  jd.) 

asoka 
pundarîka 

nyagrodha 
sirîsa 

pâtalî 
pundarîka 



3.  Viévabhû 

4.  Krakucchanda 

5.  Kanakamuni 

sala  (p.  sala) 
Sirîsa  (p.  sirîsa) 
udambara  (p.  udumbara) 

fila 

Sirîsa 
udambara 

asvattha 

asoka 

udambara 

éâla 

udambara 

sirîsa 

(B.  Kunai  (p.  Kakusandha)  ; 
•I  arbre  makashariba  SsJtîJfcflJ 
lïl  (p.  mahâsirîsa) 
p.  udumbara 

6.  Kâsyapa 

nyagrodha  (p.  nigrodha) 

nyagrodha 

(shada  gfë) 

nyagrodha 

p.  nigrodha 

7.  Sâkyamuni 

asvattha  (p.  asattha) 

aévattha 

pippala 

asvattha 



Pippala  et  asvattha  sont  l'un  et  l'autre  des  ap- 
pellations du  banyan,  Ficus  Religiosa  des  botanistes  ; 
cf.  *Asetta. — Hôken  £feHî  Ttt.  2085  emploie  pour 
désigner  l'arbre  d'Eveil  de  Sâkyamuni  le  terme  *baita 
J|^=sk.  pattra  "feuille".  D'après  une  tradition 
chinoise  erronée,  bai  ^  signifierait  "feuille"  (sk. 
pattra),  et  ta  ^   serait  pour  tara  ^j||  "palmier"  (sk. 


tara),  d'où  par  confusion  avec  sk.  tara  " traversée. I 
Libération"  l'emploi  du  terme  baita  pour  désigneii 
l'arbre  de  l'Eveil  ou  de  la  Libération  (Bdjt.  1441)  ; 
cf.  Ttt.  21 31  ni  qui  donne  tara  ^§^;  comme  une 
te.  du  nom  sk.  du  palmier  (tara),  tout  en  le] 
traduisant  par  an  ^  "rive"  (autre  rive,  traversée 
sk.  tara)  ;  et  Ttt.  1811  1  qui  mentionne  *baita  j^,£ 


comme  te.  de  l'original  sk.  du  ch.  bodaiju. — T.  220 
dlxx  :  Par  le  Moyen  de  la  Perfection  de  Sapience, 
l'arbre  d'Eveil  apparaît  aux  Etres  sous  des  formes 
diverses  :  soit  comme  un  pippala,  soit  comme  un 
arbre  ayant  les  couleurs  de  la  voûte  céleste  (?) 
tennensaiju  XM&tH,  ou  fait  de  Joyaux,  ou  haut 
comme  sept  palmiers,  ou  mesurant  94.000  Lieues. 
— Tt.  1509  l:  Sa  racine  est  d'or,  son  tronc  a  pour 
matière  les  sept  Joyaux,  ses  rameaux  et  son  feuillage 
sont  lumineux. — T.  279  xxv,  lxviii,  lxx  décrit  les 
arbres  d  Eveil  de  divers  B.  peu  connus,  p.  ex.  xxv 
celui  du  B.  Gattôô  /§$£3E  (sk.  Candrapradîparâja  ?) 
dont  la  racine  est  de  corail,  le  tronc  de  cristal, 
les  rameaux  d'or  et  les  feuilles  d'agate. — L'arbre 
d'Eveil  du  B.  futur  Maitreya  est  le  nâgapuspa, 
td.  ryûge  fppf-,  T.  125  xliv,  159  vu,  453.— En 
Chine  (du  moins  dans  le  Nord)  et  au  Japon,  le 
nom  "d'arbre  d'Eveil",  bodaiju,  est  donné  à  une 
variété  de  tilleul  (Tilia  Miqueliana),  dont  l'aspect 
'rappelle  celui  du  banyan  (Ficus  Religiosa),  et  dont 
les  fruits  servent  à  faire  des  chapelets.  Cet  arbre  fut 
importé  au  Japon  par  Eisei  Zenji  «SfètSjpîîfîïlJ  à  l'époque 
des  Sô  7J5  ;  on  l'y  trouve  fréquemment  auprès  des 
temples  ou  des  monastères  bouddhiques. — Bodaiju- 
shin  ~tlj/pil,  divinité  de  l'arbre  d'Eveil.  Tt.  1545 
xli  Un  roi  Tournant-la-Roue  se  promène  dans  les 
airs  ;  soudain  le  Joyau  de  la  Roue  cesse  de  fonction- 
ner; le  roi  prend  peur,  s'entend  appeler  par  la 
divinité  d'un  arbre  d'Eveil  et  atterrit  auprès  de 
l'arbre,  auquel  il  rend  hommage  en  se  repentant. 
Ib.  cxxv  Cette  même  divinité,  nommée  ici  Taigo 
fe§  "Parole  de  Vérité",  se  transforme  en  belle 
femme  pour  séduire  le  roi  Pusyamitra,  ennemi  du 
bouddhisme  ;  elle  protège  ainsi  l'arbre  d'Eveil  et 
permet  aux  génies  défenseurs  de  la  Loi  de  vaincre 
et  de  tuer  le  roi. — Tt.  1509  ni  Lorsque  le  B. 
atteignit  l'Eveil,  cette  divinité  alla  en  porter  la 
nouvelle  à  son  père  Suddhodana. — T.  665  x  Le  B. 
conte  à  cette  divinité  la  vie  antérieure  de  Jala- 
vâhana. — Bodaisatta  ~PH3§  =  sk.  bodhisattva  ;  abr. 
•Bosatsu. — Bodaishi  ~-J-,  espèce  de  graines  dont 
on  faisait  des  chapelets,  mentionnés  T.  787  et  788  ; 
on  les  identifie  généralement  aux  graines  du  tilleul 
(bodaiju).  Cf.  tib.  bo-de,  nom  d'un  arbre  dont  les 
fruits  servent  à  faire  des  chapelets  (Csoma). — 
Bodaishin  ~<|>,  sk.  p.  bodhicitta,  tib.  byah  chub  kyi 
sems. — Esprit  d'Eveil,  l'acte  spitituel  qui  inaugure 
la  carrière  du  Bs. — Tt.  1509  xli  :  L'Esprit  d'Eveil, 
c'est  la  Production  d'Esprit  initiale,  quand  le  Bs. 
pense  à  la  Voie  sans-supérieure  et  se  dit  :  Je  deviendrai 
B.  ;  l'effort  qu'il  accomplit  ensuite  pour  parfaire 
les  six  Perfections  est  appelé  l'Esprit  égal-sans-égal 
(mutôdô  M^^f,  cf.  *Ashamashama).— T.  657  11  : 
O  Ajita,  sache  que  tous  les  Mérites  des  B.  se  trouvent 
inclus  dans  l'Esprit  dompteur  (jôbukushin  ffî\k>b) 
produit  initialement  ;  car  il  est  difficile  de  rencontrer 
un  Bs.,  difficile  de  rencontrer  un  B.  dans  le  monde. 


91  BODAI 

O  Ajita  !  il  n'y  a  pas  de  crème  de  lait  sans  vache  ; 
il  n'y  a  pas  non  plus  de  Germe  de  B.  sans  Production 
de  l'Esprit  d'Eveil.  Mais,  s'il  y  a  une  vache,  il  y  a  de 
la  crème  de  lait,  et  de  même  s'il  y  a  un  Bs.  qui  pro- 
duit l'Esprit  d'Eveil,  le  Germe  de  B.  n'a  pas  d'in- 
terruption. O  Ajita  !  s'il  y  a  germe,  il  y  a  fleur  et 
fruit  ;  et  de  même,  s'il  y  a  un  Bs.  qui  produit  l'Esprit 
d'Eveil,  le  Germe  de  B.  n'a  pas  d'interruption. 
Ainsi,  sache-le  bien,  Ajita,  c'est  la  Production  de 
l'Esprit  qui  est  ce  qu'il  y  a  de  plus  difficile  ;  la  mise 
en  branle  de  l'Esprit  d'Eveil  est  difficile  ;  il  est  dif- 
ficile de  devenir  un  B.  O  Ajita  !  il  est  bien  rare  de 
trouver  dans  l'océan  un  trésor  de  valeur  inappré- 
ciable, mais  des  autres  trésors  il  y  en  a  beaucoup. 
De  même  il  y  a  peu  d'Etres  qui  peuvent  produire 
l'Esprit  d'Eveil,  mais  il  y  en  a  beaucoup  qui  produi- 
sent l'Esprit  d'Auditeurs  ou  de  B.-pour-soi.  Sache-le 
donc  bien,  Ajita,  l'Esprit  de  Bs.  est  ce  qui  se  trouve 
le  plus  rarement,  tout  comme  la  fleur  d'udumbara 
qui  ne  se  montre  qu'un  seul  moment  ;  aussi  cet 
Esprit  est-il  précieux,  d'une  valeur  inestimable.  Et 
cet  Esprit  est  immense  comme  le  mont  Sumeru,  il 
est  indestructible  comme  l'Espace,  il  est  insondable 
comme  l'océan  ;  il  est  incomparable,  il  surpasse  en 
valeur  toutes  les  Gemmes  des  Trois  mille  Grands 
Chiliocosmes. — T.  310  xxxvi  :  C'est  parce  que  le 
Bs.  Grand-Etre  accomplit  l'Esprit  d'Eveil  qu'on 
l'appelle  Bodhisattva  ("Eveil-Etre"),  Mahâsattva 
("Grand-Etre"),  Etre  merveilleux,  Etre  qui  surpasse 
les  trois  Plans. — T.  278  lix  :  L'Esprit  d'Eveil  est 
appelé  le  Germe  de  tous  les  B.,  car  c'est  lui  qui  donne 
naissance  à  toutes  les  Essences  de  B.  ;  c'est  un  bon 
Terrain,  car  il  fait  pousser  les  Essences  Blanches  et 
pures  ;  il  est  la  terre,  en  tant  qu'il  porte  le  monde 
entier  ;  il  est  l'eau,  en  tant  qu'il  nettoie  toutes  les 
souillures  des  Passions  ;  il  est  le  vent,  en  tant  que  rien 
ne  peut  l'arrêter  ;  il  est  le  feu,  en  tant  qu'il  consume 
toutes  les  mauvaises  Vues  ;  il  est  le  soleil,  en  tant 
qu'il  brille  sur  toutes  les  espèces  d'Etres  ;  il  est  la 
lune,  en  tant  que  toutes  le  Essences  Blanches  et 
pures  y  sont  au  plein  ;  il  est  la  lampe,  en  tant  qu'il 
éclaire  tous  les  Plans  des  Essences  ;  il  est  l'œil,  car 
il  voit  le  mauvais  Chemin  et  aussi  le  bon. — Deux 
espèces  d'Esprit  d'Eveil  dans  la  secte  Tendai  [Bdjt. 
163 1]:  (1)  Enjibodaishin  fân^^Vk'b ,  l'Esprit  d'Eveil 
"pratique",  qui  consiste  en  quatre  Grands  Voeux 
(shiguzeigan  [jy^  Çj§|),  à  savoir  :  (a)  Shujômuhen- 
seigando  ^4M*É S ÏÏÂ^.  :  tout  innombrable  que  soit 
la  multitude  des  Etres,  on  fait  vœu  de  lui  assurer  le 
salut  :  c'est  là  les  Défenses  de  Captation  des  Etres 
(nyôyakuujôkai  flif^ftpr^;  cf.  *Bosatsukai),  le  profit 
d'autrui  (rita  flJftJi),  la  Nature  de  B.  comme  Facteur 
(enninbusshô  $3c[iS|$,j,|É  ;  cf.  *Busshô),  et  la  cause  de 
l'Eveil  du  Corps  de  Métamorphose  (kebutsubodai 
'fb'W^flë  !  cf-  SUP-  Bodai)  ;  (b)  Bonnômuhenseigan- 
dan  J$t$^§^  îffJSIMlf  :  tout  innombrables  que  soient 
les  Passions,  on  fait  vœu  de  les  trancher  :  c'est  là 


BODAI  c 

les  Défenses  de  Restriction  (shôritsugikai  JH^fl^), 
le  Mérite  qui  vient  de  l'Elimination  (dandoku  IHfîS), 
la  Nature  de  B.  comme  cause  proprement  dite  (shô- 
imbusshô  jEBMïfô'IÊ).  et  la  cause  de  l'Eveil  du  Corps 
d'Essence  (hôbutsubodai  &#|£$É  ;  (c)  Hômommu- 
jinseiganchi  fèP^Ms&ïfJIBH]  '•  tout  inépuisables  que 
soient  les  Rubriques  d'Essences,  on  fait  vœu  de  les 
connaître  :  c'est  là  les  Défenses  de  Captation  des 
bonnes  Essences  (shôzembôkai  îlÊf?ï£3$).  le  Mérite 
qui  vient  de  la  Connaissance  (chitoku  ^^),  la  Nature 
de  B.  comme  cause  de  compréhension  (ryôimbusshô 
TH^tt).  et  la  cause  de  l'Eveil  du  Corps  de  Fruition 
(hôbutsubodai  8*$jj3£#l)  ;  (d)  Mujôbodaiseiganshô 
M±.¥ï~$kWM%£  •  le  Vœu  d'attester  l'Eveil  sans- 
supérieur  :  c'est  là  la  Nature  de  B.  comme  Fruit  du 
Fruit  (kakabusshô  ^^^tÊ)»  et  la  cause  de  l'Eveil  du 
Fruit  de  B.  (bukkabodai  #^:^t|).  On  peut  obtenir 
l'Eveil  des  Trois  Corps  en  accomplissant  intégrale- 
ment les  trois  derniers  Grands  Vœux,  et  on  peut 
ensuite  se  rendre  utile  aux  autres  Etres  ;  ces  trois 
Vœux  constituent  donc  proprement  le  profit  per- 
sonnel (jiri  |=jflj),  mais  ils  mènent  au  profit  d'autrui 
(rita  ^iJfÊ)  5  ainsi  s'explique  l'expression  d'Esprit 
d'Eveil  "pratique"  (enjibodaishin)  appliquée  à  ces 
Vœux.  (2)  Enribodaishin  ^SË^IH'll*»  l'Esprit  d'Eveil 
"d'Idéal"  (théorique,  rationnel)  :  les  Essences  sont 
originellement  apaisées  et  inactives  ;  celui  qui 
recherche  l'Eveil,  vers  le  haut  pour  lui-même  et 
vers  le  bas  pour  autrui,  en  comprenant  le  véritable 
Caractère  delà  Voie  du  Milieu,  pratique  la  Production 
d'Esprit  d'Eveil  la  plus  haute  (cf.  Ojys.  I  b.) — Trois 
espèces  d'Esprit  d'Eveil,  dans  la  doctrine  es.  [Bdjt. 
163 1,  Bdji.  4180]  :  L'école  Shingon  définit  ainsi  le 
Bodaishin  Ttt.  1796  :  C'est  l'Esprit  de  Foi  pur.  .  . 
c'est  la  recherche  exclusive  de  l'Omniscience. — 
Chacun  des  cinq  B.  du  Shingon  a  sa  vertu  propre 
(shutoku  ifiQ,  et  la  Connaissance  de  Miroir  (daien- 
kyôchi  ;fcllltt^a,  sk.  âdarsajnâna)  du  B.  Aksobhya, 
qui  préside  à  l'Est,  a  pour  vertu  propre  de  faire  surgir 
l'Esprit  d'Eveil  (cf.  *Ashuku,  et  *A).  Aussi  est-ce 
vers  l'Est  qu'on  s'incline  quand  on  reçoit  les  Défenses 
dites  de  Convention  (sammayakai  H5K^P5S),  Défen- 
ses dont  le  Substantiel  est  formé  par  les  trois  Bodai- 
shin qui  sont  :  (a)  Gyôganbodaishin  flM^lê'lls 
Esprit  d'Eveil  de  Pratique  du  Vœu,  sk.  pranidhâna- 
caryâbodhicitta  :  gan,  le  Vœu,  c'est  le  vœu  de  sauver 
tous  les  Etres  par  la  doctrine  merveilleuse  du  G.V., 
puisqu'on  sait  que  tous  les  Etres  ont  au  fond  de  leur 
nature  la  nature  de  Matrice  de  B.  et  sont  capables 
par  conséquent  d'arriver  à  l'Eveil  sans-supérieur  ; 
gyô,  "pratiquer",  c'est  la  pratique  des  quatre  Grands 
Vœux  (guzeigan  ^ffH,  cf-  SUP)  î  (b)  Shôgibodai- 
shin  iHIH^Cs  Esprit  d'Eveil  au  Sens-ultime,  sk. 
paramârthabodhicitta  :  le  Sens-ultime,  c'est  éliminer 
toutes  les  Essences  inférieures,  méditer  sur  les 
Essences  supérieures  et  les  exalter  ;  il  y  a  deux 
procédés  pour  avancer  en  connaissance  :  étudier  la 


1  BODAI 

doctrine  et  Inspecter  la  vérité  ;  étudier  la  doctrine, 
c'est. parcourir  graduellement  les  dix  stages  d'Esprit 
(*jûshin  'tË'lls  q-v.)  ;  Inspecter,  c'est  approfondir 
le  Sans-Nature-propre  des  choses  :  dès  lors  toute 
illusion  disparaît,  et  l'on  réside  dans  l'Ainsité;  des  lors 
on  possède  toutes  les  vertus  ;  (c)  Sammajibodaishin 
HfJpitË^tS'Cs  Esprit  d'Eveil  de  Concentration  :  la 
Concentration  (sammaji  — sk.  samâdhi),  c'est  l'Ega- 
lité de  possession  (tôji  ^ffâ,  sk.  samâdâna),  de  pensée 
(tônen  ^f&,  sk.  samâsmrti),  d'arrivée  (tôshi  *Ç-^, 
sk.  samâgati).  Si  un  ascète  atteint  la  Terre  de  Convic- 
tion (shingeji  j|fj$?ftiî,  sk.  adhimuktibhûmi  ;  cf.  *Ji)  et 
qu'il  se  plonge  dans  la  méditation  ésotérique  des  Cinq 
Sections  (*Gobu  £pff5)>  il  possède  alors  en  commun 
avec  les  B.  la  vertu  de  pratique  personnelle  et  de 
conversion  d'autrui  (jigyôketatoku  ÊlT'ffc'fliif*)  >  il 
a  comme  les  B.  la  pensée  de  protéger  les  Etres  une 
fois  qu'il  est  revenu  dans  le  Plan  des  Etres  ;  enfin 
cette  pensée,  il  n'est  pas  d'endroit  qui  lui  soit  inac- 
cessible.— De  ces  trois  Bodaishin  du  Shingon,  deux 
appartiennent  à  la  doctrine  ex.  aussi  bien  qu'es.  ;  le 
troisième  terme  est  spécial  à  la  doctrine  es.  Aussi 
est-il  dit  Tt.  1665  :  Seul  le  Shingon  enseigne  la 
doctrine  pour  devenir  B.  dans  son  propre  corps 
(sokushinjôbutsu  |p|p $£-{&)  ;  seul  il  traite  du  Samma- 
jibodaishin ;  les  autres  écoles  ne  s'en  occupent  pas. 
— La  secte  Jôdo  présente  quelques  traits  particuliers 
[Bdji.  4181].  T.  360  I  divise  en  trois  classes  ceux  qui 
veulent  aller  à  la  Terre  Pure,  et  enseigne  qu'ils  doi- 
vent tous  produire  l'Esprit  d'Eveil  sans-supérieur  ; 
T.  365  rapporte  l'histoire  des  cinq  cents  filles  Vaidehî 
qui,  en  écoutant  le  B.,  produisirent  l'Esprit  d'Eveil 
correct-complet-sans-supérieur,  et  firent  Vœu  d'aller 
naître  à  Sukhâvatî.  Donran^^,  Ttt.  18 19,  commente 
ces  deux  textes  :  sans  doute,  dit-il,  il  y  a  bien  trois 
classes  d'Etres  parmi  les  aspirants  à  la  Terre  Pure, 
comme  enseigne  le  Sukhâvatî vyûha  T.  360  1  ;  mais 
tous  ont  également  produit  l'Esprit  d'Eveil  sans- 
supérieur.  Cet  Esprit  d'Eveil,  c'est  le  Vœu  de  devenir 
B.  (gansabusshin  JH'fëlilî'l»  qui  est,  autrement  dit, 
le  Vœu  de  sauver  les  Etres  et  de  les  faire  naître  dans 
le  Terrain  de  B.— Dôshaku  MW,  dans  Ttt-  *958  | 
traitant  de  l'Esprit  par  lequel  on  fait  Vœu  de  devenir 
B.,  dit  :  Cet  Esprit  est  vaste,  immense  ;  il  emplit 
tout  le  Plan  des  Essences,  étant  identique  à  l'Espace,  j 
éternel,  sans  obstacle  ;  il  abat  l'obstacle  des  deuxi 
V.  Si  on  fait  le  Vœu  de  devenir  B.,  il  faut  commencer  j 
par  produire  l'Esprit  d'Eveil. — La  doctrine  du  Jôdoj 
identifie  l'Esprit  d'Eveil  avec  l'Esprit  de  foi  (dansjj 
l'efficacité  d'un  autre)  et  avec  le  Vœu  de  renaître  dans 
la  Terre  Pure  ;  ces  trois  Esprits  sont  appelés  Bodai- 
shin, Esprit  d'Eveil.  C'est  là  le  trait  propre  au  Jôdo.jj 
— La  secte  Shin  (Bdji.  4182)  a  donné  une  valeur 
spéciale  au  terme  Daibodaishin  ^^H'il»  qui  géné-jj 
ralement  ne  fait  qu'ajouter  à  l'idée  de  Bodaishin  j 
la  valeur  de  supériorité  (dai  —  sk.  mahâ  "grand"  ;| 
daibodaishin  =  sk.   mahâbodhicitta)   que   lui   confère 


BODAI 

la  doctrine  du  G.V.  D'après  Kgss.  de  Shinran  fflffî, 
le  Daibodaishin  est  un  quatrième  Esprit  d'Eveil  qui 
se  superpose  aux  trois  autres  :  il  consiste  dans  la 
croyance  à  la  Déflexion  de  la  puissance  du  Vœu 
d'Amida  (ganrikiekô  M^JfcHfà)  ;  cette  croyance, 
c'est  l'Esprit  de  Diamant  (kongôshin  -fèfUlR»)  du 
Passage  Transversal  (*ôchô  $fàg)  ;  ainsi  Bodaishin, 
dans  la  secte  Shin,  ne  désigne  que  les  trois  classes 
inférieures. 

BOMBAI  ;££PjL  ou  plus  simplement  Bai  flj|. — 
Psalmodie  :  récitation  psalmodiée  ou  chantée  des 
textes  sacrés. — Syn.  shômyô  ^B^,  baisan  Pjljfjf, 
baiju  |lj$!,  *bonnon  j^if.  bonsan  ffî$£,  bompô  $£J&, 
etc.  Dans  les  textes  ch.,  le  terme  le  plus  courant  est 
Bombai  "Bai  brahmique"  (cf.  *Bon).  Mais  au  Japon 
on  emploie  surtout  le  terme  Shômyô,  qui  correspond 
en  principe  au  sk.  sabdavidyâ  "science  des  sons" 
(grammaire)  ;  à  l'époque  actuelle,  c'est  seulement 
dans  la  secte  du  Nishi-Honganji  que  les  termes  Bon 
ou  Bombai  désignent  de  façon  générale  la  Psalmodie: 
dans  les  autres  sectes  ces  termes,  pris  au  sens  étroit, 
s'appliquent  à  une  des  quatre  catégories  entre  les- 
quelles on  répartit  les  Hymnes  rédigés  en  langue  ch.; 
cf.  inf.,  La  Psalmodie  au  Japon. — A  côté  de  bai  Pj|, 
caractère  phonétique  forgé  par  les  bouddhistes  ch., 
on  trouve  d'autres  te.  :  bachoku  3g$^  Ttt.  1723  iv  b 
(p.  727  b),  bashi  3g(5fi  Gog.  vu  et  xv,  bainoku  P^jg 
T.  1428  m  (p.  582  b  col.  17),  Ttt.  1719  v  b,  1723 
IV  b,  2131  iv,  Gog.  vu  et  xv.  D'après  le  Shutsuyô- 
ritsugi  éBH^Iî  (ouvrage  en  xx  chapitres  de  Hôshô 
[Pao-tch'ang]  f|P|l  des  Ryô  [Leang]  $£  [début  du 
VIe  siècle],  auquel  était  joint  un  glossaire  de  termes 
sk.  en  ni  chapitres  ;  cet  ouvrage  est  perdu,  cf.  Ttt. 
2122  c,  2149  iv  et  x)  cité  Ttt.  1804  1  d  et  2131 
vi  et  xi,  le  mot  bainoku  PKfg  appartiendrait  à  la 
langue  du  pays  de  Uppi  ff $f-  (Uruvilvâ  ?  prâkrit 
local  ?)  et  signifierait  "arrêter,  réprimer"  ;  les 
récitations  psalmodiées  par  où  s'ouvrent  les  céré- 
monies bouddhiques  auraient  pour  but  de  "ré- 
primer "  les  Facteurs  externes  et  ainsi  d'apaiser 
'esprit,  préambule  indispensable  à  l'accomplisse- 
ment du  rite. — Les  originaux  sk.  des  te.  précitées 
sont  difficiles  à  restituer  ;  le  terme  le  plus  com- 
nunément  appliqué  à  la  récitation  en  sk.  p.  est  le 
verbe  bhan  "dire",  p.  ex.  sk.  dharmabhânaka  (bai- 
noku PHfH  =  bhânaka  ?)  et  p.  sarabhanna  (cf.  inf. 
e  texte  du  Vinaya  des  Mûlasarvâstivâdin,  T.  1435 
Utxvn,  où  bai  RU  correspond  manifestement  au 
3.  bhaiïna).  Au  Japon,  la  restitution  généralement 
idmise  est  pâthaka  ;  elle  semble  peu  appropriée  et 
:orrespond  mal  aux  te.  Sans  doute  celles-ci  recou- 
vrent-elles des  formes  prâkrites  dérivées  de  la  racine 
^han. — La  Psalmodie  en  Inde. — Sur  la  récitation 
les  textes  sacrés  du  bouddhisme  dans  l'Inde,  cf. 
Lévi,  J.  As.  191 5,  1,  401-447.  Le  texte  fondamental 
;st  l'épisode  de  Srona  Kotikarna  qui  passa  une  nuit 


93  BOMBAI 

avec  le  B.,  dans  sa  cellule,  et  lui  récita  une  série  de 
textes,  spécifiés,  avec  1" 'intonation"  (sk.  svara,  p. 
sara  ;  T.  1425  xxm  et  1435  xxv  td.  saishô  $B§!?  "sons 
subtils")  :  Vinaya  p.,  Mahâvagga  v,  13  ;  Udâna  (p.) 
v,  6  ;  T.  1425  xxm,  1428  xxxix,  1435  xxv  [td.  Cha- 
vannes,  Cinq  cents  contes,  11,  262],  1447  1  [  =  Divyâv. 
20]  (et  cf.  T.  125  xm,  p.  612  b  :  avant  d'entrer  en 
religion,  Srpna  Kotikarna  était  joueur  de  luth). — 
La  nature  de  V  "intonation"  (sk.  svara)  est  précisée 
par  un  autre  passage  de  la  Discipline  (Vinaya  p., 
Cullavagga  v,  3)  qui  autorise  la  psalmodie  (p.  sara- 
bhanna, sk.  svarabhânya),  mais  interdit  les  intona- 
tions prolongées  en  manière  de  chant  (p.  âyataka 
gîtassara,  sk.  â°  gîtasvara)  ;  ces  dernières  ont  en  effet 
cinq  défauts  :  on  se  laisse  prendre  soi-même  à  son 
intonation  ;  les  autres  s'y  laissent  prendre  ;  les  maî- 
tres de  maison  sont  agacés  ;  en  se  passionnant  pour 
son  propre  timbre,  on  brise  sa  méditation  ;  les  gens 
d'après  en  viennent  à  suivre  l'exemple. — Dans  les 
textes  ch.  parallèles,  cette  liste  se  retrouve  avec  de 
légères  variantes.  T.  1435  xxxvn  (Sarvâstivâdin)  : 
Un  chant  (ka  ffi,  sk.  p.  gîta)  pareil  à  celui  des  laïcs 
a  cinq  défauts  :  le  chanteur  conçoit  lui-même  de 
l'attachement  pour  son  chant  ;  il  en  fait  concevoir 
aux  autres  ;  s'il  est  seul,  il  a  toutes  les  chances  de 
se  livrer  àl  a  Délibération  et  à  la  Décision  [qui 
empêchent  la  Concentration]  ;  l'Attraction  obscurcit 
son  esprit  ;  les  laïcs  calomnient  les  moines  en 
déclarant  que  le  chant  des  moines  ne  diffère  pas 
du  leur  (ou  encore,  d'après  une  seconde  liste  :  les 
jeunes  moines  qui  écoutent  le  chanteur  l'imitent,  et 
par  suite  conçoivent  de  l'Attraction  et  contrevien- 
nent aux  Défenses).  Mais,  ajoute  ce  texte,  une 
psalmodie  (bai  Pj|  =  p.  bhanna)  faite  avec  de  bonnes 
intonations  (shô  j|£,  p.  sara  ;  shôbai  l?rPÎ|  =  p.  sara- 
bhanna), comme  celle  du  Moine  JBadai  iè&|H  <iui 
est  le  premier  pour  le  Bai  [cf.  inf.],  a  d'autre  part 
cinq  avantages  :  le  corps  ne  s'épuise  pas  ;  la  mémoire 
n'a  pas  de  perte  ;  l'esprit  ne  se  fatigue  pas  ;  les 
intonations  ne  se  gâtent  pas  ;  le  texte  est  facile  à 
comprendre  (ou  encore,  d'après  une  seconde  liste  : 
les  Dieux  à  l'entendre  ont  la  joie  au  cœur). — T. 
1463  11  (Sarvâstivâdin)  :  Le  B.  interdit  de  réciter 
les  Défenses  en  élevant  la  voix  ;  une  récitation 
chantée  a  en  effet  cinq  défauts  :  on  conçoit  de  l'at- 
tachement pour  sa  propre  intonation  ;  on  indispose 
les  gens  du  monde  ;  on  ne  se  distingue  pas  des  gens 
du  monde  ;  cela  empêche  de  cultiver  la  Voie  ;  cela 
gêne  l'entrée  en  Concentration.  Ib.  VI  :  Il  y  a  cinq 
défauts  à  réciter  en  élevant  la  voix  et  en  chantant 
comme  les  hérétiques  :  (ire  liste  ut.  sup.  ;)  2e  liste  : 
on  n'a  pas  la  réputation  d'être  maître  de  soi  ;  on  n'est 
pas  ce  qu'il  faut  pour  les  auditeurs  ;  on  ne  réjouit  pas 
les  Dieux  ;  le  langage  devient  incorrect  et  difficile  à 
comprendre  ;  le  langage  n'est  pas  soigné  et  le  sens 
n'est  pas  saisissable. — T.  1428  xxxv  (Dharmagupta)  : 
Une  récitation  chantée  avec  de  trop  grands  écarts  de 


BOMBAI 


94 


BOMBAI 


voix,  comme  font  les  gens  du  monde,  a  cinq  défauts  : 
le  chanteur  conçoit  de  l'attachement  pour  ses  propres 
intonations  ;  il  en  inspire  aux  auditeurs  ;  ceux-ci 
étudient  à  sa  suite  ;  les  maîtres  de  maison  calomnient 
les  moines  et  s'enorgueillissent  de  les  entendre 
chanter  comme  eux  ;  dans  la  méditation  solitaire, 
l'attention  est  distraite  par  les  sons,  et  la  Concentra- 
tion Extatique  est  troublée. — Contrairement  aux 
textes  précités,  T.  145 1  iv  (Mûlasarvâstivâdin) 
autorise  les  intonations  poussées  au  chant,  mais 
seulement  pour  les  Hymnes  au  B.  et  pour  le  Sûtra 
Tripartite  (Sankeikyô  H^^)- — Ce  sûtra  était  une 
composition  d'ASvaghosa,  qui  introduisit  le  chant 
musical  dans  la  liturgie  ;  Gijô  (Yi-tsing,  671-695), 
qui  l'a  traduit  T.  801,  l'avait  entendu  exécuter  au 
couvent  de  Tâmralipti  (Bouches  du  Gange)  ;  il 
rapporte  Ttt.  2125  iv  que  dans  ce  monastère,  con- 
formément à  la  Discipline  des  Mûlasarvâstivâdin, 
les  cérémonies  comportaient  la  récitation  chantée 
d'Hymnes  au  B.  [p.  ex.  les  cent  cinquante  stances 
de  Mâtrceta,  dont  de  nombreux  fragments  ont  été 
retrouvés  en  Asie  Centrale,  et  qui  furent  td.  en  ch. 
par  Gijô  (Yi-tsing)  lui-même  Tt.  1680  ;  ces  stances 
avaient  été  développées  en  Hymnes  de  trois  cents  et 
de  quatre  cent  cinquante  stances  par  Jina  et  par 
Sâkyadeva]  et  du  Sûtra  Tripartite  [sûtra  composé 
de  :  dix  vers  sur  les  Trois  Joyaux  ;  un  petit  sûtra  ; 
des  vers  sur  la  Déflexion  des  Mérites  et  la  Production 
du  Vœu].  Gijô  (Yi-tsing)  décrit  aussi  le  rôle  du  chant 
dans  les  cérémonies  de  Nâlandâ  ;  il  indique  que  si 
la  note  est  prolongée  à  l'excès,  le  sens  devient  dif- 
ficile à  saisir  :  c'est  sans  doute  cet  inconvénient  qui 
avait  déjà  provoqué  la  condamnation  du  chant  par 
la  Discipline.  Tt.  2058  v  exalte  les  talents  d'Asva- 
ghosa  comme  musicien  et  chanteur  au  service  de  la 
Doctrine  :  "Spontanément  il  battit  la  cloche  et  le 
tambour  ;  il  accorda  le  luth  et  la  guitare  ;  le  son 
modérait  la  douleur,  redressait  le  courbe  ;  ses  accords 
faisaient  aussitôt  régner  l'harmonie.  Il  proclamait 
les  Essences,  la  Douleur,  le  Vide,  l'absence  de  Soi. .  .  " 
— La  Discipline  condamne  encore  un  autre  procédé 
de  récitation  chantée,  la  récitation  mot  par  mot  (kuku 
-fcJ^J,  sk.  padasah),  un  de  ceux  que  les  brahmanes 
emploient  régulièrement  dans  la  récitation  des  Veda, 
et  qu'ils  appellent  padapâtha,  récitation  où  chaque 
mot  (pada)  est  détaché  du  contexte  et  énoncé  à  part 
sans  subir  aucune  des  modifications  que  l'euphonie 
grammaticale  (sandhi)  impose  à  l'intérieur  de  la 
phrase  :  T.  142 1  vi  ;  1428  xi  (comme  les  brahmanes 
récitent  les  intonations  de  leurs  livres)  ;  1435  X 
(comme  les  brahmanes  lisent  les  Veda)  ;  1442  xxvi 
(comme  les  brahmanes  récitent  les  traités  héréti- 
ques) ;  1425  xxm  (un  temps  en  élevant  la  voix,  un 
temps  en  l'abaissant,  un  temps  en  l'arrêtant  court). 
— Enfin  la  Discipline  proscrit  l'usage  du  senda  flfllî'g 
(  =  sk.  chandas)  dans  la  récitation  des  textes.  Dans 
la  littérature  p.,  p.  ex.  cm.  ad  Cullavagga  v,  33,  ce 


terme  est  interprété  ainsi  :  Le  sanskrit,  comme  dans 
les  Veda.  T.  1428  lu  (Dharmagupta)  glose  :  Le  beau 
parler  des  gens  du  monde  (  =  le  sanskrit).  T.  1421 
xxvi  (Mahîsâsaka)  :  Les  règles  rigoureuses  de  la 
grammaire.  Mais  les  Sarvâstivâdin  T.  1435  xxvi  et 
xxxvm,  et  les  Mûlasarvâstivâdin  T.  145 1  vi,  expli- 
quent :  "Les  intonations  chantées  à  la  manière  des 
Veda"  et  Gijô  (Yi-tsing)  ib.  annote  :  "Le  mot  chandas 
signifie  la  méthode  de  psalmodier  des  brahmanes  : 
on  allonge  les  intonations  et,  avec  la  main,  on  frappe 
l'air  pour  marquer  la  mesure  ;  le  maître  chante 
d'abord,  et  les  autres  le  suivent."  On  voit  que,  pour 
les  écoles  de  langue  sanskrite,  la  proscription  du 
chandas  portait  sur  l'intonation  et  les  accents  de 
hauteur  à  la  manière  védique,  tandis  que  pour  les 
écoles  de  langue  prakrite,  elle  portait  sur  l'emploi 
du  sanskrit. — Divers  règlements  concernant  le  Bai 
se  trouvent  encore  dans  les  textes  de  la  Discipline 
concernant  l'institution  des  réunions  Sabbatiques 
(sk.  posadha,  p.  uposatha).  C'est  sur  l'instigation 
du  roi  Bimbisâra  que  le  B.  institua  ces  réunions, 
imitées  de  celles  des  brahmanes  ;  les  moines  y  réci- 
taient le  Bai.  T.  1441  vi  (Mûlasarvâstivâdin)  :  Le 
B.  permet  aux  moines  de  suivre  l'exemple  des  héré- 
tiques, qui  au  cours  de  leurs  réunions  trimensuelles 
psalmodiaient  le  Bai  et  attiraient  ainsi  une  multitude 
de  fidèles.  Il  les  autorise  à  psalmodier  non  d'une 
voix  ordinaire,  mais  "avec  de  beaux  sons"  (i.e.  sk. 
svarabhânya),  et  en  se  mettant  debout  afin  d'être 
mieux  entendus  ;  et  à  réciter  ainsi  des  textes  abrégés 
ou  résumés,  au  lieu  de  sûtra  complets.  Il  stipule  par 
contre  qu'il  y  a  Méfait  à  chanter  des  demi-Bai 
[c.-à-d.  des  demi-stances],  ou  à  chanter  le  Bai  à  deux  : 
en  effet  lorsque  deux  moines  psalmodient  ensemble, 
cela  trouble  l'assemblée. — T.  1435  lvii  (Sarvâsti- 
vâdin) suit  de  près  la  texte  précité,  mais  interdit  en 
outre  de  réciter  le  Bai  en  vue  de  profit  matériel  [cf. 
dans  le  Vinaya  des  Mahâsânghika,  T.  1425  xxxvi, 
l'histoire  d'une  nonne  habile  à  chanter  le  Bai,  qui  se 
fait  inviter  partout  et  offrir  des  cadeaux  par  ses 
auditeurs,  excitant  ainsi  la  jalousie  des  autres  nonnes], 
et  aussi  de  choisir  pour  le  réciter  soit  des  infirmes  : 
borgnes,  hermaphrodites,  goitreux,  manchots,  bos- 
sus, qui  provoquent  les  railleries  des  profanes,  soit 
des  moines  immoraux  ou  inexpérimentés. — T.  1463  j 
VI  (Sarvâstivâdin)  :  Le  B.  institue  des  récitations  : 
Sabbatiques  et  dit  aux  moines  :  Je  vous  permets  le  j 
Bai  ;  le  Bai,  ce  sont  des  textes  récités.  Ils  avaient 
l'autorisation  de  réciter,  mais  ne  savaient  quelles  ' 
Essences  réciter.  Le  B.  dit  :  Des  Sûtra  jusqu'aux 
Upadesa,  tout  ce  qui  vous  plaira  des  douze  classes 
de  textes  sacrés ...  Il  leur  permet  aussi  de  réciter  des 
résumés  ou  des  abrégés,  afin  d'éviter  des  longueurs 
lassantes.  .  .Mais  il  interdit  à  deux  moines  de  réciter  I 
ensemble  le  même  texte  ;  et  il  proscrit  la  psalmodie 
poussée  au  chant,  qui  a  cinq  défauts.  .  .(cf.  sup.). —  1 
T.  1428  xxxv  (Dharmagupta)  :  Ici  ce  sont  les  Sûtra 


BOMBAI  95 

que  le  B.  prescrit  comme  textes  à  réciter  ;  il  permet 
du  reste  de  ne  pas  les  réciter  intégralement.  Il  interdit 
à  deux  moines  de  réciter  ensemble  sur  un  même 
siège  ;  d'entrer  en  concurrence  ;  de  se  critiquer 
mutuellement  ;  de  psalmodier  le  Bai  en  chœur.  Il 
autorise  l'intonation  chantée,  mais  condamne  les 
trop  grands  écarts  de  voix,  qui  ont  cinq  défauts.  .  . 
(cf.  sup.). — T.  1421  xviii  (Mahîsâsaka)  :  Lors  des 
réunions  Sabbatiques  les  moines  sont  autorisés 
à  célébrer  par  des  Hymnes  (santan  ff£i&)  les  Trois 
Jo  yaux,  les  Aide-Mémoire,  les  Eliminations-cor- 
rectes, les  Pieds-de-Magie,  les  Organes,  les  Forces 
[cf.  Bodaibun,  s.  v.  *Bodai],  l'Eveil,  et  tous  les 
Dieux ...  Il  leur  est  interdit  de  psalmodier  ces 
Hymnes  en  chœur  :  un  seul  moine  doit  être  choisi, 
pour  psalmodier,  parmi  ceux  qui  ont  bien  étudié 
les  Défenses.  .  .11  doit  être  sans  infirmité,  connaître 
la  Grammaire  et  posséder  les  Âgama.  .  .Lorsqu'il 
est  fatigué,  d'autres  doivent  lui  succéder  tour  à 
tour.  .  .La  psalmodie  poussée  au  chant  est  proscrite. 
— En  dehors  de  la  Discipline,  les  textes  canoniques 
mentionnent  à  maintes  reprises  des  récitations  du 
type  Bai.  L'Ekottarâgama  T.  125  xxm  conte  com- 
ment Mandgalyâyana  et  Ânanda  voulurent  se  mesurer 
dans  un  concours  de  Bai  ;  le  B.  les  en  blâma  en 
disant  :  Dans  ma  Loi  il  n'y  a  pas  de  compétitions  ; 
ce  n'est  pas  comme  chez  les  brahmanes.  Et  il  con- 
damna dans  des  stances  l'usage  excessif  de  la  Psal- 
modie.— T.  202  xi  conte  l'histoire  d'un  moine  af- 
freusement laid,  mais  qui  chante  si  bien  le  Bai  que, 
au  cours  d'une  expédition  contre  Angulimâla,  le 
roi  Prasenajit  et  son  armée  font  halte  pour  l'écouter 
au  Jetavana  ;  les  éléphants  et  les  chevaux  refusent 
d'avancer.  Le  roi  demande  à  voir  le  moine  pour  lui 
offrir  100.000  pièces  de  monnaie  ;  mais  il  le  trouve 
si  laid  qu'il  ne  les  lui  donne  pas.  Le  B.  rapporte  alors 
l'existence  antérieure  de  ce  moine.  La  même  histoire 
est  contée  T.  145 1  iv,  où  le  moine  est  nommé  Zenwa 
§$],  par  allusion  au  nom  de  son  père  Daizen  ^C^, 
un  notable  de  Kausâmbî,  et  à  sa  voix  harmonieuse, 
wa  %U  ;  mais  ici  c'est  un  vêtement,  au  lieu  d'argent, 
que  veut  lui  offrir  le  roi  Prasenajit. — Ce  texte  ajoute 
que  le  B.  considérait  ce  moine  comme  le  premier, 
parmi  ses  disciples,  pour  la  beauté  de  la  voix  ; 
lorsqu'il  psalmodiait  les  sûtra,  on  l'entendait  jusqu'au 
ciel  de  Brahmâ.  Cf.  Ekottarâgama  T.  125  m  :  [Parmi 
les  "premiers  disciples"  du  B.,]  celui  dont  la  voix 
pure  et  claire  atteint  le  ciel  de  Brahmâ,  c'est  le  moine 
Rabana-Badai  ffik^ffiljgfê  [le  texte  p.  parallèle, 
Ang.  Nik.  I,  xiv,  1,  donne  :  "le  nain  Bhaddiya"  ; 
la  te.  Badai  répond  donc  au  p.  Bhaddiya,  et  Rabana 
au  sk.  p.  Ravana  "crieur,  chanteur"].  Dans  T.  1435 
XXXVli  [cf.  sup.],  le  nom  du  moine  qui  est  "le  premier 
pour  le  Bai"  est  te.  J Badai  g£$g  ;  dans  Tt.  1509  xxm 
(229  c,  29),  Rabana-JBadai  ffl3gffi$fâ—  D'après 
une  tradition  es.  rapportée  Ttt.  1798  1,  un  Vénérable 
[i.e.  Nâgârjuna]   s'était  rendu  dans  l'Inde  du   Sud 


BOMBAI 


pour  obtenir  le  grand  Vajrasekharasûtra  (T.  865) 
enfermé  dans  un  stûpa  de  fer  ;  il  prononça  un  Charme 
de  Vairocana,  et  jeta  sept  graines  de  moutarde  contre 
la  porte  ;  mais  les  dieux  occupant  le  stûpa  l'empêchè- 
rent d'y  entrer,  et  il  ne  put  qu'entrevoir  les  encensoirs 
et  les  baldaquins  qui  en  décoraient  l'intérieur  ;  il  y 
entendit  aussi  des  voix  chantant  un  Hymne  au 
Vajrasekharasûtra.  C'est  à  cet  Hymne  que  la  secte 
Shingon  fait  remonter  l'origine  du  Bai. — Enfin  nous 
réunissons  ici  quelques  références  au  sujet  d'un 
personnage  énigmatique,  Hansha  jKfjlls,  dont  il  sera 
question  au  début  du  paragraphe  suivant  (Historique 
de  la  Psalmodie  en  Chine).  D'après  T.  185  11,  qui 
l'appelle  "l'artiste  Hansha,  le  musicien  des  Dieux" 
3^$tj|3$8j{£,  ce  personnage  fut  envoyé  par  Brahmâ, 
avec  Indra,  auprès  du  B.  en  Extase  ;  il  lui  chanta 
des  stances  en  s 'accompagnant  de  son  luth,  l'éveilla 
de  son  Extase  et  l'empêcha  ainsi  d'entrer  dans  le 
Nirvana  avant  d'avoir  prêché  la  Loi.  Dans  l 'Ekot- 
tarâgama T.  125  VI,  c'est  pour  tirer  d'Extase 
Subhûti,  malade  sur  le  Pic  du  Vautour,  que  le  même 
personnage,  ici  nommé  Hashajun  $£j||1îj,  descend 
du  Ciel  des  Trente-trois,  avec  Indra  et  500  Dieux, 
et  chante  des  stances  aux  sons  d'un  luth  de  vaidûrya  ; 
Subhûti  sort  d'Extase  et  prêche  sur  sa  guérison. 
Dans  un  autre  passage  du  même  Agama,  T.  125 
xxn  (  =  Sumatîsûtra  T.  128,  p.  841  b),  qui  écrit 
Hanshajun  JΣj|§çl0\  ce  personnage  reparaît  dans 
l'escorte  qui  accompagne  le  B.  chez  Sumatî  ; 
il  vient  après  Brahmâ,  Indra,  Guhyaka-Vajrapâni  ; 
toujours  muni  de  son  luth  de  vaidûrya,  il  célèbre  les 
Mérites  du  Tg.  Dans  le  Suratasûtra  T.  328  (p.  55 
c),  il  reçoit  l'épithète  de  "Dieu  ailé"  (?),  ikiten  H^  ; 
accompagné  de  ses  500  "anges"  %\,  qui  accordent 
leurs  luths,  il  chante  des  stances  en  l'honneur  du  B. 
et  de  Surata.  Dans  un  autre  passage  (ib.  p.  53  a, 
col.  19),  il  est  question  de  son  "épouse  ailée  (?)  aux 
nombreux  luths"  Hfc^SSIfiflf  ;  Indra  la  charge,  avec 
sa  femme  et  ses  courtisanes,  d'aller  tenter  Surata. 
D'après  une  glose  étrange  de  Ttt.  2128  IX  (  =  Gog. 
m),  Hanshajun  j|3$i1[J  correspondrait  au  sk.  pan- 
câbhijnâh  "les  cinq  Supersavoirs".  C'est  la  même 
interprétation  que  donne  Ttt.  213 1  xm,  mais  pour 
Hanshaujun  Jîx'^Ë^flU»  forme  suspecte  qui  se  retrouve 
dans  Hsh.  v  (Z.  I,  xliv,  I,  56  a),  où  elle  est  confondue 
avec  hanshaushitsu  jj$i!|ç~F*^*;  :  cette  dernière  te. 
correspond  au  sk.  pancavarsa,  qui  désigne  les  grandes 
assemblées  quinquennales  instituées  par  le  roi 
Asoka  ;  mais  dans  Ttt.  1718  11  b  (p.  25  a  ;  aussi  glose 
Hssk.  il,  éd.  Dnbz.  p.  70  b)  elle  est  employée,  sans 
doute  par  erreur,  pour  désigner  la  musique  des 
Dieux. — Historique  de  la  Psalmodie  en  Chine. 
— Ttt.  2059  xiii  contient  la  biographie  des  onze 
premiers  maîtres  du  Bombai  en  Chine,  tous  qualifiés 
de  kyôshi  ^ftjî  "maîtres  des  sûtra"  :  les  trois  premiers 
sont,  par  leurs  origines,  un  Koutchéen,  un  Scythe, 
un    Sogdien,    Haku    Hokkyô    (Po    Fa-k'iao)    ffJfêfêq 


BOMBAI 

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(fvers  350  ;  origine  étrangère  pas  certaine),  Shi 
Toriyaku  (Tche  T'an-yo)  £#É  (fvers  400),  Ko 
Hôbyô  (K'ang  Fa-p'ing)  jÉfë2?  (fvers  450).  Cet 
ouvrage  ajoute  un  historique  du  Bombai  en  Inde  et 
en  Chine,  et  marque  la  difficulté  que  le  Bombai 
présentait  pour  le  bouddhisme  chinois  :  on  ne  pouvait 
réciter  le  chinois,  monosyllabique,  avec  les  intona- 
tions du  sanskrit,  polysyllabique,  ni  le  sanskrit  sur  les 
mélopées  chinoises.  C'est,  dit  Ttt.  2059  xm,  un 
prince  impérial  de  la  dynastie  Gi  (Wei)  f5_  des  Trois 
Royaumes,  Sô  Shoku  (Ts'ao  Tche)  ffH,  [titre 
posthume  :]  prince  de  Chinshi  (Tch'en-sseu)  |Sft,_J._E 
[192-232  A.D.],  qui  fut  le  premier  à  s'occuper  du 
Bombai  ;  épris  de  chant  et  de  musique,  il  avait  étudié 
"les  sons  admirables  de  Hansha"  jfâ^ttïïaW1  [cf- 
sup.]  ;  il  reçut  une  inspiration  au  Gyosan  (Yu  chan) 
&UJ  [aussi  écrit  £fcUj  ;  dans  l'actuel  Chan-tong,  a 
8  lieues  ch.  à  l'ouest  de  la  sous-préfecture  de  Tong-a 
^HH»  préfecture  de  T'ai-ngan  ^5^^f]  et  adapta 
au  Bai  des  extraits  de  la  biographie  du  B.  (T.  185) 
pour  servir  de  modèle  aux  étudiants  ;  il  composa 
ainsi  quarante-deux  pièces  [dont  six  étaient  encore 
connues  au  VIIe  siècle,  d'après  Ttt.  2122  xxxvi]. 
Plus  tard,  Haku  Hokkyô  (Po  Fa-k'iao)  et  Shi  Ton- 
yaku  (Tche  T'an-yo)  continuèrent  et  développèrent 
son  enseignement ...  Dans  l'ère  Kenchû  (Kien- 
tchong)  Çgtp  de  Sekiroku  (Che-lô)  7â^&)  [nom  d'un 
usurpateur  barbare  ;  au  lieu  de  Kenchû  il  faut  pro- 
bablement lire  Kembyô  (Kien-p'ing)  ^^P,  nom 
d'une  des  ères  qu'il  institua,  330-332  A.D.],  un 
esprit  céleste  descendit  dans  un  bâtiment  adminis- 
tratif à  Ahyû  (Ngan-yi)  5J_t»,  [dans  l'actuel  Chan-si] 
et  y  chanta  des  sûtra  pendant  sept  jours.  .  .puis  la 
tradition  fut  interrompue .  .  .  Sous  les  Sô  (Song)  ^ 
et  les  Sei  (Ts'i)  ^  (420-501),  Donsen  (T'an-ts'ien) 
ÉfâË  [d'origine  scythique],  Sôben  (Seng-pien)  fê^f, 
Bunsen  (Wen-siuan)  >C!Él  et  d'autres  rétablirent  un 
système  de  psalmodie  uniforme.  .  .qui  peu  à  peu 
tomba,  lui  aussi,  dans  l'oubli.. .  .Dans  l'Inde,  con- 
tinue Ttt.  2059  xm,  toute  récitation  chantée  des 
paroles  de  la  Loi  est  appelée  Bai  ;  mais  en  Chine,  la 
récitation  des  sûtra  est  appelée  *tendoku  $$lfï  (Q-v.) 
"lire  en  parcourant"  ;  le  nom  de  Bombai  est  réservé 
au  chant  des  Hymnes  (san  fjf).  Primitivement,  dans 
l'Inde,  le  chant  des  Hymnes  était  accompagné  par 
des  instruments  à  cordes  et  à  vent  ;  mais  depuis  que 
les  cinq  Assemblées  [*Shu,  constituant  le  clergé] 
se  sont  séparées  des  Laïcs,  c'est  la  musique  vocale 
qui  doit  être  tenue  en  honneur ...  Le  même  ouvrage 
traite  ensuite  de  quelques  pièces  considérées  comme 
des  types  classiques  de  Bai.  Les  premières  furent 
composées  par  le  prince  Sô  Shoku  (Ts'ao  Tche),  puis 
le  Scythe  Shiken  (Tche  K'ien)  _£|§j  [mort  en  253] 
introduisit  trois  pièces  de  Bombai,  qui  se  perdirent 
après  lui.  .  .Le  Bombai  du  Nirvana,  dû  à  Ko  Sôgai 
(K'ang  Seng-houei)  JlfèftHi"  [d'origine  sodgienne, 
mort  en   280],   était  tiré  du  Nirvânasûtra  en   deux 


96  BOMBAI 

chapitres,  et  on  l'appelait  Naiombai  ifts'/HllH  [°f-  Tta 

2122  xxxvi,  2123  iv].  Sous  les  Shin  (Tsin)  ^  (265- 
420),  le  maître  de  la  Loi  Kôza  (Kao-tso)  ïjUJ_  (var. 
Shô  [Sheng]  <_)  transmit  à  Myakuryaku  (Mi-li)  jg 
/_§  une  méthode  qui  est  celle  de  l'actuel  Gyôchiimmon 
^T#_ÉP>C  [?]•  On  récite  encore  aujourd'hui  [c.-à-d. 
sous  les  Ryô  $£  (Leang),  en  519  A.D.]  la  pièce  en 
vers  de  six  mots,  commençant  par  Daijiaimin  ^C^ 
^SL_>»  qui  fut  composée  par  Shi  Toiiyaku  (Tche  T'an- 
yo)  [ces  vers  sont  extraits  de  T.  638  1  ;  le  sens  en  est  : 
"Au  Grand  Compatissant  qui  prend  pitié  de  tous 
les  Etres,  tous  ceux  qu'aveugle  l'Obstruction  des 
Masses,  à  lui  qui  donne  la  vue  à  ceux  qui  n'ont  pas 
d'yeux,  à  lui  qui  par  la  clarté  de  la  Voie  convertit  les 
ignorants,  à  lui  qui  réside  dans  le  monde  comme  dans 
l'espace,  pareil  à  un  lotus  qui  ne  touche  pas  l'eau, 
à  lui  dont  la  pureté  d'Esprit  surpasse  tout,  au  Saint 
suprême,  révérence  et  hommage  !"].  .  .Ces  mélodies 
ont  toutes  été  composées  par  de  grands  artistes  ;  les 
imitations  postérieures  sont  défectueuses... — La 
tradition  plus  ou  moins  authentique  relative  au 
prince  Sô  Shoku  (Ts'ao  Tche)  se  retrouve  dans  un 
grand  nombre  de  textes  :  Ttt.  2104  1  se  référant  au 
Hôonshû  îfê$i%  de  Sôyû  (Seng-Yeou)  fôjjifi  [cf. 
inf.]  ;  Ttt.  1723  iv,  2035  xxxv,  2036  vi,  2122  xxxvi, 

2123  IV,  21 31  xi  ;  Ttt.  1719  v  b  et  Gog.  vu  se  référant 
au  Sengenki  _^|||2  des  Ryô  (Leang)  ;  Ien  H$î  de 
Ryu  Keishiku  (Lieou  King-chou)  fflj§fcfêt  des  Sô 
(Song,  Ve  siècle),  etc..  .  .11  aurait  reproduit  dans  ses 
mélodies  du  Gyosan  des  voix  surnaturelles  qui 
provenaient  soit  des  rochers,  soit  du  Dieu  Brahmâ 
lui-même  ;  le  Bombai  est  appelé  quelquefois  (p.  ex. 
Ttt.  1723  IV  b)  Gyobon  fa  (ou  %&)  ^£  en  souvenir  de 
cette  origine. — Un  autre  historique  du  Bombai  en 
Chine  se  rencontre  dans  deux  compilations  du  VIIe 
siècle,  dont  la  seconde  copie  la  première,  Ttt.  2123 
IV  et  2122  xxxvi  ;  elles  citent  quatre  stances  qui  se 
chantaient  à  l'époque  des  Tô  (T'ang)  dans  les  céré- 
monies religieuses  :  la  première  est  extraite  du  Lali- 
tavistara  T.  186  Vin  et  commence  ainsi  :  Goshiten- 
shûten  ^S^tf^  "Notre  maître,  le  Dieu  des 
Dieux...";  la  seconde,  commençant  par  les  mots 
Ungatokuchôju  5Mî#il#  "Comment  obtenir 
longue  vie...",  est  tirée  du  Mahâparinirvânasûtra  ! 
T.  374  m  ;  la  troisième,  commençant  par  les  mots 
Nyoraimyôshikishin  jfll^^felp  "Le  merveilleux; 
Corps  de  Formel  du  Tg. .  .  .  ",  est  tirée  du  Srîmâlâ-j 
sûtra  T.  353  ;  la  quatrième  commence  par  les  mots! 
Shosekainyokokû  ^tW#tl__2£  "H  réside  dans  le\ 
monde  comme  dans  l'espace.  .  ."  ;  c'est  la  seconde! 
moitié  de  la  double  stance  de  T.  638  1  citée  plus! 
haut.  Les  trois  dernières  de  ces  quatre  stances 
sont  encore  aujourd'hui  chantées  au  Japon  ;  cf.  inf.  i 
— Ttt.  2122  xxxvi  rapporte  en  outre  une  curieuse! 
anecdote  sur  des  esclaves  qu'un  richard  des  Ho-I 
kusei  (Pei  Ts'i,  550-577  A.D.)  avait  ordonné  dej; 
tuer  lorsqu'il   mourrait,    afin  qu'ils   l'accompagnas- 


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HÔBÔGIRIN 

Dictionnaire  Encyclopédique  du  Bouddhisme  d'après  les  sources  chinoises  et  japonaises 

Le  Hôbôgirin  paraît  par  fascicules  d'une  centaine  de  pages  ;  chaque  fascicule  est  illustré  de 
nombreuses  figures  dans  le  texte  et  de  plusieurs  planches  hors-texte,  dont  quelques-unes  en 
couleurs.  L'ouvrage  entier  comportera  probablement  une  dizaine  de  fascicules. 

Il  n'est  accepté  de  souscription  que  pour  l'ouvrage  complet,  mais  le  montant  total  de  la 
souscription  n'est  pas  versé  d'avance  :  chacun  des  fascicules  sera  payé  séparément  au  fur  et  à 
mesure  de  la  publication.  Le  prix  de  chaque  fascicule  sera  d'environ  5  yen  (  =  12,50  francs  or=  10 
shillings  =  2^  dollars  or),  frais  de  port  en  sus.  Pour  les  personnes  n'ayant  pas  souscrit  dès  le 
début,  le  prix  de  tous  les  fascicules  parus  avant  la  souscription  sera  majoré  de  25%.  De  plus, 
les  éditeurs  se  réservent  d'augmenter  le  prix  total  de  l'ouvrage  après  la  publication  de  l'ensemble. 

Les  personnes  qui  désirent  recevoir  le  Hôbôgirin  doivent  adresser  leur  souscription  à  la 
Maison  Franco-Japonaise,  en  spécifiant  leur  préférence  pour  l'un  ou  l'autre  des  deux  modes  de 
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(i)  paiement  par  remboursement  postal  à  la  réception  des  fascicules,  pour  les  pays  où  l'envoi 
contre  remboursement  postal  est  admis  par  la  Poste  Japonaise  (Allemagne,  Belgique,  Chili,  Chine, 
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Néerlandaises,  Suède,  Suisse); 

(2)  paiement  d'avance,  sur  préavis  du  prix  exact  de  chaque  fascicule,  par  mandat  postal  ou 
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Japonaise,  Tôkyô. 

Avant  la  publication  de  chacun  des  fascicules,  le  prix  exact  en  sera  communiqué  aux 
souscripteurs.  S'ils  ont  choisi  le  premier  mode  de  paiement,  le  fascicule  leur  sera  expédié  dès  sa 
publication  ;  s'ils  ont  choisi  le  second,  l'expédition  ne  sera  faite  qu'après  réception  du  montant. 

Au  Hôbôgirin  est  annexé,  sous  le  titre  de  Tables  du  Taishô  Issaikyô,  un  index  de  la  dernière 
édition  japonaise  du  Canon  Bouddhique  de  langue  chinoise,  le  Taishô  Issaikyô.  Ces  tables, 
indispensables  tant  aux  lecteurs  du  Hôbôgirin  qu'à  ceux  du  Taishô  Issaikyô,  formeront  un 
fascicule  d'une  centaine  de  pages,  de  même  format  que  la  Hôbôgirin,  ce  format  étant  aussi  celui 
du  Taishô  Issaikyô.  Elles  sont  actuellement  sous  presse  et  paraîtront  immédiatement  à  la  suite 
du  premier  fascicule  du  Hôbôgirin.  Les  Tables  du  Taishô  Issaikyô  seront  expédiées  à  tous  les 
souscripteurs  du  Hôbôgirin  dans  les  mêmes  conditions  que  les  autres  fascicules  ;  mais  elles  seront 
aussi  mises  en  vente  isolément.  Prix  :  5  yen. 

Les  éditeurs  s'étaient  proposé  de  publier  ultérieurement  une  traduction  anglaise 
du  Hôbôgirin,  comme  l'annonçait  la  circulaire  ;  mais  en  raison  des  difficultés  que 
présenterait  le  travail  de  traduction,  ce  projet  a  été  abandonnée 

HÔBÔGIRIN 

An  Encyclopaedic  Dictionary  of  Buddhism  compiled  from  Chinese  and  Japanese  sources 

The  Hôbôgirin  appears  in  sériai  parts,  each  part,  of  about  100  pages,  being  illustrated  by 
numerous  figures  in  the  text  and  several  plates,  some  in  colours.  The  complète  work  will 
comprise  about  10  parts. 

Though  subscriptions  are  accepted  only  for  the  complète  work,  the  subscription  price  is 
not  payable  in  full  in  advance,  but  separately  for  each  part  as  it  appears.  The  price  of  each 
part  will  be  approximately  5  yen  (  =  10  shillings  =  2£  gold  dollars=  12.50  gold  francs),  exclusive 
of  postage.  For  those  who  are  not  original  subscribers,  the  price  of  any  paît  issued  previous 
to  their  subscription  will  be  increased  by  25%,  while  the  publishers  reserve  the  right  of 
increasing  the  total  price  after  the  publication  of  the  complète  work. 

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or  chèque  payable  in  yen  to  The  Chief  Editor  of  the  Hôbôgirin,  c\o  Maison  Franco-Japonaise,  Tôkyô. 

Before  the  publication  of  each  part,  its  exact  price  will  be  notified  to  subscribers.  If  they 
hâve  elected  the  first  method  of  payment,  the  part  will  be  despatched  to  them  upon  publication. 
If  they  hâve  elected  the  second  method,  the  part  will  be  despatched  only  after  receipt  of  its  price. 

There  is  annexed  to  the  Hôbôgirin,  under  the  title  of  Taishô  Issaikyô  Tables,  an  Index  of  the 
latest  Japanese  édition  of  the  Buddhist  Canon  in  Chinese,  the  Taishô  Issaikyô.  Thèse  Tables, 
which  are  as  indispensable  to  readers  of  the  Taishô  Issaikyô  as  to  those  of  the  Hôbôgirin, 
will  form  a  volume  of  about  100  pages,  of  the  same  format  as  the  Hôbôgirin  ,which  is  also  that  of 
the  Taishô  Issaikyô.  They  are  now  in  the  press,  and  will  appear  immediately  after  the  first  part 
of  the  Hôbôgirin.  The  Taishô  Issaikyô  Tables  will  be  sent  to  ail  subscribers  to  the  Hôbôgirin 
under  the  same  conditions  as  the  other  parts  ;  but  they  will  also  be  for  sale  separately.  Price: 
5  yen. 

The  editors  had  in  view  the  eventual  publication  of  an  English  translation  of  the 
Hôbôgirin,  as  announced  in  the  circular  ;  but  on  account  of  the  difficulties  which  the 
work  of  translation  would  involve,  this  project  has  been  abandoned. 


SUPPLEMENT 

AU   PREMIER  FASCICULE  DU 

HÔBÔGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS    LES    SOURCES    CHINOISES   ET   JAPONAISES 


I.     Liste  provisoire  des  termes  techniques,  p.  i. 
II.     Sigles  et  abréviations  bibliographiques ,  p.  x. 

A.  Ouvrages  chinois  et  japonais,  p.  x. 

Liste  provisoire  des  ouvrages  non  inclus  dans  le  Taishô  Issaikyô,  p.  xi. 

B.  Autres  ouvrages,  p.  xiv. 

III.     Abréviations  et  signes  conventionnels,  p.  xv. 


III 

SUPPLÉMENT 

[de]  Contrition 

Kôhike  ftfêfë 

Pratidesanîya  (pâtidesanîya) 

Convention 

Sammaya  HIflcIP 

Samaya  (id.) 

Conviction 

Shôge  §&$? 

Adhimukti,    adhimoksa    (adhimutti, 
adhimokkha) 

Corbeille 

zô  m 

Pitaka  (id.) 

Coreligionnaire 

Dôhô  lâlfè 

Sahadhârmika  (sahadhammika) 

Corps 

Shin  $f 

Kâya  (id.) 

Corps  de  Correspondance 

ôjin  %% 

*Nirmânakâya 

Corps  d'Essence 

Hosshin  fèfy 

Dharmakâya  (dhammakâya) 

Corps  de  Fruition 

Hôjin  fg£,  juyûshin  ^Ff]^ 

Sambhogakâya 

Corps  de  Métamorphose 

Keshin  jkfy 

Nirmânakâya 

Coulée 

Tôru  l$lM 

Nisyanda  (nissanda) 

Cour 

In  U 

Courant 

Bôru  H$ft 

Ogha  (id.) 

Cupidité 

Tonyoku  i%Qk 

Abhidhyâ  (abhijjhâ) 

[Péché  de]  Damnation-immédiate 

Muken  fjUfifJ,  gyaku  $fî 

Ânantarya  (ânantarika) 

Décision 

sbi  m 

Vicâra  (id.) 

[ce]   Défaillance 

Haitsudai  i£î§î$§ 

Pâ[ta]yantika  (pâcittiya) 

Défense 

Kai  $ 

Sîla  (sîla) 

Déflexion 

Ekô  HA 

Parinâmana  (id.) 

Dégagé  des  Imaginations- 

Rifumbetsu  W.ft%\\ 

Nirvikalpa 

particulières 

Degré 

I  fà 

*Avasthâ 

Délibération 

Jin  ^ 

Vitarka  (vitakka) 

Dénomination-fictive 

Sesetsu  fâgg,  ke  f|3 

Prajnapti 

Dernier  Etage  de  l'Existence 

uchô  %m 

Bhavâgra  (bhavagga) 

Désir 

Yoku  $; 

Kâma  (id.) 

Destination 

shu  m 

Gati  (id.) 

Détente 

Kyôan  «£ 

Prasrabdhi  (passaddhi) 

Détermination 

Ketsujô  $£fë 

Niyama 

Détermination-spéciale 

Jôi  ft& 

Pratiniyama 

[de]  Détermination-spéciale 

Bekkyô  gl]^ 

Pratiniyatavisaya 

Diamant 

Kongô  &B4 

Vajra  (vajira) 

Dieu 

Ten  X 

Deva  (id.) 

Dieu -Roi 

Tennô  JiJL 

Devarâja  (id.) 

Dignité 

Zan  <f 

Hrî  (hiri,  hirî) 

Disciple 

Deshi   tfc^ 

S'sya  (sissa) 

Discipline 

Ritsu  $L 

Vinaya  (id.) 

Dissimulation 

Fuku  $g 

Mraksa  (makkha) 

Dissocié-de-1  'Esprit 

Shinfusôô  'C^fflUÎS 

Cittaviprayukta 

Distraction 

Sanran  &%[ 

Viksepa  (vikkhepa) 

Diversifié 

Shabetsu  ijjlj 

*Vis:sta  (visittha) 

Doctrine  Complète 

Engyô  HfJC 

Domaine 

Kyôgai  itl?. 

Visaya  (visaya) 

Domaine  de  Buddha 

Bukkoku  {^gj 

Buddhavisaya  (B°visaya) 

Don 

Se  g& 

Dâna  (id.) 

Donnée-causale 

Innen   @Jfe 

Nidâna  (id.) 

Douleur 

Ku  =£ 

Duhkha  (dukkha) 

Doute  =  Scepticisme 

Dragon 

Ryû  H 

Nâga  (du.) 

Droit-en-face 

Genzen  ï|gîj 

Abhimukha 

Duperie 

Gen  £J 

Mâyâ  (id.) 

Eau  liturgique 

Aka  ^f] 

Argha,  arghya  (agghiya) 

Ecoulement 

Ro  ^ 

Âsrava  (âsava) 

Effet  =  Fruit 

Effort-correct 

Shôgon  jEfjjj 

Samyakpradhâna  (sammappadhâna) 

Egal,  Egalité 

Tô  ^,  byôdô  2p^ 

*Sam9,    *samatâ  (id.) 

SUPPLÉMENT 


IV 


Egal-sans-Egal 
Elan 
Elément 
Elimination 
Elimination-correcte 
Eloquence 
Encens  [de  Parthie] 
Enchaînement-causal 
Energie 

Enfer,  Infernal 
Enivrement 
Enseigne 

Ensemble  =  Corps 
Ensemble-brahmique 
Ensemble-de- Réalités 
Ensorcellement 
Entrave 
Entrée 

Entré-dans-le-courant 
Epuisement 
Equipement 
Ermitage 
Erreur 
Erudit 

Esotérique,  Esotérisme 
Espace 
Esprit 

Esprit-en-travail 
Essence 

Essencité,  Nature  d'Essence 
Etat 
Etre 

Evanouissement 
Eveil 

Eveil  complet-correct 
Eveil  complet-correct-sans- 
supérieur 
Eveil  complet-manifeste 
Eveil  Egal 
Eveil  initial 
Eveil  merveilleux 
Eveil  originel 
Evidence 
Exaltation 
[d'jExclusion 
[d'JExclusion-temporaire 
Exemple 
Exercice 
Existence 

Existence-intermédiaire 
Exorcisme 

Exotérisme,  Exotérique 
[en]  Expectative  de  succession 
Extase 
Extrême 
Extrémité 
Facteur 


Mutôdô  3&*f*$ 

Yoku  '$ 

Dai  X 

Dan  gjf 

Shôdan  jEgff 

Ben^ 

[Ansoku]kô  [£&]# 

Tnnen  0$ 

Kûnô  Ij)fâ, 

Jigoku  ifêiK 

Kyô  m 

Ki  fifc 

Bonshu  %1fc 

Ufhin  #  # 

Kôchô  ^g,  keiai  %&$* 

Ketsu  ^ 

Nyû  A 

Sudaon  ptpgïM 

lin  ^ 

Shigu  3Ï& 

Arannya  plfâfc 

Chi  H 

Tamon  £|?fl 

Mitsu  #J 

Kokû  $$ 

Shin  >C* 

Shi  A 

Hôfè 

Hosshô  fè& 

Buiii  ^"U 

Ujô  ;£fâ>  shujô  2fc£ 

Monzetsu  F$$g 

Kaku  g,  bodai  gfg 

Shôtôgaku  .1E^^ 

Mujôshôtôshôgaku  4REJ:jE^jE<! 

Genzentôgaku  ïlflîj^'fï 

Tôgaku  %% 

Shikaku  jfêrjg 

Myôkaku  ^;^ 

Hongaku  ^^ 

Gen  ï| 

Jôko  &$ 

Harai  $H"£ 

Sôzan  fft^g 

Yu  ^ 

Shu  |f 

U  # 

Chûu   tf^Êf 

Gôbuku  [5$1£ 

Ken  g 

Fusho  fâjfc 

Zen  gfj 

Hen  j§ 

Sai|Ç* 

En  Éfe 


Asamasama  (id.) 
*Chanda[s]  (chanda) 

Mahâbhûta  (id.) 
*Prahâna  (pahâna) 

Samyakprahâna 

Pratibhâna  (patibhâna) 
*Guggulu  (guggula  ?) 

Hetupratyaya  (hetupaccaya) 

Sakti  (satti) 

Niraya,    naraka,    nâraka    (id.) 
*Mada  (id.) 
*Ketu  (id.) 

Brahmakâyika  (id.) 

Satkâya  (sakkâya) 

Vasîkarsna 

Samyojana  (sannojana) 
*Pravesa 

Srotâpanna  (sotâpanna) 

Ksaya  (khaya) 

Parskâra  (parikkhâra) 

Âranya  (aranfia) 

Moha  (id.) 

Bahusruta  (bahusuta) 
*Tantra 

Âkêsa  (âkâsa) 

Citta  (id.) 

Cetanâ  (id.) 

Dharma  (dhamma) 

Dharmatâ  (dhammatâ) 

Avasthâ 

Sattva  (satta) 

Mûrchâ  (muccha) 

Bodhi  (id.) 

Samyaksambodhi  (sammâs°) 
;    Anuttarasamyaksambodhi 
(anuttarasammâsambodhi) 

Abhisambodhi  (id.) 
*Sambodhi  (id.) 


Pratyaksa  (paccakkha) 

Auddhatya  (uddhacca) 

Pârâjika  (id.) 

Sanghâvascsa  (sanghâdisesa) 

Drstânta 

Bhâvanâ  (id.) 

Bhâva  (id.) 

Antarâbhava  (id  ) 

Abhicaruka  [âbhicâruka] 

*Ekajâtipratibaddha 

Dhyâna  (jhâna) 

Anta  (id.) 
*Kcti  (id.) 

Pratysya  (paccaya) 


V 

SUPPLÉMENT 

Ferveur 

Aigyô  ^ifc 

Preman,  priyatâ  (pema) 

Fictif 

Ke  jg 

Fils-de-Dieu 

Tenshi  Ji-f- 

Devaputra  (devaputta) 

Foi 

Shin  jg 

Sraddhâ  (saddhâ) 

Fonctionnement 

Ruten  ïjffëg 

Pravrtti 

Fondamental  —  Radical  (cf. 

Racine) 

Force 

Riki  j] 

Bala  (id.) 

Forme  de  Convention 

Sammayagyô  H VfcMM 

Formel 

Shiki  £> 

Rûpa  (id.) 

Formule 

Shingon  ifttlf 

Mantra  (manta) 

Fortune,  Fortuné 

Kichijô  §jp^ 

Sri  (sirî) 

Foudre  =  Diamant 

Froc 

Kesa  mm 

Kâsâya  (kasâya,  kâsâva) 

Fruit 

Ka  & 

Phâla  (id.) 

Garçon 

Dôji  %=£ 

Kumâra  (id.) 

Gemme 

Shu  gfc 

Mani  (id.) 

Gemme-de-Désirs 

Nyoishu  ftlJÊP* 

Cintâmani  (id.) 

Génération  spontanée 

Keshô  jkfe 

Aupapâduka  (opapâtika) 

Germe 

Shuji  [shûji]  ff^f- 

Bîja 

Germe-commun 

Tsûshuji  jiQ^f 

Grammaire 

Kiron  fPJ£ 

Vyâkarana  (id.) 

Grand  Brahmâ 

Daibon  ;£$£ 

Mahâbrahmâ  (id.) 

Grand-Etre 

Makasatsu  0MM 

Mahâsattva  (mahâsatta) 

Grand  Eveil 

Daibcdai  ;fc|£$§ 

Mahâbodhi 

Grand  Véhicule 

Daijô  ^fH 

Mahâyâna 

Grossièreté  de  langage 

Akku  Jgp 

Pârusya  (pharusavâcâ) 

Haine 

shintni]  mm] 

Dvesa  (dosa) 

Hampe 

dô  n 

*Dhvaja  (dhaja) 

Hébétement 

Konjm  t#tt 

Styâna 

Honneur 

Ki  M 

Apatrâpya  (ottappa) 

Hors-Catéchisme 

Mugaku  ^teJ|i 

Asaiksa  (asekha) 

Hymne 

San  fg 

Stotra 

Hypocrisie 

Ten  m 

Sâthya  (sâtheyya) 

Idéal 

Ri  m 

Idée-à-rebours 

Tendô  ggfjj 

Viparyaya  (id.),  viparyâsa  (viparyesa) 

Imaginaire 

Hengeshoshû  jgft#f|4 

Parikalpita 

Imagination-particulière 

Fumbetsu  ^jglj 

Vikalpa 

Immaculé 

Muku  ||JSg,  amara  ffl&fè 

Amala,  vimala  (id.) 

Impercevable 

Fukatoku  ^Pjf# 

Anupalabhya 

Impermanent,  Impermanence          Mujô  jf^"^ 

Anitya   (anicca),   anityatâ   (aniccatâ) 

Impersonnel,  Non-Soi 

Muga  £8 

Anâtman  (anattâ) 

Imprégnation 

Kunjû  £^ 

Vâsanâ  (id.) 

Impression 

Ju  g 

Vedanâ  (id.) 

Impudence 

Muki  &fâ 

Atrapâ,  anapatrâpya  (anottappa) 

Incalculable 

Asôgi  jBÇftjK 

Asamkhya,   asamkhyeya   (asankheyya) 

Incommensurable 

Muryô  $11: 

*Apramâna    (appamâna)  ;  *amita    (id.) 

Inconcevable 

Fukashigi  ^Pjrf@,^ 

Acintya  (acinteyya) 

Indéfini 

Muki  me 

Avyâkrta  (avyâkata) 

Indéterminé 

Fujô  ^^ 

Aniyata  (id.) 

Indignité 

Muzan  gfljf 

Âhrîkya 

Indiversifié 

Mushabetsu  MÏÊffl 

*Avisista 

Individu 

Futogara  litt^li 

Pudgala  (puggala) 

Inexactitude 

Fushôchi  ^jSjE^O 

Asamprajanya  (asampajanna) 

Inexpressible 

Fukasetsu  ^NPjffê; 

Anabhilâpya 

Inférence 

Hi  & 

Anumâna  (id.) 

Infraction-grave 

Chûran  ftJR 

Sthûlâtyaya  (thullaccaya) 

Inopéré 

Mui  £g 

Asamskrta  (asankhata) 

SUPPLÉMENT 

VI 

Inscience 

Mumyô  $pj 

Avidyâ  (avijjâ) 

Inspection 

Kan  |@ 

Vipasyanâ  (vipassanâ) 

Intention 

Ishu  ftj£ 

Abhiprâya 

Invite 

Zuii  mU 

Pravârana[°â]  (pavâranâ) 

Jalousie 

Shitsu  $£ 

îisyâ  (issâ) 

Jeûne 

Sai  ^ 

Joie 

Ki* 

Prîti  (pîti) 

Joyau 

Hô  gf 

Ratna  (ratana) 

Laïc 

Ubasoku  fà$$$k 

Upâsaka  (id.) 

Laïque 

ubai  wm. 

Upâsikâ  (id.) 

Lettre 

Mon  3t 

Vyanjana  (id.) 

Libation 

Goma  jg^ 

Homa  (id.) 

Libération 

Gedatsu  mU 

Moksa,   vimoksa  ;  mukti,  vimukti 
(mokkha,  vim°  ;  mutti,  vim°) 

Lien 

Baku  f^$. 

Bandha,  bandhana  (id.) 

Lieu 

Hô  -jî 

Desa  (desa) 

Lieue 

Yujun  gj^ 

Yojana  (id.) 

Liminaire 

Mishi  ifcjg 

Anâgamya 

Loi 

Hôfè 

*Dharma  (dhamma) 

Lotus 

Renge  ^aj£- 

Padma  (paduma),  pundarîka  (id.),  etc. 

Luminaire 

yô  m 

Graha 

Luxure 

Jain  ffî& 

Kâmamithyâcâra   (kâmamicchâcâra) 

Magasin,  Emmagasiner,  etc. 

zô  m 

*Âlaya 

Maintien 

Jû  & 

Sthiti 

Maître 

Ajari  TOM 

Âcârya  (âcariya) 

Maître  de  maison 

Chôja  Jl^f 

Grhapati  (gahapati) 

Maîtrise 

Jizai   g^ 

Vasitâ 

Mal 

Aku  M 

Papa,  pâpaka  (id.)  ;  akusala  (akusala) 

Mâle 

Jôbu  £5*c 

Purusa  (purisa) 

Malveillance 

Shin[ni]  BJH"^] 

Vyâpâda  (id.) 

Mansion  lunaire 

Shuku  fêf 

Naksatra  (nakkhatta) 

Masse 

Un  ^ 

Skandha  (khandha) 

Matière 

Jishô   gl£ 

*Prakrti 

Matrice 

Tai  Jfê,  taizô  fâM 

Garbha  (gabbha) 

Mauvaise  Destination 

Akushu  MM 

Durgati  (duggati),  apâya  (id.) 

Mauvaise-volonté 

Kedai  £|$ 

Kausîdya  (kosajja) 

Méfait 

Tokira  2g±$| 

Duskrta  (dukkata) 

Membre 

Shi  £ 

Anga  (anga) 

Membre  de  l'Eveil 

Kakubun  %fr 

Bodhyanga  (bojjhanga) 

[huit]  Membres  du  Chemin  Saint 

[hachi]  Shôdôbun  [Aj|g5i^ 

Ârysstângamârga   (ariya  atthangika 
magga) 

Mémoire 

Nen  ^ 

Smrti  (sati) 

Mémoire-dérobée 

Shitsunen  ^Jç^ 

Musitasmrtitâ  (mutthasati) 

Mensonge 

Môgo  £§* 

Mrsâvâda  (musâvâda) 

Mental 

I  M 

Manas    (id.) 

Mental  Passionné 

Mana  5fc#|$ 

Klistamanas,  manas 

Mentation 

Shiryô  ,g„j| 

Man[y]ana 

Mérite 

Toku  |£,  kudoku  Ijjfêi 

Guna  (id.) 

Mesure 

Ryô  J| 

Pramâna  (pamâna) 

Métamorphost 

Ke  ft,  henge  ^ffc 

Nirmâna  (nimmâna) 

Méthode 

Rishu  j®i® 

Naya 

Meurtre 

Sesshô  |2£ 

Prânâtipâta  (pânatipâta) 

Milieu 

Chû  # 

Madhya  (majjha) 

Million 

Kutei  (ftag 

Koti  (id.) 

Miroir 

Kyô  m 

Âdarsa  (âdâsa) 

Mobile 

Kiti 

*Yantra  (yanta) 

Moine  mendiant 

Biku  itj£ 

Bhiksu  (bhikkhu) 

VII 

SUPPLÉMENT 

Moment 

Setsuna  $l]#fl 

Ksana  (khana) 

Monde  ;  Mondain 

Sekai  tim,  seken  « 

Loka  ;  laukika,  laukya  (loka  ; 
lokika,   lokiya) 

Mordant 

Nô  {g 

Pradâsa 

Morphème 

Gyôsô  ffrHJ. 

Âkâra  (id.) 

Mort 

Shi  ^ 

Marana  (id.) 

Mort-né 

Shômetsu  ^j§£ 

*Utpannaniruddha,   utpâdanirodha 
(uppannaniruddha,  uppâdanirodha) 

Mot 

Ku  ft 

Pada  (id.) 

Moyen 

Hôben  #{lg 

Upâya  (id.) 

Naissance 

Shô  £  ;  honjô  ^c^ 

Jâti  ;  jâtaka  (id.) 

Nature 

Shô  i± 

*suffixe  °tâ 

Nature-propre 

Jishô   gtt 

Svabhâva  (sabhâva) 

Négation 

Fu  ^ 

Négligence 

Hôitsu  $k& 

Pramâda  (pamâda) 

Noir 

Koku  ^ 

Krsna  (kanha) 

Nom 

Myô  £ 

Nâma  (id.) 

Nombre 

Sûfc 

Samkhyâ  (sankhâ,  sankhyâ) 

Non-Convoitise 

Muton  ffèfè 

Alobha  (id.) 

Non-dua!ité 

Muni  lîn 

Advaya 

Non-Erreur 

Muchi  i$£ 

Amoha  (id.) 

Non-Haine 

Mushin  M-Bg| 

Advesa  (adosa) 

Non-Négligence 

Fuhôitsu  ^J&gi 

Apramâda  (appamâda) 

Nonne  mendiante 

Bikuni  Jfc_£/Ê 

Bhiksunî  (bhikkhunî) 

Non-Soi—  Impersonnel 

Non- Violence 

Fugai  ^^ 

Ahimsâ  (id.) 

Notation 

Shiki  j$ 

Vijnâna  (vinnâna) 

Notification 

Ryô   T,  ryôbetsu   T#J 

Vijnapti  (vinnatti) 

Novice 

Shami  fj^fô  [msc]  ; 

Srâmanera  [fém.  °ikâ]  ; 

shamini  *^3i/ê   [fém.] 

sâmanera  [fém.  °î] 

Objectif,  Objectivité 

Shoen  J?f$ 

Âlambana 

Objectivant 

Nôen  ggft 

*Sâlambana 

Objet 

Kyô  & 

Artha  (attha) 

Obstruction 

Shô  f^ 

Avarana  (id.) 

Obtention 

Toku  f# 

Prâpti  (patti) 

Occultation  =  Obstruction 

Odeur 

Ko  § 

Gandha  (id.) 

Omniprésent 

Hengyô  jgfl 

Sarvatraga 

Omniscient  ;  Omniscience 

Issaichi  — g)^1 

Sarvajfïa  ;    sarvajnatâ    (sabbannu  ; 
sabbannutâ) 

Onction 

Kanjô  -^IM 

Abhiseka  (abhiseka) 

Opérant 

Gyô  fx 

Samskâra  (sankhâra) 

Opéré 

Ui^"^ 

Samskrta  (sankhata) 

[de  r]Ordre-de-l'Esprit 

Shinjo  <il>0f 

Caitta,  caitasika  (cetasika) 

Ordre-de-succession 

Shidai  tyjg, 

Anukrama  (anukkama) 

Organe 

Kon  ^g 

Indriya  (id.) 

Organe  de  vie 

Myôkon  tffrijg 

Jîvitendriya  (id.) 

Orgueil 

Man  <|f 

Mâna  (id.) 

Orifice 

Ku  JL 

Dvâra  (id.) 

Paradis 

Gokurakusekaif§ç^ii£j^>Jôdo^f-jt  *Sukhâvatî 

Paroisse 

Kekkai  jfê^L 

Sîmâ  (id.) 

Parole-compétente 

Shôgyô  gg|fc 

Âptavacana 

Part 

Bun  # 

*Bhâga 

Passage-d'existence 

Kesshô  |££ 

Pratisandhi  (patisandhi) 

Passage  Transversal 

ôchô  mB 

Passion 

Bonnô  gg{| 

Klesa  (kilesa) 

Passion  de  passage 

Kakujin  ^H 

Âgantukaklesa  (âg°kilesa) 

SUPPLÉMENT 

VIII 

Passionné 

Zemma  IftfÇj" 

Klista,  samklista  (kilittha,  sankilittha) 

Patience 

Nin  £ 

Ksânti 

Péchés  Capitaux  [dix] 

Jûaku  -f-^g 

Dasa  akusalâni  (dasa  akusalâni) 

Péchés  Majeurs  [cinq] 

Goaku  jî^g 

Pénitentiel 

Haradaimokusha  2£ijè$§7k3£ 

Prâtimoksa  (pâtimokkha) 

Perception 

Toku  f*f,  ryô  T 

Upalabdhi  (upaladdhi) 

Perfection 

Do  & 

Pâramitâ  (pârarm,   pâramitâ) 

Période 

Ko  £fj 

Kalpa  (kappa) 

Perspicacité 

Satsu  ^ 

Pratyaveksana  (paccavekkhana) 

Petit  Véhicule 

Shôjô  /N.ffê 

Hînayâna 

Pied-de-Magie 

Jinsoku  $$JË, 

Rddhipâda  (iddhipâda) 

Plaisir 

Raku  £H 

Sukha  (id.) 

Plan 

Kai  ^ 

Dhâtu  (id.) 

Plateforme 

Dai  î 

*Kûta  (id.) 

Pleine-Passion 

Zôzen  fg# 

Samklesa  (sankilesa) 

Plein-Savoir 

Mugege  ɧjgi$ 

Pratisarhvid  (patisambhidâ) 

Point 

Ten  & 

• 

Poison 

Doku  ^ 

*Visa  (visa) 

Porte-Science, 

Jimyô  &W 

Vidyâdhara 

Possédant-la-Science 

Pouvoir  Magique 

Nyoitsû  MMM 

Rddhi  (iddhi) 

Pratique 

Gyô  fx 

Carana  (id.) 

Prenable 

Shoshu  B\M 

Grâhya 

Preneur 

Nôshu  ii^st 

Grâhaka 

Prise 

Shu  Ifc 

Grâha  (gâha) 

Production 

Shô  £,  ki  jg,  hotsu  g 

Utpâda  (uppâda), 
samutpâda  (samuppâda) 

Production  d'Esprit 

Hosshin  f<|'C.> 

Cittotpâda 

Profane 

Ishô  g£ 

Prthagjana  (putthujjana) 

Professeur 

Wajô  ftffi 

Upâdhyâya  (upajjhâya) 

Prophétie 

Juki  SME 

Vyâkarana  (id.) 

Puéril 

Gufu  j&£ 

Bâla  (id'.) 

Pur 

Shôjô  ffijf 

Suddha  (suddha) 

Racine,  Radical 

Hon  ^c,  kompon  ^g^C 

Mûla  (id.) 

Rancune 

Kon  fg 

Upanâha  (id.) 

Réalité,  Réel 

Jitsu  ff 

*Bhûta  (id.) 

Réceptacle 

Ki^ 

Bhâjana  (id.) 

Recherche-mentale 

Shiyui  ftjg 

Mîmâmsâ 

Récipient 

E  $c 

Âsraya  (assaya) 

Réflexion 

Shi  ,©. 

Cintâ,  cintana  (id.) 

[de]  Régence 

Zôjô  i&± 

Adhipati  (id.) 

Régression 

Tai  5l 

Vivartana 

Reine  de  Science 

Myôhi  BJfà 

Vidyârâjnî 

Relatif 

Eta  fôftiî 

Paratantra 

Remords 

Ke  m 

Kaukrtya  (kukkucca) 

Répulsion 

Shin  Bj| 

Pratigha  (patigha) 

Résidence 

Jû  ffi 

*Vihâra  (id.)  ' 

Résidu 

Zuimin  |^BE 

Anusaya  (anusaya) 

Respect 

Kyô  |& 

Gaurava  (gârava) 

Resplendissant 

Kôon  5tÇ 

Âbhâsvara  (âbhassara) 

Restriction 

Ritsugi    #jg 

Samvara  (id.) 

Retraite 

Ango  ^^ 

Vaisa  (vassa) 

Rétribution 

Hô  m 

Réunion 

Wagô  $]& 

Sâmagrî  (sâmaggî) 

Revêtement 

Gai  H 

Nîvarana  (id.) 

Revêtu,  à-Revêtement 

Ufuku  ^^ 

Nivrtta 

Révolution 

Tenfc 

Parâvrtti 

IX 

SUPPLÉMENT 

Rituel 

Cxiki  \m 

Roi  de  Science 

Myôô  BJ3E 

Rpsaire 

Nenju  ;g;$c 

Roue 

Rin  m 

Rubrique 

Mon  FJ 

Sabbat 

Sainichi  j|fB 

Saint 

Shô  H 

Sans-Connotation 

Musô  H«i 

Sans-Contreheurt 

Mutai  ^M 

Sans-Ecoulement 

Muro  MU 

Sans-Forme 

Mushiki  $|fe 

Sans-intermission 

Abi  pif£,  mukcn  HflQ 

Sans-Notification 

Muhyô  4$:^ 

Sans-Passion 

Muzen  jfê$& 

Sans-portée 

Fudô  ^ffr 

Sans-Production         ' 

Fushô  ;££,  mushô  j|E£ 

Sans-Production  originel 

Hompushô  JfCfiQi 

Sans-Régression 

Futai  ^ig,  abibacchi  p]1$.\ 

Sans-reste 

Muyo  mm 

Sans-retour 

Anagon  ptf%§ 

Sans-Revêtement 

Mufuku  4flE$g 

Sans-supérieur 

Mujô  M±. 

Sapience 

e  m 

Saveur 

Mi  1* 

Sceau 

In  f$ 

Scepticisme 

Gi  ^ 

Science 

Myô  BJ 

Section 

Bu  SP,  hon  & 

Sécurité 

Mui  ^g 

Sélection  des  Essences 

Chakuhô  ^^ 

Sens 

Gi  # 

Sens-ultime 

Shôgi  §S^ 

Série 

Sôzoku  ;fôi! 

Signe 

Sô  *g 

Simple  Notification 

Yuishiki  P||^ 

Singulier 

Fugu  ^î^t 

Sistre 

Shakujô  gj#; 

Soi 

GaS 

Soif 

Ai  ^ 

Son 

Shô  |£ 

Sous-Passion 

Zuibonnô  H*Mâ 

Souverain  ;  Souveraineté 

Jizai    g^E 

Spécification 

Dôi  mu 

Substantiel 

Tai  f|,  hontai  ^fl 

Supersavoir 

Jinzû  3$jj§ 

Supramondain 

Shusse  tfilfi: 

Tablette 

Dochô  gjgg 

Temps 

Ji  R# 

[de]  Terme 

Hikkyô  $^g 

Terrain 

Den  EH 

Terrain  de  Buddha 

Butsudo  $jj±. 

Terrasse  d'Eveil 

Bodaidôjô  ^fëîË-àg 

Terre 

Ji  *È 

Kalpa 

Vidyârâja 

Mâlâ  (id.) 

Cakra  (cakka) 

Paryâya  (pariyâya) 

Posadha  (uposatha) 

Arya  (ariya) 

Âsarhjnika  (*asannin) 

Apratigha  (appatigha) 

Anâsrava  (anâsava) 

Arûpa,  ârûpya  (arûpa) 

Avîci  (id.) 

Avijnapti 

Aklista,   asarhklista   (akilittha, 
asankilittha) 

Âninjya  (ânenja,   ânejja,  etc). 

Anutpâda  (anuppâda) 

Âdyanutpâda 

Avaivartika,  *avivartin  [cette  seconde 
forme  ne  paraît  pas  attestée  dans 
les  textes  sanskrits] 

Anupadhisesa,     nirup°     (anupâdiscsa) 

Anâgâmin  (id.) 

Anivrtta 

Anuttara  (id.) 

Prajnâ  (pannâ) 

Rasa  (id.) 

Mudrâ  (muddâ) 

Vicikitsâ  (vicikicchâ) 

Vidyâ  (vijjâ) 
*Kula  (id.),  #varga  (vagga), 
*nikâya  (id.),   etc. 

Abhaya  (id.) 

Dharma[pra]vicaya  (dhammavicaya) 

Artha  (attha) 

Paramârtha  (paramattha) 

Santâna  (id.) 

Nimitta  (id.) 

Vijnaptimâtra[tâ] 

Âvenika  (id.) 

Khakkhara 

Âtman  (attan) 

Trsnâ  (tanhâ) 

Sabda  (sadda) 

Upaklesa  (upakkilesa) 

îsvara  ;  aisvarya  (issara  ;  issariya) 

Visesa 
*Sarîra  ;  *kâya  ;  *dhâtu 

Abhijnâ  (abhinnâ) 

Lokottara  (lokuttara) 

Salâkâ  (salâkâ) 

Kâla  (id.) 

Atyanta  (accanta) 

Ksetra  (khetta) 

Buddhaksetra  (b°khetta) 

Bodhimanda  (id.) 

Bhûmi  (id.) 


SUPPLÉMENT 


Terre  Pure 
Tétralemme 
Thèse 

Tige  de  Saint 
Torpeur 
Touchable 
Toucher 

Tournant-la-Roue 
Transformation 
Transformation-par-action- 
réciproque 
Transmigration 
Travail 
Tréfonds 

[Dieux]  Trente-trois 
Trépassé 
Trouble 
Turbulence 
Ultime  Réalité 
Unité[-de-famille] 

Usage  de  l'alcool 

Vainqueur 

Vains-propos 

Véhicule 

Vénérable 

Vent 

Verbiage 

Vérité 

Vérité  vulgaire 

Vertu 

Vide 

Vieillesse 

Violence 

Vitesse 

Vœu 

Voie 

Voie  du  Milieu 


Vol 

Voyant 

Vrai,  Vérité 

Vue 

Vue  perverse 


Jôdo  ff  ± 
Shiku  B^ 
Shû  -fc 

Shôshu  §p 

Suimin 

Shosoku 

Soku  j|j§3 

Tenrin  \ 

Temben 

Tenden 


Shôji  £?e 

Gengyô  ïgjfr 
Araya  ^OT 
Tôri  '|7lf  (J ,  sanjûsan 
Gaki  ffifa 
Waku  ^ 

Sojû  ^im 

Jissai  5£fê§ 
Dôbunshô  \p\%"&. 

Onshu  ffcfg 

shôsha  m% 

Keron  ggft 
Jô  ^ 

Daitoku  ;*;$jg 
Fû  J^ 
Kigo  $£!§ 
Tai  jj$ 
Zokutai  {§§$ 
Toku  H 
Kû  g 
Rô  ^ 
Gai  ^ 
Seisoku  f^îjg 
Sei[gan]  gLgg] 
Dô  3l 
Chûdô  #3t 


Chûtô  $$ 
Sen  f[|j 

Shin  jj| 
Ken  JL 
Jaken  ffîfl 


*Sukhâvatî 
Catuskotika  (catukotika) 
Pratijnâ  (patinnâ) 
Aryavamsa  (ariyavarhsa) 
Middha  (id.) 
Sprastavya  (photthabba) 
Sparsa  (phassa) 
Cakravartin  (cakkavatin) 
Parinâma[na] 

*Ano'nyavasa  parinâmafna] 

Samsara  (id.) 

Samudâcâra  (id.) 

Âlaya  (id.) 
[ten]H+H[5£]  Trâyastrirhsa  (tâvatimsa) 

Prêta  (peta) 
*Kâhksâ  (kankhâ) 

Dausthulya  (dutthulla) 

Bhûtakoti 
[shudôbunshô   Sabhâgatâ  [nikâyasabhâga] 

Madyapâna  (majjapâna) 

Jina  (id.) 

Prapanca  (papanca) 

Yâna  (id.) 

Bhadanta  (id.) 

Vâyu  (id.) 

Sambhinnapralâpa  (s°ppalâpa) 

Satya  (sacca) 

Samvrttisatya 
*Guna  (id.) 

Sûnya,  sûnyatâ  (sunna,    sunnatâ) 

Jarâ  (id.) 

Vihimsâ  (id.) 

Java  (id.) 

Pranidhâna  (panidhâna) 
*Mârga  (magga) 

Madhyamamârga  (majjhimamagga), 
madhyamâ  pratipad  (majjhimâ 
patipadâ) 

Adattâdâna  (id.) 

Rsi  (isi) 

Drsti,  darsana  (ditthi,  dassana) 
Mithyâdrsti  (micchâdittbi) 


-*+*+- 


II.     SIGLES  ET  ABRÉVIATIONS  BIBLIOGRAPHIQUES. 


A.     OUVRAGES    CHINOIS    ET   JAPONAIS. 


Tous  les  ouvrages  contenus  dans  la  dernière  édition  japonaise  du  Canon  Bouddhique  de  langue  chinoise,  le 
Taishô  Issaikyô  ;foE— IJM&  (publié  sous  la  direction  de  MM.  Takakusu  Junjirô  MMtiftflt  et  Watanabe  Kaigyoku 


XI  SUPPLÉMENT 


;  55  vol.,  Taishô  Issaikyô  kankôkai  ^CïE— ^J]|SflJ^T#,  Tôkyô,  1924-1929),  sont  désignés  par  les  lettres  T., 
Tt.,  Ttt.,  ou  Tttt.,  suivies  d'un  chiffre  arabe.  Ce  chiffre  correspond  au  numéro  sous  lequel  l'ouvrage  cité  se  trouve 
classé  dans  le  Taishô  Issaikyô  ;  pour  trouver  le  titre  de  l'ouvrage,  on  se  reportera  aux  Tables  du  Taishô  Issaikyô  (à 
paraître  incessamment  comme  annexe  au  Hôbôgirin),  qui  indiqueront  également  le  nom  de  l'auteur,  du  traducteur, 
le  nombre  de  chapitres,  etc. 

Afin  de  permettre  au  lecteur  de  reconnaître  à  quelle  couche  de  la  littérature  bouddhique  est  empruntée  chacune 
des  citations,  la  lettre  T.  (  =  Taishô  Issaikyô)  a  été  réservée  aux  ouvrages  considérés  comme  l'enseignement  direct 
du  Buddha  [sûtra,  vinaya]  ;  Tt.  indique  les  ouvrages  attribués  aux  Pères,  aux  Docteurs  et  aux  écrivains  de  l'Inde 
(ou  de  la  Sérinde)  [sâstra,  stotra,  kalpa,  dhâranî,  mantra,  avadâna,  etc.]  ;  Ttt.  marque  les  textes  d'origine  chinoise 
(ou  coréenne),  et  Tttt.  les  œuvres  japonaises. — Exemples  :  T.  i25  =  n°  125  du  Taishô  Issaikyô  :  Zôichiagongyô 
fll—  ffl&M.  (Ekottarâgama)  ;  Tt.  I5s8  =  n°  1558  du  Taishô  Issaikyô:  Abidatsumakusharon  M^MMi^îk 
(Abhidharmakosasâstra)  ;  Ttt.  2o87  =  n°  2087  du  Taishô  Issaikyô  :  Saiikiki  M^IB  (Si  yu  ki)  ;  Tttt.  2161  =n°  2161  du 
Taishô  Issaikyô  :  Goshôraimokuroku  îijlJrfiJfé  EU  Hê  (Catalogue  des  manuscrits  rapportés  de  Chine  par  Kôbô  Daishi). 

Pour  les  ouvrages  qui  ne  figurent  pas  dans  le  Taishô  Issaikyô,  on  a  utilisé  des  sigles  de  deux,  trois  ou  quatre 
lettres,  suivant  que  les  textes  cités  sont  d'origine  hindoue,  chinoise  ou  japonaise.  On  trouvera  ci-dessous  une  liste 
de  ces  sigles. — Exemples  :  Gog.  =  Gennôongi  ïffi^S  (Glossaire  de  Hiuan-ying)  ;  Ksdj.  =  Kokushidaijiten  ISj&^SfiSi 
(Dictionnaire  historique  du  Japon). 

Un  chiffre  romain,  placé  à  la  suite  d'un  chiffre  arabe  ou  d'un  sigle,  marque  le  chapitre  (kan  [kiuan]  ^)  d'où 
est  tirée  la  citation.  Lorsque  le  chapitre  lui-même  est  divisé  en  parties  (_h,  f£,  "f,  ^C,  5jç,  etc.),  ces  parties  sont 
désignées  par  des  lettres  minuscules  :  ainsi  &— _fc=i  a  ;  &H^  =  n  b  ;  ^T^.S  =  m  c.  La  page  est  indiquée,  s'il 
y  a  lieu,  à  la  suite  du  chapitre  par  un  chiffre  arabe  entre  parenthèses,  suivi  de  lettres  pour  désigner  soit  le  recto  (a) 
ou  le  verso  (b),  soit  la  section  de  la  page  :  supérieure  (a),  moyenne  (b)  où  inférieure  (c),  où  se  trouve  le  texte  cité. 
Enfin  la  colonne  est  occasionnellement  précisée  par  un  chiffre  arabe  à  la  suite  du  numéro  de  la  page. — Exemples  : 
Ttt.  1718  iv  b  (58  c,  i5)  =  n°  1718  du  Taishô  Issaikyô,  chapitre  iv,  2e  partie,  page  58,  section  inférieure,  colonne  15  ; 
Sjsh.  11  (10  a,  8)  =  Shujishû,  chapitre  II,  page  10,  recto,  colonne  8. 

Les  sigles  S  et  Z  se  rapportent  respectivement  à  l'ancienne  édition  du  Canon  Bouddhique  connue  sous  le  nom 
d"'édition  de  Tôkyô"  (en  japonais  Shukusatsuzôkyô  fâfflMM,  titre  complet  Dainihon-kôtei-daizôkyô  ^C  0  5^^fT 
JçM$c£>  40  liasses,  318  fascicules,  Kôkyôshoin  j&ÎSCtÇEtSi  Tôkyô,  1880-1885)  et  au  Supplément  de  l'"édition  de 
Kyoto"  (Zokuzôkyô  JKSSIS,  titre  complet  Dainihon-zokuzôkyô  ^cB^jUiêt^,  150  liasses,  750  fascicules,  Zôkyô- 
shoin  BJfê^fê,  Kyoto,  1905-1912  ;  réimprimé  à  Shanghai,  Commercial  Press,  1923).  Dans  les  références  à 
l'"édition  de  Tôkyô",  un  chiffre  romain  suivi  d'un  chiffre  arabe  indique  la  liasse  (chitsu  ij#c)  et  le  fascicule  (satsu  $)))  ; 
pour  le  Supplément  de  l'"édition  de  Kyoto",  la  série  (hen  H)  est  indiquée  par  un  grand  chiffre  romain,  la  liasse 
(tô  %£)  par  un  chiffre  romain  plus  petit,  et  le  fascicule  (satsu  $}•)  par  un  chiffre  arabe. — Exemples  :  S.  vi,  3  (24 
b,  12)  =  Shukusatsuzôkyô,  liasse  VI,  fascicule  3,  page  24,  verso,  colonne  12;  Z.  II,  xxil,  5  (18  a,  a,  9)  =  Zokuzôkyô, 
série  II,  liasse  xxn,  fascicule  5,  page  18,  recto,  section  supérieure,  colonne  9. 

LISTE  PROVISOIRE  DES  OUVRAGES  NON  INCLUS  DANS  LE  TAISHÔ  ISSAIKYÔ. 

Un  petit  nombre  des  ouvrages  cités  dans  cette  liste  provisoire  ont  été  inclus  dans  des  volumes  du  Taishô  Issaikyô 
parus  après  l'achèvement  du  premier  fascicule  du  Hôbôgirin.  On  a  indiqué  ici  leurs  numéros  d'ordre  dans  le  Taishô 
Issaikyô  ;  à  partir  du  second  fascicule,  c'est  par  ces  numéros  qu'ils  seront  désignés  dans  le  Hôbôgirin. — Les  noms 
d'auteurs  (ou  de  traducteurs)  sont  imprimés  en  italique. — Le  nombre  de  volumes,  ou  de  chapitres,  est  indiqué  par 
un  chiffre  romain  à  la  suite  du  titre  ;  si  l'ouvrage  n'a  qu'un  volume  ou  un  chapitre,  ce  chiffre  est  omis. — Les  titres 
abrégés  sont  précédés  d'un  astérisque  *. — Impr.  =  imprimé  ;  éd.  =  édité,  éditeur. 

Abkk.  Amidabutsu  no  kenkyû  pSf!}J8P'g$&0)$f3£.  Yabûki  Keiki  ^PXBgf?.  Heigosha  j^^jrfd;,  Tôkyô,  191 1. 

Absr.  Amidabutsusetsurin  vu  MWfc\%Wck-k%-  KeiJ6  HËfi£  (ti774>-  Impr.  1770. 

Aigk.  Amidaingyôki  11  PIWtB\fîWm%è-  Ekû  ^Q  (1644-1721).  Impr.  1684. 

Ajhs.  Ajihishaku  P^|ÈÎ?-  Enchin  gj^  (814-891).  Dnbz.  xxiv  &  xxviii. 

Akjs.  Amidakanjinshû  |S?§M%Mlfr&  Genshin  ^{a  (942-1018).  Dnbz.  xxiv  &  xxxi. 

Ars.  Anrakushû  11  $£$£M^-  Dôshaku  (Tao-tclïo)  Mfâ  (562-645).  Ttt.  1958. 

Asbs.  Asabashô  c  pHÉifi^W^.  Jôchô  j|cg£  (1205-1282).  Dnbz.  xxxv-li. 

Ass.  Amidakyôshoshô  iv  PJ51PEt?fi&#>H&-  Shukô  (Tchou-kong)  $^Ê  (1532-1612).  Z.  I,  xxxm,  2-3. 

Bbkw.  Bukkyôbijutsukôwa  fâ&MMWtW-  Ono  Gemmyô  /MF^j?.  Kôshisha  Ç^fd:,  Tôkyô,  1927. 

Bdji.  Bukkyôdaijii    m    ^t^X^^EJ^.    Compilé   par  l'Université  Bouddhique    [du    Nishi-Honganji,  à 

Kyoto]  #&£$£$.   Fuzambô  %\[\M,  Tôkyô,   1914-1922. 

Bdjt.  Bukkyôdaijiten  #ffc*8&fc.  Oda  Tokunô  ^fflfëïg  (1860-1911).  ôkura  shoten  ^HJÊ,  Tôkyô, 

1917  ;  2e  éd.  [non  modifiée]  1928. 

Bdnp.  Bukkyôdainempyô  #ifck3^.  Mochizuki  Shinkô  ^J-fi1^.  Buyôdô  $$%&,  Tôkyô,  1909. 


SUPPLÉMENT  XII 


*Bodaishingi  =  Taizôkongôbodaishingiryakumondôshô     x    fâWL&M^$k>k$&lQif$%rfà-\-l&-     Annen 

$£%&  (ca.  884).  Ndzk.,  Tendaishû-mikkyô  III. 
*Bommôkyôjukki-=Bommôkyôbosatsukaihonjukki    iv     ffîfât^ffî.J&fciÊÎZMtfè-     Shôshô    (Cheng- 

tchouang),  dyn.  Tô  (T'ang)  [618-906]  IgBfè.  Z.  I,  lx,  2. 
Bikunishô  =  Shibumbikunishô  vi  M^itJai^P^^-  D^sen  (Tao-siuan)  Ms.  (596-667).  Z.  I,  lxiv,  1. 
Bommôbosatsukyôshochû  vinfflS&W^M&\M.   Yokan  (Yu-hien),  dyn.  Sô  (Song)  [960-1279] 

$H&.   Z.   I,   lix,   3-4. 
Butsuzô  no  kenkyû  &RiQ)fâf&.  Ono  Gemmyô  /MF£gj?.  Heigosha  H^p-tfc,  Tôkyô,  1918. 
Bongozatsumyô  ^o§H^.  Raigon  (Li-yen),  dyn.  Tô  (T'ang)  [618-906]  Jgâî!|1l*.  Ttt.  2135. 
Butsuzôshinshû  11  &JMKft£l&-  Gonda  Raifu^lB^^  &  Ômura  Seigai  XH^M-  Heigosha  [%*? 

ît,  Tôkyô,   1919. 
Butsuzôtsûkai,  vol.  1  [seul  paru]  #ftj|ff$ft-Hfe.  Naitô  Tôichirô  HW0    <*•  Rokumeisô  g|P|$£, 

Nara,    1927. 
Butsuzôzui  v  $j}ftl[II?||t!.  Préface  et  postface  de  1690.  Dessins  de  Ki-no-Hidenobu  &E^»fo>  x783.  Ed. 

Morie  shoten  ^tt^JÊ,  Tôkyô. 
Dainichikyôgishakuemmitsushô  x  %  BMMM^^è^'Y^-   Kakuon  (Kio-yuan),   dyn.  Ryô  (Leao) 

[xie  s.]  ^H%.  Z.   I,  xxxvii,   1-2. 
Daiminsanzôhossû  l  ^C0Qnj^^^(2.+^.  Ichinyo  (Yi-jou)  — #|],  etc.  (ca.  1410).  S.  xxxvn,  1-2. 
Dainihombukkyôzensho  cl  (avec  x  rouleaux  annexes)  jt  B'fc$fï$k$-:WtlSlL~\'î{è  {ffi%l\tfè~\~)-  Daini- 

hombukkyôzenshohakkôsho    ^  B  ^$fj$iC:èl8:'iHT$f  >    Tôkyô,    1913-1921. 
Dainichikyôgishaku  xiv  %  RW^M'i'W^è  •  Ichigyô  (Yi-hang)  — ff  (683-727).  Z.  I,  xxxvl,  3-5. 
Dainihonjiinsôran  "fc  0  ^^RSMUC-  Tôkyô,  1916.. 
Daishûkôyô  cj^^fllf.  Kôken  3fc§fl|  (1652-1739).  Impr.   1739. 
Daizôkyôsakuin  m  ^^^'^0|H^.  Kawakami  Kozan  }\\±.%li}.  Daizôkyôsakuinkankôkai  XffîîÊ 

^lf!KT#,  Kyoto,   1927-1928. 
Encyclopœdia    Japonica  =  Nihonhyakkadaijiten    x   B^If^;?C§£&-Hgî.    Sanseidô  .n4=fâ£>  Tôkyô, 

1908-1919. 
*Ennôshô  =  Dainichikyôshoennôshô  lvi  ^.B^MlMM0S.-^%-  Gôhô  ^f£  (1306-1362).  Ed.  1708. 
*Eoriongi    Sf^gll-fg  ==  Shiiiyakudaihôkôbutsukegongyôongi     11    MM^^M^^WM.^^^%-    Bon 

(Houei-yuan),  dyn.  Tô  (T'ang)  [618-906]  @f||$û.  S.  xxxxi,    10. 
Gedôtetsugaku  £J-jti?2fJ|l.  Inoue  Enryô  ^f  JtlUT  (I8S9-i9i9).  Tetsugakkankôgirokushuppanbu  $?f 

««ftftfltfflJKtf,  Tôky*,  ^897." 

Genkôshakusho  xxx  7C^)Rlfi:n+^-  Shiren  %$%%.  (ca.  1322).  Dnbz.  ci. 
Gakkaiyoteki  ^ïfë|&$3- 
*Gennôongi  ^JBgÇjg^Issaikyôongi  xxv  — $Hît§|Zl-f*lL&.  Grand  (Hiuan-ying)  £flg  (ca.  650). 

S.  xxxix,  6-7. 
Goshimbôshô  ^^ï£Sjî>. 

Gotôegen  xx  £^#tcZ1+^.  Fwsa*  (P'ou-tsi),  dyn.  Sô  (Song)  [960-1279]  5fcHfê?.  Z.  II,  xi,  1-4. 
Gutokushô  11  ^%^IL%.  Shinran  $g,*g|  (1 173-1262).  Sszs. 
Hombongo  x  jgfâM-\r&.  Ttt.  2130. 

Hizôki  11  $&j£Jji2H&.  Kûkai  Q%  (774-835).  Ndzk.,  Shingonshû-jisô  I. 
Honchôkôsôden  lxxv  ^^igjffMlL.  Shiban  0j$@  (1626-1710).  Dnbz.  cii-cm. 
Himitsujirin  jjKjgfri*-  Tomita  Kôjun  ^ffilM-  Kajisekaisha  2/n$t£l?-Wt>  Tôkyô,  191 1. 
Hokkesandaibuhochû    xiv    fè^ëE.XffîfàU'ï'Bfë-  Jûgi  (Ts'ong-yi)    îjfêfi    (fio9i).    Z.    I,  xliii, 

5— xliv,    1-3. 
Hokkeshoshiki  x  r£^-^fAgS-f-^.  Shcshin  ^^  (ca.  1200).  Dnbz.  xxi-xxii. 
Ibushûrinronshojukki  ^SP^^Im^îîilS.  Kiki  (K'ouei-ki)  %l£  (632-682).  Z.  I,  lxxxiii,  3. 
Jukkanshô  x  +&#-t-?Éj.  Ejû  ]^1f(xue  s.).  Dnbz.,  Xe  rouleau  annexe. 
*Jûôkyô  =  Jizôbosatsuhosshininnenjûôkyô  Jffijft^lriÉlt'frlSiMH'BEfE-   Z-    h   XXIII>   4- 
Kôbôdaishizenshû   5A^fe^:fii|î^r^.  Ku&aï  5gf&  (774-835).  Tôkyô-Kyôto,    1910. 
Kikitsuekidoshû  xxx  1R^^±^H+^  [aussi  intitulé  Bongojiten  %M¥-&]-  E^â  *g^.  (1716). 

Rééd.  Tetsugakkandaigaku  f^ft;*;^,  Tôkyô,   1905. 
Kyôgyôshinshômonrui  vi  &fâfêffî.~XMrifë-  Shinran  $$fâ  (1 173-1262).  S.  XL,  9. 
Kusharonjujoki  xxix  fMH£8WB^-HL4<  ^onn»  (Touen-lin),  dyn.  Tô  (T'ang)  [618-906]  Jgjl 

fl|.  Z.  I,  lxxxvi,  2-3. 
Kujikongen   ^b-^g^.    Ichijô    Kaneyoshi  —jfëffc&  (1402-1481).  Nihombungakuzensho   0?fc&;!pl 

£#  xxii,  Hakubunkan  ffXfg,  Tôkyô,   1892. 


XIII  SUPPLÉMENT 


Kkas.       Kakuashô  ^ffîfâ. 

Kkkd.      Kongôchôkyôkaidai  ^fêlOT^il  Kûkai  &M  (774-835)-   Kdbz.   iv. 

Kks.      *Kegonkumokushô=Kegongyônaishômontôzatsukumokushô  iv  i^Mfll^ft^H^^ftS^IS^J.  Chi- 

gon  (Tche-yen)  ^fH  (602-668).  Ttt.  1870. 
Kkzs.       Kakuzenshô  cxxvm  ^|f#HZl+A^-  Kakuzen  Hjjlp  (xne  s.).  Dnbz.  xlv-li. 
Kmds.     Kongôkaimandara[dai]shô  11  &W\ifrsk^7$LJtlstP^%è-  Shinnichi  -fg  H   d-1307).  Dnbz.  xliv. 
Kog.      *Kakôongi   Pj^^fl  =  Shinshûzôkyôongizuikanroku    WîMffîM^^ffîM$k-  Kakô  (Ko-hong)    pJ$. 

Compilé  931-935.  S.  xxxix,  1-5. 
Krgs.       Kannonreigenshô   W&W&&- 
Krs.       *Kusharonsho  =  Abidatsumakusharonsho  vu  PRllË,^0{Er^lra^'  Jintai  (Chen-t'ai),  dyn.  Tô  (T'ang) 

[618-906]  ^#^.  Z.  I,  lxxxiii,  3-4. 
Ksdj.       Kokushidaijiten  $\$.X1$&.  Ed.  révisée,  Kôbunkan  §i>5Cf|,  Tôkyô,  1912. 
Kse.       *Kegonshoengishô  =  Daihôkôbutsukengongyôshoengishô  lxxx  "X^^^^ùf^Mïm.^^iPA^^  (autre 

titre  abrégé  *Kegondaishoshô  ^J&XÉîJtfi)-  Chôkan  (Tch'eng-kouan)  jgfjg  (737-838).  Z.  I,  vm, 

4-5,  ix,  1-5,  x,  1-5,  xi,  1-4. 
Mbdj.     Mochizuki,    Bukkyôdaijiten   ^t5c^C%?^,   fasc.    i-lll    [seuls   parus].  Mochizuki  Shinkô  ^^jfaT- 

Buyôdô  ^^^,  Tôkyô,  1909. 
Mjes.       Muryôjukyôesho  x  Mltl£W.iïffî-t'fê-   Shuntai  Ibgjjfê   (1664-1721). 
Mnkk.     Mandara  no  kenkyû  ^^i.O)Wi%.    Toganoo   Shôun  ^MPÉfl-   Ed-    Université   Bouddhique   du 

Kôyasan  ^ff iLlX^&ffcffî,  Kôyasan,   1927. 
Mtsg.      Mandaratsûge  ||^iîî§IS?-  Gonda  Raifu  ffiffiff^.  Heigosha  p^fi,  Tôkyô,  1916. 
Mvy.       Mahâvyutpatti  =  Honyakumyôgidaishû  WbM'&^Êi,%%-   Ed.   Sakaki  Ryôzaburô  $^^HâP,  avec  un 

index    sanskrit  en  I   vol.  annexe.  Publication  de  l'Université  de  Kyoto  de  la   secte    Shingon 

Bc^^Mffî%W^<  Kyoto,    1916-1925.   [Les   chiffres   à  la  suite   de   ce  sigle  se  rapportent   aux 

numéros  des  termes  cités.] 
Ndzk.     Nihondaizôkyô    lui     BsfcfcjJSMfi+Hfê-    Nihondaizôkyôhensankai     R^%ffîÊ.W&^,   Tôkyô, 

1914-1922. 
Ngjg.      Nittôguhôjunreigyôki  iv  À^^c^îSSifTfEK^.  Ennin  @]C  (journal  de  son  voyage  en  Chine  de 

838  à  847).  Dnbz.  cxm  ;  aussi  éd.  photographique  d'un  manuscrit  de  129 1,  Tôyô  Bunko  3|îï^j8£ 

^,  Tôkyô,   1926. 
Ojys.       ôjôyôshû  vi  &t}cMMsîfê-  Genshin  Mfè  (942-1017).  Dnbz.  xxxi. 
Osks.       ôjôyôshûshikishô  xxv  fè.£MMiaM$>^~^fti&-  Kakuei  ^4f  (fiôgs).  Impr.  1683. 
S.  *Shukusatsuzôkyô  %fHfflM$E>  "édition  de  Tôkyô"  du  Canon  Bouddhique  ;  cf.  la  notice  qui  précède 

la  présente  liste. 
Sfdk.     *Shosetsufudôki  ^|fe^|^|2  —  Daihitaizôfutsûdaimandarachûshosonshûjihyôshigyôsôshôishosetsufu- 

dôki  x  xmmMWMxm^m*m&m*mmM]mtiLm%t*mmï®.  Pri™  sunjaku  gm®, 

3E  (884-927).   Dnbz.  xliv. 

Sgs.  *Shibunritsugossho  |Zg5H^HI^=Shibunritsusampozuikikommashosaienki  xxn  P9^*^lHffilS;^^l 
•ÉWWMeZ:+r%.  Dôsen  (Tao-siuan)  ^  (596-667).  Z.  I,  lxiv,  3-5. 

Sgsk.       Sangôshiki  111  ^ffcfêI§H4ls-  Kûkai  5g$Ê  (775-835).  Kbdz.  ix. 

Shjg.     *Shôjigi  ^^#  =  Shôjijissôgi  i^gyfôS-  Kûkai  m%  (775-835).  Kbdz.  m. 

Shns.       Senjakuhongannembutsushû  11  Mfê'fcË!i&$t>MH%è-  Genkû  ^îg  (1133-1212).  S.  XL,  7. 

Sjk.  *Shijiki  =  Shibunritsusanhanhoketsugyôjishôshijiki  xlii  BfrWM^fàMff^-£P!M%ÎÎW-t~%è- 
Dôsen  (Tao-siuan)  3Hljf  (596-667)  ;  Ganshô  (Yuan-tchao)  x;jîg  (1048-1116).  Ttt.  1804. 

Sjm.         =Sjs. 

Sjkk.        Shittanjikikôjutsu    m    &Hfc^tEï!iï$H&.  Jôgon  :0%fc    (1638-1701). 

Sjms.  *Shittanjimoshaku  ^J^f^fi^Bonjishittanjimo  narabi  ni  shakugi  $£¥fâ§t&$$W^-  Kûkai  S$* 
(775-835)-  Kbdz.  vu. 

Sjs.  Shijûnijimonshaku  11  P9-M1^P^I1^.  Eshi  (Houei-sseu)  !£,§»  (512-577). 

Sjsh.        Shûjishû  11  ^^S— ^-  Chôzen  jg$P   (fi68o). 

Skk.         Shibunritsukaishûki  xx  H^#^^|ÉZ1+^.  Eso  (Houai-sou),  dyn.  Tô  (T'ang)  [618-906]  fêfêM- 

Z.    I,   LXVI,    1-5,   LXVII,    I. 

Sms.        Shakumonshôtô  vin  HHjEWVË-  Go  Kokki  (Wou  Ko-ki)  ^^B  &  Shûkan  (Tsong-kien)  ^jg 

(1223).  Z.  II  £,  m,  5. 
Srs.  Shibunritsusho  xx  H:5fr#$ftr~H£.  Hôrei  (Fa-li)  fêggf  (569-633).  Z.  I,  lxv,  3-5. 

Srsh.     *Shôryôshû  =  Henjôhokkishôryôshû  x  *IE81tMÉiiS+&-  Kûkai  ^^  (775-835).  Kbdz.  x. 
Ssjg.        Sokushinjôbutsugi  ffflfyfàffiWè.  Kûkai  &%$  (775-835).  Kbdz.   11. 


SUPPLÉMENT 


XIV 


Ssk. 


Shibunritsushojikishûgiki  xx  ^^^W^^^Î^^L^^Jôhin  (Ting-pin),  dyn.  Tô  (T'ang)  [606-918] 

m%m- z-  J>  lxvi>  1-3. 

Shittansammitsushô  vin  2&||-$i;$3>A^5-  Jôgon  ££jg|  (1638-1701). 
Shoshûshôshoroku  ni  jff^£Sfi$$Hfè-  Kenjun  |$]flfj  (1740-1810).  Dnbz.  1. 
Shinshûtaikei  fê.m%%-  Shinshûtensekikankôkai  A^^fêT'Jfïll".  Tôkyô,  ca.   1917. 
Shinshûzensho  lxxiv  J|.^£lï:'b+I3&-  Zôkyôshoin  j$$£g^,  Kyoto,  1913-1916. 
*Shotenden  =  Jûhenshotenden  il  MH^^I^^^-  Gyôtei  {Hing-t'ing),  dyn.  Sô  (Song)  [960-1279] 

T^fflÉ-  Z.  II,  xxiii,  2. 
Soteijion  vin  MMM-I^A^-  Zengyô  (Chan-k'ing),  dyn.  Sô  (Song)  [960-1279]  5fëff  P.  Z.  II,  xvm,  1. 
Taishô  Issaikyô  ^CjE— 'W%l£>  nouvelle  édition   du   Canon  Bouddhique  ;  cf.  la  notice  qui  précède 

la  présente  liste.] 
Tetsugakudaijisho  m  ^^^^^H^  ;  index  en  1  vol.  annexe.  Dôbunkan  H3jStft,  Tôkyô,  1912; 

Supplément,   1   vol.,   ib.    1926. 
Tôdaijiyôroku  x  MXé^B+^ê-  Zokuzokugunshoruijû  xi  $MAffîmMfàÏÏ>1 — &,  Tôkyô,   1907. 
Tetsugakujiten  @$S?jl^.  Compilé  parla  librairie  Iwanami  ^^^Jg,  Tôkyô,  éd.  révisée,  1927. 
Taizôkaimandara[dai]shô  11    ^èM^^^MiiXWZ^-  Shinnichi  /fg0    (fi307).  Dnbz.  xliv. 
Tannishô  %K%%P  (XIIie  s-)-  Sszs- 

Tendaishikyôgishucchû  x  3^^BJ^ity||£È+^j?-  Munin  (Mong-jouen)  fgjg}  (1275-1334).  S.  xxxn,  10. 
[Tt.,  Ttt.,  Ttt. — Taishô  Issaikyô  ;  cf.  notice  en  tête  de  la  présente  liste  ] 
*Unjg.       Unjigi  n^m-  Kûkai  &fê  (775-835)-  Kbdz.  m. 

Yugikyôshûkoshô  m  ïiijfti^fè-Ê#H&.  Raiyu  fgï${  (1226-1304).  Ndzk.,  Mikkyô  11  b. 

Yuishinshômohi  9fei$$P'3ÇM-  Shinran  ^fâjg  (1 173-1262).  Sstk. 

Zokuzôkyô  ^^^,  Supplément  à  l'"édition  de  Kyoto"  du  Canon  Bouddhique  ;  cf.  la  notice  qui 

précède  la  présente  liste. 
Zuinshû  Hijl^l^ll. 

Zenrinzôkisen  |f  fàj&lllîj-  Mujaku  Dôchû  £3fjj|&-  Baiyôshoin  HH^gc,  Kyoto,  1909. 
Zenshûjiten  t^ÙÂ-   Yamada  Kôdô  UlBfëâË-  Kôyûkan  ft8yi,  Tôkyô,  1915. 
*Zuzôshô  m$$>=Jksh. 
Zuzôshûko  (xvi  rouleaux)  gj#^"S+A^-  Omura  Seigai  ^ftSIË-  Tôkyô,  sans  date. 


Ssms. 

Sssr. 

Sstk. 

Sszs. 

Std. 

Stj. 
[T. 

Tdjs. 

Tdjy. 

Tgjt. 

Tmds. 

Tnns. 

Tss. 


Ysks. 

Yssm. 

Z. 

Zish. 

Zrzs. 

Zsjt. 

Zzsh. 

Zzsk. 


B.    AUTRES  OUVRAGES. 


Ang.  Nik. 
Beal,  Catena 
BEFEO. 
Csoma[-Feer] 

Dîg.  Nik. 
Grûnwedel,  Myth. 
Hœrnle,  Remains 

Introd. 

J.  As.  [ou  J.  A.] 

JASB. 

JRAS. 

K.  Lav. 


Lotus 

Majjh.  Nik. 
Mitra,  Catal. 


Mvy. 

Nj. 


Anguttara  Nikâya,  éd.  P.T.S. 

S.  Beal,  A  Catena  of  Buddhist  Scriptures  from  the  Chinese.  Londres,  187 1. 

Bulletin  de  l'Ecole  française  d'Extrême-Orient.  Hanoi,  1901  sq. 

A.  Csoma  de  Kôros,  Analyse  du  Kandjour  ;  traduite  et  annotée  par  Léon  Feer.  Paris, 

1881. 
Dîgha  Nikâya,  éd.  P.T.S. 

A.  Grûnwedel,  Mythologie  des  Buddhismus  in  Tibet  und  der  Mongolei.  Leipzig,  1900. 
A.  F.  Rudolf  Hœrnle,  Manuscript  Remains  of  Buddhist  Literature  found  in  Eastern 

Turkestan.     Oxford,  19 16. 
Eugène  Burnouf,  Introduction  à  l'histoire  du  bouddhisme  indien.  2e  éd.,  Paris,  1876. 
Journal  Asiatique,  Paris. 

Journal  of  the  Asiatic  Society  of  Bengal,  Calcutta. 
Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society,  Londres. 
Abhidharmakosa  de  Vasubandhu,  traduit  et  annoté  par  L.  de  La  Vallée   Poussin. 

Paris-Louvain,   1923  sq.  [Les  chiffres  romains  se  rapportent  aux  chapitres  (sthâna) 

du  texte  original,  les  chiffres  arabes  aux  pages  de  la  traduction  française.] 
Le  Lotus  de  la  Bonne  Loi,  traduit.  .  .par  E.  Burnouf.  Rééd.  Paris,  1925. 
Majjhima  Nikâya,  éd.  P.T.S. 
Rajendralala  Mitra,  Catalogue  of  the  Sanskrit  Buddhist  Literature  of  Népal.  Calcutta, 

1882. 
Mahâvyutpatti  ;  cf.  supra  liste  A. 
Bunyu  Nanjo,  A  Catalogue  of  the  Chinese  Translation  of  the  Buddhist  Tripitaka. 

Oxford,  1883. 


XV 


SUPPLÉMENT 


P.T.S. 
P.W. 

Sam.  Nik. 
Watters,  Travels 


Pâli  Text  Society. 

Petersburger  Wôrterbuch  :   O.   von    Bôhtlingk,    Sanskrit    Wôrterbuch    in    kûrzerer 

Fassung,  3  vol.  Rééd.  Leipzig,   1923-1925. 
Samyutta  Nikâya,  éd.  P.T.S. 
Thomas  Watters,  On  Yûan-chwang's  Travels  in  India.  Londres,  1904-1905. 


III.    ABRÉVIATIONS  ET  SIGNES  CONVENTIONNELS. 


abr.  abrégé,  abréviation 

A.D.  Anno  Dei  [après  Jésus-Christ] 

ad  fin.  ad  finem  [vers  la  fin] 

anc.  éc.  ancienne  école;  cf.  ci-dessous  "n.éc, 

nouv.  éc." 

B.  Buddha 

Bg.  Bhagavat 

Bs.  Bodhisattva 

ca.  circa   [environ] 

c.-à-d.  c'est-à-dire 

cf.  confer 

ch.  chinois 

cm.  commentaire 

col.  colonne 

cor.  coréen 

corr.  correction,  corriger 

éd.  édition,  éditeur 

e.g.  exempli  gratia  [par  exemple] 

Es.,  es.  ésotérisme,  ésotérique  [sk.  tantra] 

Ex.,  ex.  exotérisme,    exotérique 

G.V.  Grand  Véhicule  [sk.  mahâyâna] 

ib.  ibidem 

id.  idem 

i.e.  id  est  [c'est-à-dire] 

inf.  infra    [ci-dessous] 

init.  initio    [au  commencement] 

jap.  japonais 

litt.  littéralement 

ras.,  mss.  manuscrit,  manuscrits 

n.  note 


n.éc,       ) 
nouv.  éc.) 


nouvelle  école  [terme  dont  la  valeur 

varie  selon  les  textes  et  les  auteurs  :  d'une 
façon  générale,  on  appelle  "nouvelles",  shin- 
yaku  fïffpi,  les  interprétations,  traductions, 
transcriptions,  etc.,  de  termes  techniques, 
de  noms  propres,  etc.,  qui  furent  introduites 
sous  les  Tô  (T'ang)  Jg?  (618-906),  par  Genjô 
(Hiuan-tsang)  pour  les  Sûtra  et  l'Abhi- 
dharma,  par  Gijô  (Yi-tsing)  pour  le  Vinaya, 
par  Fukû  (Pou-k'ong,  Amoghavajra)  pour 
l'ésotérisme,  etc.,  tandis  que  celles  des 
auteurs  et  des  traducteurs  chinois  antérieurs 
aux  Tô  (T'ang),  p.  ex.  Kumârajîva,  Para- 
mârtha,  etc.,  sont  dites  "anciennes",  kuyaku 


Hlf^l  ;  la  terminologie  de  l'"école  nouvelle" 
se  distingue  de  celle  de  1' "école  ancienne" 
par  une  plus  grande  précision  :  les  traduc- 
tions reposent  souvent  sur  des  analyses 
étymologiques,  les  transcriptions  phonétiques 
sont  plus  rigoureuses  ;  c'est  cette  terminologie 
qui,  dans  l'ensemble,  est  restée  classique 
chez  les  bouddhistes  d'Extrême-Orient]. 

p.  pâli  ; — page 

p.  ex.  par  exemple 

PI.  D.  Plan  de  Diamant  [sk.  vajradhâtu] 

PI.  M.  Plan   de   Matrice   [sk.   garbhadhâtu] 

P.V.  Petit  Véhicule  [sk.  hînayâna] 

q.v.  quod  vide 

réf.  référence 

sk.  sanskrit 

sq.  sequens,  sequentes  [et  suivant(s)] 

sup.  supra   [ci-dessus] 

s.v.  sub  voce  [sous  le  terme] 

syn.  synonyme 

te.  transcription,  transcrire 

td.  traduction,    traduire,    traducteur 

Tg.  Tathâgata 

tib.  tibétain 

ut  sup.  ut  supra  [comme  ci-dessus] 

var.  variante 


Un  astérisque  *  précède  les  termes  auxquels  est 
ou  sera  consacré  un  article  spécial  du  Dictionnaire. 

Une  croix  f  signifie  "mort". 

Une  double  croix  J  dénote  les  prononciations 
anormales  qui  sont  de  tradition  dans  les  écoles  boud- 
dhiques du  Japon  :  p.  ex.  pSj^if!Jn  lu  Jabokya  au 
lieu  de  la  prononciation  normale  qui  serait  abok[u]ka 
en  Kanon  ^ff-  ou  amokuga  en  Goon  ^^  [les 
termes  bouddhiques  sont  généralement  lus  en 
Goon] . 

Le  signe  =  placé  entre  un  terme  sanskrit-pali  et 
un  terme  sino-japonais  signifie  en  principe  que  l'un 
est  une  transcription  de  l'autre. 


Un  petit  cercle 
palis. 


sert  à  abréger  les  mots  sanskrits- 


3 


FONDATION  ÔTANI  *r  WADA 


HÔBÔGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS  LES  SOURCES  CHINOISES  ET  JAPONAISES 


PUBLIÉ  SOUS  LE  HAUT  PATRONAGE  DE 

L'ACADÉMIE  IMPERIALE  DU  JAPON 

ET  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

SYLVAIN  LÉVI  et  J.TAKAKUSU 

PROFESSEUR  AU  COLLEGE  DE    FRANCE  PROFESSEUR  HONORAIRE  À  LUNI VERSITÉ  IMPÉRIALE  DE  TÔKYÔ 

MEMBRES  DE  L'ACADÉMIE  IMPÉRIALE  DU  JAPON 

RÉDACTEUR  EN  CHEF 

PAUL  DEMIÉVILLE 


DEUXIÈME  FASCICULE  :    BOMBAI— BUSSOKUSEKI 

y 

MAY  H  1956 

MAISON  FRANCO-JAPONAISE 
TOKYO 
19  3  0 

_ 

AGENTS  DE  VENTE 
MAISON  FRANCO-JAPONAISE,  TÔKYÔ  —  LIBRAIRIE  DAIYÛKAKU,  TÔKYÔ — GROLIER  SOCIETY.  KÔBK 

) 


HÔBÔGIRIN 

Dictionnaire  Encyclopédique  du  Bouddhisme  d'après  les  sources  chinoises  et  japonaises 

Le  Hôbôgirin  paraît  par  fascicules  d'une  centaine  de  pages  ;  chaque  fascicule  est  illustré  de 
nombreuses  figures  dans  le  texte  et  de  plusieurs  planches  hors-texte,  dont  quelques-unes  en 
couleurs.     L'ouvrage  entier  comportera  probablement  une  dizaine  de  fascicules. 

Il  n'est  accepté  de  souscription  que  pour  l'ouvrage  complet,  mais  le  montant  total  de  la 
souscription  n'est  pas  versé  d'avance  :  chacun  des  fascicules  sera  payé  séparément  au  fur  et  à 
mesure  de  la  publication.  Le  prix  de  chaque  fascicule  sera  d'environ  6  yen  (=15  francs  or  =12 
shillings  =  3  dollars  or),  frais  de  port  en  sus.  Pour  les  personnes  n'ayant  pas  souscrit  dès  le  début, 
le  prix  de  tous  les  fascicules  parus  avant  la  souscription  pourra  être  majoré  de  25%.  De  plus, 
les  éditeurs  se  réservent  d'augmenter  le  prix  total  de  l'ouvrage  après  la  publication  de  l'ensemble. 

Les  personnes  qui  désirent  recevoir  le  Hôbôgirin  doivent  adresser  leur  souscription  à  la 
Maison  Franco- Japonaise,  en  spécifiant  leur  préférence  pour  l'un  ou  l'autre  des  deux  modes  de 
paiement  suivants  : 

(1)  paiement  par  remboursement  postal  à  la  réception  des  fascicules,  pour  les  pays  où  l'envoi 
contre  remboursement  postal  est  admis  par  la  Poste  Japonaise  (Allemagne,  Belgique,  Chili,  Chine, 
Danemark,  Dantzig,  Finlande,  France  et  Algérie,  Islande,  Italie,  Norvège,  Pays-Bas  et  Indes 
Néerlandaises,  Suède,  Suisse)  ; 

(2)  paiement  d'avance,  sur  préavis  du  prix  exact  de  chaque  fascicule,  par  mandat  postal  ou 
chèque,  valeur  en  yen,  adressé  à  M.  le  Rédacteur  en  Chef  du  Hôbôgirin,  cjo  Maison  Franco- 
Japonaise,  Tôkyô. 

Avant  la  publication  de  chacun  des  fascicules,  le  prix  exact  en  sera  communiqué  aux 
souscripteurs.  S'ils  ont  choisi  le  premier  mode  de  paiement,  le  fascicule  leur  sera  expédié  dès  sa 
publication  ;  s'ils  ont  choisi  le  second,  l'expédition  ne  sera  faite  qu'après  réception  du  montant. 

Au  Hôbôgirin  est  annexé,  sous  le  titre  de  Tables  du  Taishô  Issaikyô,  un  index  de  la  dernière 
édition  japonaise  du  Canon  Bouddhique  de  langue  chinoise,  le  Taishô  Issaikyô.  Ces  tables, 
indispensables  tant  aux  lecteurs  du  Hôbôgirin  qu'à  ceux  du  Taishô  Issaikyô,  formeront  un 
fascicule  d'environ  200  pages,  de  même  format  que  le  Hôbôgirin,  ce  format  étant  aussi  celui  du 
Taishô  Issaikyô.  Elles  sont  actuellement  sous  presse  et  paraîtront  immédiatement  à  la  suite  du 
deuxième  fascicule  du  Hôbôgirin.  Les  Tables  du  Taishô  Issaikyô  seront  expédiées  à  tous  les 
souscripteurs  du  Hôbôgirin  dans  les  mêmes  conditions  que  les  autres  fascicules,  au  prix  de  8  yen  ; 
mais  elles  seront  aussi  mises  en  vente  isolément. 

Les  éditeurs  s'étaient  proposé  de  publier  ultérieurement  une  traduction  anglaise 
du  Hôbôgirin,  comme  l'annonçait  la  circulaire  ;  mais  en  raison  des  difficultés  que 
présenterait  le  travail  de  traduction,  ce  projet  a  été  abandonné. 

HÔBÔGIRIN 

An  Encyclopaedic  Dictionary  of  Buddhism  compiled  from  Chinese  and  Japanese  sources 

The  Hôbôgirin  appears  in  sériai  parts,  each  part,  of  about  100  pages,  being  illustra ted  by 
numerous  figures  in  the  text  and  several  plates,  some  in  colours.  The  complète  work  will 
comprise  about  10  parts. 

Though  subscriptions  are  accepted  only  for  the  complète  work,  the  subscription  price  is 
not  payable  in  full  in  advance,  but  separately  for  each  part  as  it  appears.  The  price  of  each 
part  will  be  approximately  6  yen  (  =  12  shillings  =  3  gold  dollars  =  15  gold  francs),  exclusive  of 
postage.  For  those  who  are  not  original  subscribers,  the  price  of  any  part  issued  previous  to 
their  subscription  may  be  increased  by  25%,  while  the  publishers  reserve  the  right  of  increasing 
the  total  price  after  the  publication  of  the  complète  work. 

Intending  subscribers  to  the  Hôbôgirin  should  apply  to  the  Maison  Franco -Japonaise, 
specifying  which  of  the  following  methods  of  payment  they  elect,  viz.  : 

(1)  payment  through  the  Post  Office  on  receipt  of  each  part,  in  those  countries  to  which 
the  Japanese  Post  Office  despatches  postal  matter  under  the  C.O.D.  System  (Belgium,  Chile, 
China,  Danzig,  Denmark,  Finland,  France  and  Algeria,  Germany,  Holland  and  Dutch  Indies, 
Iceland,  Italy,  Norway,  Sweden,  Switzerland)  ; 

(2)  payment  in  advance,  on  receipt  of  notice  of  the  exact  price  of  each  part,  by  postal  order 
or  chèque  payable  in  yen  to  The  Chief  Editor  of  the  Hôbôogirin,  cjo  Maison  Franco-Japonaise,  Tôkyô. 

Before  the  publication  of  each  part,  its  exact  price  will  be  notified  to  subscribers.  If  they 
hâve  elected  the  first  method  of  payment,  the  part  will  be  despatched  to  them  upon  publication. 
If  they  hâve  elected  the  second  method,  the  part  will  be  despatched  only  after  receipt  of  its  price. 

There  is  annexed  to  the  Hôbôgirin,  under  the  title  of  Taishô  Issaikyô  Tables,  an  Index  of  the 
latest  Japanese  édition  of  the  Buddhist  Canon  in  Chinese,  the  Taishô  Issaikyô.  Thèse  Tables, 
which  are  as  indispensable  to  readers  of  the  Taishô  Issaikyô  as  to  those  of  the  Hôbôgirin,  will 
form  a  volume  of  about  200  pages,  of  the  same  format  as  the  Hôbôgirin,  which  is  also  that  of  the 
Taishô  Issaikyô.  They  are  now  in  the  press,  and  will  appear  immediately  after  the  second  part  of 
the  Hôbôgirin.  The  Taishô  Issaikyô  Tables  will  be  sent  to  ail  subscribers  to  the  Hôbôgirin  under  the 
same  conditions  as  the  other  parts  at  the  price  of  8  yen  ;  but  they  will  also  be  for  sale  separately. 

The  editors  had  in  view  the  eventual  publication  of  an  English  translation  of  the 
Hôbôgirin,  as  announced  in  the  circular  ;  but  on  account  of  the  dificulties  which  the 
work  of  translation  involve,  this  project  has  been  abandoned. 


HÔBÔGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS   LES   SOURCES    CHINOISES   ET   JAPONAISES 


DEUXIÈME  FASCICULE  :     BOMBAI— BUSSOKUSEKI 


AVERTISSEMENT 

DU  DEUXIÈME   FASCICULE 


La  publication  de  ce  fascicule  a  été  retardée  par  la  préparation  des  tables  du  Taishô  Issaikyô, 
qui  sont  à  V impression  depuis  plus  d'un  an  et  demi.  Elles  devaient  paraître  avant  le  deuxième  fascicule 
du  Hôbôgirin,  mais  afin  d'éviter  un  trop  long  délai  il  a  paru  préférable  de  publier  ce  deuxième  fascicule 
avant  les  Tables,  bien  que  cette  modification  risque  d'incommoder  les  lecteurs  du  Hôbôgirin,  privés 
de  la  concordance  bibliographique  qui  leur  est  indispensable.  Les  Tables  du  Taishô  Issaikyô  paraîtront 
peu  après  le  présent  fascicule. 

M.  Jean  Rahder,  professeur  de  sanskrit  et  de  grammaire  comparée  à  l'Université  d'Utrecht, 
chargé  par  le  Gouvernement  Français  d'une  mission  spéciale  à  la  Maison  Franco-Japonaise,  a  passé 
huit  mois  à  Tokyo  pour  collaborer  au  Hôbôgirin.  Le  Gouvernement  Hollandais  lui  a  accordé  une 
subvention  pour  ses  frais  de  voyage.  Il  a  pris  une  part  active  à  la  préparation  des  fascicules  deuxième 
et  troisième  ;  les  articles  Bonnô  fM'\$i  et  Butine  5t'$i  sont  de  sa  main. 

Au  Professeur  J.  TAKAKUSU  sont  dûs  les  articles  Bugaku  %$£  et  Busshô  #tt.  M.  E.  GAS- 
PARDONE,  membre  de  l'Ecole  Française  d'Extrême-Orient,  chargé  d'une  mission  à  la  Maison 
Franco-Japonaise  pour  collaborer  au  Hôbôgirin,  a  mis  la  dernière  main  à  la  correction  des  épreuves  du 
présent  fascicule. 

La  préparation  de  l'article  Bombai  ^M  a  été  facilitée  par  le  concours  bienveillant  des  meil- 
leurs spécialistes  japonais  :  le  Professeur  TANABE  Hisao  EH£lf£ï£t,  de  Tokyo,  le  Rev.  TAKI 
Dônin  ^ifËàtS,  du  Hieizan,  les  Rev.  MIZUHARA  Gyôei  7.k!^#Ê^,  ÔYAMA  Kôjun  %W\ 
£?$  et  NAKAGAWA  Zenkyô  +JI|*tJc,  du  Kôyasan,  et  le  Rev.  ONOZUKA  Yochô  >VmU 
$M,  de  Tokyo. 

Pour  l'illustration  du  présent  fascicule,  des  remerciements  sont  dûs  au  Bureau  de  la  Musique, 
du  Ministère  de  la  Maison  Impériale  (Kunaishô  Gakubu  fj  F*3  ^IfêSPj ,  à  l'Ecole  des  Beaux- Arts 
de  Tokyo,  au  Daigoji  $!!$]#,  près  de  Kyoto,  au  Yûzûdainembutsuji  MMX&ffî^,  d'Osaka,  à  la 
Bibliothèque  du  Tôdaiji  MX^,  de  Nara,  et  enfin  à  la  Toppan  Printing  Company  ûUSÉPlî'Jlltd:,  de 
Tokyo,  qui  a  exécuté  toutes  les  reproductions. 

Ont  collaboré  régulièrement  au  deuxième  fascicule  du  Hôbôgirin  : 
MM.  WADA  Tetsujô  mBWM, 

AKAMATSU  Hidekage  #fô^, 
HASUZAWA  Jôjun  ^f/«, 
KUNO  Hôryû  ^if^H, 
NARITA  Shôshin  /&ffl^g. 


BOMBAI 

sent  dans  l'autre  monde  ;  on  voulut  les  étouffer 
sous  un  sac  de  terre,  mais  leurs  parents  invitèrent 
des  moines  à  faire  une  cérémonie  en  leur  faveur,  et 
à  chaque  son  de  Bai  la  barre  de  fer  qui  fermait  le 
sac  se  brisa,  et  les  esclaves  ressuscitèrent. — Enfin  Ttt. 
2145  XII  cite  la  table  du  Hôonshû  fé$BJf|  de  Sôyû 
(Seng  yeou,  445-518  A.D.)  ;  le  sixième  chapitre  de 
cet  ouvrage  (aujourd'hui  perdu,  cf.  BEFEO  XXIV, 
4,  n.  4)  était  consacré  au  Bombai.  Cette  table  nous 
apprend  que  plusieurs  pièces  de  Bombai  avaient  été 
composées  par  un  empereur  de  la  dynastie  des  Sei 
(Ts'i)  Méridionaux  f$|pf  (479-502  A.D.),  ainsi  que 
que  par  un  prince  impérial,  patron  des  lettrés  et  des 
moines,  Shô  Shiryô  (Siao  Tseu  leang)  IH^Isi»  prince 
de  Kyôryô  (King  ling)  j£|§?:E  [nom  posthume  : 
Bunsen  (Wen  siuan)  j^CjÉH,  qui  était  le  deuxième  fils 
de  Butei  (Wou  ti)  jjfc'Tj?  (483-493  A.D.)  ;  l'art  de  la 
Psalmodie  paraît  avoir  été  particulièrement  floris- 
sant sous  cette  dynastie  Le  Nanseisho  (Nan  Ts'i 
chou)  ^j^U  xl  (éd.  lith.  de  Shanghai,  3  b,  col.  6), 
et  Ttt.  2035  xxxvi  rapportent  qu'en  487  A.D.  le 
prince  de  Kyôryô  (King  ling)  invita  chez  lui  des 
moines  célèbres  pour  discuter  sur  le  bouddhisme 
et  "élaborer  de  nouveaux  sons  pour  la  Psalmodie 
(Bai)  des  textes  sacrés"  MMMWÎWÈ- — Sur  la  tech- 
nique musicale  du  Bombai  en  Chine,  on  ne  sait 
pratiquement  rien.  Un  sûtra  es.  td.  par  Vajrabodhi 
en  733,  T.  866  iv  (248  a),  mentionne  les  noms  de 
quelques  notes  ou  modes  hindous  :  Pour  psalmodier 
les  Hymnes,  prescrit  ce  texte,  il  faut  employer  le 
matin  le  ton  Sharô  $fj|g  (sk.  sâdava,  le  5e  des  7  râga 
classiques),  à  midi  le  ton  moyen,  Chûon  cIjÇ  (sk. 
madhyama,  4e  des  7  notes  de  la  gamme,  et  nom  d'un 
mode),  le  soir  le  ton  brisé  Haon  ^Ç  (sk.  ?),  la  nuit 
le  cinquième  ton,  Daigoohin  ^H^^  (sk.  pancama, 
la  5e  des  7  notes). — D'autre  part,  à  l'époque  des  Tô 
(T'ang),  la  secte  de  la  Terre-pure  paraît  avoir  fait 
grand  usage  de  la  Psalmodie  dans  ses  cérémonies. 
Un  rituel  compilé  par  Chishô  (Tche  cheng)  *$^- 
vers  730  A.D.,  Ttt.  1892  (456  ^464  a,  465  a),  décrit 
le  rite  de  l'"éparpillement  des  fleurs"  qui  dès  cette 
époque,  comme  de  nos  jours  au  Japon,  s'accompagnait 
de  stances  chantées  ;  plusieurs  des  stances  citées 
par  Chishô  sont  encore  en  usage  au  Japon  (Ungabai 
■eMP^  ;  Nyoraimyôshikishin  5H^#ê4'  [cf.  fig-  47]  ; 
"Puisse  ce  mérite  profiter  à  tous...";  etc.). — Le 
rite  de  l'"éparpillement  des  fleurs"  figure  également 
dans  le  recueil  de  Hosshô  (Fa  tchao)  ££gg  intitulé 

'Rituel  et  Hymnes  de  la  cérémonie  abrégée  des  cinq 
assemblées   de   *Nembutsu  de  la  Terre-pure"   Ttt. 

1893.  Cette  cérémonie  fut  instituée  en  766  par 
Hosshô,  un  des  patriarches  de  l'"Association  du 
Lotus"  Rensha  ^jf±,  au  temple  Chikurinji  (Tchou 
lin  sseu)  1ttt#  qu'il  avait  fondé  au  Godaisan  (Wou 
t'ai  chan)  JZruMJ.  Hosshô  s'était  inspiré  du  texte 
suivant  du  Sukhâvatîvyûha  T.  360  1  (271  a)  :  "Le 
vent  pur  [soufflant  dans  les  arbres  faits  de  Joyaux 


97  BOMBAI 

qui  ornent  la  Terre-pure]  produit  sans  cesse  cinq 
tons  (goonshô  HrîliSÉ),  et  le%  tons  de  prime  (kyû  ^§f) 
et  de  seconde  (shô  $j)  s'harmonisent  naturellement 
de  façon  subtile  et  merveilleuse."  De  ce  passage  (qui 
manque  aux  recensions  sk.  du  Sukhâvatîvyûha),  il 
semble  ressortir  que  les  "cinq  tons"  n'étaient  autres, 
pour  les  traducteurs  de  T.  360,  que  les  cinq  notes 
de  la  gamme  chinoise  classique.  Mais  ce  n'est  pas 
ainsi  que  l'entendit  Hosshô.  A  l'imitation  des  har- 
monies paradisiaques,  il  institua  "cinq  assemblées" 
(Goe  IL'ft,  d'où  son  surnom  de  Goe  Hosshi  S'H' 
ïJ^jîj),  c.-à-d.  cinq  cérémonies  au  cours  desquelles 
des  assemblées  de  fidèles  psalmodiaient  le  nom 
d'Amida  de  cinq  façons,  sur  "cinq  tons"  différents, 
à  savoir,  dit  Hosshô  dans  son  rituel  Ttt.  1983  (476  b)  : 
(1)  d'un  ton  égal  (hyôjô  ^p^),  puis  (2)  lentement 
d'un  ton  égal-montant  (hyôshôjô  ^_h^f),puis  (3)  sans 
lenteur  ni  hâte,  puis  (4)  en  hâtant  peu  à  peu,  puis 
enfin  (5)  de  façon  hâtive.  En  dehors  de  ces  invoca- 
tions du  nom  d'Amida,  Hosshô  cite  dans  son  recueil 
toutes  sortes  de  stances  destinées  à  la  Psalmodie. 
— L'"éparpillement  des  fleurs"  est  encore  décrit 
sous  les  Sô  (Song),  en  1015,  par  Junshiki  (Tsouen 
che)  ^^  dans  Ttt.  1984  (941  c  -  942  a). — Sur  le 
Bombai  en  Chine  vers  la  fin  des  Tô  (T'ang),  on 
trouve  aussi  de  précieuses  informations  dans  les 
notes  de  voyage  ou  les  documents  rapportés  à  cette 
époque  par  les  pèlerins  japonais  ;  cf.  inf. — La  Psal- 
modie au  Japon. — Bibliographie. — La  Psalmodie 
n'a  pas  encore  été  au  Japon  l'objet  d'un  travail  scien- 
tifique d'ensemble.  L'histoire  n'en  est  guère  connue 
que  par  des  listes  de  filiation  qui  apportent  peu  de 
renseignements  positifs  sur  l'activité  des  maîtres 
dont  elles  énumèrent  les  noms.  Les  documents  sont 
loin  de  manquer,  mais  ce  sont  pour  la  plupart  des 
manuscrits  conservés  dans  les  temples,  et  l'on  vient 
à  peine  de  commencer  à  les  classer  et  à  les  mettre  en 
œuvre.  La  théorie  musicale  est  souvent  mal  comprise 
par  les  praticiens  bouddhistes,  tandis  que  les  musico- 
graphes laïcs  ne  l 'étudient  qu'en  passant.  La  tech- 
nique vocale,  les  différents  systèmes  de  notation 
n'ont  jamais  été  décrits  ou  codifiés  méthodiquement  ; 
ils  varient  suivant  la  secte,  l'école,  le  temple  et  même 
le  maître,  et  l'enseignement  en  est  resté  traditionnel 
et  essentiellement  oral.  Cet  enseignement  était  du 
reste  encombré  de  spéculations  philosophiques  ou 
religieuses  :  on  établissait  des  correspondances  com- 
pliquées entre  les  cinq  tons  et  les  cinq  Buddha,  les 
cinq  Connaissances,  les  cinq  éléments,  les  cinq 
directions,  les  cinq  saisons,  les  cinq  viscères,  etc.  ; 
entre  les  douze  degrés  chromatiques  et  les  douze 
mois,  les  douze  caractères  cycliques,  etc.  ;  entre  le 
le  mode  Ryo  et  le  Plan  de  Diamant,  le  mode  Ritsu 
et  le  Plan  de  Matrice,  etc.  Toutefois  la  diffusion  de 
la  musique  européenne  a  provoqué  récemment  un 
renouveau  des  études  relatives  à  la  Psalmodie. 
Plusieurs  spécialistes,  nourris  d'une  tradition  encore 


BOMBAI  98 

bien  vivante  au  Japon  (en  Chine  elle  paraît  s'être 
moins  bien  conservée),*  s'efforcent  d'épurer  cette 
tradition  en  la  soumettant  à  l'analyse  scientifique. 
Durant  l'été  de  1928,  une  grande  exposition  de 
documents  relatifs  à  la  Psalmodie  fut  organisée  au 
Kôyasan  ;  on  y  réunit  plus  d'un  millier  de  textes 
manuscrits  et  imprimés,  couvrant  toute  l'histoire  du 
Bombai  au  Japon  depuis  l'époque  de  Nara  jusqu'à 
nos  jours.  Des  cours  et  des  conférences  furent  donnés 
à  cette  occasion  par  des  spécialistes  des  différentes 
sectes,  venus  de  toutes  les  parties  du  pays. — Pour 
préparer  la  suite  du  présent  article,  on  a  utilisé  les 
publications  des  savants  modernes,  en  les  complétant 
à  l'aide  d'informations  inédites  dues  à  leur  bienveil- 
lant concours.  Les  principaux  ouvrages  consultés 
sont  les  suivants: — Sur  la  théorie  musicale  japonaise 
en  général,  les  travaux  classiques  de  M.  Tanabe 
Hisao  ffl&fô#É  :  Ongaku  no  genri  -^^0)WM  "Les 
principes  de  la  musique",  Tôkyô  1916,  4e  éd.  aug- 
mentée 1924,  et  Nihon  ongaku  kôwa  0  ^3  $êj!$a?î 
"Cours  de  musique  japonaise"  (avec  un  appendice 
sur  la  Psalmodie  bouddhique),  Tôkyô  1926  ;  le  gros 
ouvrage  de  M.  Iba  Takashi  /@*^^,  Nihon  ongaku 


BOMBAI 


gairon  0  ifcÇJ 


"Traité  de  musique  japonaise", 


Tôkyô  1928. — Sur  la  musique  vocale  du  Japon, 
Takano  Tatsuyuki  i^ffgZ,  Nihon  kayôshi  0  ^Dt 
f&!È.  "Histoire  du  chant  au  Japon",  Tôkyô  1926. — 
Sur  la  Psalmodie  dans  la  secte  Shingon,  plusieurs 
articles  de  MM.  ôyama  Kôjun  ;k|lj&ï$,  Mizuhara 
Gyôei  7jtgC|g3fè,  Iwahara  Taishin  -ggciJHIî  et  Hori- 
zaka  Shôzen  ^S^MÉ!?,  parus  dans  la  revue  de  l'Uni- 
versité du  Kôyasan,  Mikkyô  kenkyû  fâ&ffî'jt,  an- 
nées  1924- 1929  ;  un  historique  publié  par  M.  Ôyama 
Kôjun  dans  la  collection  Nihon  shûkyô  daikôza  0  ^ 
%$kXW^M.i  v°l-  XII>  Tôkyô  1929  ;  enfin  de  nombreux 
manuels  et  recueils  de  Psalmodie,  imprimés  ou 
manuscrits  :  les  principaux  sont,  pour  l'école  Shin," 
le  Gyosan  taigaishû  ^.UlM^*^  de  Chôe  S^  (I49°)> 
souvent  réédité  avec  des  modifications  (1569,  1649, 
1683,  1685,  1711,  1743,  1834,  1892;  l'édition  la 
plus  récente  a  été  publiée  au  Kôyasan  en  1925),  et 
pour  l'école  du  Shingi-Shômyô  (branche  Buzan)  le 
Shingi  shômyô  daiten  fr^^BJ^*  de  M.  Uchi- 
yama  Shônyo  |*3|i|]E#n  (1917). — Sur  la  Psalmodie 
dans  la  secte  Tendai,  un  article  de  M.  Taki  Dônin 
^•f»E^Ë^>  dans  le  volume  précité  du  Nihon  shûkyô 
daikôza,  complété  verbalement  par  l'auteur,  et  divers 
manuels  et  recueils  dont  le  principal  est  le  Gyosam- 
mokuroku  /&M-lB$fe  de  Shûkai  ^^  (1235-1237). — 
Historique. — La  récitation  chantée  des  textes  semble 
avoir  été  pratiquée  déjà  à  l'époque  de  Nara.  Elle  y 
fut  introduite  par  des  moines  ch.,  tels  Dôei  (Tao 
jong)  jJi^t,  arrivé  en  719,  qui  "excellait  dans  le 
Bombai"  Gkss.  xvi,  ou  Dôsen  (Tao-siuan)  ÎËÏ#, 
venu  de  Chine  en  735,  qui  "lorsqu'il  récitait  le 
Brahmajala  émouvait  tous  ses  auditeurs  par  la  pureté 
de  sa  voix,  pareille  au  son  du  métal  ou  de  la  pierre" 


ib.  xvi.  En  752,  lors  de  la  cérémonie  solennelle  de 
l'"ouverture  des  yeux"  du  grand  Buddha  de  Nara, 
le  "Bai"  figure  avec  trois  autres  procédés  de  récita- 
tion dans  la  relation  des  fêtes  (Tdjy.  il,  42-43)  :  200 
chanteurs  exécutèrent  le  Bonnon,  200  le  Shakujô, 
10  le  Bai,  et  10  le  Sange  (sur  ces  termes  désignant 
des. pièces  de  l'hymnaire  chinois,  cf.  inf.  Les  textes 
psalmodiés).  Les  mêmes  pièces  furent  aussi  exécutées 
en  795  au  Hieizan,  lors  de  l'inauguration  du  Kom- 
ponchûdô  m^tf^  fondé  par  Dengyô  Daishi  (cf. 
Eigakuyôki  WMMîïL  h  ed-  Gunshoruijû  HfÇHifé 
xv).  Entre  753  et  809  un  moine  jap.,  Jicchô  Kashô 
HL&^Pfpiî.  passe  pour  avoir  dirigé  annuellement  au 
Tôdaiji  ^^C^  de  Nara  l'exécution  d'une  pièce  de 
Bombai  intitulée  Kannon  sembô  fjJ:fi"||i$È  ou  Jû- 
ichimen  kega  ^ — 'Ml^j'â  Tdjy.  iv  ;  mais  cette  pièce 
ne  s'est  pas  conservée.  En  783  un  édit  impérial 
prescrivit  d'améliorer  le  Bombai  Gkss.  xxm,  ce  qui 
prouve  bien  qu'à  cette  époque  il  était  déjà  florissant 
au  Japon  ib.  xxix  (335).  Le  Professeur  B.  Matsumoto 
fô^jSCHiP  de  Kyoto  possède  dans  un  ms.  de  l'épo- 
que de  Nara  une  pièce  de  Bombai  intitulée  Hokke 
sembô  j£?}\il|Éf࣠ ;  c'est  un  texte  fragmentaire  pourvu 
de  notations  musicales  très  simples. — Mais  c'est  avec 
l'introduction  des  deux  sectes  Shingon  et  Tendai, 
au  début  de  l'époque  de  Heian,  que  le  Bombai  se 
constitua  en  discipline  régulière  et  continue,  dis- 
cipline qui  ne  tarda  pas  à  supplanter  la  tradition  de 
musique  vocale  des  écoles  de  Nara  (où  se  conserva 
par  contre  la  tradition  ue  la  musique  instrumentale, 
cf.  *Bugaku).  C'est  dans  ces  deux  sectes,  qui  dès 
l'origine  attachèrent  une  importance  particulière 
aux  rites  pompeux  et  aux  cérémonies  qui  frappent 
la  vue  et  l'ouïe  des  fidèles,  que  l'art  de  la  Psalmodie 
s'est  transmis  jusqu'à  nos  jours,  d'une  part,  pour 
la  secte  Tendai,  au  Hieizan,  de  l'autre,  pour  la  secte 
Shingon,  au  Kôyasan  et  dans  les  grands  temples 
de  Kyoto  et  du  Yamato  ;  et  toutes  les  autres  sectes 
bouddhiques  du  Japon  ont  emprunté  leur  Psalmodie 
à  la  secte  Tendai.  Malgré  bien  des  contacts  et  des 
emprunts  réciproques,  la  tradition  du  Shingon  esl 
restée  nettement  distincte  de  celle  du  Tendai,  tanl 
pour  la  théorie  musicale  que  pour  les  procédés  tech- 
niques du  chant  et  les  systèmes  de  notation,  et  c'est 
seulement  depuis  quelques  années  que  les  spécialistes 
des  deux  sectes  se  sont  mis  à  collaborer  à  l'étude 
érudite  du  Bombai. — Secte  Shingon. — Dans  la  secte 
Shingon,  la  tradition  remonte  au  fondateur  Kûkai 
Sï&  (Kôbô  Daishi  fjL&jïffî).  L'année  même  de 
sa  mort  (835),  il  obtint  la  promulgation  d'un  édit 
qui  prescrivait  de  désigner  chaque  annéee  trois 
moines  de  la  secte  pour  étudier  le  Shômyô  §j£ 
Sous  ce  nom,  qui  traduit  originellement  le  sk.  sab- 
davidyâ,  c.-à-d.  la  grammaire,  on  comprenait  alors 
l'étude  de  la  langue,  de  la  récitation  et  de  l'écriture 
sanscrites.  Peu  à  peu  le  sens  du  terme  Shômyô  fut 
restreint  à  l'art  de  la  récitation  :  Shômyô  et  Bombai 


BOMBAI 

sont  devenus  synonymes.  Kôbô  Daishi  avait  rap- 
porté de  Chine,  entre  autres  mss.,  un  grand  nombre 
d'hymnes  en  sk.  La  liste  s'en  est  conservée  Tttt. 
2161  (p.  1063)  :  Bonjifugengyôgansan  ^-f^f^T 
\MWt  "Hymne  au  Vœu  accompli  par  Samantabha- 
dra"  ;  Bonjikikkeisan  ^^eifÊÊniîi  "Hymne  au  bien- 
heureux" ;  Bonjishichiguteibutsumosan  ^t^-b{iy§ 
f')|' l;itf£  "Hymne  aux  sept  Millions  de  Mères  de  B."  ; 
Bonjisempatsumonjuippyakuhachimyôsan  ;££  ^  ^  §fc 
b^^j^ïï A^Iil  "Hymne  aux  108  noms  de  Manjusrî 
aux  mille  Bols"  ;  Bonjijûrokudaibosatsusan  ^Ê^+ax 
X  ïï-W.Wt  "Hymne  aux  seize  grands  Bs."  ;  Bongodai- 
sammayashinjitsuippyakuhachimyôsan  ^£§§;JcHB^ft 
J)tïî!_JÏ3  A^affÊ  "Hymne  aux  108  noms  de  la  grande 
Réalité  de  Convention"  ;  Bonjitenryûhachibusan  ^ 
rî^fiAnftHj  "Hymne  aux  huit  classes,  Dieux, 
Dragons,  etc."  ;  Bonjijûichimensan  ^£cfr"J'*— 'ïBtjt 
"Hymne  aux  onze  faces  [d'Avalokitesvara]"  ;  Bon- 
jikongôhôrôkakushingon  oyobi  ippyakuhachimyôsan 
ît'ï:mWMmm,nn-ÏÏA%m  "Formule  du  pa- 
vil  Ion  du  Pic  de  Diamant  et  Hymne  aux  108  noms"  ; 
Bonjirengebusan  ffi^^iê(èp$Wt  "Hymne  à  la  Section 
de  Lotus".  Le  Kiizokufudoki  ^E^^/£l±fS  iv  men- 
tionne plusieurs  cérémonies  accomplies  par  Kôbô 
Daishi  au  Kôyasan  et  qui  devaient  comporter  du 
Bombai. — Après  une  tradition  continue  de  près 
de  deux  siècles  (Shinga  Jjt$H  801-879  ["dont  la 
voix,  lorsqu'on  848)  il  récitait  à  l'empereur  Jimmei 
les  noms  sk.  des  trente-sept  personnages  principaux 
du  Plan  de  Diamant,  était  pure  et  claire  comme  un 
collier  de  perles"  Gkss.  m],  Shinnen  j^ffi  804-891, 
Gennin  ggC  818-887,  Yakushin  g%fë  827-906,  Uda 
Ihôô  ^g-fèï^  864-931,  Kankû  j|[£  884-972, 
Kanchô  ^^J  916-998  [dont  on  rapporte  qu'il  écrivit 
des  notations  musicales  pour  la  Psalmodie  du  Rishu- 
kyô  ïMlÈi^,  Ardhasatikâ  Prajnâpâramitâ)],  l'art  de 
la  Psalmodie  tomba  en  décadence  dans  la  secte  et 
il  se  forma  un  grand  nombre  d'écoles  sans  unité. 
[Au  milieu  du  xne  siècle  (1 145-1550),  le  moine  Ka- 
kushô  ^'|^,  fils  de  l'empereur  Toba,  convoqua  au 
temple  de  Ninnaji  dfP^p,  près  de  Kyoto,  quinze 
spécialistes  qui  pendant  plus  de  deux  mois  étudièrent 
et  comparèrent  les  mélodies  transmises  dans  les 
diverses  écoles  ;  à  la  suite  de  leurs  travaux,  ils  fondè- 
rent les  écoles  dites  de  Ninnaji-Sôôin  {H^P^MfUtë 
BciM  ou  de  Hon-Sôôin  ^B^^OÎJ  (école  principale, 
fondée  par  Kakushô),  de  Nakagawa-Daishin  cpi'IX 
pHàît  (ou  simplement  Shin  3j|ôfE,  fondée  par  Shûkan 
tënDî,  nom  posthume  [Daijshin  Shônin  [:k]jjt  LÀ) 
et  de  Daigo  g§$jy{£  (fondée  par  Jôhen  fèM)>  dont 
la  première  se  subdivisa  en  branche  ancienne  dite 
de  Bodaiin  ^|g[$cÔÎÏ,  et  branche  nouvelle,  dite  de 
Saihôin  ySfîfêciM.  Dans  l'école  Ninnaji-Sôôin,  la 
hauteur  des  notes  vocales  était  fixée  par  rapport  à 
celles  du  luth  (koto  ^)  ;  dans  les  écoles  Shin  et 
Daigo  (comme  dans  celle  d'Ôhara,  secte  Tendai),  par 
rapport  à  celles  de  la  flûte  (fue  ^  [cf.  fig.  44]).— De 


99 


BOMBAI 


ces  trois  écoles,  la  première,  celle  de  Ninnaji-Sôôin, 
disparut  à  la  fin  de  l'époque  Tokugawa  ;  dans  cette 
école  les  recueils  de  Bombai  étaient  dénommés 
Hossokushû  ££HlJ;!f|,  et  l'on  continuait  à  employer, 
du  moins  sporadiquement,  l'ancien  système  de 
notation  dit  Ko-hakase  (cf.  inf.).  Le  Ninnaji  a  adopté 
depuis  lors  la  Psalmodie  de  l'école  Shin,  mais  on  y 
conserve  encore  de  nombreux  manuscrits  de  Bombai 
dont  le  plus  ancien  remonte  à  l'ère  Yôwa  (1181), 
manuscrits  dont  les  notations  se  rattachent  aux 
systèmes  Ko-hakase  et  Fu-hakase  (sur  lesquels  cf. 
inf.). — Aux  temps  modernes  ont  seules  subsisté  les 
deux  autres  écoles,  Shin  et  Daigo.  Le  centre  de 
l'école  Shin  était  originellement  au  Nakawagadera 
ffjil^p  en  Yamato,  mais  au  milieu  du  xme  siècle  il 
fut  transféré  par  Shôshin  Jj^k  au  Kôyasan,  où  cette 
école  s'est  perpétuée  jusqu'à  nos  jours  à  l'exclusion 
de  toute  autre.  C'est  au  Kôyasan  que  vers  1264-1275 
Kakui  j-tM,  dit  Shôrembô  HÊ^lJi,  inventa  le  sys- 
tème de  notation  en  trois  registres  de  cinq  notes, 
toujours  usité  depuis  lors  (cf.  inf.  ;  fig.  47-48,  51-54), 
que  vers  l'an  1300  Ryûnen  P§?|$  résuma  les  gammes, 
modes,  systèmes,  etc.,  propres  aux  différentes  pièces 
de  Bombai,  en  une  série  de  stances  mnémoniques 
(cf.  fig.  47-48)  qui  figurent  encore  dans  les  manuels 
modernes  [c'est  le  plus  ancien  ms.  de  Bombai  du 
Kôyasan],  qu'en  1496  Chôe  ^jg  composa  le  Gyosan 
taigaishû  ^lil^^r-iH  [°u  simplement  Gyosan  &UJ, 
terme  qui  s'emploie  au  Japon  pour  désigner  en 
abrégé  les  manuels  de  Bombai],  resté  jusqu'à  nos 
jours  le  manuel  de  Bombai  le  plus  courant  dans  la 
secte  Shingon,  et  qu'actuellement  encore  l'étude  du 
Bombai,  aussi  bien  pratique  que  théorique  et  his- 
torique, est  cultivée  par  une  brillante  équipe  de 
spécialistes,  dont  les  travaux  sont  publiés  dans  la 
revue  Mikkyô  kenkyû  ^fScfiFf;^,  organe  de  l'Univer- 
sité du  Kôyasan.  Quant  à  l'école  Daigo,  qui  était 
tombée  en  décadence  peu  après  sa  fondation,  la 
tradition  en  fut  reprise  à  la  fin  du  xme  siècle,  avec 
des  innovations  empruntées  à  l'école  Shin,  par  Raiyu 
lÉfJifc,  qui  avait  inauguré  au  Daidembôin  ^-{lÉféc&c 
de  Negoro  #|2|S  (au  sud  du  Kôyasan)  le  mouve- 
ment connu  sous  le  nom  de  "Shingon  réformé", 
Shingi-Shingon  M^èBrW-  Elle  est  cultivée  de  nos 
jours  (sous  le  nom  de  Shingi-Shômyô  $?iê§f:B$)  au 
Chishakuin  ^fgi;  de  Kyoto  et  au  Hasedera  Jç^lHr* 
en  Yamato,  sièges  respectifs  des  branches  du  "Shin- 
gon réformé  "connues  sous  le  nom  de  Chizan  ^(Ij-^ 
et  de  Buzan  HHUiBt,  ainsi  que  dans  les  temples  qui 
en  dépendent.  La  Psalmodie  usitée  dans  cette  école 
remonte,  sous  sa  forme  actuelle,  à  Raishô  fjfjE  dit 
Sennombô  'Sf.^ffj,  qui  la  fixa  à  la  fin  du  xvine  siècle 
et  en  compila  un  manuel  (1682  ;  éd.  révisées  1683, 
1685,  171 1).  Un  nouveau  manuel,  très  répandu 
aujourd'hui,  a  été  publié  en  1917  sous  le  titre  de 
Shingi  shômyô  daiten  %ft$£%£RMX J&. — Secte  Tendai. — 
Dans  la  secte  Tendai  on  fait  remonter  la  tradition 


BOMBAI _^_____ l 

du  Bombai  à  Ennin  HC  (Jikaku  Daishi  J&j&%ffî), 
qui  étudia  la  récitation  chantée  auprès  de  dix  maîtres 
chinois  au  cours  de  son  voyage  en  Chine  de  838  à 
847  Gkss.  xxix.  Dans  son  journal  de  route  Ngjg. 
1,  il  décrit  une  cérémonie  accomplie  en  838  dans 
un  monastère  chinois  ;  on  y  récita  plusieurs  pièces 
de  Bombai,  notamment  la  stance  qui  commence 
par  ces  mots  :  "Inépuisable  est  le  Formel  du  Tg." 
(cf.  inf.).  Ennin  mentionne  ailleurs  plusieurs  autres 
pièces  encore  chantées  de  nos  jours  au  Japon  (Unga- 
bai  SMng  î  Gobai  fâM  ;  Sange  fk^i  ;  hymne  com- 
mençant par  ces  mots  :  "A  lui  qui  réside  dans  le 
monde. .  .'  ;  etc. — cf.  inf.)  ;  il  décrit  aussi  la  façon 
de  psalmodier  des  moines  coréens,  et  note  que  le 
Bombai  de  Chine  était  analogue  à  celui  du  Japon. 
Ses  descriptions  concordent  dans  l'ensemble  avec 
les  procédés  encore  suivis  au  Japon  ;  c'est  donc 
probablement  sous  son  influence  que  se  constitua  le 
rituel  des  récitations  sacrées  dans  le  Tendai  japonais. 
Après  son  retour,  en  851,  il  exécuta  dans  le  temple 
qu'il  avait  fondé  au  Hieizan  une  cérémonie  com- 
portant du  Bombai,  dite  Injô  nembutsu  ^IS^j'fô, 
qu'il  avait  apprise  en  Chine,  au  Chikurinji  (Tchou 
lin  sseu)  it^#  du  Godaisan  (Wou  t'ai  chan)  5p  Ul» 
où  cette  cérémonie  avait  été  instituée  par  Hosshô 
(Fa  tchao)  fèftft  (cf.  sup.).  D'autre  part,  c'est  à  lui 
que  sont  attribués  les  premiers  Hymnes  composés 
pour  la  Psalmodie  en  langue  japonaise  (Wasan  $]jj$j, 
cf.  inf.),  notamment  un  "Hymne  à  la  Relique", 
Shari  sandan  ^flj^^l,  qui  se  transmit  par  ses 
disciples  et  successeurs.  Après  lui,  les  maîtres  du 
Tendai  qui  se  spécialisèrent  dans  le  Bombai  furent 
Enchin  Qg  814-891,  Sôô  fàm  831-918,  Jôzô  ^W, 
891-964,  Ryôgen  gjff  (alias  Jie  3|i£)  912-985 
fauteur  d'un  texte  de  Bombai  intitulé  Daishinijûro- 
kujôshiki  ^Sfin+Ai^],  Genshin  $>{g  942-1017 
[auteur  de  Rokudôkôshiki  A^ti^fS),  recueil  de 
Bombai  encore  en  usage  de  nos  jours],  Kakki  :fg|fi, 
Ekû  ^g^,  Kansei  %%£,  et  Ryônin  &j&  1072-1132 
[cf.  Gkss.  xxix].  Ce  dernier  donna  un  nouvel  essor 
au  Bombai  dans  la  secte  Tendai  et  en  fixa  définitive- 
ment la  tradition  ;  c'est  lui  qui  inventa  le  système 
de  notation  dit  Meyasu-hakase  @5fe|f±  (cf.  inf.), 
ainsi  que  l'atteste  un  ms.  de  sa  main,  daté  de  1131, 
que  conserve  le  Yûzûdainembutsuji  f$i:M.%1&$i>~^f  a 
Ôsaka  [temple  principal  de  la  secte  Yûzûnembutsu, 
secte  dont  le  fondateur  n'est  autre  que  Ryônin] 
(fig.  42).  Son  école  porte  le  nom  d'Ôhara  jïfiji, 
faubourg  de  Kyoto  situé  au  pied  du  Hieizan,  où 
Ryônin  s'établit  en  1094  et  fonda  en  11 09  le  Raikôin 
?£?âî$c  î  c'est  en  ce  lieu,  surnommé  Gyosan  $&ll|  par 
allusion  à  la  montagne  où  le  prince  chinois  Sôshoku 
(Ts'ao  Tche)  avait  entendu  des  voix  surnaturelles, 
que  se  perpétua  principalement  l'étude  de  la  Psal- 
modie dans  la  secte  Tendai,  aux  temples  Raikôin 
2&ffi£c  (fondé  par  Ryônin),  Shôrinin  BM^c  (fondé 
par  Jakugen  jja^  en  1013,  un  siècle  avant  l'époque 


D  BOMBAI 

de  Ryônin),  et  Sanzenin  H^l^c  (transféré  un  peu 
plus  tard  du  Hieizan  à  ôhara). — Parmi  les  succes- 
seurs de  Ryônin,  on  peut  mentionner  son  disciple 
Kakan  %.*%,  qui  enseigna  le  Bombai  à  l'empereur 
Goshirakawa  fê[ÊîJI|  après  son  abdication  en  1158, 
et  eut  pour  élèves  Chôkô  ^&,  fondateur  d'une 
école  de  Bombai  au  Myôonin  ^^fêt,  et  Chishun 
^/$?,  lui-même  maître  de  Tanchi  ^$^  dit  Rennyû- 
bô  HÀ;J£  et  de  Jôshin  :&>i>  dit  Renkaibô  H^LJ^. 
On  doit  à  Tanchi  (qui  connaissait  également  la  musi- 
que instrumentale)  un  catalogue  des  pièces  de  Shô- 
myô  et  un  ouvrage  (ms.)  intitulé  Shômyôyôjinshû 
§?flJ3H'L^j|l,  où  il  attribue  au  mode  Ryo  une  origine 
chinoise,  au  mode  Ritsu  une  origine  japonaise  et 
au  mode  Chûkyoku  une  origine  indienne  (sur  ces 
trois  modes  usités  dans  le  Bombai,  cf.  inf.).  Un  de 
ses  élèves,  Shûkai  Sn^,  compila  le  Gyosammoku- 
roku  $j]J0f&  (1235-1237),  répertoire  des  pièces 
de  Bombai  usitées  dans  l'école  d'Ôhara  ;  il  y  indiqua 
pour  chaque  pièce  le  système  conventionnel  de 
notation,  la  hauteur  de  l'initiale,  le  mode  (Ryo  g, 
Ritsu  ^,  etc.),  le  ton  (Chôshi  pl^f)  et  la  position  de 
la  voix  (Kayô  ÇtH  ou  Otsuyô  &$£)•  Son  élève  Kien 
g$3  dit  Enjubô  É$kM-,  auteur  du  Shômyôzuimon- 
chû  WtWiïRffifà.  où  il  parle  du  Hennon  g£||\  c.-à-d. 
des  pièces  au  cours  desquelles  on  change  de  mode, 
alla  s'installer  au  Kôyasan  ;  sa  succession  fut  assurée 
à  Ôhara  par  Kakuen  §g$3>  Puis  Par  Keien  |?$3. 
Ensuite  l'école  d'Ôhara  tomba  en  décadence,  mais 
vers  le  début  du  xve  siècle  elle  fut  restaurée  par  un 
maître  du  Hieizan,  Ryôyû  $£&$■>  auteur  du  Shôsô- 
kuketsuyôki  g?&P?&$â5,  et  jusqu'à  nos  jours 
Ôhara  est  resté  le  centre  du  Bombai  dans  la  secte 
Tendai  ;  un  des  derniers  résidents  du  Sanzenin  fut 
le  Rév.  Taki  Dônin  £fcE?lS>,  éminent  spécialiste 
auquel  est  due  une  large  part  de  la  documentation 
mise  en  œuvre  dans  le  présent  article. — Le  Bombai 
de  la  secte  Tendai  (école  d'Ôhara)  a  exercé  une 
influence  considérable  sur  les  autres  sectes  boud- 
dhiques du  Japon.  A  Nara,  les  sectes  Hossô  et  Kegon 
lui  ont  emprunté  la  notation  dite  Meyasu  (cf.  un 
ms.  de  Gyônen  |gg£  [secte  Kegon,  1 240-1 321] 
intitulé  Ubaribai  4£$ggfÉPJt,  à  la  bibliothèque  du 
Tôdaiji  de  Nara  ;  fig.  23),  qu'elles  ont  quelque  peu 
modifié  depuis  lors  ;  la  notation  actuellement  usitée 
dans  la  secte  Hossô  est  dite  Fu-hakase  Mt#±.  Dans 
la  secte  Jôdo,  les  deux  principaux  centres  de  Bombai 
sont  le  Chionin  £HJi#£  de  Kyoto  et  le  Zôjôji  Jt±"# 
de  Tôkyô  ;  dans  ce  dernier  temple  la  tradition  du 
Bombai  remonte  à  Ryûe  PU?",  un  maître  d'Ôhara 
qui  y  fut  invité  au  milieu  du  XVIIe  siècle. — Dans  la 
secte  Shin  jjt^,  la  branche  du  Nishi-Honganji 
(Ryûkokuha  fi^fôÊ)  adopta  fort  tardivement,  vers 
1830- 1843,  le  Bombai  du  Tendai  ;  à  cette  époque 
deux  maîtres  d'Ôhara,  Shûyû  ^W.  et  Kakushû 
jtt^;,  compilèrent  à  l'usage  de  cette  branche  un 
manuel  en  2  vol.  intitulé  Ryûkokubaisaku  fjt^PH^t 


BOMBAI 

qui  en  l'ère  Meiji  fut  simplifié  et  refondu  sous  le 
titre  de  Bombaishû  ^Pf^H,  en  3,  5  ou  7  vol.  suivant 
les  éditions  ;  la  notation  se  rattache  au  système 
Meyasu.  Dans  la  branche  du  Higashi-Honganji 
(ôtaniha  :X4?M)>  le  Bombai  se  chante  avec  accom- 
pagnement instrumental  et  la  notation,  qui  n'est 
pas  bien  ancienne,  se  rapproche  de  celles  de  la 
guitare  (biwa  ^eâ)  et  des  chants  du  théâtre  de 
marionnettes  (jôruri  ffîïn?^)-  [Du  reste  ces  dernières 
notations  furent  également  inventées  par  des  maîtres 
d'ôhara,  et  de  façon  générale  le  Bombai  joua  un 
rôle  capital  dans  le  développement  de  la  musique, 
surtout  vocale,  au  Japon.] — Dans  la  secte  Zen,  le 
Bombai  s'utilise  surtout  dans  les  cérémonies  dites 
Kôshiki  fH^  ;  la  technique  est  celle  d'Ôhara,  mais 
(particulièrement  dans  les  branches  Rinzai  et  ôbaku) 
avec  des  modifications  introduites  directement  de 
Chine. — La  secte  de  Nichiren  a  également  adopté 
le  Bombai  du  Tendai  ;  les  principaux  centres  où  il 
est  cultivé  sont  le  temple  de  Minobu  %^  au  pied 
du  Mont  Fuji  et,  à  Kyoto,  le  Honryûji  ^l^t^F  et  Ie 
Hongokuji  ;<fcil3^r*  >  dans  ce  dernier  temple  on  con- 
serve un  système  archaïque  de  notation  d'ôhara. 
— Enfin  la  secte  Yûzûnembutsu  $b:M&$P^i  fondée 
vers  l'an  1100  par  Ryônin  lui-même  à  Ôhara,  n'a 
pas  conservé  le  Bombai  de  l'école  d'Ôhara  ;  elle 
utilise  actuellement  un  manuel  compilé  par  Shûen 
zj?$li  vers  181 8-1 830  et  intitulé  Daigenzan  shômyôshû 
~XW.\hW^M- — Les  textes  psalmodiés. — Les  prin- 
cipaux textes  qui  se  psalmodient  selon  les  procédés 
du  Bombai  peuvent  être  classés  en  trois  catégories  : 
(I)  Bonsan  ^^,  Hymnes  sanscrits  ;  (II)  Kansan 
$£fj|,  Hymnes  chinois  ;  (III)  Wasan  $l=j§£,  Hymnes 
japonais. — (I)  Bonsan  ^^,  Hymnes  sk.  transcrits 
en  ch.  Le  Canon  ch.  en  contient  un  bon  nombre, 
tous  transcrits  à  l'époque  des  Sô  (Song),  vers  la  fin 
du  Xe  siècle,  Tt.  1055,  1107,  1131,  1196,  1197,  1677, 
1682,  1683,  1684,  etc.  Au  Japon,  le  recueil  de  la 
secte  Tendai  intitulé  ôhara  gyosan  kemmitsu  shô- 
myôshû XMfa\l\M%îWBM$k  (titre  abr.  Rokkanjô 
/A^Ëfô)  en  donne  la  liste  suivante  :  Shicchisan  -b^f^ 
"Hymne  aux  quatre  Connaissances"  ;  Dainichisan 
^C  0  fj|  "Hymne  à  Vairocana"  ;  Bussan  ^f^  "Hymne 
au  B."  ;  Hyakujisan  W^H:  "Hymne  en  cent  lettres"  ; 
Shotensan  j^f;£fj$  "Hymne  aux  Dieux"  ;  Kikkeisan 
îo££|^  "Hymne  au  bienheureux"  ;  Shinryakusan  t(s 
B&fi£  "Hymne  résumé"  ;  Fugensan  ^^^  "Hymne 
à  Samantabhadra"  ;  Amidasan  (foJ^liP'ÉnÉj  "Hymne 
à  Amida",  etc.  Pour  la  secte  Shingon,  le  Gyosantai- 
gaishû  fa\l}WffiM  ajoute  Fudôsan  ïfiW)Wt  "Hymne 
à  Acala"  ;  Shiharamitsu  [S^UlU  "les  quatre  Per- 
fections" ;  Kongôsatta  <feçéj[$fii  "l'Etre  de  Dia- 
mant", Kongôhô  ^H]!Jî|f  "le  Joyau  de  Diamant", 
Kongôgô  ^IèJiJII  "les  Actes  de  Diamant",  etc.  Ces 
textes  ne  se  psalmodient  que  dans  les  cérémonies 
Esotériques.  On  les  répartit  en  Hymnes  antérieurs 
(Zensan  MM)  et  Hymnes  postérieurs  (Gosan  âtfft), 


'i  BOMBAI 

selon  le  moment  auquel  ils  se  chantent  au  cours 
des  cérémonies,  et  aussi  en  Hymnes  généraux  (Sôsan 
fâln*)  et  Hymnes  particuliers  (Bessan  #1];^),  suivant 
qu'ils  portent  sur  un  ensemble  de  personnages  ou 
de  doctrines,  ou  sur  un  personnage  déterminé.  Le 
programme  d'une  cérémonie,  dans  la  secte  Shingon, 
comprendra  p.  ex.  :  (1)  Hymnes  antérieurs  :  (a) 
Hymnes  généraux  :  Hymne  aux  quatre  Connaissances 
et  Hymne  résumé  ;  (b)  Hymne  particulier  :  Hymne 
à  Acala  ;  (2)  Hymnes  postérieurs  :  (a)  Hymnes 
généraux  :  les  mêmes  que  sup.,  mais  en  td.  ch.  ; 
(b)  Hymne  particulier  :  Hymne  au  B. — A  titre  de 
spécimen,  nous  citerons  l'Hymne  aux  quatre  Con- 
naissances (Shichisan  E^1^  ;  cf.  fig.  42)  ;  texte  sk. 
te.  Tt.  876  et  Tt.  957  :  Om  vajrasattvasarhgrahâd 
vajraratnam  anuttaram  vajradharmagâyanaih  vajra- 
karmakaro  bhava  ;  td.  ch.  T.  866  iv  ad  fin.  ;  sens  : 
Om  !  Captés  par  l'Etre  de  Diamant,  [nous  obtenons] 
le  Joyau  de  Diamant  sans  supérieur  !  De  par  nos 
chants  de  Loi  de  Diamant,  mets-toi  à  accomplir  des 
Actes  de  Diamant  ! — (II)  Kansan  $tjjf£,  Hymnes 
traduits  ou  composés  en  ch.  On  en  distingue  quatre 
catégories,  dites  Shikahôyô  P9|!jfï£lc  "les  quatre 
parties  essentielles  de  la  Loi"  :  (1)  Bai  Pj|  ou  Bombai 
ffîflft  "la  Psalmodie"  proprement  dite  ;  (2)  Sange  ifc§l 
"l'éparpillement  des  fleurs"  ;  (3)  *Bonnon  ^^  "la 
voix  brahmique";  (4)  *Shakujô  ^tt  "le  Sistre".  Les 
Kansan  se  chantent  dans  toutes  sortes  de  cérémonies, 
Esotériques  aussi  bien  qu'Exotériques. — (1)  Bai  Pj| 
ou  Bombai  ^£Pj|,  ou  encore  Sanju  i^Sfï.  Les  Hymnes 
appelés  Bombai  (au  sens  étroit)  se  divisent  en  trois 
catégories,  dites  respectivement  antérieure,  moyenne 
et  postérieure  ;  ils  se  chantent  toujours  dans  le  même 
ordre  :  (a)  Hymne  antérieur  (Shobai  ^Pjl,  Bombai 
proprement  dit)  :  dans  les  cérémonies  Exotériques 
c'est  le  Nyoraibai  #P?|ÇPj|  [cf.  fig.  47],  stance  extraite 
du  Srîmâlâsûtra  T.  353,  dont  le  sens  est  :  Le  mer- 
veilleux Corps  de  Formel  du  Tathâgata  est  sans  égal 
au  monde  ;  il  est  incomparable,  inconcevable  ;  c'est 
pourquoi  nous  lui  rendons  hommage  !  Dans  les 
cérémonies  Esotériques  on  emploie  le  Ungabai  2X 
'fnJPH,  stance  tirée  du  Nirvânasûtra  T.  374  ni  :  Com- 
ment a-t-il  obtenu  la  longévité  et  un  corps  de  Dia- 
mant infrangible  ?  Et  par  quel  Facteur  a-t-il  acquis 
une  force  irrésistible  ?  (b)  Hymne  moyen  (Chûbai 
cpPJt)  :  pour  toutes  les  cérémonies  c'est  une  stance 
du  Srîmâlâsûtra  qui  fait  suite  au  Nyoraibai  sup.  ; 
le  sens  en  est  :  Le  Formel  du  Tathâgata  est  inépui- 
sable, et  il  en  est  de  même  de  sa  Sapience  ;  toutes 
ses  Essences  sont  permanentes  ;  c'est  pourquoi  nous 
lui  rendons  hommage  !  (c)  Hymne  postérieur  (Gobai 
f&PJt),  stance  extraite  de  T.  638  1  :  A  lui  qui  réside 
dans  le  Monde  comme  dans  l'Espace,  pareil  à  un 
lotus  qui  ne  toucherait  pas  l'eau,  à  lui  dont  la  pureté 
d'Esprit  surpasse  tout,  au  Saint  suprême,  révérence 
et  hommage  ! — Toutes  ces  stances  se  psalmodiaient 
déjà  en  Chine  à  l'époque  des  Tô  (T'ang)  ;  cf.  sup. 


BOMBAI  J 

— (2)  Sange  ffciïjpl  "l'éparpillement  des  fleurs". 
Stances  psalmodiées  par  les  officiants  pendant  qu'ils 
éparpillent  des  pétales  de  fleurs,  soit  réels  (pétales 
de  lotus  ou  de  chrysanthèmes,  ou  encore  feuilles  de 
badiane),  soit  de  papier  colorié.  Comme  on  l'a  vu 
plus  haut,  cette  cérémonie  était  bien  connue  en 
Chine  à  l'époque  des  Tô  (T'ang).  Elle  se  fonde  sur 
des  textes  canoniques  comme  le  suivant,  extrait  de 
la  Prajnâpâramitâ  en  25.000  stances  T.  223  [dont 
toute  une  section,  k.  vm  (277-279),  est  intitulée 
Sange]  :  "Les  hommes  ou  les  femmes  excellents  qui 
éparpillent  dans  l'air  ne  fût-ce  que  [les  pétales 
d']une  seule  fleur,  en  pensant  au  B.,  seront  délivrés 
de  la  Douleur  et  obtiendront  une  Félicité  inépuisa- 
ble,"— ou  encore  sur  ce  passage  du  Sukhâvatîvyûha 
T.  360  11  (272  b)  :  "Ils  font  Vœu  de  naître  en  ce 
royaume  [d'Amida]  par  la  Déflexion  des  Mérites  qui 
consistent  à  suspendre  des  étoffes,  à  allumer  des  lam- 
pes, à  éparpiller  des  fleurs  ou  à  brûler  de  l'encens." 
La  première  et  la  troisième  des  trois  stances  qui  con- 
stituent le  texte  du  Sange  sont  toujours  les  mêmes  ; 
la  seconde  varie  suivant  le  B.  auquel  est  consacrée 
la  cérémonie  :  Sâkyamuni,  Amida,  Vairocana,  Bhaisa- 
jyaguru,  etc.  Ie  stance  [cf.  fig.  56,  et  la  transcription 
p.  ni]  :  Nous  voulons,  sur  la  Terrasse  d'Eveil,  faire 
offrande  au  B.  de  fleurs  odorantes  !  2e  stance  (pour 
Sâkyamuni)  :  A  celui  qui  n'a  pas  d'égal  dans  les  dix 
directions,  ni  chez  les  dieux  ni  chez  les  hommes,  ni 
en  ce  monde  dans  les  cellules  des  Erudits,  ni  dans 
les  palais  stellaires  ni  dans  les  cieux  ;  au  Mâle,  au 
Taureau,  au  grand  Moine,  sans  pareil  sur  la  terre 
entière,  sur  les  monts  et  dans  les  forêts  !  3e  stance  : 
Puisse  ce  Mérite  [que  nous  sommes  en  train  d'ac- 
quérir] profiter  à  tous  !  Puissions-nous  tous,  nous  et 
les  Etres,  accomplir  la  Voie  de  B.  !  Au  B.  cette 
offrande  de  fleurs  odorantes  ! — (3)  *Bonnon  ^^ 
"la  voix  brahmique".  Ce  sont  les  stances  suivantes, 
extraites  de  l'Avatamsakasûtra  T.  279  :  Les  plus 
belles  fleurs  des  dix  directions,  nous  les  avons 
éparpillées  dans  les  dix  directions,  en  offrande  au 
vénérable  Sâkya  et  à  tous  les  Tg.  !  Des  fleurs  de 
lotus  précieuses,  supramondaines,  innombrables, 
ayant  toutes  de  merveilleuses  couleurs,  nous  les 
avons  offertes  aux  Sûtra  du  G.V.  et  à  tous  les  Bs.  ! 
— (4)  *Shakujô  Hg$;  "le  Sistre".  Longues  stances 
divisées  en  neuf  (ou  trois)  sections  ;  à  la  fin  de 
chaque  section,  les  officiants  agitent  le  Sistre  en 
mesure  pour  en  faire  sonner  les  anneaux  métalliques. 
Le  début  des  stances  est  tiré  de  l'Avatamsakasûtra 
T.  279  xiv  ;  le  reste  paraît  dû  à  un  auteur  ch.  ou 
jap.  inconnu.  Voici  la  td.  des  trois  premières  sec- 
tions :  (a)  Le  Sistre  en  main,  nous  souhaitons  que 
les  Etres  instituent  de  grandes  assemblées  d'aumône, 
afin  de  révéler  la  Voie  conforme  à  la  Réalité  et  de 
rendre  hommage  aux  trois  Joyaux  (bis)  !  (b)  D'un 
Esprit  pur,  rendons  hommage  aux  trois  Joyaux  ! 
Produisant  un   Esprit  pur,  rendons   hommage   aux 


2  BOMBAI 

trois  Joyaux  !  Puissions-nous  rendre  hommage  aux 
trois  Joyaux,  avec  un  Esprit  pur!  (c)  Les  Bs.  des 
trois  temps,  sistre  en  main,  rendirent  hommage  aux 
trois  Joyaux  ;  c'est  pourquoi,  prosternés,  nous  leur 
rendons  hommage  aussi  ! — (III)  Wasan  fflfff ,  Hymnes 
en  langue  japonaise.  On  en  distingue  trois  genres  : 

(1)  les  Wasan  proprement  dits,  qui  sont  en  vers  ; 

(2)  les  Kyôke  f&jb  "prédications",  soit  en  vers  plus 
ou  moins  libres  soit  en  prose  ;  (3)  les  Kunkada  p| 
ÎWÊ  "stances  (chinoises)  lues  à  la  japonaise".  A 
l'époque  de  Heian,  le  Wasan  fut  surtout  cultivé 
dans  la  secte  Tendai,  plus  particulièrement  par  les 
maîtres  de  la  branche  Sammon  HP^'M  (p-  ex.  Gen- 
shin  ^fs)  Qui  furent  les  précurseurs  de  la  secte 
Jôdo  .C'est  dans  cette  dernière  secte  qu'à  l'époque 
de  Kamakura  le  Wasan  trouva  ses  plus  célèbres 
poètes,  notamment  Shinran  §ftH  (1 173-1262),  le 
grand  réformateur  qui  fonda  la  secte  Shin  j^.^>",  et 
Ippen  —  jjjjï  (1239- 1289),  fondateur  de  la  secte  Ji 
P$^j.  Les  Hymnes  de  Shinran  (dont  l'authenticité 
n'est  du  reste  pas  toujours  certaine)  sont  restés  jus- 
qu'à nos  jours  populaires  entre  tous. — Voici  des  spéci- 
mens de  chacun  des  genres  de  Wasan: — (1)  Wasan 
proprement  dit  :  Sharisan  ^f  ljf|f  de  Ennin  (Jikaku 
Daishi,  secte  Tendai),  psalmodié  pour  la  première 
fois  en  860  ;  c'est  le  plus  ancien  Wasan  connu.  Nous 
n'en  citerons  que  le  début  :   \%  S  fp&^lpï.    i§  y  3 

>  t*.  &M ?  vl$**  -v  •  ffî± -  /¥-  9  êL»*  *  -v  •  •  • 
Te.  Hotoke  no  o-shari  \va,  ô  koto  katashi  ya,  uyamô 
koto  katashi  ya  ;  hitotabi  mo  aite,  magokoro  ni  oro- 
gameba,  akushu  wo  zo  hanaruru  ya,  jôdo  ni  zo  ha- 
yaku  umaruru  ya... — Td.  Hymne  aux  Reliques. 
Il  est  difficile  de  rencontrer  des  Reliques  du  B., 
difficile  de  les  vénérer.  Mais  si  l'on  en  rencontre, 
ne  fût-ce  qu'une  fois,  et  qu'on  les  adore  d'un  cœur 
sincère,  on  quittera  les  Destinations  mauvaises  et 
l'on  renaîtra  bientôt  en  Terre-pure,  etc. — (2)  Kyôke 
de  Kakuban  "f^tU  (1095-1143,  secte  Shingon)  :  H 
icssfà^i-  i)  -jri) .  -f  \r*,m%ï*i-  yD-'y  -t.  Kl? 
yfayr^K.  #n#J5$É#  *  v  vx.  *  j  ^  y 

7  y  jr  is, — Te.  Ryûnyo  wa  hotoke  ni  nari  ni  keri, 
nado  ka  warera  mo  narazaramu  ?  Goshô  no  kumo 
koso  atsukutomo,  nyorai  gachirin  kakusarenu,  mono 
koso  arikere. — Td.  La  fille  du  Dragon  [Sâgara] 
est  bien  devenue  B.  ;  pourquoi  donc  ne  le  devien- 
drions-nous pas  aussi  ?  Epais  sont  les  nuages  des  cinq 
Obstructions  ;  mais  le  disque  de  la  Lune  du  Tg.  n'en 
est  point  obscurci. — (3)  Kunkada  (de  tradition  au 
Hôryûji   fëH#):   m$m±'  HCP'J'V   »^ïk^/ 

-.  %mmm?*m.  mïï?mx)  5M»-&*--tc.j 

Gokuraku  jôdo  no  tômon  wa,  Naniwa  no  umi  nizo  j 
mukaetaru  ;  tembôrinjo  no  seimon  ni,  nembutsu  ! 
suru  hito  mairetate.  Yuki  tsuki  kôri  tokuru  hi,  keichô  \ 
wo  tomo  natte  hôon  wo  tsutae  ;  tsukinokori  tsuyu  : 


BOMBAI  103 

musubu  ashita,  rika  wo  otte  bukkai  ni  gusu. — Td. 
La  porte  orientale  du  Paradis  fait  face  à  la  mer  de 
Naniwa  [ôsaka]  ;  à  la  porte  occidentale  de  la  salle 
de  prédication  se  rendent  les  fidèles  pratiquant  le 
•Nembutsu.  Aux  jours  où  fond  la  neige  et  où  la 
glace  se  dissout,  même  par  le  chant  des  coqs  se 
transmettent  des  sons  de  Loi  ;  aux  matins  où  sous 
les  derniers  rayons  de  la  lune  se  forme  la  rosée,  on 
cueille  les  fleurs  des  haies  pour  en  faire  offrande  aux 
Terrains  de  B. — En  dehors  des  textes  précités,  on 
en  psalmodie  encore  d'autres  variétés  dans  les  céré- 
monies des  différentes  sectes  et  écoles  :  Sûtra, 
Formules,  prières,  etc.  ;  il  est  impossible  d'entrer 
ici  dans  le  détail  de  toute  cette  littérature. — Théorie 
musicale. — La  théorie  musicale  du  Bombai  est 
entièrement  dérivée  de  celle  de  la  musique  chinoise 
classique,  et  n'a  aucun  rapport  avec  celle  de  l'Inde. 
On  sait  que  sous  les  Six  Dynasties  et  les  Tô  (T'ang) 
la  musique  chinoise  a  subi  de  fortes  influences  oc- 
cidentales, et  principalement  sérindiennes.  C'est  par 
ces  influences  que  devront  sans  doute  s'expliquer 
les  quelques  analogies  qui  pourront  être  constatées 
entre  la  Psalmodie  des  bouddhistes  de  civilisation 
chinoise  et  celle  qui  est  usitée  dans  les  autres  Eglises 
bouddhiques,  ou  même  dans  les  Eglises  chrétiennes  ; 
du  reste  ces  analogies  ne  semblent  porter  que  sur 
certains  procédés  de  la  technique  vocale,  et  sur  l'al- 
lure générale  du  chant.  De  toute  façon,  au  Japon,  le 
chant  bouddhique  est  adapté  au  système  musical 
chinois,  et  les  théories  sur  lesquelles  il  repose  ne 
sont  que  des  théories  chinoises  plus  ou  moins  modi- 
fiées ou  dégénérées.  Ces  théories  se  sont  mieux 
conservées  dans  la  musique  classique  dite  "Musique 
Noble"  (Gagaku  ïf|$|),  c.-à-d.  dans  le  musique  de 
cour  dont  un  des  genres  est  le  *Bugaku  (q.v.).  Avant 
d'aborder  les  principes  du  Bombai,  on  exposera  donc 
sommairement  la  théorie  classique  de  la  Musique 
Noble. — La  hauteur  absolue  des  notes  est  fixée 
d'après  une  échelle  chromatique  de  douze  degrés 
(Jûniritsu  -f-Zlflï),  comme  dans  la  musique  chinoise  ; 
mais  la  nomenclature  des  degrés  est  toute  différente 
au  Japon,  probablement  par  suite  de  confusions 
japonaises  entre  les  noms  chinois  des  degrés  et  ceux 
des  "systèmes"  (Chôshi  M-f)-  Cette  échelle  n'est 
pas  tempérée  ;  au  Japon  comme  en  Chine,  les  théo- 
riciens ont  connu  de  haute  date  le  tempérament, 
mais  il  n'a  jamais  été  appliqué  en  pratique  ;  les  notes 
de  la  gamme  européenne  tempérée,  qui  sont  indi- 
quées ci-dessous,  ne  correspondent  donc  qu'approxi- 
mativement  aux  notes  japonaises.  Pour  la  hauteur 
exacte  de  ces  dernières,  calculée  par  un  savant  an- 
glais en  1873  d'après  des  diapasons  conservés  aujour- 
d'hui au  Conservatoire  de  Tôkyô,  cf.  Tanabe, 
Principes,  p.  363  sq. 


BOMBAI 


Les  douze  degrés  (Jûniritsu  -\-_J$). 


Noms  japonais. 


Ichikotsu  ^fg 

Tangin  Bfi^ 
(ou   ~l£) 


Hyôjô  ^1 


Shôsetsu  J$$g 


Shimomu  f$S 


Sôjô 


Fushô  .j|>£g 


Ôshiki  $fë| 


Rankei  $£# 


Notés  japonaises. 


Noms  chinois. 


Kôshô 


Tairyo  ±B 


Taisô  -XW: 


Kyôshô  ?l$g| 


I 


Ufc: 


Banshiki  |g-gfc 


Shinsen  jjjffdj 


Kamimu  _h$R 


Kosen  ftîgfe 


Chûryo  <4>g 


Suihin  ||§î 


Rinshô  $$| 


Isoku   ^HlJ 


Nanryo  ]§g 


Bueki  &jft 


=#^ 


Oshô 


La  gamme  mélodique  ou  diatonique  (kin  iêj, 
onkai  ÇP^),  au  Japon  comme  en  Chine,  est  à  cinq 
tons  (on  ^,  shô  gj£),  ou  à  sept  tons  si  l'on  introduit 
deux  demi-tons  supplémentaires  soit  par  augmenta- 
tion (ei  ^,  abr.  ^,  ou  yô  |J§,  abr.  ^,  dièze)  soit  par 
diminution  (hen  fH,  abr.  2j£,  bémol).  Les  cinq  tons 
peuvent  être  assimilés  à  ce  que  nous  appelons  degrés 
de  prime,  de  seconde,  de  tierce  [ou  quarte],  de  quinte 
et  de  sixte.  Ils  portent  les  noms  suivants  : 


Prime 
Seconde 

Tierce  [ou  quarte] 
Quinte 
Sixte 
Chacun   des    degrés 


Kyû  'g*  (abr.  r>). 
Shô  $j  (abr.  7^). 
Kaku  fâ  (abr.    n). 
Chi  m  (abr.   1U). 
U  M  (abr.    3). 
de    la    gamme    pentatonique 
peut  être  pris  comme  fondamentale  d'une  échelle. 
On  obtient  ainsi  cinq  modes,  ou  échelles  de  cinq  fou 
sept)  tons  séparés  par  des  intervalles   dont  la  dis- 
position varie  comme  suit  : 

Mode  de  prime     :  ime_2de_3ce  _5te  _6te# 
Mode  de  seconde  :  2de-3ce~5te  -6te  -8ve. 


5.  Mode  de   tittfWk*  mm.  Vkyoku  H  A; 
KrOdnie)     g=hôC2d«!g      Ei»h5C2<le»iigmJ  tRiuuJcikuM")   Cbi(6«)        [UÛ8(*5|      EiuCBMinRmi. 


Dans  la  Musique  Noble  du  Japon,  les  seul  modes 
usités  sont,  en  théorie,  les  modes  de  prime  et  de 
sixte  ;  mais  en  pratique  le  mode  de  prime,  qui  est 
celui  de  la  "musique  exacte"  (shôgaku  jE$|,  con- 
forme aux  normes  théoriques),  est  remplacé  par 
celui  de  seconde  (Tanabe,  Cours,  p.  268  ;  Iba, 
Traité,  p.  71).  Le  mode  de  seconde  est  dénommé 
"échelle  de  Ryo",  Ryosen  SSÈ>  et  Ie  mode  de  sixte 
"échelle  de  Ritsu",  Ritsusen  ^J£  ;  aussi  la  quarte, 
qui  est  la  caractéristique  essentielle  du  mode  Ritsu 
auquel  la  tierce  manque,  est-elle  désignée  par  le 
terme  Ritsukaku  fê.f$  "tierce  de  Ritsu". — Dans  le 
tableau  ci-dessus  on  a  donné  comme  exemples,  pour 
la  commodité  du  lecteur  occidental,  les  cinq  modes 
de  la  gamme  de  dos,  note  qui  est  en  dehors  de  l'é- 
chelle chromatique  sino-japonaise.  Mais  chacun 
des  douze  degrés  de  cette  échelle  peut  devenir  la 
tonique  d'une  gamme,  et  chacune  de  ces  douze 
gammes  comporte  cinq  modes,  suivant  que  la  fonda- 
mentale est  prise  comme  prime,  comme  seconde, 
comme  tierce,  comme  quinte  ou  comme  sixte.  On 
aboutit  donc  à  un  total  théorique  de  60  "systèmes" 
(Chôshi  MT),  c.-à-d.  de  60  échelles  mélodiques 
différant  à  la  fois  par  la  hauteur  absolue  de  leur 
initiale  et  par  la  disposition  de  leurs  intervalles. 
En  pratique,  dans  la  Musique  Noble  du  Japon,  on 
n'utilise  que  six  de  ces  "systèmes",  dont  chacun 
porte  un  nom.  Dans  les  trois  premiers,  les  intervalles 
sont  ceux  du  mode  de  seconde  (Ryo)  ;  dans  les  trois 
derniers,   du  mode   de  sixte   (Ritsu) 


BOMBAI  104 

Mode  de  tierce      :  3ce  ~5te  -6te  -8ve  -ome. 
Mode  de  quarte     :  5te  -6te  -8ve  -Qme_I0me 
Mode  de  sixte        :  6te -8ve-9me-iome-i2me. 
En  ramenant  ces  cinq  modes,  par  exemple,  à  la 
note    Shinsen    (dos)  prise  comme  fondamentale    ou 
tonique   de   cinq  gammes,   on   obtiendra  le   tableau 
suivant  [les  notes  entre  crochets  sont  les  deux  tons 
supplémentaires  de  la  gamme  heptatonique]  : 

LES  CINQ  MODES. 

1.     Mode  dr  frime    (A,/ûehô  K  M  ,  Kyûtyoku  %S  M). 
Kjrû'jmO  Pho<2'l«)     Kaku<3«)  [HenchiW  ">  dim)]      Cbi<Ms)        t'C6te)   [H«nkjûCff»e  rtimj] 


h' 


BOMBAI 

LES  SiX  SYSTÈMES  DE  LA  MUSIQUE  NOBLE. 

t         Syttème      Ichiloltv     il     tt  Ktoniqite  lekikottu.riflmode    Ryo,2de) 
KyKtwn       Kli«2<IO     [K»ku(3«!j|      [Rit«i,]k»kii(4te)    CliKSU»       (LT<6t*i)       Eiu(61fnifm.) 


2  Synème      SOjn    5     M  (tonique   Sôjô.  tel,-,  mode   Ryo.    a*). 

Kyrifluieï       S|,ni2de)    [K  »ki,(3iO|  (R,>.>,1]k.kiiC4l°'        OI.K6>«)       JjGiKj     Eiu'6t' wgmj 
_  Q  LA  O  

3  Syl'-ne  Ta->hiki-fi1t(r,H-k^/l„ninu'  Hyôjd.mi4,    mode  Ryo,  »*% 
KjûCIi»"')    »1AÎ*1    pUkuUrq    [R,i»i<k«ku(4i«l       C1.K5t«    [U(6t^       Eiu(8»Mgm) 


4         Synteme      /l  yôj  S  ai  gi  {tonique    tiyàjô,ml„    mode    Ritt«,gle\ 

K,vùt|m«)|sliôe''e')  EUIinCideungm.)  [RuinkrinUttl     ChiCfite)      (tlMKJI     Kiu  (fit?  .ugm.) 

^  ["1  °  "  ~  

6         Syetème     Otkiki    X   »    (lon%que    Ôlhiti.U,,   mode    Ri  Cm.   gley 
K<i(IW    (ShôCS^  Ei«hô(2<l«»u|tm.)[Rit.iiJktku(4Kl  rhi(5l«)     |U(«'«>]      Eiu  ffiie  nugm.) 


Telle  est  en  résumé  la  théorie  classique  de  la 
musique  japonaise.  Dans  la  Psalmodie  bouddhique, 
on  retrouve  des  modes  de  Ryo  et  de  Ritsu,  avec 
l'addition  d  un  troisième  mode  dit  Chûkyoku  cpft 
"mode  moyen"  (auquel  Tanchi  attribuait,  mais 
sans  aucun  fondement,  une  origine  hindoue,  cf. 
sup.).  Toutefois  dans  le  Bombai  les  termes  Ryo  et 
Ritsu  ne  désignent  pas  les  mêmes  modes  que  dans 
la  Musique  Noble  ;  et  d'autre  part  ces  modes  dif- 
fèrent dans   les  sectes   Shingon  et  Tendai 


Les  trois  modes  de  la  secte  Shingon 

Ryo  :  mode  de  prime  (heptatonique). 
Ritsu  :  mode  de  sixte  (heptatonique). 
Chûkyokyu  :   mode   de   tierce    (heptatonique) 

Les  trois  modes  de  la  secte  Tendai. 


Ryo  :   mode   de   prime   (heptatonique). 

Ritsu  :   mode   de   seconde   (pentatonique). 

Chûkyoku  :  mode  de  sixte  (heptatonique). 
En  outre  certaines  pièces  sont  composées  dans  le 
mode  dit  Hennon  ^^  "tonalité  changeante",  qui 
n'est  qu'une  combinaison  des  autres    c.-à-d.  qu'au 
cours  même  de  ces  pièces  on  passe  de  l'un  à  l'autre 
des  trois  modes  indiqués  ci-dessus. — Les  musiciens 
bouddhistes  assignent  aux  modes  Ryo  et  Ritsu  cer- 
taines caractéristiques  d'ordre  subjectif  qui   rappel-  , 
lent   en   quelque   sorte    celles   que   notre   sensibilité 
attribue  aux  modes  majeur  et  mineur  (majeur  gai,  i 
mineur  triste,  etc.).  Ryo  reçoit  les  épithètes  de  "in  i 
Pi*,  féminin,  rude,  exotérique,  léger,  superficiel";  on  i 
l'assimile  à  la  prédication  de  Vairocana  dans  le  Plan, 
de  Matrice.  Ritsu  est  "yô  [y|,  mâle,  doux,  ésotérique,  !' 
lourd,  profond",  comme  la  prédication  de  Vairocana  , 
dans  le  Plan  de  Diamant.  Mais  à  vrai  dire  ces  carac- 
téristiques  sont  loin  de  correspondre,  dans  la  pensée  ! 
de   ceux   qui  les   formulent,   aux  deux  modes   con-  |i 
sidérés  comme  de  simples  échelles  tonales  ;  il  semble  ] 


BOMBAI  105 

que  la  tonalité  proprement  dite  soit  souvent,  parfois 
même  entièrement  perdue  de  vue,  et  jusqu'au  récent 
renouveau  des  études  de  Bombai,  c'était  par  certains 
procédés  de  la  technique  vocale  que  se  définissaient 
plutôt  les  deux  (ou  trois)  modes.  On  aboutissait 
ainsi  à  des  formules  comme  la  suivante  :  "Ryo  se 
chante  en  faisant  sortir  la  voix  vers  l'extérieur,  Ritsu 
en  la  faisant  entrer  vers  l'intérieur  ;  dans  le  mode 
Chûkyoku  on  utilise  l'un  et  l'autre  de  ces  procédés, 
de  même  que  certaines  pièces  de  flûte  se  jouent  à 
la  fois  en  aspirant  et  en  expirant."  Cette  définition 
s'éclaire  par  d'autres  épithètes  appliquées  aux  deux 
modes  principaux  :  Ryo  se  chante  "en  avant,  en 
surface"  fomote  ^),  Ritsu  "en  arrière"  (ura  jf|). 
Il  semble  que  de  façon  générale,  en  Ryo,  le  chant 
soit  plus  lent,  plus  uni,  plus  coulant,  plus  riche  en 
longues  notes  tremblées  ou  glissées,  tandis  que 
Ritsu  est  plus  rapide,  plus  rythmé,  avec  des  inter- 
valles mieux  marqués  ;  quant  à  la  position  de  la 
voix,  elle  reste  en  principe  normale  dans  l'un  comme 
dans  l'autre  mode,  et  même  en  Ritsu,  la  voix  "en 
arrière'  n'est  pas  ^sauf  exceptions)  une  voix  de 
tête.  Du  reste  les  procédés  techniques  qui  distin- 
guent les  modes  sont  fixés  par  des  règles  précises 
relatives  aux  ornements  ou  groupes  mélodiques  que 
nous  appellerons  "formules  vocales"  (Kyokusetsu 
ftfffj,  cf.  inf.).  Certaines  de  ces  formules  vocales 
sont  particulières  à  l'un  ou  à  l'autre  des  trois  modes. 
Ainsi  dans  le  Tendai,  la  formule  dite  Asa-ori  "des- 
cente légère"  est  propre  au  Ryo,  le  Kada-ori  "des- 
cente de  Gâthâ"  au  Chûkyoku  ;  l'Atari  "son  qui 
frappe  juste"  ne  s'emploie  que  dans  le  Ritsu  et  le 
Chûkyoku,  le  Moro-ori  "descente  faible"  dans  le 
Ryo  et  le  Ritsu  seuls,  etc.  D'autres  sont  communes 
aux  trois  modes,  mais  s'exécutent  différemment 
selon  le  mode  ;  tel  est  le  cas  du  son  "tremblé",  Yuri, 
la  plus  fréquemment  usitée  de  toutes  ces  formules  : 
le  Yuri  du  Ryo,  dit  "grand  Yuri",  ô-yuri,  se  chante 
tout  autrement  que  celui  du  Ritsu  et  du  Chûkyoku, 
dit  "petit  Yuri",  Ko-yuri  (cf.  inf.).  La  secte  Shingon 
institue  des  règles  analogues,  mais  qui  sont  loin 
d'être  exactement  les  mêmes.  D'autre  part,  certaines 
de  ces  formules  vocales  s'attachent  à  des  degrés 
déterminés  de  la  gamme,  et  ces  degrés  varient  sui- 
vant le  mode  ;  ainsi  pour  le  Tendai  le  Yuri,  dans 
les  modes  Ryo  et  Chûkyoku,  se  chante  sur  les  degrés 
de  ime  et  de  5te,  tandis  que  dans  le  mode  Ritsu  il 
ne  se  chante  que  sur  celui  de  5te  iet  occasionnelle- 
ment de  2de)  ;  le  Sugu,  "tout  droit",  est  propre  aux 
degrés  de  3ce  et  de  4te  dans  le  Ryo  et  le  Chûkyoku, 
mais  en  Ritsu  il  peut  aussi  se  chanter  sur  le  degré 
de  ime,  etc.  Enfin  les  modes  sont  répartis  en  deux 
"genres",  genre  A  et  genre  B  (Kayô  EpHI,  Otsuyô 
ZJÊù,  suivant  que  la  note  dominante  (au  sens  du 
plain-chant,  c.-à-d.  la  note  qui  figure  le  plus  souvent 
dans  une  pièce)  est  la  ime  (tonique)  ou  la  5te  (domi- 
nante au  sens  moderne).  Telles  sont  quelques-unes 


BOMBAI 

des  particularités  fort  complexes  qui  caractérisent  un 
mode  dans  la  Psalmodie  bouddhique. — Quant  aux 
"systèmes"  (Chôshi  fH-f"),  ce  terme  en  désigne  pas 
dans  le  Bombai,  comme  dans  la  Musique  Noble,  des 
échelles  définies  à  la  fois  par  leur  hauteur  absolue  et 
par  leur  mode.  Un  Chôshi  bouddhique  est  unique- 
ment défini  par  la  hauteur  absolue  de  sa  fonda- 
mentale ;  c'est  ce  que  nous  appelons  un  ton,  et  pour 
chaque  pièce  le  mode  (Ryo,  Ritsu,  etc.)  est  toujours 
indiqué  à  part,  quel  que  soit  le  Chôshi.  Aussi  ces 
systèmes  portent-ils  simplement  le  nom  de  leur 
fondamentale  :  le  système  d'ôshiki,  ôshikichô  ^HIQ, 
est  celui  qui  a  pour  fondamentale  ou  tonique  la  note 
ôshiki,  la3  ;  c'est  le  ton  de  la,  la  gamme  de  la,  et  en 
principe  cette  gamme  peut  être  disposée  selon  les 
intervalles  de  n'importe  lequel  des  trois  modes,  Ryo, 
Ritsu  ou  Chûkyoku.  Toutefois  dans  la  pratique  on 
n'utilise  dans  la  secte  Shingon  que  cinq  de  ces 
gammes,  deux  en  Ryo,  deux  en  Ritsu,  une  en  Chû- 
kyoku, et  onze  dans  la  secte  Tendai,  trois  en  Ryo, 
quatre  en  Ritsu,   et   quatre   en   Chûkyoku. 

LES  CINQ  SYSTÈMES  DE  LA  SECTE  SHINGON. 


Syttème     frkitoltnHlt.  mode   Ryo  (.Ion  de  rê,. 
Kyi(imf)     SMGto     Kaku(3<»)  panchiffiwdiraS  Chi(5i« 


iode  de  ime-) 
VW*>    (henkjûœwdim.) 


Syttème   Sôjôjt  Jl,  mode      Ryo  {.ton  de   toi,  mode    de  /«<). 
KrnCI™»     Shôl2<l«»    KakuOce)     |henchiC5teditiL>]   ChR5»)        UC8W1  JjeokyûCS»»  dim.j 


3.  Syttème     llyôjô  »  m.  mode     Riliu  {ton  de  mt3  jmode    de  et''). 
Kyuam«ISho(2ii«3     Ei«bô(2deaugm.)|Jlitsu>xku(4t'4.Clii(5te>        |ÎJ(6t«J    Eiti(8«  atigm.) 


4.    Sytlèuie  Rtntkikiun.mode     llitm  (ton  de  ,i,,mode  de  8te\ 

KySam^    [8h9a*>)]        EiilwC2*aagm.)Dlitau)kiku(4«)       ClnCS»)       [U(6«3    Eiu«te»ogm» 


5.   S'j'thne.       Ôthili  w  ■  ,    mode    Cknkyoku(ton  de  la,,mode    de jce) 
KyùCl"W[Shô<2d«)]    Ei»hô<2<feaugm}  (Ritsu]kaktiC4l<>)|p!ii(5tcg  Eiclii(S»angnjEiu(6te.ugnO 

_  kj  jo  a  ' 

LES  ONZE  SYSTÈMES  DE  LA  SECTE  TENDAI 

1.    Syttime    Byùj  S    f-     H.   mode     Ryo    (tonde  mi,,  mode   de  /«<). 


3    Syttème     Ôtkik,    X     m,    mode     Ryo   {tonde    la,,  mode  di-  l«ey 


.Système     Soja   C    *,    "ode    Rittn   (ton   de    toi,,  mode    de  2d«). 


T.  Syttème    BanaKtki    m    »,  mode     Rittu\to*  de  ti,,mode  de  i'fa> 


8.  Syttème   1 cktkoltu    a    M.  mode    C  Miyotu  {Ion  de  ré,,  moite  de  6''}. 


ToT- 


BOMBAI 


106 


BOMBAI 


1  1.  Sytt'ur    Ô.kiti    «   M,   >»oil'  rhiifatiUo»  Je  la,  moi/-     il.    ut") 


Technique  vocale. — Il  a  été  question  ci-dessus 
des  "formules  vocales"  qui  relient  entre  elles  les 
notes  essentielles  du  chant  et  donnent  à  la  Psalmodie 
son  dessin  et  sa  couleur  caractéristiques.  Ces  formules 
reçoivent  en  japonais  les  noms  de  Setsu  fip  "sections" 
ou  de  Kyokusetsu  ft^fî  "sections  mélodiques."  Il  est 
difficile  de  définir,  et  surtout  de  transcrire  en  notation 
occidentale,  ces  formules  vocales  qui  ne  sont  pas  à 
proprement  parler  des  traits  ou  ornements  mélodi- 
ques, puisque  l'une  d'elle  est  la  note  chantée  "tout 
droit"  (Sugu),  ni  des  "phrases"  puisque  certaines 
consistent  en  des  interruptions  de  la  voix  ou  du 
souffle,  en  des  façons  spéciales  de  poser  la  voix,  de 
l'émettre,  de  la  couper,  etc.  On  remarquera  toutefois 
que  les  termes  Setsu  et  Kyokusetsu  s'emploient 
généralement  au  sens  de  "mélodie,  air".  Ces  formules 
sont  très  nombreuses  et,  comme  on  l'a  vu  plus  haut, 
varient  selon  le  mode,  la  secte,  l'école,  le  maître,  le 
chanteur.  On  se  bornera  ici  à  en  nommer  et  à  en 
décrire  quelques-unes. 

Les  principales  formules  vocales  de  la  Psalmodie 
(Kyokusetsu 


Yuri   ;x  >;    (ou  ÊM,  ou  en  abr.   a.,  &). 

Son  "tremblé"  (de  yuru  j$j£>  "faire  trembler, 
balancer").  C'est  la  formule  la  plus  fréquente  de 
toutes  ;  la  note  sur  laquelle  s'exécute  le  Yuri  dans  une 
pièce  donnée,  prime  ou  quinte,  détermine  le  "genre" 
du  mode  de  cette  pièce  (genre  de  tonique,  Kayô 
¥HI,  ou  genre  de  dominante,  Otsuyô  ZM.  ',  cf.  sup.). 
Dans  la  secte  Shingon,  le  Yuri  du  Ryo,  dit  "grand 
Yuri",  Ô-yuri  X&  (*jfr;i),  peut  se  transcrire 
comme  suit  : 


Cette  transcription  est  du  reste  très  approxima- 
tive et  le  "grand  Yuri"  paraît  s'exécuter  souvent 
comme  un  simple  trille  d'une  note  ou  d'une  demi- 
note  environ,  soit  haute  soit  basse,  précédé  d'une 
tenue  plus  ou  moins  longue.  Le  Yuri  du  Ritsu,  ou 
"petit  Yuri",  Ko-yuri  /,h&  (na),  est  un  tremblé 
plus  long  et  de  plus  en  plus  rapide,  qui  semble  s'ac- 
compagner généralement  d'une  montée  de  la  voix: 


D'autres  variétés  du  Yuri  sont  le  Yuri-age  È-L 
'tremblé  avec  montée",  le  Yuri-ori   ET  "tremblé 


avec  descente",  le  Fuji-yuri  ^^  "tremblé  en  forme 
de  grappe  de  glycine",  qui  commence  par  des  inter- 
valles plus  lents  et  plus  étendus  pour  finir  par  des 
"tremblements"  plus  rapides  et  de  plus  en  plus 
légers,  etc.  Le  Yuri  entre  aussi  dans  des  formules  plus 
complexes  comme  le  Yuri-kake-kiru  a'j  il  *r  +  fr 
"tremblé-suspendu-coupé"  qui  peut  se  rendre  ainsi 
(cette  formule  est  propre  au  mode  Ryo  du  Shingon)  : 


Dans  cette  formule  le  silence  qui  suit  le  début  du 
Kake  indique  une  "coupure  de  la  voix  mais  non  du 
souffle"  (setsuonfusessoku  W^B^WÈÙ,  celui  qui 
suit  la  fin  du  Kake  est  une  "coupure",  Kiri  +  y  , 
proprement  dite  du  souffle.  Le  crescendo  qui  marque 
la  montée  à  la  2de  du  Kake,  sur  laquelle  la  voix 
s'arrête  en  appuyant,  est  une  "poussée"  de  la  voix 
(osu  J^"t",  %  *)>  et  l'arrêt  appuyé  est  dit  "voix  de 
fond"  (negoe  fllÇ). 

Sori    y  >;    (abr.    y). 

Son  "courbe"  (de  soru  jx  £>  "recourber").  Cette 
formule,  qui  dans  le  Shingon  est  propre  au  mode 
Ritsu  (pour  le  Tendai,  cf.  sup.),  est  une  montée 
glissée  de  la  voix  (comme  on  recourbe  un  arc). 

Sugu    ;*.  9'  (abr.    *). 

Son  "tout  droit"  et  assez  court,  sans  aucune 
particularité  ;  ce  terme  s'emploie  notamment  pour 
marquer  que  la  note  dominante  ne  doit,  par  excep- 
tion, pas  être  "tremblée". 

Uchitsuke  #"#   (ou   ukegoe  ^-^). 

Son  "transmis  en  battant"  (uchitsuke  £T#),  par 
lequel  on  "reçoit"  (ukeru  5^6)  la  voix  d'une  syllabe 
à  l'autre,  c.-à-d.  qu'on  commence  à  prononcer  une 
syllabe  avant  de  couper  l'émission  de  voix  qui  a 
servi  à  chanter  la  syllabe  précédente. 

Modori  ^  K  >;  . 

Son  "qui  revient"  (de  modoru  ^h  "revenir, 
retourner").  En  Ryo  c'est  la  même  note  répétée 
trois  fois,  avec  deux  coupures  de  la  voix  (mais  non 
du   souffle  :   coups    de  glotte)  : 


En  Ritsu,  c'est  une  montée  à  la  seconde  avec  les 
mêmes  coupures  : 


Cette  formule  devient  l'Iro-modori  "Modori  co- 
loré" lorsqu 'entre  les  deux  coups  de  glotte  s'intercale 
un  double  trille  dit  Iro  £}  (  A  o  )  : 


i^7-  Jh£ 


#   ^r   tfk  «3*-  Ifc  ?p,  ^ 


FIG.  42.     HYMNE  AUX  QUATRE  CONNAISSANCES. 
Notation  Meyasu.    Manuscrit  de  Ryônin  (1131). 
YuzîidainembHtsuji ,  Osaka. 


%A»  #f 


FIG.  43.     PSALMOD1B  D'UPALl  (DÉBUT  ET  FIN). 

Notation  Meyasu.    Manuscrit  attribué  à  Gyônen  (1240-1321). 

Bibliothèque  du  Tbdaiji,  Nara. 


BOMBAI 


107 


BOMBAI 


Furi    7  l) 


Son  "secoué"  (de  furu  $r£>  "secouer,  branler"). 
C'est  un  tremblé  suivi  d'une  descente  d'un  ton  ou 
d'un  demi-ton  environ,  puis  d'un  retour  au  ton 
originel. 

Suteru    ^f>. 

"Lâcher"  la  voix,  la  laisser  tomber  jusqu'à  extinc- 
tion, comme  dans  un  "Ah!..."  de  consternation. 

Hana  ni  ireru  §fa\. 

Voix  nasale. 

En  dehors  de  ces  formules  vocales,  dont  les  quel- 
ques indications  qui  précèdent  ne  peuvent  donner 
qu'une  idée  incomplète  et  inexacte,  la  technique  du 
Bombai  paraît  tenir  compte  dans  une  certaine  mesure, 
pour  la  Psalmodie  des  textes  rédigés  ou  transcrits 
en  chinois,   des  quatre    tons    de   la  langue   chinoise 
(shishô  E9^)-  Ces  tons,  qui  se  sont  du  reste  transmis 
au  Japon  de  façon  fort  incorrecte  et  pour  la  plupart 
des  mots  auxquels  ils  sont  affectés  ne  correspondent 
pas  aux  tons  chinois  réels,  sont  décrits  comme  suit 
dans  la  secte  Shingon  :  (1)  le  ton  égal  (hyôjô  ?fW£) 
est  plat  et  relativement  bas,  les  mots  qui  en  sont 
affectés  se  chantent  sur  les  degrés  de  ime,  de  2de, 
de  3ce  (ou  4te),  etc.  ;  (2)  le  ton  montant  (shôjô  _kij£) 
est  plus  haut  et  plus  bref,  il  se  chante  sur  les  degrés 
de  ste  ou  de  6te  ;  (3)  le  ton  partant  (kyoshô  ;£>§£)  est 
caractérisé  par  une  longue  montée  de  la  voix,  de  la 
4te  à  la  5te  ou  de  la  ste  à  la  6te,  etc.  ;  (4)  quant  au 
ton  entrant  (nisshô  AS?9>  propre  aux  mots  à  finale 
consonantique,  il  est  bref  et  forcé,  et  se  chante  avec 
une  descente  de  6te  à  5te  ou  de  5te  à  4te,  etc.  Les  tons 
sont  aussi  mis  en  rapport  avec  les  formules  vocales, 
et  une   formule   montante   comme   le    Sori   portera 
plutôt  sur  un  mot  affecté  du  ton  partant,  ou  bien 
ncore  le  ton  d'un  mot  sera  modifié  en  raison  de  la 
formule  vocale  ou  du  degré  que  la  notation  musicale 
ndique  pour  ce  mot,  etc.  Il  y  a  en  outre  des  règles 
ompliquées    fixant   les   modifications    que   peuvent 
ecevoir  plusieurs  tons  qui  se  succèdent  ;  de  plus,  les 
ons   varient   suivant  la  prononciation,  Kanon  ^^ 
>u  Goon  ^^  ;  certains  tons  (l'égal  et  le  montant) 
ont  même  affectés  aux  syllabes  du  Kana  japonais, 
te.  Toutefois   ces   règles  s'appliquent  surtout  à  la 
ecture  des  textes  à  haute  voix  (shôyomi  S?r|f|),  qui 
l'est  pas  de  la  Psalmodie  proprement  dite,  ou  encore 
une  variété  de  la  Psalmodie  dite   Kôshiki   ^^, 
écitation  de  prières,  de  déclarations,  etc.  ;  dans  les 
lus  anciens  manuscrits  de  Kôshiki,  de  petits  cer- 
îes  marquant  les  quatre  tons  aux  quatre  coins  des 
aractères  (et  doublés  pour  marquer  les  consonnes 
nitiales  sonores)  tiennent  lieu  de  notation  musicale. 
Jne  longue   pratique   serait   nécessaire   pour   saisir 
xactement  et  analyser  tous  ces  procédés  techniques 
ue  les  documents  écrits  laissent  à  peine  deviner. 


— Il  en  est  de  même  du  rythme  et  de  la  mesure  (que 
la  notation  du  Bombai  néglige  totalement).  Dans  la 
secte  Tendai,  on  distingue  du  point  de  vue  du  rythme 
quatre  catégories  de  mélodies  :  (1)  Jokyoku  F£$], 
mélodies  à  rythme  irrégulier  (les  plus  nombreuses)  ; 
(2)  Teikyoku  5Ëft,  mélodies  à  rythme  fixe  (divisées 
en  mesures  régulières)  ;  (3)  Gukyoku  $.$$,  com- 
binaison des  deux  premières  catégories  ;  (4)  Hakyoku 
$£&%  »  mélodies  qui  n'appartiennent  ni  à  la  première 
ni  à  la  seconde  catégorie,  c.-à-d.  à  rythme  tout  à 
fait  libre  et  changeant.  Par  "mesure",  ma  RJJ,  il 
semble  qu'on  entende  une  émission  de  voix  ;  dans 
les  mélodies  à  rythme  fixe,  ces  mesures  peuvent  être 
soit  à  deux  temps  (raku-byôshi  |f£fâ~f*)»  soit  à  trois 
temps  (hongyoku-byôshi  ^ftfà^1)  ;  les  temps  sont 
désignés  par  le  terme  hyô  #3  "claquer,  battre",  et 
il  y  a  différentes  façons  de  battre  les  mesures  soit 
binaires,  soit  ternaires,  en  en  subdivisant  ou  en  en 
multipliant  les  temps  ;  ces  temps  sont  dit  hyôshi 
fÔT,  terme  qui  désigne  au  propre  des  claquettes  de 
bois.  Dans  quelques  manuscrits  de  la  secte  Shingon, 
on  trouve  encore  d'autres  indications  d'ordre  rythmi- 
que, mais  la  terminologie  en  est  fort  obscure.  En 


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Fig.  44.  Notation  Fu-hakase. 

Secte  Shingon  (école  Shin)  et  secte  Tendai  (école  d'Ohara). 

Les  chiffres  se  rapportent  aux  trous  de  ta  flûte. 


BOMBAI 


108 


BOMBAI 


I"   registre  (inférieur) 


fait,  la  théorie  du  rythme  semble  mal  établie  dans  le 
Bombai,  et  c'est  par  l'imitation  orale  que  les  chan- 
teurs apprennent  à  rythmer  les  pièces. — Il  faut 
remarquer  enfin  que  le  chant  est  toujours  à  l'unisson  ; 
la  Psalmodie  bouddhique  ignore  la  polyphonie. — 
Notation. — Le  Bombai  dispose  de  différentes  nota- 
tions musicales  qui  s'écrivent  soit  à  gauche,  soit 
(moins  souvent)  à  droite  des  caractères  du  texte 
chanté,  et  peuvent  se  répartir  en  deux  catégories  : 
(i)  notation  des  degrés  de  la  gamme  constituant  les 
notes  essentielles,  et  (2)  notation  neumatique  des 
formules  vocales  qui  relient  ces  notes  entre  elles. 
Il  semble  qu'à  l'origine  on  n'ait  guère  distingué 
entre  ces  deux  catégories  ;  dans  le  système  de 
notation  dit  "ancien",  Ko-kahase  "Êî^i,  celui  des 
manuscrits  de  l'époque  de  Nara  (p.  ex.  le  fragment 
appartenant  au  Prof.  B.  Matsumoto,  cf.  sup.)  et 
de  l'époque  de  Heian  (dont  quelques-uns  sont  con- 
servés au  Ninnaji),  les  traits,  très  simples,  paraissent 
indiquer  sommairement  le  mouvement  général  de  la 
voix  (p.  ex.  un  angle  indique  une  descente,  etc.).  Il 
en  est  de  même  du  système  dit  Fu-hakase  f||j||:t, 
déjà  plus  complexe  et  plus  précis  ;  c'est  le  système 
qui  semble  avoir  été  usité  postérieurement  à  la  grande 
conférence  de  1145-1150;  la  hauteur  des  notes 
essentielles  y  est  indiquée  par  des  chiffres  corres- 
pondant aux  trous  de  la  flûte 
ou  aux  cordes  du  luth  (cf.  fig. 
44).  Certains  des  signes  du 
Fu-hakase  ont  survécu  dans 
la  notation  Meyasu  du  Ten- 
dai. — La  désignation  la  plus 
courante  des  notations  est  le  mot  hakase  tlfj:,  litt. 
"docteur",  terme  énigmatique  que  l'on  rattache  à 
l'institution,  sous  l'empereur  Moramu  en  701,  d'une 
fonction  de  "docteurs  es  sons",  onhakase  iajïpit, 
qui  étaient  chargés  d'enseigner  les  prononciations 
des  mots  chinois,  Kanon  et  Goon  (cf.  Ksdj.501); 
mais  il  s'agit  plus  probablement  d'une  déforma- 
tion de  quelque  autre  terme.  On  emploie  aussi  le 
terme  fushi,  écrit  {$.-±,  fHdr,  ^dt  ou  ^p,  ou  encore 
les  expressions  bokufu  MfH>  ompu  if-ffl  ou  simple- 
ment fu  ff|,  etc.  ;  mais  hakase  flldt  apparaît  déjà 
dans  les  manuscrits  de  l'époque  de  Kamakura. — 
C'est  à  cette  même  époque  que  la  notation  du  Bombai 
fut  perfectionnée  par  l'invention  de  nouveaux  sys- 
tèmes, l'un,  dans  la  secte  Shingon,  qui  permettait 
de  noter  exactement  les  notes  essentielles,  l'autre, 
dans  la  secte  Tendai,  qui  rendait  les  formules  vocales 
par  des  figures  graphiques  déterminées.  Le  premier 
de  ces  systèmes  est  appelé  Goon-hakase  JL^f^dt 
"notation  des  cinq  tons"  (c-.à-d.  des  cinq  notes  de 
la  gamme)  ou  Hom-bakase  ^fif-b  (Hom-pu  7^|§) 
"notation  essentielle".  Il  semble  qu'un  système  de 
ce  genre  ait  déjà  été  connu,  dans  la  secte  Tendai, 
de  Jikaku  Daishi  (ixe  siècle),  et  dans  la  secte  Shingon 
de  Daishin  Shônin  (xne  siècle)  [cf.  fig.  45]  ;  mais  tel 


qu'on  l'emploie  de  nos  jours 
dans  la  secte  Shingon,  il  fut 
arrêté  au  Kôyasan,  vers 
1264- 1275,  par  Kakui  j^M. 
qui  eut  en  même  temps 
l'idée  de  déterminer  l'éten- 
due moyenne  de  la  voix, 
c.-à-d.  le  nombre  ap  proxi- 
matif  de  degrés  diatoniques 
dont  la  notation  peut  être 
nécessaire  pour  une  pièce 
donnée.  Il  la  fixa  à  trois 
registres  (ou  octaves)  de  cinq 
tons  (ou  degrés)  (Goonsanjû 
iL^HjË))  niais  en  sup- 
primant  les  trois    premiers 

tons  du  registre  inférieur  et  Ancien  système  de  la  secte  Tendt* 
le  dernier  ton  du  registre  supérieur  ;  il  aboutit  ainsi 
à  un  registre  pratique  de  onze  tons.  A  chacun  des 
degrés  de  ces  trois  registres,  Kakui  attribua  comme 
notation  un  petit  trait  droit  et  plein,  dont  il  fit 
varier  à  !a  fois  la  direction  propre  et  la  position  par 
rapport  aux  caractères  chantés.  Ainsi  pour  la  gamme 
pentatonique  de  sol  en  mode  de  prime  (système 
Sôjô  en  Ryo),  la  notation  d'après  le  système  de 
Kakui  sera  la  suivante  : 


Fig.  45.  Goon-hakase 
(notation  des  cinq  tons). 


*>«•<-    te/„tre  (»«,«) 
Kjaa"»98l,aa<l'!>  Kaku<3"9Clii(5l<9|UC6WJ 


ymc  rcgittrc  Supérieur) 

KyM'"<D  Shaa^'K.kuW*)   Clik.0KD     ||no;te| 


î  / 

Le  système  de  Kakui  est  généralement  résumé  en 
des  tableaux  synoptiques  (fig.  5 1-5  4)  où  les  quatre  tons 
(trois  trop  bas  et  un  trop  haut)  qui  restent  en  dehors 
du  registre  vocal  pratique  sont  distingués  par  des 
traits  vides  (blancs).  En  supprimant  ces  quatre  tons. 
on  obtient  les  deux  registres  suivants  qui  sont  dits 
"modifiés"  (hentai  §£gf  ;  cf.  fig.  54)  : 


l'r  'egielr,    modifié 
KTÛ(l,ne)Shô(2<te)K«ku4le  Clii(5u)  U(6W> 


geme   regCttre     modifie 
KjûCPW)  ShôO*)  Kâkusgte)Chi«l«>  W8)  Kv5C8» 


^  °m  ^  #i 


-  s  r 

Il  semble  que  Kakui  n'ait  pas  prévu  de  signes  poui 
les  demi-tons  de  la  gamme  heptatonique  ;  mais  dans 
les  recueils  postérieurs  on  trouve  des  notations 
comme  ^  pour  la  6te  augmentée  du  Ier  registre  (h 
6te  parfaite  étant  ^),  etc.  Toutefois  dans  l'usag* 
courant  les  degrés  pentatoniques  sont  seul  notés 
et  ils  sont  rendus  par  des  traits  pleins  mis  bout  il 
bout  sans  petits  cercles  terminaux  (fig.  47-48). — Cett< 
notation  a  le  mérite  d'indiquer  avec  précision  I; 
hauteur  des  notes  essentielles  ;  mais  elle  ne  tien 
aucun  compte  des  formules  vocales  qui  constituen 
effectivement  la  mélodie.  Ces  formules  furent  notée: 


BOMBAI 


109 


BOMBAI 


REGISTRE 
MOYEN 

SUGU 
(DROIT) 

YURI 

(TREMBLE) 

ORI 

(DESCENTE) 

AGE 

(MONTEE) 

SORI 
(COURBE) 

PRIME 

î* 

î' 

t* 

f 

^-0* 

SECONDE 

p 

s 

m 

y 

jfi 

TIERCE 
(OU  QUARTE) 

— 0$ 

— 0^ 

|— ojH 

L_o^ 

K-O^ 

QUINTE 

\ 

x 

S, 

s 

SIXTE 

K 

K 

\ 

s 

i 

m 

Fig.  46.  Meyasu-hakase  moderne  (notation  des  cinq  tons  combinée  avec  celle  des  principales  formules  vocales). 

Secte  Tendai,  école  d'Ohara. 


■n 


1 


Ml 


t*t*j  1 — 1 


Fig.  47.  Début  du  Nyoraibai. 

Notation  des  tons  essentiels  avec  indication  des  formules  vocales  en  caractères  chinois  et  en  Kana. 

Secte  Shingon,  école  Shin.    Extrait  du  Gyosan  taigaishû. 


41. 


* 


BOMBAI 


BOMBAI 


4t- 


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t  èS 
Q4gï 

^f  islR 

'  *  2 
«** 

Fig.  48.  L'éparpillement  des  fleurs  (premier  vers). 

Notation  des  tons  essentiels  avec  indication  des  formules  vocales 

en  caratères  chinois  et  en  Kana.     Stance  mnémonique  de  Ryûnen. 

Secte  Shingon,  école  Shin.    Extrait  du  Gyosan  taigaishû. 


Fig.  50.  Fragment  de  Gâthâ. 

'Notation  essentielle"  et  "notation  d'emprunt"  combinées. 

Secte  Shingon,  école  Shingi. 


4.        * 


^ 


Fio.  49.  L'éparpillement  des  fleurs  (premier  vers). 
"Notation  essentielle"  et  "notation  d'emprunt"  combinées. 
Les  petits  cercles,  doublés  pour  indiquer  que  l'initiale  est 
sonore,  figurent  les  tons  chinois.     Secte  Shingon,  école  Shingi. 


T  + 


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V  ..*.  ^ 


Fig.  51.  Notation  des  trois^registres  de  cinq  tons. 

Secte  Shingon,  système  de  Kakui. 

Tableau  synoptique  extrait  du  Gyosan  taigaishû. 


BOMBAI 


BOMBAI 


Fig.  52.  Notation  des  trois  registres  de  cinq  tons. 

Secte  Shingon,  système  de  Kakui. 

Tableau  synoptique  extrait  du  Gyosan  taigaishû. 

dans  la  secte  Tendai  (où  l'on  connaissait  également 
une  sorte  de  Goon-hakase,  cf.  fig.  45)  à  l'aide  d'un 
système  original  dont  l'invention  est  attribuée  a 
Ryônin  j^^î»  (1073-1132),  le  fondateur  de  l'école 
d'ôhara.  Le  système  de  Ryônin  est  appelé  "notation 
adaptée  à  l'œil",  Meyasu-hakase  @^ct$lt,  c.-à-d. 
que  les  mouvements  de  la  voix  y  sont  figurés  graphi- 
quement pour  l'œil,  une  montée  étant  représentée 
par  un  trait  montant,  une  descente  par  un  trait  des- 
cendant, une  montée  suivie  d'une  descente  par  une 


Fig.  53.  Notation  des  trois  registres  de  cinq  tons. 

Secte  Shingon,  système  de  Kakui. 

Tableau  synoptique  extrait  du  Gyosan  taigaishû. 

courbe,  un  tremblé  par  un  trait  tremblé  ou  par  une 
suite  de  points,  etc.  (fig.  42-43).  Ce  système  rend 
bien  la  ligne  générale  de  la  mélodie,  notes  es- 
sentielles et  formules  de  liaison,  mais  il  n'indique 
pas  de  façon  exacte  la  hauteur  des  notes  essenti- 
elles. Pour  remédier  à  cette  insuffisance,  on  s'avisa 
de  combiner  la  notation  Meyasu  avec  celle  des 
cinq  tons  essentiels,  en  modifiant  les  traits  droits  de 


cette  dernière  par  l'adjonction 
de  petits  crochets  soit  montants, 
soit  descendants,  de  courbes,  de 
points,  destinés  à  figurer  la  façon 
de  chanter  tel  mot  portant  telle 
note  essentielle.  C'est  ce  système 
qui  est  actuellement  en  usage 
dans  l'école  d'ôhara  (fig.  46,  56), 
et  qui  porte  aujourd'hui  le  nom 
de  Meyasu,  l'ancienne  notation 
Meyasu  étant  reléguée  dans  la 
catégorie  des  "notations  ancien- 
nes" Ko-hakase. — Dans  la  secte 
Shingon,  au  lieu  de  combiner 
les  deux  notations,  on  les  écrit 
séparément  l'une  à  côté  de 
l'autre,  la  "notation  essentielle" 
en  gros  traits  pleins,  avec  des 
angles  bien  nets  pour  distinguer 
chaque  ton,  et  la  notation  des 
formules  vocales  en  traits  plus 
déliés,  comme  une  sorte  de  com- 
mentaire imagé  (fig.  49-50). — 
Cette  dernière  notation,  dans  la 
secte  Shingon,  diffère  du  Meya- 
suhakase  du  Tendai.  Elle  repose 
sur  des  principes  analogues,  mais  Y18.-  54-  Notation  des 

c  r  °         '  trois    registres    abrèges 

depuis   la   fin    du   XVIIIe    siècle  On    (onze  tons).  Secte  Shin- 

utilise  dans  le   Shingon  un  sys-  «on\  système  de  Kakui- 

-  .  »         Tableau    synopttque    ex- 

terne,  figuratif    plus    perfectionné    trait  du  Shingi  shômyô 

que  le  Meyasu.  Ce  système  est  datten- 
appelé  Karibakase  fl?tî!î±'  "notation  d'emprunt" 
(c.-à-d.  qu'on  "emprunte"  certaines  figures  conven- 
tionnelles pour  rendre  les  formules  vocales  du  Bombai, 
de  même  que  certains  mots  chinois,  dits  mots  d'em- 
prunt, Kana  f^^,  sont  "empruntés"  pour  transcrire 


1  J*  *   * 

*  Jti 


4& 

-m 


*4  I 


ie. 


.*..— ...t-~à       *€: 


s\ 


1 


J 


Fig.  55.  L'éparpillement  des  fleurs  (premier  vers). 

Kari-bakase  ("notation  d'emprunt".) 

Manuscrit  de  Kankô.  Secte  Shingon,  école  Shin. 


BOMBAI  i 

les  syllabes  de  la  langue  japonaise)  ;  il  apparaît  pour 
la  première  fois,  au  Kôyasan,  dans  un  manuscrit  de 
1789  dû  à  Kankô  %%  (fig.  55). — Enfin  il  existe  un 
procédé  plus  simple  pour  noter  les  formules  vocales  : 
c'est  d'écrire  leurs  noms,  complets  ou  abrégés,  soit  en 
caractères  chinois  soit  en  Kana,  au-dessus,  au-dessous 
ou  à  côté  des  traits  de  la  "notation  essentielle"  (cf. 
fig-  47-48).  Des  indications  de  ce  genre  apparaissent 
dans  certains  manuscrits  dès  l'époque  de  Kamakura. 


Fig.  56.  L'éparpillement  des   fleurs  (début). 
Notation  Meyasu  moderne.     Secte  Tendai,  école  d'ôhara. 

De  même,  on  peut  compléter  les  notations  figura- 
tives (Meyasu  ou  Kari)  en  y  adjoignant  en  caractères 
chinois  les  noms  des  notes  essentielles  (cf.  fig.  55,  56). 
Du  reste,  tous  les  systèmes  de  notation  ci-dessus 
mentionnés,  outre  qu'ils  ne  tiennent  aucun  compte  de 
la  métrique,  remplissent  si  imparfaitement  les  buts 
mêmes  qui  leur  sont  assignés,  qu'on  les  complète 
presque   toujours   par   de   telles   indications   écrites, 


I  BOMBAI 

surtout  s'il  s'agit  de  mélodies  lentes  et  riches  en 
formules  vocales  ;  et  parfois  même  le  nom  du  ton 
est  écrit  auprès  du  trait  de  Goon-hakase  qui  repré- 
sente ce  ton  (fig.  50).  Les  mots  chô  Jç  "long"  et 
tan  ^2  (abr.  %)  "court"  indiquent  grossièrement  la 
longueur  des  tenues  (cf.  fig.  47-48). — Enfin  chaque 
pièce  de  Bombai  est  précédée,  du  moins  dans  la  secte 
Tendai,  d'un  tableau  synoptique  des  tons  essentiels 
qui  figurent  dans  cette  pièce,  avec  leur  notation 
en  Goon-hakase,  et  d'indications  relatives  au  mode 
(Ryo,  Ritsu,  Chûkyoku),  au  "genre"  du  mode  (A 
ou  B),  au  système  (Chôshi)  et  à  l'initiale  (Shutsuon 
$5^,  première  note  chantée).  Ainsi  pour  la  pièce 
Sange  ffcfjl  (cf.  fig.  56),  on  a  les  indications  sui- 
vantes :  gft  "mode  Ryo",  ZM  "genre  B",  2pf6§ 
"système  Hyôjô",  tfiia  j§JC  "initiale  quinte",  avec  un 
tableau  synoptique  des  quatre  tons  (2de,  3ce,  5te,  6te) 
qui  figurent  dans  la  pièce.  Dans  la  secte  Shingon, 
ce  dernier  tableau  est  en  principe  inutile  puisqu'on 
suit  toujours  le  système  de  Goon-hakase  fixé  par 
Kakui,  et  les  autres  indications  sont  résumées  par 
une  des  stances  mnémoniques  de  Ryûnen  $fe?&  (cf. 
sup.)  ;  pour  le  Sange,  par  exemple  (cf.  fig.  48),  cette 
stance  est  la  suivante  :  Hk^—^R^tt-  #H2fcPMfê£î§i 
&in).  SfW^Inlfii-.  "La  pièce  Sange  est  dans  le 
système  Ichikotsu  (ton  de  ré),  mode  Hennon  (chan- 
geant) ;  dans  cette  pièce  le  degré  de  quinte  est  le 
même  que  le  degré  de  seconde  dans  la  pièce  Nyorai- 
bai,  ou  que  le  degré  de  quinte  dans  la  pièce  Ungabai." 
— La  transcription  donnée  ci-dessous  d'après  M. 
Taki  Dônin  permettra  au  lecteur  de  déchiffrer  le 
spécimen  de  notation  Meyasu  reproduit  fig.  56. 

L'ÉPARPILLEMENT  DES  FLEURS  (PREMIÈRE  STANCE). 

Secte  Tendai,  école  d'Ohara. 

Transcrit  par  le  Rév.  Taki  Dônin  d'après  la  notation  Meyasu  {fig.  56) 

Mode  de  Ryo  (prime). — Genre  B  (note  dominante  :  quinte). 

— Système  Hyôjô  (tonde  mi). — Initiale  Chi  (quinte). — Notes 

essentieles  :  Shû  (2de),  Kaku  (30e),  Chi  (ste),  U  (6te). 

Rythme  libre.     Très  lent. 

Formulai  toc»I«s:-         Ynti  (qvadfupU)  jf.n.iij'  'lri>M 

Notes  »»»«>iti«llesi-St« 


BOMBU 


"3 


BON 


SR~I 


BOMBU  Ji^,  litt.  "homme  du  commun",  sk. 
prthagjana. — Profane. — Bombu,  pris  au  sens  litt. 
[bon  Xi  peut  s'interpréter  soit  par  "vulgaire,  vil" 
Ttt.  1851  vi  (590  a),  soit  par  "commun,  ordinaire" 
Ttt.  1912  I  c  (179  a),  1964  (105  a)],  correspond 
exactement  au  sk.  prthagjana  ;  toutefois  ce  dernier 
terme  est  rendu  dans  la  n.  éc.  par  des  td.  étymolo- 
giques signifiant  "né  a  part",  besshô  jj}l]^Ë,  ishô  J^^fe, 
etc.  ;  et  bombu  sert  parfois  d'équivalent  au  composé 
sk.  bâla-prthagjana  "Profane  Puéril"  (cf.  *Bara, 
*Gufu).— Cf.  *Ishô. 

BON  ^£=sk.  p.  brahman,  brahmâ  ;  tib.  chahs. — 
La  te.  bon  ^  est  une  abréviation  de  bomma  J£Iff. 
Autres  te.  bonramma  ^ffCif,  baragama  ^H^jg 
(Ttt.  2128  xxvi),  Jmoragomma  SiH^Hf,  Jmorakam- 
ma  :&$$MB,  îbaramma  W&W  (Eoë-  ")>  Iboramma 
fjj»fj^  (Ttt.  1736  xvin),  etc.— Td.  shôjô  fffïf, 
shôketsu  fjf  ifpj  "pur"  ;  riyoku  iH$C  "détaché  du 
Désir"  ;  jakujô  3xjt?  "calme  et  apaisé". — Le  dieu 
Brahmâ  porte  dans  les  textes  ch.  les  titres  de  Bonten 
^CX  "le  dieu  Brahmâ",  Bonnô  ffîî.  "le  roi  Brahmâ", 
Bontennô  ^^ï  "Brahmâ  roi  des  dieux".  Précédés 
de  l'épithète  dai  ^  "grand"  (Daibonten,  Daibonnô, 
Daibontennô),  ces  titres  ne  s'appliquent  en  principe 
qu'à  Mahâbrahmâ,  le  plus  élevé  des  dieux  de  la  pre- 
mière Extase.  Mais  ces  divers  termes  désignent 
parfois  tous  les  dieux  Brahmâ  de  la  première  Extase, 
ou  même  par  extension  tous  les  dieux  du  Plan  du 
Formel. — Aperçu. — Le  terme  bon  ^,  dans  le  boud- 
dhisme ch.  et  jap.,  a  réuni,  au  préjudice  de  la  logique 
et  de  la  clarté,  deux  notions  que  le  brahmanisme 
distingue  avec  soin  :  le  brahman  neutre,  et  le  Brah- 
man (nomin.  Brahmâ)  masculin.  Le  brahman  neutre 
est  l'idée  du  sacré,  impersonnelle  et  transcendante  ; 
il  est  la  plénitude  de  l'être,  dégagée  de  tous  les  con- 
ditionnements. Brahmâ  n'est  qu'un  dieu,  puissance 
temporaire,  quelle  qu'en  soit  l'énorme  durée  ;  il  est 
le  principe  de  la  vie  phénoménale  en  tant  qu'il 
"émet"  toutes  choses  après  chacune  des  destructions 
périodiques  de  l'univers.  Son  rôle  s'arrête  là  ;  la 
fonction  de  maintenir  est  réservée  à  Visnu,  celle 
d'anéantir  à  Siva.  Il  est  l'ancêtre  (pitâmaha),  le  grand 
aïeul  (prapitâmaha)  ;  à  ce  titre  il  a  droit  au  respect, 
mais  il  n'intéresse  pas  le  culte.  Pratiquement,  il  n'a 
pas  de  temple  ;  on  en  trouve  difficilement  deux  ou 


trois  à  travers  toute  l'Inde  qui  lui  soient  dédiés. 
Créateur  par  émission  (srsti),  il  est  l'incarnation  du 
désir  ;  les  Brâhmana,  ouvrages  des  temps  védiques, 
ont  à  foison  cette  formule  :  "Brahmâ  eut  un  désir 
(akâmayata) . .  .  "  Bonten,  le  dieu  Brahmâ,  perpétue 
ce  trait  fondamental  ;  installé  au  bas  du  Plan  ou 
Monde  du  Formel,  il  passe  son  temps  à  penser  qu'il 
a  créé,  qu'i  'est  le  créateur,  et  la  cour  qui  l'entoure, 
Grands  Brahmâ,  Acolytes  Brahmiques,  Assemblées 
Brahmiques,  Ensembles  Brahmiques,  n'ont  qu'une 
pensée,  c'est  que  Brahmâ  est  leur  créateur  ;  aussi  le 
ciel  de  Brahmâ  est-il  l'asile  de  l'hérésie.  A  la  fin  de 
chaque  Période,  les  flammes  de  l'incendie  mondial 
vont  détruire  ce  ciel  ;  d'autres  dieux,  déchus  des 
stages  supérieurs  et  ramenés  au  niveau  de  la  première 
Extase,  viennent  ensuite  le  repeupler  et  reprendre 
la  besogne  brahmique. — Cependant  le  Brahmâ  du 
brahmanisme,  ce  "souverain  des  créatures"  (Prajâ- 
pati)  qui  s'était  souillé  même  par  l'inceste,  s'est  en 
partie  purifié  dans  le  bouddhisme  ;  il  est  situé  juste 
en  dehors  et  au-dessus  du  Monde,  du  Plan  du  Désir 
où  dominent  Mâra  et  ses  acolytes,  Sakra  et  les  dieux 
mineurs  ;  il  représente  dans  les  textes  tous  les  dieux 
du  Plan  du  Formel.  Il  est  au  niveau  de  la  Première 
Extase,  l'étape  initiale  dans  le  développement  de  la 
vie  mystique.  La  confusion  entre  le  Brahman  et 
Brahmâ  a  même  valu  à  ce  dernier  de  recueillir  la 
qualité  essentielle  qui  s'attachait  à  l'autre  :  le  Brah- 
man symbolisait  dans  l'ordre  brahmanique  la  vie 
pure,  et  par  excellence  la  continence,  la  chasteté  ; 
l'étudiant  brahmanique  (brahmacârin,  ch.  bonshi), 
au  cours  de  ses  études  sacrées,  y  était  tenu  sans 
réserve.  Le  bouddhisme  a  étendu  cette  prescription 
à  la  vie  entière  du  clergé,  moines  ou  nonnes  ;  la 
"conduite  brahmique"  (brahmacaryâ,  ch.  bongyô) 
est  devenue  une  règle  absolue  et  permanente.  On 
en  est  venu  à  interpréter  Brahmâ,  par  une  étymologie 
fantaisiste  mais  expressive,  comme  "l'expulsion" 
(bâhana)  des  Passions.  C'est  en  se  détachant  du  Désir 
que  l'on  peut  renaître  dans  son  ciel. — C'est  cette 
notion  de  pureté  sacrée  qui  s'attache  au  nom  de 
Brahmâ  dans  la  plupart  des  composés  où  il  entre  : 
Voix  brahmique  (*bonnon),  Roue  brahmique  (bon- 
rin),  Stations  brahmiques  (bonju),  Voie  brahmique 
(bondô),  Véhicule  brahmique  (bonjô),  Gemme 
brahmique  (bommani) . .  . La  langue  sacrée,  le  sans- 
crit, devient  la  langue  brahmique  ;  le  syllabaire 
qui  sert  à  l'écrire  devient  l'écriture  brahmique. 
L'ascension  de  Brahmâ  atteint  son  apogée  dans  les 
formules  qui  proclament  que  l'essence  de  Brahmâ, 
brâhmanya,  est  l'essence  de  la  vie  monastique, 
srâmanya  (deux  termes  qui  traditionnellement,  les 
Grecs  mêmes  en  sont  témoins,  étaient  opposés  l'un 
à  l'autre),  et  que  Brahmâ  est  le  Buddha.  En  Chine, 
sous  l'influence  du  bouddhisme,  le  nom  de  Brahmâ 
(ch.  Fan=jap.  Bon)  devient  le  symbole  de  l'Inde, 
berceau   du   B.   et   terre-sainte   de   la   religion  :    on 


BON 


114 


BON 


l'appelle  terre  ou  pays  brahmique  (bondo,  bonkoku)  ; 
le  missionnaire  qui  en  vient  est  dit  moine  brahmique 
(bonsô),  et  la  même  épithète  s'applique  aux  manu- 
scrits ou  aux  livres  qu'il  importe  (bonkyô,  bonten), 
ainsi  qu'aux  couvents  bouddhiques  (bonsetsu,  bon- 
kaku),  à  leurs  cellules  (bonshitsu),  à  leurs  cloches 
(bonshô). — Le  bouddhisme  associe  au  nom  de 
Brahmâ  le  titre  énigmatique  de  Sahâmpati  (ch. 
Shabashu)  ;  il  lui  garde  aussi,  du  moins  dans  l'Es  , 
ses  attributs  brahmaniques,  sa  monture  (une  oie), 
ses  quatre  visages  ;  il  conte  sa  naissance  dans  le  lotus 
issu  du  nombril  de  Visnu  ;  on  le  trouve  même  dans 
le  bouddhisme  chinois,  dès  le  vie  siècle,  chez  un 
moine,  il  est  vrai,  d'origine  iranienne,  groupé  en 
Trinité  (Trimûrti)  avec  Visnu  et  Siva  comme  une 
sorte  de  contrefaçon  des  Trois  Corps  de  B.  Parfois 
on  lui  donne  un  aspect  inattendu  :  une  jeunesse  qui 
ne  se  fane  pas,  un  paon  comme  monture,  le  titre  de 
Kumâra  ("jeune  homme"  et  "prince")  ;  ce  sont  les 
traits  fondamentaux  de  Kârttikeya,  le  fils  de  Siva,  si 
populaire  dans  le  Sud  de  l'Inde  sous  le  nom  de 
Subrahmanya  "le  Bon  Brahmique"  ;  et  cette  appella- 
tion d'origine  obscure  mène  sur  le  chemin  d'une 
confusion  entre  les  deux  dieux. — Brahmâ  était  du 
fait  de  son  nom  l'incarnation  de  la  caste  brahmani- 
que ;  le  bouddhisme  ne  pouvait  résister  au  malin 
plaisir  de  l'embrigader  au  service  du  B.  ;  il  en  est 
résulté  cette  conséquence  piquante  que  Brahmâ  est 
beaucoup  plus  populaire  dans  le  bouddhisme  que 
dans  le  brahmanisme  hindouiste.  C'est  à  sa  demande, 
amusante  ironie,  que  le  B.  se  décide  à  prêcher  la 
Loi,  à  tourner  la  Roue  de  la  Loi,  appelée  aussi  Roue 
brahmique.  Plus  tard,  quand  le  bouddhisme  par  le 
Tantra  fusionne  avec  le  sivaïsme,  c'est  à  Siva-Mahes- 
vara  qu'on  attribue  l'honneur  d'avoir  converti 
Brahmâ,  embrigadé  comme  le  Sage  de  Diamant  dans 
le  panthéon  tantrique. — Dans  les  récits  bouddhiques, 
Brahmâ  a  pour  compagnon  ordinaire  Sakra,  l'Indra 
védique,  resté  le  premier  des  dieux  mineurs  de 
l'hindouisme  ;  tous  deux  sont  les  protecteurs  attitrés 
du  B. — Brahmâ  dans  la  cosmologie  bouddhique. 
— On  peut  tirer  du  Kosa  les  éléments  d'une  petite 
monographie  de  Brahmâ.  Tt.  1558  vm  (  =  K.  Lav. 
ni,  2)  :  Le  monde  de  la  première  Extase  comporte 
trois  Terres  :  Ensemble  Brahmique,  Acolytes  Brah- 
miques,  et  Grand(s)  Brahmâ... Les  Cachemiriens 
disent  que  le  Plan  du  Formel  ne  comporte  que  seize 
divisions  [cm.  C'est  l'opinion  correcte  des  Sarvâsti- 
vâdin,  qui  n'accordent  que  deux  divisions  au  ciel 
de  la  première  Extase,  les  Grands  Brahmâ  n'y  étant 
pas  comptés  à  part  ;  les  "Occidentaux"  (du  Gan- 
dhâra)  reconnaissent  dix-sept  divisions,  dont  trois 
pour  la  première  Extase,  en  comptant  les  Grands 
Brahmâ  à  part].  Dans  le  ciel  des  Acolytes  Brahmi- 
ques  s'élève,  disent-ils,  un  haut  pavillon  appelé  ciel 
de  Grandfs]  Brahmâ,  habité  par  un  seul  souverain, 
et  qui  ne  constitue  pas  une  terre  séparée. — Ib.  (  =  K. 


Lav.  in,  17)  Tous  les  dieux  de  l'Ensemble  Brahmique 
[c.-à-d.  ici  tous  les  dieux  de  la  Première  Extase], 
qui  sont  Actualisés  les  premiers  quand  commence 
une  Période,  ont — à  la  différence  des  Etres  du  Formel 
qui  sont  divers  tant  de  corps  que  de  Connotation — 
diversité  de  corps,  mais  Connotation  identique  (cf. 
Ekottara  T.  125  XL  init.).  Ils  forment  tous,  en  effet, 
Connotation  d'une  seule  et  même  cause  qui  serait 
Brahmâ  :  au  commencement  d'une  Période,  ils 
produisent  cette  Connotation  :  "Nous  sommes  créés 
par  le  Grand  Brahmâ,"  et  le  Grand  Brahmâ  produit 
cette  Connotation  :  "Ces  Acolytes  sont  créés  par 
moi."  Toutefois  ils  diffèrent  de  corps,  car  autre  est 
le  Grand  Brahmâ,  autres  sont  ses  Acolytes,  par  la 
hauteur,  la  largeur,  l'aspect,  le  langage,  l'éclat,  les 
vêtements,  etc.  Le  sûtra  dit  :  Les  Acolytes  de  Brahmâ 
se  souviennent  ainsi  :  "Autrefois  nous  avons  vu 
cet  Etre  de  longue  vie  qui  dure  si  longtemps .  .  .  etc. 
.  .  .jusqu'à  :  Et  Brahmâ  fit  ce  vœu  :  Puissent  d'autres 
Etres  naître  dans  ma  compagnie  !  Et  au  moment  où 
il  a  formé  ce  Vœu  nous  sommes  nés  dans  sa  com- 
pagnie."— Autre  question  :  Où  se  trouvaient  les 
Acolytes  quand  ils  ont  vu  Brahmâ  antérieurement  ? 
.  .  .Trois  réponses  :  Ils  étaient  dans  le  ciel  des  dieux 
Resplendissants  ;  ou  ils  étaient  dans  l'existence 
intermédiaire  qui  a  précédé  leur  naissance  au  ciel 
de  Brahmâ  ;  ou  encore,  c'était  dans  le  monde  même 
de  Brahmâ  [la  Vibhâsà  Tt.  1545  11c  ajoute  deux 
autres  réponses]. — Ib.  (  =  K.  Lav.  m,  20)  cite  un 
sûtra,  le  Saptasûryavyâkarana  (Ang.  Nik  vu  62  =  T. 
125  xxx  ;  aussi  Dîrghâgama  T.  1  xxi,  T.  26  11)  :  Les 
Etres  qui  sont  nés  depuis  peu  de  temps  dans  le  ciel 
des  Resplendissants  s'effraient  en  voyant  la  flamme 
monter  et  détruire  les  palais  du  monde  de  Brahmâ 
[au-dessous  d'eux],  lors  de  la  destruction  de  l'uni- 
vers par  le  feu  ;  mais  les  autres,  qui  connaissent  les 
révolutions  cosmiques,  les  rassurent  en  disant  : 
N'ayez  pas  peur,  amis  !  Déjà  auparavant  cette  flam- 
me, ayant  consumé  le  palais  de  Brahmâ,  a  disparu. — 
Ib.  xii  (  =  K.  Lav.  m,  183  sq.)  A  la  destruction 
finale  de  chaque  Période,  les  dieux  disparaissent  peu 
à  peu  de  leurs  mondes  pour  entrer  dans  un  monde 
supérieur  ;  ainsi  les  dieux  du  monde  de  Brahmâ 
entrent  dans  la  deuxième  Extase  et  renaissent 
après  leur  mort  dans  le  ciel  des  Resplendissants.  Et 
lorsqu'il  ne  reste  plus  un  seul  Etre  dans  le  monde  de 
Brahmâ,  la  disparition  des  Etres  est  achevée ...  le 
Monde-Réceptacle  est  alors  entièrement  consumé 
jusqu'au  Meru.  De  ce  Monde  ainsi  embrasé  la  flamme 
conduite  par  le  vent  va  brûler  les  palais  du  monde 
de  Brahmâ.  .  .Lors  de  la  création  d'une  Période,  au 
bout  de  vingt  Périodes  intermédiaires  pendant  les- 
quelles le  Monde  avait  disparu,  c'est  dans  les  palais 
vides  de  Brahmâ  que  renaissent  les  premiers  Etres, 
préalablement  morts  dans  le  ciel  des  Resplendis- 
sants.— Ib.  (  =  K.  Lav.  ni,  215)  La  deuxième  Extase  ' 
est  la  limite  de  la  destruction  par  le  feu  ;  tout  ce  qui 


PLANCHE     IX 


BONTEN  (BRAHMA). 

Peinture  du  VIIIe  siècle  (date  d'après  S.  Ômura,  Zuzôsftûko,  VJ  ). 
Châsse  de  Kichijoten.  consente  U  l'Ecole  des  lieaux-Arts.   Tokyo. 


BON 


"S 


BON 


est  au-dessous  est  brûlé  ;  le  ciel  de  Brahmâ,  qui  est 
de  la  première  Extase,  périt  donc  par   le   feu. — Ib. 
xxviii  (  =  K.  Lav.  vin,  182)  L'Extase  Intermédiaire 
a  pour  fruit  le  Grand  Brahmâ  ;  quiconque  pratique 
au  plus  haut  degré  cette  Extase  renaît  en  qualité  de 
Grand    Brahmâ.— Ib.    xxiv  (  =  K.  Lav.  vi,  214)  Il 
n'arrive  jamais  qu'un  Saint  renaisse  parmi  les  Grands 
Brahmâ,  parce  que  leur  ciel  est  un  lieu  d'hérésie, 
puisqu'on   y   considère    le    Grand    Brahmâ   comme 
créateur  ;  en  outre,  si  un  Saint  y  naissait,  il  y  serait 
supérieur  au  Grand  Brahmâ  qui  en  est  le  chef. — 
Ib.  xv  (  =  Lav.  IV,  105)  La  Discipline  Sans-Ecoule- 
ment existe  chez  les  hommes  et  chez  les  dieux  de 
toute  classe,  sauf  chez  les  dieux  de  l'Extase  Inter- 
médiaire  [le  ciel  des   Grands   Brahmâ]   et  chez  les 
dieux  Sans-Connotation. — Ib.  xxiv  (=Lav.  vi,  224 
sq.)  La  vraie  nature  du  Moine  (srâmanya)  est  appelée 
dans  le  sûtra  Nature  Brahmique  (brâhmanya  ;  ch. 
baramonshô  ^jJIIP'MÉ),  parce  qu'elle  élimine  (bâha- 
na)  les  Passions.  On  dit  aussi  Roue  Brahmique  (brah- 
macakra,  ch.  bonrin  ^£$j|,  q.v.  inf.),  parce  qu'elle 
est  tournée  par  le  vrai  roi   Brahmâ.   Le   B.,   étant 
associé  à  la  suprême  Nature  Brahmique,  est  Brahmâ. 
C'est  pourquoi  le  sûtra  dit  :  "Ce  B.  est  aussi  appelé 
Brahmâ"  ;   c.-à-d.   que  le    B.    est  calme  et   apaisé. 
— Au  lieu  des  trois  divisions  de  la  première  Extase 
citées  sup.  d'après  le  Kosa  (en  accord  avec  la  Vibhâsâ 
Tt.   1545  lie,  le  Saddharmasmrtyupasthâna  T.  721 
vm,   etc.),   la   Mvy.   3085-3088  donne  une  liste   de 
quatre  divisions  :   (1)  Ensemble  Brahmique,  sk.  p. 
brahmakâyika,  tib.  chaiis  ris  ;  ch.  bonshu  3?£îi  ttc- 
bonkai  J£$i   (ou   j)\\)   %  ;   autres    td.   bonshu  ^^ 
"Assemblée  Brahmique",  bonshin  ^^   "Ensemble 
Brahmique",  jôshin  :0§k  "Ensemble  pur"  ;  le  terme 
d'Ensemble   Brahmique  s'emploie   parfois  pour  -dé- 
signer tous  les  dieux  de  la  première  Extase,  ainsi 
Dîrgha  T.   1  xx  (132  o,   col.   26),   Ekottara  T.   125 
XL  init.,  etc.]  ;  (2)  [3  dans  Mvy.]  Acolytes  Brahmi- 
ques,  sk.  p.  brahmapurohita,  tib.  chaiis  pa  mdun  na 
'don,  ch.  bonfu  3£$H  [autres  td.  jôshi  ^S5  "maîtres 
purs"  Tt.  1505  11  ;  bonzengyôten  ^Mfs'ji.  "dieux 
marchant  devant  Brahmâ",  bonzenyakuten  ^jiîljfc^; 
"dieux    se    rendant    utiles    devant    Brahmâ"    Gog. 
xvi  11]  ;  (3)  [2  dans  Mvy.]  Assemblées  Brahmiques, 
sk.  brahmapârisadya,  p.  °pârisajja,  tib.  chaiis  'khor, 
ch.  bonshu  ffîlsfc,  bonken  3C^,  te.  bonharisha  $!$£ 
flj  (ou  |£)  $?,  bonhaô  &2£||,  etc.  ;  autre  td.  ken- 
zoku  ff/^jj  Tt.    1552  ;   (4)   Grands    Brahmanes   (sic, 
alias  Brahmâ),  sk.  Mahâbrâhmana  (al.  Mahâbrahmâ, 
aussi  p.),  ch.  daibon  X^E  etc- — Cette  liste  est  d'ac- 
cord avec  Dîrghâgama  T.  1  xx,  T.  24  vin,  T.  23  IV 
(textes  parallèles),  cm.  Tt.  1505  11,  et  Prajnâpâr0  T. 
224  11,  etc. — Durée  de  vie  et  dimensions  des  dieux 
Brahmâ. — Vibhâsâ  Tt.   1545  ne  :    Pour   l'Ensemble 
Brahmique,  leur  vie  est   d'une   demi-Période,   leur 
Corps  d'une   demi-Lieue  ;   pour   les   Acolytes,   une 
Période  et  une  Lieue  ;  pour  les  Grands  Brahmâ,  une 


Période  et  demie,  une  Lieue  et  demie.  Cependant, 
d'après  le  Dîrghâgama  T.  1  xx,  dans  tout  l'Ensemble 
Brahmique   la   vie   ne   dépasse   pas   une  Période. — 
Orgueil   de  (Mahâ)Brahmâ. — Dîrghâgama  T.  1 
xxn  :    Le    Brahmâ    d'une    nouvelle  Période,  qui  a 
terminé  son  existence  dans  le  ciel  des  Resplendissants, 
renaît  dans  la  résidence  vide  des  Brahmâ  et,  par  son 
Vœu,  d'autres  Brahmâ  y  renaissent  aussi.    Il  pense 
alors  :    Je    suis    le    roi    Brahmâ,    le    grand    Brahmâ 
roi  des  dieux  ;  je  suis  incréé,  j'existe  spontanément, 
je  n'ai  rien  reçu  d'un  autre  ;  dans  le  Chiliocosme  j'ai 
obtenu  tous  les  Sens  excellents  de  la  Souveraineté 
suprême  ;   suis   riche,   puissant,  je   puis    créer  tous 
les  Etres  par  mes  métamorphoses  ;  je  suis  le  père  et 
la  mère  de  tous  les  Etres.  Les  autres   Brahmâ  nés 
à  la  suite  de  son  Vœu  ont  les  mêmes  pensées  au  sujet 
du  Grand  Brahmâ.  Ce  Brahmâ  roi  des  dieux  a  tou- 
jours l'apparence  d'un  jeune  homme  ;  c'est  pourquoi 
il   porte   l'appellation   de   dôji    jfc-f-     (sk.    kumâra) 
"jeune   homme"   (sur  cette   appellation,   cf.    inf.  la 
citation  de  Kichizô  Ttt.  1824  1  b). — Texte  parallèle 
T.  24  1  :  Le  dieu  Brahmâ  s'enorgueillit  en  pensant  : 
Je   puis   créer,   métamorphoser,   fabriquer   des   Du- 
peries ;  je  suis  pareil  à  un  père.  Il  n'en  est  pas  ainsi 
du  Tg. — Vibhâsâ  Tt.  1545  ne  Le  dieu  MahâBrahmâ 
dit  :  Je  suis  Brahmâ,  je  suis  le  Grand  Brahmâ  ;  je 
possède    la    Souveraineté    dans    le    monde,  je    puis 
créer,  métamorphoser,  produire,  donner  naissance  ; 
je  suis  le  père  de  cela . . .  Mais  en  réalité  le  Grand 
Brahmâ  n'est  pas  un  vrai  Grand  Brahmâ  qui  aurait 
obtenu  la  Souveraineté  intégrale  ;  il  prend  une  Es- 
sence vile  pour  une  Essence  supérieure . . .  Parmi  les 
Essences,  il  n'y  en  a  pas  de  supérieure  au  Nirvana, 
ni  parmi  les   Etres,   de  supérieur  au  saint  B.   qui 
possède  la  Souveraineté  de  l'Esprit  et  celle  des  Es- 
sences. Les  Auditeurs  et  les  B.-pour-soi  n'ont  pas 
celle  des  Essences,  mais  ils  ont  celle  de  l'Esprit.  Un 
roi    Brahmâ   ne    possède    ni    l'une    ni    l'autre. — Cf. 
encore  Madhyama  T.  26  il  et  Samyukta  T.  99  xxxxiv. 
— Souverain  du  monde  [seshu  tft£  (Tt.  1579  lvi 
612  c,  3)]. — Son  titre  le  plus  ordinaire  est  sk.  Sahâm- 
pati  (ou  Sahapati),  Mvy.  31 16  tib.  mi  mjed  kyi  bdag 
po  "maître  de  Mimjed"  (expression  glosée  par  bzod 
"supporter  des  souffrances "  =  sk.   sah°)  ;  le  ch.   ne 
traduit   que   le   mot   pati    (shu   £   "souverain")   et 
transcrit  saha  (shaba  §£3|!)  ;  autres  te.  shabahatei  3£3|§ 
$3?  T.  25  ix,  shakahatei  ÉM^^  T.  24  ix,  Jsampa 
H§fc  Gog.  m.  L'élément  *shaba  (q.v.)  =  sk.  saha  est 
généralement  glosé  par  kannin  $$/§»  "supporter  avec 
patience",  p.  ex.  Ttt.  1733  IV  citant  T.  157  :  Le  roi 
Brahmâ   supporte   les   péchés   des   Etres,   concupis- 
cence,  colère,   ignorance  ;   c'est   pourquoi   on   l'ap- 
pelle de  ce  nom.  M.  Przyluski,  J.   As.    1924,  11,  1, 
propose  d'interpréter  Sahapati  comme  une  déforma- 
tion prâkrite  du  sk.  Sabhâpati  "maître  de  l'assem- 
blée [des  dieux]". — Le  Brahmâ  Sikhin,  qui  paraît  à 
côté    du    Brahmâ    Jyotihprabha    dans   le    Lotus   T. 


BON  116 

262  1  (  =  Burnouf  3)  et  ensuite  seul,  avec  le  titre 
de  Grand  Brahmâ  ib.  m  (  =  Burnouf  106),  a  été 
considéré  comme  la  forme  même  de  Brahmâ  sou- 
verain ;  p.  ex.  Ttt.  1718  11  b.  ou  Sikhin  est  traduit 
par  chôkei  HfSf  "chignon"  et  par  ka  j/c  "feu", 
avec  cette  explication  :  Le  roi  Brahmâ  est  appelé 
Sikhin  parce  qu'il  brise  les  Passions  du  Plan  du 
Désir  au  moyen  de  l'Extase  de  l'Eclat  du  Feu.  Un 
autre  cm.  Ttt.  1723  11  explique  Sikhin  comme  "le 
sommet  (chignon)  de  l'incendie"  (parce  que  l'incen- 
die cosmique  qui  termine  chaque  Période  s'arrête 
après  avoir  consumé  le  palais  de  Brahmâ).  Aussi  T. 
220  dlxx  (Prajnâ):  Le  roi  Brahmâ  portant  un  chignon, 
maître  du  monde  ;  et  Tt.  1509  1  :  Le  roi  Brahmâ, 
qui  maintient  les  trois  milliers  de  Grands  Chilio- 
cosmes,  est  appelé  Sikhin. — Brahmâ  des  héréti- 
ques.— Tt.  1640  définit  l'attitude  de  diverses  écoles 
hérétiques  au  sujet  de  Brahmâ  (cf.  Tucci,  Un  traité 
d'Âryadeva  sur  le  Nirvana  des  hérétiques,  T'oung 
Pao  1925-26,  p.  21  sq.)  :  Quels  sont  les  hérétiques 
qui  soutiennent  que  Brahmâ  est  la  cause  du  Nirvana? 
— Les  maîtres  de  l'école  du  Veda,  qui  disent  :  Du 
nombril  de  Nârâyana  poussa  une  grande  fleur  de 
lotus  ;  de  cette  fleur  naquit  Brahmâ  l'Aïeul  ;  ce 
Brahmâ  a  créé  toutes  choses  vivantes  ou  inanimées. 
De  la  bouche  de  Brahmâ  naquirent  les  brahmanes, 
de  ses  deux  bras  les  Ksatriya,  de  ses  cuisses  les 
Vaisya,  de  ses  talons  les  Sûdra.  Toute  la  grande  terre 
étant  un  Terrain  de  Défenses  où  l'on  cultive  les 
Mérites,  il  fit  naître  les  fleurs  et  les  herbes  qui  servent 
à  lui  rendre  hommage.  Il  créa  les  bêtes  sauvages  des 
monts  et  des  champs,  les  pourceaux  et  les  brebis 
qui  sont  des  animaux  domestiques  ;  si  on  tue  ces 
animaux  en  guise  de  sacrifice  pour  en  faire  hommage 
à  Brahmâ,  on  obtient  de  renaître  dans  le  Lieu  de 
Brahmâ  et  c'est  ce  qui  slppelle  le  Nirvana.  C'est 
pourquoi  les  maîtres  de  cette  école  appellent  Brahmâ 
l'Eternel  et  la  cause  du  Nirvana ...  Les  maîtres  de 
l'école  de  Mahesvara  disent  :  Le  fruit  est  un  effet  dû 
à  Mahesvara  ;  Brahmâ  est  la  cause  ;  Mahesvara  est 
un  seul  Substantiel  en  trois  parties,  Brahmâ,  Nârâ- 
yana et  Mahesvara  (cf.  aussi  la  citation  s.v.  *Anda). 
— Mahâprajfiâpâr°sâstra  Tt.  1509  vin  :  Après  l'in- 
cendie d'une  Période,  tout  est  vide  ;  puis,  par  la  force 
des  Facteurs  de  Mérite  des  Etres,  les  vents  arrivent 
des  dix  directions  et,  se  rencontrant  et  se  neutralisant, 
ils  peuvent  soutenir  les  grandes  eaux  ;  de  celles-ci 
naît  un  homme  a  mille  têtes,  avec  deux  mille  bras  et 
deux  mille  pieds,  appelé  Ichû  :J|i$|  =  sk.  Visnu.  De 
son  nombril  naît  un  précieux  lotus  à  mille  pétales 
d'or,  dont  l'éclat  est  pareil  à  celui  de  dix  mille  soleils  : 
dans  cette  fleur  est  un  homme  accroupi,  lui  aussi 
infiniment  lumineux  ;  c'est  Brahmâ  roi  des  dieux. 
De  son  cœur  naissent  huit  fils,  qui  donnent  naissance 
au  ciel  et  à  la  terre  et  aux  hommes.  Ce  Brahmâ  roi 
des  dieux  a  éliminé  sans  résidu  toute  luxure  et  toute 
colère. — Ttt.    1796   11   Pour  les   maîtres   des   Veda, 


BON 

Brahmâ  est  comme  le  B.  [pour  les  bouddhistes],  les 
4  Veda  comme  les  12  classes  de  Sûtra,  et  les  maîtres 
sont  comme  la  Communauté. — Ttt.  1824  1  b  (par 
Kichizô  cfiii&,  d'origine  iranienne,  549-623),  com- 
mentant le  passage  du  Madhyamakasâstra  Tt.  1564  1  : 
D'après  certains,  tous  les  Etres  naissent  de  Ma- 
hesvara, d'après  d'autres,  de  Visnu ...  Kichizô  dit: 
Dans  la  doctrine  des  Mahesvara,  on  peut  retrouver 
les  Trois  Joyaux,  à  savoir  :  Les  maîtres  sont  la  Com- 
munauté, (Mahâ)îsvara  est  le  B.,  les  Etres  nés  de 
lui  sont  la  Loi.  .  .Le  Mahâprajnâpâramitâsâstra  [Tt. 
1509  11]  mentionne  ensemble  trois  dieux,  Mahesvara 
et  Visnu  comme  ci-dessus,  et  de  plus  Kumâra  [l'ou- 
vrage auquel  se  réfère  Kichizô  contient  de  Kumâra 
la  description  suivante  :  "Il  tient  un  coq,  une  clo- 
chette, un  étendard  rouge,  et  il  a  pour  monture  un 
paon  ;  c'est  donc  bien  le  Kumâra-Kârttikeya  des 
brahmanes,  cf.  sup.  Aperçu].  Kumâra  signifie  "jeune 
homme"  ;  ce  dieu  n'est  autre  que  le  roi  Brahmâ  de 
la  première  Extase,  appelé  ainsi  parce  qu'il  a  l'aspect 
d'un  jeune  homme.  [Cf.  aussi  un  texte  du  Dîr^hâ- 
gama  T.  1  v  (  =  Dîg.  Nik.  II,  200,  220)  où  Brahmâ 
se  montre  sous  la  forme  d'un  Garçon  éternellement 
jeune  (sk.  Sanat-Kumâra)  à  quintuple  chignon  (sk. 
Pancasikha).  Dans  le  brahmanisme  Sanat-Kumâra 
est  un  des  fils  de  Brahmâ.]  On  l'appelle  aussi  Nârâ- 
yana, c.-à-d.  "racine  des  êtres"  (Gog.  xxv  donne  aussi 
Nârâyana  comme  un  nom  de  Brahmâ  parce  que, 
d'après  ses  adeptes,  Brahmâ  donne  naissance  à  tous 
les  hommes  ;  id.  Kjk.  xxvn).  Mais  pourquoi  le 
Madhyamakasâstra  (Tt.  1564  1)  et  le  Satakasâstra  (Tt. 
1569  1)  ne  mentionnent-ils  que  deux,  et  non  pas  trois 
dieux  ?  Pour  deux  raisons  :  (1)  Les  trois  dieux  des 
hérétiques  leur  tiennent  lieu  des  Trois  Corps  : 
îsvara  est  la  racine,  comme  le  Corps  d'Essence  ; 
Visnu  est  la  correspondance,  comme  le  Corps  de 
Correspondance  ;  Brahmâ  se  produit  par  métamor- 
phose dans  le  nombril  de  Visnu,  il  est  comme  le 
Corps  de  Métamorphose.  Or,  le  Mahâprajnâpâra- 
mitâsâstra enseigne  Trois  Corps  ;  c'est  pourquoi  il 
mentionne  trois  dieux.  Le  Madhyamaka  et  le  Sataka- 
sâstra n'enseignent  que  deux  corps,  celui  de  Vérité 
et  celui  de  Correspondance  ;  c'est  pourquoi  ils  ne 
mentionnent  que  deux  dieux.  [Mais  l'assertion  de 
Kichizô  à  propos  du  Mahâprajnâpâramitâsâstra  est 
erronée  ;  cf.  *Busshin,  où  tous  les  passages  tirés  de 
ce  sâstra  ne  mentionnent  que  deux  corps.]  (2) 
Brahmâ  se  trouve  dans  le  nombril  de  Visnu  ;  il  n'y 
a  donc  pas  lieu  de  le  mentionner  à  part. — La  Trinité 
brahmanique,  Trimûrti,  est  également  identifiée  aux 
Trois  Corps  de  B.  et  aux  Trois  Joyaux  dans  un 
texte  tantrique  traduit  au  VIIIe  siècle,  Tt.  1003  11. 
Ce  texte  décru  un  Cercle  dit  de  Vajrayaksa  où 
figurent  :  au  centre  le  Bs.  Vainqueur  des  Mâra  ; 
devant  lui,  le'  roi  Mâra  ;  à  sa  droite  Mahesvara,  der- 
rière lui  Brahmâ,  à  sa  gauche  Nârâyana.  Puis  vient 
un  autre  Cercle  dit  des  trois  frères  du  dieu  Madhu- 


ON 


117 


BON 


kara  [td.  tib.  'bran  rcir  byed  "faiseur  de  miel"  dans 
Kandjour,  Ses  rab  vi=T.  243,  sûtra  dont  Tt.  1003 
est  le  commentaire  ;  Madhukara  peut  désigner  Mâra, 
en  tant  que  créateur  de  l'ivresse  du  printemps  et  de 
l'alcool],  à  savoir  le  roi  Brahmâ,  Nârâyana,  et  Mahe- 
svara  ;  leurs  images  y  sont  disposées  en  forme  d'arc. 
— Brahmâ  inventeur  de  l'écriture. — Nirvâna- 
sûtra  T.  374  vin  et  glose  Ttt.  2128  vin  :  Le  sûtra  de 
Brahmâ,  ce  sont  les  Aksara  [cf.  *Akusatsura,  *Ben- 
zenna],  mot  qui  signifie  en  chinois  "se  répandre  sans 
se  différencier"  [sk.  ksar,  couler],  ou  encore  "inépui- 
sable", ou  encore 
"éternel"  :  seul  le 
sanscrit  est  éternel  ; 
les  autres  langues 
sont  créées  par  des 
saints  mineurs  et 
sont  réduites  à 
néant  quand  la  Pé- 
riode finit;  seule, 
l'écriture  de  Brah- 
mâ subsiste  à  tra- 
vers les  Périodes 
avec  Brahmâ  roi  des 
dieux  et  son  sûtra. 
— Aussi  T.  374 
xxvi,  glosé  ib.  :  Le 
dieu  qui  a  inventé 
l'écriture,  c'est  Brahmâ,  créateur  des  voyelles  du 
*Shittan. — Ttt.  2053  111  En  Inde  Genjô  (Hiuan 
tsang)  étudia  l'écriture  brahmique .  .  .  L'origine  en  est 
sans  commencement,  on  n'en  connaît  pas  l'auteur  ; 
au  début  de  chaque  Période,  le  roi  Brahmâ  l'enseigne 
d'abord  aux  dieux  et  aux  hommes  ;  c'est  pourquoi 


Fig.  57.  Brahmâ  dans  le  Plan  de  Diamant. 
Cercle  du  Ninnaji. 


Fig.  58.  Brahmâ  dans  le  Plan  de  Matrice 
Cercle  du  Ninnaji. 


on  l'appelle  écriture  de  Brahmâ. — Ttt.  2087  11 
L'écriture  fut  inventée  à  l'origine  par  Brahmâ,  qui 
institua  47  lettres  comme  modèle. — Cf.  aussi  *Shit- 
tan,  et  sup.  *Aô. — Dans  la  liste  des  64  écritures 
que  donne  le  Lalitavistara  (cf.  BEFEO  IV,  574  sqq.), 
la  première  est  appelée  Brâhmî  (ch.  Bonsho  ffî^Èt)  et  la 
dixième  Brahmavallî  "liane  brahmique". — Brahmâ 
dans  la  légende  du  B. — Brahmâ  est  souvent 
associé  dans  les  textes  comme  dans  l'iconographie 
à  Sakra  (Indra)  ;  leurs  noms  sont  combinés  dans  les 
termes  Bonshaku  Jfcffî  ou  Shakubon  $f$£  ;  l'un 
représente  le  Plan  du  Formel,  l'autre  celui  du  Désir. 
Ce  sont  eux  qui  accueillent  le  B.  à  sa  naissance  [p.  ex. 


Fig.  59.  Brahmâ  dans  le  Plan  de  Matrice. 
Figure  extraite  de  l' Asabashô,  VI. 

Lalitavistara  T.  187  m;  Vin0  Mûlasarv0  T.  145 1 
xx,  où  Brahmâ  tient  un  parasol  et  Indra  un  chasse- 
mouche],  eux  aussi  qui  vont  à  sa  rencontre  lorsqu'il 
redescend  du  ciel  des  Trente-trois.  Hôken  (Fa  hien) 
Ttt.  2085  et  Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  iv  rap- 
portent comment  le  B.  et  les  deux  grands  dieux 
descendaient  sur  trois  escaliers  parallèles,  l'un  fait 
d'or  au  milieu,  pour  le  B.,  un  autre  d'argent,  à  droite, 
où  Brahmâ  se  tenait,  un  chasse-mouche  blanc  à  la 
main,  un  autre  de  cuivre  ou  de  cristal,  à  gauche,  où 
Indra  se  tenait  avec  un  parasol  de  Joyaux.  Pour  les 
textes  ch.  sur  cet  épisode,  souvent  figuré  dans  l'art 
bouddhique,  voir  les  références  dans  Bbrk.  22-23, 
383-386  ;  cf.  aussi  Foucher,  Etude  sur  l'iconographie 
]  bouddhique   de   l'Inde,   I,    157. — C'est  aussi  sur  la 


BON 


118 


BON 


requête  de  Brahmâ  que  le  B.  se  décide  à  prêcher  la 
Loi  ;  c'est  le  fameux  brahmayâcanâ  T.  190  xxxm  ; 
T.  1428  xxxi.  Un  monument  marquait  encore  à 
l'époque  de  Hôken  (Fa  hien)  et  de  Genjô  .(Hiuan 
tsang)  l'emplacement  de  cet  épisode.  Références  aux 
textes  ch.  Bbrk.  1 1 . — Brahmâ  et  Sakra  sont  souvent 
associés,  dans  les  textes  comme  dans  l'iconographie, 
aux  quatre  Dieux-Rois  (*Tennô  3i3iL)  '•  ils  forment 
ensemble  le  groupe  le  plus  populaire  des  dieux 
protecteurs  du  bouddhisme. — Iconographie. — Dans 
l'Es.  Brahmâ  est  le  premier  des  Vingt  Dieux  con- 
vertis par  Mahesvara  et  devenus  les  protecteurs  du 
bouddhisme.  Chacun  d'eux  a  un  nom  de  Diamant 
et  une  conjointe.  Brahmâ  a  pour  nom  de  Diamant 
Vajramuni  et  sa  conjointe  Brâhmî  a  pour  nom  de 
Diamant  Vajrasânti.  Brahmâ  est  placé  dans  la  section 
extérieure  de  chacun  des  deux  Cercles  de  Diamant 
et  de  Matrice. — (1)  Cercle  de  Diamant.  Un  texte 
tib.  td.  Mnkk.  248  sq.  le  décrit  monté  sur  un  char  à 
oies,  ayant  le  corps  doré,  quatre  faces,  tenant  dans 
les  deux  mains  droites  Diamant  et  chapelet  et  dans 
les  deux  mains  gauches  bâton  et  flacon.  D'après 
Hizk.  il  tient  une  fleur  épanouie.  Cependant  l'ima- 
gerie courante  au  Japon  le  représente  avec  une  seule 
tête  et  deux  mains  dont  la  droite  tient  un  lotus 
(fig.  57). — (2)  Cercle  de  Matrice.  Ttt.  1796  v  décrit 
ainsi  le  Grand  Brahmâ  :  Il  est  coiffé  d'un  chignon, 
et  assis  sur  un  char  à  sept  oies  ;  il  a  quatre  faces  et 


quatre  bras  ;  l'une  des  mains  droites  tient  un  lotus 
et  l'autre  un  chapelet,  l'une  des  gauches  porte  un 
vase  et  l'autre  fait  le  sceau  de  la  lettre  Orh.  Hizk. 
11  donne  une  description  un  peu  différente,  mais  qui 
concorde  avec  l'imagerie  traditionnelle  du  Japon 
(fig.  58-59)  :  quatre  faces  à  trois  yeux  chacune  ; 
l'une  des  mains  droites  tient  une  lance,  l'autre  fait  le 
Sceau  du  Don  de  Sécurité  ;  l'une  des  mains  gauches 
tient  le  lotus,  et  l'autre  le  flacon.  Bzze.  111  donne  une 
image  analogue.  Pour  d'autres  textes  relatifs  à  la 
figuration  de  Brahmâ  dans  les  Cercles,  cf.  Bbkw. 
467  (Cercle  du  Lotus)  et  ib.  app.  m,  p.  56  (Cercles 
de  Diamant  et  de  Matrice). — Brahmâ  appartient 
aussi  à  la  série  es.  des  Douze  Dieux  (*Jûniten  |-~ 
%),  souvent  peinte  au  Japon  depuis  l'époque  de 
Heian  (cf.  Bbkw.  app.  il,  p.   105). — On  trouve  au 


Fig.  60.  Brahmâ  tenant  un  chasse-mouche. 
D'après  une  peinture  datée  de  755. 
Collection  du  Marquis  Inoue,  Tôkyô. 


Fig.  61.  Bontenkô  (Brahmî)  dans  le  Plan  de  Matrice. 
Cercle  du  Ninnaji. 

Japon,  notamment  dans  les  temples  de  Nara  (cf.  ib. 
app.  Il,  p.  91),  de  nombreuses  images  de  Brahmâ 
sculptées  ou  peintes  antérieurement  à  l'époque  de 
Heian,  durant  laquelle  furent  introduits  les  Cercles 
et  l'iconographie  de  la  secte  Shingon  ;  dans  ces 
images  non  es.,  il  n'a  qu'une  tête  et  deux  bras,  et  il 
est  presque  toujours  accompagné  de  Sakra  et  des 
quatre  Dieux-Rois.  Cf.  pi.  IX-X,  et  fig.  60. — Bon- 
tenkô ffîjljn,  conjointe  de  Brahmâ:  Ttt.  1796  11 
C'est  une  déesse  adorée  dans  le  monde  ;  mais  dans  le 
bouddhisme  Brahmâ,  étant  sans  Désir,  n'a  pas  d'é- 
pouse. Elle  figure  toutefois  dans  la  section  extérieure 
du  Cercle  de  Matrice,  à  l'ouest  (Brahmâ  étant  à  l'est)  ; 
cf.  fig.  61. — Formules. — Tt.  1298  (Rituel  des  Douze 
Dieux)  met  Brahmâ  au  premier  rang  et  le  décrit,  la 
main  droite  fermée  sur  la  hanche  droite,  et  la  main 
gauche  dressée  au-dessus  de  l'épaule  gauche  avec  les 
cinq  doigts  étendus  ;  il  donne  comme  la  Formule  de 
ce  dieu  Namah  samantabuddhânâm  brahmana  svâhâ. 
T.  1300  I  (  =  Sârdûlakarnâvadâna,  Diyâv.  p.  63 
inf.,  mais  le  texte  sk.  est  altéré)  donne  une  formule 
"sâvitrienne"  (parodie  de  la  Sâvitrî  ou    Gâyatrî,  la 


PLANCHE     X 


BONTEN  (BRAHMA). 

Terre  sur  bois.  Epoque  de  Nara  (VIIIe  siècle). 
Réfectoire  du  Horyuji  ffiH^â^. 


BON 


119 


BON 


formule  sacrée  du  brahmanisme)  :  S'il  y  a  Formel,  il 
y  a  nécessairement  Désir  ;  s'il  y  a  Désir,  on  est  sûr 
d'atteindre  le  ciel  de  Brahmâ.  Le  sk.  ajoute  :  Voilà, 
ô  brahmane,  la  Formule  sâvitrienne  qui  a  été  énoncée 
par  Brahmâ  Sahâmpati,  et  elle  a  été  approuvée  par 
les  B.  complètement  Eveillés  d'autrefois. — Termes 
composés. — Bomma  ffîfâfr  :  Brahmâ  et  Mâra,  ou  les 
Brahmâ  et  les  Mâra  ensemble,  combinaison  très 
fréquente  dans  les  textes,  p.  ex.  T.  262  I  (  =  Lotus  p. 
13  inf.)  ;  elle  représente  tous  les  dieux  du  Formel  avec 
tous  les  dieux  du  Désir  (sk.  p.  Sabrahmaka  Samâ- 
raka).  Autre  te.  Bommara  ffîfÊjlitfâk  T.  1060. — Bom- 
mani  ^£HUiî  =  sk.  brahmamani,  td.  jôshu  £!?#£  "Gem- 
me pure",  nom  de  gemme  ;  l'épithète  brahmâ  dénote 
la  pureté  Ttt.  213 1  m. — Bondan  ^£i8  ou  ^£fQ.  =  sk. 
p.  brahmadanda  :  Nom  d'une  peine  disciplinaire 
appliquée  aux  Moines  ;  td.  littérale  bonjô  ^^  "bâton 
de  Brahmâ",  glosé  mokuhin  $$fâ  "tenir  à  l'écart 
dans  le  silence".  Dîrghâgama  T.  1  iv  :  Chanda  était 
violent  et  égoïste.  Le  B.  dit  à  Ânanda  :  Si  après  ma 
disparition  il  ne  se  conforme  pas  au  rituel  du  Nir- 
vana, infligez-lui  la  peine  du  brahmadanda  :  que  les 
Moines  ne  lui  adressent  pas  la  parole,  ne  fassent  pas 
compagnie  avec  lui,  ne  lui  enseignent  point.  T.  1421 
xxx  même  épisode.  Tt.  1509  11  explique  brahma- 
danda comme  le  châtiment  selon  la  loi  du  dieu 
Brahmâ.  Etymologie  fantaisiste  du  terme  ch.  Ttt. 
1805  glosant  Ttt.  1804  1  b. — Dans  l'ordre  brahmani- 
que, le  terme  s'applique  à  la  malédiction  prononcée 
par  un  brahmane. — Bondo  ^£:fc,  "terre  brahmique"  : 
l'Inde. — Bondâ  ^£jH  "Voie  brahmique"  ;  Tt.  1509 
vm  :  On  dit  de  celui  qui  cultive  la  pureté  de  l'Extase 
et  tranche  la  concupiscence,  qu'il  marche  dans  la 
Voie  brahmique. — Bondâ  ^jj£  "salle  brahmique"  ; 
autre  nom  des  bonjû  ^frfË  "Stations  brahmiques" 
(sk.  brahmavihâra)  ;  cf.  *Muryôshin. — Bonen  ;££$£  : 
Brahmâ  et  Nârâyana  associés. — Bonfu  ^£|it;  sk.  Brah- 
mapurohita,  "Acolyte  Brahmique"  ;  cf.  sup.  Brahmâ 
dans  la  cosmologie  bouddhique. — Bonfuku  ;££flîg, 
sk.  bramapunya,  Félicité  Brahmique  :  quatre  actes 
méritoires  qui  font  renaître  au  ciel  de  Brahmâ.  Tt. 
1558  xviii  (  =  K.  Lav.  iv,  250)  :  Le  sûtra  (Ekottara 
T.  125  xxi,  cf.  aussi  Vibhâsâ  Tt.  1545  lxxxii)  dit 
que  quatre  personnes  produisent  la  Félicité  Brah- 
mique :  (1)  celui  qui  élève  un  stûpa  là  où  il  n'y 
en  avait  pas  pour  y  vénérer  une  relique  du  Tg.  ; 
(2)  celui  qui  construit  un  monastère,  donne  un 
jardin,  ou  offre  à  la  Communauté  des  quatre  points 
cardinaux  les  quatre  choses  (sk.  vastu),  vêtement, 
nourriture,  couche,  médicaments  ;  (3)  celui  qui  réta- 
blit l'union  de  la  Communauté  divisée  ;  (4)  celui  qui 
pratique  les  quatre  Incommensurables  (  =  Stations 
brahmiques).  [Mais  T.  125  xxi  compte  comme  le 
quatrième  celui  qui  invite  un  B.  à  prêcher  la  Loi.] 
La  mesure  de  la  Félicité  Brahmique,  c'est  de  procurer 
la  naissance  au  ciel  pour  une  Période,  durée  de  la 
vie  des  Acolytes   Brahmiques.    [C'est   l'opinion   des 


anciens  maîtres  Sautrântika  ou  Mahâsânghika,  mais 
la  Vibhâsâ  Tt.  1545  lxxxii  dit  que  la  mesure  est  la 
même  que  celle  du  Mérite  qui  produit  les  Caractères 
de  Bs. — Pour  l'opinion  de  Sanghabhadra  Tt.  1562 
xxm,  cf.  K.  Lav.  IV,  261,  n.  I.] — Dans  la  secte  Ten- 
dai,  le  bonfuku  "Félicité  Brahmique"  s'oppose  au 
shôfuku  ggfg  "Félicité  des  Saints"  [des  trois  V.] 
Ttt.  1718  x. — Bongo  ;££!|J  "langue  brahmique",  le 
sanscrit,  ainsi  nommé  soit  parce  que  l'origine  en 
remonte  à  Brahmâ,  soit  parce  qu'il  est  la  langue  de 
l'Inde,  appelée  en  Chine  "terre  brahmique"  Bondo 
^E±.  D'après  Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  11, 
Brahmâ  et  Indra  l'enseignèrent  les  premiers  ;  Pânini 
résuma  leurs  enseignements  sous  l'inspiration  de 
Mahesvara.  Gijô  (Yi  tsing)  Ttt.  2125  IV  limite  ce 
prétendu  historique  de  la  langue  à  Pânini  et  Mahes- 
vara. Tt.  1558  xi  (  =  K.  Lav.  m,  165)  :  Tous  les 
dieux  parlent  la  langue  sainte,  le  sanscrit  [Genjô 
(Hiuan  tsang)  ajoute  :  qui  est  le  parler  de  l'Inde 
Centrale].  Ttt.  1916  rapporte  que,  d'après  la  secte 
Vijnaptimâtra,  le  sanscrit,  langue  des  dieux,  n'est 
parlé  que  jusque  chez  les  dieux  de  la  première  Ex- 
tase ;  à  partir  de  la  deuxième  Extase,  il  n'y  a  plus  de 
Raisonnement,  donc  plus  de  langage. — En  Chine  le 
sanscrit  fut  d'abord  appelé  Kogo  j!jj]!§  "langue  des 
Hou"  (Barbares  Occidentaux)  ;  c'est  seulement  vers 
la  fin  des  Six  Dynasties  qu'on  commença  à  distinguer 
le  Bongo  ^£§f£,  sanscrit  proprement  dit,  des  autres 
parlers  des  Pays  Occidentaux.  La  distinction  du  Kogo 
et  du  Bongo  suscita  dès  l'époque  de  Gensô  ^% 
(557-610)  des  controverses  qui  se  prolongeaient 
encore  sous  les  Sô  (Song)  5i5  au  XIe  siècle.  Cf.  Ttt. 
2061  m  (td.  Lévi  BEFEO  iv,  561)  :  Dans  les  Cinq 
Indes,  c'est  le  Bongo  pur  ;  au  Nord  de  l'Himalaya, 
c'est  le  Kogo  ;  écriture  et  langue  diffèrent .  .  .  Dans 
l'Inde  les  mots  et  les  lettres  sont  ceux  qu'a  inventés 
le  dieu  Brahmâ  ;  ils  sont  originellement  au  nombre 
de  47  ;  mais  ils  vont  se  multipliant  :  C'est  ce  qu'on 
appelle  seizô  pfj|iÊ  "corbeille  bleue"  (sk.  nîlapitaka) 
. .  .  Depuis  les  Kan  (Han)  ^|  jusqu'aux  Zui  (Souei) 
flÊI  (25-618),  les  traducteurs  désignaient  l'Inde  sous 
l'appellation  Ko  JjEj...on  appelait  tout  indistincte- 
ment du  nom  de  Ko.  A  partir  de  la  dynastie  Zui 
(Souei),  on  donna  à  tout  communément  le  nom  de 
Bon  ;££.  C'est  le  cas  de  dire  :  Qui  passe  le  but  ne 
l'atteint  pas. — Cf.  *Butsugo,  sur  les  langues  que  le 
B.  emploie  pour  prêcher. — Bongyô  Jfcff  "Conduite 
brahmique",  sk.  brahmacaryâ,  p.  °cariyâ  ;  Mvy.  1279 
tib.  chahs  kyi  spyod.  Le  mot  est  emprunté  à  l'ordre 
brahmanique  où  il  désigne  la  pratique  rigoureuse 
de  la  règle  et  spécialement  la  continence  imposée 
pendant  la  période  des  études. — Mahâpr°pâr°sâstra 
Tt.  1509  xx  :  Les  dieux  qui  ont  tranché  le  désir  sexuel 
sont  des  Brahmâ,  terme  qui  s'applique  à  tous  les 
dieux  du  Plan  du  Formel  ;  c'est  pourquoi  la  méthode 
pour  trancher  le  désir  sexuel  est  dite  Conduite 
brahmique. — Mais  la  Conduite  brahmique  désigne 


BON ] 

aussi  l'ensemble  de  toutes  les  bonnes  actions.  Tt. 
1509  vin  explique  que,  s'il  en  est  ainsi,  c'est  pour 
bien  marquer  quelle  importance  capitale  a  l'élimina- 
tion de  la  luxure. — T.  310  cxiv  Dans  la  Loi  boud- 
dhique, c'est  la  pureté  de  l'Esprit  qui  fait  la  Conduite 
brahmique. — T.  1775  II  Quoiqu'ayant  femme  et 
enfants,  Vimalakîrti  observe  toujours  la  Conduite 
brahmique. — T.  1670  (  =  Milindapanha  76)  Le  roi 
demande  :  Le  B.  se  conforma-t-il  à  la  Conduite 
brahmique?  N'eut-il  pas  de  rapports  avec  les  fem- 
mes ? — Certes,  répond  Nâgasena. — Alors,  reprend 
le  roi,  le  B.  fut  un  adepte  de  Brahmâ  ! — Certains 
commentateurs  chinois  interprètent  Bon  par  Nirvana 
et  expliquent  que  la  Conduite  brahmique  est  celle 
qui  conduit  au  Nirvana  Ttt.  1721  m,  1796  xvn. — 
La  Conduite  brahmique  est  la  seconde  des  cinq 
Pratiques  des  Bs.  qui  mènent  au  Nirvana  T.  375  xi 
et  xiv  sq.  ;  cf.  *Gyô. — Tt.  1604  vi  (  =  Mah°  sûtrâP 
td.  Lévi  147)  Quatre  vertus  de  la  Conduite  brahmi- 
que :  (1)  elle  est  unique,  parce  qu'elle  n'a  rien  de 
commun  avec  les  autres  ;  (2)  elle  est  pleine,  parce  que 
contrairement  à  la  Conduite  des  hérétiques  elle 
parachève  l'abandon  des  Passions  des  trois  Plans  ; 
(3)  elle  est  pure,  parce  qu'elle  est  nettoyée  naturelle- 
ment, en  tant  qu'elle  est  sans-Ecoulement  ;  (4)  elle 
est  nette,  parce  qu'elle  est  nettoyée  des  taches,  car 
la  Série  personnelle  est  nettoyée  chez  ceux  dont 
l'Ecoulement  est  épuisé. — Bonjô  ^Kl  "Véhicule 
brahmique"  :  on  appelle  ainsi  le  V.  des  Bs.  parce 
qu'il  est  pur. — Bonjû  ^frfî  "Station  brahmique", 
sk.  brahmavihâra  ;  cf.  *Muryôshin. — Bonkai  J&\-, 
monde  de  Brahmâ  ;  cf.  inf.  Bonsekai. — Bonkai  ^ 
jjg^  =  sk.  brahmakâyika,  Ensemble-brahmique  ;  cf. 
sup.  Brahmâ  dans  la  cosmologie  bouddhique. — 
Bonkaku  ^E|HJ  "pavillon  brahmique",  terme  dési- 
gnant les  temples  bouddhiques. — Bonkô  ^£fp  "son 
brahmique"  :  son  de  la  voix  du  B.,  p.  ex.  Ttt. 
2125  I  ;  cf.  *Bonnon. — Bonnô  ^£Jl  "empereur  [de 
la  Loi  de  la  terre]  brahmique",  désignation  ch.  du 
B.,  p.  ex.  dans  la  préface  de  Ttt.  1912. — Bonkoku 
3l£|ji|  "pays  brahmique"  :  l'Inde,  p.  ex.  Ttt.  2125  III. 
— Bonkyâ  ^fg,  ou  bonkyô  ^1$,  bonkô  j&fc,  °on- 
saku  ^^,  termes  désignant  ce  qu'on  appelle  au- 
jourd'hui en  Occident  pothî  (hindoustani  pothî,  du 
sk.  pustaka,  dérivé  lui-même  du  persan  pust  "cuir, 
parchemin"),  c.-à-d.  les  manuscrits  de  l'Inde  et 
des  pays  de  culture  indienne,  serrés  (ko  $$,  kyô  f$) 
entre  des  planches  ou  dans  une  boîte  (kyô  ^,saku^) 
de  bois,  auxquelles  ils  sont  fixés  par  des  attaches  ; 
par  extension,  les  livres  chinois  reliés  de  la  même 
façon  (notamment  les  collections  d'estampages  épigra- 
phiques). — Bonkyô  est  aussi  le  nom  d'un  Sceau  : 
pour  le  former,  on  dispose  les  mains  en  forme  de 
bonkyô  Zish.  I. — Bonnyo  Jfcic  "femme  brahmique"  : 
femme  observant  la  Conduite  brahmique,  ou  femme 
d'un  Brahmisant,  ou  encore  femme  d'un  brahmane 
(p.    ex.  T.  567). — Bonrin   %$fc,    sk.    brahmacakra  : 


o  BON 

Roue  brahmique,  synonyme  de  *hôrin  j£^,  sk. 
dharmacakra,  la  Roue  de  la  Loi,  que  fait  tourner  le 
B. — T.  26  xxxiv  (  =  Majjhima  1  431,  368)  Le  Tg. 
fait  tourner  la  Roue  brahmique.  Mah°p°pâr°sâstra 
Tt.  1509  xxv  La  Roue  brahmique  porte  ce  nom  parce 
qu'elle  est  pure... ou  encore  parce  que  Brahmâ 
signifie  vaste  (sk.  brhant)  :  or  la  Roue  de  la  Loi  que 
fait  tourner  le  B.  s'étend  au  monde  entier  ;  ou  encore 
parce  que  le  B.  enseigne  les  quatre  Stations  brah- 
miques  ;  ou  encore  parce  qu'à  l'origine  c'est  Brahmâ 
Roi  des  Dieux  qui  invita  le  B.  à  faire  tourner  la  Roue 
de  la  Loi  ;  ou  encore,  pour  plaire  à  ceux  qui  vénèrent 
le  dieu  Brahmâ. — Le  B.  dit  tantôt  Roue  de  la  Loi, 
tantôt  Roue  brahmique.  Quelle  différence  y  a-t-il 
entre  ces  termes  ? — Ils  sont  synonymes.  Toutefois, 
d'après  certains,  Roue  brahmique  se  rapporte  aux 
Quatre  Incommensurables  (  =  Stations  brahmiques) 
et  Roue  de  la  Loi  aux  Quatre  Vérités  ;  ou  encore,  on 
dit  Roue  brahmique  parce  que  la  Voie  est  atteinte 
au  moyen  des  Quatre  Incommensurables  et  Roue 
de  la  Loi  en  tant  qu'elle  est  atteinte  au  moyen  d'autres 
Essences  ;  ou  encore,  Roue  brahmique  s'emploie 
par  rapport  aux  Quatre  Extases  et  Roue  de  la  Loi 
par  rapport  aux  trente-sept  Ailes  de  l'Eveil  ;  ou 
encore,  Roue  brahmique  s'applique  à  la  Voie  de 
l'Extase  et  de  la  Concentration,  et  Roue  de  la  Loi 
à  celle  de  la  Sapience. — T.  183  Un  ermite  qui  est 
le  futur  Maitreya,  s'étant  suicidé,  renaît  dans  le 
monde  de  Brahmâ  où  il  prêche  la  loi  de  Brahmâ  ; 
il  y  obtient  l'Eveil  et  y  fait  tourner  la  Roue  brah- 
mique. Il  institue  un  Pénitentiel  qui  interdit  sévère- 
ment la  viande  comme  aliment  ;  cf.  BEFEO  XXIV, 
166. — Cf.  aussi  sup.  le  passage  du  Kosa  sur  le 
srâmanya-brâhmanya. — Bonsekai  ^tjtti"^?-»  ou  bonse 
^Etfr»  bonkai  ^t%,  bontenkai  ^X|?-,  sk.  Brahma- 
loka,  "monde  de  Brahmâ"  ;  on  le  désigne  souvent 
en  chinois  comme  le  septième  Ciel  (Daishichibonten 
Wt-\l*$E>3V)  parce  qu'il  vient  au-dessus  des  six  mondes 
ou  cieux  du  Plan  du  Désir.  T.  1670  (  =  Milinda- 
panha 81)  Une  pierre  qui  tomberait  du  monde  de 
Brahmâ  ne  toucherait  la  terre  qu'au  bout  de  six 
jours  (pâli  :  de  quatre  mois).  Ttt.  2122  v  Une  pierre 
de  1000  pieds  jetée  du  ciel  de  Brahmâ  le  15  de  la  9e 
lune  arrive  au  Jambudvîpa  le  même  jour  de  l'année 
suivante.  Tt.  201  v  (  =  Sûtrâlarhkâra  td.  Huber  130) 
Les  Voyants  de  l'antiquité  croyaient  qu'en  renonçant 
à  leur  vie  ils  renaîtraient  dans  le  monde  de  Brahmâ 
.  .  .Mais  ce  n'est  pas  en  se  suicidant  qu'ils  renais- 
saient dans  le  ciel  de  Brahmâ  :  c'est  en  pratiquant 
l'Extase  et  en  se  délivrant  des  Liens.  Leurs  confrères 
crurent  qu'ils  y  renaîtraient  en  se  jetant  dans  les 
abîmes  ou  dans  le  feu  ;  c'est  ainsi  que  naquirent  les 
Vues  Perverses. — Bonsen  ^£f§  :  le  cordon  brahmani- 
que (porté  par  les  hautes  castes  à  partir  de  l'initiation 
et  tressé  de  plantes  différentes  selon  la  caste).  T. 
145 1  1  interdit  aux  moines  de  le  porter;  c'est  un 
péché   de  transgression. — Bonsetsu  ^^lj  =  sk.   brah- 


BONNÔ  J 

maksetra  "Terrain  brahmique",  terme  qui  désigne 
l'Inde,  où  plus  fréquemment  les  couvents  boud- 
dhiques.— Bonshaku  ^£J^,  Brahmâ  et  Sakra  [Indra], 
souvent  associés;  cf. -sup. — Bonshakushitennô  3>fcff!['!<] 
Jiï,  Brahmâ  et  Sakra  associés  aux  quatre  Dieux- 
Rois  ;  cf.  sup. — Bonshabashu  $&£~^'ï.,  sk.  Brahmâ 
Sahâmpati  ;  cf.  sup.  Souverain  du  monde. — Bonshi 
^ij£,  litt.  "qui  a  la  volonté  brahmique",  sk.  p. 
brahmacârin  ;  Brahmisant.  L'équivalent  sk.,  qui 
signifie  littéralement  pratiquant  la  Conduite  brah- 
mique (cf.  sup.  Bongyô),  s'applique  en  particulier 
à  l'étudiant  en  cours  d'instruction  et  tenu  spéciale- 
ment à  la  continence.  Le  bouddhisme  a  changé 
la  valeur  du  mot.  Tt.  1509  lxxvi  Les  Brahmisants, 
ce  sont  tous  les  hérétiques  sortis  de  la  famille, 
ou  encore  ceux  qui  suivent  leur  Loi.  T.  125  ix 
L'Arhat  qui  a  épuisé  les  Ecoulements,  c'est  lui 
qu'on  appelle  Brahmisant. — Le  mot  bonshi  est 
souvent  l'équivalent  de  brahmane,  p.  ex.  T.  26 
xxxvn,  xxxix,  et  Tt.  1545  xxxiv.  Les  commentateurs 
chinois  interprètent  la  traduction  bonshi  "qui  a  la 
volonté  brahmique"  comme  signifiant  "qui  a  la 
volonté  du  Nirvana"  Ysk.  xix. — Bonshin  ^^,  sk. 
brahmakâya  "corps  de  Brahmâ"  ;  cf.  *Busshin  init. 
Bonshin  s'emploie  aussi  pour  désigner  le  Corps 
d'Essence  du  B.  Ttt.  1813  1. — Cf.  aussi  sup.  Bonkai 
=  sk.  brahmakâyika. — Bonshitsu  ^£H[  "chambre  brah- 
mique", désignation  de  la  cellule  du  moine. — Bon- 
shâ  ^£|i  "cloche  brahmique"  :  on  désigne  ainsi  les 
grandes  cloches  des  monastères  ;  cf.  *Shô  "cloche". 
— Bonshu  ^£^,  sk.  Brahmapârisadya  (ou  aussi 
Brahmakâyika)  ;  cf.  sup.  Brahmâ  dans  la  cosmologie 
bouddhique. — Désigne  aussi  la  Communauté  boud- 
dhique.— Bonsô  ffîfè  "moine  brahmique"  :  moine 
des  Pays  Occidentaux,  ou  moine  pratiquant  les  Dé- 
fenses.— Bonten  ffiX  "le  Dieu  Brahmâ",  et  Bontennô 
&XÏ  "Brahmâ  Roi  des  Dieux"  ;  cf.  sup. — Bonten 
fâ!&  "les  livres  saints  de  l'Inde". — Bontenkô  %% 
Jp,  la  conjointe  du  Dieu  Brahmâ  ;  cf.  sup.  Icono- 
graphie.— Cf.  aussi  *Baramon,  *Bombai,  *Busshin, 
etc. — Sur  Brahmâ  dans  les  Nikâya  et  les  Âgama,  le 
Prof.  Ui  a  publié  dans  Itkk.  in,  63-195,  un  important 
travail  qui  n'a  malheureusement  pu  être  utilisé  pour 
la  préparation  du  présent  article.  Il  y  montre  notam- 
ment comment  le  bouddhisme  dépersonnalise  Brah- 
mâ au  point  de  confondre  sous  ce  nom  toutes  sortes 
de  personnages  différents.  Cf.  p.  ex.  le  sûtra  du 
Sarhyuktâgama  T.  99  iv  (27  b-c)  [=T.  100  xin 
(466  c)  =  Sam.  Nik.  1  ,14]  où  un  certain  Brahmâ 
entre  en  religion,  devient  Arhat  et,  au  cours  de  sa 
tournée  de  Mendicité,  enjoint  à  sa  propre  mère  de 
ne  pas  adorer  le  dieu  Brahmâ  ;  sur  ces  entrefaites 
survient  Brahmâ  Sahapati  qui  recommande  à  la 
mère  de  faire  offrande  au  Moine-mendiant,  son  fils, 
et  non  au  dieu. 

BONNÔ   j£tg    (litt.   "tourment,   affliction"),   sk. 


1  BONNÔ 

klesa,  p.  kilesa  ;  tib.  non  moiis  pa. — Passion. — 
Aperçu  général. — Le  point  de  départ  du  boud- 
dhisme est  la  Douleur.  Les  langues  romanes,  slaves, 
germaniques  comme  le  sanscrit  nous  permettent  de 
suivre  un  développment  sémantique  qui  conduit 
d'une  racine  signifiant  "douleur"  à  un  dérivé 
signifiant  "passion":  français  pâtir-* passion;  russe 
stradat  "souffrir"-*-strast  "passion"  ;  allemand  leiden 
-*■  Leidenschaft  ;  sk.  klis-  [faire] "souffrir"-*- klesa. 
Le  même  développement  se  laisse  poursuivre  dans 
la  liaison  de  la  première  et  de  la  deuxième  Vérité, 
ainsi  que  dans  l'enchaînement  des  douze  Dpnnées- 
causales.  La  première  Vérité  constate  le  caractère 
Douloureux  des  Essences  et  des  Opérés  ;  la  deuxième 
Vérité,  celle  de  la  Formation,  en  indique  la  cause  : 
les  Passions.  L'ordre  réel  des  douze  Données-causales 
(opposé  à  l'ordre  logique  des  quatre  Vérités)  se 
poursuit  en  sens  inverse  ;  il  commence  par  la  Passion 
fondamentale,  l'Inscience,  qui  équivaut  à  l'ensem- 
ble des  Passions,  et  finit  par  rémunération  de  la 
vieillesse,  de  la  mort,  et  de  diverses  manifestations 
de  la  Douleur  :  affaiblissement,  fièvre,  souffrance, 
plaintes,  tristesse,  tribulations.  Le  caractère  idéaliste 
du  bouddhisme  est  attesté  par  les  équations  sui- 
vantes :  Inscience  =  Désir  =  Racine  des  Essences  T. 
59  (855  c)  ;  Inscience  =  Passion  (Harivarman  ;  cf. 
K.  Lav.  ni,  91);  Esprit  =  Inscience  T.  418  1  (906  a), 
Esprit-en-travail  =  Cause  des  Passions  T.  26  xxxm 
(635  b).  L'Acte  est  causé  par  les  Passions,  qui  agrègent 
les  cinq  Masses  en  une  entité  individuelle  illusoire 
Tt.  1545  xlvi  (238  b)  ;  l'Acte  est  causé  par  l'Esprit 
T.  721  xx  (114  b),  T.  276  (235  b)  ;  donc  les  Passions 
et  l'Esprit  sont  identiques  en  tant  que  Causes  des 
Actes,  d'où  résultent  le  Monde-Réceptacle  et  le  Monde 
des  Etres.  La  Passion  n'est  donc  pas  seulement 
une  catégorie  psychologique,  mais  aussi  une  caté- 
gorie ontologique  cardinale,  de  même  que  le  principe 
apparenté  de  l'Esprit.  Déjà  dans  le  Sarhyuktâgama 
T.  99  x  (69  c),  le  Buddha  déclare  que  les  Passions 
des  Etres  et  les  variétés  du  monde  matériel  dépendent 
de  l'Esprit,  comme  les  couleurs  et  les  dessins  d'un 
tableau  sont  créés  par  le  peintre.  L'école  Mahâsan- 
ghika  (Anguttaranikâya  I,  p.  10;  Traité  de  Vasumitra 
Tt.  2031)  admettait  l'existence  d'un  Esprit  dont  la 
substance  est  originellement  pure,  mais  qui  est 
accidentellement  souillé  par  des  Passions-de-passage. 
Plus  tard  le  Tathâgatagarbhasûtra,  le  Srîmâlâsûtra,  le 
Lankâvatâra,  le  Mahâyânasraddhotpâda  divisent  cet 
Esprit,  la  Matrice  de  Tg.,  la  Notation  de  Tréfonds,  en 
deux  sections  (ou  états),  l'une  Immaculée,  l'Ainsité, 
l'Essencité,  l'autre  Passionnée,  Magasin  des  Germes 
des  trois  Plans  à-Ecoulement.  Les  efforts  du  G.V. 
pour  expliquer  l'interaction  et  l'Imprégnation  réci- 
proque de  ces  deux  principes  métaphysiques  opposés 
ont  donné  lieu  à  une  dialectique  du  Milieu,  conciliant 
thèse  (Passion)  et  antithèse  (absence  de  Passion)  dans 
une    synthèse    progressive.    L'application    de    cette 


BONNÔ  J 

méthode  dans  le  domaine  de  la  Discipline  et  de  la 
morale  a  élargi  le  cadre  étroit  des  Défenses  négatives 
et  des  pratiques  ascétiques  du  P.V.  Une  casuistique 
ingénieuse  et  intentionaliste  permet  aux  Bs.  (même 
aux  Bs.  Moines)  du  G.  Vt  tous  les  péchés  et 
toutes  les  Passions,  en  première  ligne  les  péchés 
de  concupiscence,  pourvu  que  ces  péchés  jouent 
le  rôle  de  Moyens  nécessités  par  la  grande  Com- 
passion et  le  Travail  salvifique.  La  fin  (le  Nirvana, 
l'Eveil,  l'état  de  Buddha)  justifie  les  Moyens  (les 
Passions  comme  combustibles  du  processus  vital), 
mais  cette  fin  disparaît  dans  un  avenir  lointain,  de 
plus  en  plus  reculé  (comme  dans  le  cas  des  Bs.  Ic- 
chantika  du  Lanka,  qui  refusent  d'entrer  dans  le 
Nirvana  aussi  longtemps  qu'il  y  aura  des  Etres  à 
sauver  ;  cf.  *Issendai).  Ce  Nirvana  sans-Reste  et 
cet  Eveil  du  P.V.  sont  tellement  éloignés  dans  un 
avenir  infini  que  les  Bs.  considèrent  leurs  Passions 
et  les  actes  altruistes  qui  en  résultent  comme  des 
sortes  de  buts  provisoires,  accommodés  à  la  Trans- 
migration ;  d'où  les  notions  du  Nirvana  sans-Rési- 
dence (cf.  *Nehan)  et  de  l'Eveil  actif  et  éternel.  Leur 
tâche  qui  est  de  sauver  les  Etres  pendant  des  vies 
innombrables  n'est  jamais  accomplie  ;  les  Etres  de- 
viennent les  Mobiles  de  leur  activité  mondaine.  Ces 
énormes  perspectives  du  G.V.  expliquent  la  contra- 
diction apparente  de  la  Prajhâpâramitâ,  qui  enjoint 
aux  Bs.  d'aimer  les  Passions  aussi  profondément 
qu'ils  doivent  adorer  le  B.,  et  le  paradoxe  du  fonda- 
teur de  la  secte  Tendai  :  "La  Passion,  c'est  l'Eveil." 
—Terminologie.— Te  Jkireisha  §|ftfè  Ttt.  2135 
(1228). — Dans  les  plus  anciennes  td.  on  trouve  au 
lieu  de  bonnô  les  termes  aiyoku  5£@{  "Amour- 
Désir,  Attraction",  p.  ex.  T.  350  (td.  11e  siècle  ; 
cf.  Staël-Holstein,  Kâsyapaparivarta  p.  80,  88,  ni, 
165),  ketsu  fâî  "Entrave",  shi  $•  "messager",  kesshi 
&o$!  "Entrave-messager",  eo  %g%ff  "Tache",  ku  tjQ 
"Souillure",  rô  $$■  "peine"  T.  474  I  (524  b),  jinrô 
JH^  "poussière-peine"  T.  475  il  (549),  etc.  La  td. 
bonnô  0>|$  apparaît  vers  la  fin  du  IVe  siècle,  comme 
il  ressort  des  textes  cités  dans  la  suite  du  présent 
article.  Dans  Tt.  1548,  td.  en  415  A.D.  (comparé 
avec  le  Vibhanga  p.  dans  Adkk..),  les  termes  bonnô 
ggfô  bonnôshi  ^fgjfê  et  bonnôketsu  #|f$fg  corres- 
pondent au  sk.  samyojana  "Entrave".  Les  stances  du 
Samyuktâgâma  T.  99  xvn  (119),  td.  au  Ve  siècle, 
désignent  comme  bonnô  les  Passions  appelées  cha- 
kushi  ^f$>,  shi  {sg  et  ketsu  fâ  dans  la  partie  corres- 
pondante en  prose.  Dans  Ttt.  2122  (compilé  en  668 
A.D.),  les  trois  termes  bonnô  £gt$>  shibonnô  ^0t^» 
et  shi  -g;  sont  employés  comme  synonymes. — Le 
mot  bon  fâ,  litt.  "vexation,  tourment",  entre  dans 
le  nom  du  ciel  Mubonten  MtMX,  sk.  Avrha,  p. 
Aviha,  douzième  monde  du  Plan  du  Formel,  qui 
porte  ce  nom  parce  que  les  Dieux  y  sont  délivrés  de 
toute  vexation  ;  dans  un  passage  de  T.  99  xxn  (159) 
sur  le  ciel  Avrha,  bonnô  se  trouve  comme  équivalent 


2  BONNÔ 

de  bon.  Quant  a  nô  f^,  l'autre  élément  du  composé 
bonnô,  il  apparaît  comme  terme  isolé  dans  le  Ratna- 
kûtasûtra  T.  310  xxxv  (196)  et  le  Sâriputrâbhidharma 
Tt.  1548  xx  (655),  où  l'on  en  énumère  dix  espèces 
qui  correspondent  aux  dix  âghâtavatthu  "occasions 
de  malfaisance"  du  Vibhanga  :  (1-3)  garder  rancune 
à  celui  qui  me  fait  du  tort  dans  le  passé,  le  présent 
et  l'avenir  ;  (4-6)  à  celui  qui  maltraite  les  personnes 
et  les  choses  que  j'aime  ;  (7-9)  à  celui  qui  traite  bien 
les  personnes  et  les  choses  que  je  déteste  ;  (10)  à  celui 
qui  me  fait  tort  à  cause  de  mes  Fautes.  D'autre 
part,  nô  f§j  est  la  td.  courante  du  sk.  upâyâsa  "Tri- 
bulation"  dans  la  série  des  douze  Données-causales, 
et  du  sk.  pradâsa  "Mordant"  dans  la  liste  des  cent 
Essences  (et  dans  la  Trirhsikâ,  etc.).  Dans  Tt.  1605 
IV  (678  a),  nô  f§J  est  un  nom  donné  aux  trois 
Poisons  et  compté  comme  Passion  dans  la  liste  des 
variétés  des  Passions. — Dans  l'éc.  nouv.  la  plupart 
des  termes  qui  avaient  servi  anciennement  à  rendre 
le  sk.  klesa  ont  été  affectés  à  la  td.  d'autres  mots 
sk.  :  ai  2c,  sk.  trsnâ  "Soif"  ;  yoku  $J,  sk.  kâma 
"Désir";  ketsu  fâ,  sk.  samyojana  "Entrave";  shi  $>, 
sk.  anusaya  "Résidu"  ;  ku  ijj,  sk.  mala  "Souillure". 
La  nouv.  éc.  rend  sporadiquement  klesa  par  waku 
3$i  "Trouble",  qui  représente  souvent  le  sk.  kariksâ. 
— Nô  et  bonnô  rendent  souvent  le  sk.  p.  angana 
"Tache",  et  parfois  (Mvy.  6499)  bonnô  corres- 
pond au  sk.  p.  upadhi  "Base". — Petit  Véhicule. 
— Âgama. — La  doctrine  des  Passions  remonte  aux 
plus  anciens  discours  de  Sâkyamuni  sur  les  Quatre 
Vérités  et  les  Douze  Données-causales.  L'origine 
de  la  Douleur,  telle  que  la  définit  la  deuxième 
Vérité  (Vérité  de  la  Formation),  est  appelée  "Soif" 
ou  "Passion",  et  trois  des  douze  Données-cau- 
sales, l'Inscience,  la  Soif  et  l'Appropriation,  sont 
comptées  parmi  les  Passions  ;  l'Inscience  figure 
même  comme  la  Passion  fondamentale. — Le  Sam- 
yuktâgâma T.  99  xvm  (127)  [et  cf.  ib.  vin  (50,  51)] 
comprend  sous  le  terme  Issaibonnô  —~W$M.$U  "toutes 
les  Passions"  les  groupes  suivants  :  les  4  Courants 
ru  $l>  ou  Jougs  yaku  fji  (Désir,  Devenir,  Vue, 
Inscience),  les  4  Appropriations  shu  IJî  (Désir,  Vue, 
Mauvaises  Défenses,  croyance  au  Soi),  les  4  Liens 
baku  $fi  (Attraction,  Haine,  Adhésion  excessive  aux 
règles  disciplinaires,  Vue  du  Soi),  les  9  Entraves 
ketsu  $g  (Amour,  Haine,  Orgueil,  Inscience,  Vue, 
Adhésion  excessive,  Doute,  Jalousie,  Avarice),  les 
7  Résidus  shi  $i  (Attraction,  Haine,  Soif  de  l'Exis- 
tence, Orgueil,  Inscience,  Vue,  Doute),  les  5  Revête- 
ments gai  iH  ou  Aliments  yô  ^  (Cupidité,  Malveil- 
lance, Torpeur,  Exaltation,  Doute),  les  3  Soifs  (Soif 
du  Plan  du  Désir,  Soif  de  l'Existence,  Soif  de 
l'Inexistence),  les  3  Taches  e  f§j  (Attraction,  Haine, 
Erreur). — Ib.  xxvi  (189-192)  définit  les  cinq  Bonnô, 
appelés  successivement  taihô  j1|£è  "Essences  de 
Régression",  shô  (^  "Obstructions",  gai  H  "Revête- 
ments", et  shinju  >&$$  "Arbres  [touffus   qui  étouf- 


BONNÔ 


123 


BONNÔ 


fent]  l'Esprit".  Ib.  xxiv  (171)  les  désigne  en  outre 
comme  les  cinq  mauvais  Groupes,  fuzenju  HSfj|^ 
(sk.  akusalarâsî).  Ces  cinq  Passions  portent  les  noms 
suivants  (équivalents  p.  d'après  Sarh.  Nik.  xlvii, 
5)  :  (1)  Cupidité  toiiyoku  &'{&  (p.  kâmacchanda)  ; 
(2)  Malveillance  shinni  BH^  (p.  byâpâda)  ;  (3)  Tor- 
peur suimin  g|@K  (P-  thînamiddha)  ou  Hébétement 
konjin  f-Hifc  (p.  thîna)  ;  (4)  Exaltation  et  Remords 
jôke  ^fô  (p.  uddhaccakukkucca)  ou  Exaltation  jôko 
fê%  [var.  T.  1  vin  (51)  jôge  $  (ou  M)  B]  ;  (5) 
Doute  gi  fêfe  (p.  vicikicchâ).  Trois  de  ces  Passions, 
la  Cupidité,  la  Haine  (  =  Malveillance)  et  le  Doute 
(souvent  remplacé  par  l'Inscience  ou  l'Erreur), 
constituent  les  trois  Racines  du  Mal  fuzengon  ^Sf| 
$|  (sk.  akusalamûla),  aussi  désignées  comme  les 
trois  Entraves,  les  trois  Poisons,  etc. — Le  Samyukta- 
gâma  T.  99  xxvi  (192)  traite  encore  des  Aliments  jiki 
£  (sk.  âhâra)  et  des  Non- Aliments  fujiki  Jfcj^  de 
ces  cinq  Passions  ou  Revêtements.  L'Aliment  du 
premier  Revêtement,  la  Cupidité,  est  le  Toucher  ; 
celui  de  la  Malveillance,  l'Obstruction  ;  celui  de  la 
Torpeur  est  constitué  par  les  cinq  états  suivants  : 
(a)  somnolence,  (b)  absence  d'animation,  (c)  bâiller 
et  s'étirer,  (d)  boisson  et  nourriture  excessives,  (e) 
fatigue  ;  le  quatrième,  l'Exaltation,  a  pour  Aliments 
(a)  l'affection  (sk.  vitarka,  cf.  K.  Lav.  v,  89,  99)  pour 
le  village  natal  et  la  famille,  (b)  pour  la  patrie,  (c) 
le  désir  de  l'immortalité,  (d)  le  regret  des  plaisirs 
mondains  éprouvés  dans  le  passé  ;  le  cinquième,  le 
Doute,  a  pour  Aliments  l'Incertitude  quant  au  passé, 
au  présent  et  au  futur. — Un  autre  passage  (ib.  p. 
189-190)  définit  les  Revêtements  comme  les  causes 
des  Passions  :  les  Revêtements  affligent  [bonnô  et 
nô  employés  comme  verbes — de  même  que  shi  >$» 
T.  99  xvil  (119)],  recouvrent,  assoupissent,  suffo- 
quent l'Esprit  et  augmentent  les  Passions. — Ib.  p. 
191  divise  chacun  des  Revêtements  en  deux  :  Cupidité 
externe  et  interne  ;  Malveillance  et  signes  externes 
(i.e.  expressions)  de  la  Haine  ;  Hébétement  (p.  thîna) 
et  Torpeur  (p.  middha)  ;  Exaltation  (p.  uddhacca) 
et  Remords  (p.  kukkucca)  ;  Doute  quant  au  Bien  et 
au  Mal  :  soit  au  total  dix  Revêtements. — T.  99  ix 
L'Essence  qui  Entrave  keppô  $Sf£,  ou  qui  Approprie 
shuhô  I[££fc,  est  définie  comme  la  Cupidité  yokuton 
'$ifi  ;  les  Essences  Entravées  par  les  Entraves,  ou 
Appropriées  par  les  Appropriations,  sont  les  Do- 
maines des  cinq  Organes  et  du  Mental. — h'Ekotta- 
râgama  T.  125  xvn  (632)  [  =  Majjh.  Nik.  v]  définit 
les  Entraves  ketsu  $§  comme  les  mauvaises  Essences 
qui  produisent  les  Vues  Perverses. — ib.  p.  633 
kesshi  lolJÈ  est  défini  tantôt  comme  les  mauvaises 
pratiques  des  Moines-mendiants  qui  ne  sont  pas 
des  disciples  du  B.,  tantôt  par  l'origine  (Cupidité, 
Mal,  ou  Cupidité,  Haine,  Erreur)  de  ces  prati- 
ques.— Ib.  p.  630  II  y  a  trois  Entraves-messagers 
kesshi  ^SU  qui  lient  les  Etres  et  les  empêchent  de 
passer  de  la  rive  de  la  Transmigration  (Vue  de  l'En- 


semble-de-Réalités)  à  la  rive  du  Nirvana  (extinction 
de  cette  Vue)  :  (1)  Vue  d'un  Ensemble- [de-réalités] 
shinken  $f%,  (var.  shinja  U'jfft),  c.-à-d.  croire  à 
l'existence  d'un  Soi  dans  le  corps,  produire  la  Con- 
notation d'un  Moi  goga  ^ifc,  d'un  Etre,  croire  à 
l'existence  d'un  principe  vital  (sk.  jîva),  d'une  per- 
sonne (sk.  purusa),  à  laquelle  on  peut  s'attacher 
comme  à  un  support.  (2)  Adhésion  excessive  aux 
règles  disciplinaires  kaitô  J&%at  '>  c'est  croire  à  ce  qui 
suit  :  "Par  cette  pratique  disciplinaire,  j'obtiendrai 
la  naissance  dans  une  famille  noble,  dans  une  famille 
de  brahmanes,  dans  le  ciel  parmi  les  Dieux."  (3) 
Doute  portant  sur  l'existence  ou  l'inexistence  d'un 
Soi,  d'un  Etre,  d'un  principe  vital,  des  père  et  mère, 
de  la  vie  actuelle  et  future,  des  Moines,  des  brah- 
manes, des  arhat,  de  1  Attestation  de  la  Vérité. — 
Ib.  xx  (650)  énumère  quatre  Entraves  ketsu  fâî  qui 
correspondent  aux  quatre  upakkilesa  "Sous-Pas- 
sions" de  l'Ang.  Nik.  iv,  50  :  (1)  Désir,  (2)  Haine, 

(3)  Erreur,  (4)  [recherche  du]  Bénéfice  [personnel] 
riyô  ^(]^|. — Ib.  vi  (573)  énumère  d'autre  part 
21  Entraves  de  l'Esprit  qui  font  tomber  les  Etres  dans 
les  mauvaises  Destinations  :  (1)  Répulsion  shin  Bjj|  ; 
(2)  Violence  igai  ^W  ',  (3)  Torpeur  suimin    BÉ@R  ; 

(4)  Exaltation  jôge  ffîlB  î  (5)  Doute  gi  fâ  ;  (6)  Colère 
nu  j{S*  ;  (7)  Malveillance  ki  ,§,  (sk.  vyâpâda)  ;  (8) 
Mordant  nô  >\$  ;  (9)  Jalousie  shitsu  ^  ;  (10)  Rancune 
zô  <ffj  ;  (11)  Indignité  muzan  M$fi'>  (12)  Impudence 
mugi  $&$&  ;  (13)  Duperie  gen  jQ  ;  (14)  Hypocrisie 
kan  ^  (sk.  sâthya)  ;  (15)  Fausseté  gi  fj$  (sk.  mrsâ)  ; 
(16)  dispute  jô  §^  (sk.  vivâda  kalaha)  ;  (17)  Enivre- 
ment kyô  ^  ;  (18)  Orgueil  man  ^  ;  (19)  envie  to  $j  ; 
(20)  Orgueil  de  supériorité  (cf.  K.  Lav.  v,  26  ; 
Penser  :  "je  suis  supérieur",  "je  suis  égal",  relative- 
ment à  l'égal,  au  supérieur)  zôjôman  i&Jitsi  (sk- 
adhimâna  [ou  abh0])  ;  (21)  Attraction  ton  Jt- — 
Madhyamâgama  T.  26  xxvin  (603)  :  L'Extrême  de 
la  Douleur  kuhen  ^^  consiste  dans  les  sept  mes- 
sagers shi  $i  suivants  :  Dispute  tôjô  PJJf^,  Jalousie 
zôshitsu  {$&$,  Hypocrisie  yuten  |$|§,  Duperie  goô 
$CiÊ>  Mensonge  môgo  ^|§,  Calomnie  ryôzetsu  pfô 
f§",  et  les  innombrables  mauvaises  Essences. — Un 
passage  du  Madhyamâgama  T.  26  xxxm  (635)  [cf. 
Dîg.  Nik.  xxi]  groupe  les  Entraves  (kesshi)  dans  une 
série  causale  :  Esprit-en-travail  -"-Pensée  -—  Désir -*- 
Amour -"Avarice-Jalousie-*- Massacre  et  les  autres 
mauvaises  Essences  mentionnées  ci-dessus  à  partir  de 
"Dispute".  Toute  cette  série  constitue  une  Masse 
de  Douleur  kuon  ^fptî  (sk.  duhkhaskandha). — Ib. 
p.  639  Les  hommes  commettent  beaucoup  de 
Péchés  zai  Jfll,  à  cause  de  quatre  Pratiques  :  Pratique 
du  Désir,  Pratique  de  la  Haine,  Pratique  de  la 
Crainte  fu  'fôj,  Pratique  de  l'Erreur. — Le  Dîrghâgama 
T.  1  vin  compte  plusieurs  Passions  dans  les  catégories 
numériques  du  Sangîtisûtra  :  les  trois  Ecoulements 
ro  $j§  :  Désir,  Devenir,  Inscience  ;  les  trois  feux 
ka  i/c  '•    Désir,  Haine,  Erreur  ;  les  quatre  Liens  du 


BONNÔ 


124 


BONNÔ 


Corps  shimbaku  |p$$  :  Cupidité,  Haine,  Adhésion, 
Vue  du  Soi  ;  les  quatre  épines  shi  jpl]  :  Désir,  Haine, 
Vue,  Orgueil  ;  les  cinq  Entraves  inférieures  geketsu 
T#n  (sk.  avarabhâgîya  sarhyojana,  dites  inférieures 
parce  qu'elles  appartiennent  au  Plan  inférieur,  c.-à-d. 
au  Plan  du  Désir)  :  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités, 
Adhésion  excessive  aux  règles  disciplinaires,  Doute, 
Cupidité,  Haine,  et  les  cinq  Entraves  supérieures 
jôketsu  _fcjn  (sk.  ûrdhvabhâgîya  sarhyojana,  appar- 
tenant aux  Plans  du  Formel  et  du  Sans-Forme)  : 
Amour  du  Plan  de  Formel,  Amour  du  Plan  du 
Sans-Forme,  Inscience,  Orgueil,  Exaltation  ;  les 
cinq  espèces  de  Jalousie  zôshitsu  ff| j!^  :  relatives  au 
domicile,  au  Donateur,  aux  bénéfices,  au  Formel,  à 
la  Loi. — Vinaya. — T.  1428  xxxm  (797  a)  [Dharma- 
gupta]  Sont  appelés  "feu  ardent"  :  Organes,  Objets, 
Notations,  Impressions,  Désir,  Haine,  Erreur,  nais- 
sance, vieillesse,  maladie,  mort,  tristesse,  douleur, 
tribulation. — T.  1462  v  (703  c)  (  =  Samantapâsâdikâ 
p.  163)  :  Le  Bg.  énumère  à  Anuruddha  onze  Passions 
de  l'Esprit  :  (1)  Doute,  (2)  Non-Captation  (p.  ama- 
nasikâra),  (3)  Hébétement,  (4)  Torpeur,  (5)  épouvante 
kyô  jS|  (p-  chambhitatta)  ;  joie  après  la  réception 
d'un  don  (p.  ubbilla  var.  uppilava  "Bondissement") 

(6)  grossièreté  dai  J\  (p.  dutthulla  "Turbulence") 

(7)  Bonne-volonté  trop  zélée  (p.  accâraddhaviriya) 

(8)  Bonne-volonté  trop  molle  (p.  atilînaviriya)  ;  (9) 
loquacité  (p.  abhijappâ  "désir")  ;  (10)  Non-dis- 
cernement fufumbetsu  xfvfrj}!]  (p.  nânattasahhâ)  ; 
(11)  recherche  excessive  des  Formes  (p.  atinijjhâ- 
yitattam  rûpânam). — T.  1463  vin  (850)  [Sarvâsti- 
vâdin]  Il  y  a  500  Passions,  dont  10  Résidus,  10  Liens, 
10  Entraves  sont  énumérés.  .  .Les  Passions  à  aban- 
donner par  la  Vue  des  Vérités  sont  :  (1)  Vue  d'un 
Ensemble-de-réalités  ;  (2)  Adhésion  excessive  aux 
règles  disciplinaires  ;  (3)  Doute  ;  (4-6)  Attraction, 
Haine,  Erreur  menant  aux  mauvaises  Destinations. 
Après  l'élimination  des  Passions  1-3  on  obtient  le 
Fruit  de  l'Entrée-dans-le-courant.  Quand  l'Attrac- 
tion, la  Haine  et  l'Inscience  du  Plan  de  Désir  sont 
devenues  minces,  on  obtient  le  Fruit  du  Retour- 
unique.  Après  l'élimination  de  ces  Passions,  on 
obtient  le  Fruit  du  Sans-retour.  Après  l'élimination 
de  l'Attraction  et  de  l'Inscience  des  Plans  de  Formel 
et  de  Sans-Forme,  on  obtient  le  Fruit  d'Arhat. 
Sont  à  abandonner  par  le  Chemin  de  l'Exercice  sept 
Passions,  à  savoir  :  (1)  Attraction  du  Plan  de  Désir  ; 
(2)  Haine  ;  (3)  Attraction  du  Formel  ;  (4)  Attraction 
du  Sans-Forme  ;  (5)  Inscience  ;  (6)  Orgueil  ;  (7) 
Exaltation. — Scolastique. — Traité  de  Vasumitra  sur  les 
sectes  Tt.  2031-2033  (et  cm.). — Trois  des  cinq  thèses 
attribuées  à  Mahâdeva,  qui  occasionnèrent  le  premier 
schisme  bouddhique,  se  rapportent  aux  Passions. 
D'après  Mahâdeva,  l'Arhat  est  susceptible  d'éprou- 
ver les  trois  Passions  suivantes  :  l'ignorance  muchi 
38§£Q  (sk.  ajnâna),  le  Doute  yûyo  $m  (sk.  kânksâ), 
et  [la  Passion  qui  consiste  en  ce  qu'on  est  sujet  à] 


la  séduction  shoyû  $f!>§  (sk.  ullâpana)  ;  selon  d'autres 
écoles,  l'Arhat  est  au  contraire  délivré  de  toutes  les 
Passions  (cf.  J.  Masuda,  Early  Indian  Buddhist 
Schools,  p.  15).  D'autre  part,  les  écoles  Mahâsânghi- 
ka,  Ekavyavahârika,  Lokottaravâda  et  .  Kaukkutika 
soutenaient  que  celui  qui  est  Entré-dans-le-courant, 
dans  la  première  Terre  du  Chemin  de  la  Vue,  dans 
la  Détermination  de  l'Exactitude  shôshôrishô[ketsujô] 
ïEfâfêféÈtïfe/Ë]  (sk.  sarhyaktvaniyâma),  détruit  toutes 
les  Entraves  ;  les  Sarvâstivâdin  disaient  qu'il  ne 
détruit  que  trois  Entraves,  à  savoir  la  Vue  d'un  En- 
semble de-réalités,  le  Doute,  et  l'Adhésion  excessive 
aux  règles  disciplinaires.  De  plus,  les  écoles  avaient 
des  opinions  différentes  sur  la  nature  même  des 
Passions.  Les  Mahâsânghika,  les  Ekavyavahârika,  les 
Lokottaravâda,  les  Kaukkutika,  les  Andhaka  et  les 
anciens  Mahîsâsaka  distinguaient  dans  la  Passion 
d'une  part  la  Résidu  zuimin|^|15(sk.  anusaya:  Germe 
de  la  Passion,  Passion  latente,  endormie,  en  puis- 
sance, à  l'état  subtil,  subconsciente,  inclination 
interne)  et  de  l'autre  l'Enveloppement  ten  $|  (sk. 
paryavasthâna,  paryutthâna:  Passion  actuelle,  mani- 
festée, en  exercice,  l'explosion  de  la  Passion).  L'En- 
veloppement, enseignaient  ces  écoles,  est  Associé  à 
l'Esprit,  de  l'Ordre-de-1'Esprit,  Objectif  ;  le  Résidu 
n'a  pas  ces  qualités.  Les  Mahîsâsaka  tardifs  allaient 
encore  plus  loin  ;  ils  professaient  que  la  Nature  du 
Résidu  est  toujours  présente  [en  tant  que  le  Résidu 
est  la  cause  qui  produit  les  Essences].  Les  Sarvâsti- 
vâdin prétendaient  que  tous  les  Résidus  sont 
compris  dans  la  catégorie  des  Enveloppements,  mais 
que  tous  les  Enveloppements  ne  rentrent  pas  dans  la 
catégorie  des  Résidus  ;  ce  sont  ces  derniers,  disaient- 
ils,  qui  sont  Associés  à  l'Esprit,  de  l'Ordre-de-l'Esprit, 
Objectifs.  Les  Mahâsânghika,  etc.,  tardifs  disaient 
que  les  Passions  et  le  Chemin  peuvent  exister  en 
même  temps,  les  unes  à  côté  de  l'autre,  c.-à-d.  qu'il 
y  a  des  Terres  où  les  Passions  sont  contrôlées,  mais 
où  les  Résidus  ne  sont  pas  encore  supprimés  (Masuda 
p.  33).  Les  Kâsyapîya  soutenaient  la  thèse  suivante  : 
Du  moment  que  les  Passions  sont  détruites  par 
l'Arhat  et  reconnues  par  lui  comme  telles,  la  Nature- 
propre  de  la  Passion  [cf.  le  Résidu]  cesse  d'exister  ; 
les  Sarvâstivâdin  soutenaient  au  contraire  que  même 
après  la  destruction  des  Passions  leur  Nature-propre  J 
continue  à  exister  (ib.  p.  65).  Une  des  thèses  des  ] 
Mahâsânghika  (ib.  p.  30)  contient  une  doctrine  qui  ! 
fut  développée  plus  tard  dans  certains  ouvrages  du 
G.  V.,  mais  que  réfute  la  Vijhaptimâtratâsiddhi 
[S.  Lav.  1 1 1-1 12]  :  La  Nature  de  l'Esprit  est  originel- 
lement pure  ;  étant  souillée  par  les  Sous-Passions  et 
les  Passions-de-passage,  elle  devient  impure. — Abhi- 
dharmajnânaprasthânaéâstra  Tt.  1543  IV  (786  c)  :  Les 
36  Résidus  [cf.  inf.  Kosa]  du  Plan  du  Désir  compor- 
tent tous  la  Délibération  et  la  Décision.  Parmi  les  ! 
31  Résidus  du  Plan  du  Formel,  il  y  en  a  qui  compor-  I 
tent  la  Délibération  et  la  Décision,  il  y  en  a  d'autres  : 


BONNÔ 


125 


BONNÔ 


qui  comportent  la  Décision  sans  la  Délibération,  et 
d'autres  encore  qui  ne  comportent  ni  Décision  ni 
Délibération.  Les  31  Résidus  du  Plan  du  Sans-Forme 
n'ont  ni  Délibération  ni  Décision.  .  .Parmi  les  5 
Entraves  du  Plan  du  Désir,  la  Haine  est  associée  à 
3  Organes  :  ceux  de  la  Douleur,  de  la  Tristesse  et 
de  l'Apathie  ;  le  Doute  est  associé  à  4  Organes  :  ceux 
de  la  Joie,  du  Plaisir,  de  la  Tristesse  et  de  l'Apathie  ; 
la  Cupidité,  la  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités,  l'Ad- 
hésion excessive  aux  règles  disciplinaires  sont  as- 
sociées aux  3  Organes  de  la  Joie,  du  Plaisir  et  de 
l'Apathie,  et  il  en  est  de  même  des  31  Résidus  du 
Plan  du  Formel  Les  31  Résidus  du  Plan  du  Sans- 
Forme  ne  sont  associés  qu'à  l'Apathie. — Ib.  v  (789- 
797,  résumé)  :  L1 'interrelation  [des  Passions]  ichigyô 
— fx  (sk.  ekâyana,  cf.  Mvy.  6418  ;  i.e.  la  théorie  des 
relations  qui  existent  entre  les  différentes  Passions  et 
leurs  différents  modes)  parcourt  d'un  bout  à  l'autre 
les  6  [catégories  temporelles],  les  7  petites  et  les  7 
grandes  [catégories  temporelles],  [les  catégories  d'] in- 
terdépendance [des  Passions,  sans  tenir  compte  de  la 
classification  présent-passé-avenir],  le  Devenir  [dans 
les  3  Plans].  Dans  l'explication  des  6  [catégories 
temporelles],  on  répond  à  6  questions,  dont  la  pre- 
mière est  formulée  ainsi  :  "Si  une  certaine  Entrave 
existait  dans  le  passé,  existera-t-elle  également  dans 
l'avenir  ?"  Dans  l'explication  des  7  petites  [catégories 
temporelles],  on  répond  à  7  questions,  dont  la  pre- 
mière est  formulée  ainsi  :  "Est-ce  que  l'existence 
passée  d'une  certaine  Entrave  (p.  ex.  l'Amour) 
entraîne  nécessairement  l'existence  passée  d'une 
certaine  autre  Entrave  (p.  ex.  la  Haine),  et  inverse- 
ment ?"  Dans  la  section  des  7  grandes  [catégories 
temporelles],  on  confronte  de  cette  façon  chaque 
fois  de  2  jusqu'à  8  Entraves  avec  une  autre  Entrave 
dans  le  passé,  le  présent  et  l'avenir.  Sept  fois  sept 
(49)  cas  d 'Enchaînement-causal  résultent  de  cette 
confrontation.  [Cf.  version  parallèle  Tt.  1544  iv 
(938  c).] — Mahâvibhâsâ  Tt.  1545  xlvi  (238  b)  : 
L'Entrave  de  la  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités  est 
la  Racine  des  62  Vues.  Ces  Vues  sont  les  Racines 
des  autres  Passions.  Ces  autres  Passions  sont  les 
Racines  des  Actes. — U Abhidharmakoéa  Tt.  1558 
consacre  une  section  entière  à  la  question  des  Passions 
(xix-xxi  =  K.  Lav.  v).  On  trouvera  ci-dessous  des 
citations  caractéristiques  destinées  à  résumer  cette 
section,  suivies  de  quelques  passages  extraits  d'autres 
sections. — xix  (98-99)  Il  y  a  six  ou  (en  subdivisant 
l'Attraction)  sept  Résidus  [équivalent  de  "Passion" 
dans  ce  texte  Sarvâstivâdin  ;  cf.  sup.  Traité  de  Vasu- 
mitra]  :  (1)  Attraction  du  Plan  du  Désir  ;  (2)  Haine  ; 
(3)  Attraction  du  Devenir,  c.-à-d.  des  deux  Plans 
supérieurs  ;  (4)  Orgueil  ;  (5)  Inscience  ;  (6)  Vue  ; 
(7)  Doute.  Il  y  a  dix  Résidus  si  l'on  divise  en  cinq 
la  Vue  :  (1)  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités  ;  (2) 
Vue  de  Prise  des  Extrêmes  ;  (3)  Vue  Perverse  [nier 
ce   qui   existe   réellement]  ;   (4)   Adhésion   excessive 


aux  Vues  [etc.]  [considérer  comme  bon  ce  qui  est 
mauvais]  ;  (5)  Adhésion  excessive  aux  règles  dis- 
ciplinaires [considérer  les  règles  disciplinaires  comme 
le  Chemin  unique  de  la  Libération  ;  tenir  pour  cause 
de  purification  ce  qui  n'est  pas  tel].  [Dans  la  scolas- 
tique  ch.  ces  cinq  Vues  sont  dites  "Passions  aiguës", 
rishi  flj$«,  par  opposition  aux  "Passions  obtuses", 
donshi  $$$i,  qui  sont  l'Attraction,  la  Haine,  l'Or- 
gueil, l' Inscience  et  le  Doute.]  En  tenant  compte  des 
trois  Plans  auxquels  ces  Résidus  appartiennent  et 
des  cinq  modes  d'Elimination  (Vue  de  chacune  des 
quatre  Vérités  et  Exercice),  on  obtient  le  chiffre  de 
98  Résidus,  répartis  comme  suit  :  (I)  Plan  du  Désir  : 
12  Vues  (Vue  d'un  Ensemble-de-réalités,  Vue  de 
Prise  des  Extrêmes,  4  espèces  de  Vue  Perverse,  4 
espèces  d'Adhésion  aux  Vues,  2  espèces  d'Adhésion 
aux  règles  disciplinaires),  4  Doutes  (susceptibles 
d'être  abandonnés  respectivement  par  la  Vue  de 
la  Vérité  de  la  Douleur,  de  la  Formation,  du  Barrage, 
du  Chemin),  5  Attractions  (susceptibles  d'être  aban- 
données par  la  Vue  des  4  Vérités  et  par  l'Exercice), 
5  Haines,  5  Orgueils,  5  Insciences  [Total  :  36]. 
(II)  Plan  du  Formel  :  Les  mêmes  36  Résidus  moins 
les  5  Haines  [donc  31  Résidus].  (III)  Plan  du  Sans- 
Forme  :  Les  mêmes  31  Résidus.  [Grand  total  :  98 
Résidus.] — Ib.  xix  (102  c)  (  =  K.  Lav.  v,  40)  Tous 
les  Résidus  des  deux  Plans  supérieurs,  et  dans  le 
Plan  du  Désir  l'Inscience,  la  Vue  de  Prise  des  Ex- 
trêmes et  la  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités,  sont 
Indéfinis  ;  les  autres  Résidus  sont  mauvais. — Ib.  xx 
(107)  (  =  K.  Lav.  v,  71  sq.)  Dix  Résidus  se  suivent 
dans  une  série  causale  :  Inscience— Doute— Vue 
Perverse— Vue  d'un  Ensemble-de-réalités-* Vue  de 
Prise  des  Extrêmes-- Adhésion  excessive  aux  règles 
disciplinaires-*  Adhésion  excessive  aux  Vues-* At- 
traction [que  l'on  éprouve  pour  sa  Vue  propre]-* 
Orgueil  [de  cette  Vue] —Haine  [de  la  Vue  d'autrui] 
.  .  .11  y  a  trois  Causes-Facteurs  d'une  Passion  :  (1) 
Non-Elimination  de  son  Résidu  ;  (2)  présence  [dans 
le  champ  de  l'expérience]  du  Domaine  ;  (3)  Acte- 
Mental  Non-Fondé.  Dans  le  cas  d'un  Arhat  sujet 
à  la  Régression  [dans  la  doctrine  du  P.V.  l'Arhat  est 
délivré  des  Résidus],  une  Passion  peut  naître  par  la 
seule  force  du  Domaine. — Les  Résidus  et  les  Enve- 
loppements constituent  3  Ecoulements,  4  Courants,  4 
Jougs,  4  Appropriations,  et  [Ib.  xxi  (108  b)]  [9  ou 
10]  Entraves,  [3]  Liens,  [98]  Résidus,  [16,  19  ou  21] 
Sous-Passions,  [10]  Enveloppements. — Ib.  xxi  (109  c) 
(  =  K.  Lav.  v,  91)  Il  y  a  siv  Souillures  de  Passion  : 
Duperie,  Hypocrisie,  Enivrement,  Mordant,  Ran- 
cune, Violence  (cf.  ci-dessus  la  liste  de  21  Résidus 
tirée  de  l'Ekottarâgama  T.  125  vi).  Ces  Souillures 
et  les  dix  Enveloppements  (Indignité,  Impudence. 
Jalousie,  Avarice,  Exaltation,  Remords,  Torpeur, 
Hébétement,  Colère,  Dissimulation)  sont  produits 
par  les  Passions  ;  c'est  pourquoi  on  les  appelle  Sous- 
Passions. — Ib.  iv  (19  c)  (  =  K.  Lav.  il,  161  sq.)  On 


BONNÔ 


126 


BONNÔ 


appelle  [Essences  des]  Grandes  Terres  de  Passion 
daibonnôji[hô]  ^M^Atfè]  (sk.  klesamahâbhûmika 
[dharma])  les  Essences  qui  existent  toujours  et  ex- 
clusivement dans  l'Esprit  Passionné,  au  nombre 
de  6  :  Erreur,  Négligence,  Mauvaise- volonté,  Absence 
de  Foi,  Hébétement,  Exaltation.  Le  Mûla-Abhi- 
dharma  dénombre  10  grandes  Terres  de  Passion,  en 
omettant  l'Hébétement  et  en  ajoutant  les  5  grandes 
Terres  de  Passion  suivantes  :  (1)  Mémoire  Pas- 
sionnée, appelée  Mémoire-dérobée  ;  (2)  Concentra- 
tion Passionnée,  appelée  Distraction  ;  (3)  Sapience 
Passionnée,  appelée  Inexactitude  ;  (4)  Acte-Mental 
Passionné,  appelé  Acte-Mental  Non-fondé  ;  (5) 
Conviction  Passionnée,  appelée  Conviction  Perverse. 
Il  y  a  deux  Grandes  Terres  de  Mal  daifuzenji  ;fc^>§| 
#jj  (sk.  akusalamahâbhûmika)  :  l'Indignité  et  l'Im- 
pudence ...  Il  y  a  dix  Petites  Terres  de  Passion  (ou 
Sous-Passions)  shôbonnôji  /bJUi^flË  (sk.  parîttakle- 
sabhûmika,  upaklesabhûmika)  [les  6  Souillures  de 
Passion,  énumérées  ci-dessus,  plus  4  Enveloppe- 
ments :  Colère,  Dissimulation,  Jalousie,  Avarice]. 
Il  y  a  huit  Terres  Indéterminées  fujôji  ^5Ë#Ë  (sk. 
aniyatabhûmika)  :  le  Remords,  la  Torpeur,  la  Déli- 
bération, la  Décision,  [l'Attraction,  la  Haine,  l'Or- 
gueil, le  Doute]. — Ib.  xvn  (92  c)  (  =  K.  Lav.  iv,  202) 
La  Passion  est  de  deux  sortes,  chronique  et  aiguë. 
Seule  la  Passion  chronique  et  continuelle  s'appelle 
"Obstruction  qui  consiste  en  Passion"  (bonnôshô 
#ït$i[^&)>  parce  qu'elle  est  difficile  à  dompter,  comme 
c'est  le  cas  chez  un  eunuque  ou  une  femme  stérile 
[qui  ne'  peuvent  satisfaire  leur  Passion). — Grand 
Véhicule. —  Sûtra. — Mahâprajnâpâramitâsûtra. — T. 
220  dlxxxviii  (1039)  Le  Bhagavat  dit  :  Les  Bs., 
en  s 'appuyant  sur  les  Domaines  des  cinq  Désirs, 
produisent  des  pensées  de  Saveur  et  d'Attachement. 
Quoiqu'on  appelle  ces  pensées  des  Actes-Mentaux 
Non-fondés,  elles  ne  peuvent  pas  faire  obstacle  à 
l'Eveil-sans-Supérieur.  En  effet  ces  Actes-Mentaux 
Non-fondés  font  tomber  dans  les  Passions,  qui 
causent  telle  ou  telle  Naissance  ;  les  Bs.  reçoivent 
dans  telle  ou  telle  Destination  tel  ou  tel  Corps  ;  en  tel 
ou  tel  temps  les  Perfections  et  les  autres  innombrables 
Essences  de  Buddha  sont  graduellement  apprises  et 
perfectionnées  ;  en  tel  ou  tel  temps,  les  Bs.  s'appro- 
chent peu  à  peu  de  l'Omniscience.  Et  c'est  pourquoi 
le  Bhagavat  dit  que  les  Passions  sont  pour  les  Bs. 
un  grand  bienfait  (daiondoku  X&Wd-  Les  Passions 
peuvent  s'accommoder  (zuijun  $all(fî,  sk.  anuloma) 
à  l'Omniscience,  peuvent  aider  à  effectuer  l'Omni- 
science.— Ib.  dlxxx  (998)  L'Habileté  dans  les  Moyens 
(sk.  upâyakausalya)  des  Bs.  consiste  dans  la  produc- 
tion des  Passions,  la  réception  d'un  Corps  dans 
l'existence  suivante,  afin  de  porter  avantage  aux 
Etres.  .  .Les  Passions  peuvent  aider  les  Bs.  à  attester 
l'Eveil-complet-correct-sans-supérieur.  .  .Les  Bs.,  en 
cherchant  le  Grand  Eveil,  revêtent  la  cuirasse  de  la 
Bonne- Volonté  pour  sauver  les  Etres.  Les  Bs.  restent 


longtemps  dans  la  Transmigration,  et  pour  porter 
grand  avantage  aux  Etres  ils  ne  doivent  pas  se  hâter 
de  couper  les  Actes-Mentaux  Passionnés,  qui  causent 
de  nouvelles  Existences  et  permettent  ainsi  aux  Bs. 
de  réaliser  les  Perfections  et  l'Eveil-sans-supérieur. 
Tant  que  le  Bs.  n'a  pas  encore  attesté  l'Eveil,  il  ne 
doit  pas  chercher  à  éliminer  complètement  ces 
Actes-Mentaux  Passionnés.  Il  n'en  est  pas  dégoûté  ; 
au  contraire  il  en  est  reconnaissant,  il  aime  et  estime 
les  Passions  et  leurs  Domaines  aussi  profondément 
qu'il  aime  et  vénère  le  Buddha.  Apologue  :  Un 
marchand  s'avance  lentement,  avec  son  char  lourde- 
ment chargé  d'un  trésor,  dans  la  direction  d'une 
ville  lointaine.  Au  fur  et  à  mesure  que  sa  voiture 
roule,  le  moyeu,  les  jantes  et  l'essieu  s'usent  :  les 
parties  aiguës  s'arrondissent,  les  parties  rondes 
deviennent  aiguës.  Enfin  à  l'arrivée  dans  la  ville,  les 
éléments  du  char  s'écroulent  et  se  dispersent.  Le 
propriétaire,  ayant  accompli  ce  qu'il  voulait  faire, 
n'en  est  pas  désolé,  ne  regrette  pas  son  char.  Il  en  est 
de  même  de  l'Habileté  dans  les  Moyens.  Le  Bs.  lie, 
capte  et  reçoit  un  corps  dans  l'existence  suivante, 
et  réalise  graduellement  les  Perfections  ;  de  temps 
en  temps  il  fait  diminuer  peu  à  peu  les  Entraves 
de  l'Existence  (uketsu  ^sfâî,  sk.  bhavasamyojana)  ; 
il  s'approche  lentement  de  l'Omniscience,  et  à  un 
moment  donné  atteste  enfin  le  Grand  Eveil.  A  ce 
moment  les  Entraves  du  Corps,  qui  lui  a  servi  de 
support,  sont  toutes  épuisées.  Il  a  accompli  ce  qu'il 
avait  à  faire  (shosa  iben  #ff^E$$,  sk.  krtyakrta)  ; 
il  n'a  plus  besoin  des  Entraves  du  Corps,  de  même 
que  le  marchand  ne  peut  plus  utiliser  son  char  après 
l'arrivée  dans  la  ville..  .Quoique  les  Passions  fassent 
Obstruction  au  Grand  Eveil,  elles  peuvent  pourtant 
aider  à  produire  l'Approvisionnement  de  l'Eveil. — 
Suvikrântavikrâmipariprcchâ  T.  231  iv  (706)  :  Pre- 
nable et  Preneur  sont  appelés  "combustion"  nen  j$$  ; 
leur  élimination  est  appelée  Apaisement  jakujô  ^ji?. 
L'Obstruction  des  Passions  (wakushô  j^£  |^)  est  ap- 
pelée combustion,  son  élimination  est  appelée  Apaise- 
ment .  .  .  Toutes  les  Passions  sont  Imagination-parti- 
culière, vide  et  fausse  ;  elles  ne  naissent  pas,  elles  ne 
disparaissent  pas  ;  leur  Nature-propre  est  apaisée, 
elle  est  appelée  Egalité ...  Toutes  les  Passions  du 
Preneur  et  du  Prenable,  qui  obstruent  les  bonnes 
Essences,  naissent  de  la  Vue  d'un  Ensemble-de- 
réalités. — Ratnakûtasûtra  T.  310  lu  (309)  :  Les 
Bs.  qui  s'appuient  sur  la  Perfection  de  Sapience 
savent  que  toutes  les  Essences  [et  par  conséquent 
les  Passions]  sont  des  Essences  de  B.,  sont  B.,  sont 
le  Chemin,  sont  libérées,  sont  dégagées.  Les  Pas- 
sions proviennent  de  Connotations  fictives  et  fausses  ; 
[mais]  la  Nature  Substantielle  des  Passions  est 
dégagée  (jiri  fÉJpjjl,  sk.  vivikta).  Pourquoi  ?  C'est  le 
Sens  Prouvé  (ryôgi  TU»  sk-  nîtârtha)  des  Passions, 
etc.  Même  la  plus  petite  Passion  ne  peut  naître 
par  Formation.  Comprendre  cela  (zuikaku  (^^,  sk. 


BONNO 

anubodhana),  c'est  l'Eveil.  La  Nature  de  la  Passion, 
c'est  (soku  |p)  la  Nature  de  l'Eveil. — Ib.  lxxxxi 
(523)  Les  Bs.  désireux  de  parfaire  l'Eveil  embrassent 
(shô  $3f)  la  Transmigration  ;  les  Passions  peuvent 
leur  porter  avantage.  Les  Passions  produites  ne  sont 
pas  des  péchés  pour  les  Bs.,  qui  ont  atteint  la  Maî- 
trise de  la  Loi  ;  telle  est  l'Habileté  dans  les  Moyens 
des  Bs.  Mais  les  Bs.  préfèrent  la  mort  à  la  pratique 
des  Passions  causées  par  des  Racines  de  Bien  faibles 
et  inférieures,  Passions  qui  ne  peuvent  ni  porter 
avantage  à  autrui,  ni  parfaire  leur  propre  Eveil.  Il 
y  a  des  Bs.  qui  par  la  Force  de  la  Sapience  s'appuient 
(harien  !§£$;)  sur  les  Passions  présentes  ;  il  y  en  a 
d'autres  qui  par  la  Force  de  l'ignorance  sont  soumis 
à  la  Régence  des  Passions.  La  différence  entre  ces 
deux  classes  de  Bs.,  appelés  respectivement  egyô 
Hff  "  pratiquant  la  Sapience"  et  shogô  ^jfè  "dé- 
butants" (sk.  âdikârmika  ;  ou  dongyô  |$fT  "obtus"), 
est  comparable  à  la  différence  entre  le  Profane  et 
l'Entré-dans-le-Courant  [dans  le  P.V.].  L'Entré- 
dans-le-Courant  montre  la  Conduite  du  Profane  ;  il 
est  lié  par  l'Attraction,  la  Haine  et  le  Doute,  mais 
parce  qu'il  comprend  parfaitement  ces  Passions,  il  ne 
tombe  pas,  comme  le  Profane,  dans  les  Mauvaises 
Destinations.  Quoique  le  Bs.  pratiquant  la  Sapience 
n'ait  pas  éliminé  les  Imprégnations  de  l'Attraction, 
de  la  Haine  et  du  Doute,  il  n'est  pas  Revêtu  des 
Passions,  il  peut  détruire  les  péchés  graves.  Par 
le  feu  de  la  Sapience  il  brûle  le  combustible  des 
Passions.  Constamment  il  ajoute  de  ce  bois  que  sont 
les  Passions,  et  le  feu  de  la  Sapience,  augmenté  de 
cette  façon,  devient  de  plus  en  plus  brillant  et  brûle 
sans  cesse. — Ib.  xxxv  (196-199)  Neuf  dizaines  de  Pas- 
sions et  de  mauvais  actes  :  Dix  Oppressions  (hippaku 
jaiâ)  >  dix  occasions  de  Malfaisance  ;  dix  Fourrés  de 
Mauvaise  Vue  ;  dix  grandes  flèches  envenimées 
(Amour,  Inscience,  Désir,  Attraction,  Faute,  Erreur, 
Orgueil,  Vue,  Existence,  Non-Existence)  ;  dix  racines 
de  l'Amour,  qui  se  suivent  dans  un  enchaînement 
causal  :  Amour  -«-recherche  -«-Obtention  -«-[sentiment 
du]  Sien— Appropriation  ferme-»-  Cupidité—  Attache- 
ment immodéré  —  Avarice  —  collectionner  -*>  garder- 
emploi  du  couteau  et  du  bâton,  disputes,  calomnie, 
Verbiage  et  les  autres  mauvaises  Essences  ;  dix  Per- 
versités ;  dix  Voies  d'Acte  mauvaises  ;  dix  Essences 
Passionnées  ou  Souillures  (Avarice,  mauvaise  moralité, 
Haine,  Mauvaise  Volonté,  Distraction,  mauvaise  Sa- 
pience, manque  de  respect,  Doute  pervers,  absence  de 
Foi,  non- vénération  de  la  Loi)  ;  dix  grandes  Craintes 
[existant  dans  le]  Courant  de  la  Transmigration  ou 
dix  Liens. — Ib.  ci  (566)  :  La  Nature  [originelle]  des 
Passions  ne  peut  être  Perçue,  n'a  ni  augmentation 
ni  diminution,  est  la  Nature  originelle  du  Domaine 
de  B.,  est  le  Domaine  de  B.  C'est  pourquoi  on  dit 
que  le  Tg.  réside  dans  l'Egalité.  Les  Passions  résident 
dans  l'Egalité  vide,  sans  Signe,  sans  Vœu.  .  .Ce  dont 
la  Nature  est  le  Vide  [n']existe  [qu'en]  paroles  et 


127 


BONNÔ 


en  lettres,  et  c'est  à  cause  de  [i.e.  par  opposition  à] 
l'existence  de  ce  Vide,  qu'existent  Attraction,  Haine, 
Erreur,  de  même  que,  si  Non-Naissance,  Non- 
Opéré,  Non-Sur-Opérant,  Non-Production  n'exis- 
taient pas,  leurs  contraires,  Naissance,  Opéré  etc., 
seraient  également  Inexpressibles.  Si  le  Vide,  le 
Sans-Signe,  le  Sans-Vœu  [trois  Portes  de  Libération, 
cf.  Mvy.  1542-1544]  n'existaient  pas,  l'Attraction, 
la  Haine,  l'Erreur,  etc.,  et  toutes  les  Vues  seraient 
Inexpressibles.  En  ce  Sens  on  dit  :  "Résider  dans 
les  Passions,  c'est  résider  dans  ce  qui  a  pour 
Nature  le  Vide."  Toutes  les  Passions  constituent 
l'Egalité  ;  celui  qui  pratique  correctement  cette 
Egalité  n'est  ni  dégagé  des  Passions  ni  pris  dans 
les  Passions.  Si  un  moine  ou  un  brahmane  disent: 
"Moi-même  je  suis  dégagé  du  Désir,  mais  je  crois 
que  telle  autre  personne  a  des  Passions",  ils  possèdent 
deux  Vues  :  (1)  Vue  de  Permanence,  quand  ils  disent 
"avoir  des  Passions"  ;  (2)  Vue  d'Elimination,  qifand 
ils  disent  "ne  pas  avoir  des  Passions".  Celui  qui  pra- 
tique correctement  ne  voit  plus  les  Signes  de  soi- 
même  et  d'autrui,  d'Existence  et  de  Non-Existence. 
— Avatamsakasûtra  T.  279  lxii  (332  c)  :  Les  trois 
Plans  sont  la  ville  ;  l'Enivrement  et  l'Orgueil  sont 
les  murs  ;  les  Destinations  sont  les  portes  ;  l'eau 
de  l'Amour  est  le  fossé  [qui  entoure  les  remparts]. 
[La  ville  est]  couverte  par  l'obscurité  de  l'Erreur, 
brûlée  par  le  feu  de  la  Haine  et  de  l'Attraction.  Le 
roi  des  Mâra  en  est  le  seigneur  ;  les  Puérils  l'habi- 
tent.— La  Cupidité  constitue  les  rênes,  l'Hypocrisie 
et  la  Duperie  sont  la  bride  et  le  mors,  le  Doute  et 
le  Trouble  sont  les  œillères  [des  Etres  comparés  à 
des  chevaux]. — Daiabhûmikasûtra  T.  279  xxxvn 
(196),  T.  287  v  (556)  [=sk.  éd.  Rahder  p.  58  ;  pour 
la  td.  tib.,  cf.  Acta  Orientalia  iv,  p.  253,  232]  A  partir 
de  la  première  Terre  jusque  et  y  compris  la  7e  Terre 
la  pratique  des  Bs.  est  délivrée  des  Passions,  au  fur 
et  à  mesure  que  leurs  capacités  et  mérites  se  déve- 
loppent dans  les  Terres  successives  par  l'effet  de 
la  Déflexion  de  l'Eveil  [des  B.  sur  les  Bs.]  et  en 
considération  de  l'Egalité  du  Chemin.  Le  Bs.  de  la 
7  e  Terre  a  vaincu  la  plupart  des  Passions  ;  il  habite 
la  Terre  intermédiaire  chûgen  fffi^  (sk-  antarikâ) 
entre  les  6  Terres  inférieures,  encore  souillées  par 
la  Pleine-Passion,  et  les  trois  Terres  supérieures, 
totalement  dépourvues  du  Travail  des  Passions. 
C'est  pourquoi  on  appelle  la  7e  Terre  pure-Pas- 
sionnée zenjô  y&ffi  (sk.  vyâmisra-parisuddha,  sam- 
klista-visuddha).  On  compare  le  Bs.  de  la  7e  Terre 
à  un  Roi  Tournant-la-Roue  qui  connaît  la  pauvreté, 
les  péchés,  les  douleurs,  les  passions  des  hommes 
des  quatre  continents,  mais  sans  être  souillé  lui- 
même,  quoiqu'il  possède  encore  un  corps  humain  ; 
le  Bs.  de  la  8e  Terre  à  un  dieu  non  Passionné  du 
monde  de  Brahmâ,  qui  visite  et  inspecte  les  mille 
mondes. — D'après  un  autre  passage  du  même  sûtra 
T.  287  m  (546  c),  la  3e  Terre  du  G.V.  correspond 


BONNÔ  128 

au  Fruit  A-Retour-unique  du  P.V.  ;  dans  cette  Terre 
tous  les  Liens  de  Désir,  de  Devenir,  d'Inscience 
deviennent  minces  (mihaku  $$$£,  sk.  tanu)  ;  les 
Liens  de  Vue  (Passions  à  abandonner  par  le  Chemin 
de  la  Vue  :  Vue  d'un  Ensemble-de-réalités,  Adhésion 
excessive  aux  règles  disciplinaires,  Doute)  ont  été 
abandonnés  dans  les  Terres  inférieures  ;  l'Attraction, 
la  Haine  et  l'Erreur  Perverses  (Passions  à  abandon- 
ner par  le  Chemin  de  l'Exercice)  sont  diminuées 
(sk.  anupacayarh  prahânam  gacchanti).  La  3e  Terre 
fait  partie  de  la  Terre  Mince  (miyokuji  $$C$CiÉ,  sk. 
tanûbhûmi  Mvy.  1145  ;  ms.  népalais  suklavidarsanâ) 
et  correspond  à  la  catégorie  de  l'école  des  Sarvâsti- 
vâdin  dite  bairiyokuton  fê$|t$i;;gC  (sk-  bhûyovîtarâga), 
catégorie  comprenant  ceux  qui  ont  abandonné  les 
six  premières  variétés  de  Passions  du  Plan  du 
Désir  (Attraction,  Haine,  Erreur  fortes-fortes,  fortes- 
moyennes,  fortes-faibles,  moyennes-fortes,  moyennes- 
moyennes,  moyennes-faibles)  [cf.  sup.  Abhidharma- 
kosa]. — Gandavyûha  T.  293  ix  (704)  Qu'est-ce  qu'on 
appelle  les  Passions  internes  du  Corps  naishimbonnô  |*j 
%fM^  ?  Elles  ont  4  Causes- Facteurs  :  (1)  L'Organe 
de  l'Œil  qui  embrasse  (shôju  §|;g,  sk.  parigrah0) 
les  Objets  Formels  ;  (2)  l'Attachement  sans-Origine 
aux  Imprégnations  ;  (3)  la  Nature  Originelle  et 
Propre  de  cette  Notation  (hishiki  $£§!£,  Notation  de 
Tréfonds);  (4)  l'Acte-Mental  et  l'espoir  (kemô  # 
!!Ë)  à  l'endroit  des  Objets  Formels.  Par  la  Force 
de  ces  4  Causes- Facteurs,  la  Notation  de  Tréfonds 
se  Transforme,  et  les  vagues  de  la  Notation  appa- 
raissent, pareilles  à  la  Série  ininterrompue  d'un 
Courant.  Toutes  les  Notations  des  Organes  sont 
produites  comme  la  Notation  de  l'Œil.  Les  [objets 
les  plus  petits  tels  que  les]  Atomes-Ultimes  et  les 
Pores  apparaissent  en  même  temps  [que  la  Nota- 
tion]. Comme  un  clair  miroir  montre  soudainement 
les  images,  les  Notations  à  un  moment  donné 
se  manifestent  subitement.  Comme  une  tempête 
fouette  l'eau  de  l'Océan,  de  sorte  que  les  vagues 
n'ont  pas  de  repos,  le  vent  des  Domaines  bat  la  mer 
de  l'Esprit  pur  et  fait  surgir  les  vagues  de  la  Nota- 
tion, dont  la  Série  est  ininterrompue.  Les  Causes- 
Facteurs  (vent,  eau,  vagues)  se  créent  mutuellement, 
ne  sont  pas  séparées  entre  elles,  ne  sont  ni  identi- 
ques ni  différentes,  comme  l'eau  et  les  vagues.  Du 
fait  de  l'Acte,  les  Signes  sont  produits,  les  Liens 
profonds  surgissent,  et  on  ignore  la  Nature-propre 
du  Formel,  etc.,  et  de  l'Ensemble  des  cinq  Notations. 
Tout  cela  Révolutionne  cette  Notation  de  Tréfonds. 
Enfin  on  ne  se  dit  pas  à  soi-même  :  "Moi,  je 
produis  les  sept  Notations."  On  ne  dit  pas  :  "Les 
sept  Notations  naissent  de  la  Notation  de  Tréfonds." 
Ce  n'est  que  du  fait  de  la  Prise  (shûshu  gffî)  des 
Signes  des  Objets  par  l'Esprit-propre  (jishin  g,i», 
que  l' Imagination-particulière  naît.  Tels  sont  les 
Morphèmes  de  la  très  profonde  Notation  de  Tré- 
fonds :   Subtilité,  Terme,  Ultime   Limite.   Seuls  la 


BONNÔ 


comprennent  les  Bs.  de  la  Terre  de  Tg.  [Ce  passage 
de  T.  293,  qui  manque  au  texte  sk.  du  Gandavyûha 
et  aux  autres  versions  ch.  de  l'Avatamsaka,  s'appa- 
rente de  très  près  à  des  passages  du  Lankâvatâra- 
sûtra,  du  Ghanavyûhasûtra,  du  Sraddhotpâdasâstra, 
etc.]. — Érîmâlâdevhimhanâdasûtra  T.  353  v  (220-222), 
T.  310  cxix  (675-678)  :  Répartition  des  Passions 
en  cinq  Terres,  dont  les  quatre  premières  servent  de 
Récipients  et  de  Germes  aux  Passions  fortes  et 
grossières,  appelées  Passions  supérieures  jôbonnô 
-h#J(f§)-  Ces  4  Terres  s'appellent  :  (1)  Terre  où 
sont  réunies  toutes  les  Vues  ;  (2)  Terre  de  la  Soif 
[du  Plan  du]  Désir  ;  (3)  Terre  de  la  Soif  [du  Plan 
du]  Formel  ;  (4)  Terre  de  la  Soif  de  l'Existence. 
[Le  cm.  de  Kichizô  ^jjgÊ  Ttt.  1744  (50-51)  explique 
ces  Terres  comme  suit  :  la  Terre  (1)  est  celle  des 
cinq  Passions  aiguës  (cf.  sup.  Kosa)  ;  les  Terres 
(2-4)  sont  celles  des  cinq  Passions  obtuses,  parmi 
lesquelles  la  Soif  prédomine,  entraînant  Rétribution 
dans  le  Plan  du  Désir  (2),  du  Formel  (3),  du  Non- 
Formel  (4).  Le  Substantiel  de  (1),  ce  sont  les  88 
Passions  ;  de  (2),  l'Attraction,  la  Haine,  l'Orgueil, 
l'Inscience  ;  de  (3-4),  la  Soif,  l'Orgueil,  l'Inscience. 
Le  Récipient  de  (1)  et  de  (4)  est  la  Notation  du 
Mental  ;  de  (2),  les  6  Notations  ;  de  (3),  les  Notations 
du  Corps,  de  l'Œil,  de  l'Oreille,  du  Mental.]  La  5e 
Terre,  subtile,  sans  commencement,  non-Associée  à 
l'Esprit,  Récipient  de  toutes  les  Passions  supérieures, 
s'appelle  Inscience.  [Cf.  Ttt.  185 1  ni  c  (524  c), 
qui  fait  correspondre  cette  Terre  de  l'Inscience 
originelle  à  la  7e  Notation  (Attribution-personnelle)  ; 
et  comparer  le  rôle  capital  que  joue  l'Inscience  dans 
le  système  du  Sraddhotpâdasâstra  Tt.  1666- 1667.] 
Les  Arhat,  continue  T.  353  v,  les  B.-pour-soi  et 
les  Bs.,  ayant  éliminé  les  4  Terres,  ne  peuvent  pas 
éliminer  cette  5e  Terre,  que  seul  le  B.  sait  éliminer. 
La  Terre  de  l'Inscience  est  la  Cause  et  le  Récipient 
des  Actes  sans-Ecoulement  et  des  Corps-nés-du- 
Mental  (sk.  manomaya-kâya)  des  Arhat,  des  B.- 
pour-soi  et  des  Bs.  de  grande  force.  Le  non-épuise- 
ment du  sans-Ecoulement  est  la  Terre  de  l'Inscience, 
qui  produit,  réunit,  maintient  et  établit  toutes  les 
Passions  supérieures,  arrangées  selon  l'ordre  de 
leur  suppression  par  le  Chemin  :  Passions  suffo- 
quant l'Esprit  de  l'Eveil,  la  Quiétude,  l'Inspection, 
l'Extase,  le  shôju  IF3£  [sk.  samaya,  i.e.  selon  Kichizô 
les  3  Concentrations],  les  Moyens,  la  Connaissance, 
le  Fruit,  l'Obtention  [de  l'Eveil],  la  Force,  la  Sécurité. 
Le  terme  Magasin  des  Passions  bonnôzô  ^'^^ 
désigne  [l'ensemble  de  ces]  cinq  Terres,  parce 
qu'elles  embrassent  toutes  les  Passions  et  parce 
qu'elles  constituent  l'état  Emmagasinant  et  Vide  de 
la  Matrice  de  Tg.  L'état  Emmagasiné  et  non-Vide 
de  la  Matrice  de  Tg.  est  appelé  Réalité,  Corps  d'Es- 
sence de  Tg.,  Nature  de  B.  [et  aussi  Ttt.  1744  ni  a 
(72  c)  Coupure  du  Tétralemme] .  On  appelle  cette 
Matrice  de  Tg.  Magasin  du  Plan  d'Essence,  Magasin 


BONNÔ 


129 


BONNÔ 


du  Corps  d'Essence,  Magasin  Supérieur  Supramon- 
dain,  Magasin  de  la  Pureté  de  la  Nature -propre. 
Cette  Pureté  de  la  Nature-propre,  qui  est  Matrice 
de  Tg.,  est  souillée  par  les  Passions-de-passage. 
L'Esprit  Momentané,  bon  ou  mauvais,  ne  peut 
être  souillé  par  les  Passions-de-passage,  en  tant 
que  les  Passions  ne  touchent  pas  cet  Esprit  et  que 
cet  Esprit  ne  touche  pas  les  Passions  ;  mais  pourtant 
il  y  a  des  Passions  qui  souillent  l'Esprit  [i.e.  l'Esprit 
est  à  la  fois  souillé  et  non-souillé  ;  cf.  *Araya]. — 
Sannipâtasûtra  T.  397  11  (10-13)  Plusieurs  Passions 
sont  énumérées  dans  une  liste  des  16  mobiles  de  la 
Grande  Compassion  et  des  32  mauvais  Actes,  dont  le 
16e  s'appelle  "Liens  des  Passions  des  Etres",  le  17e 
"Vue  de  Soi". — Le  ManjuSrîpariprcchâsûtra  T.  468 
1  a  (501  a)  enseigne  comment  éliminer  les  98  Passions 
ou  Résidus,  divisées  comme  suit  :  (I)  Plan  du  Désir  : 
(a)  10  Passions  à  abandonner  par  la  Vue  de  la  Vérité 
de  la  Douleur  ;  (b)  7  Passions  à  abandonner  par  la 
Vue  de  la  Vérité  de  la  Formation  ;  (c)  7  Passions  à 
abandonner  par  la  Vue  de  la  Vérité  du  Barrage  ;  (d) 
8  Passions  à  abandonner  par  la  Vue  de  la  Vérité  du 
Chemin  ;  (e)  4  Passions  à  abandonner  par  l'Exercice. 

(II)  Plan  du  Formel  :  31  Passions  réparties  comme 
ci-dessus  :    (a)    9  ;    (b)    6  ;    (c)    6  ;    (d)    7  ;    (e)    3. 

(III)  Plan  du  Sans-Forme  :  31  Passions  classées 
comme  sous  (II).  [Cf.  sup.  Abhidharmakosa.] — Vima- 
laktrtinirdeSasûtra  T.  467  iv  (575)  [td.  Genjô  650 
A.D.],  Ttt.  1775  vu  (390  b)  [td.  Kumârajîva  406 
A.D.]  :  Le  Bs.  pratiquant  le  Non-Chemin  montre  et 
pratique  toutes  les  Passions  mondaines,  quoique  sa 
Nature  (son  Esprit  td.  Kumârajîva)  soit  absolument 
pure  et  non-souillée.  Le  terme  "toutes  les  Passions 
et  les  62  Vues"  vise  les  dix  groupes  suivants,  tous 
Germes  de  Tg.  :  (1)  l'Existence  du  Corps  ;  (2)  l'In- 
science  et  la  Soif  du  Devenir  ;  (3)  l'Attraction,  la 
Haine,  l'Erreur  ;  (4)  les  4  Idées-à-rebours  (*tendô)  ; 
(5)  les  5  Revêtements  ;  (6)  les  6  Sphères  (sk.  âyatana)  ; 
(7)  Résidences  des  7  Notations  ;  (8)  les  8  Perversités 
(sk.  mithyatva)  ;  (9)  les  9  occasions  de  Malfaisance 
(sk.  âghâta)  ;  (10)  les  10  Voies  d'Acte  mauvaises. — 
T.  475  11  (549)  [autre  éd.  de  la  td.  de  Kumârajîva]  : 
Les  Passions  sont  les  disciples  (serviteurs)  obéissants 
du  Bs. — Ib.  m  (553)  :  Les  B.  peuvent  accomplir  la 
tâche  de  B.  par  les  4  Mâra  et  les  84.000  Passions. — 
Ib.  1  (542  c)  :  Les  Passions  (td.  Genjô  :  l'extinction 
des  Passions)  sont  la  Terrasse  d'Eveil  (td.  Genjô  : 
l'Eveil  merveilleux),  parce  que  [l'Eveil]  les  connaît 
comme  elles  sont  en  Réalité. — Ib.  il  (548  a)  :  En 
vue  des  orgueilleux,  le  B.  dit  qu'être  libéré  de  la 
concupiscence,  de  la  Colère,  de  l'Erreur,  c'est  la 
Libération  ;  mais  pour  ceux  qui  n'ont  pas  d'Orgueil, 
il  dit  que  la  Nature  de  concupiscence,  de  Colère, 
i'Erreur,  c'est  la  Libération. — Samâdhirâjasûtra  T. 
639  ni  (563  c)  :  Les  Bs.  qui  possèdent  la  Connais- 
sance dépassent  le  Plan  du  Désir  et  la  Terre  des 
Passions  du  Plan  du  Formel  et  du  Sans-Forme. — 


Sandhinirmocanasûtra  T.  676  IV  (707)  [td.  Genjô 
647  A.D.],  T.  675  v  (684)  [td.  Bodhiruci  514  A.D.], 
T.    678    (717)    [td.    Gunabhadra    435-443    A.D.]  : 

(I)  La  Pratique  des  Perfections  dans  la  Terre  de 
Conviction  est  appelée  simplement  Perfection.  Le  Bs. 
y  manifeste  encore  des  Passions  ;  il  ne  sait  pas  encore 
les  dompter  (td.  Gunabhadra  ;  mais  td.  Bodhiruci  :  il 
sait  les  dompter).  (2)  La  Pratique  toujours  plus  in- 
tense des  Perfections  dans  les  7  premières  Terres  est 
appelée  la  Perfection  proche  (td.  Genjô)  ou  supérieure 
(td.  Gunabhadra).  Le  Bs.  y  manifeste  encore  des 
Passions,  mais  il  est  capable  de  les  éliminer.  (3) 
La  Pratique  toujours  plus  intense  des  Perfections 
dans  les  3  dernières  Terres,  où  le  Bs.  ne  manifeste 
plus  les  Passions,  est  appelée  la  Grande  Perfection. 
— Il  y  a  trois   espèces   de  Passions-Re'sidus  dans   les 

10  Terres  :  (1)  Les  "compagnons  violents",  c.-à-d. 
les  Passions  non-Innées  (sk.  asahaja),  qui  accompa- 
gnent les  Passions  Innées  (sk.  sahaja).  Le  Bs.  les 
détruit  dans  les  5  premières  Terres.  (2)  Les  Passions 
minces  (sk.  tanu)  de  l'Inscience  que  le  Bs.  pratique 
dans  la  6e  et  la  7e  Terre.  (3)  Les  Résidus  très  Sub- 
tils, consistant  dans  l 'Obstruction-Récipient  du 
Connaissable  (td.  Bodhiruci  :  Obstruction  oubtile 
des  Domaines),  que  le  Bs.  élimine  dans  les  3  der- 
nières Terres.  On  compare  l'élimination  successive 
de  ces  3  groupes  de  Passions  à  l'arrachement  de 
l'épiderme,  du  derme  et  des  os. — Tout  en  produisant 
des  Passions,  le  Bs.  n'est  pas  Passionné,  parce 
qu'à  partir  de  la  première  Terre  il  connaît  bien 
toutes  les  Essences  et  Passions.  C'est  l'incommen- 
surable Mérite  des  Bs.,  qu'ils  produisent  des  Passions 
jusqu'à  l'Eveil. — Dans  un  autre  passage  ces  Pas- 
sions sont  classées  en  deux  catégories  :  (I)  1 1  Tur- 
bulences (td.  Bodhiruci  :  Obstructions  ;  td.  Guna- 
bhadra :   Fautes  à  contrecarrer),  détruites  dans  les 

11  Terres  jusque  et  y  compris  la  Terre  de  Tg.,  et 

(II)  22  Erreurs  (td.  Bodhiruci  :  Espèces  d'Insci- 
ence),  deux  Erreurs  étant  associées  à  chaque  Tur- 
bulence comme  suit:  (1  a)  Attachement  à  l'Individu 
et  à  l'Essence  ;  (1  b)  Pleine-passion  des  mauvaises 
Destinations.  (2  a)  Fautes  et  Infractions  Subtiles  ; 
(2  b)  les  mauvaises  Voies  de  l'Acte.  (3  a)  Désir- 
Attraction  (td.  Bodhiruci  :  chercher  et  désirer  la 
Loi)  ;  (3  b)  entendre  et  retenir  complètement  les 
Charmes.  (4  a)  Amour  des  Aplanissements  ;  (4  b) 
Amour  de  la  Loi.  (5  a)  Acte-Mental  unilatéral  (ikkô 
-^[p],  sk.  ekântika)  à  l'endroit  du  Monde  :  unilaté- 
ralement tourner  le  dos  au  Monde,  unilatéralement 
envisager  le  Monde  ;  (5  b)  Acte-Mental  unilatéral  à 
l'endroit  du  Nirvana  :  comme  sous  (a)  lire  "Nirvana" 
au  lieu  de  "Monde"  ;  (6  a)  Droit-en-Face  Inspecter 
le  développement  des  Opérants  ;  (6  b)  manifesta- 
tion d'un  grand  nombre  de  Signes.  (7  a)  Manifesta- 
tion de  Signes  Subtils  ;  (7  b)  Acte-Mental  et  Moyens 
exclusivement  tournés  vers  le  Sans-signe.  (8  a)  Faire 
des   efforts   pour   l'obtention   du  Sans-signe;  (8  b) 


BONNÔ 


130 


BONNÔ 


faire  des  efforts  pour  la  Maîtrise  des  Signes.  (9  a) 
Maîtrise  des  Charmes  et  d'innombrables  mots  et 
lettres  pour  prêcher  la  Loi  ;  (9  b)  Maîtrise  de  l'Elo- 
quence. (10  a)  Les  grands  Supersavoirs  ;  (10  b) 
compréhension  des  Secrets  subtils  (himitsu  jjj#$5, 
sk.  guhya).  (11  a)  Très  subtil  Attachement  aux 
Domaines  Connaissables  ;  (11  b)  très  subtile  Ob- 
struction.— Tathâgataguhyagarbhasûtra  T.  821  il 
(844-5)  :  De  même  qu'en  soufflant  sur  un  petit  feu 
de  brins  de  paille,  il  brûle  peu  à  peu  les  choses 
environnantes  et  devient  enfin  un  amas  de  feu 
grand  comme  le  mont  Sumeru,  ainsi  un  Profane 
Puéril  produit  un  petit  Acte-Mental  et  une  Délibéra- 
tion incorrects,  s'attache  fermement  aux  Vues  qui 
en  résultent  et  augmente  ainsi  peu  à  peu  les  Passions. 
D'autre  part,  de  même  que  le  feu  doit  s'éteindre, 
ainsi  les  Délibérations  irréelles,  les  Passions,  etc., 
quand  elles  ne  sont  plus  produites,  conçues,  savou- 
rées, imaginées,  doivent  graduellement  s'éteindre. 
[Même]  les  Passions  et  Délibérations  faibles  et 
minces  sont  irréelles.  Apologue  :  Un  homme  qui 
entre  dans  un  magasin  de  poisons,  sans  qu'il  ait 
avalé  de  poison,  est  mortellement  effrayé  et  se  met 
à  crier  :  "Je  suis  empoisonné."  Un  bon  médecin 
lui  donne  un  médicament  irréel,  et  contrecarre 
ainsi  par  suggestion  les  douleurs  imaginaires  de  son 
patient  ;  si  le  médecin  lui  avait  donné  un  véritable 
médicament,  il  aurait  succombé.  Ainsi  le  Profane 
est  tourmenté  par  des  Passions  irréelles  ;  l'Attraction 
est  contrecarrée  par  l'Inspection  de  l'impureté 
(sk.  asubhabhâvanâ,  cf.  K.  Lav.  vi,  149-152)  ;  la 
Haine  par  la  Compassion  ;  l'Erreur  par  l'Ench  îne- 
ment-causal.  Ni  les  Essences  contrecarrées  (Passions  : 
Attraction,  etc.),  ni  les  Essences  contrecarrantes 
(Inspection  de  l'impureté,  etc.)  ne  sont  des  choses 
réelles,  fixes,  établies.  Les  Passions  et  les  Opérés 
ne  viennent  pas,  ne  s'en  vont  pas  ;  on  appelle  les 
Opérés  "dégagés  des  Passions".  Telle  est  la  Matrice 
de  Tg.,  la  pureté  originelle  de  toutes  les  Essences, 
même  des  dix  mauvaises  Voies  de  l'Acte.  Le  Bg. 
dit  que  l'Attachement  non-ferme  aux  Passions  et 
aux  mauvaises  Voies  de  l'Acte  n'est  pas  un  péché, 
mais  que  l'Attachement  et  la  Prise  fermes,  même 
lorsqu'il  s'agit  d'un  mal  infime,  constituent  un  péché. 
Quand  il  n'y  a  pas  Résidence,  Prise,  Attachement 
fermes,  Production  de  Vues,  à  l'endroit  des  cinq 
Péchés-de-Damnation-immédiate,  le  Bg.  n'appelle 
pas  cela  un  péché.  On  n'obtient  pas  l'Eveil  par  les 
bonnes  Essences,  de  même  que  le  bois  et  l'herbe 
brûlés  ne  renaissent  ni  ne  repoussent.  Savoir  que 
les  Passions  naissent  de  l 'Enchaînement-causal  est 
appelé  l'Obtention  de  l'Eveil,  c.-à-d.  savoir  que  ces 
Essences  produites  sans  Nature-propre  sont  des 
Essences  Sans-Production.  Un  homme  qui  commet 
les  crimes  les  plus  graves  des  dix  mauvaises  Voies 
de  l'Acte  ne  recevra  pas  une  mauvaise  rétribution 
dans   une   mauvaise    Destination,    s'il   sait   et   croit 


qu'il  n'y  a  ni  Naissance  ni  Extinction,  ni  Bien  ni 
Mal,  ni  Passionné  ni  Attachement.  Toutes  les  Pas- 
sions disparaissent  après  leur  Production  ;  il  n'y  a 
ni  Péché  ni  Résidence  permanente  du  Péché  ou  des 
Passions. — Sûtra  ésotériques. — T.  781  (294  a)  :  La 
Nature-Propre  originelle  des  Etres  est  pure  ;  par  les 
Passions-de-passage  elle  peut  être  divisée  en  deux 
aspects  [pur  et  impur]. — T. 870  (291  b)  :  Le  Bs. 
peut  ruiner  ces  ennemis  méchants,  les  Passions  qui 
n'ont  pas  de  commencement. — Le  Mahâvairocana- 
sûtra  T.  848  1  (2-3)  énumère  60  états  d'Esprit  mon- 
dains d'un  Pratiquant  de  l'Application  (sk.  yogâ- 
câra),  représentant  la  plupart  des  Passions  de  Vue. 
Ces  60  états  d'Esprit  sont  désignés  par  les  noms 
suivants,  et  expliqués  dans  les  cm.  Ttt.  1796  H  (59D_ 
600)  et  Z.  I  xxxvi  3  (274  sq.)  :  (1)  Attraction  ;  (2) 
Non- Attraction,  considérée  comme  une  espèce 
d'Attraction  :  Désir  du  Non-Passionné  ;  (3)  Haine  ; 

(4)  Bonté  [de  Vue  et  d'Amour,  cf.  Aiken,  s.v.  *Ai]  ; 

(5)  Erreur  ;  (6)  Connaissance  [mondaine,  incapable 
d'atteindre  le  surhumain]  ;  (7)  suivre  l'opinion  du 
Maître  sans  la  critiquer  ;  (8)  Doute  ;  (9)  Esprit 
obscurci  ;  (10)  [excès  ou  insuffisance  de]  Science  ; 
(n)  considérer  une  partie  comme  l'ensemble  auquel 
la  partie  appartient  ;  (12)  disputes  avec  autrui  ;  (13) 
désaccord  avec  soi-même  ;  (14)  s'abstenir  de  porter 
jugement  ;  (15)  Dieu  [désirer  l'accomplissement 
spontané  des  souhaits,  sans  qu'il  y  ait  besoin  d'ef- 
forts] ;  (16)  Asura  [prendre  plaisir  à  la  Transmigra- 
tion] ;  (17)  Dragon  [désir  de  richesses]  ;  (18)  Homme 
[rendre  le  bien  pour  le  bien,  le  mal  pour  le  mal]  ; 
(19)  Femme  [attachement  aux  désirs,  au  plaisir, 
aux  apparences]  ;  (20)  îsvara,  dieu  des  hérétiques 
[convoitise  du  pouvoir  divin]  ;  (21)  marchand  [s'oc- 
cuper trop  longtemps  de  l'accumulation  et  des 
occasions  d'application  des  doctrines,  comme  le 
marchand  qui  accumule  les  marchandises  et  cherche 
des  débouchés]  ;  (22)  paysan  [rechercher  l'Erudition 
en  tardant  à  mettre  en  pratique  la  Loi,  comme  le 
paysan  qui  s'informe  de  l'agriculture  au  lieu  de 
cultiver]  ;  (23)  fleuve  [suivre  les  deux  Extrêmes, 
comme  une  rivière  suit  les  rives]  ;  (24)  étang  [soif 
insatiable  d'argent,  de  gloire,  comme  celle  de  l'étang 
jamais  rassasié  des  eaux  qu'il  reçoit]  ;  (25)  puits 
[creuser  outre  mesure  la  doctrine]  ;  (26)  garde  [ex- 
clusive] ;  (27)  avarice  ;  (28)  chien  [contentement 
prématuré,  comme  les  Auditeurs  le  produisent  :  de 
même  le  chien  est  vite  content  d'un  rien  qu'on  lui 
jette]  ;  (29)  blaireau  [réception  passive  de  la  Loi, 
comme  le  blaireau  qui  attend  sa  proie  ;  manque  de 
reconnaissance]  ;  (30)  Garuda  [manque  d'indépen- 
dance, comme  le  Garuda  dépend  de  ses  ailes]  ;  (31) 
souris  [désir  déraisonnable  de  l'Elimination  des  Liens, 
comme  la  souris  prise  au  piège  qui  se  débat]  ;  (32); 
chanson  [embellir  outre  mesure  les  sermons];  (33). 
danse  [s'adonner  aux  jeux  magiques  et  aux  Super- 
savoirs] ;    (34)   frapper   le   tambour   [se   préoccuper 


BONNÔ 

de  l'Eloquence]  ;  (35)  maison  [observance  égoïste 
des  Défenses,  "pro  domo"]  ;  (36)  lion  [désirer  être 
plus  fort  que  les  autres]  ;  (37)  hibou  [esprit  troublé 
pendant  la  journée  ;  n'étudier  que  la  nuit]  ;  (38) 
corbeau  [avoir  peur]  ;  (39)  Râksasa  [toujours  cher- 
cher les  mauvaises  conséquences  d'un  bon  acte]  ; 
(40)  épine  [regretter  un  bon  acte  ;  avoir  peur  et 
honte  après  un  mauvais  acte  :  épines  qui  piquent  la 
mémoire]  ;  (41)  caverne  [amour  de  l'immortalité 
où  l'on  jouit  des  cinq  Désirs,  comme  dans  les  cavernes 
de  Dragons  ou  d'Asura  où  l'on  a  l'immortalité  et 
de  belles  femmes]  ;  (42)  vent  [manque  de  sélection]  ; 
(43)  eau  [se  repentir  de  ses  péchés  au  lieu  de  com- 
prendre la  Non-Production  du  péché  :  croire  qu'il 
faut  se  laver  de  ses  péchés,  comme  l'eau  souillée 
peut  être  purifiée]  ;  (44)  feu  [exubérance  passagère, 
comme  une  flambée]  ;  (45)  boue  [manque  de  dis- 
cernement, comme  tout  est  mêlé  dans  la  boue]  ; 
(46)  montrer  la  couleur  [de  l'entourage  :  être  sujet 
à  la  suggestion  d 'autrui]  :  (47)  planchette  [Pratique 
étroite,  unilatérale,  délimitée  comme  une  planchette 
qui  ne  peut  supporter  sur  l'eau  qu'un  poids  infime]  ; 
(48)  s'égarer  ;  (49)  herbes  vénéneuses  [stupéfiants  : 
inertie]  ;  (50)  filet  [Liens  du  Soi]  ;  (51)  cangue  [excès 
de  Quiétude  et  d'Inspection  :  vie  trop  contemplative]; 
(52)  nuage  [subir  l'influence  des  douleurs  et  des 
plaisirs,  comme  par  un  temps  orageux  où  la  sensi- 
bilité est  exacerbée]  ;  (53)  champ  [soigner  et  parfu- 
mer le  corps,  comme  le  paysan  soigne  son  champ]  ; 
(54)  sel  [Actes-mentaux  que  rien  n'apaise,  comme 
la  soif  que  donne  le  sel]  ;  (55)  rasoir  [Elimination 
superficielle  du  vulgaire]  ;  (56)  mont  Sumeru  [esprit 
hautain]  ;  (57)  mer  [orgueil  grand  comme  la  mer]  ; 
(58)  trou  [relâchement  croissant  après  un  enthou- 
siasme initial,  comme  les  petits  trous  qui  se  produi- 
sent peu  à  peu  dans  les  ustensiles  de  ménage]  ;  (59) 
recevoir  une  nouvelle  naissance  ;  (60)  singe  [Dis- 
traction, inconstance].  Quand  le  Maître  corrige 
l'Esprit  de  son  Disciple,  ces  60  états  d'Esprit  dis- 
paraissent l'un  après  l'autre. — L'Inscience  produit 
les  cinq  Passions  Radicales  (sk.  mûlaklesa  :  Attrac- 
tion, Haine,  Erreur,  Orgueil,  Doute),  qui  sont  cha- 
cune multipliées  par  deux  à  cinq  reprises  (parce 
que  l'Esprit  Passionné  des  Etres,  en  s'appuyant 
toujours  sur  les  deux  Extrêmes,  n'obtient  pas  le 
Chemin  du  Milieu),  soit  au  total:  5x2=10x2  — 
20  x  2  =  40  x  2  =  80  x  2  — 160  Sous-Passions.  On  com- 
pare l'Inscience  au  germe  ;  les  cinq  Passions  Radicales 
aux  racines  ;  les  dix  Passions  Radicales  (5  aiguës, 
5  obtuses)  aux  grandes  branches  ;  les  160  Sous- 
Passions  aux  petites  branches,  qui  partent  des 
grandes  branches  en  fourches  successives  de  deux 
rameaux  ;  les  80.000  ou  innombrables  Passions  aux 
innombrables  feuilles.  Le  Pratiquant  de  l'Applica- 
tion (sk.  yôgâcâra)  dépasse  pendant  la  première 
Période  Incalculable  la  première  catégorie  d'Imagi- 
nation  (te.   kôha  $#$£,   td.   môju    5ç$L,   sk.   kalpa) 


131 


BONNÔ 


des  160  Passions,  appelée  "grossière"  ;  pendant  la 
deuxième  Période  Incalculable  il  dépasse  la  deuxième 
catégorie  d'Imagination  des  160  Passions,  appelée 
"subtile"  ;  pendant  la  troisième  Période  Incalculable 
il  dépasse  la  troisième  catégorie  d'Imagination  des 
160  Passions,  appelée  "très  subtile".  Ensuite  il 
obtient  le  premier  état  d'Esprit  de  la  Sapience  de 
B.  Il  y  a  trois  groupes  de  trois  Imaginations  :  (1) 
les  trois  Poisons  ;  (2)  Organes,  Objets  et  Notations  ; 
(3)  Acte  (tronc),  Passion  (souche)  et  Inscience 
(germe). — Vinaya. — T.  1485  1  (1016  b)  :  Du  Magasin 
de  l'Inscience  naissent  13  Passions  [7  Vues  et  6 
états  d'Esprit  d'Attachement].  Les  7  Vues  sont  : 
Vue  Perverse,  Vue  du  Soi,  Vue  de  Permanence, 
Vue  d'Elimination,  Adhésion  excessive  aux  règles 
disciplinaires,  Adhésion  excessive  aux  Fruits,  Vue 
de  Doute.  De  ces  Vues  naissent  les  6  états  d'Esprit 
d'Attachement  :  Attraction,  Amour,  Haine,  Erreur, 
Désir,  Orgueil. — T.  1494  (1098)  :  Toutes  les  Passions 
sont  la  Patience  [par  laquelle  on  admet  la]  Non- 
Production  des  Essences. — Scolastique. — Mahâpra- 
jnâpâramitâiâstra  Tt.  1509  xevi  (730  a):  Les  Pas- 
sions produisent  tous  les  Actes,  bons,  mauvais  et 
Indéfinis .  .  .  L'Esprit  des  Passions  produit  les  Actes 
bons,  Sans-portée,  Sans-faute ...  Tous  les  états 
d'Esprit  naissent  simultanément  avec  la  Sapience  ; 
la  Sapience  doit  donc  exister  dans  l'Esprit  d'Ins- 
cience.  Quoique  Sapience  et  Inscience  soient  des 
Essences  opposées,  dans  l'Esprit  Unique  (isshin 
— ifa,  sk.  ekacitta,  cf.  Dasabhûmikasûtra  T.  287  iv 
(553  a)>  v  (555  b)  ;  cf.  aussi  le  Sraddhotpâdasâstra 
où  l'Esprit  Unique  est  subdivisé  en  deux  Rubriques  : 
Rubrique  d'Ainsité  et  Rubrique  de  Mort-né)  la 
Pureté  et  les  Souillures  sont  produites. — Ib.  111 
(81  c)  Il  y  a  deux  espèces  de  Passions  :  (1)  celles 
appartenant  à  la  Soif  [Attraction],  et  (2)  celles  ap- 
partenant à  la  Vue  [Inscience],  L'élimination  de  la 
première  catégorie  s'appelle  "tâche"  shosa  0ff^ 
(sk.  krtya).  L'élimination  de  la  seconde  catégorie 
s'appelle  "accomplissement"  (iben  £J$,  sk.  krta  ; 
krta-krtya  est  une  épithète  de  l'Arhat). — Ib.  vu 
(110)  Parce  que  toutes  les  Passions  Entravent  et 
entourent  l'Esprit,  on  les  appelle  toutes  Enveloppe- 
ments. Il  y  a  dix  Enveloppements  :  Haine,  Dissimu- 
lation, Torpeur,  Somnolence,  Vains-propos,  Exal- 
tation, Indignité,  Impudence,  Avarice,  Jalousie . .  . 
Il  y  a  deux  espèces  de  Passions  :  (1)  d'attachement 
interne  :  les  5  Vues,  Doute,  Orgueil,  etc.,  (2)  d'at- 
tachement externe  :  Désir  (in  ^),  Haine,  etc. 
L'Inscience  est  à  la  fois  interne  et  externe ...  Les 
Passions  sont  appelées  kesshi  fâî$i  "Entraves- 
Résidus". — Ib.  xvn  (189)  La  Prise  du  Caractère 
de  la  Distraction  produit  les  Passions,  Haine  etc.  ; 
la  Prise  du  Caractère  de  la  Concentration  et  de 
l'Extase  produit  l'Attachement.  Chez  le  Bs.  il  n'y 
a  Prise  ni  de  l'un  ni  de  l'autre. — Ib.  xx  (209  a-b) 
L'Esprit  de  toutes  les  Passions,  pratiquées  par  les 


BONNÔ 

gens  de  peu  (shônin  /]\  A.)>  produit  de  petites  choses  ; 
c'est  pourquoi  on  appelle  [leurs  Passions]  "petites". 
Parmi  ces  Passions,  toutes  petites,  on  appelle  [par- 
ticulièrement] petites  ces  4  Passions  :  Répulsion, 
Rancune,  Haine,  Mordant.  L'Esprit  qui  a  détruit 
la  Répulsion  et  la  Rancune  s'appelle  "large"  ; 
l'Esprit  qui  a  détruit  la  Haine  s'appelle  "grand"  ; 
l'Esprit  qui  a  détruit  le  Mordant  s'appelle  "Incom- 
mensurable". .  .Le  désir  de  se  livrer  à  la  Grossièreté 
de  langage,  d'injurier,  de  tuer,  de  blesser,  de  voler, 
s'appelle  Répulsion.  Guetter  [préméditer,  calculer] 
le  moment  et  l'endroit  opportuns  pour  nuire  de 
toute  sa  force  s'appelle  "Rancune".  .  .La  Rancune 
qui  dure  longtemps  devient  de  la  Haine .  .  .  Porter 
préjudice  par  un  Acte  corporel  ou  oral .  .  . ,  l'Esprit 
étant  fixé,  sans  peur,  s'appelle  "Mordant". — Ib. 
xxvn  (260  c,  261  b-c)  ;  Les  Arhat,  les  B.-pour-soi  et 
les  Bs.,  qui  ont  obtenu  la  Patience  de  la  Non-Produc- 
tion des  Essences,  n'éliminent  que  [le  Travail  des] 
Passions  (sk.  klesasamudâcâra,  cf.  Dasabhûmika- 
sûtra,  éd.  Rahder  p.  71),  tandis  que  le  B.  [qui  possède 
l'Omniscience]  n'élimine  pas  seulement  [le  Travail 
des]  Passions,  mais  aussi  leurs  Imprégnations. — 
Ib.  xxxix  (346  a)  Les  Auditeurs  disent  :  Les  En- 
traves, Haine,  Vue  Perverse,  etc.  constituent  un 
péché  grossier  ;  les  Entraves,  Amour,  Orgueil,  etc. 
constituent  un  péché  subtil.  Les  affections  (kaku 
H,  sk.  vitarka)  du  Désir,  de  la  Haine,  du  Mordant 
sont  appelées  grossières  ;  les  affections  relatives 
au  village,  à  la  patrie,  à  l'immortalité  (cf.  ci-dessus 
Samyuktâgama  T.  99  xxvi),  sont  appelées  subtiles  ; 
l'affection  du  Bien  seul  est  appelée  très  subtile.  Mais 
dans  le  G.V.  tout  cela  est  appelé  grossier,  et  consti- 
tue des  péchés  grossiers. — Ib.  xli  (361  b)  L'Impres- 
sion est  la  base  de  tous  les  Liens  mondains  ;  c'est 
à  cause  de  l'Impression  que  naissent  les  Entraves 
et  Résidus.  L'Impression  de  Plaisir  produit  la 
Cupidité  ;  l'Impression  de  Douleur  produit  la 
Haine  ;  l'Impression  qui  n'est  ni  Plaisir  ni  Douleur 
produit  l'Erreur.  Ces  trois  Poisons  produisent  les 
Passions  et  l'Enchaînement-causal  des  Actes. — Ib. 
lxxxvi  (662  b)  On  dit  sommairement  que  les  Entrés- 
dans-le-courant  et  les  A-retour-unique  éliminent 
3  Entraves,  [et  en  subdivisant,]  88  Entraves.  Les 
Sans-Retour  éliminent  les  5  Entraves  inférieures 
[cf.  sup.  Âgama],  [et  en  subdivisant,]  92  Entraves. 
Les  Arhats  épuisent  les  3  Ecoulements,  [et  en  sub- 
divisant,] toutes  les  Passions. —  Yogâcârabhûmiéâstra 
Tt.  1579  vin  (314  b-c)  :  variétés  des  Passions  :  9 
Entraves,  3  Liens,  7  Résidus,  3  Sous-Passions,  8 
Enveloppements,  4  Courants,  4  Jougs,  4  Appro- 
priations, 4  Attaches  du  Corps  (Attraction,  Haine, 
Adhésion  excessive  aux  règles  disciplinaires,  entête- 
ment de  celui  qui  dit  :  ceci  est  vrai  (shijitsushûshu 
jtfclftiJtëX  sk.  idamsaccâbhinivesa),  5  Revêtements, 
3  Ecoulements  [puis  les  noms  suivants  donnés  aux 
3  Poisons,  Attraction,  Haine,    Erreur]  :  3  troncs,  3 


132 


BONNÔ 


Souillures,  3  Violences,  3  flèches,  3  Propriétés,  3 
mauvaises  pratiques,  3  Racines  du  Mal,  3  manques, 
3  brûlures,  3  Mordants,  3  causes  de  disputes,  3 
flammes,  3  fièvres,  3  Fourrés,  3  obstacles. — Ib.  LV 
(603  c)  15  variétés  de  Passions  :  (1)  internes  ;  (2) 
externes  ;  (3)  à  abandonner  par  la  Vue  [des  Vérités]  ; 
(4)  à  abandonner  par  l'Exercice  ;  (5)  comprises  dans 
les  Enveloppements  des  bonnes  Destinations  ;  (6) 
id.  des  mauvaises  Destinations  ;  (7)  comprises  dans 
les  Résidus  ;  (8)  de  la  catégorie  faible  ;  (9)  de  la 
catégorie  moyenne  ;  (10)  de  la  catégorie  supérieure 
[forte]  ;  (11)  du  Degré  de  la  Distraction;  (12)  du 
Degré  de  l 'Exaltation-Remords  ;  (13)  du  Degré 
mince  ;  (14)  du  Degré  du  Domptage  (seibuku  fljlJtJc)  ; 
(15)  du  Degré  du  Dégagement  des  Attaches. — 
Vijnaptimâtratâsiddhi  Tt.  1585  iv  (22  a-b)  (S.  Lav. 
255  SQ-)  :  Le  Mental  [Passionné]  est  associé  aux 
quatre  Passions  Radicales  :  Erreur  du  Soi  (c.-à-d. 
l'Inscience  :  ignorer  l'Idéal  du  Non-Soi),  Vue  du 
Soi  (considérer  le  Non-Soi  comme  Soi),  Orgueil 
du  Soi,  Amour  du  Soi  (sk.  âtmasneha,  Attachement 
au  Soi  imaginé).  Ces  quatre  sont  appelées  Passions, 
parce  'qu'elles  troublent  et  salissent  l'Esprit  interne 
(Notation  du  Tréfonds),  de  telle  sorte  que  les  [six] 
Notations  externes  de  Fonctionnement  deviennent 
Pleinement-Passionnées  ;  parce  qu'elles  empêchent  les 
Etres  d'échapper  à  la  Roue  de  la  Transmigration. — 
Il  y  a  dix  Passions  ;  pourquoi  le  Mental  [Passionné] 
n'en  [possède-t-il]  que  quatre  ? — A  cause  de  l'Exis- 
tence de  la  Vue  du  Soi  les  autres  Vues  ne  naissent 
pas,  parce  que  dans  un  seul  état  d'Esprit  il  n'y  a 
pas  deux  sortes  de  discernement  (sk.  prajnâ). — 
Pourquoi  le  Mental  [Passionné]  doit-il  posséder  la 
Vue  du  Soi  ? — Parce  que  les  deux  Adhésions  et  la 
Vue  Perverse  sont  exclusivement  produites  par 
l'Imagination-particulière  et  sont  à  abandonner  par 
[le  Chemin  de]  la  Vue,  [tandis  que]  les  Passions 
associées  au  Mental  [Passionné]  sont  exclusivement 
Innées  et  à  abandonner  par  l'Exercice.  La  Vue  du 
Sien  (sk.  âtmîyadrsti)  et  la  Vue  des  Extrêmes  nais- 
sent en  s 'appuyant  sur  la  Vue  du  Soi  ;  or  la  Vue 
associée  au  Mental  ]  Passionné]  ne  naît  pas  en  s 'ap- 
puyant sur  cela  [la  Vue  du  Soi]  ;  [en  effet]  elle  prend 
toujours  l'intérieur  [Notation  du  Tréfonds]  pour 
un  Soi,  et  c'est  pourquoi  elle  doit  être  la  Vue  du 
Soi. — A  cause  de  la  certitude  de  cette  Vue,  le  Doute 
ne  peut  se  produire  [c'est  pourquoi  le  Doute,  qui 
est  une  des  dix  Passions,  n'est  pas  associé  au  Mental 
Passionné].  A  cause  de  l'Attachement  au  Soi  qu'est 
l'Amour  (sk.  sneha),  la  Haine  ne  peut  pas  naître. 
C'est  pourquoi  le  Mental  n'est  associé  qu'à  quatre 
Passions. .  .  [Ces  quatre  Passions]  sont  Innées,  d'Objet 
intérieur,  apprécié  (ji  ^p),  subtil,  et  sont  différentes 
des  [autres  Passions,  produites  par]  l'Imagination- 
particulière,  d'Objet  extérieur,  méprisé,  grossier. 
[Cf.  cm.  Ttt.  1830  v  a  (395  c)  :  l'Objet  intérieur  est 
aimé   et  produit  l'Orgueil,   tandis   que   l'Objet   ex- 


BONNÔ 


133 


BONNON 


térieur    produit    l'Orgueil    seul    sans    amour.] — Ib. 
VI  (23  b)  :  Le  Mental  [Passionné]  est  muni  de   18 
Essences  de  r]Ordre-de-l'Esprit  :  5  Omniprésents, 
4  Passions  Radicales  [Erreur  du  Soi,  etc.],  8  Sous- 
Passions  [Hébétement,  Exaltation,  Absence  de  Foi, 
Mauvaise-volonté,     Négligence,     Mémoire-dérobée, 
Distraction,  Inexactitude],  et  une  Sapience  d'objet 
pécial. — Ib.  v  (23  c)  Les  quatre  Passions  Radicales 
Erreur  du  Soi,  etc.]  obstruent  le  Chemin,  obscurcis- 
sent  l 'Esprit-propre  ;   on   les   appelle   à-Revêtement 
(ubuku  ^TJS,  sk.  nivrtta).  N'étant  ni  bonnes  nim  au- 
vaises,  on  les  appelle  Indéfinies,  de  même  que  les 
Passions  des  deux  Plans  supérieurs,  embrassées  par  la 
Force  de  la  Concentration,  sont  comprises  [dans  la 
catégorie]  Indéfinie.  Ou  encore,  on  appelle  [les  quatre 
Passions  Radicales]  Indéfinies  parce  que  leur  Réci- 
pient   est    subtil,    et    parce    qu'elles    Fonctionnent 
spontanément . — Mahâyânâbhidharmasangîtiéâstra  é- 
cole  Hossô]  Tt.   1605  iv  (678  c)  :  Dans  le  Plan  de 
Désir,    il    y    a    10    Passions    (énumérées    ci-dessus  : 
Abhidharmakosa)    à    abandonner    par    la    Vue    [de 
chacune  des  quatre  Vérités]  ;  [total  :  40  Passions]. 
— Dans  les  Plans  du  Formel  et  du  Sans-Forme,  il 
y  a  9  Passions  [les  10  Passions  fondamentales  moins 
la  Haine]  à  abandonner  par  la  Vue  de  chacune  des 
quatre    Vérités    [total:  2x36  —  72  Passions]. — Dans 
le  Plan  de  Désir  il  y  a  6  Passions  Innées  [Vue  d'un 
Ensemble-de-réalités,  Vue  de   Prise   des    Extrêmes, 
Attraction,  Haine,  Orgueil,  Inscience]  à  abandonner 
par  l'Exercice  ;  dans  les  deux  Plans  supérieurs  il  y 
a  2  fois  s  Passions  (les  6  Passions  Innées  moins  la 
Haine)  à  abandonner  par  l'Exercice  [total  :  16  Pas- 
ions]. — [Grand  total  :  128  Passions.] — Ecole  Tendai. 
— Ttt.  191 1  1  a  (1  c-2  a)  :  La  Passion  de  l'Inscience, 
'est   (sokuze    tPê)   l'Eveil.  .  .La   Passion,   c'est  la 
Sapience. — Ib.   1    b    (9    a)    L'Attraction,   la  Haine, 
'Erreur,  c'est  l'Eveil.  La  Passion,  c'est  l'Eveil.  C'est 
ce  qu'on  appelle  la   Vérité    de    la    Formation. — Ib. 
v  b  (46  a)  Les  5  Revêtements,  en  tant  que  Résidus 
btus  (Troubles  d'ordre  affectif],  obstruent  la  pre- 
mière Extase  ;  en  tant  que  Résidus  aigus  [Troubles 
d'ordre  intellectuel],  les  5   Revêments  obstruent  la 
Vérité.— Ttt.    1717    vu    (868    c)  :    L'Ecole    Tendai 
nseigne  trois  Passions  ou  trois  Troubles,  d'après  le 
Mahâprajnâpâramîtâsâstra.  L'Obstruction  de  la  Con- 
aissance  embrasse  Fait  et  Idéal.  Ce  qui  obstrue  la 
Connaissance  des  Faits,  c'est  le  [ier]  Trouble,  celui 
des  grains  de  poussière  (jinja  JH$?,  Erreurs  innom- 
rables).  Ce  qui  obstrue  la  Connaissance  de  l'Idéal, 
c'est  le  [2e]  Trouble,  celui  de  l'Inscience.  L'Obstruc- 
tion des  Passions,  à  abandonner  par  le  Chemin  de 
a  Vue  et  de  l'Exercice,  constitue  le  [3e]  Trouble, 
dit  kenjiwaku   HJSiËS- — Dnbz.  xxiv   (34-35)  :    Dans 
es  dix  Degrés  de  Foi  est  dompté  le  Trouble  de  la 
Vue  et  de   l'Exercice   des   3    Plans.  Dans  la  Ie  Ré- 
sidence, on  élimine  le  Trouble  de  la  Vue.  A  partir 
ie  la  2e  Résidence  jusqu'à  la  7e  Résidence,  on  élimine 


le  Trouble  de  l'Exercice.  De  la  8e  à  la  10e  Résidence, 
on  élimine  les  Imprégnations.  Dans  les  dix  Degrés 
de  Conduite  on  écarte  le  Trouble  des  Grains  de 
Poussière,  de  ce  qui  est  en  dehors  des  3  Plans  [kaige 
-^.H,  c.-à-d.  le  Domaine  de  la  Transmigration  par 
Métamorphose  et  des  Actes  sans-Ecoulement].  Dans 
les  dix  Degrés  de  Déflexion,  on  progresse  dans 
la  pratique  de  l'Inspection  du  Milieu,  et  l'on  dompte 
le  Trouble  de  l'Inscience.  Dans  les  10  Terres,  on 
commence  à  Attester  le  Chemin  du  Milieu .  .  .  Dans 
le  Degré  de  l'Eveil  Egal,  on  avance  de  nouveau  et 
l'on  élimine  une  catégorie  d'Inscience  ;  on  Atteste 
une  partie  du  Chemin  du  Milieu.  Puis  le  Degré  de 
l'Eveil  Merveilleux  est  marqué  par  l'élimination 
d'un  nouvelle  catégorie  d'Inscience,  après  quoi  il 
est  appelé  Eveil  Merveilleux  complet. — Termes 
composés. — Bonnôbyô  ~^  maladie  des  Passions  T. 

374  (375  c),  Ttt.  191 1  va  (53  b). dei  ~$2  boue 

des  Passions  T.  475  il  (549). — ~dô  ~M  (sk.  klesa- 
vartman)  chemin  des  Passions  Ttt.  191 1  ni  b  (30  b). 
— ~doku  ~^f§  poison  des  Passions  T.  475  (553  c). — 
~gôramô  ~%V$$?fâ  (s^-  klesajâla)  filet  des  Passions 
T.  190  (774  c). — ~hyô  ~;»fC  glace  des  Passions 
[dont  la  substance  est  identique  à  celle  de  l'eau, 
c.-à-d.  de  l'Eveil  ou  de  l'Essencité  :  bodaisui  ^^7j<] 
S.  xxxix  9  (8  a)  ;  cf.  Ttt.  191 1  v  a  (56  b). — ~jin 
~P^  armée  des  Passions  Ttt.  191 1  v  a  (49  a). — 
~joku  ~^  eau  trouble  des  Passions  T.  366  (348  a), 
T.  262  1  (7  b). — ~ga  ~V6!  fleuve  des  Passions  T. 
449  (402  c). — ~kai  ~ïlj:  Mer  des  Passions  T.  397 
(302). — ~ku  ~l]à  Souillure  de  Passion  T.  278 
(402  b). — ~kyokushi  ~jjp|îpj  épines  des  Passions 
T.  660  (314  c). — ~ma  ~]||  les  Passions  comme 
démons  Tt.  1509  (99  b). — ~muhen{shu)seigandan 
~ M'MiWÛ^SMWî  Vœu  d'éliminer  les  Passions  Incal- 
culables Ttt.  191 1  v  a  (56  a)  ;  Dnbz  xxxi  (43  a). — 
~netsu  ~j|&  fièvre  des  Passions  T.  665  (412  b-c). — 
~n'«  ~^c  forêt  des  Passions  Ttt.  1819  il  (843  b). — 
~sen  ~jjj  montagne  des  Passions  T.  660  (311  c). — 
~shaku  ~;jjfc  banc  de  sable  des  Passions  T.  190 
(819  c). — ~shin  ~ifir  combustible   des   Passions   T. 

293  (721  a)- snô   ~W   Obstruction   qui  consiste 

en  Passion  Tt.  1509  (100  a),  T.  374  (428),  T.  375 
(670  a),  T.  397  (301  a). — ~shû  ~ff  Imprégnation 
de  Passion  Tt.  1509  (686,  260  c). — ~yaku  ~t)jj 
Joug  des  Passions  T.  99  xxn  (150  b). — ~yo  ~f& 
reste  des  Passions  Tt.  16 10  (802),  Ttt.  1846  (244). — 
~zoku  ~$Jt,  Passion  comme  brigand  T.  365  (341  c), 
T.  476  (576  b).— Kongôbonnô  ifc%\]fâ^  Passions  dures 
comme  le  Diamant  T.  411  (728). 


BONNON  ftfê,  ou  bonshô  &§£,  bonkô 
etc.  ;  sk.  brahmasvara,  p.  b°ssara,  tib.  chans  pa'i 
dbyans  Mvy.  248. — Voix  brahmique,  terme  désignant 
la  voix  des  B.  (et  parfois  des  Bs.)  ;  c'est  un  des  32 
Caractères  des  Grands  Mâles  (cf.  *Sô,  sk.  laksana). 
— T.  262  1  (  =  Lotus  6)  :  Je  vois  aussi  les  B.,  ces  lions 


BONNON 


134 


BONNON 


parmi  les  rois,  qui  énoncent  les  sûtra .  .  .  Leur  voix 
brahmique,  profonde  et  merveilleuse,  est  un  délice 
pour  ceux  qui  l'entendent. — T.  360  il  (273  a,  8) 
La  voix  brahmique  [d'Amida]  est  pareille  au  ton- 
nerre.— Tt.  1524  (231)  La  voix  brahmique  des 
Tg.,  aux  sons  subtils  et  merveilleux,  s'entend  dans 
les  dix  directions. — T.  1  1  La  voix  brahmique  [des 
Grands  Mâles]  est  pure  et  claire. — T.  26  xi  Elle 
est  délicieuse  comme  la  voix  de  l'oiseau  kalavinka 
(cf.  *karyôbin). — T.  223  ccclxxxi  Que  l'assemblée 
soit  grande  ou  petite,  chacun  l'entend  également  : 
tantôt  elle  est  tonitruante  comme  le  tambour  céleste, 
tantôt  douce  comme  le  murmure  du  kalavinka. — 
T.  220  dlxvii  (928)  Même  Indra,  Brahmâ  et  les 
autres  Dieux,  dont  les  Mérites  sont  minimes,  pos- 
sèdent une  voix  dont  la  portée  est  profonde  et  loin- 
taine ;  à  combien  plus  forte  raison  les  Tg.,  qui 
durant  des  Millions  de  Périodes  innombrables  ont 
accumulé  les  Mérites  ! — Dirghâgama  T.  1  v  (35  b-c) 
La  voix  brahmique  du  B.  a  cinq  qualités  pures  :  (1) 
elle  est  correcte  ;  (2)  harmonieuse  ;  (3)  pure  et 
claire  ;  (4)  profonde  et  pleine  ;  (5)  elle  a  une  portée 
universelle. — Autre  liste  de  cinq  qualités  Mahâp0 
pâr°sâstra  Tt.  1509  iv  (91)  :  La  voix  brahmique, 
qui  est  un  Caractère  des  Grands  Mâles,  est  pareille 
aux  cinq  sortes  de  sons  qu'émet  Brahmâ,  le  roi  des 
Dieux  :   (1)  elle  est  profonde  comme  le  tonnerre  ; 

(2)  pure  et  claire,  elle  s'entend  au  loin,  et  fait  le 
délice  des  auditeurs  ;  (3)  pénétrante,  elle  inspire 
le  respect  ;  (4)  elle  est  facile  à  comprendre  ;  (5)  on 
ne  se  lasse  pas  de  l'écouter.  Telles  sont  aussi  les 
cinq  intonations  qu'émettent  les  Bs.,  pareilles  à  la 
voix  du  kalavinka. — La  voix  brahmique  a  huit 
qualités,  dites  Membres  (sk.  p.  anga).  T.  360  11 
(273)  La  voix  brahmique  est  pareille  au  tonnerre  ; 
ses  huit  sons  (hatton  AÇ)  retentissent  merveilleu- 
sement.— T.  278  vi  Pour  prêcher  la  loi  selon  le 
désir  des  auditeurs,  il  y  a  huit  variétés  de  voix  brah- 
mique (hasshu  bonnonjô  AfÈJ£îkÏÏ£)  •  •  ■  huit  sortes 
de  sons  (hachibuon  AnftW)  pour  énoncer  les  quatre 
Vérités. — T.  1  111  (19)  De  sa  voix  octuple,  le  B. 
enjoint  à  Ânanda  de  prendre  de  l'eau. — T.  579  II 
Huit  sortes  de  sons  brahmiques,  comme  la  voix 
du  kalavinka. — Ces  huit  qualités  (parfois  désignées 
en  abrégé  par  le  terme  hachibon  A&>  Gog.  1  ;  en 
p.,  atthanga  samannâgata  brahmassara,  p.  ex.  Dîg. 
Nik.  II,  211)  varient  selon  les  textes.  Liste  de  T.  76  : 
(1)  précellente  ;  (2)  facile  à  comprendre  ;  (3)  douce  ; 
(4)  harmonieuse  ;  (5)  vénérable  et  sage  ;  (6)  infail- 
lible ;  (7)  profonde  ;  (8)  pas  féminine.  Liste  de  T. 
309  vin  (1030)  :  (1)  ni  masculine,  (2)  ni  féminine  ; 

(3)  ni  forte,  (4)  ni  faible  ;  (5)  ni  pure,  (6)  ni  impure  ; 
(7)  ni  mâle,  (8)  ni  femelle.  D'après  Ttt.  1733  iv,  la 
première  de  ces  listes  se  rapporte  aux  Caractères 
de  la  voix  brahmique,  la  seconde  à  sa  Nature  même. 
— Liste  de  Ttt.  1925  m  b  :  (1)  précellente  ;  (2)  douce  ; 
(3)   harmonieuse  ;    (4)   vénérable   et   sage  ;    (5)   pas 


féminine  ;    (6)    infaillible  ;    (7)    profonde  ;    (8)    iné- 
puisable.   Dms.   xxxi,   commentant   cette   liste,   ex- 
plique "pas  féminine"  par  "virile,  redoutable". — La 
Vibhâsâ  Tt.   1545  clxxvii  (889  a)  donne  une  liste 
de  huit  Mérites  de  la  voix  brahmique  dont  presque 
tous  les  termes  se  retrouvent  dans  les  listes  de  cinq 
citées  ci-dessus  :  Le  B.  a  dans  sa  gorge  un  Elément 
merveilleux  qui  lui  permet  d'émettre  des  sons  brah 
miques,    agréables    et   harmonieux   comme    la   voix 
du  kalavinka,  ou  bien  profonds  et  tonitruants  comme 
le    tambour    d'Indra  ;    sa    voix    brahmique    a    huit 
Mérites  :   elle   est   (1)   profonde  ;   (2)   harmonieuse  ; 
(3)  claire  ;  (4)  agréable  à  l'oreille  ;  (5)  pénétrante  ; 
(6)   réjouissante  ;   (7)   facile   à  comprendre  ;   (8)   on 
ne  s'en  lasse  pas. — Dix  qualités  de  la  voix  des  Tg. 
Avatarhsakasûtra  T.  279  li   (268)  [et  cm.  Ttt.  1735 
xlix  (876)]  :  (1)  elle  a  une  portée  universelle  et  dispose 
de  sons  innombrables  ;  (2)  elle  réjouit  les  auditeurs 
selon  leurs  désirs,  en  énonçant  la  Loi  avec  clarté  ; 
(3)  elle  les  réjouit  en  se  conformant  à  leur  foi  et  a 
leur   intelligence,   et   en   purifiant   leur   Esprit  ;    (4) 
elle   les   convertit   de    façon    opportune    [en   tenant 
compte    des    circonstances],    chacun    entendant    ce 
qu'il  lui  convient  d'entendre  ;  (5)  elle  est  [en  son 
essence  interne]  sans  Production  ni  Barrage,  comme 
un  cri  [continu]  ;  (6)  elle  est  impersonnelle  (mushu 
|H§3£),  n'étant  qu'un  produit  de  tous  les  Actes  an 
térieurs  ;  (7)  elle  est  très  profonde,  étant  incommen 
surable  ;    (8)    elle    est   infaillible,    car   elle    tire   son 
origine  du  Plan  des  Essences  ;  (9)  elle  est  ininter- 
rompue, car  elle  s'étend  à  tout  le  Plan  des  Essences 
(10)  elle  est  sans  changement,  étant  Aboutissement 
— Soixante  qualités   (Membres,   sk.   p.   anga)   de   h 
voix  de  B.,  énumérées  Mvy.  445-504  (sk.  sastyanga 
svara)  ;  la  38e  est  d'être  "chantante  comme  la  vob 
brahmique".   Même  liste  Tt.    1604  vi   (  =  Mahâyâ 
nasûtrâlarhkârasâstra,  td.  Lévi  142-145  :  Buddhasy« 
sastyâkârâ  vâk)  ;  mais  T.  310  x  (55-56)  donne  un< 
liste  un  peu  différente,  où  la  "voix  brahmique"  n< 
figure    pas. — D'autre    part,    le    Lankâvatârasûtra   T 
670  m,  671  v,  672  iv  (sk.  éd.  Nanjô  m,   142-143 
mentionne  soixante-quatre  "Morphèmes   de  la  vob 
brahmique  '  '    (catussastyâkârabrahmas  vararutaghosa) 
Qu'est-ce,  ô  Mahâmati  !  que  l'Egalité  de  parole  de; 
B.  Tg....?    De   même   que  je    produis    une  parol< 
dont  les  sons  sont  ceux  de  la  voix  brahmique  à  soi 
xante-quatre    Morphèmes,    ainsi  la  produisent    toui 
les  autres   B....et  cette  parole  est  sans  augmenta 
tion,   ni   diminution,   ni    différenciation  ;   car  elle  i 
pour  Nature-propre  les  sons  de  la  voix  brahmique 
[pareille    à    la    voix]    du    kalavinka. — Ces    soixante 
quatre  Morphèmes  sont  énumérés  T.  312  vu  (719 
720)  ;  le  38e  est  la  "voix  brahmique".  Ttt.  1535  xxn 
(721-722)     ramène     ces     soixante-quatre     aux     hui 
"Membres  de  la  voix  brahmique"  (cf.  sup.)  multi 
plies   par   les   huit   cas  de    la  déclinaison  sk. — Le. 
textes   canoniques  font    fréquemment   allusion    aiu 


BONSHÔ 


135 


BÔRU 


soixante  variétés  de  la  voix  de  B.  ;  ainsi  T.  279  xxix 
(158  c),  ib.  xlvi  (244,  où  chacune  des  variétés  est 
subdivisée  en  500  parties,  elles-mêmes  subdivisées 
en  sons  innombrables),  T.  660  iv  (299,  où  il  est  dit 
que  la  voix  des  Bs.  comporte  60.000  sons  différents, 
qui  pénètrent  l'Espace  et  tous  les  Plans  d'Essence, 
et  pleuvent  sur  les  Etres  comme  une  pluie  de  Loi), 
T.  223  lvii  (322,  rokujûmimyôshion  TA+lHiJ^Ç), 
etc. — Le  terme  bonnon  "voix  brahmique"  s'emploie 
aussi  pour  désigner  la  Psalmodie  ou  plain-chant 
bouddhique,  et  plus  spécialement,  au  Japon,  une  des 
quatre  pièces  de  Psalmodie  qui  constituent  l'hym- 
naire  de  langue  chinoise  ;  cf.  *Bombai. — Sur  la  voix 
de  B.  en  tant  qu'infinie  et  unique,  cf.  *Button. 

BONSHÔ  jyg,  les  Profanes  (cf.  *Bombu)  et  les 
Saints  (cf.  *Shô),  identifiés  par  Sôjô  (Seng  tch'ao) 

f{'$,  disciple  de  Kumârajîva,  dans  les  formules 
célèbres  Bonshôichinyo  Jtig— #H,  Bonshôfuni  J\JgL 
H*Z1  "Profanes  et  Saints  relèvent  de  la  même  et 
unique  Ainsité  ;  entre  eux,  pas  de  dualité".  Cf. 
dans  Ttt.  1775  iv  (362  a)  son  cm.  à  ce  passage  du 
Vimalakîrtinirdesasûtra  T.  475  1  (542  b)  :  Tous  les 
Etres  sont  Ainsité  ;  toutes  les  Essences  sont  Ainsité  ; 
tous  les  Saints  sont  Ainsité,  et  Maitreya  aussi  est 
Ainsité .  .  .  L'Ainsité,  c'est  la  non-dualité,  l'indif- 
férencié...  Si  Maitreya  obtient  l'Eveil  complet- 
correct-sans-supérieur,  tous  les  Etres  doivent  aussi 
l'obtenir  (cf.  *Bodai).  Et  aussi  Ttt.  1857  (148  c), 
qui  est  un  traité  original  de  Sôjô  :  Un  homme  dont 
la  Nature-propre  est  pure,  qui  recèle  en  lui-même 
l'Unité,  et  qui  pendant  la  vie  n'a  point  de  Con- 
notations illusoires,  est  un  Saint  ;  mais  dans  l'Ultime 
Réalité  il  n'existe  point  d'Essence  de  Saint,  et  si  le 
Saint  se  distingue  du  Profane,  c'est  dans  une  mesure 
atomique  (infime).  Un  homme  dont  la  Nature- 
propre  est  pure,  qui  recèle  en  lui-même  l'Unité, 
mais  qui  produit  au  cours  de  sa  vie  des  Connotations 
illusoires  et  souille  ainsi  son  Substantiel-propre, 
c'est  un  Profane  ;  mais  dans  l'Ultime  Réalité  il  n'y 
a  point  d'Essence  de  Profane.  .  .C'est  pourquoi  il 
est  dit  dans  le  Sûtra  :  La  Nature  de  B.  est  Egale  ; 
elle  est  vaste,  infinie  ;  entre  Profanes  et  Saints,  point 
de  dualité  ;  tous  les  Etres  possèdent  au  complet  la 
Nature  de  B.,  et  il  n'est  pas  jusqu'aux  plantes,  aux 
arbres,  aux  fourmis,  aux  atomes,  aux  poils,  aux 
cheveux,  qui  ne  recèlent  l'Unité  en  eux-mêmes.  .  . 
— Dans  le  Système  des  "dix  Plans  d'Essence" 
(jippokkai  +*£!?.)  de  l'école  Tendai,  les  Profanes 
appartiennent  aux  six  Plans  inférieurs  (Enfers, 
Trépassés,  Animaux,  Asura,  Hommes,  Dieux)  et  les 
Saints  aux  quatre  Plans  supérieurs  (Auditeurs, 
B.-pour-soi,  Bs.  et  B.)  ;  d'où  l'expression  Rokubon- 
shishô  AH.E9IE  Ttt-  1912  v  b.  D'autre  part,  d'après 
le  système  des  quatre  Terres  qui  est  propre  à  cette 
même  école,  Profanes  et  Saints  résident  ensemble 
dans  la  première  Terre,  dite  Bonshôdôgodo  Jil^fn] 


lî;fc>  laquelle  se  subdivise  en  terres  pures  et  en 
terres  impures  ;  cf.  *Shido. — L'école  Shingon  ré- 
partit les  Profanes  entre  les  Enfers,  les  Trépassés, 
les  Animaux,  les  Hommes  et  les  Asura-Deva,  tandis 
que  les  Saints  sont  Auditeurs,  B.-pour-soi,  Bs., 
B.  (soit  Gombutsu  $JH#i  soit  Jitsubutsu  'ff^t»)  ;  d'où 
l'expression  Gobon-goshô  j£ JL5.1&  Hzks.  vi. 

ÎBORITA  &!££=sk.  vrata,  p.  vat[t]a  ;  td.  kin 
^  "interdiction"  Ttt.  1796  xvn  (751  c). — Obser- 
vance rituelle  ;  cf.  Kaigon  $C*g,  s.v.  *Kai. 

JBORON  ^,p§0fc  Tt.  9S7  (322  b),  ou  %&&  T. 
951  1  (226  c),  ffîmmW  T.  952  1  (264  c),  #**P$ 
T.  953  1  (287  a),  etc.  =  sk.  bhrûrh,  Formule  es.  ; 
c'est  le  Germe  de  *Kinrimbucchô  ^"lii^jM  (sk. 
Usnîsacakra,  cf.  *Bucchô),  qu'on  appelle  "Kinrin  à 
la  lettre  unique"  (Ichijikinrin  — ^^|j»)  parce  que 
cette  Formule  ne  comporte  en  sk.  qu'un  seul  groupe 
graphique. 

BÔRU  (ou  boru)  ^ôfg,  *||flft,  anc.  éc.  bôga  ^pl  ; 
sk.  ogha,  tib.  chu  bo. — Courant. — Terme  désignant 
les  Passions  (ou  plus  précisément  leurs  Résidus,  sk. 
anusaya)  lorsqu'elles  sont  très  violentes  :  elles  en- 
traînent les  Etres  comme  le  courant  d'un  fleuve  qui 
déborde  entraîne  maisons  et  arbres. — Tt.  1588  xx 
(  =  K.  Lav.  v,  80)  Les  Résidus  sont  nommés  Cou- 
rants, parce  qu'ils  entraînent  dans  leur  bouillon- 
nement les  bonnes  Rubriques  [c.-à-d.  tout  ce 
qu'il  y  a  de  bon  chez  les  Etres] .  .  .  Lorsqu'ils  sont 
très  violents,  les  Résidus  sont  nommés  Courants  ; 
en  effet,  si  les  Etres  y  tombent,  ils  sont  emportés 
sans  pouvoir  résister,  car  le  bouillonnement  en  est 
irrésistible. — Vibhâsâ  Tt.  1545  xlviii  Trois  sens  du 
mot  Courant  :  "agitation  bouillonnante",  "flux 
qui  ressaute",  "submersion"  :  les  Passions,  etc., 
entraînent  les  Etres,  de  toutes  les  Destinations  et 
de  tous  les  Plans,  dans  les  Transmigrations,  en  les 
agitant  dans  leur  bouillonnement,  en  les  élevant 
aux  ressauts  de  leur  flux,  en  les  submergeant.  Mais, 
demande-t-on,  si  le  mot  Courant  se  définit  par 
"submersion"  (tsuideki  H$^),  on  ne  peut  classer 
parmi  les  Courants  les  cinq  Entraves  supérieures 
(sk.  ûrdhvabhâgîya  sarhyojana,  K.  Lav.  v,  87  ;  cf. 
*Ketsu  et  *Bonnô),  puisque  ces  Entraves  impli- 
quent la  renaissance  dans  des  Plans  supérieurs 
[Formel  et  Sans-Forme]  (donc  une  évolution  ascen- 
dante). On  répond  :  Dans  le  cas  des  Entraves  supé- 
rieures, on  se  place  au  point  de  vue  des  Plans  et  des 
Terres  ;  dans  le  cas  des  Courants,  au  point  de  vue 
du  Chemin  de  la  Libération.  En  effet,  même  ceux 
qui  sont  nés  au  Dernier  Etage  de  l'Existence  (*uchô, 
le  plus  élevé  des  cieux  Sans-Forme)  peuvent  être 
submergés  par  les  Courants,  et  ainsi  ne  point  at- 
teindre la  Libération  et  la  Voie  sainte.  Le  Vénérable 
Myôon    j&%    (Ghosa)    dit    que,    même    si    depuis 


BOSATSU 


136 


BOSATSU 


longtemps  on  naît  de  plus  en  plus  haut,  on  peut 
être  submergé  par  les  Courants,  car  ils  font  rétro- 
grader les  bonnes  Rubriques  ;  et  le  Vénérable  Saju 
2t*s£  dit  qu'on  appelle  Courants  les  Passions  violentes 
et  chroniques  (cf.  K.  Lav.  iv,  202). — Les  mêmes 
sources  répartissent  les  Courants  en  Courants  de 
Désir,  d'Existence,  de  Vue  et  d'Inscience.  Cette 
quadruple  répartition  se  retrouve  dans  le  Mahâ- 
parinirvânasûtra  T.  374  xxvn,  où  le  Nirvana  est 
comparé  à  un  îlot  que  ne  peuvent  emporter  les 
quatre  Courants  ;  cf.  aussi  Tt.  1552  iv,  Ttt.  1851 
v  a,  etc. — De  plus,  Tt.  1588  xx  (  =  K.  Lav.  v,  73-75) 
et  Tt.  1545  xlviii  subdivisent  ces  quatre  catégories 
de  Courants  en  108  éléments  :  dans  le  Plan  du 
Désir,  29  Passions  ;  dans  les  Plans  de  l'Existence 
(Formel  et  Sans-Forme),  28  Résidus  ;  dans  les 
trois  Plans,  36  Vues  et  15  Insciences. — Le  Courant 
est  aussi  l'image  du  perpétuel  devenir,  ses  vagues 
étant  comparées  aux  incessantes  Transformations 
de  l'Esprit,  comme  dans  la  stance  fameuse  du  San- 
dhinirmocanasûtra  T.  676  1  :  La  Notation  d'Attri- 
bution-personnelle,  très  profonde  et  subtile,  [évolue 
avec]  tous  les  Germes  comme  un  Courant,  etc.  ; 
et  cm.  Tt.  1585  m  (  =  S.  Lav.  174)  Frappée  par  les 
Facteurs,  elle  produit,  telles  des  vagues,  les  Nota- 
tions de  Fonctionnement  ;  mais  elle-même,  telle 
un  Courant,  est  toujours  continue  (cf.  aussi  S.  Lav. 
iSb-îSJ  5  Ghanavyûha  T.  681  1  [727  b),  III  [746  c)  ; 
et  *Adana,  *Araya). — Le  rêve  est  également  comparé 
à  un  Courant  que  l'éveil  interrompt  Tt.  1579  lxxiii. 

BOSATSU  |£g|  =  sk.  bodhisattva,  p.  bodhisatta  ; 
tib.  byah  cub  sems  dpa'  "héros  d'Esprit  d'Eveil". 
— Autres  te.  fusatsu  $^j$t  Ttt.  2128  x,  xvi,  bodaisatta 
llifêWM  passim,  gH^É  Ttt.  1796  1,  mojisattaba 
PjitËUtBlÉ  Ttt.  1709  11  c.  makabodaishicchisatta 
MM1Ê$k'kifcWM  =  sk.  mahâbodhicittasattva  Ttt. 
181 1  1. — Td.  dôshujô  M^ëE  "Etre  de  Voie"  (anc. 
éc.  p.  ex.  Ttt.  1851  xiv),  dôdaishinshujô  jft;fc'|>^4 
"Etre  de  grand  Esprit  d'Eveil"  (anc.  éc.  p.  ex.  Ttt. 
!775  !)»  daiji  ;fc±-  "grand  héros"  (p.  ex.  T.  225  1, 
T.  292  iv,  T.  310  1,  Ttt.  1775  1),  kaiji  ^j±  "héros 
qui  ouvre  [la  Voie]"  (p.  ex.  Ttt.  1718  11  a,  Ttt.  1778 
1,  Gog.  iv),  shôji  jE:t  "vrai  héros"  (p.  ex.  T.  292 
iv,  T.  360  11,  T.  397  vin)  ;  nouv.  éc.  kakuujô  -ff^ÉTfpf 
"Etre  d'Eveil". — Aperçu  général. — Dans  'e  P.V.  ce 
mot  désigne  en  principe,  à  leur  stage  antérieur,  les 
quelques  B.  que  reconnaît  ce  V.,  et  principalement 
Sâkyamuni,  depuis  le  moment  de  leur  Vœu  dans 
un  passé  éloigné  jusqu'à  l'attestation  de  l'Eveil. 
Mais  la  Vibhâsâ  discute  déjà  les  motifs  qui  peuvent 
autoriser  les  Etres  en  général  à  s'appeler  Bs.,  et  le 
Kosa  insiste  sur  l'altruisme  des  Bs.  Selon  le  G.V. 
tout  Etre  est  un  Bs.,  tout  au  moins  virtuel,  car  tout 
Etre  (sk.  sattva)  a  en  lui  les  germes  de  l'Eveil  (sk. 
bodhi). — Les  anciennes  écoles  de  l'Inde  se  sont 
appliquées  à  marquer  avec  précision  les  étapes  de 


la  longue  carrière  qu'ont  à  fournir  les  Bs.  Le  point 
de  départ  en  est  la  Production  de  l'Esprit  d'Eveil 
(cf.  Bodaishin,  s.v.  *Bodai),  suivie  du  Vœu  de  devenir 
B.  (cf.  *Gan)  ;  la  confirmation  de  ce  Vœu  est  obtenue 
par  une  Prophétie  (cf.  *Juki)  reçue  d'un  B.  Avant 
d'atteindre  le  terme  final,  le  Bs.  doit  traverser  des 
périodes  qui  confondent  l'imagination,  mais  que 
la  scolastique  prétend  calculer  avec  rigueur  :  le 
P.V.  s'était  déjà  exercé  à  ces  supputations  ;  le  Kosa, 
et  dans  le  G.V.  l'école  Yogâcâra,  en  fixent  la  durée 
à  trois  Incalculables  suivis  de  Cent  Périodes.  Dans 
l'intervalle,  le  Bs.  du  G.V.  doit  pratiquer  les  Perfec- 
tions (cf.  *Haramitsu)  au  nombre  de  Six  ou  de 
Dix  :  Don,  Défenses  (moralité),  Patience,  Bonne- 
volonté,  Extase,  Sapience,  auxquelles  peuvent  s'ajou- 
ter :  Moyens,  Vœu,  Forces  et  Connaissances.  Son 
ascension  progressive  est  théoriquement  répartie  en 
dix  stades  appelés  Terres  (cf.  *Jûji)  précédés  d'une 
sorte  d'introduction  appelée  Pratique  de  Convic- 
tion. Les  Terres  s'échelonnent  ainsi  :  Joyeuse, 
Immaculée,  Clarifiante,  Radieuse,  Dure-à-gagner, 
Droit-en-face,  Va-loin,  Immobile,  Bonne-pensée, 
Nuage  d'Essence  ;  on  parvient  ensuite  à  la  Terre 
de  B.  Les  Dix  Terres  ont  été  à  leur  tour  incorporées 
dans  un  système  plus  large,  où  elles  couronnent 
une  série  de  Degrés  dont  le  nombre  varie  d'un  texte 
à  l'autre  ;  le  chiffre  total  est  le  plus  ordinairement 
de  52  Degrés  (cf.  *Gojûnii).  Mais,  derrière  cet 
appareil  scolastique,  l'inspiration  fondamentale  qui 
anime  le  Bs.  dans  toute  sa  carrière,  c'est  la  volonté 
inébranlable  d'être  utile  à  autrui.  Le  P.V.  se  con- 
tentait d'enseigner  une  méthode  de  salut  personnel 
qui  promettait  comme  fin  suprême  le  Nirvana,  l'ex- 
tinction à  jamais  de  toute  personnalité.  Le  Bs.  au 
contraire  reste  de  propos  délibéré  dans  l'activité, 
qui  est  la  souffrance  ;  mais  son  activité  est  pure, 
car  elle  est  dégagée  de  tout  intérêt,  de  tout  attache- 
ment. Le  Bs.  est  une  sorte  de  saint  ou  d'ange,  qui 
forme  le  trait  d'union  entre  les  Etres  et  les  B.  ;  il 
participe  des  uns  et  des  autres  :  comme  les  Etres, 
il  vit  dans  le  monde,  sans  être  astreint  à  la  vie  monas- 
tique comme  dans  le  P.V.  ;  le  jeu  normal  de  ses 
Actes  ne  peut  le  conduire  qu'à  de  hautes  Destina- 
tions, mais  quand  l'intérêt  d'autrui  le  réclame,  il 
s'abaisse  de  son  propre  choix  aux  Destinations 
inférieures.  Comme  les  B.  il  possède  les  Caractères 
merveilleux  ;  il  leur  ressemble  de  si  près  qu'il  ap- 
paraît souvent  comme  un  B.  vivant,  équipé  de  tous 
les  pouvoirs  d'un  B.  En  dehors  de  toutes  les  spécu- 
lations scolastiques,  le  Bs.  est  par  excellence  le 
"héros"  de  la  charité  et  du  sacrifice  ;  c'est  autour 
de  cette  notion,  sèchement  abstraite  à  son  point  de 
départ,  que  se  condense  et  se  groupe  tout  ce  que  le 
bouddhisme  contient  de  sensibilité  attendrie,  de 
dévotion  exaltée,  de  charité  ardente,  de  passion  du 
sacrifice,  de  volonté  de  "racheter"  les  Etres  souf- 
frants, sans  aucun  soutien  que  les  Mérites  accumulés 


BOSATSU 


137 


BOSATSU 


par  les  Bs.  et  qu'ils  consentent  à  "défléchir"  (cf. 
•Ekô)  sur  autrui.  Un  texte  tardif  qui  se  présente 
comme  le  Manuel  du  Bs.,  le  Bodhicaryâvatâra  T. 
1662  (td.  en  français  par  La  Vallée  Poussin  et  par 
Finot)  combine  dans  un  mélange  curieux  les  sub- 
tilités de  l'école  et  les  émotions  de  la  foi. — D'autre 
part,  l'Eglise  a  introduit  les  Bs.  dans  la  hiérarchie 
monastique  ;  elle  a  institué  une  ordination  spéciale 
à  leur  usage,  et  parallèlement  tout  un  système  d'ob- 
servances destinées  à  faire  pendant  aux  règles  de 
l'ancienne  Discipline  ;  le  G.V.  a  son  Vinaya  propre, 
avec  son  Prâtimoksa,  ses  Défenses,  son  rituel  de 
confession.  Mais  les  mêmes  termes  ont  servi  à 
couvrir  des  conceptions  toutes  différentes  :  les 
prescriptions  d'ordre  moral  et  spirituel  ont  remplacé 
pour  la  plus  grande  partie  les  règles  purement 
cléricales  de  l'ancienne  Discipline  (cf.  *Bosatsukai). 
— Petit  Véhicule. — Traité  de  Vasumitra  sur  les 
sectes  Tt.  2031  ;  Les  Sarvâstivâdin  disent  que  les  Bs. 
sont  encore  des  Profanes  ;  ils  professent  que  pour 
les  Bs.  les  Liens  ne  sont  pas  encore  détruits  ;  c'est 
seulement  quand  ils  ont  acquis  la  Détermination 
de  l'Exactitude  (*shôshôrishô  jE *{&$$&.,  sk.  sam- 
yaktvaniyâma  :  c.-à-d.  qu'ils  sont  prêts  à  accepter 
la  vérité  exacte  sur  les  Essences,  quelle  que  cette 
vérité  puisse  être)  qu'ils  passent  du  stade  de  Profane 
au  stade  de  Saint  (sk.  âryapudgala).  [Les  Mahâsân- 
ghika  soutiennent  au  contraire  que  les  Bs.  devien- 
nent automatiquement  des  Saints  du  fait  qu'ils 
entrent  dans  la  seconde  Période  de  leur  carrière.] 
Les  Haimavata  aussi  enseignent  que  les  Bs.  sont 
des  Profanes  ;  cependant  leur  entrée  dans  le  sein 
maternel,  lors  de  la  conception,  ne  s'accompagne 
ni  d'Attraction  ni  d'Amour.  Selon  les  Mahâsânghika, 
les  Bs.  dans  le  sein  maternel  n'ont  pas  à  passer  par 
les  stades  normaux  du  développement  de  l'embryon  : 
kalala  etc.  ;  ils  prennent  la  forme  d'un  éléphant 
blanc  pour  y  pénétrer,  et  en  naissant  ils  sortent  du 
flanc  droit  de  leur  mère  ;  ils  n'ont  pensée  ni  de  désir, 
ni  de  colère,  ni  de  malfaisance  ;  pour  le  service  des 
Etres,  ils  font  vœu  de  naître  dans  les  mauvaises 
Destinations  ;  ils  sont  libres  de  choisir  telle  Des- 
tination qui  leur  convient.  Toutefois,  dans  l'inté- 
rieur de  cette  grande  école,  les  branches  Caityasaila, 
Aparasaila  et  Uttarasaila  refusaient  d'admettre  cette 
dernière  thèse.  [Le  Kathâvatthu  xxm,  3  attribue 
aux  Andhaka  une  thèse  analogue  à  celle  des  Mahâ- 
iânghika  sur  la  liberté  qu'auraient  les  Bs.  de  choisir 
eur  naissance  ;  cf.  aussi  Kosa,  ci-dessous  Tt.  1558 
kxiii]. — Vibhâsâ  Tt.   1545   clxxvi   Le  sûtra  dit  :   Il 

a  des  Etres  qui  ne  sont  pas  de  l'espèce  des  ignorants, 
nais  de  celle  des  sages,  on  les  appelle  Bs.  Qu'est-ce 
lu'un  Bs.  ?  Il  est  nécessaire  de  le  définir  pour  tran- 

her  l'orgueil  des  faux  Bs...Il  y  a  des  Etres  qui, 
iu  fait  d'un  seul  don  de  nourriture,  de  vêtement, 
Je  logement,  de  rameau  de  saule,  ou  de  l'observance 
l'une  seule  Défense  ou  de  la  récitation  d'une  seule 


stance,  ou  d'une  seule  Concentration  de  l'Esprit 
ou  d'une  seule  Inspection  de  l'impureté,  etc.,  pous- 
sent aussitôt  un  Rugissement-de-lion  en  s 'écriant  : 
A  cause  de  cela,  je  suis  certain  de  devenir  B.  ! — 
Contre  cet  orgueil,  nous  déclarons  qu'il  ne  suffit  pas 
d'avoir  accompli  des  Pratiques  difficiles  pendant  trois 
Périodes  Incalculables  ;  il  faut  avoir  accompli  les  Actes 
qui  produisent  les  Caractères  merveilleux  (cf.  *Sô  ;ffj) 
pour  dire  :  Je  suis  Bs. ...  Le  Bs.  jusqu'à  la  fin  de  son 
premier  Incalculable,  malgré  toutes  ses  Pratiques 
difficiles,  ne  sait  pas  avec  certitude  qu'il  sera  B.  Le 
deuxième  Incalculable  achevé,  il  a  bien  cette  cer- 
titude en  lui-même,  mais  il  n'ose  pas  encore  l'ex- 
primer sans  crainte.  A  la  fin  du  troisième  Incalcu- 
lable, lorsqu'il  pratique  les  Actes  producteurs  des 
Caractères  merveilleux,  il  a  à  la  fois  la  certitude  et 
le  Rugissement-de-lion  sans  crainte.  .  . — On  appelle 
Bs.  l'Etre  qui  est  susceptible  d'Actes  de  Concoction 
produisant  les  Caractères  merveilleux. — Mais  si 
tous  les  Etres  doivent  être  appelés  Bs.  dès  qu'ils 
ont  produit  l'Esprit  d'Eveil  sans-Régression,  pour- 
quoi ce  nom  est-il  réservé  à  ceux-là  seuls  qui  peuvent 
accomplir  de  tels  Actes  ? — On  n'appelle  un  vrai 
Bs.  que  celui  dont  l'Eveil  et  la  Destination  sont  l'un 
et  l'autre  définitivement  assurés  [cf.  Kathâvatthu 
xiii,  4,  cm.]  ;  l'Eveil  seul  est  assuré  à  partir  de 
la  Production  d'Esprit,  mais  la  Destination  ne  le 
devient  qu'avec  la  faculté  d'accomplir  les  Actes 
produisant  les  Caractères  merveilleux.  [Cf.  Kathâ- 
vathu  iv,  7,  thèse  hérétique  des  Uttarâpathaka  :  Le 
Bs.  se  reconnaît  à  la  possession  des  Caractères  mer- 
veilleux.] Le  vrai  Bs.  est  connu  comme  tel  par  les 
hommes  et  par  les  dieux  ;  mais,  tant-  qu'il  n'ac- 
complit pas  ce  genre  d'Actes,  les  dieux  seuls  le 
connaissent.  Du  fait  de  ces  Actes,  le  Bs.  élimine 
cinq  infériorités  et  gagne  cinq  supériorités  :  (1)  il 
est  affranchi  des  mauvaises  Destinations  et  n'en 
acquiert  que  de  bonnes  ;  (2)  la  famille  où  il  naît 
n'est  pas  vile,  mais  noble  ;  (3)  il  est  toujours  de  sexe 
masculin  ;  (4)  il  n'a  pas  d'infirmités  ;  (5)  il  n'oublie 
rien  et  se  rappelle  ses  existences  antérieures .  .  . 
— Question  :  Le  nom  de  Bs.  est  tiré  de  Anuttarasa- 
rhyaksambodhi  "Eveil  complet  -  correct  -  sans  supé- 
rieur". Pourquoi  dit-on  de  celui  qui  n'a  pas  attesté 
cet  Eveil  qu'il  est  en  Déroulement  continu  (zuiten 
HM)  sk-  anuvartin),  et  de  celui  qui  l'a  attestée 
qu'il  est  sans  Déroulement  continu  et  qu'il  est 
B.  ?  Réponse  :  Le  premier  est  appelé  Bs.  parce 
que,  sans  avoir  encore  obtenu  l'Eveil  (bodhi),  il 
poursuit  sans  cesse,  avec  une  Disposition  supérieure, 
il  se  Défléchit  vers  l'Eveil  ;  il  s'en  approche,  l'aime, 
le  vénère,  y  aspire,  cherche  à  l'attester,  désire  l'at- 
tester ;  son  Esprit  sans  relâche  ne  s'en  distrait  jamais. 
Quand  l'Eveil  a  été  attesté,  cette  recherche,  cet 
amour,  cette  application,  tout  cela  est  arrêté.  .  .C'est 
alors  qu'on  est  appelé  B.  De  plus,  sattva  a  le  sens 
de  "brave"  ;  le  Bs.  est  celui  qui,  n'ayant  pas  encore 


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obtenu  l'Eveil,  le  recherche  avec  bravoure  et  Bonne- 
volonté  ;  lorsqu'il  a  attesté  l'Eveil,  cet  Esprit  de 
bravoure  en  vue  de  l'Eveil  disparaît  ;  il  ne  reste 
plus  que  la  supériorité  de  l'Eveil  ;  il  est  alors  appelé 
B.  [Cf.  Buddhabhumisûtrasâstra  Tt.  1530  11  même 
étymologie  ;  le  tib.  l'a  consacrée  en  adoptant  comme 
td.  canonique  du  mot  Bs.  l'expression  "héros  d'Es- 
prit d'Eveil".] — Ib.  clxxvii  Liste  des  Caractères 
des  Bs.  :  naissance  noble,  beauté,  virilité,  absence 
d'infirmités,  mémoire  des  existences  antérieures, 
foi  dans  les  causes  et  les  effets,  érudition,  respect 
de  la  Loi,  intelligence,  éloquence,  douceur,  Déter- 
mination sans  Régression,  compassion,  bienfaisance 
sans  espoir  de  rétribution,  etc.  [Cf.  autre  liste  Tt. 
1602  xx  :  compassion,  paroles  d'amour,  bravoure  et 
décision,  aumône,  analyse  du  sens  profond  ;  et  aussi 
Mvy.  xxx]. — Abhidharmakoêa  Tt.  1558  xn  (  =  K.  Lav. 
m,  191  sq.)  Pourquoi  les  Bs.,  quand  ils  ont  fait  le  Vœu, 
mettent-ils  un  si  long  temps  à  atteindre  l'Eveil  ?.  .  . 
Pourquoi  leur  faut-il  accomplir  des  œuvres  héroïques 
au  cours  de  trois  Incalculables?... — Pour  le  bien 
d 'autrui,  parce  qu'ils  veulent  devenir  capables  de 
retirer  les  autres  du  grand  fleuve  de  la  souffrance. — 
Mais  quel  bien  personnel  trouvent-ils  dans  le  bien 
d 'autrui  ? — Le  bien  d 'autrui  est  leur  bien  propre, 
parce  qu'ils  le  désirent. — Qui  pourrait  vous  en 
croire  ? — A  la  vérité,  les  hommes  dépourvus  de  pitié 
et  qui  ne  pensent  qu'à  soi  croient  difficilement  à 
l'altruisme  des  Bs.,  mais  les  hommes  compatissants 
y  croient  aisément.  .  .  Il  y  a  une  catégorie  d'hommes 
qui,  indifférents  à  ce  qui  les  concerne  personnelle- 
ment, sont  heureux  par  le  bonheur  d'autrui,  mal- 
heureux par  la  souffrance  d'autrui.  Pour  eux,  être 
utile  à  autrui,  c'est  être  utile  à  soi-même.  La  stance 
dit  :  L'inférieur  cherche,  par  to  js  moyens,  son  plaisir 
personnel  ;  le  médiocre  cherche  la  destruction  de 
la  douleur,  non  pas  le  plaisir,  car  il  est  source  de 
douleur  ;  l'excellent,  par  sa  douleur  personnelle, 
cherche  le  plaisir  d'autrui  et  la  destruction  définitive 
de  la  douleur  d'autrui,  car  la  douleur  d'autrui  est 
sa  douleur. — Ib.  xvm  (  =  K.  Lav.  IV,  220)  A  partir 
de  quel  moment  reçoit-on  le  nom  de  Bs.  ? — Dès 
qu'on  accomplit  des  Actes  produisant  les  Caractères 
merveilleux.  Dès  lors  on  obtient  de  bonnes  Des- 
tinations, des  naissances  nobles,  l'absence  d'infir- 
mités, la  virilité,  la  mémoire  des  existences  anté- 
rieures et  l'absence  de  Régression. — Ib.  xxm  (  =  K. 
Lav.  vi,  176)  Dans  le  but  d'être  utiles  au  prochain, 
les  Bs.  vont  dans  les  mauvaises  Destinations. — Ib. 
xvm  (  =  K.  Lav.  iv,  224)  La  carrière  du  Bs.  est 
de  trois  Incalculables  avec  cent  Périodes  supplé- 
mentaires [cf.  Tt.  1509  xxm  ;  Que  le  Bs.  ne  tombe 
pas  dans  les  mauvaises  Destinations,  après  trois 
Incalculables,  c'est  la  théorie  de  la  Vibhâsâ]. — 
Grand  Véhicule. — Un  passage  de  Ttt.  2125  1  mar- 
que bien  la  place  considérable  que  les  Bs.  occupent 
dans  le  G.V.  :  Ce  qu'on  appelle  le  G.V.,  c'est  honorer 


les  Bs.  et  lire  les  sûtra  du  G.V.  ;  ce  qu'on  appelle 
le  P.V.,  c'est  ne  pas  faire  ces  choses. — Grand  Véhi- 
cule et  Petit  Véhicule. — Les  textes  de  Prajnâpâramitâ 
insistent  à  maintes  reprises  sur  les  traits  qui  opposent 
le  Bs.  au  saint  (Arhat)  du  P.V.  :  T.  220  dlxxx 
Afin  de  sauver  les  Etres,  le  Bs.  ne  doit  pas  trancher 
prématurément  les  Passions. — dxci  II  n'est  pas 
permis  au  Bs.  de  résider  dans  l'Extase  ni  de  sortir 
des  trois  Mondes,  car  ce  serait  tomber  dans  les 
deux  V.  inférieurs. — dxcii  Un  Bs.  qui  dans  l'Extase 
peut  pratiquer  les  cinq  autres  Perfections  est  Sans- 
Régression.  [Pour  cette  "Régression"  qui  ramène 
le  Bs.  aux  V.  inférieurs,  cf.  ib.  cm  :  Dans  les  mondes 
des  dix  directions,  il  n'y  a  qu'un  Etre,  ou  deux,  ou 
trois,  qui  restent  Bs.  Sans-Régression,  car  la  plupart 
retombent  parmi  les  Auditeurs  ;  xxxvi  ;  Un  Bs.  qui 
retombe  à  la  Terre  des  Auditeurs  est  dit  "tombé 
du  sommet",  chôda  HU  ;  cf.  *Futai.] — T.  221  xv 
Quoique  ses  pratiques  soient  pénibles,  le  Bs.  ne 
tombe  pas  au  milieu  du  chemin  dans  les  Terres 
des  deux  V. — xx  Le  Bs.  n'a  pas  pour  terme  l'Attes- 
tation, mais  la  Pratique. — vu  C'est  sans  quitter  les 
cinq  Masses  qu'on  marche  dans  le  chemin  des  Bs. 
— T.  223  xxix  Dès  le  moment  où  il  a  produit  l'Es- 
prit, les  Pratiques  du  Bs.  sont  pour  les  Etres,  non 
pour  lui-même. — Autres  textes  sur  le  même  sujet  : 
Prajnâpâr°Èâstra  Tt.  1509  xxxvi  Quoique  les  Bs, 
voient  le  Nirvana,  ils  passent  tout  droit  sans  s'j 
arrêter. — lu  On  ne  peut  appeler  Bs.  celui  pour  qui 
le  Formel  est  à  part  de  l'Esprit,  et  l'Esprit  à  pari 
du  Formel. — lxxxv  Le  Bs.  n'est  pas  bon,  il  esl 
Indéfini  ;  il  a  l'Esprit  d'Attachement  ;  faire  le  bien 
ce  n'est  pas  l'activité  d'un  Bs. — Ib.  iv  discute 
longuement  le  rang  assigné  aux  Bs.  parmi  tous  les 
auditeurs  du  B.  dans  l'introduction  du  Mahâpra- 
jnâpâramitâsûtra  :  Pourquoi  y  sont-ils  énoncés  \ 
la  suite  des  quatre  Assemblées  (Moines,  Nonnes 
Laïcs,  Laïques)  alors  que  leur  vraie  place  est  im 
médiatement  après  les  B.  ?  C'est  que  les  Arhat  on 
peu  de  Sapience,  mais  ont  accompli  la  Matura- 
tion, tandis  que  les  Bs.,  riches  en  Sapience,  n'on 
pas  encore  épuisé  les  Passions.  Il  y  a  deux  sorte: 
de  Lois  bouddhiques  :  Esotérique  et  Exotérique 
Dans  l'Exotérique,  les  B.,  les  B.-pour-soi  et  le 
Arhat  sont  tous  des  Terrains  de  Bonheur  parce  qui 
leurs  Passions  sont  épuisées  sans  résidu.  Dan 
l'Esotérique,  on  dit  que  les  Bs.  ont  atteint  la  Patieno 
des  Essences  Sans-Production,  que  leurs  Passion 
sont  tranchées,  qu'ils  possèdent  les  six  Supersavoir 
et  servent  au  profit  des  Etres.  C'est  en  se  plaçan 
au  point  de  vue  Exotérique  que  le  sûtra  place  le 
Arhat  avant  les  Bs.  En  effet,  par  la  force  des  Moyens* 
les  Bs.  se  manifestent,  entrent  dans  les  cinq  Desj 
tinations,  et  éprouvent  les  cinq  Désirs  en  vue  de  1 
Captation  des  Etres  ;  s'ils  étaient  placés  au-dessui 
des  Arhat,  les  dieux  et  les  hommes  en  seraient  trou 
blés    et  pris   de   doute... — Mais   pourquoi   sont-il 


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placés  après  les  Laïcs  et  les  Laïques  ? .  . .  Dans  les 
sûtra  des  Auditeurs,  on  ne  parle  pas  de  quatre  Assem- 
blées. Pourquoi  encore  une  Assemblée  spéciale  de  Bs. 
ici  ? — Réponse  :  Il  y  a  deux  sortes  de  Voies,  celle 
des  Auditeurs,  et  celle  des  Bs.  Les  quatre  Assem- 
blées, c'est  la  Voie  des  Auditeurs  ;  les  Bs.  Mahâsat- 
tva,  c'est  la  voie  des  Bs.. .  .11  y  a  deux  sortes  de  Bs., 
les  Moines  et  les  Laïcs.  On  place  en  général  les  Bs. 
Moines  dans  les  deux  Assemblées  monastiques, 
et  les  Bs.  Laïcs  dans  les  deux  assemblées  laïques. 
Si  on  en  parle  ici  séparément,  c'est  que  les  Bs. 
peuvent  être  inclus  dans  les  quatre  Assemblées 
tandis  que  les  quatre  Assemblées  ne  comprennent 
pas  nécessairement  des  Bs....car  elles  n'ont  pas 
produit  l'Esprit  d'Eveil... — Pourquoi,  au  com- 
mencement des  sûtra  du  G.V.,  parle-t-on  de  deux 
Assemblées,  Bs.  et  Auditeurs,  tandis  qu'au  commen- 
cement des  sûtra  du  P.V.  on  ne  parle  que  de  l'As- 
semblée des  Auditeurs  ? — C'est  afin  de  distinguer 
es  deux  V.  Le  V.  des  Auditeurs  est  étroit  et  petit, 
'est  celui  du  profit  pour  soi,  de  l'action  pour  soi  ; 
le  V.  des  Bs.  est  large  et  grand  ;  c'est  celui  du  profit 
pour  tous .  .  .  — Mais  pourquoi,  dans  les  sûtra  du  G.V., 
ne  se  contente-t-on  pas  de  parler  de  l'Assemblée 
des  Bs.  ? — C'est  que  le  G.V.  est  large  et  que  tous 
es  V.  y  rentrent,  tandis  que  le  P.V.  est  étroit  et  ne 
:ontient  pas  le  G.V. ... — Que  signifient  les  mots 
Bodhi  et  Sattva  ? — Bodhi,  c'est  la  Voie  des  B.  ; 
attva,  c'est  soit  un  Etre,  soit  un  Grand  Esprit. 
Le  Bs.  est  l'Etre  qui  veut  obtenir  l'Esprit,  indestruc- 
:ible  comme  une  montagne  de  diamant,  des  Mérites 
ie  la  Voie  de  B.  [Même  interprétation  de  Sattva 
?ar  Esprit  Tt.  1521  II,  et  aussi  Ttt.  1775  1,  Ttt.  1718 
I.]  Une  stance  dit  :  "Toutes  les  Essences  de  B., 
sapience,  Défenses,  Concentration,  qui  sont  pro- 
bables à  autrui,  c'est  ce  qu'on  appelle  Bodhi  ;  l'Esprit 
nébranlable,  capable  d'accomplir  avec  Patience  les 
:hoses  de  la  Loi,  infrangible,  indestructible,  c'est 
:e  qu'on  appelle  Sattva."  Ou  encore  :  sat  signifie 
'louer  la  Bonne  Loi"  [sk.  st(ava)  "louange"]  ;  tva 
lésigne  le  Substantiel  de  la  Bonne  Loi .  .  .  Ou  en- 
:ore  :  le  Bs.  est  appelé  ainsi  parce  qu'il  recherche 
a  Bodhi  afin  de  délivrer  les  Etres  (Sattva)  de  la 
îaissance,  de  la  vieillesse  et  de  la  mort  [même  ex- 
plication Tt.  1530  11  ;  et  cf.  Tt.  1604  n  =  Mah° 
ûtrâl°,  td.  Lévi  32)... Il  y  a  deux  sortes  de  Bs., 
Sans-Régression  ou  à-Régression,  comme  c'est 
mssi  le  cas  des  Arhat.  Les  premiers  seuls  sont  vrai- 
ment des  Bs.  ;  les  autres  ne  reçoivent  ce  nom  que 
par  extension.  Ces  deux  catégories  sont  exposées 
bar  le  Tg.  dans  des  chapitres  spéciaux  de  la  Prajnâ- 
pâramitâ  [T.  220  cccxxv-cccxxvn,  cdxlvii,  dxiv- 
>xv  ;  ib.  dlxxxiii  :  Le  Bs.  à-Régression  est  appelé 
in  faux  Bs.]. — Merveilles  des  Bs.  (exception  faite  des 
Caractères  merveilleux,  q.v.,  s.v.  *Sô). — T.  279 
vi  Le  lieu  qu'habitent  les  Bs.  est  vaste  comme 
espace. — T.  310  cxvi  Ce  qui  est  sans  limite,  sans 


bout,  sans  île,  sans  îlot  etc.,  on  l'appelle  Sapience, 
et  aussi  Bs.  Mahâsattva. — T.  475  11  (texte  sk.  dans 
Siksâsamuccaya   324  sq.)   Les   Bs.,  possédant  l'As- 
surance, peuvent  manifester  en  un  instant  les  formes 
les  voix,  les  attitudes  de  tous  les  Etres  ;  ils  se  font 
vieux,  malades,  morts,  ils  se  jouent  aux  fantasma- 
gories en  vue   de  mûrir  les  Etres ...  ils  deviennent 
lune,  soleil,  Sakra,  Brahmâ,  les  seigneurs  du  monde, 
l'eau,  le  feu,  la  terre,  le  vent.  S'il  y  a  une  épidémie, 
ils  se  font  médicament  pour  que  les  Etres  en  soient 
libérés,  sauvés,  guéris  ;  s'il  y  a  une  famine,  ils  se 
font  boisson  et  nourriture.  .  .Ils  font  voir  les  désirs, 
les  jouissances,   et   aussi   l'Extase   aux    Extatiques  ; 
ils   chassent  Mâra  et  ne   lui  laissent  pas   d'entrée. 
Comme  on  montrerait  un  lotus  irréel  au  milieu  du 
feu,  ainsi  ils  montrent  à  la  fois  les  Passions  et  l'Extase 
irréelles.  S'ils  le  veulent,  ils  se  font  prostituées  pour 
attirer  les  hommes  ;  ils  les  amorcent  avec  l'hameçon 
de  l'attrait,  ils  les  installent  dans  la  Connaissance 
des  B....Pour  les  pauvres,  ils  se  font  trésors  iné- 
puisables,   et   quand    ils    les    ont   enrichis,    ils    font 
naître  en  eux  l'Esprit  d'Eveil. — T.  299  iv  dévelop- 
pement très  analogue. — Tt.   1509   xxxvin   A   cause 
de   leurs   grands   mérites,   les   Bs.   sont   parfois   des 
rois   Brahmâ  ;   ils   sont  toujours   de   condition   sou- 
veraine  partout   où   ils    sont  ;   même   s'ils   naissent 
parmi  les  daims  ils  sont  rois  des  daims. — T.   279 
xxxiv  Les  Bs.  de  la  première  Terre,  s'ils  sont  Laïcs, 
sont  rois  du  Jambudvîpa. — T.  286  v  Les  Bs.  émettent 
de  leur  poitrine  de  Diamant  bien  ornée  une  grande 
lumière    dite    lumière    qui    défait    les    démons. — T. 
279  xxxix  Les  Bs.  des  dix  Terres  émettent  de  la 
lumière    par    dix    endroits,    pieds,   genoux,   flancs, 
mains,  épaules,  cou,  face,  sourcils,  crâne,  nombril. 
— T.   310  c  Les  Bs.  émettent  de  la  lumière  dans 
quatre    circonstances  :    don    d'une    lampe,    protec- 
tion  de   la   Loi,   prédication   à  des   Etres   relâchés, 
décoration   de   stûpa  dans   les   temples. — T.   397   11 
Huit  sortes  de  radiances  :  de  Mémoire,  de  Mental, 
de     Pratiques,     d'Essence,     de     Connaissance,     de 
Réalité,    de    Supersavoir,    de    Sans-Contreheurt. — 
T.  223  C'est  grâce  à  ces  Facteurs  que  sont  les  Bs. 
que  sont  tranchées  les  trois  mauvaises  Destinations, 
toutes    les    calamités,    épidémies,    disettes,    etc.... 
— Tt.    1509  xxxvi   C'est  grâce   à  ces   Facteurs   que 
sont  les  Bs.  que  peuvent  exister  dans  le  monde  les 
Essences    de    Bien.  .  .les    cinq    Défenses,    les    dix 
Biens,  les  huit  Défenses  (litt.  Jeûnes,  sk.  astângika 
uposadha),  etc.,  Essences  réparties 'nfê  trois  catégories 
par   lesquelles  on   obtient   respectivement   la    Voie, 
la  naissance  au  ciel,  la  naissance  parmi  les  hommes. 
Cf.  T.  222   1. — Esprit  de  sacrifice  des  Bs. — T.  261 
ni  Les  Bs.  font  le  Vœu  d'éprouver  tous  les  tour- 
ments à  la  place  des  Etres. — T.   155  1  Si  l'on  veut 
rechercher  la  Voie  suprême,  qu'on  ne  regrette  point 
la  vie  de  son  corps  ;  qu'on  rejette  son  corps  comme 
de  l'ordure,  ayant  compris  le  néant  du  Soi,  le  néant 


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du  Sien.  Il  n'est  pas  difficile  de  donner  des  richesses  ; 
mais  c'est  par  des  œuvres  héroïques  que  l'on  at- 
teint rapidement  l'Eveil. — T.  279  xxm  chapitre 
sur  les  dix  Déflexions  (sk.  cité  sous  le  titre  de  Vajra- 
dhvajasûtra  dans  Siksâsamuccaya  280  sq.)  Le  Bs. 
Mahâsattva  pense  :  Dans  toutes  les  mauvaises 
Destinations  je  dois  éprouver  toutes  les  sortes  de 
douleurs  à  la  place  des  Etres,  afin  qu'ils  obtiennent 
la  Libération  ;  et  ainsi  le  Bs.  éprouvant  des  tourments 
redouble  de  zèle  ;  il  ne  se  relâche  point,  il  ne  se 
dérobe  pas,  il  est  sans  crainte,  sans  faiblesse,  sans 
Régression,  sans  effroi,  et  il  ne  se  dégoûte  jamais. 
Pourquoi  cela  ?  Parce  que  tel  est  son  Vœu  ;  il  désire 
résolument  porter  les  Etres  comme  un  fardeau 
afin  de  les  libérer.  .  .C'est  comme  la  Déflexion  dont 
il  est  parlé  dans  le  Daiekôkyô  ^JUfRjH  (  =  Mahâ- 
parinâmanâsûtra,  cf.  Vajradhvajaparinâmanâ  citée 
Siksâsamuccaya  213)  :  J'ai  fait  le  Vœu  que  tous 
les  Etres  obtiennent  la  Pureté  et  l'Ominscience  ; 
mes  pratiques  sont  destinées  à  leur  procurer  l'Om- 
niscience  ;  ce  n'est  pas  pour  moi-même  que  je 
cherche  la  Libération.  .  .Pour  tous  les  Etres  j'accepte 
toutes  les  douleurs,  afin  qu'ils  sortent  de  l'infini 
des  Transmigrations  et  de  la  vallée  des  Douleurs  ; 
pour  tous  les  Etres  j'éprouverai  toutes  les  Douleurs 
dans  tous  les  mondes,  dans  toutes  les  mauvaises 
Destinations  jusqu'à  la  fin  des  Périodes  futures, 
et  c'est  pour  eux  que  je  cultiverai  sans  cesse  des 
Racines  de  Bien.  Car  il  vaut  mieux  que  j'éprouve 
seul  toutes  les  douleurs  et  que  les  Etres  ne  tombent 
point  dans  les  Enfers  ;  dans  ces  Enfers,  parmi  les 
Animaux,  chez  le  roi  Yama,  dans  tous  les  endroits 
difficiles,  je  ferai  de  mon  corps  un  otage  et  rachè- 
terai (sk.  nihkratavya)  tous  les  Etres  qui  sont  dans 
les  mauvaises  Destinations .  .  .  C'est  ainsi  qu'il  me 
faut  Défléchir  mes  Racines  de  Bien  en  sorte  que  les 
Etres  obtiennent  la  joie  sans  fin.  .  .la  joie  de  l'Om- 
niscience. — Bodhisattva  et  Buddha. — T.  220  xxix  Bs. 
et  B.  ne  diffèrent  que  du  point  de  vue  de  la  Causa- 
lité ;  l'un  et  l'autre  ont  la  Connaissance  de  tous  les 
Caractères.  Cf.  Tt.  1509  xciv  ;  et  Ttt.  1735  lu  : 
Au  point  de  vue  de  la  Cause,  on  reste  éternellement 
Bs.  ;  au  point  de  vue  du  Fruit,  on  est  éternelle- 
ment B. — T.  220  dlxviii  et  T.  231  11  Le  corps  du 
Bs.  ne  diffère  de  celui  du  Tg.  que  par  les  Mérites. — 
T.  223  xxix  Ceux  qui  marchent  dans  le  Chemin  sans 
Contreheurt  sont  des  Bs.  ;  ceux  qui  marchent  dans 
le  Chemin  de  la  Libération  sont  des  B. — Tt.  1509 
xciv  Les  Bs.  diffèrent  des  B.  en  ceci,  que  leur  Sa- 
pience  est  obtuse  et  leur  Pratique  des  six  Perfections 
incomplète,  car  ils  n'ont  pas  pénétré  toutes  les 
Rubriques. .  .Les  Bs.  sont  pareils  à  la  lune  du  qua- 
torzième jour  qui  ne  soulève  pas  encore  la  marée  ; 
les  B.  sont  comme  la  lune  du  quinzième  jour. — Ib. 
xl  Les  Bs.  de  la  dixième  Terre  ne  diffèrent  pas  des 
B.  ;  ils  possèdent  les  dix  Forces,  tels  Samantabhadra, 
Manjusrî,  Avalokitesvara. — Ib.  xxix  Les  Bs.  actua- 


lisent des  corps  de  B.  en  vue  de  sauver  les  Etres. — 
T.  279  xliii  Bs.  et  B.  accomplissent  également  les 
Pratiques  et  les  Vœux  de  Bs.  ;  ceux  qui  entrent  dans 
le  domaine  de  la  Connaissance  sont  appelés  B.  ; 
ceux  qui  ne  se  lassent  pas  des  Pratiques  de  Bs. 
accomplies  par  les  Tg.  sont  appelés  Bs. — T.  227  il 
Lorsqu'il  n'y  a  pas  de  B.  dans  le  monde  c'est  par 
des  Bs.  que  sont  assurées  les  pratiques  bonnes  et 
droites  ;  cf.  Tt.  1509  lviii. — T.  305  v  Les  B.  nais- 
sent des  Bs.  ;  c'est  donc  grâce  aux  Bs.  que  la  Tige 
de  B.  n'est  pas  interrompue  ;  c'est  pourquoi  calom- 
nier les  Bs.  est  un  péché  aussi  grand  que  de  calom- 
nier la  Loi  du  B. — T.  220  cccxciv  Tant  que  tous 
les  Etres  ne  sont  pas  arrivés  à  la  perfection,  n'ont 
pas  atteint  la  Terre-pure,  les  Bs.  n'attestent  pas 
l'Eveil  ;  cf.  T.  223  xxm. — L'étroite  analogie  des 
Bs.  et  des  B.  apparaît  plus  clairement  encore  si  on 
compare,  p.  ex.,  dans  Mvy.,  les  rubriques  spéciales 
assignées  à  chacune  de  ces  deux  catégories  ;  on 
obtient  ainsi  deux  tableaux  parallèles  qui  mani- 
festent une  symétrie  systématique  :  En  face  des  dix 
Forces  de  B.  (Mvy.  120-129),  on  a  les  dix  Forces 
de  Bs.  (760-769)  ;  des  quatre  Assurances  de  B. 
(131-134),  les  quatre  Assurances  de  Bs.  (782-785); 
des  huit  Essences  Singulières  de  B.  (136-153),  les 
huit  Essences  Singulières  de  Bs.  (787-804)  ;  des 
Concentrations  de  B.  (506-623),  les  Concentrations 
de  Bs.  (737-745). — Diverses  appellations  des  Bs. — Tt. 
1604  xii  Liste  de  seize  appellations. — Mvy.  625-643 
Liste  de  dix-neuf  appellations. — Cf.  aussi  Dzsi.  II, 
889-891. — Comparaisons. — T.  279  lxiii  :  cercle  du 
vent,  terre,  océan,  soleil  pur,  lune  claire,  général 
farouche,  souverain,  feu  ardent,  nuage,  pluie  de 
saison,  patron  de  barque,  maîtresse  poutre  du  pont. 
— Tt.  1509  v  océan,  Sumeru,  roi  des  remèdes,  soleil, 
terre,  vent,  feu,  nuage,  lune,  Sakra. — Tt.  157Ç 
lxxix  grande  eau,  grand  feu,  grand  vent,  lune  claire 
roue  du  soleil,  lion,  dragon  (comparés  aux  Pratiques 
des  Bs.) — T.  279  lxxviii  général  de  la  Loi  qui  pro- 
tège la  ville  murée  de  l'Omniscience. — Ib.  lxxvii 
(  =  sk.  Gandavyûha  cité  Siksâsamuccaya  34  sqq.lj 
terre  qui  supporte  tout,  diamant  infrangible,  mon- 
tagne du  Cercle  de  Fer  inébranlable,  esclave  obéis- 
sant, disciple  docile,  serviteur  sans  dégoût,  mèn 
nourricière,  employé  zélé,  balayeur  sans  orgueil 
épi  mûr  qui  s'incline,  cheval  sans  méchanceté  I 
chariot  à  lourde  charge,  éléphant  bien  dompté; 
Sumeru  sans  écroulement,  chien  sans  irritation  [cfj. 
Tt.  1558  xviii  =  K.  Lav.  iv,  223],  candâla  saniji 
fierté,  taureau  châtré  sans  violence,  bateau  toujour;j 
prêt  à  aller,  maîtresse  poutre  du  pont  pour  traverseij 
l'eau,  fils  déférent,  fils  de  roi  respecteux  (attitude.'j 
du  Bs.  à  l'égard  des  Amis-de-bien).  Le  même  ouj 
vrage  donne  d'abondantes  comparaisons  du  mêm<| 
genre. — T.  221  xvn  refuge  du  monde,  lampe  dij 
monde,  logis  du  monde. — T.  224  v  protection  di| 
monde,  plateforme  du  monde,  salut    du    monde.—: 


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Tt.    1509   xlviii    Le    Bs.    dans    la   septième   Terre, 
procédant  à  l'Inspection  du  Vide  des  Essences,  est 
pris    de    regret   et   de    dégoût,    comme    un    homme 
qui,   ayant  fait  en  rêve  un  radeau  pour  passer  un 
fleuve,  se  réveille  en  plein  courant  et  regrette  son 
vain  effort. — Rubriques  numériques. — Deux  sortes  de 
Bs. — (a)     A-Régression     et     sans-Régression  ;     cf. 
•Futai. — (b)  Faux  et  vrais  T.  310  exil  :  Les  faux 
Bs.   ont   quatre   Essences  :   convoitise   pour   les   of- 
frandes, convoitise  de  renom,  convoitise  de  bonheur 
égoïste,  répulsion  pour  la  vie  de  retraite.  Les  vrais 
Bs.   ont  quatre   Essences  :   Foi   dans   la   rétribution 
des  Actes,  Esprit  de  grande  Compassion,  joie  dans 
le  Nirvana,  détachement  du  Fruit  des  bons  Actes. — 
T.  220  dlxxxiii  et  Tt.  1509  iv  :  Les  Bs.  à-Régression 
sont   les   faux   Bs.  ;   ceux   sans-Régression   sont   les 
vrais. — (c)  Gâtés  et  parfaits  Tt.  1509  xxix  :  Les  Bs. 
gâtés  ont  bien  produit  l'Esprit  d'Eveil,  mais  faute 
de   bons    Facteurs,    ils    ont   la   pensée  Revêtue  par 
les   cinq   Obstructions  ;   ils   naissent  riches,   nobles, 
rois,   grands   démons,   rois   des   Dragons,  mais   non 
pas  devant  les  B.  ni  dans  les  conditions  exemptes 
de  péché  soit  chez  les  dieux,  soit  chez  les  hommes. 
Les  Bs.  parfaits  ne  perdent  jamais  l'Esprit  d'Eveil  ; 
ils  sont  soit  laïcs,  soit  religieux,  observent  les  cinq 
ou  les  dix  Défenses,  font  des  Dons  de  biens  ou  de 
Loi.  Aussi  xlix  sur  les  deux  familles,  ke  ^,  de  Bs. 
(d)   Bs.    de    Sapience   chizôbosatsu    ^iftHH   et 
Bs.  de  Compassion  hizôbosatsu   ^i%i^\(M.,  selon  la 
endance  qui  prédomine  chez  eux  Tt.  1509  lxxiv. — 
é)  Bs.  d'Extase  et  Bs.  de  récitation  des  sûtra  ib. 
xli. — (f)  Bs.  de  grande  force  (dairikibosatsu  %j)i^ 
ijjt)  et  Bs.  néophytes    (shimpocchibosatsu   t^WM.^ 
$r  ;  cf.   *Aiten)  ;  les  premiers  sont  prêts  à  toutes  les 
métamorphoses  pour  sauver  les  Etres,  ne  redoutent 
i  l'apostolat  aux  delà  des  frontières,  ni  les  hérésies  ; 
es  seconds  ne  sont  pas  susceptibles  de  métamor- 
hoses,  et  sont  exposés  à  déchoir. — (g)  Laïcs  (koke 
;§!&    ou    zaike    $l£)    et    religieux    (shukke    H\M)  '• 
Tt.  1509  vu  Bhadrapâla  (Zenshu  ^-i^î)  et  les  quinze 
uitres    Bs.    de    la    Prajnâpâramitâ    sont    des    laïcs  ; 
Vlafijusrî,     Maitreya    sont    des    religieux.    T.    159 
ai  Les  Bs.  laïcs  peuvent  approcher  les  prostituées, 
es   bouchers,  pour  les   convertir  ;   les   religieux  ne 
e   peuvent   pas.    Cf.    aussi   T.    848   vi. — (h)    Deux 
^orps  de  Bs.  T.  1509  lxxiv,  corps  de  chair  trans- 
nigrant   (shôjinikushin   $iJE\H$k)    et   Corps   né   de 
'Essencité    [ou   du   Plan   d'Essence,   cf.    La    Vallée 
oussin,  Notes  bouddhiques  vin,  p.  218,  Bruxelles, 
929]  (hosshôshôjin  £fe'|É^fel!')>  Ie  premier  est  celui 
les  Bs.  avant  les  Terres,  dans  les  trente  stages  dits 
les  Sages  (cf.  *Gojûnii)  ;  n'ayant  pas  encore  attesté 
'Essencité,    ils    reçoivent    en   rétribution   de    leurs 
^.ctes   des    Corps    de   Portion    (bundanshin  frffi.fy) 
lui  transmigrent  dans  les  trois  Mondes  ;  le  second, 
'est    celui    des    Bs.    des    Terres    qui    ont    attesté 
Essencité   [ou  Plan  d'Essence]  sans-Production  et 


reçoivent  un  Corps  qui  ne  transmigre  pas  et  qui 
peut  se  métamorphoser  de  façons  inconcevables. 
Ib.  xcn  L'activité  du  Corps  d'Essencité  [ou  de 
Plan  d'Essence]  des  Bs.  montre  l'Egalité  des 
Essences.  Cf.  autres  passages  td.  par  La  Vallée 
Poussin,  op.  cit.  221-223. — Trois  sortes  de  Bs.,  cor- 
respondant aux  trois  étapes  :  Production  d'Esprit, 
Sans-Régression,  Corps  Ultime  Tt.  1509  xcnr. — 
Ib.  xxxviii  [td.  La  Vallée  Poussin,  op.  cit.  219- 
221]  trois  sortes  de  Bs.,  qui  obtiennent  respective- 
ment, lors  de  la  Production  de  l'Esprit  d'Eveil,  la 
Terre  Sans-Régression,  l'Eveil,  les  six  Supersavoirs. 
— Quatre  sortes,  correspondant  aux  quatre  étapes  : 
Production  d'Esprit,  pratique  de  la  Voie,  Sans- 
Régression,  Expectative-de-succession  (cf.  *Fusho) 
T.  397  x. — Dix  Corps  de  Bs.  dans  les  dix  Terres  : 
Corps  d'Egalité,  de  Pureté,  d'inexhaustibilité,  de 
bonnes  Pratiques,  d'Essencité,  transcendant  le  rai- 
sonnement, inconcevable,  apaisé,  de  Vide,  de  Con- 
naissance merveilleuse  T.  220  dlxviii  ;  231  11  ;  Ttt. 
1861  vu  c. — Termes  composés. — Bosatsubiku  3£ 
$?IJ£iIr.  =  sk.  bodhisattvabhiksu  :  A  l'intérieur,  c'est 
un  Bs.  ;  au  dehors,  il  a  l'apparence  d'un  Moine 
mendiant  ;  p.  ex.  Sadâparibhûta  dans  T.  262  vi 
(  =  Lotus  p.  228).  Cf.  *Bosatsukai. — ~*bugaku  ~$$ 
i§|,  "danse  et  musique  du  Bs.",  pièce  de  danse 
avec  accompagnement  orchestral,  qui  s'introduisit 
au  Japon  à  l'époque  de  Nara  (vme  siècle)  ;  la  tradi- 
tion s'en  est  perdue  au  xvie  siècle.  Le  Bs.  qui  figurait 
dans  cette  pièce  paraît  avoir  été  Samantabhadra  ; 
les  danseurs  présentaient  des  offrandes  de  fleurs.  On 
connaissait  en  Chine,  sous  les  Sô  (Song),  un  ballet 
analogue.  Au  Japon,  on  lui  attribue  une  origine 
came.  Il  est  possible  que  cette  pièce  ait  été  importée 
en  Chine  au  début  du  vne  siècle  par  des  musiciens 
du  Fou-nan  (Bas  Cambodge)  qu'un  général  chinois 
avait  ramenés  du  Campa  ;  c'est  de  Chine  qu'elle 
serait  parvenue  au  Japon  un  peu  plus  tard.  Cf. 
Etudes  Asiatiques  publiées  à  l'occasion  du  25e  an- 
niversaire de  l'Ecole  Française  d'Extrême-Orient, 
1,  199  sq. — ~daiji  ~;Jc:Jb  =  ~makasatsu,  q.v. — 
"~gfi  ~§S>  titre  de  Bs.  donné  à  des  moines  éminents  : 
ainsi  Dharmaraksa,  moine  originaire  de  Tonkô 
(Touen  houang)  qui  vécut  vers  l'an  300,  était  appelé 
Tonkô  bosatsu  jfëèàWffî-  Ttt.  2059  1  ;  en  883  le  moine 
Daigyô  ^Cfr  reçut  de  l'empereur  de  Chine  le  titre 
de  Jôshôjin  bosatsu  fêfpBl^p;  Ttt.  2035  xlii  ;  au 
Japon  ce  titre  fut  décerné  pour  la  première  fois,  par 
décret  impérial,  à  Gyôgi  ff?S?  en  749  Gkss.  xvn. — 
"~j6  ~5!t,  V.  des  Bs.,  un  des  trois  ou  des  cinq  V.  ; 
cf.  *Jô. — ~j*u/ï  — hflË,  dix  Terres  de  Bs.,  cf.  *Jûji. — 
~makasatsu  ^J^|6l^  =  sk.  bodhisattvamahâsattva  ; 
mahâsattva  est  td.  daiji  ;£:£  "grand  héros",  dai- 
shujô  :fc^^£  (anc.  éc),  daiujô  %Jàfâ  (nouv.  éc.) 
"grand  Etre"  ;  Mvy.  626  daibosatsu  %^$k  "grand 
Bs.",  tib.  sems  dpa'  cen  po  "grand  héros  d'Esprit". 
— Tt.  1530  11  Le  mot  Mahâsattva  est  ajouté  au  mot 


BOSATSUKAI 


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BOSATSUKAI 


Bs.  pour  distinguer  les  Bs.  des  Auditeurs  et  des 
B.-pour-soi,  qui  recherchent  également  l'Eveil  ;  ou 
encore  pour  distinguer  les  Bs.  des  Terres  de  ceux 
qui  n'ont  pas  encore  atteint  les  Terres. — T.  261  iv 
Ceux  qui  d'un  Esprit  pur  prennent  refuge  dans  les 
trois  Joyaux,  produisent  l'Esprit  d'Eveil  et  attei- 
gnent le  stade  Sans-Régression,  sont  dits  Bs.  ;  ceux 
qui  naissent  dans  ma  Loi  sont  dits  Mahâsattva.  Tt. 
1509  xlv  Mahâsattva  signifie  "grand  Esprit"  :  par 
son  grand  Esprit  il  connaît  toutes  les  Essences  et 
sauve  les  Etres.  Ib.  xcvi  Avant  d'atteindre  le  stade 
Sans-Régression,  Sadâprarudita  (Jôtai  ^Pif)  était 
appelé  Mahâsattva,  car  sans  posséder  la  vraie  Sa- 
pience  il  y  pensait  profondément,  ne  lésinait  pas  sur 
sa  vie  et  avait  de  grands  mérites.  T.  221  xxvm  Les 
Bs.  sont  les  grands  héros  parmi  les  dieux  et  les 
hommes. — ~shnshô  ~îiJ|É,  Nature  de  Germe  de 
Bs.,  une  des  cinq  Natures  ;  cf.  *Shô. — ~zô  ~j^,  sk. 
Bodhisattvapitaka  Mvy.  1330  :  Corbeille  des  Bs., 
nom  donné  aux  Ecritures  du  G.V.  ;  cf.  *Zô. 

BOSATSUKAI  gggtà,  sk.  bodhisattvasîla,  Dé- 
fenses des  Bs. — Terme  désignant  l'ensemble  des 
prescriptions  disciplinaires  propres  au  G.V.  On  dit 
aussi  Daijôkai  ;X5Jl5#,  sk.  mahâyânasîla,  Défenses 
du  G.V. — Généralités. — Dans  un  essai  intitulé 
"Des  Défenses  du  P.V.  à  celles  du  G.V.  "(ap.  Tôyô 
bunka  no  kenkyû  M-WtC^^^t^  Tôkyô  1926,  p. 
180-202  ;  cf.  aussi  du  même  auteur  "Les  Défenses 
du  Brahmajâla",  ap.  Butten  hihyôron  ^j&ttfcfPfRB, 
Kyoto  1927,  p.  398-419),  le  prof.  B.  Matsumoto 
définit  comme  suit  les  Défenses  du  G.V.  par  op- 
position à  celles  du  P.V.  :  (1)  elles  sont  d'inspiration 
altruiste  tandis  que  celles  du  P.V.  ne  visent  qu'au 
profit  personnel  ;  (2)  elles  peuvent  être  prises  par 
serment  individuel  alors  que  celles  du  P.V.  sont 
reçues  du  B.  ou  d'un  maître  ;  (3)  elles  ont  un  carac- 
tère absolu  et  doivent  être  observées  en  toute  cir- 
constance par  tous  les  Bs.,  contrairement  à  celles 
du  P.V.  qui  dépendent  de  Facteurs  et  se  modifient 
lorsque  ces  Facteurs  changent  ;  (4)  les  Défenses 
du  P.V.  ne  peuvent  être  reçues  qu'en  présence  de 
dix  moines  dont  trois  font  fonction  de  maîtres  ; 
celles  du  G.V.  peuvent  être  prises  par  serment  devant 
le  B.  sans  aucune  intervention  étrangère,  c'est  de  soi- 
même  qu'on  peut  les  recevoir;  (5)  les  Défenses  du 
P.V.  sont  formelles,  dans  le  G.V.  l'esprit  importe  plus 
que  les  formes  :  ainsi  dans  le  P.V.  les  Péchés  capitaux 
entraînent  l'excommunication  quel  qu'en  soit  le 
motif,  dans  le  G.V.  ils  ne  l'entraînent  pas  s'ils  sont 
commis  pour  le  bien  d 'autrui. — Le  caractère  al- 
truiste des  Défenses  du  G.V.  est  bien  marqué  dans 
un  texte  traduit  par  Kumârajîva  T.  1489  :  "Qu'ap- 
pelle-t-on  Discipline  des  Bs.  et  Discipline  des 
Auditeurs  ? ...  La  Discipline  fondée  sur  la  crainte 
des  trois  Mondes,  c'est  celle  des  Auditeurs  ;  naître, 
comme  tous  les  Etres,   dans   les   trois  Mondes  afin 


de  convertir  tous  les  Etres  au  cours  de  Transmigra- 
tions incalculables,  c'est  la  Discipline  des  Bs.... 
Trancher  pour  soi-même  les  Entraves  des  Pas- 
sions, c'est  la  Discipline  des  Auditeurs  ;  désirer 
trancher  les  Passions  chez  tous  les  Etres,  c'est  celle 
des  Bs." — La  Discipline  des  Bs.  n'a  jamais  réalisé 
l'uniformité  canonique  que  la  Discipline  des  Audi- 
teurs avait  dans  le  P.V.  ;  sollicitée  par  des  tendances 
diverses,  elle  a  constamment  oscillé  entre  elles. 
Les  règles  de  morale  l'emportent  sans  aucun  doute 
sur  le  formalisme  monastique  ;  mais  tantôt  on  essaie 
de  les  combiner,  tantôt  on  tente  de  substituer 
aux  anciennes  prescriptions  un  code  nouveau.  Au 
témoignage  de  Gijô  (Yi  tsing)  Ttt.  2125  1,  les  deux 
V.  observaient  une  seule  et  unique  Discipline.  Genjô 
(Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  ni  rapporte  qu'en  Oddi- 
yâna  les  adeptes  du  G.V.  suivaient  les  Disciplines 
du  P.V.  Cependant,  dès  l'Avatamsaka,  s'ébauche 
la  doctrine  dite  des  Trois  Masses  de  Défenses  : 
la  Ie  comprend  les  prohibitions,  soit  identiques  à 
celles  du  P.V.,  soit  différentes  ;  la  2e  comprend  les 
actes  de  bien  d'ordre  individuel,  elle  énonce  les 
commandements  positifs  qui  sont  l'innovation  du 
G.V.,  c'est  la  moralité  au  sens  large  ;  la  3e  comprend 
tous  les  actes  qui  tendent  à  servir  au  bien  d'autrui, 
elle  exprime  l'inspiration  profonde  qui  fait  l'ori- 
ginalité du  G.V. — L'histoire  de  la  Discipline  des 
Bs.  en  Chine,  de  ses  théories  et  de  ses  pratiques, 
est  encore  trop  mal  connue,  et  la  documentation 
réunie  ci-dessous  est  trop  incomplète,  pour  qu'on 
puisse  tenter  de  l'esquisser  ici.  Au  Japon,  deux 
écoles  opposées  se  constituèrent  à  l'époque  de  Heian 
l'une,  se  fondant  sur  des  textes  appartenant  à  l'é- 
cole Hossô  (Vijnaptimâtra),  professait  que  la  première) 
des  trois  Masses  de  Défenses  est  identique  au> 
règles  canoniques  du  P.V.  ;  l'autre,  qui  suivait  1< 
Brahmajâlasûtra,  se  séparait  complètement  du  P.V.— 
Textes  canoniques. — Le  MahâprajnâpâramitâÉâs- 
tra  Tt.  1509  ne  connaît  pas  de  prescriptions  spéciale.' 
de  Discipline  pour  les  Bs.  ;  mais  si  les  pratique: 
sont  uniformes,  l'esprit  est  tout  différent,  xxill 
distingue  les  Défenses  à-Ecoulement  (urokai  Ji:MÈ. 
et  les  Défenses  sans-Ecoulement  (murokai  l&ïjyjjtë) 
les  premières  affaiblissent  les  Passions  et  permetten; 
de  les  éviter;  les  secondes  les  déracinent,  xin  dis) 
tingue  (1)  les  Défenses  inférieures  qui  assurent,  ;j 
celui  qui  les  observe,  de  naître  dans  la  Destinatioi 
humaine  ;  (2)  les  Défenses  moyennes  qui  assurenj 
la  naissance  dans  les  six  cieux  du  Désir  ;  (3)  le1 
Défenses  supérieures  qui  assurent  la  naissancl 
dans  les  cieux  du  Sans- Forme.  Le  troisième  group, 
se  subdivise  à  son  tour  en  (a)  Défenses  pures  in 
férieures  qui  mènent  au  Fruit  d'Arhat  ;  (b)  moyenne; 
qui  mènent  au  Fruit  de  B.-pour-soi  ;  (c)  supérieure 
qui  procurent  l'Eveil  ;  celles-ci  comportent  la  Corni 
passion  pour  tous  les  Etres  et  la  volonté  de  le 
sauver,  lxxviii  (à  propos  du  passage  du  Prajnâpâraj 


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143 


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itâsûtra  où  le  Bs.  fait  Vœu,  entre  autres,  d'avoir 
I  pour  moines  d'innombrables  Bs.)  :  La  plupart  des 
B.  ont  pour  moines  des  Auditeurs  et  n'ont  pas  de 
Communauté  spéciale  de  Bs.  ;  ainsi  les  Bs.  Maitreya, 
Marïjusrî  etc.  siègent  dans  la  Communauté  des 
moines  Auditeurs  et  y  prennent  place  à  leur  rang 
comme  tels  ;  c'est  que  le  B.  Sâkyamuni  n'a  pas  de 
Communauté  spéciale  de  Bs.  Mais  il  y  a  des  B.  qui, 
prêchant  exclusivement  en  vue  du  V.  Unique,  n'ont 
pour  moines  que  des  Bs.  Il  y  en  a  dont  la  Commu- 
nauté est  un  mélange  d'Auditeurs  et  de  Bs.,  p.  ex. 
dans  le  Terrain  du  B.  Amida  il  y  a  beaucoup  de 
moines  Bs.  et  peu  de  moines  Auditeurs. — Le  Nirvâ- 
qasûtra  T.  374  xxvni  distingue  expressément  les 
Défenses  des  Bs.  des  Défenses  des  Auditeurs  ;  [le 
contenu  en  est  identique,  comme  l'indiquent  d'autres 
passages,  mais]  pour  les  Bs.  elles  commencent  à  la 
Production  d'Esprit  et  se  prolongent  jusqu'à  l'Eveil  ; 
pour  les  Arhat,  elles  débutent  avec  l'Inspection  du 
Squelette  [la  dernière  des  neuf  Inspections  d'Im- 
pureté, Mvy.  1164]  et  s'arrêtent  au  Fruit  d'Arhat. 
Ib.  distingue  (a)  les  Défenses  intégrales  (kukyôkai 
$£§lJ$Û>  qui  ne  requièrent  pas  de  Facteurs,  et  celles 
qui  ne  le  sont  pas,  puisqu'elles  exigent  une  inter- 
vention humaine,  celle  d'un  maître,  etc.  ;  (b)  les 
Défenses  qu'on  observe  pour  la  Loi  et  celles  qu'on 
observe  par  intérêt  ;  (c)  celles  qui  sont  profondes 
et  inébranlables,  et  celles  qui  sont  superficielles  et 
vacillantes  ;  (d)  celles  qu'on  observe  pour  les  Etres 
et  celles  qu'on  observe  pour  soi  ;  (e)  celles  qui  sont 
innées  et  celles  qu'on  acquiert  par  l'enseignement. 
Le  premier  groupe  de  chacune  de  ces  séries  conduit 
à  voir  le  Nature  de  B.  et  les  Tg.  ;  [ce  sont  donc  celles 
des  Bs.] — h'Avatamsaka  T.  279  xxxv  prescrit  dix 
actes  de  bien,  interdit  dix  actes  de  mal,  exactement 
comme  le  P.V.  (cf.  Jûaku  +^§,  s.v.  *Aku)  ;  mais 
il  y  ajoute  des  prescriptions  nouvelles,  telles  que 
compassion,  pitié,  bienveillance,  protection  etc.  uni- 
verselles.— Cette  triple  division  annonce  les  trois 
Masses  de  Défenses.  Celles-ci  sont  nommées  et 
définies  avec  précision  dans  des  textes  traduits 
vers  le  début  du  Ve  siècle.  T.  1581  iv-v,  td.  ca.  414- 
426  {Bodhisattvabhûmi,  chapitre  sur  les  Défenses; 
cfpLa^Vallée  Poussin,  Le  Vinaya  et  la  pureté  d'in- 
tention, dans  Notes  bouddhiques,  vu,  Bruxelles 
1929)  distingue  d'abord  deux  sortes  de  Défenses 
de  Bs>  :  pour  les  Laïcs  et  pour  les  Moines  ;  elles 
forment  ensemble  ce  qu'on  appelle  "toutes  les 
Défenses"  issaikai  -^iJJJ^.  Celles-ci  se  subdivisent 
en  trois  Masses  (ju  |fé,  sk.  skhandha)  :  (I)  Défenses 
de  Restrictions  (ritsugikai  fft'ftl^,  sk.  samvarasîla)  : 
ce  sont  les  Défenses  que  reçoivent  les  sept  Assem- 
blées :  Moines,  Nonnes,  Catéchisés,  Novices  hommes 
et  femmes,  Laïcs  et  Laïques  et  que  peuvent  recevoir 
les  Bs.  soit  Moines  soit  Laïcs  [le  texte  parallèle  du 
Yogâcâryabhûmisâstra,  Tt.  1579  XL,  spécifie  qu'il 
s'agit    du    Pénitentiel    des    sept   Assemblées]  ;    (II) 


Défenses  de  Captation  des  bonnes  Essences  (sh§- 
zembôkai  §|fj;fi£,  sk.  kusalasamgrahasîla  ?)  :  ce 
sont  toutes  les  bonnes  pratiques  du  corps,  de  la 
bouche  et  de  l'esprit,  que  cultivent  les  Bs.  en  vue 
du  grand  Eveil,  en  prenant  comme  point  de  départ 
les  Défenses  de  Restrictions;  (III)  Défenses  de  Cap- 
tation des  Etres  (shôshujôkai  ï^^^fcrêt)  :  ce  sont 
les  Actes  altruistes  ;  on  en  distingue  onze  catégories. 
Le  texte  décrit  ensuite  la  cérémonie  de  l'ordination. 
Si  un  Bs.  Moine  ou  Laïc,  ayant  émis  le  Vœu  d'Eveil, 
désire  étudier  les  trois  Masses  de  Défenses,  il  doit 
se  rendre  chez  un  Bs.  Coreligionnaire  (dôhô  [n]^, 
sk.  sahadhârmika),  ayant  lui  aussi  émis  le  Vœu  et 
possédant  sagesse  et  force ...  Il  doit  se  prosterner 
devant  lui  et  lui  adresser  cette  prière  :  Je  désire 
vous  demander,  Révérend  (ou  :  homme  excellent, 
ou  :  mon  Aîné),  de  me  donner  toutes  les  Défenses 
pures  de  Bs....Puis  il  doit  saluer  les  B.  des  dix 
directions  et  tous  les  Bs.  sages  et  forts  des  grandes 
Terres,  et,  fixant  son  esprit  sur  les  Mérites  de  ces 
derniers,  obtenir  de  la  force  par  leurs  Mérites  et 
purifier  son  Esprit.  [T.  1499  ajoute  :  Le  Bs.  sage  et 
fort  doit  alors  enseigner  au  candidat  la  Corbeille 
de  la  Loi  et  les  Matricules  des  Bs.,  et  lui  apprendre 
tout  ce  que  les  Bs.  doivent  étudier  et  éviter.]  Pros- 
terné devant  une  statue  de  B.,  il  renouvelle  sa 
demande  d'ordination  et  purifie  encore  son  Esprit 
en  le  concentrant  sur  un  Objectif  unique  :  les  Mérites 
qu'il  obtiendra  prochainement ...  Alors  le  Bs.  sage 
et  fort  lui  dit  :  Toi  un  tel,  homme  excellent  (ou  : 
excellent  disciple  de  la  Loi),  es-tu  un  Bs.  ? — Oui. — 
As-tu  émis  le  Vœu  d'Eveil  ? — Oui. — Tu  désires 
recevoir  de  moi  les  trois  Masses  des  Défenses  pures 
de  Bs.  ;  tous  les  Bs.  passés,  futurs,  présents,  les 
possédèrent,  les  posséderont,  les  possèdent,  les  étu- 
dièrent, etc. ...  Peux-tu  les  recevoir? — Oui. — Ce 
dialogue  est  répété  trois  fois,  puis,  tandis  que  le 
candidat  reste  toujours  prosterné,  le  donateur  des 
Défenses  s'adresse  ainsi,  devant  une  statue  de  B., 
à  tous  les  B.  et  Bs.  :  Maintenant  le  Bs.  un  tel,  devant 
moi,  le  Bs.  un  tel,  a  déclaré  à  trois  reprises  recevoir 
les  Défenses  de  Bs.  Moi,  le  Bs.  un  tel,  j'ai  témoigné 
pour  le  Bs.  un  tel.  Je  désire  que  tous  les  B.  et  Bs. 
de  tous  les  temps  et  en  tous  lieux,  tous  les  saints 
suprêmes,  tous  les  Etres  Eveillés,  soient  aussi  témoins 
de  ce  Bs.  un  tel  qui  reçoit  les  Défenses. — Il  répète 
cette  formule  trois  fois  ;  et  ainsi  est  terminé  l'Acte 
de  la  Réception  des  Défenses. — Le  texte  énonce 
ensuite  une  longue  série  d'infractions  que  les  Bs. 
doivent  éviter,  notamment  quatre  péchés  d'Exclusion 
(*harai  $S|j|^|,  sk.  pârâjika)  qui  diffèrent  entièrement 
de  ceux  qu'enseigne  le  P.V.  :  le  premier  consiste 
à  se  louer  soi-même  et  à  dénigrer  autrui  ;  le  second, 
c'est  l'avarice  ;  le  troisième  se  définit  par  la  colère, 
la  grossièreté,  la  violence  ;  le  quatrième  consiste 
à  calomnier  la  Corbeille  des  Bs.  et  à  établir  une 
Loi  illusoire.  Le  texte  énumère  également  un  grand 


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BOSATSUKAI 


nombre  de  Méfaits  (*îtokira  $?î!îfl,sk.  duskrta),  que 
la  confession  publique  (Contrition)  suffit  à  effacer  ; 
pour  les  péchés  d'Exclusion,  s'ils  ont  pour  cause 
des  Passions  de  l'ordre  inférieur  la  confession  devant 
un  seul  témoin  suffit,  ou  même  l'acte  de  Contrition 
solitaire  ;  s'ils  ont  pour  cause  des  Passions  de  l'ordre 
moyen,  ils  nécessitent  la  confession  devant  trois 
personnes  au  moins  ;  s'ils  ont  pour  cause  des  Passions 
de  l'ordre  supérieur,  on  ne  peut  s'en  absoudre  qu'en 
recevant  à  nouveau  les  Défenses.  Il  est  en  effet 
spécifié  que  pour  les  Bs.  ces  péchés  n'entraînent 
point  l'Exclusion  sans  retour  ;  ils  peuvent  recevoir 
une  nouvelle  ordination,  ce  qui  n'est  pas  possible 
aux  Moines-mendiants  qui  suivent  le  Pénitentiel. — 
Le  texte  ajoute  qu'en  l'absence  de  personne  quali- 
fiée, par  ses  Mérites,  pour  donner  les  Défenses,  on 
est  autorisé  à  les  recevoir  "de  soi-même",  en  s'age- 
nouillant  devant  une  statue  de  B.  et  en  répétant 
trois  fois  la  formule  suivante  :  Moi,  un  tel,  je  déclare 
à  tous  les  B.  des  dix  directions  et  à  l'Assemblée  des 
Bs.  des  grandes  Terres  que  je  reçois  maintenant  les 
trois  Masses  de  Défenses,  devant  tous  les  B.  et  Bs. 
Ces  Défenses  furent  étudiées  par  les  Bs.  passés,  le 
seront  par  les  Bs.  futurs,  le  sont  par  les  Bs.  présents, 
etc.  Après  quoi  il  se  relève.  [Une  des  Essences  Sin- 
gulières des  Bs.  est  qu'ils  possèdent  les  Défenses 
sans  qu'elles  leur  soient  enseignées,  Mvy.  788  sk. 
anupadistasîla,  ch.  gushokairitsusha  -jt^jétftMIf.] — 
Le  Yogâcâryabhûmiêâstra  Tt.  1579  xl-xlii  (attribué  à 
Maitreya-Asanga,  td.  Genjô  VIIe  siècle)  comprend  un 
chapitre  sur  les  Défenses  qui  ne  diffère  du  texte 
précité  que  par  de  légères  variantes  de  rédaction  ;  la 
terminologie  chinoise  y  est  celle  de  la  nouv.  éc,  et 
la  troisième  Masse,  p.  ex.,  y  porte  le  nom  de  nyô- 
yakuujôkai  ^^^trljS  "Défenses  pour  le  bénéfice 
des  Etres"  (sk.  sattvârthakarasîla  ?). — Les  fragments 
de  T.  1581  (Bodhisattvabhûmi)  et  Tt.  1579  (Yogâc0 
bh°sâstra)  relatifs  aux  péchés  d'Exclusion  et  aux 
Méfaits  ont  été  détachés  sous  le  titre  de  Bosatsu- 
kaihon  ^WtlQUf-  "Texte  des  Défenses  de  Bs."  et 
forment  respectivement  T.  1500  (td.  ca.  414-426)  et 
1501  (td.  Genjô  vne  siècle).  Le  fragment  de  Tt.  1579 
relatif  à  la  cérémonie  d'ordination,  aux  quatre  péchés 
d'Exclusion,  à  la  confession,  a  été  également  détaché, 
avec  de  légères  modifications,  sous  le  titre  de  Bosa- 
tsukaikommamon  ^Wj$MW%.  "Texte  de  l'Acte  [de 
Réception]  des  Défenses  de  Bs.  "et  forme  T.  1499 
(td.  Genjô  VIIe  siècle). — La  théorie  des  trois  Masses 
de  Défenses  se  retrouve  dans  les  traités  de  l'école 
Vijnaptimâtra  apparentés  à  Tt.  1579  :  Tt.  1594  III 
(Asanga),  1522  iv  (Vasubandhu),  1585  ix  (les  dix 
maîtres,  Dharmapâla  etc.)  ;  dans  ce  dernier  texte  elles 
sont  définies  ainsi  :  Les  Défenses  de  Restrictions, 
c'est  éviter  tout  ce  qui  doit  être  évité  ;  les  Défenses 
de  Captation  des  bonnes  Essences,  c'est  attester  par  la 
pratique  tout  ce  qui  doit  être  attesté  ;  les  Défenses 
de  Captation  des  Etres,  c'est  assurer  le  profit  et  le 


bonheur  de  tous  les  Etres. — Un  autre  ouvrage  traduit 
au  début  du  Ve  siècle,  T.  1582  iv  (chapitre  sur  les 
Défenses),  expose  les  trois  Masses  d'une  façon  ana- 
logue à  T.  1581  :  la  première  comprend  les  Défenses 
des  sept  Assemblées,  que  les  candidats  doivent 
recevoir  avant  les  deux  autres  Masses  afin  de  purifier 
leur  Esprit,  de  même  qu'un  homme  qui  se  propose 
d'inviter  un  roi  commence  par  nettoyer  sa  maison  ; 
la  deuxième  Masse  comprend  dix  sortes  de  bonnes 
pratiques  du  corps,  de  la  bouche  et  de  l'esprit  ;  la 
troisième  se  répartit  en  onze  catégories.  Le  texte 
ajoute  que  pour  observer  les  Défenses  un  Bs.  ne 
doit  jamais  penser  :  Je  les  ai  reçues  d'un  maître, 
d'un  Professeur,  mais  :  Je  les  ai  reçues  des  B.  et  Bs. 
des  dix  directions  ;  si  je  les  avais  reçues  d'un  Maître 
ou  d'un  Professeur,  elles  ne  seraient  pas  appelées 
Défenses  de  Bs.  Il  enfreint  également  ces  Défenses 
s'il  -fait  des  distinctions  entre  les  Moines  des  dix- 
huit  écoles  :  il  doit  considérer  tous  les  Moines,  et 
tous  les  Etres,  comme  des  disciples  des  B.  et  Bs.  des 
dix  directions. — Dans  le  chapitre  servant  d'introduc- 
tion au  même  ouvrage  T.  1582  1,  le  B.,  résidant  au 
jardin  d'Anâthapindika,  enseigne  comment  les  Bs. 
doivent  faire  acte  de  Contrition  pour  leurs  péchés 
devant  35  B.  ;  puis  il  expose  à  Upâli  les  différences 
entre  les  Défenses  [le  Pénitentiel,  spécifie  T.  310 
xc]  des  Auditeurs  et  celles  des  Bs.  :  elles  diffèrent 
par  les  Facteurs,  par  l'Esprit,  par  les  Ornements, 
par  les  Moyens.  Pour  les  Auditeurs,  la  pureté  des 
Défenses  consiste  à  ne  pas  rechercher  l'Existence  ; 
pour  les  Bs.  elle  consiste  au  contraire  à  la  rechercher, 
et  il  n'est  pas  de  pire  infraction  que  le  dégoût  de 
l'Existence.  Les  Défenses  des  Auditeurs  tendent  à 
la  destruction  des  Passions,  tandis  que  les  Bs.  peuvent 
éprouver  tous  les  plaisirs  des  Passions  sans  pour 
cela  violer  leurs  Défenses.  Les  Défenses  des  Audi- 
teurs sont  rapides,  elles  visent  à  éliminer  les  Passions 
en  une  seule  fois  ;  celles  des  Bs.  sont  lentes,  elles 
conduisent  à  l'Eveil  par  des  Moyens  graduels. 
Les  premières  peuvent  se  définir  par  le  mot  "bou- 
cher", les  secondes  par  le  mot  "ouvrir".  Pour  les 
Auditeurs  l'infraction  aux  Défenses  constitue  un 
obstacle  irrémédiable  à  l'obtention  de  la  sainteté  ; 
mais  si  un  Bs.  commet  une  infraction,  pourvu  qu'il 
prenne  conscience  de  son  péché  il  peut  continuer  à 
penser  à  l'Eveil.  S'il  a  péché  le  matin,  il  lui  suffit  de 
fixer  son  esprit  sur  l'Omniscience  pendant  la  journée  ; 
s'il  a  péché  à  midi,  pendant  la  soirée,  etc.. .  .11  ne 
faut  pas  qu'il  se  laisse  bouleverser  par  le  remords, 
ni  qu'il  exagère  le  repentir  ;  mais  un  Auditeur  qui 
commet  un  péché  dégradant  perd,  lui,  toute  sa 
Masse  de  Défenses  (passage  cité  en  sk.  sous  le 
titre  d'Upâlipariprcchâ  dans  Siksâsamuccaya  178).  | 
Des  trois  infractions  :  Attraction,  Répulsion,  In- 
science, la  première  est  légère,  car  elle  peut  aider  à 
Capter  les  Etres  et  d'autre  part  elle  est  difficile  à 
trancher  ;  la  Répulsion  est  plus  grave,  car  elle  éloigne 


BOSATSUKAI 


HS 


BOSATSUKAI 


des  Etres,  tout  en  étant  plus  facile  à  trancher  (sk. 
Siksâsamuccaya  164).  A  la  fin  du  chapitre,  Manjusrî 
explique  à  Upâli  le  Sens  profond  de  la  Discipline. 
— Un   texte   très   proche   de   ce   chapitre,   mais   un 
peu  développé,  forme   la   section   24  du    Ratnakûta 
T.  310  xc,  intitulée  Upâlipariprcchâ. — T.  1582  ne 
contient  pas  de  prescriptions  pour  l'ordination  des 
Bs.  ;   celles-ci  sont  énoncées  dans  un  opuscule   du 
même   titre   (Bosatsuzenkaikyô    ^J^cHtiIIjL   "Sûtra 
des    bonnes    Défenses    de    Bs.",    avec   une    variante 
JUparimombosatsujukaihô  là$Mfà'&W%.tâfé  "Mé- 
thode d'ordination  des  Bs.  [enseignée  dans]  l'Upâli- 
pariprcchâ")  dû  au  même  traducteur  (Gunavarman, 
ca.    431    A.D.)   T.    1583.    Ce   texte   commence   par 
stipuler   que   l'obtention   des   Défenses  de  Bs.  doit 
nécessairement  être  précédée  de  celle  des  Défenses 
de  Laïc,  de  Novice  et  de  Moine-mendiant,  de  même 
que  pour  atteindre  le  quatrième  étage  d'un  édifice  il 
faut  passer  par  les  trois  premiers.  Cette  comparaison 
laisserait  à  croire  que  le  Bs.  doit  être  Moine,  mais  la 
suite  du  texte  montre  qu'il  peut  aussi  bien  être  Laïc. 
Après  la  réception  des  Défenses  du  P.V.,  le  candidat 
doit  s'Inspecter  soi-même  comme  s'il  Inspectait  un 
Etre  parvenu  à  la  Connaissance,  puis,  se  retirant  en 
un  lieu  tranquille,  il  salue  tous  les  B.  et  Bs.,  met  le 
genou  droit  en  terre  devant  une  statue  de  B.  et,  tourné 
vers  l'est,  dit  en  joignant  les  mains  :  Révérends  B. 
des    dix    directions    et    vous,    Assemblées    des    Bs., 
écoutez-moi  !    Moi,    un    tel,   je    désire    maintenant 
demander  les  Défenses  de  Bs.  Inspectez  mon  Esprit, 
et  si  j'ai  des  pensées  sans  foi,  contraires  à  l'Eveil,  des 
pensées  de  mal,  de  mensonge,  ne  me  donnez  pas 
les    Défenses  !    Si  je   n'ai   point   de   telles   pensées, 
donnez-les    moi,    par   compassion  !    Il    répète    cette 
formule  trois  fois  puis,  ayant  concentré  son  Esprit 
en  silence,  il  reprend  à  trois  reprises  :  Maintenant 
les   Défenses   de   Bs.   m'ont  été   données,  je   les   ai 
obtenues.   Comment  cela  ?   Tous  les  B.  et  Bs.   ont 
Inspecté  mon  Esprit  au  moyen  de  la  Connaissance 
de  l'Esprit  d'autrui  ;  j'ai  un  Esprit  de  vérité,  et  je 
sais    qu'ils   m'ont   donné   les    Défenses   de   Bs.   par 
compassion.  Or  je  suis  sans  maître  ;  tous  les  B.  et 
Bs.  sont  mes  maîtres. — L'événement  est  alors   an- 
noncé par  les  B.  et  Bs.  aux  grandes  Assemblées  ; 
le  nouveau  Bs.  se  relève  et  les  salue.  C'est  là  ce  qu'on 
appelle  l'Acte  [d'ordination]  par  soi-même  (jikomma 
ê$J^)  ;  c'est  la  méthode  suivie  s'il  n'y  a  point  dans 
le  voisinage  de  sage  qualifié  pour  donner  les  Défenses, 
ou  encore  en  cas  de  troubles  politiques,  de  maladie, 
etc.  Mais  si  l'on  peut  se  rendre  auprès  d'une  per- 
sonne de  même  Esprit  d'Eveil,  de  même   Loi,  de 
même    Mental,    possédant    la    Connaissance,    habile 
à  parler  et  à  enseigner,  c'est  d'elle  qu'il  faut  solliciter 
l'ordination  ;  la  cérémonie  est  dite  alors  Acte  par 
lequel   les    Défenses   de   Bs.   sont   reçues   d'un    Bs. 
(bosatsujubosatsukaikomma   ^M^lÊtMj&^M) •  Par 
des  formules  analogues  à  celles  qui  ont  été  citées 


ci-dessus,  le  candidat  s'adresse  au  donateur  des 
Défenses,  qui  lui  pose  les  questions  suivantes  :  Es-tu 
maintenant  un  vrai  Bs.  ?  As-tu  produit  l'Esprit 
d'Eveil  ?  Possèdes-tu  les  trois  sortes  de  Défenses 
du  P.V.  ?  Es-tu  détaché  de  toute  chose,  externe  et 
interne  ?  Es-tu  prêt  à  donner  ta  vie  et  tes  biens  ? 
Peux-tu  recevoir  et  observer  toutes  les  Défenses  de 
Bs.  ?  Puis  le  donateur  intercède  auprès  de  tous  les 
B.  et  Bs.  pour  qu'ils  agréent  le  candidat.  Un  vent 
frais  s 'élevant  des  dix  directions  signifie  que  sa 
requête  est  accordée  ;  le  candidat  s'engage  de  nouveau 
à  bien  observer  les  Défenses,  et  le  donateur  en  in- 
forme tous  les  B.  et  Bs.  en  ces  termes  :  Maintenant 
un  tel  a  déclaré  à  trois  reprises  avoir  reçu  de  tous 
les  B.  et  Bs.  les  Défenses  de  Bs.  C'est  moi,  un  tel, 
qui  parle  ;  le  récipiendaire  est  un  tel.  Je  témoigne 
pour  lui.  Ses  grands  maîtres  sont  tous  les  B.  et  Bs. 
innombrables  des  dix  directions  ;  je  suis  son  petit 
maître.  Il  y  a  deux  sortes  de  maîtres  :  visibles,  comme 
moi  ;  invisibles,  comme  vous.  Cet  homme  a  reçu 
les  Défenses  des  deux  sortes  de  maîtres. — Le  texte 
énonce  ensuite  tout  ce  que  doivent  faire  et  éviter 
les  Bs.  après  cette  ordination  :  ils  doivent  notam- 
ment étudier  la  Corbeille  de  Loi  et  les  Matricules 
des  Bs.  ;  parmi  les  infractions,  huit  sont  distinguées 
comme  particulièrement  graves,  six  d'entre  ces 
huit  devant  être  observées  par  les  Bs.  Laïcs  ;  un 
grand  nombre  d'infractions  plus  légères  sont  définies 
en  détail. — T.  1485,  ouvrage  qui  d'après  une  tradi- 
tion suspecte  aurait  été  traduit  vers  la  fin  du  IVe 
siècle,  définit  la  première  des  trois  Masses  non  plus 
comme  les  Défenses  du  P.V.,  mais  comme  dix  Dé- 
fenses spéciales  dites  d'Exclusion  (*harai  =  sk.  pârâ- 
jika)  ou  pour  lesquelles  on  ne  peut  faire  Contrition 
(fukake  ^RltêO  :  eues  interdisent  respectivement 
(1)  le  Meurtre,  (2)  le  Vol,  (3)  la  Luxure,  (4)  le  Men- 
songe, (5)  la  médisance,  (6)  l'Usage  de  l'alcool,  (7) 
l'exaltation  de  soi-même  au  détriment  d'autrui, 
(8)  l'avarice,  (9)  la  Malveillance,  (10)  la  calomnie 
relative  aux  trois  Joyaux  ;  il  n'y  a  pas  dans  le  P.V. 
de  liste  exactement  correspondante  [cf.  *Aku].  La 
seconde  Masse  des  Défenses  est  constituée  par  84.000 
Rubriques  de  bonnes  Essences,  et  la  troisième  com- 
prend la  compassion  et  le  renoncement  en  vue  de 
la  conversion  et  du  bonheur  de  tous  les  Etres.  Trois 
sortes  d'ordination  des  Bs.  sont  distinguées  :  supé- 
rieure, moyenne  et  inférieure.  La  première  est  celle 
qu'on  reçoit  devant  les  B.  ou  Bs.  présents  ;  la  seconde 
est  reçue  d'un  maître,  lorsque  les  B.  et  Bs.  sont 
entrés  dans  le  Nirvana  ;  la  troisième  est  prise  par 
serment  personnel  devant  une  statue  de  B.  ou  de 
Bs.,  s'il  n'y  a  pas  de  maître  dans  un  rayon  de  mille 
lieues.  Avant  de  recevoir  l'ordination,  les  candidats 
s'engagent  à  ne  pas  enfreindre  les  dix  Défenses 
d'Exclusion  ;  s'ils  les  enfreignent,  il  leur  faut  re- 
cevoir une  nouvelle  ordination.  La  confession 
publique  suffit  par  contre  à  effacer  la  violation  des 


1 


B)    SATSUKAI 


146 


BOSATSUKAI 


84.000  Défenses  "légères". — Un  texte  de  valeur 
douteuse,  T.  839  1,  expose  une  doctrine  analogue 
à  la  précédente. — Le  Brahmajâlasûtra  (td.  par 
Kumârajîva  en  406)  T.  1484  est  resté  en  Chine 
jusqu'à  nos  jours  l'ouvrage  le  plus  populaire  de  la 
Discipline  du  G.V.  Une  td.  antérieure  de  ce  texte, 
attribuée  à  Ko  Môshô  (K'ang  Mong  siang)  M^M 
qui  travailla  à  la  fin  du  11e  siècle,  est  mentionnée 
Ttt.  2034  iv  ;  mais  il  s'agissait  probablement  du 
texte  du  même  titre  qui  fait  partie  du  Dîrghâgama 
T.  1  xiv  (  =  Dîg.  Nik.  n°i).  T.  1484  passe  pour  être 
une  section  extraite  d'un  grand  Brahmajâlasûtra  en 
61  sections  et  120  chapitres,  ouvrage  inconnu  par 
ailleurs,  mais  qui  d'après  les  commentateurs  de 
l'époque  aurait  été  analogue,  par  son  plan  et  par 
sa  doctrine,  à  l'Avatarhsakasûtra  [cf.  Matsumoto, 
Butten  hehyôron].  La  tradition  de  T.  1484  lui-même 
n'est  pas  parfaitement  claire  ;  il  n'est  pas  mentionné 
dans  Ttt.  2145,  et  Ttt.  2146  v  le  classe  parmi  les 
textes  "douteux".  La  théorie  des  trois  Masses  n'y 
figure  pas  ;  les  Défenses,  qui  sont  exclusivement 
propres  au  G.V.,  sont  divisées  en  dix  interdictions 
graves  (jûkinkai  JU||;Ji£,  série  identique  à  celle  de 
T.  1485  ci-dessus,  sauf  interversion  des  nos  5  et 
6)  et  quarante-huit  Défenses  légères  (kyôkai  $£;J$). 
Pour  le  détail  de  ces  dernières,  on  consultera  la  td. 
de  De  Groot,  Le  Code  du  Mahâyâna  en  Chine, 
Amsterdam  1893,  qui  décrit  également  la  cérémonie 
de  l'ordination  telle  qu'il  l'a  observée  dans  un  temple 
voisin  de  Fukushû  (Fou  tcheou)  flig'J'I'l  en  China. 
On  choisit  pour  cette  cérémonie  le  8e  jour  de  la  4e 
lune  ou  le  17e  de  la  11e  lune,  anniversaires  de  nais- 
sance de  Sâkyamuni  et  d'Amitâbha.  Les  candidats 
reçoivent,  dans  les  quelques  jours  qui  précèdent, 
les  cinq,  les  dix  et  les  deux  cent  cinquante  Défenses 
du  P.V.  qui  leur  assurent  respectivement  la  qualité 
de  Laïcs,  de  Novices  et  de  Moines  ;  cette  ordination 
préliminaire  est  conférée  par  l'abbé  du  monastère, 
un  Maître  d'Actes  et  un  Maître  Enseignant  (cf. 
*Ajari),  devant  sept  témoins,  selon  le  rituel  du  P.V. 
L'ordination  de  Bs.  comporte  la  confession  devant 
les  B.  et  Bs.,  l'acceptation  par  serment  des  dix  et 
quarante-huit  Défenses  du  Brahmajâlasûtra,  la 
brûlure  des  cheveux  au  moxa  (on  se  brûle  parfois 
un  ou  plusieurs  doigts,  et  l'histoire  du  bouddhisme 
chinois  rapporte  des  sacrifices  plus  cruels),  puis 
le  rite  de  l'ordination  proprement  dit.  Ce  dernier 
est  accompli  par  l'abbé  du  monastère,  qui  dirige 
en  fait  toute  la  cérémonie  ;  mais  en  principe  Sâkya- 
muni  y  joue  le  rôle  de  Professeur,  Manjusrî  celui 
de  Maître  d'Actes,  Maitreya  celui  de  Maître  En- 
seignant, et  les  témoins  sont  les  B.  des  douze  direc- 
tions.— Citons  pour  terminer  un  texte  montrant 
comment  le  G.V.  élargit  la  notion  de  moine  au  point 
d'aboutir  à  une  véritable  négation  des  principes 
mêmes  de  l'Eglise  :  T.  159  Dans  le  monde  et  hors 
du  monde  il  y  a  trois  sortes  de  moines  (sô  fè)  :  les 


moines  Bs.,  les  moines  Auditeurs  et  les  moines 
Profanes.  Manjusrî,  Maitreya,  etc.,  étaient  des 
moines  Bs.  ;  Sâriputra,  Maudgalyâyana,  etc.,  étaient 
des  moines  Auditeurs  ;  tout  Profane  sincère,  ob- 
servant parfaitement  les  Défenses  du  Pénitentiel, 
possédant  toutes  les  Vues  correctes,  et  capable 
d'enseigner  à  autrui  la  Loi  de  la  Voie  sainte  et  de 
rendre  heureux  les  Etres,  est  appelé  un  "moine  Pro- 
fane" [cf.  *Biku]. — Textes  historiques. — En  Chine, 
d'après  les  préfaces  de  T.  1484,  trois  cents  disciples 
de  Kumârajîva  reçurent  les  Défenses  de  Bs.  lorsque 
ce  texte  fut  traduit  en  406. — L'empereur  Mei  (Ming) 
des  Sô  (Song)  ^HJ^  (466-472)  les  reçut  Ttt.  2145 
xii,  et  de  même,  en  467,  un  laïc  nommé  Hi  Sôsen 
(Fei  Tch'ong  sien)  J|s^5fc  Ttt.  2122  xxiv. — En  519- 
520  l'empereur  Bu  (Wou)  des  Ryô  (Leang)  jjj£H5 
$T  les  reçut  de  Eyaku  (Houei  yue)  i^fà  (il  régna 
encore  trente  ans),  et  son  exemple  aurait  été  suivi 
par  48.000  moines  et  laïcs  Ttt.  2035  xxxvn,  Bdnp. 
1004. — En  551  l'empereur  Bunsen  (Wen  siuan) 
"jSCm.  des  Hokusei  (Pei  Ts'i)  :jfc^?  les  reçut  avec  son 
impératrice  et  ses  concubines  (il  régna  encore  six 
ans)  Ttt.  3025  xxxvin. — L'empereur  Sen  (Siuan) 
^*j?  des  Hokushû  (Pei  Tcheou)  &M  (578-580) 
fit  choisir  220  moines  auxquels  il  fut  interdit  de 
se  couper  les  cheveux  ;  on  les  appelait  "moines 
Bs."  bosatsusô  ^^fâ"  >  la  tonsure  leur  fut  permise 
en  580,  lors  de  l'avènement  de  l'empereur  Bun 
(Wen)  3St$?  des  Zui  (Souei)  |îpf.  Le  moine  con- 
temporain Genshû  J£ïîj;  n'admettait  pas  qu'il  pût 
y  avoir  des  "moines  Bs."  ;  il  estimait  que  l'usage 
de  porter  des  coiffures  fleuries,  des  bracelets,  etc. 
.  .  .comme  les  statues  de  Bs.,  était  un  abus  contraire 
aux  institutions  bouddhiques  Ttt.  2126  11. — En 
Corée,  les  rois  Eisô  (Ouei  tjong)  0^  (1106-1122)  et 
Jinsô  (In  tjong)  K^-%  (1123-1146)  recevaient  les 
Défenses  de  Bs.  chaque  année  à  la  6e  lune  Bdji.  4175. 
— Au  Japon,  en  749  l'empereur  Shômu  |jg|J;  et  l'im- 
pératrice les  reçurent  de  Gyôgi  fàSS?  Tdjy.  1  (9-10). 
Au  début  du  ixe  siècle,  Saichô  Mcât  (Dengyô  Daishi 
#$CX8|Î)  les  reçut  en  Chine  ;  il  rapporta  au  Japon 
le  Brahmajâlasûtra,  et  en  806,  au  mont  Hiei,  il 
conféra  les  Défenses  de  Bs.  à  plus  de  cent  personnes 
Bdnp.  275.  Dès  lors  les  adeptes  de  la  secte  Tendai, 
au  mont  Hiei,  suivirent  pour  les  ordinations,  du 
moins  en  théorie,  le  Brahmajâlasûtra,  tandis  qu'à  Nara 
on  s'en  tenait  à  la  tradition  des  textes  se  rattachant 
au  Yogâcâryabhûmisâstra  Tt.  1579,  selon  lesquels  la 
première  Masse  est  constituée  par  les  Défenses  du 
P.V.  La  première  école,  dite  du  Brahmajâla  ou  de 
la  Discipline  du  G.V.,  reconnaissait  une  communauté 
spéciale  de  moines  Bs.,  dont  les  Défenses  et  l'ordi- 
nation différaient  de  celles  des  moines  Auditeurs  ; 
l'autre,  dite  du  Yoga,  soutenait  au  contraire  qu 
moines  du  G.V.  ne  se  distinguent  de  ceux  du  P.V«| 
que    par    l'esprit    qui    les    anime. — Cf.    *Endonkai  j 


BÔZU 


147 


BUCHAKUKONGÔ 


BÔZU  :£££,  désignation  populaire  des  moines 
bouddhistes  au  Japon,  d'où  est  tiré  le  terme  européen 
'bonze".  En  ch.  le  mot  bô  (fang)  ^  signifie  "quar- 
tier d'une  ville  (ou  du  palais  impérial),  hameau, 
atelier",  etc.  ;  mais  au  Japon  il  s'emploie  aussi  pour 
désigner  les  "quartiers"  ou  groupes  de  bâtiments 
dont  l'ensemble  constitue  un  monastère  bouddhique 
— ou  plus  précisément  les  habitations  des  moines 
(dites  aussi  bôsha  #réj,  bôryô  Jfifë,  etc.) — ,  d'où 
l'expression  bôzu,  lecture  en  go-on  des  caractères 
ifjî.  "maître  de  bô".  Cette  expression  paraît  avoir 
désigné  anciennement  les  supérieurs  des  monas- 
tères ;  ainsi  dans  l'Azuma-kagami  ^j^KI  vi,  on 
appelle  bôzu  le  supérieur  d'un  monastère  du  Yamato 
en  1135.  Mais  plus  tard  elle  fut  appliquée  à  tous  les 
moines  en  général,  et  le  Hogo-no-uragaki  JK"ÈS®, 
rédigé  vers  1567,  l'emploie  pour  désigner  jusqu'aux 
Novices.  Sous  les  Tokugawa,  on  appelait  bôzu,  par 
dérision,  les  vassaux  (samurai)  de  bas  rang  qui 
remplissaient  les  fonctions  de  médecins,  de  maîtres 
de  la  cérémonie  du  thé,  etc.,  parce  qu'ils  se  rasaient 
la  tête  comme  les  bonzes  ;  et  pour  la  même  raison, 
les  fillettes  au  service  des  prostituées  recevaient  le 
sobriquet  de  bôzu-kamuro  3#;Ë5fè  "chauves  comme 
des  moines".  Le  mot  bôzu  a  pris  ainsi  un  sens 
de  plus  en  plus  familier  ou  ironique.  On  l'abrège 
souvent  en  bô  ijj,  ou  avec  le  suffixe  honorifique  san 
en  bô-san,  qui  dans  la  région  du  Kansai,  ainsi  qu'à 
Nagasaki,  se  prononce  bon-san.  C'est  cette  pronon- 
ciation nasalisée  du  terme  bô  qui  paraît  expliquer  le 
■n-  du  mot  "bonze",  tel  que  le  notèrent  au  XVIe 
siècle  les  premiers  missionnaires  portugais  à  Naga- 
saki ;  Saint  François  Xavier  écrit  bonzo,  bonso, 
correspondant  sans  doute  à  une  prononciation  jap. 
bonzu  ;  mais  Richard  Cocks,  qui  visita  Edo  (Tôkyô) 
au  début  du  xvne  siècle,  donne  boze,  bose,  formes 
qui  rendent  bien  la  prononciation  bôzu  du  Kantô 
(cf.  Yule-Burnell,  Hobson-Jobson  105).  Le  mot  bô, 
Ou  son  diminutif  bocchan  tfjj-  Y  >,  s'emploient 
encore  de  nos  jours  comme  appellation  familière  des 
petits  garçons,  dont  c'était  autrefois  la  coutume  de 
raser  le  dessus  de  la  tête  ;  à  Kyoto  on  trouve  le 
diminutif  bon-bon  4C>$C>,  où  reparaît  le  -n-  de 
notre  mot  "bonze" 

BU  |$,  Section.  Terme  qui  correspond  aux  mots 
sk.  varga  (catégorie,  section  d'ouvrage,  etc.),  nikâya 
(école,  secte),  kula  (groupe),  etc.,  et  entre  dans 
diverses  expressions  numériques  comme  les  sui- 
vantes : — Ryôbu  Mffî,  les  deux  Sections  ou  variétés 
de  Cercles  es.  :  Plan  de  Diamant  et  Plan  de  Matrice  ; 
cf.  *Mandara,  etc. — Sambu  Hpfl,  les  trois  Sections  ou 
clans  (sk.  kula)  du  Plan  de  Matrice  :  Section  de.B.,  de 
Lotus,  de  Diamant;  cf.  *Taizôkai  ; — désigne  aussi 
trois  méthodes  d'Onction,  cf.  *Kanjô  ; — trois  sortes  de 
Libation,  cf.  *Goma; — et  différents  groupes  de  trois 
sûtra,  cf.  *Sambukyô  —  Shibu  HoP,  shibushu  ~^£, 


etc.,  les  quatre  Assemblées  constituant  la  Commu- 
nauté, cf.  *Shu  ; — désigne  aussi  un  groupe  de  quatre 
sûtra  (shibukyô'PgSIJiK),  cf.  *Sambukyô.— Gobu  SâP, 
les  cinq  Sections  du  Plan  de  Diamant  correspondant 
aux  cinq  B.  et  aux  cinq  Connaissances  :  Section  de 
B.,  de  Diamant,  de  Joyau,  de  Lotus,  d'Acte  ;  cf. 
*Kongôkai  ; — aussi  les  cinq  écoles  du  P.V.  qui 
possédaient  chacune  un  Vinaya  particulier  :  Dharma- 
gupta,  Sarvâstivâdin,  Mahîsâsaka,  Kâsyapîya,  Vâtsî- 
putrîya,  cf.  *Shôjô  ; — cinq  méthodes  de  Libation, 
cf.  *Goma. — Hachibu  Aqft,  huit  Assemblées,  cf. 
*Hachibushu  ASP3fc  — Kubu  jifâ,  jûnibu[kyô]  -f- 
— t$[|xiL  les  neuf  ou  douze  catégories  entre  les- 
quelles sont  traditionnellement  répartis  les  textes 
sacrés  du  P .V —Jûhachibu  +A§ft,  nijûbu  Zl+ê(5, 
les  dix-huit  et  les  vingt  écoles  (sk.  nikâya)  du  P.V.  ; 
cf.  *Shôjô. — Nijûgobu  Zl+JL^Î,  les  vingt-cinq  Sec- 
tions du  Plan  de  Diamant,  obtenues  en  attribuant 
cinq  Connaissances  secondaires  à  chacun  des  B.  qui 
représentent  les  cinq  Connaissances  principales 
Hizk.  11. — *Nijûhachibu[shu]  Zl+Awl$[^],  vingt- 
huit  Assemblées  ;  cf.  article  spécial. — Rokujûrokubu 
7\-\r/\e$,  les  soixante-six  exemplaires  du  Hokkekyô 
(Saddharmapundarîkasûtra)  que  les  pèlerins  japo- 
nais reçoivent  de  soixante-six  temples  différents  ; 
souvent  abr.  en  rokubu  Aqft. — Termes  composés. 
— Bugyô  ffîfi  "pratiquant  en  groupes",  sk.  varga- 
cârin,  une  des  deux  sortes  de  B.-pour-soi  ;  cf.  *En- 
gaku. — Bumo  gjJ^J:  "mère  de  Section",  bushu  §P£ 
"président  de  Section",  personnages  présidant  aux 
Sections  des  Cercles  es. — Bushu  désigne  aussi  les 
patriarches  fondateurs  des  écoles  du  P.V. — Btishû 
q$$t  "[opinions]  soutenues  par  les  écoles"  du  P.V.  ; 
cf.  le  titre  de  Tt.  2033. 


BUCHAKUKONGÔ  #flU&HlJ,  nom  d'un  des 
huit  grands  Rois  de  Science  (cf.  *Myôô).  Pour  le 
premier  élément  de  ce  nom,  Buchaku,  litt.  "pas"  + 
"lancer",  Tt.  1232  donne  une  te.  hannanôkesshiha 
M#$iilin$:#£  [pour  le  second  caractère,  on  trouve 
une  var.  han  f&t  fautive],  qui  semble  recouvrir  un 
original  sk.  padânârh  ksepa  "lancement  des  pieds" 
(?).  T.  965  fait  de  ce  personnage  une  manifestation 
du  Bs.  Samantabhadra,  et  en  donne  la  description 
suivante  :  Dans  la  main  droite  il  tient  un  dais,  dans 
la  gauche  un  Diamant  [foudre  à  trois  dents]  ;  son 
corps  à  la  couleur  de  l'Espace  [azur]  et  émet  une 
flamme  éclatante  [cf.  fig.  62].  Ce  type  est  figuré  Asbs. 
v  (2020),  Jksh.  VIII.  Tt.  1232,  qui  est  un  Rituel  de 
Buchakukongô,  indiquant  toutes  sortes  de  Formules 
et  de  Sceaux  pour  les  cérémonies  es.  qui  lui  sont 
consacrées,  décrit  en  détail  un  type,  également  assis, 
à  vingt  bras  :  son  corps  est  de  couleur  bleue  ;  il 
écrase  un  Mâra  bleu  à  quatre  bras  ;  il  est  flanqué 
de  deux  Garçons  de  Diamant,  de  couleur  rouge. 
Aucune  représentation  de  ce  second  type  n'a  été 
conservée  au  Japon. — D'après  Asbs.  v  et  Jskh.  vin, 


BUCHAKUKONGÔ 


148 


BUCCHÔ 


Fig.  62.  Buchakukongô. 
D'apiès  un  destin  de  Shinkaku  (fn8o),  reproduit  dans  Zuzôshûko. 

son  Germe  est  hûrh,  et  sa  Forme  de  Convention  le 
Diamant   (foudre)    à   trois    dents. 

BUCCHÔ  $fc]g,  sk.  Buddhosnîsa,  Usnîsarâja, 
etc.  Nom  de  divers  personnages  es.  personnifiant  la 
Protubérance-crânienne  du  B.  (cf.  *Chôsô  Util}), 
un  des  Caractères  du  Grand  Mâle  (cf.*  Sô  ifg), 
manifestation  et  symbole  de  la  Connaissance  qui  le 
distingue.  Dans  les  textes  comme  dans  l'icono- 
graphie, ces  personnages  sont  souvent  associés  en 
groupes,  de  nombre  variable  ;  dans  le  présent 
article  il  ne  sera  question  que  de  ces  groupes,  des 
articles  spéciaux  étant  réservés  à  ceux  des  Bucchô 
qui  ont  assez  d'importance  et  d'invidualité  pour 
être  traités  comme  des  personnages  indépendants 
(cf.  *Byakusangaibucchô,  *Daibucchô,  *Kinrimbuc- 
chô,  *Shijôkôbucchô,  *Sonshôbucchô).  Ils  sont 
souvent  représentés  sous  l'apparence  de  Rois  Tour- 
nant-la-roue, l'épithète  de  Rinnô  $i3E  étant  fré- 
quemment accolée  à  leurs  noms. — Trois  Bucchô. 
— Un  groupe  de  trois  Bucchô  figure  à  la  droite 
(c'est-à-dire  au  Nord)  de  Sâkyasirhha,  à  l'est  du 
Cercle  du  PI.  M.  décrit  par  le  Mahâvairocanasûtra 
T.  848  1  (7  c),  qui  leur  donne  les  noms  suivants  : 
(1)  Kôdai  Uc;*;  "vaste  et  grand"  [sk.  Mahosnîsa,  cf. 
te.  Sfdk.  125]  ;  (2)  Gokkôdai  @^^C  "très  vaste 
et  grand"  [sk.  ?]  ;  (3)  Muhehonjô  $§y|Hli?  "voix 
au  son  infini"  [sk.  Anantasvaraghosa,  cf.  te.  Sfdk. 
260].  Mais  dans  le  Cercle  spécial  de  Sâkyasirhha 
décrit  ib.  v  (35),  ils  reçoivent  les  noms  suivants  : 


(1)  Kôshô  J^£  "vaste-produit"  ;  (2)  Hosshô  H£ 
"émis-produit",  ou  Geita  %%>  [sk.  Abhyudgata,  te. 
Sfdk.  260]  ;  (3)  Muryôshô  MmM  "voix  infinie". 
Dans  le  cm.  Ttt.  1796  xvi  (743  c),  leurs  noms  sont 
encore  différents  :  (1)  Ezûdaibucchô  -#JS^#IM 
"grand  Bucchô  syncrétique"  ;  (2)  Abihosshô  pBfji 
H£  [sk.  Abhyudgata]  ;  (3)  Muryôon  ^ft^  "son 
infini".  Ce  cm.  ajoute  que  (1)  a  pour  Sceau  (c.-à-d. 
pour  attribut)  le  Diamant,  (2)  le  Lotus,  et  (3)  la 
Conque  ;  et  ib.  v  (634  a)  leur  assigne  respectivement 
les  couleurs  (1)  blanche,  (2)  jaune  et  (3)  rouge  [cf. 
aussi  Tt.  850  (76  b),  852  (138  a),  973  (378  b)],  en 
spécifiant  qu'ils  personnifient  la  Protubérance-crâ- 
nienne comme  symbole  des  vertus  de  chacune  des 
trois  sections  du  PI.  M.  :  (1)  section  de  B.,  (2)  section 
de  Diamant  et  (3)  section  de  Lotus.  D'après  Tt. 
973  (378  b),  on  peut  aussi  les  interpréter  comme 
représentant  respectivement  (1)  les  Défenses,  (2)  la 
Concentration  et  (3)  la  Sapience. — D'après  Dns. 
vu  (376  b),  les  trois  Bucchô  ont  pour  Germe-commun 
la  syllabe  hûrh  ;  mais  dans  Tt.  850  (77  et  89),  leurs 
Germes  sont  les  suivants  :  (1)  srûrh,  (2)  trârh,  (3) 
hûrh. — Cinq  Bucchô. — Le  groupe  le  plus  connu 
est  celui  des  cinq  Bucchô  qui,  comme  les  précédents, 
figurent  à  la  fois  à  l'Est  du  Cercle  du  PI.  M.,  à  la 
gauche  de  Sâkyasirhha  T.  848  1  (7  c),  et  dans  le 
Cercle  spécial  de  Sâkyasirhha  ib.  v  (35  a).  Le  Mahâ- 
vairocanasûtra T.  848  (loc.  cit.)  en  donne  la  liste 
suivante  [les  indications  entre  crochets  sont  tirées 
du  cm.  Ttt.  1796  v  (633  c-634  a)  et  xvi  (743  c)  ;  pour 
les  noms  sk.,  cf.  aussi  Tt.  850  (89)]  :  (1)  *Byakusan- 
gai  Él^H  "Parasol  blanc"  [sk.  Sitâtapatra  ;  Parasol 
blanc  ;  couleur  or]  ;  (2)  Shô  ^  "Victorieux"  [sk. 
Jaya  ;  épée  ;  couleur  safran]  ;  (3)  Saishô  f||^  "Vic- 
torieux suprême"  [sk.  Vijaya,  cf.  *Biseiya  ;  Roue  ; 
jaune  clair]  ;  (4)  Kaju  tKM  ou  Kôju  %%.  "masse 
de  flamme"  [sk.  Tejorâsi  ;  Chignon  ;  blanc]  ;  (5) 
Shajo  Jjjy[$;  "qui  écarte"  ou  Joshô  |^|^  "écartant  les 
obstacles"  [c'est-à-dire  les  Passions  ;  sk.  Vikîrna, 
Vikrana,  cf.  *Bikirana  ;  Croc;  blanc  "peu  profond"]. 
Dans  T.  848  v  (35  a)  et  cm.  Ttt.  v  (633-634  a), 
l'ordre  de  (4)  et  (5)  est  interverti. — D'après  Ttt.  1796 
v  (633  c-634  a),  ces  personnages  représentent  les 
cinq  Connaissances  (cf.  *Chi)  du  Tg.  Sâkya,  et  sont 
figurés  sous  l'apparence  de  Rois  Tournant-la-Roue 
parce  que  parmi  toutes  les  Vertus  du  Tg.  ces  Con- 
naissances sont  prééminentes  comme  des  Rois  Tour- 
nant-la-Roue. Toutefois,  ajoute  ce  cm.,  ils  n'ont  des 
Rois  Tournant-la-Roue  qu'un  Caractère,  celui  de 
la  Protubérance-crânienne  "double"  (protubérance 
de  chair  surmontée  d'une  touffe  de  cheveux)  ;  pour 
le  reste  ils  sont  figurés  comme  des  Bs. — I  b.  x  (686 
c)  assigne  à  chacun  des  Cinq  Bucchô  des  syllabes- 
Germes  qu'un  autre  cm.,  Dng.  vu  (376  b-377  a), 
interprète  comme  suit  :  (1)  Sitâtapatra  :  larh,  "Com- 
passion" ;  (2)  Jaya  :  sa,  "Apaisement"  (sk.  sânti)  ; 
(3)  Vijaya  :  sî,  "Lotus  de  la  Loi"  (sk.  Saddharma- 


I 


Tecfgai  ?m 

(Dais) 


Hôkô  Wt 

O'cjorâsi) 


kt 


Jôgoten  iff5>; 
(Suddhavâsadeva 


Hosshô  *£ 
(Àbhyudgata) 


(Jôzanze  P$^.1tt 
(Trailokyavijaya) 


'M 


Dainichi  :*B 

(  Vairocana) 


Sonshô  SjtU5 
(Vikîran») 


Kôro  »* 
(Briile-parfum) 


-  Muhenjô   ml&& 
(Anantasvaraghosa) 


Saishô  fil 
(  Vi  jaya) 


Kôshô  3f.t£ 
(JVlahosrjûça  ) 


Fudô   *fc<; 
(Acab) 


148 


a.  ajo 


(«iaC) 


(b'W 


fît.  1796^ 
Buddhosnî 

personnifiant  la 

(cf.  *chôsô  mffl), 

(cf.*   Sô  ffl), 
de  la  Connaissance 

sont 

variable  ;    dans 


.>.   obuH 


group 

articK 

articii 

qui    1 

être    : 

(cf.  •] 

chô, 

souvent  p.  (KiaaA) 

nant-ia-ro! 

quetri! 

et 

le  du  PI.  M. 

oms  suivants  : 

Ylahosnîsa,  cf. 

^AÇ*    "très    vaste 

^JÉHH  "voix 

i,  cf.  te.  Sfdk. 

imha 

.  ants  : 


Jït/fc  "vaste-produit";  (2)    Hosshô  $$£ 
i'§£   [sk.  Abhyudp 
"voix    il 
3  c),  leurs  non 
laibucchô    fëjfà  kfàl 

(2)  Abih 
luryôon  ■$ 
a  pour  Sceau  : 
le   Diari  le   Lotus 

Conque  ;  et  ib.  v  (1  •-  assigne  resp 

les  couleurs  (1)  blanche,  (2)  jaune  et  (3)  roui 
Bi  Tt.  850  (76  b),  852  (138  a),  073  (37* 
I  spécifiant  qu'ils  personnifient   la   Protubérar 
•  nienne  comme  symbole  des  vertus  de  chacune  à* 
I  trois  sections  du  PI.  M.  :ife)tfç,Ç,îiQn;  de  B.,  (2) 
j  de   Diamant  et  (3)  secfc^dfcrffoaèjs.    D ap 
3    (378    b),    on    peut    aussi  les  interprète. 
JW$  ôjJôh;  représentant  respectivement  (1)  les  Défenses, 
(iUioiaT)    Concentration    et    (3)    la    Sapience. — D'après 
vu  (376  b),  les  trois  Bucchô  ont  pour  Germe-c; 
la  s?  Kins  rPt.  850  (77  e; 

,..  iits  :   (1)   srum,  (2)  tran 

nq    tïuccliô. — Le  groupe  le   plus   ( 
,ô  qui,  comme  les  pi 
figurent  à  la  fois  à  l'Est  du  Cercle  du  PI 
gauche  de  Sâkyasimha   T.    848    1    (7  c),  et  da 
Cercle  spécial  de  Sâkyasimha  ib.  v  (35  a).  Le 
iûtra    1  .  848  (loc.  citv)  en  donne  i 
**  crochets  son 

[  (743  c) 
(  1)  •Byal 
îtapatj 
blan  $    "Victo: 

;  ;  (3)  Saishô  jj|t£ 
Vijaya,  cf.   *Biseiya  ; 
■  ■ir]f^    Kaju    >XÂ  ou  Kôju  jt%  ' 
de   flamme'^,    Tejorâsi  ;    Chignon;    blanc 
Shajo  f£|i£  "qui  écarte"  ou  Joshô  ^{îg  "écart- 
obstacles"    [c'est-à-dire    les    Passions  ;    sk.    Y 


.'  dans  /.uzôshilko. 

in  le  j 

BX  irfjifiu.Cl 


on  que  dv  .  des 

^l'!!Mïh    Vikrana»  cf-  *B»kirana  ;  Croc  ;  blanc  "peu  pro 
Bvidualitépour  '  Dans  T.  848  v  (35   a)  et  cm.   Ttt.   v   (6; 
nages   indépendants  j  l'ordre  de  (4)  et  (5)  est  interverti. — D'après  Ttt 
iô.  *Kinrimbuc-  !  v  (633   c-634  a),   ces   personnages  représenter 
...     Ils     sont  j  cinq  Connaissances  (cf.  jf^iJs^JiU^Tg.  Sâkya,  e 
ence  de  Rois  Tour-  ;  figurés  sous  rapparencrj^i^«^iùfiri^ournant-la- 
"ô    $$;£    étarrl*!^-31    p;;rce  que  parmi  toutes  les  Vertus  du  Tg.  ces 
Trois   Buccrïo.      naissances  sont  prééminentes  comme  des  Rois  ' 
nant-la-Rouc  joute  ce  cm.,  ils  n'oi 

qu'un    Caractère 

t>le"    (protubé 

de  cheve 

les  Bs. — I  b.  S 

iucchô  des  syll 

Germes   qu'un   au'  ;  )ng.  vu  (376  b-3"; 

interprète  comi  Sitâtapatra  :  larh,  "I 

passion";  (2)  Java:   sa,   "Apaisemer 

:  sî,  "Lotus  de  la  Loi"  (sk.  Saddh. 


droite 


PLANCHE  XI 


LES  HUIT  BUCCHO. 

Cercle  dit  de  Vikîrna  (Sonshô-mandara  ft8S3fS). 
Planche  extraite  de  V Asabasho ,  chafi.  III. 


BUCCHÔ 

pundarîka,  sa°  plus  le  signe  de  l'î  qui  figure  les 
étamines),  représente  la  longévité  et  les  Supersavoirs 
es.  du  Tg.  ;  (4)  Tejorâsi  :  trîrh,  qui  signifie  "Ainsité 
Immaculée,  Roue  du  Feu"  ;  représente  l'éclat  de 
la  Sapience  et  de  la  Concentration  du  Tg.,  qui 
détruit  les  ténèbres  ;  (5)  Vikîrna  :  hrîrh,  signifiant 
"délivré  des  Facteurs",  représente  les  Supersavoirs 
de  Sécurité  du  Tg. — Les  mêmes  couleurs  leur  sont 
assignées  dans  Tt.  852  (120).  Mais  dans  Tt.  973 
(378    b),    on   trouve   une   autre    liste    de   couleurs  : 

(1)  blanc,  (2)  jaune,  (3)  rouge,  (4)  bleu,  (5)  noir,  et 
d'après  ce  même  texte  (372  a)  les  cinq  Bucchô  re- 
présentent les  cinq  Connaissances  non  du  B.  Sâkya, 
mais  de  Vairocana,  qui  porte  les  Bucchô  dans  sa 
coiffure. — Dans  une  autre  série  de  textes,  T.  950 
(149  b),  T.  951  (230  b),  T.  952  (266  a),  T.  953  (290 
c),  où  Vijaya  est  désigné  par  l'épithète  d'Ekâksara 
(cf.  *Kinrimbucchô  et  *Biseiya),  le  quatrième  des 
cinq  Bucchô,  Vikîrna,  est  remplacé  par  Kôbucchô 
i'.'.'j  f''!'M  "l'élevé"  [probablement  sk.  Unnâtosnîsa, 
cf.  T.  1191  v  (855  a,  27-28)]. — Dans  le  Cercle  de 
•Sonshôbucchô  MM$>lk  (  =  Vikîrna)  décrit  Tt. 
973  (381  b),  les  cinq  Bucchô  apparaissent  montés 
sur  des  Garuda  qui  étendent  leurs  ailes  et  lèvent 
une  patte  pour  arracher  le  cerveau  des  Dragons. 
— Les  Sceaux  des  cinq  Bucchô  sont  décrits  Tt.  850 
11  (76  c),  Tt.  853  11  (159  b),  T.  950  m  (209  b).— 
Tejorâsi  est  mentionné  séparément  T.  901  1  (970  b) 
comme  un  Bs.  qui  apparaît  dans  l'auréole  de  la  Pro- 
tubérance-crânienne du  B.  Sâkyamuni  au  moment 
où  celui-ci  pratique  la  Compassion  ;  ce  Bs.  prononce 
un  Charme  qui  fait  disparaître  Hayagrîva  (cf.  *Batô- 
kannon),  en  faveur  duquel  Avalokitesvara  inter- 
vient ;  le  B.  prononce  alors  un  Charme  qui  anéantit 
Tejorâsi. — Huit  Bucchô. — Groupe  constitué  par 
l'ensemble  des  deux  précédents  (cinq  Bucchô  +  trois 
Bucchô).  L'expression  "huit  Bucchô"  se  rencontre 
par  exemple  Ttt.  1796  v  (634  a),  Dng.  IV  (314  b), 
appliquée  à  l'ensemble  de  ces  deux  groupes  en  tant 
qu'ils  se  rattachent  à  Sâkyasirhha.  Mais  dans  le 
Cercle  de  Mahosnîsa  (*Daibucchô)  T.  965  (339  c) 
et  dans  celui  de  Vikîrna  (*Sonshôbucchô)  Tt.  973 
(376  a),  les  huit  Bucchô  sont  groupés  autour  de 
Vairocana,  dont  T.  965  les  présente  comme  des 
émanations  ;  leurs  noms  et  leurs  attributs  sont  du 
reste  les  mêmes  que  dans  les  deux  groupes  ci-dessus 
décrits  [les  couleurs,  qui  diffèrent,  ne  sont  indiquées 
que  dans  T.  965]  :  (1)   Sitâtapatra,  parasol,  blanc  ; 

(2)  Jaya,  épée,  bariolé  ;  (3)  Vijaya,  Roue,  vert  ;  (4) 
Vikîrna,  Croc,  rouge  ;  (5)  Tejorâsi,  Protubérance- 
crânienne,  rouge  clair  ;  (6)  Mahâ,  Diamant,  jaune 
dans  cercle  bleu  ;  (7)  Abhyudgata,  Lotus,  jaune  ; 
(8)  Anantasvaraghosa,  Conque,  violet.  Tous  sont 
assis  sur  des  lotus  de  leur  couleur  ;  et  d'après  Tt. 
973  chacun  porte  dans  sa  coiffure,  comme  Vairocana 
lui-même,  cinq  petits  B.  personnifiant  les  cinq 
Connaissances. — Dans  T.  965  (339  c-340  c)  Vairo- 


149 


BUCCHÔ 


cana,  se  manifestant  sous  l'apparence  d'un  "Bucchô 
syncrétique",  Shôissaibucchô  $jJ-H|U$|j]îî,  entouré 
des  huit  Bucchô  (cf.  inf.  Neuf  Bucchô),  voit  ap- 
paraître devant  lui  les  huit  grands  Bs.  (Vajrapâni, 
Manjusrî,  Âkâsagarbha,  Maitreya,  Avalokitesvara, 
Ksitigarbha,  Sarvanîvaranaviskambhî.  Samantabha- 
dra,  cf.  Mvy.  645-652),  qui  actualisent  à  leur  tour 
les  huit  grands  Rois  de  Science  (cf.  *Myôô).  Se 
fondant  sur  ce  texte,  les  auteurs  japonais  établissent 
un  système  de  correspondance  entre  les  huit  Bucchô, 
les  huit  grands  Bs.  et  les  huit  Rois  de  Science  Asbs. 
m  (960),  Kkzs.  1  (286)  ;  c'est  sur  ce  système  que 
repose  une  des  variétés  du  Cercle  dit  de  Daibucchô 
XWM%S&%k  (cf.  *Daibucchô).— Dans  le  Manju- 
srîmûlakalpa  T.  1191  (cf.  Przyluski,  BEFEO  XXIII, 
310),  les  Bucchô  (sk.  Usnîsarâja)  figurent  dans  les 
deux  Assemblées  dites  des  Tg.  et  du  Lotus,  à  la 
tête  des  Rois  de  Science  (sk.  Vidyârâja)  sur  lesquels 
ils  ont  la  même  prééminence  que  les  Rois  Tournant- 
la-Roue  sur  de  simples  Rois.  Pour  un  Cercle  de 
Sâkyamuni  que  décrit  cet  ouvrage  (Przyluski,  loc.  cit. 
314),  le  texte  sk.  donne  la  liste  suivante  des  huit 
Usnîsarâja  [cf.  T.  1191  v  (855  a,  27-28)]  :  (1)  Ca- 
kravartî,  ch.  Dairimbucchô  ^C$iJ|5]M>  (2)  Usnîsa,  ch. 
Sonshô  Hlgffîi-,  (3)  Abhyudgata,  ch.  manque,  (4) 
Sitâtapatra,  ch.  Byakusangai  Él^la.»  (5)  Jayosnîsa, 
ch.   Saishô  Ht|j|$f  (?),  (6)  Kamalosnîsa,  ch.  manque, 

(7)  Tejorâsi,  ch.  Kôju  3£UI,  (8)  Unnâta,  ch.  Ko  jjtî. 
— Neuf  Bucchô. — Les  huit  Bucchô  groupés  autour 
du  "Bucchô  syncrétique",  Shôissaibucchô  ^-^^33^ 
Hf,  qui  les  manifeste  et  n'est  lui-même  qu'une  forme 
de  Vairocana  T.  965  (cf.  sup.).  Dans  T.  867  (263) 
un  personnage  analogue,  Issaibucchôrinnô  — '$$$ 
BéHÉ  3Î,  apparaît  dans  le  Cercle  de  la  Mère-de-B. 
Vajrasrî  qui  est  elle-même  une  émanation  de  Vajra- 
sattva  ;  le  Sceau  de  ce  personnage  est  décrit  Tt.  850 
11  (76  c)  et  851  (103  c).  Parfois  dans  l'iconographie 
japonaise  le  9e  Bucchô  est  appelé  Henjô  JU^ 
"omni-lumineux"  Asbs.  m  (863)  [le  Sceau  d'un 
personnage  de  ce  nom  est  décrit  Tt.  954  (312  a)], 
ou  encore  c'est  le  Tg.  Vairocana  lui-même  qui  est 
joint  aux  huit  Bucchô  ib.  989. — T.  951  (247-248) 
donne  une  liste  de  neuf  Bucchô  dits  Chôrinnôbosa- 
tsu  Hf  $M  3E  ïf  |H  (sk.  Usnîsacakravaftibodhisattva), 
qui  figurent  autour  du  B.  Sâkyamuni  comme  les 
huit  Bucchô,  mais  dont  les  noms  et  les  attributs 
(posés  sur  des  lotus  qu'ils  tiennent  chacun  dans  leur 
main  gauche)  sont  en  partie  différents  :  (1)  Ekâksâra 
(  =  Vijaya),  Roue  entourée  d'une  lame  ;  (2)  Tejorâsi, 
Cœur  du  B.  ;  (3)  Unnâta,  Roue  à  huit  rais  ;  (4) 
Sitâtapatra,  Parasol  ;  (5)  Jaya,  épée  ;  (6)  JZeizui 
t$ft$  =  Vikîrna  (?),  Bannière  ;  (7)  Ezûsanchô  ^jH 
H®  "Syncrétique  triple"  (  =  Mahosnîsa),  Diamant  ; 

(8)  Edôissaichô  '^[p1-j^0@  "Syncrétique  transcen- 
dant" (  =  Abhyudgata),  Lotus  sans  attribut  ;  (9) 
Shômuhen  ?§î4ffi}&  "son  infini"  (  =  Anantasvara- 
ghosa), Conque. — Dix  Bucchô. — Un  groupe  de  dix 


BUCCHÔ 

Bucchô  est  mentionné  Tt.  949  (190  a-b),  mais  leurs 
noms  ne  sont  pas  spécifiés  dans  les  textes  ch.  D'après 
la  tradition  jap.  Asbs.  III  (988),  il  s'agit  des  huit 
avec  l'addition  de  (9)  Zekibucchô  ^§9^111  et  de 
(10  a)  Munôshôbucchô  MnèfÊWM  ou  (10  b)  Hen- 
jôbucchô  jSRS-P'JS,  ou  bien  encore  Hmjr.  945 
des  neuf  Bucchô  ci-dessus  avec  l'addition  de  (10  c) 
Futsûbucchô  -fHiH^Bf-  Tous  ces  Bucchô  addition- 
nels sont  mentionnés  sporadiquement  dans  les  textes 
ch.,  mais  on  ne  connaît  que  leurs  Formules  et  leurs 
Sceaux,  ce  qui  rend  leur  identification  difficile  : — 
(9)  Zeki  ^§5  "Ie  destructeur"  correspond,  d'après 
sa  Formule,  au  sk.  Sarvavighnam  vidhvarhsanam 
kâra  "celui  qui  cause  la  destruction  de  tous  les 
obstacles"  T.  950  v  (218  a-b)  ;  toutefois  dans  Tt.  955 
(312  b)  cette  épithète  sk.  est  rendue  en  ch.  par 
JZeizui  t$H$>  et  c'est  au  sk.  Vikîrna  que  répond  le 
ch.  Zeki  flljgfc  [dans  T.  951  (257  b),  au  contraire, 
JZeizui  répond  à  Vikîrna]. — (10  a)  Munôshô  j&jfêffî- 
"l'invincible"  :  la  Formule  d'un  Bucchô  de  ce  nom 
est  donnée  T.  950  v  (221  b),  mais  ce  nom  ne  se  laisse 
pas  rétablir  en  sk.  ;  son  Sceau  est  décrit  ib.  (223  b). 
— (10  b)  Henjô  ;H$ft  "omni-lumineux"  ;  Sceau  et 
Formule  Tt.  954  (312  a). — (10  c)  Futsû  ^jg  "com- 
mun, syncrétique",  est  aussi  appelé  Futsûissai  ^jJH 
— -Ç(J  ou  simplement  Issaibucchô  —ÏJ]$>1M  dans  T. 
950  11  (222  c),  qui  donne  sa  Formule  et  son  Sceau, 
et  ajoute  que  "voir  ce  Sceau,  c'est  comme  voir  tous 
les  B.".  Un  Sceau  différent  est  donné  Tt.  949  (190  a) 
sous  le  nom  de  Futsû  ^jH,  avec  cette  remarque  : 
"Si  l'on  n'a  pas  le  temps  de  faire  les  Sceaux  de 
chacun  des  dix  Bucchô,  il  suffit  de  faire  ce  Sceau 
en  récitant  la  Formule  de  tous  les  Bucchô." 

BUGAKU  ||^  "danse  et  musique".  Nom  d'un 
genre  de  divertissement  de  cour  (danse  avec  accom- 
pagnement orchestral)  en  usage  dans  certains  temples 
bouddhiques  du  Japon. — Les  origines  de  la  danse 
au  Japon. — La  danse  nationale  du  Japon  ancien 
est  souvent  mentionnée  ;  mais  la  manière  de  l'exé- 
cuter ne  s'est  pas  transmise  exactement.  Elle  res- 
semblait probablement  au  Kagura  j$!£&,  la  danse 
shintoïste  qui  passe  pour  remonter  à  Ame-no-uzume- 
no-mikoto  ^c^HiÉC-pp  ;  celle-ci  l'aurait,  dit-on,  exécutée 
devant  la  grotte  de  la  déesse  du  Soleil  pour  l'attirer 
au  dehors.  Le  Kagura  se  danse  encore  aujourd'hui 
dans  les  sanctuaires  du  Shinto,  à  Ise,  à  Kasuga, 
etc.,  et  parfois  aussi  dans  les  fêtes  rustiques  à  l'oc- 
casion de  la  moisson.  La  forme  primitive  de  la 
danse  semble  avoir  consisté  en  de  simples  mouve- 
ments des  mains  et  des  pieds,  teburi  ^Jg,  ashiburi 
j^lÈÊ,  accompagnés  à  l'occasion  de  textes  chantés, 
prescriptions  divines  ou  psaumes.  Quand  il  chante, 
le  danseur  avance  le  pied  droit  et  lève  le  bras  droit. 
On  distinguait,  semble-t-il,  deux  styles  dans  la  danse, 
le  style  indigène,  hinaburi  %%§,,  et  le  style  de  la 
cour,  miyabitoburi   KÀ#K-  Des  chants,  un  certain 


150 


BUGAKU 


nombre  ont  été  transmis  par  les   Kataribe   d'Izumo 
(les    Kataribe  |§nP  étaient  des  familles  ayant  pour 
charge    de    conserver    par    transmission    les    récits 
historiques).    D'autres    sont     désignés     comme     les 
chants  de  Kume,  Kume  no  uta  ;Xyjv3fe  (Kume  est 
un  nom  de  lieu)  ;  on  les  exécute  en  battant  la  mesure 
de  la  main,  tabakari   ^Ht,  c.-à-d.  qu'on  claque  des 
mains   plus   ou   moins  vite    pour    rythmer    la    voix. 
Les  instruments  sont  le  wagon  $1^  "luth  du  Japon", 
à    huit   cordes  ;    la    sonnette,    suzu    §p,    simple    ou 
multiple,  et  les  claquettes  de  bois,  hyôshigi  tÔ"?"^» 
pour  marquer  le  temps. — Pièces  purement  japo- 
naises.— D'après    le    Ryô-no-shûge    ^MiW    en   30 
volumes,    composé    dans    l'ère    Engi    (901-923)  par 
Koremune    Naomoto   tJt?r;j^L^, — qui  est   un    com- 
mentaire (le  second   en  date)  sur  le   Taihô-ritsuryô 
^Wft^*>  Ie  Code  de  la  période  Taihô,   publié  en 
700, — dans  le  passage  où  il  explique  le  règlement  du 
Bureau  de  la  Musique  Noble  (Gagakuryô  ÏH^^), 
les  danses  musicales  étaient:  (1)  Kume-no-mai  fK%t 
|5f  ;  (2)  Gosetsu-no-mai  Jifnîlf  ;  (3)  Ta-no-mai  [HH  > 
(4)  Yamato-no-mai  f|||î|  ;  (5)  Tatabushi-no-mai  |^'^ 
|5|  ou    Kishi-no-mai  ^ itll  ;    (6)   Tsukushi-no-mai 
3£$t||. — (1)  Kume  est  le  nom  d'une  famille  que  la 
tradition  fait  remonter  à  Amatsukume   XP^&Jft  et 
à  ôkume  ^C^Vyjt,  personnages   qui  accompagnèrent 
le  dieu  Ninigi-no-mikoto  JgArffi^  lors    de  sa  des- 
cente sur  terre   dans  la  province    de   Hyûga    0  [pj . 
Elle  était  chargée  de  protéger  la  famille  impériale  et 
possédait  des  danses  et  des  chants  qui  se  sont  trans- 
mis jusqu'à  nos  jours.  La  danse  de  Kume  est  géné- 
ralement   exécutée    par    quatre    danseurs,    secondés 
par   deux   ou   trois   chanteurs   et   quatre   musiciens. 
Des  trois  chants  de  Kume  qui  nous  sont  parvenus, 
les  deux  premiers  sont  des  poèmes  attribués  à  Jimmu 
'Pl'iKi  Ie  premier  empereur,  et   le  troisième  est  un 
hymne  en  son  honneur.  (2)   Gosetsu  peut  signifier 
"les   cinq   fêtes   de   l'année"  :    (a)    Nouvel-An  ;   (b) 
fête  des  fleurs  de  pêcher,  le  3  de  la  3e  lune  ;  (c)  fête 
des  iris,  le  5  de  la  5e  lune  ;  (d)  fête  du  Tisserand 
(l'étoile  Vega),  le  7  de  la  7e  lune  ;  (e)  fête  des  chry- 
santhèmes, le  9  de  la  9e  lune.  Mais  il  paraît  s'agir 
plutôt    d'une    danse    d'origine    chinoise,    les    mots 
gosetsu  devant  s'entendre  au  sens  de  "cinq  modula- 
tions". Cette  danse  est  exécutée  par  des  jeunes  filles 
lors    des  cérémonies  après  l'Intronisation    (Daijô-sai 
~X1Ê%&)    et    à    la    Moisson     (Niiname-sai     $?'$"!&)  î  j 
cette  dernière  a  lieu  chaque  année  à  la  11e  lune,  le  ; 
premier  jour  de  la  Vache  (ushi-no-hi  3tB)-   L'ex-  ,| 
pression  gosetsu  est  expliquée  comme  suit  dans  le 
Honchôgetsurei  ^^j^-fr,  cité  Ksdj.  :  "On  l'appelle  I 
danse  des  cinq  modulations  parce  que  les  danseuses 
lèvent  leurs  manches  de  cinq  façons  différentes.   Il 
est   dit   dans    un   ouvrage   chinois,    le    Sôgozuihitsu 
i^fê[5a$  '■  La  première  année  du  duc  Shô  (Tchao) 
BS&,  Ie  duc  demanda  si  les  femmes  pouvaient  être 
autorisées  à  s'approcher:  "Soyez  modéré  [setsu  fâi]  !  ' 


PLANCHE     XII 


1.    Byakusangai 
(Sitâtapatra) 


2.    Shô  m 
(Jaya). 


3.     Saishô  M 
(Vijaya). 


4.    Kaju  'KM 
(Tejorasî). 


5.    Shajo  m. 
(Vikîrna). 


6.    Kôshô  H* 
(Mahosnîsa). 


7.     Gokkô  fëH 
(Abhyudgata). 


8.     Muhennon  *É>§1? 
(Anantasvaraghosa). 


A.  LES  HUIT  BUCCHO  DU  PLANT  DE  MATRICE. 
Cercle  conserve  au  Ninnaji  fcfiJ^F  près  de  Kyoto. 


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B.  LES  HUIT  BUCCHO  DU  PLAN  DE  MATRICE. 
Cercle  conservé  au  Tdji  %$,  Kyoto. 


Bl'CAKU 


151 


BUGAKU 


lui  fut-il  répondu.  "La  musique  des  anciens  rois 
avait  pour  but  d'enseigner  la  modération  en  toute 
chose.  C'est  pourquoi  il  y  a  cinq  modulations  (goses- 
shô  7i"  ?!?!§?•)  :  lente  (chi  )g),  rapide  (soku  $§),  princi- 
pale (hon  2Js:),  dérivée  (matsu  5^)  et  de  ton  moyen 
(chûshô  4J §£)•  Il  ne  faut  Pas  jouer  de  mélodies  plus 
basses  que  le  ton  moyen."  Il  semble  difficile  d'iden- 
tifier à  ces  "cinq  modulations"  les  cinq  façons  de 
lever  les  manches  dans  la  danse  Gosetsu  ;  mais  cette 
danse  n'a  vraisemblablement  aucun  rapport  avec 
les  cinq  fêtes  de  l'année.  Il  existe  d'autre  part  une 
cérémonie  dite  Gosetsu-sadame  ILfîp/Ë,  au  cours 
de  laquelle  des  danseuses  se  présentent  devant 
l'empereur.  (3)  Ta-no-mai  est  probablement  identi- 
que au  Oharida-no-mai  qui  débuta  dans  le  palais 
de  Shôtoku  Taishi  WiMX^  situé  à  Oharida  /bUffl, 
en  Yamato.  Dans  la  12e  année  de  l'empereur  Temmu 
(684),  des  familles  spéciales  de  chanteurs  et  de 
joueurs  de  flûte  furent  chargées  de  se  transmettre 
cette  danse.  C'est  elle  qui,  en  se  transformant,  devint 
plus  tard  le  Dengaku  ffl^l,  si  populaire  après  la 
période  de  Kamakura.  (4)  Yamato-no-mai  est  une 
forme  antique  de  danse  japonaise,  mais  tout  ce 
qu'on  sait  à  son  sujet,  c'est  qu'elle  fut  exécutée  pour 
la  première  fois  en  718,  et  qu'elle  était  pratiquée 
surtout  aux  environs  de  la  capitale.  Deux  chants 
accompagnant  cette  danse  nous  sont  parvenus.  (5) 
Tatebushi-no-mai  porte  aussi  le  nom  de  Kishi-no- 
mai  "danse  des  bons  chevaliers",  au  témoignage  du 
Shakunihongi  fp  0  :fc&E,  commentaire  sur  le  Nihongi. 
Les  danseurs,  au  nombre  de  dix,  tiennent  de  la  main 
gauche  un  bouclier  et  de  la  droite  une  épée  ;  cinq 
d'entre  eux  étaient  de  la  famille  Hashi-no-Sukune 
iCTfB'ipS  et  cinq  de  la  famille  Fumi-no-Imiki  >C,gc 
tJ*.  Elle  fut  exécutée  pour  la  première  fois  devant 
le  cercueil  de  l'Empereur  Temmu,  en  686.  (6)  Tsu- 
kushi-no-mai  est  sans  doute  originaire  de  Kyûshû, 
la  partie  septentrionale  de  cette  île  étant  connue 
sous  le  nom  de  Tsukushi. — Il  y  a  en  outre  une  danse 
spéciale  pour  le  Nouvel-An,  le  Manzairaku  f^^^â  ; 
i  la  fin  d'une  des  figures  de  cette  danse,  les  danseurs 
poussent  le  cri  de  Mannen-arare  ^7?u  "Dix 
mille  années  de  vie  !",  après  quoi  ils  se  mettent  à 
:ourir  d'un  pas  de  course  particulier  qui  est  appelé 
Arare-bashiri  ou  encore  Tôka  S§^. — Après  l'ère 
Pempyô  (729-748),  il  y  eut  des  danseuses  pour 
exécuter  les  danses  musicales,  et  le  genre  devint 
îinsi  de  plus  en  plus  populaire.  Une  danse  de  nains, 
:omme  il  y  en  avait  dans  la  Perse  et  l'Asie  Centrale, 
fut  aussi  admise  au  temps  de  l'Empereur  Temmu 
^673-685).  Toutes  ces  formes  de  "danse  et  de  musi- 
que" se  combinèrent  pour  former  pendant  la  période 
de  Kamakura  des  spectacles  musicaux  de  nature 
populaire  comme  le  Dengaku  03$!,  le  Saibara  -fg$5 
H,  le  Sarugaku  %($&  lequel  est  une  sorte  de  Dôkegi 
iÙiflS0Jc  "pièce  comique".  Plus  tard  encore,  à  l'époque 
ies  Ashikaga,  elles  aboutirent  à  deux  types  :  le  drame 


classique,  Nô  |g,  et  la  farce,  Kyôgerç  ££ti\ — Influ- 
ences étrangères. — Ce  développement,  au  reste, 
s'était  fait  en  partie  sous  l'influence  des  civilisations 
voisines.  La  preuve  en  est  dans  l'inventaire  du  per- 
sonnel dépendant  du  Bureau  de  la  Musique  Noble 
pendant  l'ère  Yôrô  (717-723);  les  sections  de  ce 
Bureau  sont  alors  :  Tô  (T'ang)  J|j  (Chine),  Koma 
It&'tfM,  (Kokourye,  Corée  septentrionale),  Kudara 
IS'JM  (Paiktjyei,  Corée  du  Sud-Ouest),  Shiragi  ffî|j|= 
(Silla,  Corée  du  Sud-Est),  Gi-gaku  fë|j*  ou  Kure- 
gaku  ^$|  (Wou,  Chine  du  Sud),  et  elles  compren- 
nent plus  de  500  personnes.  Les  musiciens  étrangers 
sont  au  nombre  de  27,  avec  120  étudiants;  les  musi- 
ciens indigènes,  8,  avec  230  étudiants  ;  30  hommes, 
100  femmes  apprennent  le  chant  ;  100  personnes, 
la  danse.  Pour  la  3e  année  de  l'ère  Tempyô  (731), 
le  personnel  est  détaillé  comme  suit  :  danseurs 
provinciaux  d'origines  diverses,  8  ;  danseurs  de 
Tsukushi,  20  ;  musiciens  des  Tô  (T'ang),  39  ;  de 
Kudara,  26  ;  de  Koma,  8  ;  de  Shiragi,  4  ;  de  Dora 
p£|$ï  (ou  ££Jj£,  traditionnellement  identifié  avec  l'île 
Quelpaert,  appelée  Tonra  f£$£  dans  le  Nihongi),  62. 
— Ainsi  la  musique  officielle  à  l'époque  de  Nara  était 
essentiellement  une  production  étrangère  importée 
dans  l'île  ;  elle  combinait  le  Sankan-gaku  H^^l, 
la  musique  de  Corée,  nom  sous  lequel  était  englobée 
la  musique  chinoise  de  la  dynastie  Zui  (Souei) 
Ppf,  et  la  musique  chinoise  des  T'ang,  Tô-gaku 
^î^c»  ou  de  Wou,  Go-gaku  %$&.  La  première  n'était 
qu'une  musique  sans  danse,  et  on  la  désignait  comme 
Zabu  fëffî  "la  section  assise"  ;  l'autre  était  une  danse 
musicale  qu'on  exécutait  debout,  d'où  son  nom  de 
Ryûbu  j£|$  "section  debout".  L'ensemble  combiné 
répond  bien  au  groupe  indien  nrtya-gîta-vâdya 
"danse-chant-orchestre"  ;  on  lui  donne  ordinaire- 
ment le  nom  de  Bugaku.  Avec  le  développement  de 
l'art  musical,  le  Bugaku  gagna  en  importance  ;  la 
religion  l'adopta  et  s'en  servit  pour  ses  cérémonies  ;  il 
fut  admis  aussi  dans  l'instruction  classique  ;  l'étude 
et  la  pratique  s'en  répandirent.  L'influence  que  la 
Chine  exerçait  politiquement  sur  ses  voisins  ouvrit 
encore  la  voie  à  d'autres  emprunts  :  la  musique  de 
Koutcha  (Kiji  îfèjSÊ)  au  Nord,  celle  du  Champâ 
(Rinyû  ^b)  au  Sud,  passèrent  ainsi  à  leur  tour  dans 
les  cadres  officiels  ou  populaires.  Par  un  heureux 
hasard,  ces  deux  pays  situés  aux  extrémités  opposées 
de  l'Empire  du  Milieu  avaient  reçu  la  civilisation 
indienne  et  la  culture  bouddhique  ;  leur  musique 
n'était  de  part  et  d'autre  qu'un  rameau  du  même 
tronc  indien. — La  musique,  il  est  vrai,  et  la  danse 
aussi,  avaient  été  prohibées  par  le  B.  dans  la  Dis- 
cipline ;  mais  cette  interdiction  ne  s'appliquait  qu'aux 
moines  ;  il  n'était  pas  défendu  d'employer  ces  deux 
arts  dans  le  culte  ou  dans  la  propagande  (cf.  T.  1428 
xxvn).  En  fait,  le  témoignage  des  pèlerins  chinois 
prouve  que  le  bouddhisme  indien  en  tirait  le  meilleur 
parti.    En    Chine,   le    procédé  de   psalmodie  appelé 


BUGAKU 


152 


BUGAKU 


*Bombai  semble  avoir  été  en  usage  dans  le  service 
bouddhique  dès  le  IVe  siècle.  En  465,  au  temps  des 
premiers  Sô  (Song)  ^,  le  moine  Sôkin  (Seng-kin) 
fê-ffî  ayant  été  désigné  comme  supérieur  du  clergé, 
sôshu  fèï,  il  lui  fut  assigné  un  ensemble  de  hôgi 
££££,  c.-à-d.  un  équipement  religieux  qui  consistait 
en  baldaquins,  bannières,  tambours,  cymbales,  etc., 
destiné  à  "augmenter  le  prestige  du  cérémonial 
bouddhique"  Ttt.  2035  xxxvi.  Après  le  retour  de 
Genjô  (Hiuan-tsang)  en  Chine,  quand  on  transporta 
au  couvent  de  Daijionji  (Ta  ts'eu  ngen  sseu)  ;fci$&jf, 
•#p,  bâti  en  l'honneur  du  grand  pèlerin,  les  images  et 
les  textes  sacrés  qu'il  avait  rapportés  de  l'Inde,  les 
neuf  sections  de  musique  qui  dépendaient  du  Minis- 
tère des  Rites  encadraient  la  procession  des  fonc- 
tionnaires civils  et  militaires  ;  arrivées  dans  la  cour 
intérieure  du  temple,  elles  y  exécutèrent  des  danses 
Ttt.  2053  vu.  Mais  on  ignore  si  la  Chine  a  jamais  eu 
des  monastères  disposant  d'une  troupe  de  musiciens 
et  de  danseurs  comme  ce  fut  le  cas  au  Japon.— Au 
Japon,  la  musique  coréenne  (Sankan-gaku)  fut  intro- 
duite en  même  temps  que  le  bouddhisme  et  fut 
employée  à  peu  près  exclusivement  dans  les  cérémo- 
nies bouddhiques.  L'an  20  de  l'Impératrice  Suiko 
(612),  un  musicien  de  Kudara  (Paiktjyei)  nommé 
Mimashi  çfcjfS^.  arriva  au  Japon  et  y  introduisit  le 
Kure-gaku  ^yfl,  c.-à-d.  la  musique  originaire  du 
pays  de  Wou  ^  situé  sur  le  cours  inférieur  du  Fleuve 
Bleu.  Une  école  de  musique  fut  établie  à  Sakurai 
-dj^  en  Yamato  pour  former  de  jeunes  artistes.  Le 
prince  Shôtoku  passe  pour  avoir  largement  employé 
la  musique  dans  le  service  bouddhique.  Le  Kure- 
gaku  était  classé  dans  la  "musique  debout",  et  désigné 
aussi  comme  Gi-gaku  {£H|  "musique  de  danse  ', 
tandis  que  la  musique  coréenne  était  de  la  "musique 
assise"  et  désignée  comme  Gasso  ci*lj|  "musique  de 
concert".  Entre  tous  les  grands  temples  pourvus 
d'une  troupe  de  musiciens,  le  Shitennôji  PQj^îE-^F 
d'Ôsaka  occupait  une  situation  privilégiée  ;  il  était  le 
centre  des  études  de  musique  et  de  danse  ;  certaines 
familles,  p.  ex.  Tôgi,  Hayashi,  Sono,  Oka,  étaient 
spécialement  désignées  pour  fournir  le  personnel,  et 
recevaient  en  retour  des  exemptions  de  taxes  ou  de 
charges.  Un  Bureau  de  la  Musique  Noble  (Gagakuryô 
%fk$$M)  fut  établi  sous  l'Empereur  Mombu  en  700, 
avec  mission  de  surveiller  les  affaires  musicales.  Le 
règne  de  l'Empereur  Shômu  (724-748)  marque  un 
moment  décisif  ;  deux  grands  musiciens  étrangers 
seraient  arrivés  alors  au  Japon,  l'un  du  Champâ 
(Riiiyû  $ceî),  l'autre  du  Sud  de  l'Inde  ;  le  premier 
s'appelait  Buttetsu  ^jjg1,  le  second  Bodhisena  (te.  Bo- 
daisenna  ^fêHHUÎ)  du  clan  brahmanique  des  Bha- 
radvâja  (te.  Barachi  ^gHî!).  D'après  la  légende,  ils 
s'étaient  rencontrés  dans  les  mers  du  Sud,  où  But- 
tetsu, parti  pour  faire  fortune,  avait  fait  naufrage  ; 
Bodhisena  le  décida  à  se  rendre  en  Chine  avec  lui. 
Ils  allèrent  de  compagnie  au  mont  Godai  Jig  (Wou 


t'ai),  pour  y  rendre  hommage  à  Mahjusrî  ;  mais  un 
prêtre  malicieux,  probablement  un  Japonais,  leui 
déclara  que  le  saint  était  absent  à  ce  moment-là.  Il{ 
se  retirèrent,  et  en  route  ils  rencontrèrent  un  prêtre 
japonais,  Rikyô  SiÉit,  qui  était  venu  étudier  en  Chine 
et  qui  les  engagea  à  se  rendre  au  Japon.  Ils  purent 
profiter  du  bateau  qui  ramenait  au  pays  un  envoya 
de  la  cour  japonaise.  Le  Bs.  Gyôgi  fr^,  appelé  le 
Manjusrî  du  Japon,  vint  à  leur  rencontre  sur  la  plage 
d'Osaka  avec  une  troupe  de  musiciens,  et  les  con- 
duisit à  Nara,  qui  était  alors  la  capitale,  le  8e  jour  de 
la  5e  lune  de  l'an  736.  La  conversation  entre  ces  trois 
personnages  se  serait  tenue  dans  un  mélange  de 
sanscrit  et  de  japonais  ;  non  seulement  ils  purent  se 
comprendre,  mais  ils  purent  encore  constater,  paraît- 
il,  que  leurs  idées  et  leurs  doctrines  étaient  en  parfai 
accord.  A  Nara,  les  deux  hôtes  furent  installés  ai 
Sugawaradera  'ft^^f ,  dont  Gyôgi  était  le  supérieur 
L'hospitalité  qu'ils  y  recevaient  les  enthousiasma 
tel  point  qu'ils  se  mirent  à  chanter  et  à  danser 
l'indienne,  en  battant  la  mesure  avec  leurs  baguette; 
à  manger.  Or,  il  y  avait  dans  la  forêt,  derrière  1( 
Sugawaradera,  un  vieillard  qui  vivait  là  sans  jamai: 
ouvrir  la  bouche,  toujours  étendu  face  à  l'Est;  01 
l'avait  surnommé  "le  vieux  qui  est  couché  et  re 
garde",  Fushimiô  IJ&^Lfl.  Quand  il  entendit  le: 
étrangers  chanter  et  danser,  il  se  précipita  vers  1< 
temple  et  entra  dans  la  salle  à  manger  en  criant 
"Les  temps  sont  venus  !  Voilà  le  moment  !"  San: 
doute  il  était  lui-même  d'origine  hindoue.  Buttetsi 
et  Bodhisena  passèrent  ensuite  au  Daianji  ^S&c^f 
où  le  brahmane  enseigna  le  sanscrit  et  la  doctrin» 
de  l'Avatamsaka,  tandis  que  son  compagnon  en 
seignait  la  musique  avec  le  sanscrit.  Versés  tou: 
les  deux  dans  la  science  musicale,  ils  travaillèren 
ensemble  à  choisir  dans  les  sûtra  des  textes  à  chanter 
à  les  mettre  en  musique,  et  à  former  de  jeunes  élèves 
Gyôgi  vint  à  mourir  avant  l'achèvement  du  Granc 
B.  de  Nara  ;  son  disciple  Rôben  &$!$  demanda,  pa 
ordre  impérial,  à  Bodhisena  de  présider  à  la  céré 
nomie  de  dédicace  en  qualité  de  moine  officiant,  et  : 
Buttetsu  en  qualité  de  musicien.  On  les  chargea  auss 
de  préparer  pour  cette  cérémonie  les  jeunes  moine 
du  Shitennôji  qui  devaient  jouer  de  la  musique.  But 
tetsu  trouva  néanmoins  le  temps  d'étudier  l'ancienn 
musique  du  Japon  et  y  introduisit  de  notables  per 
fectionnements.  En  outre  il  composa  pour  la  cir 
constance  une  pièce  musicale,  le  Manshûraku  ^f| 
"joie  des  dix  mille  automnes",  resté  célèbre  depui 
lors  et  qui  se  joue  encore  souvent  à  la  Cour.— 
Dans  le  récit  qui  précède,  tout  ce  qui  concern 
Buttetsu  paraît  légendaire  ;  mais  Bodhisena  est  ui 
personnage  historique,  et  il  est  assuré  que  dès  l'-é 
poque  de  Nara  certaines  pièces  de  Bugaku  passaien 
pour  être  de  provenance  chame.  La  musique  et  1 
danse  que  Buttetsu  est  censé  avoir  enseignées  son 
traditionnellement  désignées  par  le  nom  de  Riiiyû 


PLANCHE     XIII 


Cl.  Asukaen,  Nara. 


1.    Estrade,  tentes  et  tambours  pour  le  Bugaku. 
Tôdaiji,  Nara  (1929). 


2.    Scène  de  Bugaku. 
HÔryT.ji  (1928). 


IGAKU is3 

hachigaku  ^gA^,  "les  huit  musiques  du 
Champâ".  On  les  classe  parmi  les  vieilles  danses 
musicales  du  Japon,  sauf  le  Manshûraku  qui  est  classé 
parmi  les  nouvelles:  (i)  Bosatsu-no-mai  ^[$1$$, 
'danse  du  Bs."  ;  air  Shada  $?!?£.  (2)  Batô-no-mai 
>f\}%  "danse  de  Pedu"  (?)  ;  air  Dô  3H  ;  elle  a  pour 
pendant  le  Genjôraku  ^t^^k  "Retour  à  la  ville", 
air  Taijiki  ;fc^.  (3)  Karyôbin-no-mai  ?2S|§t$5f|S|  ou 
Fugengaku  ^ÇJïltc  "danse  de  l'oiseau  kalavinka",  ou 
"danse  sans  parole"  ;  air  Shada  ;  le  pendant  en  est 
une  pièce  de  musique  nouvelle,  Kochô-no-mai  $]$fi 
"danse  des  papillons"  ;  air  Ichikotsu  MMi-  (4) 
Bairo-hajin-raku  4&JH$$P^?â  "  la  Marche  triom- 
phale de  Bhairava"  (?)  ;  air  Hyô  2f  ;  cette  danse  sert 
de  pendant  à  une  pièce  de  musique  nouvelle,  Taihei- 
raku  ;fc^p|§!  "musique  de  la  Grande  Paix",  air  Taijiki. 


BUGAKU 


(5)  Amma  $&]>$  ou  Iriyôjichin-no-kyoku  I^IUjiÉiiffe, 
'danse    Ambâ"  (?)    ou    "le   Masculin  et  le  Féminin 

apaisent  la  Terre"  ;  air  Shada  ;  le  pendant  en  est 
Ni-no-mai  IL$$.  "danse  d'imitation";  air  Ichikotsu. 

(6)  Manshû-raku  {è]fX^k  "joie  des  dix  mille  au- 
tomnes" ou  Jisommanshû  i^^^^  "Les  dix  mille 
automnes  de  Maitreya",  ou  encore  Shôkamanshû 
Pg^^fjl;  "les  dix  mille  automnes  avec  chœur";  c'est 
une  pièce  de  musique  nouvelle  ;  air  Banshiki  ^^  ; 
le  pendant  en  est  Chikyû-raku  itë^m  "Longévité  de 
la  Terre"  ;  air  Sô  fg.  (7)  Ra[n]ryôô-nyûjin-kyoku  $^§£g 
3EÀpî|îfÉ  "le  roi  des  Nâga  Sâgara  entre  au  camp", 
ou  Motsunichigengo-gaku  "SBJS^Pl?!  "ramener  au 
méridien  le  soleil  couchant"  ;  air  Ichikotsu  ;  le 
pendant  en  est  une  pièce  de  musique  nouvelle,  de 
nom  coréen,  Nasori  l^^^lj  ou  Sôryû-no-mai  §Çfll5| 
'le  double  Dragon"  ;  air  Ichikotsu.  (8)  Konju-raku 

kM'éu.  "Ie  Hou  qui  boit  du  vin",  ou  Suiko-raku 
5?$] $1  "le  Hou  ivre"  ;  air  Ichikotsu  ;  le  pendant  en 
;st  Rinka  %$${.  "chant  de  la  forêt",  air  Ichikotsu. — 
1)  Le  Bosatsu-no-mai  était  sans  aucun  doute  une 
cène  ou  un  chant  tirés  du  Jâtaka  de  Visvantara, 
ppelé  aussi  Sudâna.  L'origine  en  est  peut-être  le 
irame  musical  de  Candragomin  sur  ce  sujet,  men- 
ionné  par  Gijô  (Yi  tsing)  comme  un  spectacle 
Populaire  de  son  temps,  ou  bien  encore  le  Nâgânanda 
le  Harsa  Sîlâditya  qui  représente  l'admirable  sacrifice 
lu  Bs.  Jîmûtavâhana.  Aujourd'hui  encore  la  légende 
le  Visvantara  est  représentée  en  Birmanie  et  au  Siam. 
Bosatsu-no-mai  a  disparu  peu  après  la  période 
le  Nara.  Tout  ce  qu'on  en  sait  de  précis,  c'est  qu'il 
'  figurait  un  seul  danseur,  et  que  l'air  était  celui  de 
hada  (cf.  inf .)  Quelquefois  on  le  dansait  en  même 
emps  que  le  Kalavinka  et  le  Papillon. — (2)  Le  mot 
Batô  (ou  *Battô),  dans  le  titre  du  Batô-no-mai,  est 
usceptible  de  nombreuses  graphies  $t2JÎ,  WtM,  êfcsH, 

i>  M$M  5  c'est  assez  pour  prouver  qu'il  s'agit  d'un 
not  étranger.  Batô  doit  représenter  le  nom  de  Pedu, 
m  roi  qui  paraît  à  plusieurs  reprises  dans  le  Rig  et 
'Atharva  Veda  comme  un  protégé  des  Asvin  qui  lui 
nt  donné  un    cheval    merveilleux,  blanc,   nommé 


Ahihan  "tue-serpent".  Le  danseur,  vêtu  de  blanc  et 
couvert  de  longs  poils,  porte  dans  sa  main  droite  une 
sorte  de  petit  plectre  qu'il  manie  comme  une  arme  ; 
il  court  en  poussant  des  cris  singuliers  qui  figurent 
sans  doute  des  hennissements  de  cheval.  C'est  une 
danse  du  type  Hashirimono  "course  dansée",  exécutée 
par  un  seul  personnage.  Le  Genjôraku,  "Retour  à  la 
ville,"  qui  lui  sert  de  pendant,  portait  primitivement 
le  nom  de  Genjaraku  &&&$&  "Joie  à  la  vue  d'un 
serpent".  Au  milieu  de  la  scène  est  placé  un  serpent 
en  bois  enroulé  trois  fois,  et  le  danseur  tourne  autour 
en  courant.  L'arme  qu'il  tient  est  noire  et  longue 
de  15  cm.  dans  le  Batô,  dorée  et  longue  de  35 
cm.  dans  le  Genja.  Selon  le  Kyûtôsho  (Kieou 
T'ang  chou,  Ancienne  Histoire  des  T'ang),  traité 
sur  la  musique,  le  Batô  serait  venu  des  pays  d'Oc- 
cident en  Chine  :  le  sujet  en  serait  l'histoire  d'un 
homme  qui  aurait  été  tué  par  une  bête  de  proie  ;  le 
fils  de  la  victime  retrouve  dans  la  forêt  la  bête  cou- 
pable et  la  tue.  La  musique  et  la  danse  sont  divisées 
en  huit  sections  qui  représentent  la  joie  du  cheval 
et  qui  ont  un  caractère  vraiment  impressionnant. 
Au  Japon  on  exécute  cette  danse  à  l'occasion  d'une 
course  de  chevaux  ou  d'une  séance  de  lutte  ;  dans 
ce  dernier  cas,  le  gagnant  de  la  lutte  doit  exécuter  la 
danse.  Le  Batô  figure  dans  les  programmes  de 
musique  du  règne  de  l'Empereur  Tô  Gensô  (T'ang 
Hiuan-tsong  @fj£".3^,  721-754),  et  il  y  est  classé  dans 
le  groupe  brahmanique.  Il  aurait  été  apporté  de 
l'Inde  en  Chine  sous  l'Empereur  Eisô  (Jouei-tsong) 
/Ç^?  (710-712).  Il  aurait  donc  été  introduit  à  peu 
près  simultanément  en  Chine  et  au  Japon. — (3) 
Karyôbin,  du  Karyôbin-no-mai,  te.  le  sk.  kalavinka, 
nom  du  coucou  indien  ;  mais  dans  la  littérature  boud- 
dhique le  kalavinka  est  un  oiseau  de  paradis,  et  son 
nom  y  est  td.  par  myôonchô  tj/çtllk  "oiseau  à  la  voix 
merveilleuse"  ou  senchô  fjl|J||  "oiseau  féerique". 
On  dit  que  sa  voix  chante  les  vérités  de  la  Douleur, 
du  Vide,  de  l' Impermanence.  Parmi  les  paons  il 
refuse  de  chanter,  et  ne  chante  qu'en  compagnie  de 
ses  semblables  ;  on  dit  aussi  qu'il  chante  déjà  dans 
la  coquille.  Le  nom  de  Fugengaku  "musique  sans 
paroles"  donné  aussi  à  cette  pièce  montre  qu'elle 
n'était  pas  accompagnée  de  chant.  Quatre  danseurs, 
qui  ont  chacun  une  paire  d'ailes  sur  le  dos,  dansent 
lentement  en  frappant  des  cymbales  pour  figurer  le 
chant  de  l'oiseau.  La  danse  du  Papillon,  Kochô-no- 
mai,  qui  lui  fait  pendant,  substitue  aux  ailes  de  kala- 
vinka des  ailes  de  papillon  ;  on  en  attribue  l'origine 
à  Fujiwara-no-Tadafusa  HilJ^fè.  J§ ,  gouverneur  de 
Yamashiro,  à  l'occasion  d'un  concours  de  lutte  en 
présence  de  l'Empereur  Uda  (907).  Les  danseurs 
portent  une  fleur  de  yamabuki  |JjPfc  (kerria)  dans  leurs 
mains  et  aussi  sur  leurs  diadèmes. — (4)  Le  Bairo- 
hajin-raku,  quoique  classé  dans  la  musique  an- 
cienne, sert  de  pendant  au  Taiheiraku  qui  est 
compté    dans    la   musique    nouvelle.    La    danse    de 


BUGAKU 


i54 


BUGAKU 


Bairo  remonte,  dit-on,  à  un  nommé  Hammeitoku  (?) 
ï&Ofli*  ;  Buttetsu  l'enseigna  à  la  troupe  des  musi- 
ciens du  Shitennôji,  et  chaque  année  on  en  donnait 
une  représentation  au  Tôshôdaiji  ^|St§#  près 
de  Nara,  pour  l'anniversaire  du  B.  ;  c'est  ce  qu'on 
appelait  Heroe  fô|Sl#">  ou  Hero  est  une  pro- 
nonciation altérée  de  Bairo.  Originellement  elle 
était  exécutée  par  douze  danseurs  d'âge  moyen, 
qu'on  réduisit  plus  tard  au  chiffre  de  quatre.  Les 


Fig.  63.  Danse  Bairo. 
Paravent  conservé  au  Bureau  de  la  Musique,  Ministère  de  la  Maison  Impériale 

quatre  danseurs,  portant  chacun  une  hallebarde  et 
un  bouclier,  viennent  sur  le  devant  de  la  scène 
et  font  une  ronde  tandis  que  la  musique  joue  le 
Rinyûranjô  ^fcê<^L^  "prélude  du  Champâ".  La 
ronde  est  appelée  Dairin  ;fc$j|  "grand  cercle"  (sk. 
mahâmandala,  jap.  waku  "rebord").  Puis  ils  des- 
cendent de  la  plateforme  jusque  dans  la  cour, 
plantent  aux  quatre  coins  leurs  hallebardes,  dégai- 
nent leurs  épées,  remontent  sur  la  scène  et  font  une 
seconde  fois  la  ronde  ;  ensuite,  levant  leurs  boucliers 
l'un  contre  l'autre,  ils  vont  en  dansant  de  droite  à 
gauche  et,  la  danse  achevée,  se  mettent  à  courir  dans 
l'attitude  de  l'attaque  :  c'est  là  le  Herobashiri  "courir 
le  Bairo".  Ils  descendent  de  scène,  rengainent  leurs 
épées,  remontent  en  scène,  et  se  disposent  sur  une 
rangée.  Le  Ranjô  "prélude"  est  terminé  ;  le  Chôshi 
fïj^  "air",  appelé  aussi  Jo  f^  "introduction", 
commence  alors,  suivi  de  l'air  "brisé"  Ha  $£,  et 
d'une  reprise  du  Ranjô  ;  on  joue  ensuite  l'air  Kyû 
%*  "rapide"  et  encore  le  Ranjô.  Les  danseurs  dansent 
une  dernière  ronde  et  se  retirent  en  courant  (cf. 
Dainihonshi  %  0  5^$.,  section  sur  la  musique).  La 
fin  de  la  septième  ronde  doit  coïncider  avec  un  ton 
appelé  shamô  ^^Ç,  peut-être  sk.  samo  "calme", 


ou  samavâdi  "accord  d'ensemble".  Si  la  corres- 
pondance est  parfaite,  elle  présage  une  bataille  vic- 
torieuse ;  autrement  c'est  signe  de  défaite.  Minamo- 
to-no-Yoshiiye  MM.*i%>  (1041-1108)  aimait  beaucoup 
cette  danse,  dit-on,  et  la  faisait  exécuter  avant  de 
partir  en  campagne  ;  il  triompha  deux  fois,  dans  la 
guerre  de  neuf  ans  (1054- 1062)  et  dans  celle  de  trois 
ans  (1085-1087).  Depuis  lors  on  exécute  le  Bairc 
à   l'occasion    d'une    victoire.    Le    Bairo    étant    une 

danse  guerrière  ne  peui 
être  d'origine  bouddhi- 
que, puisque    le  boud- 
dhisme   a    toujours  été 
opposé  à  la  guerre.  Elle 
vient     sans     doute    de 
l'hindouisme  ;  Bairc 
n'est  autre  que  Bhairava 
la     forme     terrible     de 
Siva.  Ce  serait  en  prin- 
cipe une    danse    fréné- 
tique de  Siva,  ou  peut- 
être     encore     le      norr 
d'un    type     mélodique 
sk.  râga,  car  un  bhaira- 
varâga   paraît   dans   Ice 
listes  de    râga.  Marche 
triomphale,    le    Hajin- 
raku   $cp>ji^â  "musique 
d'attaque     du     camp" 
comme    on    appelle 
encore    le    Bairo,  ferai) 
un  pendant  tout  nature 
au   Taiheiraku  "joie  de 
la  grande  paix"  ;  les  deux  forment  bien  un  Bambt 
#|5|    "couple   de   danses". — (5)    Amma    est    le    sk 
Ambâ  "la  mère",  nom  qui  est  donné  par  excellence 
à    la    déesse    Durgâ,    l'épouse    de    Siva.    La    danse 
semble    représenter    la    danse    frénétique    de    Siv£ 
imitée  par  la  déesse.  Un  autre  nom  de  cette  danse 
est   Ihyô-jichin-no-kyoku    "musique    des    (divinités 
mâle  et  femelle,  pacification  de  la    terre",    désigna- 
tion quelque  peu  énigmatique,  mais  évidemment  er 
rapport  avec  la  terre  sous  son  aspect  maternel.  Er 
outre,    la    danse    qui    lui    fait    pendant,    Ni-no-ma 
"danse  secondaire",  implique  une  idée  d'imitation 
dans  cette  danse,  les  danseurs  des  deux  sexes  parais 
sent  au-dessous  de  l'escalier  du  pavillon  tandis  que 
les  danseurs  de  l'Anima  sont  encore  à  danser  sur  1 
plate-forme    qui    sert   de    scène.    Quand    ceux-ci  s 
retirent,  les  nouveaux  venus  leur  demandent  de  leu 
céder  leurs  bâtons,  mais  en  vain  ;  ils  montent  don^ 
sur  la  scène  sans  bâtons,  et  ils  essaient  d'imiter  le 
pas  et  les  gestes  de  leurs   devanciers,  mais  sans 
réussir.   L'expression  Ni-no-mai  a  été  conséquent 
ment   appliquée   aux   entreprises   qui   échouent  pa 
maladresse.    La    danse    d'Amma     était     originelle 
ment   accompagnée   d'une   musique   indienne,  mai 


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155 


BUGAKU 


sous  l'Empereur  Nimmyô  (834-850)  on  y  introduisit 
des  modifications  par  ordre  impérial  ;  chacune  des 
danses  est  accompagnée  d'un  chant  spécial.  Pour 
Anima,  c'est  :  "D'où  est  venue  la  musique  ?  La 
musique  est  venue  du  Sud  de  l'Inde.  L'art  de  la 
danse  a  été  créé  par  des  rejetons  de  la  famille  du  B., 
des  Asura,  etc.  Si  nous  goûtons  l'exécution  de  la 
musique,  le  B.  la  goûtera  aussi.  Amma  a  été  composé 
par  un  homme  noble."  Et  pour  Ni-no-mai  :  "Le 
jour  approche  du  crépuscule  ;  j'ai  encore  un  long 
chemin  devant  moi."  Les  danseurs  d'Amma  portent 
un  bâton  et  aussi  un  masque  appelé  zômen  jJUîiî  Qui 
consiste  en  une  figure  géométrique  sculptée  sur  une 
planche  oblongue  ;  ceux  de  Ni-no-mai  portent  une 
branche  de  bambou  et  ont  un  masque  souriant. — 

(6)  Le  Manshû-raku,  appelé  aussi  Jison-gaku,  est  la 
seule  "musique  nouvelle"  parmi  les  airs  du  Rinyû  ; 
c'est  Buttetsu  lui-même  qui  l'aurait  composé  à  l'oc- 
casion de  la  cérémonie  de  dédicace  du  grand  B.  de 
Nara.  Les  danseurs  sont  au  nombre  de  six.  Le 
pendant  en  est  Chikyû-raku,  appelé  aussi  Enjiraku 
[M|il!î$ê  "la  musique  de  la  Terre  ronde",  également 
dansé  par  six  personnes  et  composé  en  "musique 
nouvelle".  Le  trait  particulier  du  Manshû,  c'est  que 
la  mélodie  Jo  f§?  y  diffère  complètement  de  la  mélodie 
Ha  $£  ;  on  a  là  probablement  une  combinaison  de 
"musique   ancienne"   et   de   "musique   nouvelle". — 

(7)  Le  Ra[n]ryâô  passe  pour  être  une  allusion  à  l'his- 
toire d'un  prince  chinois,  Chô  Kyô  (Tchang  Kong) 
3J|^  prince  de  Ranryô  (Lan-ling)  jJUH,  des  Sei  (Ts'i) 
fë  du  Nord  (550-577)  ;  mais  la  forme  primitive  du 
nom  semble  bien  être  Raryôô,  abréviation  de  JSagara- 
ryôô  ^>$JiÈ4fii£  "Sâgara  roi  des  Dragons"  ;  comme 
le  danseur  porte  dans  les  deux  danses  une  tête  de 


Fig.  64.  Danse  Ranryôô. 

Paravent  conservé  au  Bureau  de  la  Musique, 

Ministère  de  la  Maison  Impériale. 

serpent  comme  masque,  on  les  a  confondues.  Une 
tradition  veut  que  cette  danse  ait  été  introduite  au 
Japon  par  Owari  Hamanushi  au  temps  des  Tô 
(T'ang)  ;  une  autre,  que  Buttetsu  l'ait  importée  du 
Rihyû.  C'est  la  plus  vraisemblable  des  deux,  puisque 


le  vrai  sujet  en  est  Sâgara  dont  la  fille  a  obtenu 
l'Eveil  dès  l'âge  de  huit  ans.  On  donne  encore  à  cette 
danse  le  nom  de  Motsunichi-gengo-gaku  "ramener 
au  méridien  le  soleil  couchant"  ;  en  effet  l'acteur, 
qui  porte  un  masque  de  Dragon  et  une  baguette 
dorée  d'un  pied  de  long,  fait  le  geste  de  ramener  le 
soleil  en  arrière.  Le  pendant  en  est  la  danse  Nasori, 
nom  coréen  de  signification  inconnue,  ou  encore 
"danse  des  deux  Dragons"  ;  la  musique  en  est  coréen- 


Fig.  65.  Danse  Nasori. 

Paravent  conservé  au  Bureau   de  la  Musique, 

Ministère  de  la  Maison  Impériale. 

ne,  et  du  type  "nouveau"  ;  trois  acteurs  y  figurent 
tandis  que  le  Raryôô,  musique  "ancienne",  n'a 
qu'un  seul  danseur.  Deux  chants  curieux  se  rat- 
tachent au  Raryôô  ;  l'un  est  :  "Nous  châtions  les 
Hou  ;  jadis  nous  avons  vu  le  Tg.  ;  c'est  lui  qui  pro- 
tège notre  royaume  ;  ramener  en  arrière  le  soleil 
fait  notre  joie"  ^jfôA  •  ^MMM  '  ffcil*^  ■  M  B 
£&£!•  Et  l'autre  :  "Nous  sommes  les  enfants  des 
Hou  ;  notre  souffle  est  comme  le  roulement  du  ton- 
nerre ;  avec  la  foudre  sur  notre  front,  nous  foulons 
sous  nos  pieds  les  pierres  comme  de  la  boue"  ^-^ 

m%  -  tiiMinm  •  &&mn  •  mm^--^)  Konju  est 

aussi  en  rapport  avec  les  Ko  (Hou)  ;  ce  nom  signi- 
fie "le  Hou  qui  boit  du  vin"  ;  on  l'appelle  aussi 
Suiko  "le  Hou  ivre".  La  musique  est  "ancienne", 
antérieure  aux  Tô  (T'ang).  La  danse  met  en  scène 
le  roi  des  Hou  en  état  d'ivresse  ;  il  tient  dans 
la  main  gauche  un  plectre  large  du  haut,  long  d'une 
dizaine  de  centimètres,  qui  symbolise  la  cuiller  à 


BUGAKU 


156 


BUGAKU 


puiser  le  vin.  Tandis  que  le  danseur  de  droite 
et  le  danseur  de  gauche  montent  et  descendent 
par  l'escalier  de  droite  et  de  gauche  respectivement 
dans  les  autres  danses,  ici  le  danseur  arrive  par 
l'escalier  de  gauche  et  sort  par  l'escalier  de  droite, 
en  signe  d'ivresse.  Le  pendant  en  est  Rinka  "le 
chant  de  la  forêt"  ;  c'est  la  forêt  personnifiée  qui 
chante,  comme  dans  l'Avatamsakasûtra  T.  279  IV. 
Le  nombre  des  danseurs  est  de  quatre  ;  la  musique 
est  du  type  "nouveau". — Ces  huit  danses  consti- 
tuent la  musique  dite  du  Rinyû  (Champâ)  :  (1-5)  sont 
indiennes  ou  indo-malaises  ;  (6)  est  une  composi- 
tion de  Buttetsu  ;  (7)  et  (8)  sont  de  la  musique  d'Asie 
Centrale  (Hou)  introduite  en  Chine  avant  les  Tô 
(T'ang)  ou  importée  au  Japon  par  Buttetsu  ;  en 
tout  cas  il  les  a  remaniées  l'une  et  l'autre.  Intro- 
duites par  Buttetsu  en  735,  elles  furent  jouées  en 
public  pour  la  première  fois  en  749,  à  la  cérémonie 
de  dédicace  du  grand  B.  de  Nara.  En  753,  l'empe- 
reur Kôken  donna  à  l'orchestre  de  la  Cour  l'ordre 
d'étudier  la  musique  indo-malaise  ;  en  767  l'em- 
pereur Shôtoku,  s'étant  rendu  au  Yamashinadera 
I'II^tF,  voulut  se  faire  jouer  ces  pièces.  Elles  figu- 
rent au  programme  de  la  musique  impériale  en 
806,  en  844,  etc.  Encore  en  1588  quand  l'Empereur 
Goyôsei  alla  visiter  son  ministre  Hideyoshi  à  sa 
résidence  de  Jurakudai  US^âffS  à  Kyoto,  les  cinq 
pièces  représentées  devant  lui  comprenaient  Batô  et 
Genjaraku.  Sous  l'Empereur  Meiji,  quand  il  fut 
procédé  au  choix  des  pièces  de  musique  pour  les 
cérémonies  de  la  cour,  on  retint  trois  des  huit  piècer  : 
(2)  Batô  +  Genjôraku,  (3)  Karyôbin  +  Kochô,  (7) 
Raryôô  +  Nasori  ;  enfin  en  1888,  quand  la  Cour 
décida  de  remettre  en  honneur  la  vieille  musique, 
sur  les  55  pièces  choisies  figuraient  toutes  les  danses 
musicales  de  Buttetsu,  à  l'exception  du  Ni-no-mai, 
et  du  Bosatsu-no-mai  qui  est  une  œuvre  purement 
bouddhique.  [Sur  le  Bugaku  dit  du  Champâ,  cf. 
Demiéville,  La  musique  came  au  Japon,  dans  Etudes 
Asiatiques  publiées  à  l'occasion  du  vingt- cinquième 
anniversaire  de  l'Ecole  Française  d'Extrême-Orient, 
Paris  1925.] — La  musique  du  Bugaku. — Quant  aux 
airs  ou  "systèmes",  chôshi  fHiP  (cf.  *Bombai),  en 
usage  dans  le  Bugaku,  le  chapitre  sur  la  musique  du 
Shûgaishô  fê  Jf-fy  xxxi  en  énumère  onze  ;  le  chapitre 
sur  les  systèmes  musicaux  dans  le  Wamyôruijushô 
ffl£i|§Jfè#  xlix  en  énumère  douze  : — (1)  Ichikotsu 
9Mt-  Le  sens  de  cette  appellation  est  obscur  ;  la 
lecture  même  est  singulière,  on  s'attendrait  à  la  lecture 
Ichiotsu.  Il  arrive  souvent  qu'un  air  soit  désigné  par 
le  nom  de  la  localité  d'où  il  est  originaire  ;  peut-être 
ce  nom  se  rapporte-t-il  à  la  localité  de  Idiqutshari 
près  de  Tourfan  (?).  C'est  un  air  de  musique  ancien- 
ne, c.-à-d.  antérieure  aux  Tô  (T'ang),  et  il  est  employé 
dans  20  morceaux  de  Bugaku. — (2)  Shada  $?!?£, 
nom  également  obscur.  On  peut  y  chercher  encore 
un  nom  de  pays  ;  Shada  était  le  nom  d'une  puis- 


sante tribu  turque  dont  le  roi,  Shuyashakushin  yfcJfli-fô 
if,»,  défendit  l'empire  chinois  contre  les  envahisseurs 
tibétains  et  reçut  en  récompense,  de  l'Empereur 
Sensô  (Siuan-tsong)  jifSn  (847-859),  le  nom  chinois 
de  Ri  Kokushô  (Li  Kouo-tch'ang)  ^JUJI.  Mais  le 
système  Shada  remonte  à  une  époque  bien  anté- 
rieure à  ces  événements.  M.  Takakusu  (Shigakuzasshi 
xvill,  6-7)  a  supposé  que  Shada  était  une  désigna- 
tion abrégée  de  la  gamme  indienne  :  sa  ri  ga  ma  pa 
dha  ni,  qui  aurait  été  réduit  à  sa  dha  ni.  Les  7  notes 
de  la  gamme  primitive  ont  pu  être  subdivisées  en 
12  par  l'emploi  de  demi- tons  comme  dans  la  gamme 
européenne.  Des  7  notes,  (2)  ri  (  =  rsabha),  (3)  ga 
(  =  gandhâra),  (5)  pa  (  —  pancama),  (6)  dha  (  =  dhai- 
vata),  (7)  ni  (  =  nisâdha)  sont  des  tons  entiers;  (1)  sa 
(  =  sadja)  et  (4)  ma  (  =  madhyama)  sont  des  demi- 
tons.  Si  on  partage  les  5  tons  primitifs  en  demi-tons, 
on  a  ainsi  12  notes  ;  c'est  là  la  gamme  chromatique 
(vikrta)  tandis  que  l'échelle  de  7  tons  est  diatonique 
(avikrta).  On  a  le  bémol  (komala)  et  le  dièze  (tîvra) 
comme  dans  la  gamme  européenne.  Ainsi  l'air  Shada 
ou  Sadhani  désignerait  la  gamme  propre  de  l'Inde  ou 
une  mélodie  dans  cette  gamme.  L'auteur  du  Daini- 
honshi  JCB^$.  suggère  que  Shada  :$$fc  serait  une 
erreur  pour  Bada  ^|5^"  ou  *Badariki  ^[î't'jj,  nom 
d'un  air  importé  en  Chine  par  Sujîva  de  Koutcha 
vers  la  fin  du  VIe  siècle  ;  le  mot  est  expliqué  par 
hyôshô  ?fWt  "son  égal",  c.-à-d.  le  ton  chinois  kyû  >V • 
D'après  le  Gakusho  (Yo  chou)  ^||j,  de  Chin  Chô 
(Tch'en  Yang)  (^^  (io94-io97).  le  mot  *Badariki 
est  un  mot  sérindien  (Hou)  qui  signifie  "le  chemin" 
dô  iË  (sk.  paddhati  ?).  Mais,  comme  on  le  voit,  c'est 
*Badariki  qui  paraît  être  fautif,  et  la  leçon  correcte 
doit  être  Sadariki  '^%1j .  Sujîva  était  le  fils  d'un 
brahmane  des  Pays  Occidentaux,  artiste  en  vînâ 
(biwa  ^H),  musicien  fort  compétent.  Il  enseignait 
que  la  gamme  a  7  notes  dénommées  :  (1)  *Badariki 
Wt'Jj,  var.  Sadariki  §£|?Ê#  (  =  sk.  sâdhârita),  (2) 
Keishiki  ||g|  (  =  sk.  kaisika),  (3)  Shashiki  :(']JWl 
(  =  sk.  ?),  (4)  Shakôkaran  :$fê.))U:{Ê  (  =  sk.  sadjagrâ- 
ma  ?),  (5)  Sharô  $;)|ft  (  =  sk.  sâdava),  (6)  Hanzen 
fâfâ  (  =  sk.  pancama),  (7)  Kôr'isô  fèflJH  (  sk. 
vrsabha).  Ces  désignations  correspondent  à  celles 
des  7  râga  classiques  de  l'Inde  (cf.  Epigraphia  Indica 
xii,  227).  Le  système  Shada  est  employé  dans  8 
pièces  de  Bugaku. — (3)  Taijiki  '£:$£,  nom  du  troi- 
sième "système",  doit  désigner  une  musique  arabe  ; 
Taijiki  répond  à  Tajik,  le  nom  bien  connu  des  Arabes 
en  Perse,  en  Inde  et  en  Chine.  On  l'emploie  dans 
11  pièces  de  Bugaku. — (4)  Banshiki  ^^  est  lai 
prononciation  traditionnelle,  tandis  que  la  lecture  i 
usuelle  est  Banshô.  M.  Takakusu  est  tenté  d'y  ] 
retrouver  le  nom  du  Penjab.  On  l'emploie  dans 
17  pièces. — (5)  Ôshiki  iHU  est  le  nom  de  la  11e 
lune  ;  ce  nom  indique  donc  une  origine  chinoise. 
On  l'emploie  dans  4  pièces. — (6)  Hyô  *£  "l'égal", 
s'emploie  dans   18  pièces. — (7)  Shô  '[£  "la  nature", 


PLANCHE     XVI 


_** 


Cl.  Asukaen,  Nara. 


1,    Costume  du  Karyôbin  (Kalavinka). 
Todaiji,  Nara. 


Cl.  Asukaen,  Nara. 

2.    Costume  du  Ranryôô. 
Todaiji.  Nara. 


Cl.  Asukaen,  Nara. 

3.     Masque  du  Ranryôô. 
TÔdaiji,  Nara. 


PLANCHE     XVII 


1.    Danse  Genjaraku. 

Paravent  conservé  au  Bureau  de  la  Musique, 

Ministère  de  la  Maison  Impériale. 


2.    Masque  du  Batô. 

Epoque  Fujiwara. 

Horyuji. 


3.    Masque  du  Bosatsu  (Bodhisattva). 

Epoque  Fujiwara. 

Horyuji. 


Cl.  Asukaen,  Nara. 


4.     Masque  du  Nasori. 
XI/I*  siècle. 
Todaiji,  Nara. 


IUCJAKU 


157 


BUKUDAN 


10  pièces. — (8)  Kotsujiki  &j£.  "le  mendiant", 
6  pièces. — (9)  Sô  f£  "le  double"  peut  s'appliquer 
à  la  Dvipadî  indienne.  On  ne  l'emploie  que  dans 
2  pièces. — (10)  Sui  7k.  "l'eau"  est  probablement 
le  râga  sindhuka  de  l'Inde  ;  5  pièces. — (11)  Koma- 
no-kyoku  îW)f§|ft  "l'air  coréen".  Toutes  les  pièces 
importées  de  Corée  relèvent  de  ce  système  ;  34 
pièces. — A  cette  liste,  le  Wamyôruijusho  xlix  ajoute 
le  Kaku  j£j  "la  tierce". — La  musique  actuelle  de 
la  Cour  n'a  conservé  que  29  pièces  d'Ichikotsu, 
8  pièces  de  Taijiki,  7  de  Hyô,  5  de  Banshiki, 
5  de  Sô,  4  de  Ôshiki. — Les  familles  de  musiciens 
professionnels  étaient  classées  d'après  les  localités 
où  elles  enseignaient  leur  art.  D'ôsaka  relèvent  les 
familles  Tôgi,  Hayashi,  Sono,  Oka  ;  de  Nara,  les 
familles  Kami,  Oku,  Shiba,  Tanji,  Kubo  ;  de  Kyoto 
les  familles  Ôno,  Tobe,  Toyohara,  Abe,  Yamanoi. 
Un  petit  nombre  sont  restées  attachées  à  leur  centre 
ancien  ;  la  plupart  ont  suivi  la  Cour. — Le  Buga- 
ku  dans  les  temples  bouddhiques  du  Japon. — 
Aujourd'hui,  dans  les  monastères,  le  Bugaku  va  de 
compagnie  avec  le  *Bombai.  Le  *Bombai  est  pure- 
ment rituel  et  se  récite  à  l'intérieur,  tandis  que  le 
Bugaku  s'exécute  au  dehors  et  a  un  caractère  de 
solennité.  La  scène  normale  du  Bugaku  est  une 
terrasse  en  bois  élevée  dans  la  cour  du  temple,  haute 
de  3  pieds,  longue  et  large  de  24  pieds.  Sur  la  plate- 
forme on  installe  une  scène  surélevée  de  12  à  15 
cm.,  longue  et  large  de  18  pieds,  qu'on  recouvre  de 
soie  damassée.  Le  bas  de  la  scène  est  revêtu  de  bois 
laqués  noirs.  La  scène  est  tout  entière  entourée  par 
une  palissade  de  laque  rouge,  ayant  aux  quatre  coins 
une  perche  dorée.  Deux  escaliers  de  deux  ou  trois 
marches  montent  à  la  scène,  l'un  en  avant,  l'autre  en 
arrière  ;  un  rideau  damassé  sombre  les  recouvre.  Des 
bannières  flottent  aux  quatre  coins  ;  on  les  appelle 
mizuhiki  jfâ]  "tireurs  d'eau"  ;  elles  symbolisent  une 
offrande.  Sur  le  côté  droit  de  la  scène  sont  placés  un 
grand  tambour  et  un  grand  gong  ;  tout  près,  on 
dispose  un  petit  foyer  fermé  par  un  rideau  de  soie, 
st  où  se  tiennent  les  instrumentistes.  Il  y  a  en  outre 
deux  tentes  ;  les  danseurs  de  la  section  chinoise 
accupent  celle  de  droite,  les  danseurs  de  la  section 
de  Corée,  celle  de  gauche.  Si  le  temps  est  pluvieux, 
an  dresse  la  terrasse  à  l'intérieur,  et  on  se  sert  d'un 
ambour  et  d'un  gong  de  dimension  moyenne  ;  c'est 
lors  "la  cérémonie  de  la  pluie"  Ugi  pÊH|§.  Une 
cérémonie  raccourcie  est  appelée  Shikibutai  %MM. 
'scène  étalée".  On  peut  se  passer  de  la  terrasse  ; 
:'est  alors  le  Sunadachi  $?;£  "posé  sur  le  sable"  : 
>n  répand  du  sable  blanc  sur  le  terrain  qui  sert 
le  scène.  D'ordinaire  le  nombre  des  musiciens 
:t  des  danseurs  s'élève  à  50  ;  ce  sont  les  reijin 
flÀ  "artistes".  Une  exécution  par  6  danseurs  est 
lite  Taikyoku  %#&  "grande  pièce"  ;  par  4  dan- 
eurs,  Chûkyoku  tfj^  "pièce  moyenne"  ;  par  2  ou 
,   Shôkyoku   ;\\fà    "petite  pièce".  On   distingue   3 


catégories  de  danses  d'après  le  style  :  Bubu  jji;|5| 
"danses  guerrières";  Dôbu  j£££  "danses  enfantines"; 
Hashirimono  j&fyl  "courses".  D'après  leur  origine, 
on  les  classe  en  danses  de  gauche  Zabu  2t|!|  (de 
Chine  [Tô  %]  et  d'Inde  [Tenjiku  X**]),  et  danses 
de  droite  Yûbu  fc$$  (de  Corée  [Koma]).  Les  danses 
de  gauche  passent  les  premières  ;  celles  de  droite 
suivent.  Si  chaque  groupe  danse  une  pièce,  c'est  le 
Bambu  4&$!|  "danse  par  paire".  La  danse  de  droite 
est  appelée  Tôbu  %£$£  "danse  en  réponse",  en  tant 
qu'elle  fait  pendant  à  celle  de  gauche.  On  les  divise 
encore  en  deux  groupes  d'après  leur  date.  Tout  ce 
qui  est  antérieur  aux  Tô  (T'ang)  est  "musique 
ancienne"  kogaku  "£$1  ;  à  partir  des  Tô  (T'ang), 
c'est  la  "musique  nouvelle"  shingaku  jUfUâ.  La  musi- 
que indienne  et  indo-malaise  est  rangée  dans  la 
musique  ancienne,  celle  de  Corée  dans  la  musique 
nouvelle. 

BUKKAKUSAMMAI  #jgHBfc  "Concentration 
de  l'Eveil  de  B.",  nom  d'une  Concentration  dans 
laquelle  grâce  à  la  Bénédiction  d'un  B.  on  goûte  à 
l'Eveil  de  B.  ;  Ânanda  l'aurait  pratiquée.  Ttt.  1718 
1  a  (4  b),  1719  1  b  (161  c)  (école  Tendai). 

BUKKE  $>%  "la  maison  de  B."— T.  287  1  (538  a) 
[Dans  la  première  des  dix  Terres]  le  Bs.,  dépassant 
la  Terre  des  Profanes,  atteste  la  nature  Déterminée 
de  Bs.  ;  il  naît  dans  la  maison  de  Tg. .  .  . — Ttt.  1750 
(186  b)  Les  Essences  Inconcevables  de  B.,  c'est  la 
résidence  de  B.,  la  maison  de  B.  ;  à  partir  de  la  pre- 
mière Terre  on  naît  dans  la  maison  de  B. — T.  365 
(346  b)  Assis  sur  la  Terrasse  d'Eveil,  il  naît  dans  la 
maison  de  B. — Dans  l'école  Jôdo,  cette  expression 
est  interprétée  comme  désignant  la  Terre-pure  Ttt. 
1753  IV  (278  a). 

BUKKYÔ  #tj;,  ou  bukkyôkai  $,*&%,  etc.  ;  sk. 
buddhavisaya,  tib.  Mvy.  3064  sans  rgyas  kyi  yul. — 
Domaine  de  B.  :  terme  analogue  à  *Butsudo  $fr:fc 
(q.v.),  sk.  buddhaksetra,  mais  de  sens  plus  large  et 
plus  abstrait.  Les  expressions  ch.  traduisant  res- 
pectivement sk.  buddhavisaya  et  buddhaksetra  sont 
souvent  confondues.  Les  citations  suivantes  feront 
sentir  la  nuance  du  terme  Domaine  de  B.  :  T.  1484 
1  II  peut  faire  entrer  le  Domaine  de  Mâra  dans  le 
Domaine  de  B.,  et  le  Domaine  de  B.  dans  celui  de 
Mâra.  T.  279  il  Le  Domaine  des  B.  est  Inconce- 
vable ;  il  compénètre  tous  les  Plans  d'Essence. — 
Bukkyôkaishôgonsamtnai  $|tf]£|?-j1:l:§8:::-llfc>  Concentra- 
tion Ornée  du  Domaine  de  B.,  nom  d'une  Con- 
centration de   Samantabhadra  Ttt.  1796  x  (680  c). 

BUKÙDAN  tfc®f  "dompter  et  trancher"  les  Pas- 
sions. Dans  l'élimination  des  Passions  ou  Troubles 
(waku  J^),  l'école  Tendai  distingue  deux  degrés  : 
"dompter"   et   "trancher",   dont   le   second   corres- 


BUKUDAN 


158 


BUNNE 


pond  à  une  élimination  totale  et  définitive,  tandis 
que  le  premier  (propre  aux  Bs.  inférieurs  aux  Terres) 
est  moins  avancé  ;  certains  Bs.  s'en  tiennent  inten- 
tionnellement au  degré  inférieur,  afin  de  rester  dans 
les  trois  Mondes  pour  y  convertir  les  Etres  Ttt. 
1716  11  a,  Bdjt.  1550  a-b. 

BUKUZÔ  j£ff%  "le  trésor  caché".  La  Nature 
de  B.  (cf.  *Busshô)  comparée  à  un  trésor  caché  par 
les  Passions,  que  les  Etres  découvrent  en  eux-mêmes 
par  le  Moyen  d  un  Tg.  ;  de  même  une  pauvre  femme 
a  chez  elle  un  trésor  dont  la  cachette  lui  est  révélée 
par  un  étranger  qui  l'a  engagée  pour  arracher  les 
mauvaises  herbes  T.  375  vu  (648).  Cf.  aussi  T.  310 
xvn  (95  a)  :  Le  Mâle  victorieux,  qui  a  accompli 
tous  les  Exercices,  est  comme  un  trésor  caché  chez 
les  pauvres. 

BUNNE  (bun-ei)  ;fr|§j=sk.  p.  pindapâta  ;  tib. 
bsod  snoms  "nivellement  de  Félicité"  ou  bien  (Mvy. 
8564,  8571,  8581,  8591)  zas  "nourriture"  ;  koutchéen 
te.  pimtwât  (Hoernle,  Remains  p.  382)  ;  mongol 
te.  binvat,  biniat. — Mendicité. — Td.  kotsujiki  -g^ 
"mendier  la  nourriture"  ;  keen  ikfêfc  "Facteur  de 
conversion"  (Mvy.  2374,  8671)  ;  takuhatsu  f£§fc 
"tendre  le  Bol"  (éc.  Zen)  ;  etc. — L'anc.  éc.  emploie 
la  te.  bunne  fr§j  (T.  78  et  T.  180  td.  entre  265  et 
316  ;  T.  234  td.  entre  420  et  479  ;  T.  1470  td.  entre 
148  et  170)  ;  la  nouv.  éc.  emploie  la  td.  kotsujiki  £S 
j£. — Terminologie. — Etymologie  des  termes  sk.  p. — 
Sk.  p.  pinda  signifie  "boule  de  riz",  et  par  extension 
"aumône  consistant  en  nourriture".  Il  y  a  trois  ex- 
plications de  l'autre  élément  du  composé  pinda-pâta. 
— (1)  La  plus  courante  est  celle  du  Visuddhimagga 
(p.  31  :  La  nourriture  "tombée"  dans  le  Bol  du 
Moine-mendiant  pour  sa  ronde  d'aumône  est  appelé 
"pindapâta")  qui  dérive  le  nomen  actionis  pâta 
de  la  racine  pat,  "tomber",  de  sorte  que  pindapâta 
signifierait  "la  chute  de  la  nourriture  dans  le  Bol, 
quand -le  Donateur  donne  l'aumône",  et  d'une 
façon  plus  générale  "l'aumône",  "la  nourriture 
mendiée"  (tib.  zas  ;  ch.  jiki  jj£  T.  1448  iv  (i6)  =  Di- 
vyâvadâna,  p.  50).  Deux  glossaires  ch.  et  un  cm.  ch. 
du  Dharmaguptavinaya  confirment  cette  interpré- 
tation. Ttt.  2128  lxvi  (734  c)  et  S.  xxxix  1  (10  a)  : 
Bunne  est  une  forme  dialectale  ;  la  forme  correcte 
est  hindahata  $&£$.£■  [=sk.  p.  pindapâta].  Hinda 
lÊfê:  [  =  sk.  p.  pinda]  signifie  "boule",  hâta  $£^ 
[  =  sk.  p.  pâta]  signifie  "chute"  ;  c.-à-d.  que  la 
nourriture  tombe  dans  le  Bol.  Ou  bien  on  dit  que 
hindaya  ^^^t  [  =  sk.  p.  pindâya  (datif),  souvent 
suivi  du  sk.  p.  carati  "aller  mendier  sa  nourriture"] 
signifie  "boule",  c.-à-d.  "boule  de  nourriture".  Il 
ne  faut  pas  rendre  [bunne]  par  kotsujiki  £^£  [car 
kotsu  •g  "mendier"  ne  rend  ni  pinda  ni  pâta].  Ttt. 
1805  ni  c  (392  b)  :  La  td.  ch.  du  mot  sk.  bunne  fr'fâf 
est  tanda  W-WL  "mettre  en  boule  et  faire  tomber", 


car  en  Inde  on  a  l'habitude  de  mettre  la  nourriture 
en  boule,  de  la  faire  tomber  et  de  l'accumuler  dans 
un  bol  (tanjikidajôuchû  J$^^#^fp)-  Mon  opinion 
[celle  de  Ganshô  ytffî>  1048-1116]  est  qu'on  dit 
kotsujiki  pour  faire  ressortir  ce  qui  est  le  plus  im- 
portant [kotsu  £  "mendier"]  dans  la  Mendicité. — 
Cette  etymologie  a  l'avantage  d'être  applicable  non 
seulement  à  la  forme  sk.  du  terme,  pindapâta  (cf. 
Divyâvadâna,  Avadânasataka),  mais  aussi  à  sa  forme 
pâlie. — (2)  Les  scribes  qui  ont  essayé,  dans  les  pre- 
miers siècles  de  notre  ère,  de  sanscritiser  les  textes 
rédigés  en  prâkrit,  ont  souvent  "corrigé"  (p.  ex. 
Dasabhûmika,  éd.  Rahder  p.  20  ;  Divyâvadâna,  pp. 
239,  684)  °pâta  en  °pâtra,  mot  signifiant  non  seu- 
lement "Bol"  mais  aussi  "nourriture",  "repas"  (td 
onjiki  f$C|£,  Dasabhûmika  p.  20)  ;  cette  correction 
était  d'autant  plus  facile  que  les  graphies  °tra  et  °ta 
se  ressemblent  fort  dans  les  mss.  indiens.  L 'etymo- 
logie par  °pâtra  ne  s'accorde  pas  avec  les  textes  p., 
où  l'on  ne  trouve  jamais  la  forme  pindapatta  qui 
correspondrait  au  sk.  pindapâtra. — (3)  Buddhaghosa 
suggère  dans  son  commentaire  au  Suttanipâta 
(p.  374)  une  troisième  etymologie  qui  est  purement 
fantaisiste  :  "Pour  le  déjeûner  [des  Moines,  repas 
avant  midi],  on  dit  "pâtarâsa",  parce  qu'on  doit  le 
manger  (°âsa)  le  matin  de  bonne  heure  (pâtar)  ;  c'est 
un  nom  qu'on  donne  au  pindapâta." — Etymologie 
du  terme  ch.  bunne. — La  te.  ch.  bunne  5M!f  remonte 
évidemment  à  un  terme  prâkrit  ou  sérindien  (cf.  les 
formes  koutchéenne  et  mongole)  correspondant  au 
sk.  pindapâta.  Bun  5f  (ch.  fen)  représente  "pin[da]"  ; 
ei  Hf  (ch.  wei)  rend  le  phonème  vai,  qui  par  les  stages 
intermédiaires  hypothétiques  bai  et  pai  doit  résulter 
d'un  original  sk.  pâta,  avec  chute  de  la  dentale  inter- 
vocalique  et  contraction  et  palatalisation  des  voyelles 
(cf.  BEFEO  XXIV,  131  n.  9;  Shaei  £{|j  =  sk.  Srâ- 
vasti  ;  niei  Jêftf  =  sk.  p.  nivâsa  ;  etc.).  Plusieurs 
commentateurs  ch.  ont  considéré  bunne  5Mtf  comme 
une  td.,  "diviser  [bun  5r]  les  aumônes  et  sauvegarder 
[ei  |§j]  la  moralité",  p.  ex.  Kichizô  ^"^  dans  son 
cm.  au  Sukhâvatîvyûha  Ttt.  1746  (119  b)  :  "[Les 
ressortissants  des  trois  Véhicules]  peuvent  distribuer 
leur  Corps  et  sauvegarder  les  Etres  [qui  sont  les] 
Mobiles  [du  salut]",  nôbunshingomotsuki  ïj&'jt %Wt. 
^fH.  Un  autre  exemple  de  cette  interprétation  n'est 
connu  que  par  une  citation  ap.  Ttt.  2127  1  (275  b):J 
Le  Vinayades  Mahâsanghika  dit:  "Kotsujiki,  c.-à-d.j 
distribuer  des  Dons  (bunse  5Hf$Î)  aux  Moines  et! 
aux  Nonnes,  les  protéger  (eigo  {tjJS)  et  leur  faire 
pratiquer  les  Actes  du  Chemin."  C'est  pourquoi  on! 
rend  [kotsujiki]  par  bunne  %>§}. — Petit  Véhicule.) 
— Âgama. — Samyuktâgama  T.  99  ix  (57  b)  :  Le; 
Bg.  dit  à  Sâriputra  :  "Si  la  Notation  visuelle  desj 
Moines  est  sans  Attachement  Passionné,  sansj 
pensée  d'amour  (ainen  ^îsO  à  l'égard  du  Formel.j 
lorsqu'ils  méditent,  se  rendent  au  village,  y  mendientj 
leur  nourriture  puis  sortent  du  village,  et  s'ils  font; 


BUXNE  159 

le  vœu  de  s'entraîner  jour  et  nuit  à  réprimer 
leurs  pensées,  ces  Moines  [pratiquent]  la  Mendicité 
pure  (jôjokotsujiki  ££!$;'£ j£)  dans  les  quatre  At- 
titudes. C'est  pourquoi  ce  sûtra  est  appelé  :  Rési- 
dence de  la  Mendicité  pure. — Ib.  xxxix  (284  a-b) 
[Un  jeune  Moine  méconnaît  l'ordre  des  visites  (sen- 
goshidai  %%k'X%)-  Tantôt  il  retourne  à  une  maison 
où  il  a  déjà  reçu  une  aumône,  tantôt  il  omet  de 
mendier  à  telle  maison  où  il  devrait  le  faire.  Ses 
confrères  le  réprimandent,  mais  il  se  défend  en  disant 
que  les  Moines  âgés  font  comme  lui.]  Le  Bg.  dit  : 
"Il  n'y  a  pas  longtemps  que  ce  jeune  Moine  a  quitté 
sa  famille  ;  il  n'est  pas  encore  accoutumé  aux  lois 
et  aux  préceptes.  Il  dépend  de  ceux  qui  sont  plus 
âgés  que  lui  ;  il  dépend  [des  aumônes]  du  village. 
Vêtu  de  son  Froc  et  tenant  son  Bol,  lorsqu'il  entre 
dans  le  village  pour  mendier,  il  ne  veille  pas  bien  sur 
son  corps  ;  il  ne  contrôle  pas  ses  organes  ;  il  ne 
réprime  pas  ses  pensées  ;  il  ne  sait  ni  convertir  les 
infidèles,  ni  rendre  inaltérable  la  foi  des  fidèles. 
S'il  reçoit  des  biens  matériels,  vêtements,  nourriture, 
et  boissons,  siège  et  couche,  médicaments,  il  se  livre 
sans  cesse  à  l'Attachement  et  à  l'Attraction  Pas- 
sionnés. Il  ne  voit  ni  les  péchés,  ni  la  sortie  du  monde 
(shurri  /JB^|).  Il  mange  avec  désir  et  convoitise, 
ne  sachant  [se  borner  à]  sustenter  son  corps  ;  une 
telle  nourriture  le  rapproche  de  la  mort. — Ib.  xlii 
(308  a-b)  :  Le  B.  réside  dans  la  forêt  de  bambous 
Karanda  près  de  Râjagrha.  De  bonne  heure  le  matin, 
il  s'habille  et  entre  dans  la  ville  de  Râjagrha,  tenant 
son  Bol,  pour  mendier  sa  nourriture.  Suivant  l'ordre 
des  visites,  il  arrive  à  la  maison  du  brahmane  Agni- 
datta,  qui  prépare  des  mets  exquis  dont  il  remplit 
son  Bol.  Le  troisième  jour  Agnidatta,  le  voyant  de 
nouveau  s'approcher,  fait  cette  réflexion  :  "Pour- 
quoi ce  Moine  chauve  vient-il  à  plusieurs  reprises, 
attiré  par  les  mets  exquis  ?"  Le  B.,  connaissant  sa 
pensée,  prononce  ces  vers  :  "Le  Roi  des  Dieux  fait 
pleuvoir  jour  après  jour  ;  le  paysan  laboure  son 
champ  jour  et  nuit,  il  sème  plusieurs  fois  et  récolte 
plusieurs  fois.  De  même  que  la  femme  porte  plusieurs 
fois  des  enfants,  et  la  vache  des  veaux,  on  peut 
donner  plusieurs  fois  l'aumône  aux  mendiants.  Du 
fait  de  ces  aumônes  répétées,  on  obtient  toujours 
une  bonne  réputation  ;  et  si  l'on  atteint  le  Chemin 
Saint,  on  ne  reçoit  plus  à  plusieurs  reprises  l'exis- 
tence, on  ne  naît  plus,  on  ne  meurt  plus  à  plusieurs 
reprises  ;  on  n'éprouve  plus  à  plusieurs  reprises 
chagrin,  douleur,  tristesse  ;  le  cadavre  n'est  ni  brûlé 
par  le  feu  à  plusieurs  reprises,  ni  dévoré  par  les 
vers."  A  l'ouïe  de  ces  stances,  Agnidatta  devient 
croyant  et  remplit  de  nouveau  le  Bol  du  B.  Mais  le 
B.  n'accepte  pas,  car  cette  aumône  n'est  due  qu'aux 
stances  qu'il  vient  de  prononcer  ;  et  il  récite  ces 
nouvelles  stances  :  "On  ne  doit  pas  accepter  une 
aumône  donnée  comme  suite  à  un  sermon.  Méditer 
sur  la  Loi  en  elle-même  (jihô  êÈk),  prêcher  la  Loi 


BUNNE 


sans  recevoir  de  nourriture,  c'est  la  vie  pure  ;  que  les 
brahmanes  le  sachent  bien  !  Il  faut  offrir  des  sacrifices 
excédant  ce  que  l'on  recouvre  (yokuyô  f^t&^lfl)  au 
grand  Voyant  pur,  qui  a  épuisé  tous  les  Ecoulements 
et  éliminé  toute  Souillure.  Il  faut  offrir  des  sacrifices 
de  nourriture  à  l'excellent  Terrain  de  Mérite  ;  pour 
ceux  qui  recherchent  du  Mérite,  mon  Terrain  est 
excellent."  Agnidatta  demande  où  il  doit  mettre  la 
nourriture  qu'il  vient  de  donner  ;  le  B.  répond  :  "Je 
ne  vois  personne  qui  la  pourrait  manger  ;  il  n'y  a 
qu'à  la  jeter  dans  de  l'eau  sans  vers  ou  sur  un  terrain 
sans  herbe."  Agnidatta  la  jette  dans  de  l'eau  sans 
vers  ;  aussitôt  une  vapeur  s'élève,  et  l'eau  se  met  à 
bouillir  comme  si  l'on  y  avait  jeté  une  boule  de  fer 
incandescente.  En  conséquence  de  ce  miracle,  Agni- 
datta devient  croyant  et  incline  sa  tête  aux  pieds  du 
B.  [Anecdote  analogue  Tt.  1509  xxn  (225  a-b)]. — 
Ekottarâgama  T.  125  xli  (772  a-c)  :  Le  B.  réside  dans 
un  jardin  de  Bénarès.  A  l'heure  fixée,  il  se  rend  en 
ville  pour  mendier  sa  nourriture.  Mâra  le  malin  se 
dit  :  "Maintenant  je  vais  persuader  aux  habitants  de 
la  ville  de  lui  refuser  toute  nourriture."  Le  B.  entre 
dans  la  ville,  mais  nul  ne  lui  adresse  la  parole,  nul  ne 
vient  lui  rendre  hommage  ni  lui  offrir  des  sacrifices  ; 
il  sort  de  la  ville  sans  avoir  rien  reçu.  Mâra  lui 
demande  :  "Vous  n'avez  donc  rien  reçu  ?"  Le  B. 
réplique  :  "En  conséquence  d'un  acte  de  Mâra,  je 
n'ai  pas  obtenu  de  nourriture.  Mais  vous  ne  tarderez 
pas  à  en  être  puni.  Dans  la  Bonne  Période  il  y  avait 
un  B.  nommé  Krosa,  qui  lui  aussi  dépendait  de 
cette  ville  avec  ses  400.000  [disciples]."  Mâra  pensa  : 
"J'ai  vainement  cherché  un  moyen  pour  [dompter] 
ce  Moine.  Maintenant  je  vais  engager  la  population 
de  Bénarès  à  refuser  toute  aumône  à  ses  Moines- 
mendiants."  [Le  B.  dit  aux  Moines  qui  reviennent 
de  la  ville  où  ils  n'ont  rien  reçu]  :  "Il  y  a  quatre 
espèces  de  nourriture  humaine  (cf.  *Jiki)  :  (1)  ordi- 
naire, (2)  Plaisir  des  Impressions,  (3)  pensées  [du 
Mental],  (4)  Notation  ;  et  cinq  espèces  de  nourriture 
surhumaine  :  (1)  Extase,  (2)  Vœu,  (3)  Mémoire, 
(4)  huit  Libérations,  (5)  Joie  [de  la  Loi].  Les  Moines 
doivent  rejeter  la  nourriture  humaine  et  chercher 
des  Moyens  pour  se  procurer  la  nourriture  surhu- 
maine." Ayant  entendu  ces  paroles,  et  s 'étant  sub- 
jugués eux-mêmes,  les  Moines  se  procurent  la  nour- 
riture surhumaine.  Mâra  se  dit  :  "Je  n'ai  pas  trouvé 
de  Moyen  pour  [dompter]  ces  Moines.  Maintenant 
il  me  faut  flatter  en  eux  les  six  Organes  ;  j'engagerai 
la  population  [à  donner  tant  d'aumônes]  que  les 
Moines  cherchent  leur  profit  et  l'obtiennent  de  plus 
en  plus,  de  sorte  qu'ils  s'attachent  à  ce  profit,  ne 
puissent  s'en  passer  un  moment,  et  recherchent  les 
Moyens  sensuels."  Lorsque  les  Moines  reviennent 
mendier,  les  habitants  leur  offrent  en  abondance 
vêtements,  nourriture,  siège  et  couche,  médicaments  ; 
tirant  les  soutanes  (sk.  sanghâtî),  ils  les  accablent 
d'aumônes    contre   leur    gré.    Le    B.    prêche    à    ses 


BUNNE 


160 


BUNNE 


Auditeurs  le  sermon  suivant:  "Ces  avantages  [maté- 
riels] font  tomber  dans  les  mauvaises  Destinations 
humaines,  et  empêchent  d'atteindre  le  lieu  de  l'In- 
opéré.  Ne  produisez  pas  un  Esprit  d'Attachement 
et  de  Connotation  ;  n'ayez  point  de  penchant  pour  le 
profit;  renoncez  à  ces  pensées.  Les  Moines  qui  s 'at- 
tachent' au  profit  ne  réalisent  point  le  Corps  d'Essence 
consistant  en  cinq  [Mérites  :  Défenses,  Concentration, 
Sapience,  Libération,  Connaissance  acquise  après  la 
Libération].  C'est  pourquoi  ceux  qui  n'ont  pas  encore 
produit  l'Esprit  de  profit  doivent  se  garder  de  le 
produire,  et  ceux  qui  l'ont  produit  doivent  se  hâter 
de  l'anéantir."  Mâra  se  voile  la  face  et  disparaît. 
[Le  Sarhyukta  T.  99  xxxix  (288  a)  (  =  Sam.  Nik.  4. 
2,  8,  Pinda)  donne  une  anecdote  analogue  :  Au  bourg 
de  brahmanes  dit  Sâlâya,  le  B.  confond  par  des 
stances  Mâra  qui  d'abord  lui  fait  refuser  toute 
nourriture,  puis  lui  en  fait  donner  ;  allusion  à  cette 
anecdote  Tt.  1509  IX  (121  c,  15).] — Ekottara  T.  125 
xlvii  (800  b-801  b)  Le  B.  dit  aux  Moines  :  "Vous 
devez  [comme  moi]  manger  une  seule  fois  par  jour  ; 
votre  corps  deviendra  léger  et  agile,  vos  esprits 
vitaux  deviendront  forts  et  vigoureux  ;  vous  pourrez 
pratiquer  la  Conduite  brahmique."  Bhadrapâli  (p. 
Bhaddâli)  dit  au  B.  :  "Je  ne  puis  supporter  [le 
régime]  d'un  seul  repas  ;  mes  esprits  vitaux  sont 
trop  faibles."  Le  B.  :  "En  arrivant  à  la  maison  du 
Donateur,  mangez  une  partie  et  rapportez  le  reste 
chez  vous."  Bhadrapâli  :  "Je  ne  puis  supporter  ce 
régime  non  plus."  Le  B.  :  "Je  vous  permets  de  con- 
trevenir au  jeûne  et  de  manger  pendant  toute  la 
journée."  Bhadrapâli  :  "Même  ce  régime  m'est 
insupportable."  Le  B.  ne  répond  plus.  [Le  Moine 
Udâyin  vient  mendier  sa  nourriture  après  le  coucher 
du  soleil  chez  un  Maître-de-maison  dont  la  femme 
est  enceinte.  Apercevant  dans  l'obscurité  la  figure 
sombre  du  Moine,  la  femme  le  prend  pour  un  démon, 
s'effraie  et  se  blesse  la  matrice  ;  l'embryon  meurt. 
Par  suite  de  cet  accident,  de  mauvaises  rumeurs  se 
répandent  en  ville  :  "Les  Moines  tuent  les  enfants 
par  des  imprécations  ;  ils  n'obéissent  plus  aux 
règles  disciplinaires,  ne  savent  plus  quand  il  faut 
manger,  viennent  et  s'en  vont  sans  modération  ;  ils 
ne  se  distinguent  en  rien  des  Laïcs."  Des  Moines 
rigoristes  portent  plainte  au  B.,  qui  convoque  une 
assemblée  et  prêche  :]  "Si  l'on  ne  mange  qu'une 
seule  fois  par  jour,  le  corps  devient  léger  et  agile 
et  l'Esprit  obtient  la  compréhension  (kaige  f!fîf|?), 
puis  les  Racines  de  Bien,  puis  la  Concentration, 
puis  la  Connaissance  correcte  des  Vérités .  .  .  Con- 
tentez-vous d'un  seul  repas  par  jour  ;  prenez-le 
pendant  la  journée,  et  ne  dépassez  point  l'heure 
fixée  pour  ce  repas.  Il  vous  faut  faire  aussi  une  tournée 
d'aumônes  pour  gagner  votre  vie.  Gardez-vous 
d'éprouver  ni  joie  à  recevoir,  ni  tristesse  à  ne  rien 
recevoir.  En  réfléchissant  pendant  le  repas,  vous 
serez    sans    Attraction    ni    Attachement.    Vous    ne 


tendrez  qu'à  sustenter  votre  corps,  à  faire  disparaître 
les  anciennes  douleurs,  à  n'en  pas  créer  de  nouvelles, 
et  à  restaurer  vos  forces  vitales.  C'est  là  ce  qui  s'ap- 
pelle Mendicité  (kotsujiki). — Ne  prenez  qu'un  seul 
repas,  en  une  seule  fois  [sans  interruption],  étant 
assis.  Se  lever  [pendant  le  repas]  est  contraire  aux 
règles  du  repas  ;  et  après  le  repas,  il  ne  faut  pas 
manger  de  nouveau.  C'est  ce  qui  s'appelle  ichiza- 
nijiki  -^.^ffijife. — Lorsqu'on  reçoit  la  nourriture,  il 
faut  la  manger  [telle  qu'on  l'a  reçue].  Comment 
pourrait-on  l'arranger  encore  [selon  ses  désirs]  ?  Ceux 
qui  reçoivent  de  la  nourriture  une  seconde  fois  ne 
doivent  pas  se  remettre  à  manger. — Sûtra  divers. — 
T.  159  v  (314  b)  :  Les  Bs.  qui  ont  quitté  leur  famille 
obtiennent  dix  avantages  supérieurs  par  suite  de  la 
pratique  constante  de  la  Mendicité  :  (1)  Ils  mendient 
leur  nourriture  pour  entretenir  leur  propre  vie  ; 
ils  viennent  et  s'en  vont  librement,  indépendamment 
d'autrui.  (2)  Quand  ils  font  leur  tournée  d'aumônes, 
ils  commencent  par  prêcher  la  Loi  et  produisent 
ainsi  un  bon  état  d'Esprit  ;  ensuite  ils  se  mettent  à 
manger.  (3)  Us  ont  une  grande  Compassion  poui 
ceux  qui  ne  donnent  pas  ;  en  prêchant  la  Loi,  ils 
produisent  un  état  d'Esprit  de  renoncement  et  un 
Mérite  supérieur.  (4)  Par  la  pratique  de  la  doctrine 
bouddhique,  ils  renforcent  leur  moralité  ;  leur  Mérite 
devient  complet,  leur  Sapience  inépuisable.  (5)  Les 
sept  et  les  neuf  espèces  d'Orgueil  disparaissem 
spontanément  ;  être  vénérés  par  les  hommes,  c'esi 
leur  Terrain  de  Mérite  excellent.  (6)  Ils  obtiennem 
la  Protubérance-crânienne  des  Tg.,  et  doivent  re- 
cevoir les  grands  sacrifices  offerts  par  le  monde 
(7)  Ils  maintiennent  les  trois  Joyaux,  et  porten 
avantage  aux  Etres.  (8)  Quand  ils  cherchent  de  h 
nourriture,  ils  n'ont  pas  un  état  d'Esprit  d'attenttj 
avide,  ils  ne  louent  pas  tous  les  Donateurs  et  Donaj 
trices.  (9)  Ils  suivent  l'Ordre-de-succession  fixé} 
sans  faire  de  distinction  entre  les  maisons  riches  e 
pauvres.  (10)  Les  B.  se  réjouissent  ;  [la  tourner 
d'aumônes]  est  le  meilleur  moyen  d'obtenir  l'Omni! 
science. — Abhiniskramanasûtra  T.  190  xxxix  (83*1 
b)  :  Les  Moines  demandent  au  B.  ce  qu'ils  doivenj 
dire  quand  ils  mendient  leur  nourriture  :  "  Donnez  j 
nous  de  la  nourriture. .  .  "  ou  bien  simplement 
"Donnez  de  la  nourriture. .  ."  Le  B.  répond:  "Vou; 
ne  devez  pas  compter  sur  vos  paroles.  .  .il  vous  fau 
penser  à  préserver  votre  existence . .  .  Ceux  qu 
possèdent  la  Connaissance  mendient  leur  nourriturj 
sans  parler,  sans  tendre  la  main  [comme  pour  dire]  1 
"Donnez  à  manger  !"  Les  Saints,  silencieux,  si 
tiennent  debout  de  côté  en  méditant  ;  c'est  eu:j 
qu'on  appelle  les  véritables  Moines  faisant  leul 
tournée  d'aumônes.  Ceux  qui  possèdent  la  Con 
naissance,  en  pratiquant  la  Mendicité,  restent  1 
regard  fixé  sur  un  point.  Si  [les  Maîtres-de-maison 
voient  quelqu'un  dans  cette  position,  ils  sauront  qu1 
c'est  un  Moine  faisant  sa  tournée  d'aumônes. — T 


BUNNE 


161 


BUNNE 


783  (720  c)  [Sûtra  sur  les  douze  pratiques  d'Ascèse]. 
Les   Moines-mendiants    Ermites    sont   dégagés   des 
deux   Attachements  ;   leur   apparence   extérieure   et 
leur  Esprit  sont  purs  ;  ils  pratiquent  la  Loi  de  l'Ascèse 
(*zuda),  comportant  douze  obligations  :  (1)  habiter 
un  Ermitage  ;  (2)  pratiquer  constamment  [exclusive- 
ment]   la   Mendicité   (jôkotsujiki    fê^jlt,   cf.    Mvy. 
1131    sk.   pindapâtika)  ;   (3)   pratiquer  la  Mendicité 
dans   l'Ordre-de-succession  ;   (4)  ne  recevoir  qu'un 
seul  repas  par  jour  (sk.  ekâsanika)  ;  (5)  ne  recevoir 
des  aliments  qu'une  portion  limitée  [pour  en  donner 
une  portion  aux  indigents  et  aux  bêtes  sauvages], 
etc.... [A   propos   de   la   Mendicité   constante:]    (a) 
Manger  ayant  reçu  une  invitation  et  (b)  manger  en 
Communauté  produisent  des  Causes-Facteurs  d'E- 
coulement,  (a)   Si   celui  qui   a   reçu  une   invitation 
obtient  de  la  nourriture,  il  pense  :  "C'est  parce  que 
je  suis  un  homme  méritoire  et  excellent  que  j 'obtiens 
cette  nourriture."  S'il  ne  reçoit  rien  il  est  fâché  contre 
ceux  qui  l'ont  invité  [et  pense  :]  "Ils  manquent  de 
discrimination  :    ceux    qui    ne    doivent    pas    inviter 
invitent,   ceux   qui  doivent  inviter  n'invitent  pas." 
Ou  bien  il  se  tourmente  à  force  de  s'humilier  ;  il 
souffre  des  reproches  qu'il  se  fait  à  lui-même.  Cette 
,  Attraction   et   cette   déception    peuvent   obstruer  le 
j  Chemin,   (b)   Celui  qui  mange  en  Communauté  doit 
j  suivre  la  Loi  de   la   Communauté,  interrompre  ses 
|  affaires   pour  recevoir   des  hôtes,   soigner  et  admi- 
nistrer les   affaires   de   la   Communauté,   avoir   des 
1  devoirs,   remplir   des   fonctions.    L'Esprit   est  alors 
j  Distrait  et  cela   empêche  la   Pratique  du  Chemin. 
C'est  à  cause  de  pareilles  afflictions  et  Distractions 
qu'on  doit  accepter  la  loi  de  la  Mendicité  constante. 
— Vinaya. — MahUâsaka    T.    1421    xxvn    (178   a-c) 
Le  Moine-mendiant  doit  se  lever  de  bonne  heure, 
descendre  du  lit,  mettre  ses  chaussures  de  cuir. .  .En 
sortant  il  doit  attentivement  fermer  la  porte  après 
avoir  déposé  son  Bol  entre  ses  pieds.  Il  doit  cacher 
la  clef  pour  que  personne  ne  puisse   la   voir .  .  .  De 
sa  main  gauche  il  tient  son  Froc,  de  la  droite  son 
Bol  ;  sa  tête  est  penchée,  il  regarde  en  avant.  Il  doit 
bien    connaître    l'aspect    des    rues,    bien  distinguer 
l'aspect   des   portes.   Arrivé  à   la  grande  porte  exté- 
rieure ou  à  la  petite  porte  intérieure,  il  doit  claquer 
des  doigts,  tousser,  faire  du  bruit.  Qu'il  y  ait  quel- 
qu'un  à   l'intérieur   ou  non,  il  doit  faire  connaître 
[son  arrivée].  Entré,  il  doit  réfléchir:  "Où  dois-je  me 
mettre?"     Si    quelqu'un     dit:    "Vénérable,    venez, 
entrez,"  il  entre   attentivement.   Si  un  homme  lui 
donne  à  manger,  il  ne  doit  pas  abaisser  ses  regards 
sur  la  nourriture  en  la  recevant.  Si  c'est  une  femme, 
il  ne  doit  pas  lui  parler,  ni  la  regarder,  ni  percevoir 
sa  beauté  ou  sa  laideur.  S'il  a  reçu  assez  dans  une 
famille,  c'est  bien;  si  ce  n'est  pas  suffisant,  il  va  dans 
d'autres  maisons,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  assez.  Alors  il 
sort  du  village,  s'éloigne  des  hommes,  dépose  son 
Bol,  ôte  sa  Soutane,  en  enlève  la  poussière ...  Il  balaie 


l'endroit  où  l'on  mangera,  arrange  les  sièges . . .  lave 
les  grands  récipients  (jôjôjikki  $£  !!!£!£)•  Si  une 
portion  est  trop  grande,  on  doit  d'avance  la  diminuer 
pour  atteindre  le  juste  milieu . .  .  On  laisse  dehors  les 
chaussures  couvertes  de  poussière.  A  l'heure  fixée, 
on  donne  un  signal  de  cloche  (kanchi  Jj|$i  =  sk.  p. 
ghantî)  ou  bien  on  entonne  un  chant  pour  rassembler 
[les  Moines].  Quand  [les  Moines]  sont  assis,  on  fait 
passer  les  grands  récipients.  S'ils  sont  trop  grands, 
il  faut  diminuer  [leur  contenu]  pour  atteindre  le 
juste  milieu  ;  s'ils  sont  trop  petits,  il  faut  ajouter 
pour  les  remplir.  Puis  ils  mangent  des  légumes  et 
des  médicaments.  Si  un  Moine  arrive  en  retard,  on 
doit  lui  donner  de  l'eau  :  s'il  l'accepte,  on  lui  donne 
une  nourriture  abondante  dans  un  récipient  ;  s'il 
n'accepte  pas  l'eau,  [c'est  qu']il  a  déjà  mangé.  Après 
le  repas  on  doit  mettre  en  lieu  sûr  les  sièges,  balayer 
le  terrain,  jeter  les  ordures,  laver  les  grands  récipients, 
les  mettre  à  leur  place,  enlever  les  pots  à  eau.  Puis 
les  Moines  se  rendent  chez  leur  Professeur ...  Si 
le  Maître  leur  dit  :  "Venez  avec  moi  [pratiquer  la 
Mendicité]",  [les  Disciples]  le  suivront.  S'ils  ne 
peuvent  pas  entrer  dans  une  maison,  ils  ne  seront 
pas  fâchés.  S'ils  entrent  mais  n'obtiennent  pas  de 
siège,  ils  ne  seront  pas  fâchés,  et  resteront  debout 
derrière  leur  Maître.  Si  le  Donateur  leur  donne  de 
la  nourriture,  ils  la  recevront  ;  mais  s'ils  n'obtien- 
nent rien,  ils  ne  seront  pas  fâchés.  Si  le  Maître  a 
des  restes  de  nourriture  et  les  leur  donne  à  manger, 
ils  ne  doivent  pas  être  fâchés.  S'ils  prêchent  la  Loi 
chez  un  Laïc,  ils  ne  discourront  pas  de  façon  confuse. 
Si  le  Maître  prononce  un  mot  rustique  ou  mala- 
droit, ils  l'en  préviendront  ;  ils  s'en  retourneront 
avec  lui  dès  qu'il  s'en  retournera.  Tel  est  le  premier 
Catéchisme  (gakuhô  $$;%£;)  de  la  Mendicité  des 
Moines  Ermites. — Ib.  xxn  (148  a)  Les  Moines- 
mendiants  obtiennent  du  riz  non  glutineux  (ou  non 
décortiqué,  ko  %$),  toutes  sortes  de  riz,  de  galettes, 
de  grains  grillés  et  de  riz  glutineux,  d'orge  grillée, 
de  liqueurs  amères,  de  conserves  au  sel,  de  sel, 
de  viande,  de  poisson,  de  lait,  de  lait  fermenté,  de 
légumes,  de  racines,  de  racines  de  lotus,  de  canne 
à  sucre,  de  fruits ...  Ils  n'osent  pas  accepter  et  le 
disent  au  B.,  qui  réplique  :  "Je  vous  permets  d'ac- 
cepter toutes  ces  victuailles,  comme  il  vous  plaira." 
— Le  B.  réside  à  Vaisâli  ;  une  famine  règne  et  la 
Mendicité  est  difficile.  Les  Moines  qui  ont  obtenu 
de  la  nourriture  la  mettent  en  réserve  en  divers 
endroits  et  la  perdent.  Ils  pensent  :  "Si  le  Bg.  nous 
permettait  de  manger  ensemble  et  de  passer  la  nuit 
dans  le  même  endroit,  un  tel  malheur  n'arriverait 
pas."  Ils  demandent  au  B.  de  leur  donner  cette 
permission,  [ce  que  le  B.  fait].  Puis  ils  préparent  leur 
nourriture  en  plusieurs  endroits,  et  la  perdent.  Ils 
pensent  :  "Si  le  Bg.  nous  permettait  de  préparer 
notre  nourriture  dans  notre  monastère,  un  tel  malheur 
n'arriverait  pas."  [Le  B.  leur  en  donne  permission.] 


BUNNE 

Puis  ils  engagent  quelqu'un  pour  faire  leur  cuisine, 
lui  donnent  des  gages,  le  nourrissent  ;  mais  ce 
cuisinier  est  un  voleur.  Ils  pensent  :  "Si  le  B.  nous 
permettait  de  faire  nous-mêmes  notre  cuisine,  nous 
pourrions  éviter  cette  perte."  [Le  B.  leur  en  donne 
permission.]  Les  Moines  faisant  eux-mêmes  leur 
cuisine  cherchent  quelqu'un  qu'ils  paient  pour  leur 
apporter  les  mets.  Ils  pensent  :  "Si  le  B.  nous  per- 
mettait de  garder  la  nourriture  nous-mêmes  et  de 
chercher  quelqu'un  [un  moine]  qui  apporte  les  mets 
sans  être  payé  pour  ce  service,  nous  pourrions  éviter 
cette  dépense."  [Le  B.  le  leur  permet.]  Les  Moines 
obtiennent  des  fruits  sans  qu'on  les  leur  apporte  [en 
les  cueillant  eux-mêmes].  Ils  avertissent  le  B.  qui 
leur  dit  :  "Je  vous  permets  de  prendre  votre  nour- 
riture aux  arbres  comme  il  vous  plaira."  Les  Moines 
obtiennent  les  fruits  des  étangs  sans  qu'on  les  leur 
apporte.  Ils  avertissent  le  B.  qui  leur  dit  :  "Je  vous 
permets  d'aller  dans  l'eau  des  étangs  et  d'y  cueillir 
[des  fruits]."  Les  Moines,  désirant  manger  des  fruits, 
les  nettoient  sans  employer  un  nettoyeur.  Ils  avertis- 
sent le  B.  qui  leur  dit  :  "Je  vous  permets  de  manger 
les  fruits  en  enlevant  vous-mCmes  les  noyaux." — 
Dharmagupta  T.  1428  xxxn  (789  a)  :  Si  le  Bg.  prêche 
la  Loi  à  trois  hommes  d'un  groupe  de  cinq,  deux 
mendient  la  nourriture,  et  ce  qu'ils  reçoivent  suffit 
pour  nourrir  les  six.  Si  le  Bg.  prêche  la  Loi  à  deux 
hommes  d'un  groupe  de  cinq,  trois  mendient  la 
nourriture,  et  ce  qu'ils  reçoivent  suffit  pour  nourrir 
les  six. — Ib.  xlix  (933  a)  :  De  mauvais  Moines- 
mendiants  prennent  inconsidérément  la  nourriture 
que  les  Maîtres-de-maison  tiennent  [dans  leurs 
mains],  avant  même  que  ceux-ci  la  leur  donnent. 
Voyant  cela,  les  Maîtres-de-maison  les  prennent  en 
haine  et  disent  :  "Les  Moines,  fils  de  Sâkya,  ne  savent 
pas  se  contenter  ;  ils  prétendent  connaître  la  Loi 
correcte,  mais  [cette  habitude]  est-elle  la  Loi  cor- 
recte ?  Ils  se  précipitent  pour  arracher  d'avance  la 
nourriture,  comme  s'ils  étaient  des  personnages  de 
haut  rang."  Les  Moines  avertissent  le  B.  qui  dit  : 
"Les  Moines  ne  doivent  pas  prendre  la  nourriture 
avant  que  les  Maîtres-de-maison  ne  la  leur  donnent. 
Il  y  a  des  cas  où  l'on  appelle  le  Moine  [pour  prendre 
la  nourriture  lui-même]  :  [p.  ex.  quand  la  personne 
qui  veut  donner]  est  une  femme,  un  malade,  une 
femme  enceinte,  une  femme  tenant  un  enfant 
dans  ses  bras,  quelqu'un  qui  tient  des  objets  des 
deux  mains  ;  ou  bien  quand  il  pleut,  ou  que  le 
sol  est  boueux.  Dans  ces  cas,  le  Moine  hésite  et 
n'ose  prendre  la  nourriture  d'avance  ;  mais,  je 
vous  le  dis  :  [dans  ces  cas-là]  quand  on  appelle  il 
faut  aller  "...Ces  [mauvais]  Moines  vont  mendier 
leur  nourriture  dans  de  grandes  maisons  (daike 
^;^)...Le  B.  dit:  "En  pratiquant  la  Mendicité, 
il  ne  faut  pas  préférer  les  grandes  maisons.  En 
mendiant  dans  l'Ordre-de-succession,  il  ne  faut  pas 
avoir  de  préférence."  Ces  [mauvais]  Moines  mendient 


[62 


BUNNE 


en  usant  de  force,  obtiennent  [la  nourriture]  en  usant 
de  contrainte,  puis  s'en  vont.  .  .Le  B.  dit  :  "Ce  n'est 
pas  convenable.   Lorsque  les   Moines  savent  qu'ils 
recevront  quelque  chose,  ils  doivent  attendre.  Lors- 
qu'ils sortent  [d'une  maison],   ils    doivent    observer 
attentivement  l'aspect  de  la  première  porte  et  jus- 
qu'au  tas    de   fumier    [pour    reconnaître   ensuite    le 
chemin  à  suivre]. — Sarvâstivâdin  T.  1435  xin  (93  c- 
94  c)  [Un  Maître-de-maison  demande  aux  Moines- 
mendiants    malades  :]    " Souffrez- vous  ?"    Ils    répli- 
quent :  "Nous  sommes  malades  et  nous  souffrons  à 
cause    de    la    Mendicité."     Le    Maître-de-maison  : 
"Je  vous  invite,  vous  qui  êtes  malades,  à  venir  mangei 
chez   moi."    Les    Moines  :    "Le    B.   n'a   pas   encore 
permis  de  prendre  des  repas  à  part  (betsujiki  #lj'i£" 
pour   cause  de   maladie."   Les   Moines,   ne   sachant 
que  faire,  avertissent  le  B.  qui  convoque  la  com- 
munauté  et   dit  :    "Dorénavant   il   sera   permis    au> 
Moines-mendiants  malades  de  prendre  des  repas  s 
part.  Dorénavant  cette  Défense  doit  être  observée 
Les    Moines-mendiants   qui    prennent   des   repas    î 
part  commettent  un  péché  de  Défaillance,  à  moin: 
qu'ils  ne  soient  malades.  Les  Moines  sont  appelé: 
"malades"  s'ils  [souffrent  de]  chaleur,  de  froid  01 
de  vent  excessifs.  .  .S'ils  sont  malades  et  prennen 
des  repas  à  part,  ils  ne  sont  pas   [coupables  d'un 
Manquement."  [Quand  le  temps  est  venu  pour  fair< 
leurs  vêtements,  les  Moines  se  lèvent  de  bonne  heure 
cherchent  les  ustensiles  nécessaires  pour  les  teindre 
les  teignent  et  les  sèchent,  de  sorte  qu'ils  n'ont  pa: 
le   loisir    d'aller   mendier   leur   nourriture    en    ville 
Un  Maître-de-maison  les  voit  dans  la  détresse,  e 
leur  offre  un  repas  chez  lui.  Ils  avertissent  le  B.  qu 
convoque  la  Communauté  et  dit  :]   "Dorénavant  i 
sera  permis   aux   Moines   qui   font  leurs   vêtement 
quand  le  temps  de  les  faire  est  venu,  de  prendre  de 
repas   à    part..."    [A   l'occasion    de   la  détresse  d 
quelques     Moines     n'ayant     pas   le    temps     d'aile 
mendier  leur  nourriture  le  matin  au  cours  de  leur 
voyages  par  terre  ou  par  navigation  fluviale,  le  B 
dit  :]  "Dorénavant  il  sera  permis  aux  Moines  voya 
geurs  de  prendre  des  repas  à  part ...  Si  un  Moin 
arrive  un  certain  jour  et  mange  [à  part]  le  lendemair 
il  est  de  Défaillance  ;  s'il  mange  [à  part]  un  certai 
jour  et  part  en  voyage  le  lendemain,  il  est  de  Défai 
lance.  Mais  si,  étant  de  passage,  il  arrive  et  part  ] 
même  jour,  il  n'y  a  pas  Manquement  à  prendre  u 
repas  à  part  si  l'arrivée  a  lieu  soit  après  midi  so: 
très  peu  avant  midi  [ce  qui  ne  laisse  pas  au  moin 
le  temps  de  faire  sa  tournée  régulière  de    Mendicit 
le  matin  de  ce  jour]. — Le  B.  accompagné  de   125 
Moines  réside  à  Râjagrha.  Les  Moines  vont  prat: 
quer  la  Mendicité.  Les  Maîtres-de-maison  ne  peuver 
donner  de  nourriture  qu'à  deux  ou  trois  Moines 
comme  il  en  vient  d'autres,  ils  ne  peuvent  plus  rie 
donner,  ferment  leurs  portes  et  disent:  "Il  y  a  tro 
de  Moines  ;  qui  peut  [leur]  donner  [des  aumônes]  ? 


BUNNE 


163 


BUNNE 


Les  Moines  qui  arrivent  après  les  autres  n'obtien- 
nent rien  et  souffrent.  [Un  Maître-de-maison  a 
pitié  d'eux  et  les  invite  à  manger  chez  lui.  Les  Moines 
avertissent  le  B.  qui  dit  :]  "Dorénavant  il  sera  permis 
aux  Moines  de  prendre  des  repas  à  part  à  cause  de 
leur  grand  nombre,  s'il  y  a  au  moins  huit  Moines,  à 
savoir  quatre  Moines  qui  mendient  d'habitude  dans 
le  bourg  et  quatre  Moines  de  passage.  Si  des  Moines 
au  nombre  de  moins  de  huit  prennent  des  repas  à 
part,  ils  sont  de  Défaillance." — Ib.  xli  (298  c)  Entré 
dans  la  cour  [de  la  maison],  le  Moine-mendiant 
s'arrête  et  claque  des  doigts.  S'il  n'obtient  rien,  il 
doit  claquer  de  nouveau  ;  puis  une  troisième  fois. 
S'il  obtient  quelque  chose,  il  doit  tenir  son  Bol  des 
deux  mains,  s'incliner  et  recevoir  la  nourriture. 
S'il  veut  mendier  encore  dans  d'autres  maisons,  il 
doit  regarder  le  soleil  pour  savoir  l'heure.  S'il  est 
encore  tôt,  il  peut  continuer  à  mendier.  S'il  est  déjà 
midi,  il  faut  cesser  [la  tournée  d'aumônes]. — Ib. 
xli  (300  a)  Un  Moine  [de  passage]  vient  comme  hôte 
[de  la  Communauté]  à  Srâvastî.  Il  entre  dans  une 
maison  vide,  où  un  serpent  dort  sur  un  lit.  Le  Moine 
s'assied  sur  le  serpent,  est  mordu,  et  meurt  en  même 
temps  que  le  serpent ...  [Le  B.  enseigne  après  cet 
accident  la  Loi  des  Moines  de  passage  à  la  Com- 
munauté] :  "Le  Moine  de  passage  doit  poser  les 
questions  suivantes  de  bonne  heure,  à  l'aube,  aux 
Moines  résidents,  et  ce  n'est  qu'après  avoir  posé  ces 
questions   qu'il   peut   aller  pratiquer  la  Mendicité  : 

'Y  a-t-il  dans  le  quartier  [réservé  à  cette]  Com- 
munauté (sôbô  jfètfj)  un  repas  préliminaire  (zenjiki 
j£)  ou  non  ?  Y  a-t-il  des  repas  à  heure  fixe  (jijiki 
■j£)  ou  non  ?  [T.  1421  xxvn  (179  a)  Y  a-t-il  un 
repas  dans  ce  quartier  ou  non  ?  Prépare-t-on  la 
nourriture  tôt  ou  tard  dans  ce  village  ?]  Dans  quels 
endroits  se  trouvent  de  mauvais  chiens,  de  mauvais 
taureaux,  des  maisons  d'adultes,  de  garçons,  de 
filles,  de  veuves,  de  femmes  légitimes  ?  Où  sont  les 
maisons  où  l'on  étudie  les  Actes  [rituels  ou  dis- 
ciplinaires] de  la  Communauté  (sôkommagakke  j% 
f^lMW^fc)  ?  Où  sont  les  maisons  où  l'on  renverse 
les  Bols  (fukuhatsukommake  |g&$ÉfI^)  ?  Où 
faut-il  aller,  où  ne  faut-il  pas  aller  ?" — Ib.  xlvi 
(330  c  -331  a)  Le  B.  réside  à  Srâvastî.  Il  y  a  une 
Nonne-mendiante,  Uranandâ,  qui  pendant  plusieurs 
années  avait  eu  des  Disciples.  Elle  dit  à  ses  Dis- 
ciples :  "Où  j'entrerai,  vous  toutes  entrerez  aussi. 
Si  j'obtiens  quelque  chose,  vous  l'obtiendrez  aussi..." 
Elle  entre  dans  une  maison  et  s'en  va,  son  Bol  plein 
de  nourriture.  Une  Disciple  la  suit,  entre  et  s'en  va, 
son  Bol  plein  de  nourriture.  Une  deuxième,  une 
troisième  entrent.  Le  Maître-de-maison  ne  peut  plus 
donner,  ferme  sa  porte  et  dit  :  "Qui  peut  donner  de 
la  nourriture  à  ces  Nonnes  néfastes  ?"  Une  Nonne 
de  peu  de  désirs,  qui  sait  se  contenter  et  pratique 
l'Ascèse,  apprend  ce  fait,  s'attriste  et  raconte  tout 

au  B.  Celui-ci  convoque  la  Communauté  des  Moines 


et  des  Nonnes... et  dit:  "Si  une  Nonne  conserve 
des  Disciples  pendant  plusieurs  années,  elle  commet 
un  péché  de  Défaillance  et  le  degré  de  Défaillance 
dépend  du  nombre  d'années  [pendant  lesquelles  ses 
Disciples  restent  chez  elle].  Elle  n'est  pas  [coupable 
d'un]  Manquement,  si  elle  ne  [retient]  ses  Disciples 
que  pour  un  ou  deux  ans." — Ib.  xli  (298  b)  Le  B. 
dit  :  "Il  y  a  deux  espèces  de  Mendicité  [au  profit  du 
Moine-mendiant  lui-même,  non  pas  au  profit  de  la 
Communauté]  :  (1)  accepter  des  invitations  ;  (2)  ne 
pas  accepter  d'invitations.  (1)  Ceux  qui  désirent 
recevoir  l'aumône  destinée  à  la  Communauté  (sô- 
motsubun  fêfflfr),  aumône  donnée  après  invitation, 
doivent  renoncer  à  la  Loi  de  la  Mendicité  (kotsu- 
jikihô  £)  j£féc)  avant  d'accepter  cette  aumône  destinée 
à  la  Communauté.  S'ils  ne  renoncent  pas  à  la  Loi 
de  la  Mendicité  et  acceptent  l'aumône  destinée  à  la 
Communauté  [c.-à-d.  cumulent  l'aumône  commune 
et  l'aumône  individuelle],  ils  commettent  un  Méfait. 
S'ils  disent,  après  avoir  reçu  l'aumône  destinée  à  la 
Communauté  :  "Nous  sommes  des  pindapâtika,  [et 
avons  droit  à  ce  titre  à  une  aumône  individuelle]", 
ils  mentent  et  sont  de  Défaillance.  (2)  Si  ceux  qui 
n'acceptent  pas  d'invitations  [c.-à-d.  les  pindapâtika] 
veulent  en  accepter  [ce  qui  est  contraire  à  la  Loi 
de  la  Mendicité]  ou  bien  recevoir  l'aumône  destinée 
à  la  Communauté,  ils  doivent  d'abord  renoncer  à 
la  Loi  de  la  Mendicité... — Tt.  1440  11  (512  c) 
Celui  qui  donne  des  aumônes  obtient  cinq  Mérites  : 
(1)  beauté  ;  (2)  conduite  irréprochable  ;  (3)  force  ; 
(4)  éloquence  ;  (5)  longévité.  Celui  qui,  un  certain 
jour,  mendie  dans  l'Ordre-de-succession,  doit 
manger  la  nourriture  qu'il  reçoit  dans  la  première 
maison  [rencontrée]  ;  et  si  cette  nourriture  ne  lui 
suffit  pas,  il  doit  tout  de  même  s'arrêter  [et  ne  pas 
en  mendier  ailleurs].  S'il  ne  reçoit  de  nourriture  que 
dans  la  septième  maison  qu'il  rencontre  dans  l'Ordre- 
de-succession,  il  doit  la  manger,  mais  s'il  ne  reçoit 
rien  il  doit  tout  de  même  s'arrêter  [à  la  septième 
maison  et  ne  pas  aller  plus  loin].  En  faisant  la  tournée 
des  maisons  dans  l'Ordre-de-succession,  il  s'arrête 
lorsque  la  nourriture  reçue  lui  paraît  suffisante,  sans 
se  fixer  une  certaine  quantité  de  nourriture  ;  et  le 
lendemain  il  fait  la  tournée  des  maisons  à  partir  de 
celles  qu'il  a  visitées  la  veille.  C'est  ce  qu'on  appelle 
la  Loi  de  la  Mendicité  dans  l'Ordre-de-succession. 
Pourquoi  observe-t-on  cette  Loi  ?  (1)  Parce  que 
pour  ceux  qui  vivent  en  Profanes  dans  la  famille  il 
y  a  beaucoup  de  causes  de  Violence  Mordante.  (2) 
Parce  qu'[en  dehors  de  la  Mendicité]  la  nourriture 
n'est  pas  pure  et  qu'il  y  a  de  nombreuses  causes  de 
mauvaise  conduite,  de  malveillance  et  d'hostilité 
entre  les  Laïcs  et  la  Communauté,  les  Laïcs  fouettant 
les  Moines.  (3)  [Pour  éviter  le  péché  qui  consiste  à] 
observer  chez  autrui  [les  manifestations  d'une]  gêne 
de  l'Esprit,  du  Formel  et  du  Mental.  (4)  Pour  prati- 
quer la  Tige  de  Saint  qui  consiste  à  avoir  peu  de 


BUNNE 


164 


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désirs  (shôyoku  ^^,  sk.  alpecchatâ)  et  à  savoir  se 
contenter  (chisoku  £fljg,,  sk.  samtusti)  [cf.  K.  Lav. 
vi,  145].  Si  l'on  accepte  l'invitation  d'un  Donateur, 
on  peut  commettre  les  Fautes  suivantes,  qui  dépen- 
dent des  conditions  de  l'invitation  :  manger  d'abord 
la  nourriture  grossière,  pour  faire  venir  ensuite  des 
mets  délicieux  ;  s'il  y  a  peu,  insister  pour  qu'on  ap- 
porte beaucoup  ;  si  les  mets  ne  plaisent  pas,  com- 
mander de  nouveaux  plats  ;  lorsqu'on  reçoit  l'in- 
vitation, avoir  de  l'espoir.  Tout  cela  est  contraire 
à  la  Tige  de  Saint  qui  consiste  à  avoir  peu  de  désirs. 
(5)  Pour  louer  auprès  du  Donateur  les  quatre  sup- 
ports [de  la  Discipline  :  (a)  porter  des  vêtements 
purs  ;  (b)  toujours  mendier  sa  nourriture  (sk.  pinda- 
pâtika)  ;  (c)  coucher  au-dessous  d'un  arbre  ;  (d) 
employer  l'urine  comme  médicament  ;  ces  quatre 
supports  sont  souvent  appelés  les  quatre  Tiges  de 
Saint].  En  recevant  une  invitation,  [au  lieu  de]  se 
préoccuper  toujours  de  la  pensée  :  "Est-ce  moi  ou 
lui  qui  perd  ?"  le  Mendiant  doit  être  tranquille  ; 
son  esprit  n'est  pas  lié,  il  ne  fait  pas  attention  au 
plus  ou  au  moins.  (6)  Parce  que  les  autres  aliments 
sont  épuisables,  tandis  que  la  nourriture  mendiée 
est  inépuisable. — T.  1448  iv  (16  a)  (  =  Divyâvadâna, 
p.  50)  :  Le  Bg.  dit  à  Mahâmaudgalyâyana  :  "Prenez 
un  repas  urgent  (senkyûjiki  5feÉt^>  sk.  atyayika- 
pindapâta)." — "Pourquoi  ?"  Le  Bg.  répond  :  "Il  y 
a  cinq  cas  urgents  où  l'on  doit  manger  avant  les 
autres  :  [les  cas]  d'une  personne  qui  arrive  de  loin  (sk. 
âgantuka),  d'une  personne  qui  compte  partir  pour  un 
pays  lointain  (sk.  gamika),  d'un  malade  (sk.  glana), 
d'un  infirmier  (sk.  glânopasthâyika),  d'une  personne 
chargée  de  mission  [urgente]  (sk.  upadhivârika).  Ce 
dernier  cas  se  présente  maintenant,  et  c'est  pourquoi 
je  vous  prie  de  manger  avant  les  autres." — Grand 
Véhicule. — Sûtra. — Pancaêatikâ  (?)  -Prajnâpâramitâ 
T.  234  1  (740  c-741  b)  [cf.  T.  220  dlxxvi  (974-979)] 
Le  Bs.  Manjusrî  (Jushu  jUtt")  allait  entrer  dans  la 
ville  de  Srâvastî  un  matin  pour  pratiquer  la  Men- 
dicité. Il  mit  en  ordre  son  Froc,  prit  son  Bol  et  son 
Sistre,  et  selon  l'exemple  du  B.  imparfaitement 
suivi,  sa  démarche  était  tranquille  et  belle.  .  .Le  Bs. 
Nâgasrî  (Ryûshu  H^O  [qui  apprenait  les  doctrines 
de  la  Perfection  de  Sapience  auprès  de  son  Maître 
Manjusrî]  le  vit  entrer  dans  la  ville,  accompagné 
d'une  foule  immense,  et  lui  demanda  :  "Que  faites- 
vous  ?"  Manjusrî  répond  :  "J'entre  en  cette  ville 
pour  mendier,  plein  de  pensées  de  pitié.  Grand 
sera  l'avantage  [produit  par  la]  Sapience.  Je  ferai 
le  Travail  de  la  Mendicité  pour  sauver  tous  les 
dieux  et  les  hommes  du  monde,  et  devenir  le  grand 
guide  des  Etres."  Nâgasrî  demande  à  Manjusrî  : 
"Quoi  donc  !  vous  n'avez  pas  encore  éliminé  la  Con- 
notation de  la  Mendicité  ?"  Manjusrî  répond  :  "J'ai 
éliminé  cette  Connotation  du  point  de  vue  de  l'exis- 
tence ;  du  point  de  vue  de  la  non-existence  il  n'y 
a  ni  Elimination,  ni  rien  qui  puisse  être  Eliminé. 


C'est  là  ce  qui  s'appelle  la  Mendicité  pure  des  Bs. 
— Ib.  (743  b)  Manjusrî  dit  à  Nâgasrî  :  "Quand  on 
pratique  la  Mendicité,  il  ne  faut  pas  avoir  la  pensée 
de  lever  les  pieds,  de  les  poser,  de  s'arrêter,  d'avan- 
cer, de  reculer,  d'incliner  le  corps  ou  de  le  redresser, 
ni  d'un  endroit,  ni  d'une  promenade.  Il  ne  faut  pas 
avoir  la  Connotation  d'une  ville,  d'un  chemin,  d'une 
ruelle,  d'une  maison,  d'une  porte,  d'hommes  ni  de 
femmes,  de  jeunes  gens,  de  gens  faibles,  ni  du 
Formel,  ni  de  la  figure,  ni  de  la  production,  ni  de 
l'extinction. — Ib.  11  (744  c)  Nâgasrî  dit  à  Man- 
jusrî :  "Allez  mendier  à  l'Est."  Manjusrî  répond  : 
"L'Est,  l'Ouest,  le  Sud  et  le  Nord,  existent-ils  d'une 
façon  plus  réelle  que  les  chevaux  sauvages  créés 
par  un  magicien  ?"..  .Nâgasrî  dit:  "Je  m'en  irai 
[de  Srâvastî,  où  il  aurait  voulu  mendier],  faute  d'un 
Bs.  Garçon  qui  m'accompagne."  Manjusrî  répond  : 
"Je  ne  viens  ni  ne  m'en  vais  ;  je  n'ai  ni  com- 
pagnon, ni  associé,  car  le  Chemin  n'a  pas  de  com- 
pagnon..." Nâgasrî  dit:  "C'est  l'heure  prescrite 
par  la  Discipline  ;  allons  ensemble  mendier  en  ville. 
Je  pense  à  l'heure,  afin  d'aller  à  temps  et  non  trop 
tard."  Manjusrî  répond  :  "Les  Essences  sont  in- 
temporelles ;  on  ne  peut  laisser  passer  [le  moment 
opportun].  Ceux  qui  résident  dans  la  pratique  des 
Connotations  ont  les  Connotations  de  temps  et 
d'absence  de  temps.  Comment  les  Bs.,  qui  compren- 
nent l'incompréhensibilité  du  Vide,  pourraient-ils 
parler  de  temps  ou  d'absence  de  temps  ?  L'absence 
de  temps  opportun  ou  inopportun  (jihiji  P#^fl$) 
caractérise  la  Discipline  et  l'Essence  de  B.,  tandis 
que  les  autres  Essences  comportent  un  temps  op- 
portun ou  inopportun.  Ceux  qui  calculent  et  con- 
sidèrent les  divisions  du  temps  ont  la  Connotation 
de  laisser  passer  le  moment  opportun.  Les  Disciples 
du  Bg.  se  rassasient  toujours  de  la  Sapience  du  Che- 
min. .  .ils  n'ont  ni  la  Connotation  de  la  nourriture, 
ni  celle  du  Fait  de  l'Existence  de  la  nourriture. 
Cette  nourriture  [sans  Connotation]  s'appelle  nour- 
riture sans  mélange  (muzôjiki  M%fefit)  !  ceux  <ïui 
la  mangent  s'appellent  Saints  et  Bons.  En  en  man- 
geant toujours,  ils  augmentent  la  nourriture  con- 
sistant en  Essence  d'Ambroisie,  et  par  la  force  de 
cette  nourriture  peuvent  vivre  pendant  une  Période 
et  plus.  Ils  n'ont  plus  de  Notation  de  recherche  de 
nourriture .  .  .  Dans  le  seul  désir  de  délivrer  [les 
Etres]  des  souffrances  des  cinq  Destinations,  ils 
manifestent  leur  entrée  dans  un  pays,  district,  ville 
ou  village,  afin  d'y  pratiquer  la  Mendicité  ;  mais 
ces  Saints  sont  dégagés  de  toute  nourriture  ;  ils  ne 
mangent  aucune  nourriture.  Ils  sont  toujours  rassasiés 
de  Concentrations  de  Sapience.  Ceux  qui  continuent 
à  manger  la  nourriture  mêlée  éprouvent  le  Fonction- 
nement et  appartiennent  à  la  Transmigration. 
Dès  la  première  Production  de  l'Esprit  [d'Eveil], 
les  B.  perdent  la  Connotation  de  la  faim  et  de  la1 
soif. .  .  "  Nâgasrî  dit  :  "Me  voilà  déjà  rassasié  de  cette! 


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nourriture  supérieure,  quoique  je  n'aie  fait  qu'en- 
tendre votre  prédication  sur  cette  nourriture  de  Loi. 
A  plus  forte  raison  ceux  qui  grandissent  en  mangeant 
cette  nourriture  sans  mélange,  doivent-ils  cesser 
de  manger  toute  nourriture  [mêlée  de]  Réflexion  et 
de  Désir."  Manjusrî  :  "Comment  [ce  dont]  le  Sub- 
stantiel est  Vide  pourrait-il  se  rassasier  de  nourriture 
mêlée  ?"  Nâgasrî  :  "Le  Vide  n'existe  pas."  Manjusrî  : 
"Peut-on  rassasier  la  création  d'un  magicien  ?" — 
"Non." — "Peut-on  donc  rassasier  une  apparence 
manifestée  (genzô  ï^$l)  ?" — "Non." — "L'océan  est- 
il  donc  rassasié  [de  l'eau]  des  fleuves  ?" — "Non." — 
"Ainsi  les  Essences  ne  sont  pas  saturées,  comme  le 
Vide,  et  pourtant  vous  avez  dit  que  la  Connotation 
de  rassasiement  (saturation)  existe .  .  .  Les  Essences 
sont  toujours  sans  Désir,  du  fait  de  la  Concentration 
et  de  la  Libération  ;  elles  n'ont  ni  Formel  ni  ap- 
parence .  .  .  Comment  pourrait-il  y  avoir  une  Con- 
notation de  rassasiement  ?"  Nâgasrî  :  "Par  con- 
séquent nul  ne  mange  plus  aucune  nourriture  ;  et 
pourtant  vous  dites  que  le  Vide  est  la  Racine  de  la 
nourriture."  Manjusrî  :  "En  effet  tous  les  Etres  ne 
mangent  pas,  comme  dans  le  cas  de  Bg.  créant  par 
Métamorphose  d'innombrables  hommes,  qui  nour- 
rissent [d'autres]  hommes,  [également]  créations 
magiques.  Y  a-t-il  soit  une  nourriture  que  mangent 
ces  hommes  créés  par  Métamorphose,  soit  des 
mangeurs  ?"  Nâgasrî  :  "L'état  de  Métamorphose 
n'a  ni  Connotation  ni  Notation,  n'existe  pas,  n'a  pas 
de  nourriture.  A  plus  forte  raison,  comment  peut-on 
dire  que  des  mangeurs  [créés  par  Métamorphose] 
existent  ?"  Manjusrî  :  "Ainsi  toutes  les  Essences, 
avec  Vue  ou  sans  Vue,  sont  comme  une  Métamor- 
phose magique..."  Nâgasrî:  "Voici  maintenant  le 
moment  opportun  pour  nous  en  retourner  ensemble 
au  Jetavana.  Ma  faim  et  ma  soif  sont  pour  toujours 
éliminées."  Manjusrî  :  "C'est  comme  si  un  homme 
créé  par  les  Métamorphoses  d'un  magicien  disait  : 
J'ai  faim,  j'ai  soif.  Des  chevaux  sauvages  [yaba  §f^, 
type  d'une  sorte  d'illusion  optique]  affamés  sont-ils 
plus  réels  que  cet  homme  ?  Et  il  en  est  de  même  de 
tout  ;  toutes  les  Essences  sont  pareilles  à  ces  chevaux 
sauvages.  Les  fils  de  famille  qui  comprennent  cela 
disent  :  Nous  avons  éliminé  la  faim  et  la  soif.  Ils 
mangeront  cette  nourriture  semblable  à  celle  des  Es- 
sences, qui  ne  peut  être  ni  éliminée  ni  détruite,  et 
qui  est  sans  faim  ni  soif  ;  c'est  ainsi  qu'est  rassasiée 
la  Racine  de  toutes  les  Essences.  Les  Profanes  qui 
ne  comprennent  pas  cette  Racine  disent  :  Nous  avons 
faim  et  soif  ;  nous  sommes  rassasiés.  Mais  les  Saints 
et  les  Bons,  comprenant  cette  Racine  des  Essences, 
n'ont  ni  faim,  ni  soif,  ni  satiété.  .  ." — (747  a)  Man- 
jusrî dit  à  Sâriputra  :  "Je  vous  invite  à  manger  la 
nourriture  pure."  Sâriputra  :  "En  quel  endroit  me 
sera  donnée  cette  nourriture  ?  Quelle  espèce  de 
nourriture  allez-vous  préparer  (sesetsu  IjfaWi)  ?" 
Manjusrî  répond  :  "Quant  à  ce  qui  est  mangé,  il 


n'y  a  pas  de  nourriture  et  il  n'y  a  pas  d'acte  de  manger 
ou  d'avaler.  Quant  à  ce  qui  est  avalé,  il  n'y  a  ni 
Formel,  ni  bruit,  ni  odeur,  ni  saveur,  ni  substance 
mucilagineuse  ou  fine.  L'endroit  de  cette  nourriture 
ne  se  trouve  ni  dans  les  trois  Plans,  ni  en  dehors  des 
trois  Plans.  C'est  l'endroit  de  la  nourriture  des  B., 
. .  .nourriture  qui  est  invisible  à  l'Œil  charnel, 
extérieur  et  intérieur,  à  l'Œil  divin,  [et  même]  à 
l'Œil  de  la  Sapience..." — Myôshin  j$'i}  demande 
à  Manjusrî  :  "En  mangeant  quelle  nourriture  Su- 
bhûti,  Sâriputra,  etc.,  sont-ils  entrés  dans  l'Aplanis- 
sement  de  Barrage  ?"  Manjusrî  dit  :  "En  mangeant 
la  nourriture  sans-Ecoulement,  en  pratiquant  l'ali- 
mentation sans  Attachement,  non- vulgaire .  .  .Ils  ne 
mangent  plus  aucune  nourriture  dans  les  trois  Plans." 
A  ce  moment,  Subhûti  et  Sâriputra  s'éveillent  de 
l'Aplanissement  et  vont  pratiquer  la  Mendicité. 
Subhûti  entre  chez  un  Maître-de-maison  dont  la 
femme  est  Laïque.  Elle  lui  demande  :  "Avez- vous 
encore  la  Connotation  de  la  Mendicité  ?  Vous  ne  l'avez 
pas  encore  détruite  ?"  Subhûti  :  "Depuis  l'origine 
j'ai  détruit  la  Connotation  de  la  Mendicité."  La 
Laïque  :  "A  l'origine,  était-elle  détruite  ou  pas  encore 
détruite  ?"  Subhûti  :  "L'avenir  est  Vide  comme  le 
passé,  tout  comme  le  Vide  originel  (honkû  ^s;$)." 
La  Laïque  :  "Alors,  tout  étant  Vide,  comment  peut- 
on  parler  de  "détruit"  et  de  "pas  encore  détruit"  ? 
Tendez  la  main  ;  je  vous  donnerai  une  aumône." 
Subhûti  tend  la  main.  La  Laïque  :  "Ceci  est  bien 
la  main  d'un  Arhat  qui  [à  la  différence  d'un  Bs.]  ne 
comprend  pas  ce  [Vide]  originel  (hon  ^s:)  et  Atteste 
le  Barrage,  n'est-ce  pas  ?"  Subhûti  :  "La  main  d'un 
Arhat  n'a  pas  de  forme,  n'est  pas  visible,  ne  peut 
être  tendue  ni  retirée.  Comme  un  magicien  fait  des 
Duperies,  ainsi  un  homme  [créé  par]  Métamorphose 
prononce  ces  paroles.  Ou  donc  se  trouverait  la  main 
de  cet  homme  [créé  par]  Duperie  ?  Comment  peut- 
on  dire  qu'il  tend  la  main  ?  La  main  [créée  par] 
Duperie  est-elle  visible  ?  Peut-on  la  tendre  ?"  Elle 
répond  :  "Non."  Subhûti  :  "Ainsi  le  Bg.  dit  que 
toutes  les  Essences  sont,  comme  une  Duperie, 
originellement  Vides."  Elle  demande  :  "Si  tout  est 
vide,  pourquoi  continuez- vous  à  chercher  de  la 
nourriture  ?"  Et  à  ce  moment  elle  n'est  pas  encore 
disposée  à  donner  une  aumône  à  Subhûti  [avant 
qu'il  n'ait  fait  un  miracle  pour  prouver  le  Vide]. 
Elle  dit:  "Tendez  votre  Bol."  Soudain  le  Bol 
disparaît.  Elle  le  cherche,  mais  il  n'est  nulle  part 
et  la  main  de  la  Laïque  ne  s'approche  pas  de 
Subhûti.  Elle  dit  :  "Ceci  est  un  corps  pur,  sans  At- 
tachement, un  Ermite  (gengo  PUS,  sk.  p.  aranyavi- 
hârin)  loué  par  le  B."  Après  ces  paroles,  le  Bol 
reparaît  spontanément.  Subhûti  tend  son  Bol  ;  elle 
le  remplit  de  nourriture  et  le  rend  à  Subhûti,  en 
disant  :  "Ceci  est  bien  le  Bol  du  plus  éminent  Ermite 
loué  par  le  B.  Sâkyamuni,  n'est-ce  pas  ?"  Subhûti  : 
"Les  Ermites  dont  parle  le  B.  n'ont  pas  de  Bol." 


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La  Laïque  :  "Si  les  Ermites  n'ont  pas  de  Bol,  quel 
moyen  ont-ils  de  recevoir  leur  nourriture  ?  Les 
Ermites  qui  ont  fait  l'objet  d'une  Prophétie  (iki 
SfG)  ne  doivent  pas  être  des  Arhat  qui  Attestent  le 
Barrage.  Après  avoir  mangé  cette  nourriture,  ils 
comprennent  que  le  mangeur  est  comme  une  Duperie, 
et  ce  qui  est  mangé  comme  une  Métamorphose  ; 
c'est  comme  un  homme  [créé  par]  Métamorphose 
qui  fait  manger  des  hommes  [créés  par]  Duperie  ; 
ou  encore,  c'est  comme  d'abreuver  des  assoiffés  au 
moyen  d'une  illusion  optique  (litt.  chevaux  sauvages). 
Ceux  qui  comprennent  cela  pénètrent  comme  le 
Tg.  la  pratique  de  la  Mendicité  [due]  du  Vide  originel 
(hommu  ;£$&)  du  passé,  du  présent  et  de  l'avenir. 
Ceux  qui  ont  la  Connotation  de  donner  ou  de  re- 
cevoir fabriquent  les  nombreuses  divisions  du  De- 
venir, ont  la  Vue  de  la  Dualité,  Fonctionnent  avec 
les  Profanes  dans  les  cinq  Destinations .  .  .  Selon  la 
Loi  des  B.,  non  seulement  ceux  qui  reçoivent  la 
nourriture,  mais  aussi  ceux  qui  la  donnent,  doivent 
comprendre ...  que  les  Essences  sont  pures,  n'exis- 
tent pas  du  tout,  qu'il  n'y  a  ni  don  ni  réception,  ni 
Défense  ni  transgression,  ni  Patience  ni  querelle, 
ni  énergie  ni  paresse,  ni  Concentration  ni  Distrac- 
tion, ni  Sapience  ni  stupidité . .  .  Les  Disciples  qui 
comprennent  la  pratique  de  la  Mendicité  de  cette 
façon,  n'ont  pas  la  Connotation  de  la  nourriture 
mêlée  des  trois  Plans  ;  mais  d'autre  part,  ils  ne  ré- 
sident pas  dans  le  Plaisir  du  Nirvana." — Ratnakûta 
T.  310  cxiv  (645  a)  Si  le  Moine-mendiant  reçoit  de 
la  nourriture,  il  ne  doit  pas  concevoir  d'Attachement  ; 
s'il  n'en  reçoit  pas,  il  ne  doit  pas  avoir  de  Haine. 
S'il  passe  dix  maisons  sans  avoir  reçu  de  nourriture, 
il  ne  doit  pas  être  triste... Il  fait  ce  Vœu:  "Les 
Etres  qui  me  voient  et  me  donnent  de  la  nourriture, 
puissent-ils  tous  naître  au  ciel  !"  Après  avoir  reçu 
de  la  nourriture  fine  ou  grossière,  il  doit  regarder 
autour  de  lui  et  se  demander  :  "Qui  est  pauvre  dans 
ce  village  ?"  Il  doit  partager  la  nourriture  reçue 
avec  ces  pauvres ...  S'il  ne  voit  pas  de  pauvre,  il 
doit  penser  :  "Je  fais  le  Vœu  de  partager  la  nourriture 
que  j'ai  reçue  avec  tous  ceux  qui  en  désirent  parmi 
les  Etres  que  je  n'ai  pas  vus  :  moi  comme  Donateur, 
eux  comme  bénéficiaires." — Après  avoir  reçu  de  la 
nourriture,  le  Moine  Ermite  l'apporte  à  son  ermitage, 
se  lave  les  pieds  et  les  mains,  puis,  après  avoir  pris 
de  l'herbe,  s'accroupit  les  jambes  croisées  et  mange, 
son  Esprit  n'ayant  ni  Amour,  ni  Orgueil,  ni  Haine, 
ni  Souillure.  S'il  est  sur  le  point  de  désirer  de  la 
nourriture,  il  fait  cette  réflexion  :  "Maintenant  dans 
ce  corps  il  y  a  80.000  vers.  Quand  ces  vers  obtien- 
dront cette  nourriture,  ils  auront  tous  plaisir  et 
repos.  Maintenant  je  Capte  ces  vers  par  la  nour- 
riture ;  ayant  obtenu  l'Eveil,  je  les  Capterai  par  la 
Loi."  Si  la  nourriture  n'est  pas  suffisante,  il  doit 
penser  :  "Maintenant  que  mon  corps  est  léger,  je 
peux  pratiquer  la  Patience,  éviter  l'urine  et  la  selle 


mauvaises  ou  insuffisantes.  Ayant  obtenu  un  corps 
léger,  j'obtiens  un  Esprit  léger,  peu  de  somnolence 
et  l'absence  des  Connotations  de  Désir."  Si  le  Moine- 
mendiant  reçoit  beaucoup,  il  doit  produire  la  Con- 
notation du  contentement,  prendre  quelques  mor- 
ceaux de  nourriture  et  les  placer  sur  une  pierre  bien 
nettoyée,  en  pensant  :  "Puissent  les  oiseaux  et  les 
bêtes  sauvages  manger  cela  !"..  .Après  le  repas  il 
nettoie  son  Bol,  se  rince  la  bouche  et  se  lave  les 
mains.  Après  avoir  nettoyé  son  bol  à  l'eau,  il  le 
frotte  pour  le  sécher. — Ib.  (645  c)  Les  Moines 
mendiants  pratiquant  la  Mendicité  ne  doivent  pas 
produire  la  Connotation  d'une  saveur  préférable  aux 
autres  saveurs.  A  l'égard  de  la  nourriture  excellente 
il  s'exhorte  à  penser  ainsi  :  "Je  suis  comme  un  hors- 
caste,  qui  doit  purifier  son  corps  et  son  esprit  ;  ce 
n'est  pas  à  moi  de  purifier  la  nourriture  et  la  boisson, 
car  après  avoir  mangé  d'excellente  nourriture,  tout 
devient  excrément,  souillure,  puanteur.  Je  ne  dois 
pas  rechercher  de  nourriture  excellente."  Lorsqu'il 
entre  dans  une  ville  pour  mendier,  il  ne  doit  pas 
penser  :  "[Je  veux  que]  des  hommes  me  donnent 
de  la  nourriture,  non  pas  des  femmes,  [ou  inverse- 
ment] ;  [je  veux  que]  des  garçons  me  donnent  de  la 
nourriture,  non  pas  des  filles  [ou  inversement].  Je 
dois  recevoir  de  la  nourriture  fine  et  exquise,  et  non 
grossière  ou  vile.  Qu'on  me  donne  au  moment 
opportun,  et  non  inopportun.  Je  dois  obtenir  de  la 
nourriture  facilement  et  vite,  non  pas  difficilement 
et  avec  délai.  En  entrant  dans  un  village,  je  dois 
recevoir  [des  témoignages]  de  vénération ...  de  la 
nourriture  fraîche,  et  non  conservée,  d'une  famille 
riche,  et  non  pauvre.  Tout  le  monde  doit  venir  à  ma 
rencontre ..."  Les  Moines  ne  doivent  pas  produire 
les  Connotations  de  nourriture  fine  ou  grossière, 
car  les  Etres  commettent  souvent  de  mauvais  Actes 
par  l'Attachement  aux  saveurs  délicieuses ...  Ceux 
qui  savent  se  contenter  doivent  rejeter  la  nourriture 
fine  et  ne  prendre  que  la  nourriture  grossière,  aban- 
donner l'Attachement  de  la  langue  aux  saveurs. 
Après  leur  mort,  ceux-là  naîtront  dans  le  ciel  ou 
parmi  les  hommes.  .  .Même  s'ils  ne  mangent  pendant 
une  semaine  que  des  haricots,  ils  ne  sont  pas  tristes  ; 
en  effet  ils  ne  mangent  que  pour  sustenter  leur 
corps  et  pratiquer  le  Chemin.  Le  Moine  qui  reçoit 
quelques  morceaux  de  nourriture  dans  son  bol  doit 
les  manger  en  compagnie  d'autres  Moines  de  Con- 
duite-brahmique.  Lorsque  le  Moine-mendiant  est 
malade,  il  ne  peut  pas  mendier,  n'ayant  pas  de 
messager  ;  il  doit  alors  dompter  son  Esprit  comme 
suit  :  "Je  suis  seul,  sans  camarades,  seul  j'ai  quitté 
ma  famille.  La  Loi  est  mon  compagnon."..  .Ayant 
Inspecté  son  corps  tel  qu'il  est  en  réalité,  le  Moine 
possédant  la  Sapience,  étant  seul  et  absorbé  (isshin 
— ~'L>),  peut  obtenir  la  première  Extase.  L'Extase 
constitue  sa  nourriture  pendant  un  jour  jusqu'à 
sept  jours,  son  Esprit  est  heureux ...  L'explication 


BUNNE 

vulgaire  est  que  les  Dieux  et  les  Dragons  lui  donnent 
de  la  nourriture,  parce  qu'il  est  dégagé  de  la  Rétribu- 
tion des  Passions.   Lorsqu'il  pleut  fort,   lors  d'une 
tempête,   quand   il  y  a   beaucoup   de   poussière,   le 
Moine  ne  peut  pas  mendier.  Alors  la  Bonté  constitue 
sa   nourriture   et   son   ornement.    Si   deux   ou   trois 
jours    passent    sans    qu'il    mange,    il    doit    penser  : 
"Il    y    a    beaucoup    d'Etres   qui  tombent  parmi  les 
Trépassés,    et    jusqu'à    cent    ans    n'ont  jamais   de 
salive .  .  .  Mon    corps   et   mon    Esprit    sont    faibles  ; 
mais  maintenant  je  supporte  bien  la  faim  et  la  soif, 
je    pratique    diligemment   le    Chemin    Saint,   je    ne 
dois  pas  reculer."  Le  Moine-mendiant  ne  doit  pas 
s'approcher  familièrement  des  gens  vivant  en  famille. 
Ayant  demandé  aux  gens  vivant  en  famille  d'enlever 
les  morceaux  impurs  de  la  nourriture,  il  doit  prêcher 
la  Loi,  assis,  jusqu'au  moment  où  la  nourriture  est 
épurée  ;  alors,  l'ayant  reçue,  il  se  lève  et  s'en  va. 
Le  Moine-mendiant   ne  doit  pas  être  Hypocrite  et 
faire    montre    de    ses    propres    mérites,    en   disant 
par   exemple   en   présence  d'autrui  :  "Je  ne  mange 
que  de  la  nourriture    mauvaise  et  grossière  ;    man- 
geant   avec    tant    d'autres    [Moines],   je   ne    mange 
pas  à  ma  suffisance  ;  maintenant  j'ai  faim,  j'ai  soif  ; 
mon  corps  est  affaibli."  Il    doit  faire  preuve  d'une 
Apathie    universelle.    Que    la     nourriture    tombant 
dans   son   Bol  soit  grossière  ou  fine,  abondante  ou 
parcimonieuse,    pure    ou    impure,    il   doit  tout  re- 
cevoir sans  joie  ni  tristesse.  .  .S'il  sort  de  la  ville 
son  Bol  vide,  il  doit  penser  au  Tg.  qui  renonça  à  la 
dignité  de  roi  Tournant-la-Roue  et  lui  aussi  sortit 
d'une  ville  son  Bol  vide,  [et  se  dire]  :  "A  plus  forte 
raison,  moi,  de  faible  Mérite,  n'ayant  pas  planté  de 
Racines  de  Bien,  dois-je  m'en  retourner  mon   Bol 
vide.  .  .Si  je  n'ai  rien  reçu,  c'est  que  j'ai  moi-même 
un   démon   (mâra),   ou   bien   suis   employé   par   un 
démon,  ou  bien  c'est  qu'un  démon  étouffe  [l'Esprit 
des]     brahmanes     et     Maîtres-de-maison.     Je     dois 
m'appliquer  à  me  délivrer  des  quatre  démons  [Pas- 
sions, Masses,  Mort,  Dieux  *Takejizai]  et  à  éliminer 
toutes   les   Passions..."   C'est   ainsi  que  le  Moine- 
mendiant  doit  maintenir  les  Tiges-de-Saint. — Bodhi- 
sattvabuddhânusmrtisamâdhi  T.  414  11  (804  c)  :  [Un 
Maître-de-maison  est  sur  le  point  de  donner  de  la 
nourriture  à  Maitreya,  mais  celui-ci  refuse]  et  dit: 
"Je    ne    peux    pas    encore    recevoir   cette   offrande. 
D'abord  vous   devez  planter  la   Cause-Facteur  des 
Racines  de  Bien  de  l'Eveil."  Le  Maître-de-maison 
répond  :  "Si  vous  pouvez  offrir  en  hommage  mé>n 
don  de  nourriture  à  d'innombrables  B.,  je  produirai 
l'Esprit  d'Eveil.  Je  suis  Déterminé  dans  la  Pratique 
véritable  du  G.V.,  car,  du  temps  d'un  B.  précédent, 
j'ai  planté  les  Racines  de  Bien."  [Cette  condition  est 
agréée  et  la  nourriture  reçue   par   Maitreya.]    Mai- 
treya se  rend  soudain,  en  un  clin  d'œil,  à  la  résidence 
de  ces  innombrables  B.,  leur  donne  des  offrandes, 
puis   reparaît  chez  le  Maître-de-maison.  Ayant  vu 


167  BUNNE 

ce  Signe  de  Supersavoir,  le  Maître-de-maison  dit 
en  se  réjouissant  :  "Maintenant  je  dois  de  nouveau 
planter  des  Racines  de  Bien.".  .  .11  fait  le  grand  Vœu 
et  formule  ce  serment  :  "Si  des  Etres  pratiquant  la 
Conduite  d'Eveil  apprennent  comment  mon  don  de 
nourriture  a  constitué  une  Cause- Facteur  de  Racines 
de  Bien,  qu'ils  obtiennent  tous  l'Eveil  Sans-supé- 
rieur."— Ratnameghasûtra  T.  658  v  (231  b)  [cf.  T. 
660  vin  (316  b-c)  ;  et  Gandavyûha  T.  293  xxxm 
(815  a),  manque  dans  l'original  sk.]  Dix  Essences 
sont  appelées  kotsujiki  £)  j£  :  (1)  Porter  avantage  aux 
Etres  [Donateurs]  en  leur  procurant  l'occasion  d'ob- 
tenir de  la  Félicité  ;  (2)  pratiquer  la  Mendicité  dans 
l 'Ordre-de-succession  ;  (3)  ne  pas  éprouver  de  regret 
quand  on  reçoit  tantôt  de  la  bonne  nourriture, 
tantôt  de  la  mauvaise  [T.  660  vin  (316  b)  :  n'avoir 
ni  fatigue  ni  dégoût]  ;  (4)  avoir  peu  de  désirs,  savoir 
se  contenter  ;  (5)  partager  la  nourriture  obtenue  avec 
autrui  ;  (6)  ne  pas  produire  [des  pensées]  d'augmen- 
tation, de  diminution  ou  d'Attachement,  à  l'égard 
de  la  bonne  ou  de  la  mauvaise  nourriture  ;  (7)  garder 
la  mesure  en  mangeant  ;  (8)  viser  au  Bien  [T.  660  ib. 
manifester  les  bonnes  qualités]  ;  (9)  perfectionner 
les  Racines  de  Bien  ;  (10)  être  dégagé  de  la  Prise  et 
de  l'Attachement.  .  .Le  Moine  pratiquant  la  Men- 
dicité contrôle  ses  pensées,  n'abandonne  pas  la  per- 
fection des  [quatre]  Attitudes,  ne  regarde  pas  avec 
mépris  et  précipitation.  Sa  démarche  est  calme  et 
belle,  ses  Organes  sont  apaisés.  Il  ne  regarde  pas  plus 
loin  que  huit  pieds  devant  lui.  Dans  l 'Ordre-de- 
succession,  ne  faisant  aucune  sélection  entre  maisons 
de  ksattriya,  de  brahmanes,  de  riches  ou  de  nobles, 
il  reçoit  sa  nourriture  jusqu'à  ce  qu'il  ait  assez,  puis 
s'arrête.  Il  évite  [les  maisons  où  se  trouvent]  de 
mauvais  chiens  ou  des  vaches  qui  viennent  de  mettre 
bas,  ou  des  animaux  tombés  parmi  les  animaux  à 
cause  de  leur  transgression  [passée]  des  Défenses. 
Il  ne  se  rend  ni  chez  les  personnes  qui  peuvent  le 
molester,  ni  aux  endroits  où  l'on  peut  le  tourner  en 
dérision  ou  le  prendre  en  aversion.  En  mendiant  sa 
nourriture,  dans  l'Ordre-de-succession,  il  n'a  ni 
Attachement  ni  Haine.  Il  ne  conçoit  ni  aversion  ni 
Amour  à  l'égard  des  Etres.  A  l'égard  du  bon  et  du 
mauvais,  son  Esprit  est  Egal  et  Correct . .  .Rentré  dans 
quartier  de  la  Communauté,  il  ôte  sa  Soutane,  dépose 
son  Bol. .  .offre  un  sacrifice  à  l'image  du  B.  ou  à  un 
caitya  ou  à  un  stûpa,  puis  divise  la  nourriture  qu'il 
à  mendiée  en  quatre  portions  :  Il  donne  la  première 
portion  à  ses  camarades  de  Conduite-brahmique  ; 
la  deuxième,  aux  pauvres  mendiants  ;  la  troisième, 
aux  Trépassés  ;  et  il  prend  pour  lui  la  quatrième . .  . 
[Il  pense  :]  "Je  ne  rends  mon  corps  ni  maigre  ni 
gras,  car  un  corps  maigre  et  affaibli  empêche  la 
Pratique  du  Chemin,  tandis  qu'une  nourriture 
surabondante  produit  une  Torpeur  excessive.  Pour 
pratiquer  le  Chemin,  je  garde  la  mesure,  ne  mangeant 
ni  trop  ni  trop  peu.  .  .Ayant  éliminé  la  Vue  du  Soi, 


BUNNE 


168 


BUNN1 


je  peux  donner  la  chair  de  [mon]  corps  aux  Etres." — 
Sâstra. — DâSabhûmivibhâsâSâstraTt.  1521  xvi  (1 1 1  c)  : 
A  pratiquer  la  Mendicité  jusqu'à  la  mort,  on  a 
dix  avantages  :  (1)  Pour  vivre  on  dépend  de  soi-même 
et  non  d'autrui  ;  (2)  [on  peut  se  dire  :]  je  ferai  résider 
dans  les  trois  Joyaux  les  Etres  qui  me  donnent  de  la 
nourriture,  et  ne  mangerai  qu'après  avoir  fait  cela  ; 
(3)  [on  se  dit  encore]  :  Je  ferai  naître  en  eux  l'Esprit 
de  Compassion  ;  je  les  consolerai,  je  les  ferai  avancer, 
je  les  affermirai  [dans  la  Perfection  du]  Don  ;  et  je 
ne  mangerai  qu'après  ;  (4)  on  se  conforme  à  la 
Pratique  de  la  doctrine  de  B.  ;  (5)  on  est  aisément 
nourri  et  rassasié  (iyô  Jg^|,  sk.  suposatâ  ;  iman  Jgi#t, 
sk.  subharatâ  Mvy.  2376-2377)  ;  (6)  on  brise  l'Or- 
gueil ;  (7)  c'est  une  Racine  de  Bien  pour  produire  la 
Protubérance-crânienne  ;  (8)  on  sert  de  modèle  pour 
la  Mendicité  aux  autres  Etres  qui  pratiquent  la  bonne 
Loi  ;  (9)  le  Moine-mendiant  n'a  pas  affaire  aux 
hommes  ou  aux  femmes,  grands  ou  petits  ;  (10)  en 
mendiant  dans  l'Ordre-de-succession,  on  produit 
l'Esprit  d'Egalité  à  l'égard  des  Etres,  et  l'on  produit 
ainsi  la  semence  de  la  Connaissance  de  tous  les 
Morphèmes.  [Un  texte  apparenté,  mais  plus  ancien, 
sur  les  dix  articles  (jûji  +5|£)  de  la  Mendicité  se 
trouve  dans  T.  323  (28  a)]. —  Yogâcâryabhûmiiâstra 
Tt.  1579  xxv  (422  a)  :  Comment  accomplit-on  le 
Mérite  de  l'Ascèse  ?  Par  la  Mendicité  constante 
(jôgokotsujiki  &J$]£2 1£)  et  la  Mendicité  dans  l'Ordre- 
de-succession  . .  .  On  distingue  deux  sortes  de  Men- 
dicité :  (1)  Mendicité  exercée  selon  ce  qu'on  obtient 
[chez  un  seul  Donateur]  (zuitokukotsujiki  fiSî^Siit)  ; 
(2)  Mendicité  exercée  dans  l'Ordre-de-succession. 
Le  Moine-mendiant  qui  pratique  la  première  sorte 
dépend  [exclusivement]  de  la  nourriture  qu'il  obtient 
[dans  une  seule  famille  de  Donateurs],  où  il  va  et 
d'où  il  revient  [tous  les  jours].  Le  Moine  qui  mendie 
sa  nourriture  dans  l'Ordre-de-succession  entre  dans 
les  rues  des  villages  et,  en  faisant  la  tournée  des 
maisons,  dépend  de  la  nourriture  qu'il  obtient  [dans 
plusieurs  familles  de  Donateurs].  Il  ne  lève  pas  sa 
main  très  haut,  il  ne  passe  pas  aux  autres  maisons 
[en  pensant]  :  "Je  désire  obtenir  d'excellente  nour- 
riture, j'espère  en  recevoir  beaucoup."  En  distin- 
guant les  deux  sortes  de  Mendicité  mentionnées  ci- 
dessus  on  compte  13  sortes  d'Ascèse  ;  en  ne  les 
distinguant  pas  on  n'en  compte  que  12  [comme 
Mvy.  1128-1139]. — Historique  en  Chine  et  au 
Japon. — Dès  l'époque  des  Six  Dynasties  l'institu- 
tion de  la  Mendicité  était  tombée  en  désuétude 
en  Chine,  et  l'écrivain  Chin  Yaku  (Chen  Yue)  %fà 
[appellation  Kyûbun  (Hieou-wen)  f/fCj£],  mort  en 
5 10,  s'en  plaint  dans  une  petite  dissertation  reproduite 
Ttt.  2103  xxiv  (273  b)  :  "Actuellement,  dit-il,  les 
communautés  de  moines  n'acceptent  d'invitation 
que  pour  une  seule  fois,  alors  que  le  B.  et  sa 
communauté  acceptaient  de  façon  constante  les 
invitations    des    Donateurs,    car   ils    ne   préparaient 


point  eux-mêmes  leur  nourriture  dans  le  monastère, 
mais,  le  moment  venu,  s'en  allaient,  Bol  en  main, 
procurer  de  la  Félicité  aux  Etres.  Parmi  les  moines 
actuels,  non  seulement  ceux  qui  observent  le  juste 
milieu  sont  peu  nombreux,  mais  il  y  a  des  amateurs 
de  bonne  chère  et  de  haute  liesse  qui,  lorsqu'on  les 
invite,  n'acceptent  qu'à  la  dernière  extrémité  et, 
obligés  d'introduire  de  grossiers  légumes  dans  leur 
bouche  gourmande  et  grasse,  tendent  le  cou  et 
plissent  le  front  pour  bien  montrer  qu'ils  n'y  trouvent 
aucune  saveur  ;  recevant  le  Don  sans  plaisir,  ils  ne 
peuvent  procurer  de  Félicité  au  Donateur ...  Or  ceux 
qui  ont  quitté  la  vie  de  famille  doivent  se  sustenter 
par  la  Mendicité.  La  Discipline  interdit  clairement 
aux  moines  d'établir  eux-mêmes  des  cuisines  et 
d'entretenir  des  nettoyeurs  [jônin  £jîA>  cf.  sup.  T. 
1421  xxn  (148  a)  ;  cette  assertion  de  l'auteur  ch. 
est  formellement  contredite  par  le  Vinaya  des  Mahî- 
sâsaka  T.  1421  loc.  cit.,  qui  autorise  les  moines  à 
faire  eux-mêmes  leur  cuisine,  par  le  Vinaya  des 
Mûlasarvâstivâdin  T.  1458  iv  (545  b),  qui  donne 
des  prescriptions  détaillées  pour  la  construction  des 
cuisines  (jôchû  fffjgj)  dans  les  monastères,  etc.]. 
Maintenant,  comme  on  a  tout  le  nécessaire  dans  les 
monastères,  on  cesse  de  pratiquer  la  Mendicité,  et 
l'on  trouve  humiliant  pour  les  moines  d'aller  mendier 
aux  portes  avec  un  Bol  ;  nul  n'observe  plus  une 
pratique  que  la  communauté  déclare  honteuse . . . 
Aujourd'hui  la  communauté,  [en  se  laissant  inviter] 
une  seule  fois,  se  donne  l'apparence  d'observer  [la 
Discipline].  Mais  en  réalité  il  n'y  a  pas  de  différence 
entre  la  pratique  de  la  Mendicité  et  celle  qui  consiste 
à  accepter  des  invitations  de  Donateurs  [ces  deux 
pratiques  n'étant  que  deux  applications  de  la  règle 
qui  prescrit  aux  moines  de  vivre  des  aumônes  que 
leur  préparent  les  fidèles]  ;  et  si  l'on  n'observe  plus 
ni  l'une  ni  l'autre  de  ces  pratiques,  la  Loi  de  la 
Mendicité  périt  pour  toujours.  Si  cette  Loi  périt, 
la  Communauté  n'est  plus  la  famille  du  B.  ;  et  si  le 
B.  et  sa  famille  sont  séparés,  les  trois  Joyaux  s'é- 
croulent."— Peut-être  la  pratique  de  la  Mendicité 
fut-elle  remise  en  honneur  sous  les  Tô  (T'ang),  avec 
la  fondation  de  la  secte  du  Vinaya  (Ritsu)  ;  d'autre 
part,  elle  fut  observée  dans  la  secte  du  Dhyâna  (Zen) 
à  l'époque  des  Sô  (Song),  ainsi  qu'en  témoignent 
plusieurs  textes  cités  Zrzs.  486-487.  Mais  de  nos 
jours,  elle  paraît  avoir  complètement  disparu  en 
Chine,  comme  du  reste  en  Corée  et  dans  l'Indochine 
annamite. — Au  Japon,  elle  s'est  conservée  dans  la 
secte  Zen,  où  elle  est  désignée,  comme  en  Chine  '  f 
sous  les  Sô  (Song),  par  les  termes  jihatsu  ^f§^ 
"tenir  le  Bol"  ou  takuhatsu  f£§fc  "tendre  le  Bol".  I 
Peu  après  la  Restauration  de  Meiji,  en  1872,  elle  fut  » 
frappée  d'interdit  ;  en  1881  l'interdiction  fut  levée, 
et  les  moines  furent  autorisés  à  reprendre  leurs  1 
tournées  d'aumônes,  mais  seulement  le  matin  de  7  à  t 
11  heures,  par  groupes  de  trois  à  dix,  et  à  condition   i 


BUNNE 


169 


BUPPATSU 


que  le  chef  du  groupe  détienne  un  permis  officiel 
et  que  les  mendiants  se  gardent  de  molester  le  public 
ou  de  gêner  la  circulation.  Toutefois  la  Mendicité, 
ainsi  réglementée,  est  loin  d'être  constante,  même 
dans  la  secte  Zen  ;  elle  n'est  pratiquée  que  par  les 
novices  à  titre  d'exercice  disciplinaire,  ou  encore 
par  des  moines  dans  certaines  circonstances  excep- 
tionnelles, lorsqu'il  s'agit  de  faire  une  collecte  soit 
pour  les  besoins  du  monastère,  soit  pour  des  œuvres 
de  bienfaisance,  etc.  Les  mendiants,  presque  tou- 
jours en  groupes,  se  suivent  en  file  derrière  leur 
directeur,  tenant  un  Bol  dans  la  main  gauche  et  une 
clochette  dans  la  droite.  Si  un  fidèle  leur  fait  signe, 
l'un  d'eux  s'approche  de  la  porte,  reçoit  le  Don 
(qui  est  généralement  de  l'argent  ou  du  riz  cru) 
dans  un  sac  (dit  sac  d'Ascèse,  zudabukuro  giîP'&IS) 
qui  lui  pend  devant  la  poitrine,  puis  récite  une 
stance  à  l'éloge  de  la  Perfection  du  Don. — Cf.  *Biku, 
*Zuda,  etc. 

BUPPATSU  $J£,  sk.  buddhakesa,  p.  b°  kesa.— 
Les  cheveux  du  B.,  une  de  ses  principales  Reliques. 
— Les  cheveux  du  B.  tels  que  les  décrit  la  liste  des 
32  Caractères  du  Grand  Mâle  (cf.  *Sô)  ont  une  forme 
et  une  couleur  déterminées  :  ils  sont  d'un  bleu  foncé 
(bleu-noir)  et  enroulés  (bouclés)  vers  la  droite  comme 
des  Conques  ;  ces  caractéristiques  s'appliquent  du 
reste  à  tous  les  poils  du  B.  La  liste  des  80  marques 
secondaires  ajoute  que  la  couleur  des  cheveux  est 
pareille  à  celle  de  l'abeille  [noire],  et  qu'ils  sont  beaux, 
souples,  pas  mêlés,  pas  rudes,  et  parfumés  Mvy. 
342-347  (variantes  dans  Lotus  605  sq.).  Un  sûtra 
td.  au  début  du  Ve  siècle,  T.  643  I  (649  a-b),  précise 
même  le  nombre  des  cheveux  du  B.  :  84.000,  et 
rapporte  qu'on  en  déroula  deux  fois  les  boucles  pour 
les  mesurer  :  à  la  naissance,  elles  mesuraient  12  | 
pieds,  au  mariage  du  Bs.  13  %  pieds,  et  c'est  cette 
dernière  longueur  qu'elles  conservèrent  jusqu'au 
moment  où  le  Bs.  les  coupa  en  quittant  son  palais. 
Mais,  ajoute  ce  texte,  à  celui  qui  entre  en  Concentra- 
tion pour  pratiquer  l'Inspection  du  B.,  les  cheveux 
du  B.  apparaissent  avec  des  proportions  et  toutes 
sortes  de  caractéristiques  merveilleuses.  C'est  ainsi 
que  le  B.  les  montre  à  son  père  Suddhodana  à  Ka- 
pilavastu  :  ses  boucles  déroulées  atteignent  alors  une 
longueur  fabuleuse,  elles  s'étendent  du  Nyagrodhâ- 
râma  jusqu'au  palais  royal  dont  elles  font  sept  fois 
le  tour  ;  elles  ont  la  couleur  du  vaidûrya  bleu  foncé, 
et  dans  les  rayons  qui  en  émanent  apparaissent  d'in- 
nombrables B.  de  Métamorphose;  puis  lorsque  l'Ins- 
pection est  terminée,  elles  s'enroulent  de  nouveau 
vers  la  droite  et  reprennent  leur  aspect  normal  de 
coquillages  (reimon  Hf>C). — Ce  sont  ces  boucles  en 
forme  de  Conques  [rahotsu  $$§§,  p.  ex.  T.  187  m 
(557  a)l»  plus  ou  moins  stylisées,  que  reproduit  en 
général  l'imagerie  du  B.  Un  sûtra  iconographique  td. 
en  692  A.D.,  T.  694  11  (793  b),  recommande  en  effet 


de  représenter  le  B.  d'après  ses  Caractères  et  ses  mar- 
ques secondaires,  mais  rapporte  ib.  1  (790  b)  comment 
les  artistes  chargés  par  le  roi  Udayana  de  sculpter  la 
statue  du  B.  (cf.  *Butsuzô)  se  récrièrent  sur  la  dif- 
ficulté de  leur  tâche  et  déclarèrent  qu'entre  tous  ces 
Caractères  et  ces  marques,  ils  ne  pouvaient  s'engager 
à  reproduire  que  le  chignon  en  forme  de  Conque  et 
la  touffe  entre  les  sourcils. — Toutefois  dans  l'art  du 
Gandhâra  on  trouve  les  cheveux  ondulés  à  la  grecque 
(cf.  Foucher,  Art  Gréco-Bouddhique,  II,  696-703). — 
D'autre  part,  l'école  es.  attribue  à  son  B.  Vairocana 
une  chevelure  en  forme  de  tiare  (sk.  jatâ-mukuta).  Le 
Mahavairocanasûtra  T.  848  1  (6  c)  enseigne  en  effet 
que  Vairocana  porte  une  tiare  en  forme  de  chignon 
(ou  un  chignon  et  une  tiare),  ou  encore  ib.  (5  a) 
qu'il  a  pour  tiare  un  chignon.  D'après  l'interpréta- 
tion du  cm.  ch.  de  Subhakarasirhha  Ttt.  1796  iv 
(622  b),  il  s'agit  bien  d'une  torsade  de  cheveux  en 
forme  de  tiare,  mais  selon  le  cm.  tib.  de  Buddha- 
guhya  (cit.  Mnkk.  136)  il  s'agit  d'une  tiare  recouvrant 
le  chignon  ;  et  dans  l'iconographie  jap.  on  rencontre 
l'un  et  l'autre  de  ces  deux  procédés  Mnkk.  134-136. 
Les  deux  cm.  s'accordent  du  reste  pour  expliquer  que 
cette  coiffure  exceptionnelle  est  due  au  fait  que  le  B. 
Vairocana  réside  parmi  les  Dieux  Suddhavâsa  (ou 
d'après  Buddhaguhya  parmi  les  Dieux  Akanistha, 
ce  qui  revient  au  même  puisque  Suddhavâsa  est  un 
nom  collectif  désignant  les  cieux  les  plus  élevés  du 
Plan  du  Formel,  dont  les  Akanistha  occupent  le 
dernier).  Il  porte  donc  la  coiffure  (et  le  costume) 
d'un  Dieu,  à  la  différence  des  quatre  autres  B.  qui 
l'entourent  (cf.  Cinq  Buddha,  s.v.  *Butsu)  et  qui 
sont  figurés  sous  l'aspect  normal  de  B.  humains  et 
terrestres,  avec  des  cheveux  en  forme  de  Conques  ; 
en  effet  ces  quatre  B.  représentent  respectivement 
la  Production  d'Esprit,  les  Pratiques,  l'Eveil  et  le 
Nirvana,  que  Vairocana  accomplit  sur  terre,  comme 
fils  d'un  roi  de  Kapila,  avant  de  monter  au  ciel 
Suddhavâsa  (cf.  Mnkk.,  loc.  cit.,  et  Ajigoten,  s.v.  *A). 
— On  sait  que  dans  l'iconographie  cette  chevelure 
bouclée  "en  Conques"  est  propre  aux  B.,  alors  que 
les  moines  (disciples,  etc.)  ont  en  principe  la  tête 
rasée.  Les  prescriptions  de  la  Discipline  relatives  à 
la  Tonsure  (sk.  mundanâ)  des  moines  seront  exa- 
minées s.v.  *Teihatsu  j]f>lj§|  ;  il  semble  que  de  façon 
générale  la  Discipline  interdise  simplement  aux 
moines  de  porter  des  cheveux  longs  de  plus  de  deux 
pouces.  Quant  au  B.  Sâkyamuni,  la  légende  tradi- 
tionnelle rapporte  que  lorsqu'il  quitta  son  palais, 
après  s'être  défait  de  ses  parures,  il  se  coupa  de  son 
épée  la  mèche  ou  le  chignon  (sk.  cûdâ)  qu'à  la  façon 
brahmanique  il  portait  sur  le  sommet  de  la  tête  ; 
puis  un  coiffeur  miraculeusement  apparu  coupa  (ou 
rasa)  le  reste  de  sa  chevelure.  La  mèche,  lancée  en 
l'air  par  le  Bs.,  y  fut  recueillie  par  Indra  qui  l'emporta 
au  Ciel  des  Dieux  Trente-trois,  lesquels  la  vénérè- 
rent et  instituèrent  une  fête  en  son  honneur  (fête 


BUPPATSU 


170 


BUPPATSU 


dite  cûdâmaha,  et  représentée  dans  un  bas-relief  de 
Barhut  ;  cf.  Huber,  BEFEO  XIV,  1,  14-17)  ;  le  reste 
des  cheveux,  ajoutent  divers  textes,  fut  également 
recueilli  par  Indra  dans  un  vêtement  divin  et  emporté 
au  ciel  pour  y  être  vénéré.  Les  détails  de  cet  épisode 
varient  selon  les  textes.  Le  coiffeur  est  tantôt  un 
personnage  humain  apparu  sous  un  jasmin  (sk. 
sumanâ)  T.  1421  xv  (102  b),  tantôt  la  métamorphose 
d'une  guirlande  de  fleurs  nommée  Sumanâ  et  pro- 
venant de  chez  les  Dieux  Suddhavâsa  T.  190  xvm 
(737  c)  J  et  la  scène  est  localisée  en  divers  lieux.  Un 
stûpa  élevé  par  Asoka  à  Râma  près  de  Kapilavastu 
commémorait  cet  épisode  Ttt.  2087  VI  (td.  Watters 
11,  23). — La  tradition  pâlie  prétend  qu'après  cette 
première  tonsure  le  B.  n'eut  plus  jamais  besoin  de 
se  couper  les  cheveux,  qui  restèrent  toujours  longs 
de  deux  pouces  et  bouclés  vers  la  droite  (Nidânaka- 
thâ,  cf.  Dutoit,  Leben  des  Buddha,  26).  De  même 
on  lit  dans  la  Sarvâstivâdavinayavibhâsâ,  td.  en  ch. 
aux  ive-ve  siècles,  que  le  B.  n'a  jamais  besoin  de  se 
raser  la  tête,  car  celle-ci  présente  toujours  l'aspect 
d'une  tête  rasée  depuis  une  semaine  Tt.  1440  vm 
(553  b)- — Toutefois  cette  tradition  est  loin  d'être 
admise  par  toutes  les  écoles,  et  l'école  Sarvâstivâdin 
elle-même  la  démentit  dans  un  autre  ouvrage.  En 
effet  le  Vinayamâtrkâsûtra  T.  1473  m  (816  c),  qui 
ressortit  à  cette  école,  rapporte  à  propos  de  l'insti- 
tution de  la  tonsure  répétée  des  moines  (cf.'  *Tei- 
hatsu)  Y  anecdote  du  coiffeur  Upâli  qui,  à  Râjagrha, 
coupa  les  cheveux  déjà  longs  du  B.  et  entra  ainsi 
dans  la  quatrième  Extase.  Ce  coiffeur,  encore  jeune, 
était  accompagné  de  ses  parents  qui  durant  l'opéra- 
tion demandèrent  à  trois  reprises  au  B.  si  leur  fils 
s'acquittait  convenablement  de  sa  tâche  :  "Oui", 
répondit  d'abord  le  B.,  "mais  il  se  tient  trop  penché"; 
puis  :  "Il  lève  trop  la  tête"  ;  puis  :  "Il  respire  trop 
fort".  Upâli  ne  manqua  pas  de  tenir  compte  de 
chacune  de  ces  observations,  de  sorte  qu'à  force  de 
rectifier  son  attitude  et  de  régler  sa  respiration  il  finit 
par  entrer  dans  la  quatrième  Extase,  et  qu'Ânanda 
dut  lui  prendre  le  rasoir  des  mains.  Cette  histoire 
se  retrouve  dans  le  Vinaya  des  Dharmagupta  T.  1428 
lu  (957  a)  et  dans  l'Abhiniskramanasûtra  T.  190  lui. 
[Plus  tard  Upâli  entra  en  religion  avec  les  seigneurs 
Sâkya  dont  il  était  le  coiffeur,  et  qui  durent  le  vénérer 
comme  leur  ancien  :  Vinayamâtrkâsûtra  T  1463  v, 
Sûtrâlarhkâra  Tt.  201  vu  (td.  Huber  222-230),  V° 
des  Mahîsâsaka  T.  142 1  iv  (17  a),  Abhiniskr0  T.  190 
Lin,  etc.  ;  il  devint  le  meilleur  des  disciples  du 
B.  pour  l'observance  de  la  Discipline,  qu'il  récita  lors 
du  premier  Concile.] — D'autre  part  le  Vinaya  des 
Mahîsâsaka  T.  1421  [cité  Ttt.  1804  ni  c  (146  c,  3)] 
déclare  formellement  que  le  B.  se  coupait  les  cheveux 
deux  fois  par  mois,  tandis  que  d'après  le  Vinaya  des 
Mahâsânghika  T.  1425  xvm  (373  c)  et  xxix  (463  b), 
il  ne  se  les  coupait  que  tous  les  quatre  mois.  On 
retrouve  jusque  dans  les  Âgama  des  allusions  à  ces 


tonsures  répétées  ;  le  Samyukta  rapporte  à  deux 
reprises  que  le  B.,  s'étant  fraîchement  fait  couper  les 
cheveux,  et  accroupi  vers  la  fin  de  la  nuit  pour 
méditer,  s'était  couvert  la  tête  de  son  vêtement  ;  il 
fut  chaque  fois  surpris  dans  cette  attitude  par  un 
brahmane  qui  dans  un  cas  T.  99  xxil  (155)  [  =  T. 
100  ix  (436)  =  Sam.  Nik.  2,  2,  8  Kakudha]  lui  deman- 
da s'il  était  triste  ou  joyeux,  et  dans  l'autre,  à  Kosala 
T.  99  xliv  (320)  [=T.  100  v  (408-409)  =  Sam.  Nik. 
7,  1,  9  Sundarika],  remarqua  que  certains  brahmanes, 
eux  aussi,  se  faisaient  raser  la  tête. — Il  semble  même 
que  la  coupe  des  cheveux  du  B.  ait  été  l'occasion 
d'une  fête  non  seulement  chez  les  Dieux  (comme 
on  l'a  vu  ci-dessus),  mais  aussi  chez  les  hommes  [cf. 
Mvy.  5674-5675  énumérant  parmi  les  grandes  fêtes 
périodiques  la  fête  de  la  torsade,  sk.  jatâmaha  (en  ch. 
et  en  tib.  fête  de  la  coupe  des  cheveux)  et  la  fête 
du  chignon,  sk.  cûdâmaha,  cf.  sup.].  Le  Vinaya  des 
Mahâsânghika  T.  1425  xxix  (463  b)  [cf.  aussi  xvm 
(373  c)]  rapporte  que  lors  de  la  coupe  des  cheveux 
du  B.,  qui  avait  lieu  tous  les  quatre  mois,  les  gens 
du  monde,  rois,  ministres,  ksattriya,  brahmanes, 
chefs  de  villes,  etc.,  se  réunissaient  en  foule  pour 
entourer  le  B.  et  lui  offraient  des  gâteaux  ;  c'est  à 
cette  occasion  que  le  B  accomplit  le  miracle  de  la 
multiplication  des  gâteaux.  Cette  légende  est  sans 
doute  la  transposition  littéraire  dans  la  biographie  du 
B.  d'un  usage  réel  ;  la  coupe  des  cheveux  était  dans 
les  monastères  une  cérémonie  élaborée  que  la  Dis- 
cipline décrit  en  détail  (cf.  *Teihatsu). — Le  culte  des 
cheveux  du  Buddha  (auquel  s'associe  en  général  celui 
de  ses  rognures  d'ongles)  paraît  remonter  fort  haut  ; 
c'est  à  ce  culte  qu'est  rapportée  l'origine  des  premiers 
stûpa,  fabriqués  du  vivant  même  du  B.  Le  Vinaya 
des  Dharmagupta  T.  1428  lu  (957  a-b)  rattache 
la  fabrication  des  premiers  stûpa  à  l'épisode  d'Upâli 
le  coiffeur,  rapporté  ci-dessus  :  lorsqu'étant  entré 
en  Extase  Upâli  dut  remettre  son  rasoir  à  Ânanda, 
celui-ci  voulut  recueillir  les  cheveux  coupés  dans  un 
récipient  déjà  usé  ;  mais  le  B.  lui  recommanda  de  les 
recueillir  dans  un  récipient  ou  dans  un  vêtement 
neufs  (les  noms  des  étoffes  convenables  sont  spé- 
cifiés). Sur  ces  entrefaites  un  prince  royal,  le  général 
Gopalî,  qui  allait  partir  en  guerre  en  Occident, 
demanda  au  B.  quelques-uns  de  ces  cheveux,  que  le 
B.  lui  donna  en  lui  enjoignant  de  les  conserver  dans 
un  stûpa  d'or,  d'argent  ou  de  Joyaux,  ou  bien  encore 
de  les  envelopper  dans  des  étoffes  (spécifiées).  Le 
B.  l'autorisa  en  outre  à  les  faire  transporter  à  dos 
d'éléphant  ou  de  cheval,  ou  en  char,  ou  par  des 
porteurs  sur  leur  tête  ou  sur  leurs  épaules.  Le  prince 
les  emporta  donc  à  la  guerre,  où  il  fut  victorieux, 
et  à  son  retour  fit  élever  dans  son  royaume  un  "stûpa 
des  cheveux".  Les  Moines-mendiants,  puis  les 
Laïcs,  demandèrent  alors  au  B.  la  permission  de 
suivre  l'exemple  de  ce  prince  ;  le  B.  leur  remit  des 
cheveux  à  emporter  et  leur  donna  les  mêmes  instruc- 


BUPPATSU 


171 


BUSSHI 


tions  qu'au  prince,  mais  en  y  ajoutant  des  prescrip- 
tions détaillées  sur  les  "stûpa  des  cheveux",  les 
diverses  formes  qu'ils  peuvent  affecter,  les  matières 
dont  ils  peuvent  être  faits,  les  endroits  où  il  faut  les 
placer,  et  toutes  les  pratiques  qui  s'y  rattachent  (cf. 
*Tô  i&). — Dans  le  Vinayamâtrkâsûtra  des  Sarvâsti- 
vâdin  T.  1463  m  (816  c),  le  même  épisode  est  conté 
un  peu  différemment  :  le  prince  qui  reçut  les  cheveux, 
ici  appelé  Gopa  (var.  Gopâla),  les  emporta  tout 
d'abord  dans  un  vase  fait  des  sept  Joyaux,  et  c'est 
en  route  qu'apprenant  la  venue  de  bandits  étrangers 
il  fit  ériger  un  grand  stûpa  pour  y  vénérer  les  cheveux. 
— Toutefois  dans  le  Vinaya  même  des  Sarvâstivâdin 
T.  1435  xlviii  (351  c),  l'érection  des  premiers  stûpa 
est  rapporté  à  un  don  de  cheveux  et  de  rognures 
d'ongles  fait  à  Anâthapindika,  tandis  que  dans  le 
Vinaya  des  Mahâsânghika  T.  1425  xxix  (461  b-c), 
dans  le  Mahâvastu  (III,  p.  305  sq.)  qui  en  est  une 
anthologie,  et  enfin  dans  l'Abhiniskramanasûtra  T. 
190  xxn,  elle  est  rapportée  à  un  même  don  fait  aux 
marchands  Trapusa  et  Bhallika  peu  après  l'obten- 
tion de  l'Eveil.  Ces  deux  marchands,  qui  furent 
les  premiers  Laïcs  convertis,  élevèrent  dans  leur  pays 
un  "stûpa  des  cheveux"  et  un  "stûpa  des  ongles", 
que  le  Mahâvastu  situe  au  Gandhâra,  mais  que 
Genjô  (Hiuan-tsang)  [Watters,  Travels,  I,  11 1  sq.] 
localise  en  Bactriane,  tandis  que  des  traditions  plus 
tardives  les  placent  à  Ceylan  ou  en  Birmanie  (cf. 
BEFEO  XXIV,  40-41  et  42  n.  1).— Le  culte  des 
cheveux  du  B.  était  très  répandu  dans  toute  l'Inde 
et  l'Asie  Centrale.  Le  Mahâprajnâpârâmitâsâstra  Tt. 
1509  ix  (126  c)  mentionne  un  stûpa  érigé  au  Cache- 
mire par  le  Voyant  Revata  sur  des  cheveux  que  le 
B.  lui  avait  donnés  après  l'avoir  soumis,  et  Genjô 
(Hiuan-tsang)  mentionne  plus  de  vingt  stûpa  "des 
cheveux  et  des  ongles"  Tt.  2087  (875  a,  879  a,  890  b, 
1  a,  892  b,  895  c,  896  a-b,  898  a,  898  a-c,  910  b, 
924  a,  etc.). — En  Chine,  un  des  stûpa  les  plus  anciens 
était  celui  (à  trois  étages)  qu'avait  fait  élever  l'em- 
pereur Kembun  (Kien-wen)  fi§j$t$?  des  Shin  (Tsin 
orientaux)  [371-372  A.D.]  au  Chôkanji  (Tch'ang  kan 
sseu,  "Monastère  du  Long  Pilier")  fl-f  ^r*  de  Nankin. 
Quelques  annés  plus  tard,  rapporte  Ttt.  1059  xm 
(409  b),  vers  375  A.D.  [ou  vers  396  d'après  Ttt.  2106 
(405  b)],  le  moine  Etatsu  (Houei-ta)  Hfjli  fit  exécuter 
une  fouille  sous  ce  stûpa  :  à  environ  10  pieds  de  pro- 
fondeur, on  trouva  trois  "stèles"  de  pierre,  dont  la 
centrale  contenait  trois  boîtes  les  unes  dans  les 
autres,  l'une  de  fer,  la  deuxième  d'argent  et  la  troi- 
sième d'or  ;  dans  cette  dernière  on  découvrit  trois 
Reliques  (*Shari,  os  du  B.),  avec  un  ongle  et  un 
cheveu  ;  le  cheveu,  enroulé  en  forme  de  Conque  et 
lumineux,  était  long  de  plusieurs  pieds.  C'était  là, 
dit-on,  un  des  84.000  stûpa  d'Asoka.  En  535- 
545»  ajoute  Ttt.  2106  loc.  cit.,  on  restaura  le  stûpa, 
et  les  reliques  furent  solennellement  exposées  en 
présence   de   l'Empereur   Butei    (Wou-ti)    des    Ryô 


(Leang)  U£n£'ï??  ;  mais  peu  après  le  stûpa  tomba  en 
ruines  et  les  reliques  furent  transférées  sous  un 
autre  stûpa  de  Nankin. — C'est  également  l'Empereur 
Butei  (Wou-ti)  qui,  en  539,  fit  chercher  au  Funan 
(Fou-nan)  $cj$î  [bas  Cambodge  actuel]  un  cheveu 
du  B.  long  de  12  pieds  (cf.  BEFEO  III,  671). — Enfin 
Dôsen  (Tao-siuan)  jJftjL  [596-667]  eut  vers  la  fin  de 
sa  vie  des  révélations  surnaturelles  dont  l'une  avait 
trait  aux  cheveux  du  B.  ;  au  cours  de  cette  révéla- 
tion, qui  est  longuement  rapportée  dans  Ttt.  2122 
x  (362  b-c),  Dôsen  (Tao-siuan)  apprit  comment, 
après  l'Eveil,  le  B.  se  fit  couper  par  Brahmâ  les 
cheveux  et  la  moustache  avec  un  rasoir  que  lui 
avaient  offert  des  Dragons  lors  de  sa  sortie  du  palais  ; 
les  poils  coupés  se  transformèrent  en  deux  stûpa 
gigantesques.  Puis  le  B.  multiplia  miraculeusement 
le  rasoir  ;  il  créa  84.000  rasoirs  pour  être  distribués 
dans  tout  l'univers,  et  l'un  de  ces  rasoirs  fut  déposé 
par  Manjusrî  dans  une  grotte  du  Shôryôzan  (Ts'ing- 
leang  chan)  fnSRtfJ  en  Chine. 


Fig.  66.  Buppatsuin. 
(Buddhapâtramudrâ?) 


BUPPATSUIN  #&ÉP,  sk.  buddhapâtramudrâ (?), 
Sceau  du  Bol  de  B.  Un  des  Sceaux  du  B.  Sâkya- 
muni  T.  848  iv  :  les  deux  mains  reposent  près  du 
nombril,  l'exécutant  du  Sceau 
étant  assis  dans  l'attitude  de  l'Ap- 
plication ;  la  Formule  corres- 
pondante est  :  Namah  samanta- 
buddhânâm  bhah.  Cm.  Ttt.  1796 
xm  :  La  main  gauche  tient  deux 
pans  du  vêtement,  et  sur  elle 
repose  la  droite  ;  les  deux  mains 
sont  superposées  sur  le  nombril, 
comme  pour  la  pratique  de  l'Extase,  les  paumes 
tournées  vers  le  haut  et  légèrement  incurvées  comme 
pour  tenir  un  Bol.  En  accomplissant  ce  Sceau,  on 
s'identifie  au  Tg. .  .  .et  l'on  fait  en  sorte  que  tous  les 
Etres  qui  ne  sont  pas  des  Réceptacles  [c.-à-d.  qui 
n'ont  pas  le  "calibre"  suffisant  pour  recevoir  la  Bonne 
Loi]  deviennent  des  Réceptacles  de  la  Loi  [hôki 
ï£l^>  épithète  du  Bol  à  aumônes  ;  cf.  *Hachi  0jt]. 

BUSSHI  0JHF-,  sk.  buddhaputra,  p.  b°putta.  [En 
sk.  p.  on  a  souvent  jinaputra  (°putta)  "fils  du 
Victorieux",  que  Mvy.  629  rend  en  ch.  par  Bus- 
shi  ;  "le  Victorieux"  est  une  des  épithètes  les  plus 
fréquentes  du  B.,  cf.  *Butsu.] — Fils  de  Buddha  : 
terme  désignant  soit  les  Moines,  soit  plus  générale- 
ment les  fidèles  du  B.,  ou  même  tous  les  Etres,  car 
le  B.  est  pour  tous  comme  un  père. — On  trouvera 
s.v.  *Busshin  et  *Bon  les  textes  des  Agama  où  le  B. 
enseigne  que  les  Moines  peuvent  se  dire  fils  du  B., 
nés  de  sa  bouche,  métamorphosés  de  sa  Loi,  héritiers 
de  sa  Loi,  etc.  Ce  thème  est  repris  dans  un  passage 
célèbre  du  SaddharmapundarîkasûtraT .  262  il  (10  c  = 
Lotus  39)  à  propos  de  Sâriputra  qui,  ayant  ouï  la 
prédication    du    B.,    fait    la    déclaration    suivante  : 


BUSSHI  172 

"Maintenant  j'ai  conscience  d'être  un  vrai  fils  du 
B.,  né  de  sa  bouche,  né  par  transformation  de  la 
Loi,  ayant  obtenu  la  part  de  la  Loi  du  B."  Kichizô 
(Ki-tsang),  dans  son  cm.  Ttt.  1721  v  (513  c),  explique 
que  par  "vrais  fils  du  B."  il  faut  entendre  les  saints 
communs  aux  deux  V.,  à  savoir  les  saints  des  quatre 
Fruits  du  P.V.  avec  les  Bs.,  par  opposition  aux 
saints  du  P.V.  seul  (quatre  Fruits  et  B.-pour-soi). 
Les  vrais  fils  du  B.  sont  ceux  qui  ont  l'intuition  du 
V.  unique  et  perpétuent  la  lignée  de  B.  Cette  inter- 
prétation, ajoute  Kichizô  (Ki-tsang),  est  conforme  à 
celle  du  Srîmâlâdevîsûtra  qui  a  un  chapitre  spécial 
sur  les  "vrais  fils"  [T.  353  (222  c)].  Quant  à  l'expres- 
sion "né  de  la  bouche  du  B.",  elle  signifie,  continue 
Kichizô  (Ki-tsang),  né  de  son  enseignement,  ayant 
ouï  ses  explications  ;  enfin  "obtenir  la  part  de  la 
Loi"  s'applique  aux  saints  du  G.V.  qui,  du  boud- 
dhisme, prennent  vraiment  la  Loi,  alors  que  ceux 
du  P.V.  ne  prennent  que  la  "part  de  richesse". — 
Dans  un  passage  ultérieur  du  Saddharmap°sûtra 
(ib.  13  c  =  Lotus  50),  le  B.  se  compare  à  un  Maître- 
de-maison  qui  sauve  ses  fils  d'une  maison  enflammée, 
et  dit  :  "Tous  les  Etres  sont  mes  fils  ;  ils  sont  Egaux 
dans  le  G.V.  ;  il  ne  faut  pas  qu'il  y  ait  des  Etres 
sauvés  seuls..."  Et  dans  les  stances  qui  suivent 
(ib.  14  c)  :  "Je  suis  le  père  du  monde,  et  tous  les 
Etres  sont  mes  fils... Les  trois  Plans  m'appartien- 
nent, et  les  Etres  qui  s'y  trouvent  sont  tous  mes  fils." 
Ces  passages  sont  glosés  comme  suit  par  Kichizô  (Ki- 
tsang),  loc.  cit.  vi  (539  b)  :  Le  B.  et  tous  les  Etres  ont 
la  même  origine,  car  la  Nature  Radicale  des  Etres 
est  pure  comme  l'est  celle  du  B.  ;  d'autre  part,  le  B. 
témoigne  aux  Etres  la  Bonté  qu'un  père  témoigne  à 
ses  enfants. — Un  autre  cm.  du  Sad°p°sûtra  Ttt. 
I7i8ixb(i34  b-c),  glosant  le  dernier  passage  précité, 
distingue  trois  sortes  de  fils  de  B.  :  (1)  tous  les  Etres, 
qui  sont  fils  de  B.  en  tant  qu'ils  possèdent  tous  la 
Nature  de  B.  en  ses  trois  états  [sur  lesquels  cf.  *Bus- 
shô,  école  Tendai]  ;  (2)  ceux  qui  sont  fils  de  B.  par 
suite  de  Facteurs  antérieurs,  comme  les  seize  princes 
qui  à  l'ouïe  du  Sad°  p°  s°  doivent  obtenir  la  Nature 
de  B.  comme  cause  de  compréhension  [cf.  ib.]  ;  (3) 
ceux  qui  sont  fils  de  B.  parce  qu'ils  possèdent  la 
Nature  de  B.  comme  cause  de  compréhension  [cf. 
ib.]  :  ce  sont  les  auditeurs  du  Sad°p°sûtra  qui  ont 
acquis  l'assurance  de  devenir  B. — Une  autre  clas- 
sification des  fils  de  B.  en  trois  catégories  est  donnée 
dans  le  grand  cm.  de  Chôkan  (Tch'eng-kouan)  jfÊfg 
à  l'Avatarhsakasûtra  Kse.  v.  (439  a)  :  Tous  les  Etres, 
dit-il,  sont  bien  fils  de  B.  ;  mais  (1)  les  Profanes  sont 
comme  des  fils  illégitimes  (geshi  ^\-=f-,  nés  d'une 
femme  non  reconnue),  qui  ne  peuvent  perpétuer  la 
famille  de  B.  ;  (2)  les  Auditeurs  et  les  B.-pour-soi 
sont  comme  les  fils  d'une  concubine  (shoshi  J^^-), 
car  ils  ne  sont  pas  nés  de  la  Loi  du  B.  ;  (3)  seuls  les 
Bs.  sont  ses  vrais  fils  (shinshi  JR.^),  car  ils  sont  nés 
de  la  joie  de  la  Loi. — Une  classification  analogue  se 


BUSSHI 


trouve  dans  le  Kâsyapaparivarta  T.  310  cxn  (éd, 
Staël-Holstein  p.  11 6- 119)  et  dans  un  ouvrage  de 
la  secte  Tendai  Ttt.  19 12  1  e  (177  b)  ;  les  Auditeurs 
y  sont  comparés  aux  fils  d'une  reine  et  d'un  homme 
du  vulgaire,  qui  ne  sont  pas  princes  royaux,  et  les 
Bs.  aux  fils  d'un  roi  et  d'une  femme  du  vulgaire, 
qui,  eux,  sont  princes  royaux  ;  en  effet  les  Auditeurs 
résultent  de  l'union  de  la  vraie  Nature  (la  reine) 
[c.-à-d.  qu'ils  naissent  du  Plan  d'Essence]  avec  les  V, 
inférieurs  (hommes  du  vulgaire),  tandis  que  les  Bs, 
représentent  l'union  de  la  Loi  sans-supérieure  (le 
roi)  avec  les  Etres  (femmes  du  vulgaire). — L'épi- 
thète  de  "princes  royaux  de  la  Loi",  litt.  "fils  du 
roi  de  la  Loi",  hôôji  fÈZE-f"  (sk.  dharmarâjaputra), 
est  donnée  comme  une  épithète  des  Auditeurs  dans 
Mvy.  1090  ;  mais  en  général  c'est  aux  Bs.  qu'esl 
appliquée  cette  expression,  et  plus  particulièrement 
à  Manjusrî  "le  prince"  (Manjusrî-Kumârabhûta,  cf, 
Lotus  158  sq.),  qui  dans  maint  sûtra  du  G.V.  est  le 
premier  assistant  du  B.  et  préside  l'assemblée  des 
Bs.  Dans  Ttt.  1775  I  (331  b),  Kumârajîva  dit  que  si 
Manjusrî  est  appelé  "fils  du  roi  de  la  Loi",  c'est 
qu'il  est  B.  en  Expectative-de-succession.  Dans  le 
Sûrângamasûtra  T.  945  vi  (130  a,  etc),  cette  épithète 
est  régulièrement  appliquée  à  des  Bs.,  et  le  Ratna- 
meghasûtra  T.  660  x  (325  b)  [  =  T.  658  vu  (238  a)] 
énumère  les  dix  caractéristiques  qui  font  des  Bs.  des 
fils  du  roi  de  la  Loi  :  ils  ont  les  Caractères  princi- 
paux et  secondaires  des  Grands  Mâles,  sont  sans 
infirmité,  sont  identiques  aux  Tg.  pour  les  Prati- 
ques, pour  les  Membres  du  Chemin  saint,  pour  la 
compréhension  ;  ils  sont  exempts  des  Douleurs 
Mondaines,  ils  étudient  les  pratiques  des  Saints, 
observent  la  Conduite-brahmique,  et  résident  dans 
la  ville  de  l'Omniscience. — De  façon  plus  stricte, 
l'épithète  de  "fils  du  roi  de  la  Loi"  est  réservée  aux 
Bs.  Sans-Régression,  c.-à-d.  à  ceux  qui  occupenl 
les  trois  dernières  des  dix  Résidences  de  l'Avatam- 
sakasûtra :  Résidence  des  princes  (sk.  Kumâra- 
[bhûta]),  Résidence  des  princes  héritiers  (sk.  Yuvarâ- 
ja)  et  Résidence  des  Oints  (sk.  Abhisikta). — Lt 
terme  "fils  de  B."  et  les  termes  apparentés  impli- 
quent donc  à  la  fois  deux  sens  que  définit  exacte- 
ment le  passage  suivant  du  Buddhabhûmisâstra  Tt 
1530  11  (298  c)  :  "Tous  les  grands  Auditeurs,  e 
avec  eux  tous  les  Domptés,  sont  des  fils  de  B..  .  .IL 
sont  appelés  fils  de  B.  d'une  part  parce  qu'ils  son! 
nés  dans  le  Chemin  Saint  par  l'effet  des  enseigne  j 
ment  du  B.,  et  de  l'autre  parce  qu'ils  continuent  ej 
perpétuent  le  Germe  de  B." — Dans  la  Disciplina 
du  G.V.,  le  terme  "fils  de  B."  désigne  au  sens  techj, 
nique  les  Moines  qui  ont  reçu  l'ordination  de  Bs.  (cf? 
*Bosatsukài),  ainsi  dans  le  Brahmajâlasûtra  T.  148^ 
11  (1004  a),  dans  T.  1485,  etc.  Certains  auteurs  s<;; 
prévalent  même  de  l'emploi  du  terme  busshi  "fill 
de  B."  dans  les  stances  liminaires  du  Vinaya  der 
Dharmagupta  T.   1428  1  (568  b)  pour  soutenir  qu<;i 


BUSSHI 173 

ce  Vinaya,  le  plus  répandu  de  tous  en  Chine  et  dans 
le  reste  de  l'Extrême-Orient,  relève  du  G.V.  ;  on 
lit  en  effet  dans  ces  stances  :  "De  même  qu'une  mère 
nourricière  protège  avec  amour  ses  enfants  et  les 
garde  de  toutes  les  calamités  de  l'eau  et  du  feu, 
ainsi  les  Défenses  disciplinaires  protègent  ceux  qui 
les  observent ...  Et  de  même  les  fils  de  B.,  qui 
étudient  bien  les  Défenses  disciplinaires,  lorsque 
leurs  cinq  Masses  viennent  à  se  disperser  ne  crai- 
gnent jamais  de  voir  leur  vie  s'épuiser,  car  ils  sont 
nés  des  Défenses  du  B.,  ce  qui  est  la  vraie  naissance." 
— Le  terme  "fils  de  B."  dans  ce  sens  technique  et 
disciplinaire  a  été  emprunté  par  l'école  es.  (secte 
Shingon)  :  dans  cette  école  ceux  qui  ont  reçu  l'Onc- 
tion reçoivent  le  titre  de  Kongôbusshi  #|§lj$|j:ï:  (ou 
Kongôshi  ^RlJ^f-)  "fils  de  B.  [dans  le  V.]  de  Dia- 
mant" ;  dès  le  moment  où  il  a  reçu  l'Onction,  le 
fidèle  porte  en  effet  un  "nom  de  Diamant"  Kongô- 
myô  ^pi]lj;£5 — par  exemple,  le  fondateur  de  la  secte 
Shingon  au  Japon,  Kôbô  Daishi,  a  pour  "nom  de 
Diamant"  Henjôkongô  îgHjfcè'lJl.J,  etc. — Cette  cou- 
tume de  l'école  es.  nous  amène  à  examiner  la  ques- 
tion des  noms  des  moines  dans  le  bouddhisme  chinois. 
Lorsqu'un  fidèle  "quitte  sa  famille"  pour  entrer  dans 
la  communauté  du  B.,  il  perd  son  nom  de  famille 
laïc  ;  mais  dans  une  civilisation  comme  celle  de  la 
Chine  où  la  notion  de  famille  ne  s'efface  jamais, 
on  a  eu  recours  à  divers  procédés  pour  donner  aux 
moines  des  noms  de  famille  religieux.  Les  premiers 
moines  que  connurent  les  Chinois  étaient  des  mis- 
sionnaires étrangers  ;  on  leur  assigna  pour  noms 
de  famille  les  noms  de  leur  pays,  de  leur  peuple  ou 
de  leurs  rois  ;  abrégés  en  des  monosyllabes  pour 
être  assimilés  aux  noms  de  famille  chinois  (shô  #£), 
ces  noms  furent  préfixés  aux  noms  personnels  des 
moines.  Ainsi  le  moine  Hôran  (ier  siècle  A.D.), 
originaire  de  l'Inde  (Ten-jiku  X^),  fut  appelé  Jiku- 
Hôran  ^fêHf  ;  le  moine  Rukasen  (11e  siècle),  d'ori- 
gine scythique  (Ges-shi  $  j£),  fut  appelé  Shi-Rukasen 
^^St^nS  î  le  moine  Seikô  (11e  siècle),  d'origine 
parthe  (An-soku  $£&),  An-Seikô  ^tftilï  5  le  moine 
Môshô  (11e  siècle),  d'origine  sogdienne  (Kô-ko  J^^), 
Kô-Môshô  ïMjÊM  5  le  moine  Srîmitra  (ive  siècle), 
issu  de  la  famille  royale  de  Koutcha  (dynastie  Haku 
fB  [ou  g]),  Haku-Shirimittara  ffîF^^il  î  etc. 
Les  premiers  Chinois  qui  reçurent  l'ordination  adop- 
tèrent en  général,  comme  le  remarque  Ttt.  2145  xv 
[108),  le  nom  de  famille  de  leur  maître  ;  ainsi  Shi- 
mon ^jg  était  un  Chinois  de  famille  Kan  |j|  qui 
avait  eu  pour  maître  Shi-Ken  ^^  ;  Haku-Dôyû 
îJïiâfc,  de  famille  Hyô  <jgf ,  avait  eu  pour  maître  Haku- 
rîmitra,  etc.  [ces  exemples  sont  tirés  du  Hekisho- 
okuwa  JSflikfS  de  Yô  Mutoku  MW&  cité  Zrzs. 
îoi  ;  pour  d'autres  exemples,  cf.  H.  Maspero, 
iEFEO  X,  224].  Mais  plus  tard  se  répandit  l'usage 
l'attribuer  aux  moines  le  nom  de  clan  du  B.  lui- 
nême,   Sâkya,  abrégé  en   Shaku  M.  Pour  justifier 


BUSSHI 


cet  usage,  on  se  référait  à  un  texte  célèbre  de  l'Ekot- 
tarâgama  T.  125  xxi  (658)  :  "De  même  que  les 
quatre  grands  fleuves  sortant  du  lac  Anavatapta, 
lorsqu'ils  se  jettent  dans  la  mer,  perdent  leurs  noms 
pour  n'être  plus  appelés  que  "la  mer",  ainsi  les 
ressortissants  des  quatre  castes,  s'ils  sortent  de  leurs 
familles  pour  entrer  dans  ma  religion,  n'ont  plus 
de  noms  de  famille  qui  leur  soient  propres  ;  ils  ne 
sont  plus  appelés  que  "Moines  fils  de  Sâkya"  (Sha- 
mon-shakashi  ^P^^^B-f-,  sk.  sramanasâkyaputrîya) 
.  .  .Car  vous  êtes  tous  nés  de  moi,  produits  par  la 
Loi,  constitués  par  la  Loi."  [Cf.  Dîrghâgama  s.v. 
*Busshin,  et  BEFEO  XXIV,  69  n.  1.  Le  terme  "fils 
de  Sâkya"  est  fréquent  dans  les  textes  comme  un 
synonyme  de  sramana,  p.  ex.  T.  945  vi  (133  a).  Cf. 
aussi  Vinaya  des  Mahîsâsaka  cité  Ttt.  2127  1  (258 
c)  :  "ô  Moines-mendiants  !  Vous  qui  apparteniez 
à  des  classes  différentes,  vous  êtres  sortis  de  vos 
familles,  et  dès  lors  vous  avez  tous  perdu  vos  noms 
de  famille  et  êtes  tous  uniformément  appelés  fils 
de  Sâkya."]  D'après  Ttt.  2059  v,  c'est  Dôan  ^^c 
(Tao  ngan,  f  385),  un  des  traducteurs  de  1  Ekot- 
tarâgama,  qui  le  premier  aurait  pris  pour  nom  de 
famille  Shaku. — Dans  le  Japon  moderne,  le  nom 
Shaku  n'est  plus  préfixé  qu'aux  noms  de  religion 
(hômyô  fë;^)  qui  sont  donnés  aux  morts  ;  mais  la 
laïcisation  de  l'Eglise  bouddhique,  décrétée  par  le 
Gouvernement  Impérial  peu  après  la  Restauration  de 
1868,  a  eu  cette  curieuse  conséquence  d'obliger  les 
moines  à  prendre  des  noms  de  famille  comme  tous 
les  laïcs  auxquels  ils  se  trouvaient  assimilés  devant 
la  Loi.  Ils  inventèrent  alors  des  noms  transcrits  ou 
traduits  du  sk.  comme  Hanatsu,  lecture  jap.  du 
caractère  Shaku  f^  (sk.  Sâkya)  ;  Kudon  H<§|  (sk. 
Gautama)  ;  Kuwakado,  lecture  jap.  du  ch.  sômon 
fîlP]  qui  est  une  ancienne  te.  du  sk.  sramana  ;  Yuga 
ï^fiKl  (sk-  Yoga)  ;  Hikusa  Q  fj|  (sk.  Sûryavarhsa,  un 
des  patronymiques  des  Sâkya)  ;  Shutara  H^t|||  (sk. 
Sûtra),  etc. — tandis  que  d'autres  prenaient  le  nom 
de  la  famille  laïque  dont  ils  étaient  nés,  ou  de  leur 
lieu  de  naissance,  etc.  La  coutume  de  l'adoption, 
extrêmement  répandue  au  Japon  dans  tous  les  mi- 
lieux, permet  au  maître  d'adopter  son  disciple,  de 
sorte  que  le  supérieur  d'un  temple  peut  dans  certains 
cas  être  considéré  comme  le  chef  légal  d'une  véri- 
table famille. — Du  reste,  en  Chine  même  et  dès 
une  époque  ancienne,  la  communauté  des  "fils  de 
B."  s'était  déjà  organisée  sur  le  modèle  des  familles 
laïques.  Les  sectes  bouddhiques  sont  désignées  en 
ch.  par  le  mot  shû  75  qui  signifie  "filiation  ances- 
trale"  ;  le  patriarche  fondateur  en  est  1' "ancêtre", 
so  jffl.»  et  ses  successeurs  sont  ses  "descendants",  shi- 
son  B§jg  (p.  ex.  BEFEO  XXIV,  186  n.  7).  On  trouve 
même  dans  Zrzs.  187-188  toute  une  nomenclature 
des  relations  familiales  qui  unissent  entre  eux  les 
moines  de  la  secte  Zen  :  ceux  qui  habitent  un  même 
monastère   sont   dits    "frères"    kyôdai    %$$  ;    ceux 


BUSSHI 

qui  sont  enterrés  sous  un  même  stûpa  sont  "parents 
en  la  Loi"  hôken  ï£^  ;  le  maître  de  mon  maître  est 
mon  "maître-ancêtre"  shiso  f^tH,  et  le  maître  de 
ce  maître  est  mon  "maître-aïeul"  daishiso  zfcftftifl.  ! 
un  condisciple  qui  a  reçu  l'enseignement  du  maître 
avant  moi  est  mon  "frère  aîné  dans  la  Loi"  hôkyô 
ifeR,  ;  le  disciple  du  disciple  est  le  "petit-fils  du 
maître"  shison  f$ffî  ;  le  frère  du  maître  est  l'"oncle 
dans  la  Loi"  hôshuku  ££;§£  ;  etc. 


i74 


BUSSHI  $f,ftfi  "maître  bouddhique".  Terme 
désignant  dans  l'ancien  Japon  les  modeleurs,  fon- 
deurs, peintres  ou  graveurs  d'images  bouddhiques. 
Ce  terme  apparaît  pour  la  première  fois  dans  l'ins- 
cription gravée  en  623  au  dos  de  l'auréole  de  la 
célèbre  statue  en  bronze  doré  de  Sâkyamuni  con- 
servée dans  le  Kondô  ^-^  du  Hôryûji  fëHÉ#  ;  il 
y  est  rapporté  que  cette  statue  était  l'œuvre  du  busshi 
Tori  jhflJ'f^W.  artiste  célèbre  auquel  sont  attribuées 
plusieurs  autres  statues  de  l'époque  et  dont  le  nom 
(aussi  écrit  JH)  est  cité  dans  les  Annales  Impériales 
(Nihongi,  td.  Aston  p.  133).  Un  terme  analogue, 
bukkô  ^X  "artisan  bouddhique",  est  employé 
dans  ces  mêmes  Annales  (ib.  p.  96)  à  propos  d'un 
imagier  coréen  qui  avait  été  envoyé  au  Japon  par  le 
roi  de  Paiktjyei  "g"^  en  577.  Au  XIe  siècle  s'établit  la 
coutume  d'honorer  les  artistes  bouddhiques,  soit 
peintres  (ebusshi  ffH&Sfi).  soit  sculpteurs  sur  bois 
(mokubusshi  /M^l^î),  de  titres  ecclésiastiques  tels 
que  *sôgô  f&flSJ,  *ajari  H^M»  etc-  î  cr"-  Shoreishô 
:&)$!]$>  cité  Bdjt.  1556.  A  la  même  époque  ces  artis- 
tes, ou  plus  particulièrement  les  sculpteurs,  organi- 
sèrent à  Kyoto  de  véritables  ateliers,  dits  bussho 
$|J#f,  où  ils  se  succédaient  en  filiation  régulière  ; 
pour  quelques-uns  de  ces  ateliers,  la  filiation  nous 
est  connue  par  des  ouvrages  comme  le  Daibusshi- 
keizu  Zfc#0ï]îî&|I],  qui  conduit  jusqu'à  la  fin  du  XIIe 
siècle  (éd.  Zokugunshoruijû  ffîffîWWMë.  cxxi),  ou  le 
Shichijôbusshokeizu  -b  f£  |&  #f  ^  [Il ,  qui  donne  la 
filiation  d'un  atelier  fondé  en  1022  à  la  "septième 
avenue"  de  Kyoto.  Au  Tôji  ^%  près  de  cette 
même  ville,  avaient  été  instituées  des  charges  ecclé- 
siastiques de  "grand  maître  bouddhique",  daibusshi 
^C#S5,  et  de  "petits  maîtres  bouddhiques",  shôbus- 
shi  /b^Sfi  ;  la  première  de  ces  charges  fut  remplie, 
dès  1 197,  parle  célèbre  sculpteur  Unkei  ^^,  puis 
par  ses  descendants  naturels  jusqu'à  la  fin  du  xvne 
siècle.  Des  ateliers  analogues  paraissent  avoir  été 
créés  aussi  à  Kamakura  (1 192-1333)  ;  mais  la  filiation 
n'en  est  pas  connue.  Cf.  Tobe  Ryûkichi  jFîfflfêka, 
Nihombukkyôbijutsu  no  kenkyû  0  3^\%$kWMZJ$\ 
5£,  Tôkyô,  1929,  pp.  85-98  et  161-163. — L'expres- 
sion busshi  ne  semble  pas  avoir  été  usitée  en  Chine. 
Les  noms  de  quelques  modeleurs  chinois  d'images 
bouddhiques  nous  ont  été  transmis,  mais  nous  ne 
savons  rien  des  ateliers  ni  des  écoles  qui  durent 
exister  en  Chine  comme  au  Japon  ;  cf.  Pelliot,  T'oung 


Pao  1923,  p.  266  sq.,  et  J. 
Cf.  *Butsuzô. 


BUSSHIN 
As.  1923,  1,   181-207. — 


BUSSHIN  4^5^,  sk.  p.  buddhakâya,  tib.  sans  rgyas 
kyi  sku. — Corps  de  Buddha. — Sens  du  mot  Corps. 
— Les  conceptions  qui  se  rattachent  à  ce  terme  et 
qui  ont  pris  un  développement  considérable  dans 
le  G.V.  ont  constamment  participé  de  l'équivoque 
originellement  inhérente  au  mot  kâya.  En  sk.  et 
dans  les  dialectes  congénères,  le  mot  kâya  s'applique, 
dans  son  sens  propre,  à  l'ensemble  du  corps  cons- 
titué comme  un  tout  organisé  ;  c'est  le  sens  qui  s'est 
perpétué  dans  le  mot  nikâya  (cf.  p.  ex.  l'expression 
sk.  p.  deva-nikâya  "classe  de  dieux",  et  d'autre 
part  la  désignation  sk.  p.  brahma-kâyika  "[dieux] 
de  la  classe  de  Brahmâ").  Mais  le  même  mot  désigne 
aussi  le  corps  comme  une  masse  concrète  et  maté- 
rielle, et  cette  double  valeur  de  kâya  a  affecté  l'évolu- 
tion des  doctrines.  Les  écoles  chinoises  ont  cependant 
conservé  la  tradition  du  sens  véritable,  telle  qu'elle 
leur  était  parvenue  par  les  traductions  des  ouvrages 
indiens.  T.  1485  1  glose  le  terme  "corps"  dans 
"Corps  de  B."  par  shûzô  ^j^  "agrégat"  ;  Tt.  1530 
vu,  par  eji  -fi^jh  "support"  de  Mérites,  ou  shûjô 
%jfc  "agrégat"  de  Mérites  ;  Ttt.  1785  11  par  hôju 
££|fé  "assemblage  d'Essences"  ;  Ttt.  1851  xix  par 
tai  f§  "Substantiel",  ou  jushaku  UI^U  "assemblage" 
de  Mérites. — Aperçu  général. — La  question  du 
Corps,  ou  des  Corps  du  B.,  se  pose,  en  logique 
comme  dans  la  tradition,  à  l'occasion  du  Parinir- 
vâna.  Le  B.  une  fois  éteint,  la  communauté  a-t-elle 
perdu  tout,  et  jusqu'à  sa  raison  d'être,  ou  si  elle 
subsiste,  comment  s'établit  la  continuité  ?  Le  néant 
métaphysique  peut  constituer  une  philosophie,  il 
ne  crée  pas  une  Eglise.  La  première  réponse, 
la  plus  simple  et  la  plus  pratique,  c'est  de  substituer 
à  la  personne  du  fondateur  la  Loi  qu'il  a  léguée  ; 
on  pose  en  regard  du  B.  de  chair  (Formel)  le  Corps 
de  Loi,  dharmakâya.  On  a  ainsi,  dès  le  début,  un 
groupe  de  deux  Corps  ;  le  P.V.  ne  va  jamais  plus 
loin,  et  dans  les  écoles  du  G.V.  Nâgârjuna,  p.  ex., 
ne  dépasse  pas  ce  stade.  Mais,  dans  l'intérieur  de  ce 
groupe  restreint,  le  Corps  de  Formel  pose  à  l'analyse 
des  problèmes  redoutables  :  la  perfection  de  la 
sainteté,  réalisée  dans  le  B.,  peut-elle  s'accommodei 
aux  liens  du  Formel,  entaché  fatalement  de  mal  : 
Une  école  du  P.V.,  qui  amorce  et  annonce  déjà  les 
spéculations  du  G.V.,  n'hésite  pas  à  résoudre  la 
difficulté  par  une  simplification  grandiose.  Les 
Mahâsânghika  professent  que  tout  est  surhumain, 
surnaturel  dans  la  personne  du  B.,  naissance,  exis- 
tence, langage,  etc.  Les  autres  écoles,  plus  timorées, 
admettent  deux  Corps,  l'un  surhumain,  l'autre 
humain,  dans  la  personne  du  B.  :  dans  le  Parinirvâna. 
seuls  les  éléments  humains  ont  disparu  ;  les  éléments 
sublimés  qui  se  sont  manifestés  temporairement  dans 
le  Sâkyamuni  de  ce  monde  persistent  en  dehors  des 


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contingences  de  la  personnalité,  tels  qu'ils  ont 
apparu  déjà  dans  la  carrière  des  B.  antérieurs,  tels 
qu'ils  reparaîtront  dans  les  B.  de  l'avenir  ;  c'est  eux, 
par  une  sorte  de  paradoxe  que  le  Nirvana  ne  lais- 
sait pas  prévoir,  qui  représenteront  désormais  le 
permanent  dans  l'univers  de  l 'impermanence.  Le 
sens  du  mot  dharma  se  transforme  avec  ce  change- 
ment de  conception  :  le  dharmakâya  cesse  d'être 
le  Corps  de  la  Loi,  l'ensemble  des  prescriptions  et 
des  enseignements  prononcés  par  Sâkyamuni  ;  il 
devient  le  Corps  des  Essences,  le  système  des  notions 
abstraites  que  l'analyse  peut  isoler  dans  l'unité 
transcendante  du  Bienheureux.  Dès  lors,  c'est  sur 
l'étude  toujours  plus  subtile  de  ces  notions  que  va 
s'exercer  la  méditation  des  docteurs  ;  l'esprit  hindou, 
essentiellement  réfractaire  au  personnel  et  au  con- 
tingent, se  libère  avec  ivresse  des  traditions  trop 
positives  encore  à  son  gré  qui  l'attachaient  à  la 
biographie  de  son  fondateur  ;  le  Corps  des  Essences, 
étendu  au  goût  du  panthéisme  indien,  embrasse 
l'univers  et  le  transcende.  Les  B.  se  multiplient  à 
l'infini,  dans  le  temps  et  dans  l'espace,  avec  les 
mondes  qui  sont  respectivement  leurs  domaines 
propres  ;  l'Essence  universelle  des  B.,  l'Eveil,  pénètre 
tous  les  Etres.  Entre  le  monde  de  la  douleur,  qui 
est  celui  des  humains,  et  le  monde  de  la  béatitude, 
qui  est  celui  des  B.,  le  trait  d'union  s'établit  par  des 
sortes  d'anges,  distribués  suivant  une  hiérarchie 
savamment  graduée  sur  une  échelle  montante  de 
Terres  idéales  dont  l'ascension  réclame  des  efforts 
stupéfiants,  durant  des  périodes  vertigineuses  :  ce 
sont  les  Bs.  Le  G.V.  est  né  ;  émancipé  de  la  dis- 
cipline ecclésiastique,  son  labeur  va  se  fixer  sur 
cette  catégorie  nouvelle,  qui  relie  mystérieusement 
le  mal  au  bien.  La  vie  morale,  la  seule  qui  compte 
au  regard  du  salut,  se  trouve  ainsi  divisée  en  trois 
compartiments  ou  plutôt  trois  étages.  La  doctrine 
des  Corps  de  B.  doit  s'accommoder  à  ce  nouvel 
arrangement.  Les  premières  écoles  du  G.V.,  celle 
du  Mahâparinirvânasûtra,  celle  de  la  Prajnâpâra- 
mitâ,  s'étaient  encore  contentées  de  l'ancienne 
division,  en  Formel  et  en  Loi-Essence.  Elle  s'har- 
monisait sans  peine  avec  les  deux  Vérités,  Vérité 
pratique  et  Vérité  ultime,  qui  servent  de  base  à 
l'école  de  Nâgârjuna,  celle  des  Mâdhyamaka.  L'école 
de  l'Avatamsaka,  qui  spécule  avec  passion  sur  les 
Corps  de  B.,  se  plaît  au  contraire  à  les  multiplier 
dans  une  sorte  de  pullulement  effréné  ;  elle  en  invente 
des  groupements  par  dizaines,  sans  tenter  de  les 
ardonner  en  système.  Mais  l'école  Yogâcâra  opère 
an  filtrage  qui  doit  rester  définitif.  Le  Lankâvatâra- 
ûtra,  qui  contient  déjà,  dans  un  bouillonnement 
:onfus,  les  données  fondamentales  de  l'idéalisme 
bsolu  (Vijnaptimâtra),  distingue  plus  ou  moins 
ettement  les  trois  Corps  de  Métamorphose,  de 
bncoction  et  d'Essence.  Le  vigoureux  génie  d'A- 
ga  dégage  enfin  et  définit  en  traits   immuables 


les  trois  Corps  qui  resteront  la  triade  classique  :  la 
répartition  en  est  symétrique  aux  trois  Natures, 
Imaginaire,  Relative,  Absolue,  qui  forment  la  base 
de  son  ontologie.  Le  Corps  de  Métamorphose  (ou 
de  Correspondance)  n'est  qu'une  simple  apparence 
où  les  B.  se  manifestent  à  l'usage  du  vulgaire  ;  il 
correspond  à  la  sphère  de  l'activité.  Le  Corps  de 
Fruition  des  B.  (ou  Corps  de  Rétribution,  de  Con- 
coction),  où  se  réalisent  les  fruits  des  actes  entière- 
ment purs  accomplis  au  cours  de  leur  incalculable 
carrière,  est  réservé  aux  saintes  Assemblées  des  Bs. 
absorbés  dans  la  Concentration  mystique  ;  il  mani- 
feste les  Essences  signifiées  par  leurs  Caractères  les 
plus  purs.  Le  Corps  d'Essence  (ou  Corps  de  Nature- 
propre)  est  l'Absolu  ineffable,  nettoyé  de  tous  les 
Caractères,  vide  intégral  au  regard  de  l'esprit  dialec- 
tique, plénitude  intégrale  du  Soi  au  sens  de  l'être 
positif.  Vasubandhu  hérite  de  cette  triade,  et  il  la 
transmet  à  son  école,  celle  du  Vijnaptimâtra  qui 
réduit  tous  les  phénomènes  à  des  Notations  spiri- 
tuelles. Ses  successeurs  prétendent  aller  plus  loin  ; 
ils  scindent  le  Corps  de  Fruition,  le  dédoublent  en 
Fruition  pour  soi  et  Fruition  pour  autrui,  pour 
étendre  aux  êtres  privilégiés  que  sont  les  Bs.,  et  que 
seront  graduellement  tous  les  vivants,  le  bénéfice  des 
perfections  qu'ont  acquises  les  B.  Mais  leur  innova- 
tion, codifiée  sous  une  forme  classique  dans  la 
célèbre  somme  du  système  idéaliste,  le  Vijnaptimâ- 
tratâsiddhisâstra  compilé  par  Genjô  (Hiuan-tsang), 
reste  confinée  dans  le  domaine  scolastique.  Le 
traducteur  hindou  Paramârtha,  vers  le  milieu  du  VIe 
siècle,  vient  annoncer  à  la  Chine  que  l'Inde  a  fixé 
sa  doctrine  ;  sa  version  de  l'énigmatique  Sraddhot- 
pâdasâstra,  et  celle  du  chapitre  ajouté  au  Suvarna- 
prabhâsasûtra,  marquent  la  clôture  des  spéculations 
anarchiques  sur  les  Corps  des  B.  La  secte  Tendai, 
fondée  à  la  fin  du  même  siècle  en  Chine,  pourra 
développer  à  son  aise,  dans  le  domaine  mystique, 
des  combinaisons  savantes  ;  elles  ne  réussiront  pas, 
malgré  l'influence  de  la  secte,  à  réagir  sur  l'ensemble 
des  fidèles.  La  tradition  veut  que  Genjô  (Hiuan- 
tsang)  ait,  pendant  son  séjour  dans  l'Inde,  composé 
un  traité  sur  les  Trois  Corps  ;  c'est  ce  même  Trikâya 
qu'exaltent  les  hymnes  composés  par  les  bouddhistes 
de  l'Inde  et  de  la  Chine,  et  les  inscriptions  de  l'In- 
dochine attestent  qu'au  XIIe  siècle  c'est  la  même 
doctrine  qui  est  professée  au  Cambodge. — Dans  le 
bref  aperçu  qui  précède,  on  a  tenté  de  résumer  les 
données  qui  paraissent  se  dégager  de  l'ensemble  des 
textes  réunis  dans  la  suite  du  présent  article.  Il  a 
semblé  utile  d'apporter  ici  avant  tout  des  documents 
originaux,  au  lieu  d'entreprendre  un  exposé  systéma- 
tique que  l'insuffisance  et  le  caractère  sporadique  de 
la  documentation  auraient  rendu  par  trop  provisoire 
et  incertain.  Pour  classer  ces  matériaux,  on  n'a 
pas  tenu  compte  des  cadres  scolastiques  chinois,  que 
suivent  les  dictionnaires  japonais  ;  en  effet  les  écoles 


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chinoises,  dont  la  répartition  répond  à  des  contin- 
gences historiques  plutôt  qu'à  des  différences  doctri- 
nales profondes,  ont  attaché  une  importance  excessive, 
pour  ce  qui  touche  les  Corps  de  B.,  aux  questions  de 
terminologie,  c.-à-d.  aux  divers  termes  ch.  choisis 
pour  rendre  les  noms  sk.  de  ces  Corps.  D'autre  part, 
les  développements  doctrinaux  qu'elles  ont  ajoutés 
aux  données  hindoues,  et  qui  paraissent  entachés 
d'un  certain  verbalisme  mystique,  sont  encore  si  mal 
connus  qn'on  n'en  a  guère  tenu  compte  ici. — Petit 
Véhicule. — Âgama. — Nous  utilisons  pour  cette  sec- 
tion les  matériaux  déjà  rassemblés  par  le  Prof. 
M.  Anesaki  #jîJi$jEïa  dans  son  excellent  ouvrage 
Genshimbutsu  to  hosshimbutsu  f&fyffi^&zfyffi  "Le 
Corps  actualisé  du  B.  et  son  Corps  d'Essence", 
Tôkyô  1901,  rééd.  1925.  Il  convient  de  noter  avant 
tout  que  les  Nikâya  palis  présentent  une  seule  fois 
l'expression  dhammakâya  "Corps  de  Loi  (ou  d'Es- 
sence)", Dîgha  III,  p.  84;  le  sûtra  correspondant  se 
retrouve  bien  dans  le  Dîrhgâgama  T.  1  VI,  mais  le 
terme  si  caractéristique  employé  dans  le  Nikâya 
n'y  reparaît  pas.  Le  texte  p.  enseigne  que  les  moines 
peuvent  se  dire  fils  du  B.,  nés  de  sa  bouche,  nés  de 
la  Loi,  métamorphosés  par  la  Loi,  héritiers  de  la  Loi, 
"car  le  Tg.  peut  être  désigné  comme  Corps  de  Dham- 
ma,  Corps  de  Brahma,  comme  ayant  pour  Elément 
le  Dhamma,  ayant  pour  Elément  le  Brahma"  (dham- 
makâya, brahmakâya,  dhammabhûta,  brahmabhûta). 
T.  1  vi,  parallèlement,  porte  :  "Si  quelqu'un  te 
demande  de  quel  clan  tu  es,  tu  lui  répondras  :  Je 
suis  un  moine,  un  fils  du  clan  Sâkya,  et  tu  pourras 
dire  ainsi:  Je  suis  du  clan  brahmanique,  né  de  la 
bouche,  né  d'une  métamorphose  de  la  Loi... Le 
nom  de  Grand  Brahma  est  un  surnom  du  Tg." 
Td.  parallèle  T.  26  xxxix  :  "Nous  sommes  des 
brahmanes,  nous  sommes  fils  du  dieu  Brahma,  nés 
de  sa  bouche,  nés  par  métamorphose  du  Brahma  de 
Brahma"  (bombon  shoke  $£$£#Hk)  ;  et  cf.  l'autre 
td.  du  même  sûtra  T.  10  1,  sensiblement  divergente 
[BEFEO  XXIV,  69,  n.  1].  Autres  textes  analogues 
T.  26  xxix  :  "Vous  êtes  mes  vrais  fils,  nés  de  ma 
bouche,  métamorphosés  de  la  Loi  de  la  Loi"  (hôhô 
shoke  féféBfik)  ;  Samyukta  T.  99  xlv  :  "Vous  êtes 
mes  fils,  nés  de  la  bouche  du  B.,  métamorphosés  de 
la  Loi  ;  vous  obtenez  l'héritage  de  la  Loi." — Un 
ouvrage  très  voisin  des  Âgama,  le  dialogue  de  Mé- 
nandre  et  de  Nâgasena  [cf.  BEFEO  XXIV,  67-70], 
présente  une  différence  analogue  entre  la  version  p. 
et  la  version  ch.  ;  Milindapanha  p.  73  :  "Le  Bien- 
heureux est  dans  le  Parinirvâna .  .  .  On  ne  peut  le 
désigner  comme  étant  ici  ou  là,  mais  il  peut  être 
désigné  comme  Corps  de  Loi,  car  la  Loi  a  été  en- 
seignée par  le  Bienheureux.  .  ."  =  T.  1670  :  "Le  B. 
est  dans  le  Parinirvâna,  on  ne  peut  plus  connaître 
son  lieu."  Ici  le  terme  dharmakâya,  qui  va  recevoir 
ailleurs  des  interprétations  si  subtiles,  ne  désigne 
rien  d'autre  que  l'ensemble  (kâya)  de  la  Loi  prêchée 


par  le  B.  Et  telle  est  aussi  la  doctrine  des  Âgama  en 
général,  p.  ex.  Samyukta  T.  99  xlvi  (=Sam.  Nik. 
I,  p.  71)  :  "Le  corps  arrive  fatalement  à  la  vieillesse, 
mais  la  vraie  Loi  ne  périt  point,  car  elle  se  transmet"; 
et  cf.  T.  1  iv  (  =  Dîg.  Nik.  II,  p.  60)  :  "Ânanda, 
dis-tu  qu'après  le  Nirvana  du  B.  tu  n'auras  plus  de 
protection,  tu  auras  perdu  ton  appui  ?  Garde-toi 
d'une  pareille  pensée.  Les  Sûtra  et  le  Vinaya  que 
j'ai  énoncés  depuis  l'Eveil  seront  ta  protection  et  ton 
appui." — Le  Samyukta  témoigne  déjà,  dans  deux 
passages  qui  ne  paraissent  pas  se  retrouver  en  pâli,  de 
spéculations  sur  la  nature  métaphysique  du  Corps 
du  B.  :  T.  99  xxiv  "Les  paroles  du  B.,  innombrables 
et  infinies,  sont  appelées  Corps  de  Saveur  de  Mots 
(kumishin  %}?%%);  ce  Corps  aussi  est  sans  limite 
et  sans  fin."  Et  ib.  xxm  :  "Le  Corps  du  Tg.  en  sa 
nature  de  Corps  de  Loi  est  pur."  Mais  c'est  surtout 
dans  YEkottara  que  ces  spéculations  se  développent  ; 
notons  que  la  version  ch.  de  cet  Âgama  semble 
appartenir  à  l'école  Mahâsânghika.  Déjà  les  stances 
d'introduction,  qui  n'ont  pas  de  correspondant  en 
pâli,  mettent  au  premier  plan  le  principe  de  la 
permanence  du  Corps  de  Loi:  T.  125  1  "La  vie  du 
Maître  Sâkya  en  ce  monde  fut  très  brève  ;  mais 
quoique  son  Corps  de  chair  ait  trépassé,  son  Corps 
de  Loi  demeure ...  Le  Corps  de  Loi  du  Tg.  est 
indestructible  ;  il  demeure  éternellement  dans  ce 
monde,  sans  interruption."  Ib.  xliv  :  "La  Loi  des 
B.  du  passé  n'a  pas  subsisté  longtemps  dans  le 
monde  après  leur  Nirvana  ;  mais  la  mienne  subsistera 
longtemps.  Ma  vie,  à  moi  Sâkyamuni,  est  très 
longue.  Pourquoi  ?  Quoique  mon  Corps  de  chair 
prenne  le  Nirvana,  mon  Corps  de  Loi  reste  ici."  Et 
ib.  xxxvi  :  "La  Loi  laissée  par  les  B.  Bienheureux 
du  passé  n'a  pas  subsisté  longtemps  dans  le  monde 
après  leur  Nirvana  ;  je  réfléchis  encore  au  moyen  de 
faire  durer  longtemps  la  mienne.  Le  Corps  du  Tg. 
compte  pour  du  Diamant;  mon  intention  est  qu'il 
soit  réduit  en  morceaux  et  se  répande  dans  le  monde 
comme  des  grains  de  moutarde,  de  sorte  qu'à  l'avenirj 
les  Donateurs  croyants  puissent  faire  des  offrandes! 
sans  voir  le  corps  du  B."  [Cf.  T.  262  iv  (  =  Lotusj 
p.  160)  :  "Dans  l'univers  formé  d'un  grand  Millier! 
de  trois  mille  Mondes,  il  n'est  pas  un  coin  de  terre,| 
ne  fût-il  pas  plus  étendu  qu'un  grain  de  moutarde, '■ 
où  il  (Sâkyamuni  seul  entre  tous  les  B.)  n'ait  déposé; 
son  corps  pour  le  bien  des  Etres."  Et  ib.  (  —  Lotus; 
p.  147)  :  "Si  des  B.  veulent  faire  voir  mon  Corps  aux1 
quatre  Assemblées,  tous  les  B.  que  ces  B.,  en  divisant 
leur  propre  Corps  (bunshin  5M}"),  créent  pour 
prêcher  la  Loi  dans  les  mondes  des  dix  directions 
doivent  se  réunir  en  un  endroit,  et  alors  apparaître; 
mon  Corps."] — Ib.  xx  :  "Celui  qui  voit  la  Loi  m« 
voit  ;  du  fait  que  la  Loi  existe,  j'existe."  [Cf.  Sam 
Nik.  III,  p.  120,  aussi  Itivuttaka  p.  91,  et  Milindf 
p.  71  =T.  1670  il,  qui  ajoute  la  comparaison  du  B 
se  survivant  dans  sa   Loi   à  l'inventeur  des  lettres 


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se  survivant  dans  l'écriture.] — Ib.  xxxi  :  "Le  Corps 
du  Tg.  est  un  Corps  de  vraie  Loi." — Ib.  xv  :  "Le 
Corps  du  Tg.  a  pour  nourriture  la  Loi." — Ib.  xxi, 
à  propos  des  Inconcevables  du  Corps  du  B.  :  "Le 
Corps  du  Tg.  est  pur  et  sans  tache. .  .C'est  un  grand 
Corps  (var.  un  Corps  divin),  qui  ne  peut  être  créé 
[humainement]  et  qui  est  hors  de  la  portée  des  dieux  ; 
on  ne  peut  le  copier,  ni  en  dire  les  dimensions  ; 
et  quant  aux  sons  qu'il  émet,  on  ne  peut  imiter 
la  voix  brahmique  (*Bonnon)  du  Tg." — Vinaya. — T. 
145 1  xxxviii  (Mûlasarv")  :  "Dans  sa  grande  compas- 
sion, le  Tg.  retira  son  vêtement  supérieur,  montra 
les  Caractères  de  son  corps  et  dit  aux  moines  : 
Maintenant  vous  pouvez  voir  le  corps  d'un  B.  ;  il 
est  aussi  difficile  de  rencontrer  un  Tg.  parfaitement 
Eveillé  que  de  rencontrer  une  fleur  d'udumbara." 
— Tt.  1440  v  (Sarv0)  :  "Le  corps  du  B.  est  pur  comme 
un  miroir  ;  les  palais  des  dieux  et  des  dragons,  les 
montagnes,  les  forêts,  les  fleuves  et  les  mers,  toutes 
les  images  du  [Monde-]  Récipient  s'actualisent  dans 
son  corps." — Scolastique. — Traité  de  Vasumitra  sur 
les  sectes  Tt.  2031  :  Les  quatre  écoles  Mahâsânghika 
enseignent  :  Les  B.  Bienheureux  sont  tous  Supra- 
mondains,  n'ont  pas  d'Essence  à-Ecoulement,  toutes 
leurs  paroles  sont  prédication  ;  dans  une  seule 
articulation  ils  peuvent  exposer  toute  la  Loi  ;  rien 
dans  leurs  paroles  qui  ne  soit  conforme  au  Sens  ;  leur 
Corps  de  Formel  est  illimité  ;  leur  prestige  est 
illimité  ;  leur  durée  de  vie  est  illimitée  ;  ils  ne  se 
lassent  jamais  de  convertir  les  Etres  et  de  produire 
en  eux  la  foi  pure  [donc  ils  n'entrent  pas  en  Nirvana 
-les  autres  écoles  soutiennent  la  thèse  contraire]  ; 
ils  n'ont  ni  sommeil  ni  rêve  [les  Sarvâstivâdin  ensei- 
gnent qu'ils  dorment,  à  cause  de  leur  corps  physique, 
sans  toutefois  avoir  de  rêve]  ;  ils  répondent  aux 
questions  sans  avoir  besoin  de  réfléchir  ;  ils  n'énon- 
cent pas  de  mots,  etc.,  puisqu'ils  sont  en  Concentra- 
tion, mais  les  Etres  se  disent  qu'ils  énoncent  des 
mots,  etc.,  et  bondissent  de  joie  ;  leur  Esprit  en  un 
seul  instant  comprend  toutes  les  Essences  ;  leur 
Sapience  associée  à  l'Esprit  d'un  Moment  connaît 
toutes  les  Essences  ;  la  Connaissance  de  la  Destruction 
[des  Ecoulements]  et  la  Connaissance  du  Sans-Pro- 
duction [des  Essences]  se  déroulent  alternativement 
en  eux  jusqu'au  Parinirvâna.  [Le  cm.  de  Kiki  (K'ouei- 
ki)  |&âï?,  Isj.,  identifie  le  B.  ainsi  conçu  par  les  Mahâ- 
sânghika au  Corps  de  Rétribution,  hôjin  $$!}',  de 
la  doctrine  classique  des  trois  Corps] . .  .  Les  Sarvâs- 
tivâdin tiennent  que  les  paroles  des  Tg.  ne  sont 
pas  exclusivement  prédication  ;  qu'ils  ne  peuvent 
dans  une  seule  articulation  exposer  toute  la  Loi  ;  ils 
énoncent  parfois  des  mots  qui  ne  sont  pas  conformes 
au  Sens  ;  les  sûtra  qu'ils  énoncent  ne  sont  pas  tou- 
jours conformes  au  Sens. — Vibhâsâ  Tt.  1545  : — xxx 
Les  Vaibhâsika  distinguent  deux  Corps,  Corps  de 
Naissance  et  Corps  de  Loi. .  .Le  B.  Bienheureux  ne 
peut  absolument  pas  recevoir  d 'autrui  des  offrandes 


de  Loi,  car  les  Mérites  du  Corps  de  Loi  sont  par- 
faitement complets.  Le  Corps  de  Naissance  attend 
nécessairement  de  la  nourriture,  des  vêtements  et 
d'autres  provisions  ;  il  peut  donc  recevoir  d'autrui 
des  offrandes  de  biens. — lxxvi  La  nature  du  Corps 
de  Naissance  du  B.  est  à-Ecoulement  ;  il  a  un  Re- 
couvrement d'Inscience,  un  Lien  d'Attraction. .  .11  y 
en  a  qui  croient,  tels  les  Mahâsânghika,  que  le  Corps 
du  B.  est  sans-Ecoulement,  et  ils  invoquent  à  l'appui 
le  sûtra  [Sam.  Nik.  III,  140]  qui  dit  :  O  Moines  ! 
Le  Tg.  naît  dans  le  monde,  grandit  dans  le  monde, 
sort  dans  le  monde,  mais  il  n'est  pas  souillé  par  les 
Essences  mondaines . .  .  Mais  un  sûtra  dit  :  Ayant 
un  Recouvrement  d'Inscience,  un  Lien  d'Attraction, 
Sages  et  Profanes  ont  un  Corps  de  Notation.  Le  Bg. 
est  un  Sage  ;  l'ensemble  qui  le  constitue  est  un  Fruit 
de  l'Inscience  et  de  l'Attraction  ;  donc  il  doit  néces- 
sairement être  à-Ecoulement.  Vient  encore  à  l'appui 
de  cette  thèse  la  passion  inspirée  à  l'Incomparable 
(Anupamâ)  par  le  Corps  du  B.,  la  colère  d'Anguli- 
mâla,  etc.  ;  comme  il  se  produit  de  la  colère,  de  la 
concupiscence,  de  l'orgueil  à  propos  du  Corps  du 
B.,  il  ne  peut  être  qu'à-Ecoulement.  Si  le  Corps  du 
B.  est  à-Ecoulement,  comment  concilier  le  sûtra 
cité  plus  haut  ?  C'est  que  ce  sûtra  se  réfère  au 
Corps  de  Loi. .  .Même  thèse  ib.  clxxiii. — Koia  Tt. 
1558  xxvii  (  =  K.  Lav.  vu,  81):  "Les  B.  sont  Egaux 
en  ce  qu'ils  réalisent  le  même  Corps  d'Essence" 
[dharmakâya  que  Yasomitra  commente  :  "la  Série 
d'Essences  sans-Ecoulement,  ou  encore  la  Révolu- 
tion du  Récipient"]. — Satyasiddhi  Tt.  1646  1,  pour 
justifier  le  culte  que  reçoit  le  B.  comme  un  des  trois 
Joyaux,  insiste  sur  le  Corps  d'Essence  à  Cinq  Masses 
(gobunhosshin  ILfrfëêk)  qui  est  formé  des  Défenses, 
de  la  Concentration,  de  la  Sapience,  de  la  Libération, 
et  de  la  Connaissance  de  Libération  ;  ces  cinq  Masses 
étant  sans-Ecoulement  ne  sont  "Egales  qu'à  l'Iné- 
galable" [*ashamashana]  (cf.  Mvy.  104-108  et  T. 
1  m,  99  xlii,  26  xix,  Tt.  1545  xxxiii,  etc.). — Littéra- 
ture.— Le  Sûtrâlarhkâra  d'Asvaghosa  connaît  deux 
Corps,  de  Formel  et  d'Essence  :  Tt.  201  vu  (td. 
Huber  217)  Un  Laïc  distingue  son  corps  de  Formel 
qui  appartient  au  roi,  et  son  corps  d'Essence,  qu'il 
tient  de  sa  naissance  dans  la  famille  des  Saints  et  qui 
échappe  à  l'autorité  royale.  Ib.  xiv  (td.  390)  Gautamî 
dit:  "Je  suis  la  mère  [nourricière]  du  B.,  mais  le  Tg. 
est  mon  père,  car  j'ai  pris  naissance  de  la  Loi  ;  j'ai 
nourri  son  Corps  de  Formel,  mais  il  a  nourri  mon 
Corps  d'Essence."  [Cf.  T.  2027  (td.  IIe  siècle)  : 
Ânanda  avait  demandé  au  B.  de  témoigner  sa  recon- 
naissance à  sa  mère  nourricière  Mahâmâyâ-Gautamî 
en  l'autorisant  à  entrer  en  religion  ;  Mahâkâsyapa  le 
lui  reproche  en  disant  :  Ce  n'était  pas  assez  pour 
marquer  la  piété  filiale  et  la  reconnaissance  dues  à 
celle  qui  avait  eu  le  Mérite  d'offrir  une  telle  offrande 
au  Corps  d'Essence  du  Tg.]. — Tt.  1680  (Hymne  par 
Mâtrceta)  ad  fin.  :  "Ayant  distribué  entre  les  gens  de 


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bien  ton  Corps  d'Essence,  sans  réserve,  laissant  ton 
Corps  de  Formel  en  menus  grains,  tu  es  entré  dans 
le  Parinirvâna"  (td.  d'après  le  fragment  de  l'original 
sk.  ap.  Hœrnle,  Remains  p.  74). — Grand  Véhicule. 
— Sûtra. — Mahâparinirvâna. — T.  374  xxxiv  "Il  y  a 
deux  sortes  de  Corps  du  Tg.,  Corps  de  Naissance  et 
Corps  d'Essence.  Le  Corps  de  Naissance,  c'est  le 
Corps  Métamorphique  de  Moyens  (hôbenôgeshin 
J}0ê.Mik£k)-  H  est  sujet  à  la  naissance,  à  la  vieil- 
lesse, à  la  maladie,  à  )a  mort  ;  il  est  susceptible  de 
dimensions  diverses,  de  couleurs  diverses,  d'être 
ceci  ou  cela,  Catéchumène  ou  Hors-Catéchisme... 
Le  Corps  d'Essence  est  Permanence  (jô  "^),  Joie 
(raku  $g),  Soi  (ga  ffc),  Pureté  (jô  ££)  ;  il  est  détaché 
à  jamais  de  la  naissance,  de  la  vieillesse,  de  la  maladie 
et  de  la  mort  ;  il  n'est  ni  Noir  ni  Blanc,  ni  Catéchu- 
mène ni  Hors-Catéchisme  ;  il  est  Permanent  de  durée 
et  sans  changement,  qu'il  apparaisse  un  B.  dans  le 
monde  ou  non."  Ib.  xxviii  :  Deux  Corps  de  B., 
permanent  et  impermanent  ;  le  second  manifeste  des 
Moyens  en  vue  de  libérer  les  Etres,  le  premier  est  le 
Corps  de  Libération  des  Tg.  Bg. — T.  389  Instruc- 
tions du  B.  avant  son  Parinirvâna  :  "Les  Essences  de 
bénéfice  pour  moi  et  pour  autrui  sont  complètes  ; 
il  serait  inutile  que  je  demeure  plus  longtemps. 
Les  dieux  et  les  hommes  qui  pouvaient  être  sauvés 
le  sont  tous  ;  ceux  qui  ne  le  sont  pas  encore  possè- 
dent tous  des  Facteurs  de  salut.  Dorénavant  mes 
disciples  s'en  occuperont  par  transmission  :  c'est  là 
ce  qui  constitue  le  Corps  d'Essence  du  Tg.  éternel 
et  sans  extinction." — T.  374  11  Dialogue  entre  le 
B.,  Manjusrî  et  Cunda  avant  le  Parinirvâna.  Aux 
prières  de  Cunda  qui  demande  au  B.  de  rester  encore 
dans  le  monde,  le  B.  répond  :  "Les  Tg.  manifestent 
un  Nirvana  de  Moyens  pareil  à  celui  des  Etres . . . 
Le  Non-Soi,  c'est  la  Transmigration  ;  le  Soi,  c'est 
le  Tg.  L'Impermanent,  ce  sont  les  Auditeurs  et  les 
B.-pour-soi  ;  le  Permanent,  c'est  le  Corps  d'Essence 
du  Tg. . .  .  Les  Essences  sont  sans  Soi  et  cependant 
ne  sont  point  sans  Soi.  Qu'est-ce  que  le  Soi  ?  On 
appelle  Soi  (ga  fjj)  toute  Essence  réelle,  véritable, 
permanente,  autonome,  fondamentale,  inaltérable. — 
Ib.  [et  cf.  T.  375  11]  Lorsque  Gautama  Sâkyamuni 
reçut  un  don  de  lait  avant  l'obtention  de  l'Eveil,  il 
avait  encore  un  corps  humain,  nourrissable,  im- 
permanent, sujet  à  la  mort  et  aux  Passions  ;  mais 
lorsqu'il  reçut  la  dernière  offrande  de  ses  disciples 
avant  son  Nirvana,  son  Corps  était  de  Diamant, 
d'Essence,  Permanent,  sans  Passions,  naissance  ni 
mort. — Cf.  Ttt.  2087  vi  Le  B.  avant  son  Parinirvâna 
dit  :  "Ne  dites  pas  que  le  Tg.  disparaît  pour  toujours 
dans  le  Nirvana  ;  le  Corps  d'Essence  subsiste  éternel- 
lement, à  l'abri  de  tout  changement." — T.  374  111 
chap.  intitulé  Le  Corps  de  Diamant  :  "Alors  le  Bg. 
dit  encore  à  Kâsyapa  :  Homme  excellent  !  Le  Corps 
du  Tg.  est  un  Corps  permanent,  un  Corps  indestruc- 
tible, un  Corps  de  Diamant  ;  ce  n'est  point  un  Corps 


mélangé  à  de  la  nourriture  ;  c'est  le  Corps  d'Es- 
sence. Le  Bs.  Kâsyapa  dit  au  B.  :  O  Bg.  !  Un  Corps 
pareil  à  celui  dont  tu  parles  ne  m'est  nullement 
visible.  Je  ne  vois  qu'un  Corps  impermanent,  des- 
tructible, atomique,  mélangé  à  de  la  nourriture,  etc. 
Pourquoi  le  Tg.  doit-il  entrer  dans  le  Nirvana  ?  Le 
B.  dit  :  Kâsyapa  !  Ne  dis  point  que  le  corps  du  Tg. 
est  fragile  et  destructible  comme  celui  des  Profanes. 
Sache-le,  homme  excellent  !  Le  Corps  du  Tg.  est 
solide  et  indestructible  pour  d'innombrables  Millions 
de  Périodes.  Ce  n'est  point  un  Corps  d'homme  ni  de 
dieu  ;  ce  n'est  point  un  Corps  sujet  à  la  crainte  ;  ce 
n'est  point  un  Corps  mélangé  à  de  la  nourriture. 
C'est  un  Corps  qui  n'est  point  un  Corps  ;  il  ne  com- 
porte ni  production  ni  extinction,  ni  exercices  ni 
pratiques  ;  il  est  illimité,  infini,  sans  trace,  sans  con- 
naissance, sans  forme,  définitivement  pur,  sans 
mouvement,  sans  Impression,  sans  Opérant,  ni  stable 
ni  actif,  sans  saveur,  sans  mélange,  Inopéré  ;  il  n'est 
ni  Acte,  ni  Fruit,  ni  Opérant,  ni  Extinction,  ni  Esprit, 
ni  Nombre  ;  il  est  à  jamais  Inconcevable ...  Le  Bs. 
Kâsyapa  dit  au  B.  :  Si  le  Tg.  possède  de  pareils 
Mérites,  pourquoi  son  Corps  doit-il  subir  maladie, 
douleur,  impermanence,  destruction  ?  Certes  je  ne 
cesserai  dorénavant  de  penser  que  le  Corps  du  Tg. 
est  un  Corps  d'Essence  permanent,  un  Corps  de  Joie, 
et  c'est  ce  que  j'enseignerai  également  à  autrui: 
mais,  Bienheureux  !  si  le  Corps  d'Essence  du  Tg. 
est  indestructible  comme  le  Diamant,  je  n'en  sais 
pas  encore  la  cause.  Le  B.  dit  :  O  Kâsyapa  !  c'est 
par  des  Facteurs  de  Bonne  Loi  que  j'ai  obtenu 
ce  Corps  de  Diamant." — Prajnâpâramitâ. — T.  220 
dlxviii  Corps  de  B.,  Corps  de  Bs.,  pas  de  différence 
sauf  celle  des  Mérites  (  =  T.  231  11)  [cf.  *Bosatsu]. 
— Ib.  ccclxiii  Le  Corps  de  B.  résulte  de  l'Essencité. 
— Ib.  cdlxx  Le  Corps  de  B.  est  omniprésent  dans 
les  trois  mille  Mondes  ;  son  Acte  Mental  emplit  les 
Mondes  infinis. — Ib.  CD  Le  Transmigrant  du  Corps 
de  B.  dépend  de  Facteurs  ;  à  la  naissance,  il  ne  provient 
pas  des  dix  directions  ;  à  l'extinction,  il  ne  va  pas 
aux  dix  directions  ;  il  existe  quand  les  Facteurs  sont 
liés,  il  n'existe  pas  quand  ils  sont  déliés. — Ib.  dlxvii 
Le  Corps  du  B.  est  Singulier  (*fugû  ^it,  sk.  âveni- 
ka),  il  est  de  Diamant. — T.  231  11  énumère  une  série 
de  dix  Corps  de  B.  mis  en  correspondance  avec  les 
dix  Terres  des  Bs.  :  Egal  (byôdô  2p^),  Pur  (shôjc; 
fâffî),  sans  Epuisement  (mujin  MW,  obtenu  par  les 
bons  Exercices  (zenshutoku  ^^î#)>  d'Essence  (ht 
fë),  Impercevable  (fukakakuchi  ^pJ^^D),  Incon- 
cevable (fushigi  ^$M),  Apaisé  (jakujô  3Xfl?),  éga 
à  l'Espace  (kokûtô  J^S^),  de  Connaissance  (chi  \ 
etc. — T.  223  XI  et  xxx  Deux  Corps,  d'Essence  et  d< 
Formel. — Avatamsaka. — Deux  séries  de  dix  Corp; 
de  B.  [les  explications  entre  crochets  sont  empruntée; 
aux  cm.  ch.]  :— Ie  série  T.  278  xxvn  =  T.  279  xxxvin 

(1)  les  Etres  [dans  l'ensemble  des  Six  Destinations] 

(2)  les  Terrains  [habitats  des  Etres]  ;  (3)  la  Concoc 


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tion  [Actes  causatifs  produisant  le  (1)  et  le  (2)  ;  ces 
trois  sont  de  l'ordre  du  Passionné]  ;  (4)  les  Auditeurs 
[qui  contemplent  les  quatre  Vérités  et  recherchent 
ainsi  le  Nirvana]  ;  (5)  les  B.-pour-soi  [qui  contem- 
plent la  Formule  des  douze  Données-causales  et 
recherchent  ainsi  le  Nirvana]  ;  (6)  les  Bs.  [qui  prati- 
quent les  six  Perfections  et  recherchent  ainsi  l'Eveil]  ; 

(7)  les  Tg.  [en  qui  la  Cause  est  parfaite  et  le  Fruit 
accompli]  ;  (8)  la  Connaissance  [par  quoi  ceux  qui 
ont  un  Corps  de  B.  atteignent  l'Attestation]  ;  (9) 
l'Essence  [l'Idéal  attesté  par  ceux  qui  ont  un  Corps 
de  B.  ;  les  Corps  4-9  sont  de  l'ordre  du  Sans-Pas- 
sion] ;  (10)  le  Vide  [qui  n'est  ni  de  Passion,  ni  de 
Sans-Passion,  mais  à  la  base  des  deux].  [Les  Corps 
*>  3»  4>  5>  6  appartiennent  au  monde  des  Etres,  le  2 
au  monde  des  Terrains,  7-10  sont  du  monde  des  B. 
Ces  dix  Corps  sont  le  Substantiel  de  l'Eveil  du  B. 
Vairocana.] — IIe  série.  Elle  apparaît  dans  trois  passa- 
ges, avec  des  variantes  : — (A)  T.  278  xxvi-279  xxxvm  : 
(1)  Eveil  ;  (2)  Vœu  ;  (3)  Métamorphose  ;  (4)  Maintien 
(jûji  $:J$,  ou  rikiji  j]$$)  ;  (5)  Caractères  principaux 
et  secondaires  ;  (6)  Prestige  ;  (7)  Né  du  Mental  (îshô 
MëE.,  ou  "à-son-gré"  nyoi  MM.)  ',  (8)  Mérites  ; 
(9)  Connaissance  ;  (10)  Essence. — (B)  T.  278  xxxvn 

279   Lin  :    (1)    Eveil  ;   (2)  Vœu  ;  (3)  Rétribution  ; 
(4)  Maintien  ;  (5)  Métamorphose  (T.  278  [nirmâna] 
T.  279  nirvana)  ;  (6)  Plan  d'Essence  ;  (7)  Esprit  ; 

(8)  Concentration  ;  (9)  Nature-propre  ;  (10)  A-son- 
gré  (nyoi  MM  ou  zuigyô  H^|).— (C)  T.  278  xlii  = 
279  lviii  :  (1)  sans  Attachement  ;  (2)  Vœu  ;  (3)  Rétri- 
bution ;  (4)  Maintien  ;  (5)  Nirvana  ;  (6)  Plan  d'Es- 
sence ;  (7)  Esprit  ;  (8)  Concentration  ;  (9)  Nature- 
propre  ;  (10)  A-son-gré.  [Ces  dix  Corps  sont  tous 
attribués  au  7e  Corps  (Tg.  )de  la  première  série. 
On  classe  les  Corps  1-4  (dans  l'ordre  du  premier 
passage,  A)  comme  Corps  de  Métamorphose  ;  5-9 
comme  Corps  de  Rétribution,  et  le  10  comme  Corps 
d'Essence.] — T.  279  xxxn  donne  une  série  d'épi- 
thètes  appliquées  au  Corps  de  B.  :  lumineux,  im- 
maculé, sans-Passion,  etc.  Ib.  xxxi  Le  B.  manifeste 
son  Corps  en  tous  endroits,  soit  Corps  de  Laïc, 
soit  Corps  de  Moine.  Ib.  lx  Le  Corps  de  Con- 
naissance n'est  pas  un  Corps  ;  il  est  Sans-Contre- 
heurt  et  Inconcevable.  Ib.  lxi  Tous  les  Tg.  ont 
un  même  et  unique  Corps.  Ib.  xvn  Un  seul  Corps 
actualise  d'innombrables  Corps  qui  sont  partout 
dans  tous  les  Plans.  Ib.  xix  Le  Corps  immense  du 
Tg.  pénètre  jusqu'au  fond  des  Plans  d'Essences  ; 
sans  quitter  ce  siège  que  voici,  il  est  présent  en  tous 
lieux. — Mahâsannipâta. — T.  397  1  Dix  Corps  :  (1) 
Imprégnation,  (2)  Rétribution,  (3)  Concentration, 
(4)  Vœu,  (5)  Esprit,  (6)  Réalité  (shitsu  f£),  (7)  Simi- 
litude [avec  les  Etres],  (8)  Métamorphose,  (9)  Of- 
frandes [présentées  à  des  personnes  dignes],  (10) 
icônes  (gyôzô  M%)-  Ib.  xvn  Le  Corps  du  Tg.  est 
infini,  Sans-Contreheurt,  immense,  d'Essence,  sans 
Caractères    principaux    ni    secondaires,    illimité. — 


Lankâvatâra  [sk.  éd.  Nanjô,  Kyoto  1923  ;  ch. 
trois  td.  :  Gunabhadra  T.  670  ;  Bodhiruci  T.  671  ; 
Siksânanda  T.  672]. — Sk.,  p.  56-57  :  "O  Mahâmati  ! 
Le  B.  de  Coulée  (nisyandabuddha  ;  670  ebutsu  \&$b 
"B.  d'appui",  glosé  shinni  ï=|£jjt£  "écoulement  dé- 
bordant"  et   ketsubu   ifcffi    "B.    métamorphique"  ; 

671  et  672  :  hôbutsu  fR^  "B.  de  rétribution")  ac- 
complissant la  Maturation  des  Etres  tout  à  la  fois 
accommode  pour  les  Pratiquants  de  l'Application 
une  Application  du  Tréfonds  qui  est  un  palais 
céleste  dans  la  résidence  des  dieux  Akanistha  [au 
sommet  du  Plan  du  Formel]  ;  et  encore,  ô  Mahâmati, 
le  B.  d'Essencité  (dharmatâbuddha  ;  ch.  hôbutsu 
££$jî  "B.  d'Essence")  illumine  par  les  rayonnements 
de  Coulée  et  de  Métamorphose  (nirmâna  :  T.  670 
ebutsu  $c$i»  "B.  d'appui"  ;  671   ôgebutsu    DÈ^b^i  ; 

672  kebutsu  iti^i)  ;  de  même,  ô  M.,  le  Caractère 
d'Essence  de  la  Destination  sainte  [qu'on  ne  peut 
connaître  que]  par  soi-même,  ayant  dissipé  les 
fausses  Vues  de  l'existence  et  de  la  non-existence, 
illumine  tout  à  la  fois.  Et  en  outre,  ô  M.,  le  B.  qui 
est  une  Coulée  de  l'Essencité  (dharmatânisyanda- 
buddha  :  670  hôebutsu  r£f&$|î  ;  671  hôbutsuhô- 
butsu  ^^IH^  î  °7  !  hosshôshorubutsu  £fe'tÉ#fyîE 
$p),  prêchant  toutes  les  Essences  avec  leurs  Carac- 
tères particuliers  et  communs,  montre  qu'il  ne  faut 
pas  se  laisser  aller  à  une  croyance  superstitieuse  dans 
l'infinie  variété  des  personnages  qui  passent  sur  le 
théâtre  de  prestidigitation  et  qui  n'ont  qu'une 
Nature  Imaginaire,  mais  que  les  Essences  mêmes 
causent  cette  croyance  superstitieuse  dans  leur 
Nature  Imaginaire,  attachées  qu'elles  sont  au  Carac- 
tère causal  des  Imprégnations  [qui  cause]  le  spectacle 
respectif  de  l'Esprit.  Et  de  plus,  ô  M.,  si  le  Caractère 
de  Fonctionnement  de  la  Nature  Imaginaire  fonc- 
tionne, c'est  parce  qu'on  a  une  croyance  supersti- 
tieuse dans  la  Nature  Relative.  Tout  comme  de 
l'herbe,  du  bois,  des  broussailles,  des  lianes  servant 
de  support,  si  on  les  combine  en  un  personnage  de 
fantasmagorie  ou  de  magie,  prennent  la  forme  de 
tout  Etre  et  font  paraître  un  corps  de  personnage 
illusoire  qui  a  pleinement  l'air  d'un  Etre  déterminé, 
différencié  par  toutes  sortes  de  différenciations,  et 
pourtant,  ô  M.,  quoiqu'il  paraisse  ainsi,  il  n'a  pas 
de  personnalité  ;  de  même,  ô  M.,  la  Nature  Relative 
une  fois  donnée,  la  Nature  Imaginaire  se  pose  en 
spectacle  avec  les  Caractères  bariolés  de  toutes  les 
Imaginations-particulières  de  l'Esprit  :  c'est  qu'on 
a  déjà  eu  [dans  l'infini  des  Transmigrations]  la 
croyance  superstitieuse  dans  les  Caractères  des 
choses,  qui  sont  pure  imagination  ;  il  en  résulte 
qu'on  imagine  encore  à  nouveau,  ô  M.,  et  c'est 
ainsi  qu'existe  le  Caractère  de  la  Nature  Imaginaire. 
Telle  est,  ô  M.,  la  prédication  du  B.  de  Coulée.  Et 
le  B.  d'Essencité  (sk.  dharmatâbuddha  :  670,  671, 
672  hôbutsu  #;$&)  fait  un  classement  qui  est  à  la 
portée  des   Saints  engagés  dans  la  Destination  [où 


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l'on  connaît]  par  soi-même,  et  qui  est  dissocié  des 
Caractères  de  Nature-propre  de  l'Esprit.  Et  le  B. 
de  Métamorphose  métamorphosé  (nirmitanirmâ- 
nabuddha  :  670  et  672  kebutsu  ■ffcjjJij  ;  671  ôgebutsu 
flU^IO»  a  son  tour,  ô  M.,  fait  un  classement  qui  se 
développe  en  catégories  de  Caractères  :  Don,  Dé- 
fenses, Extase,  Concentration,  Esprit,  Sapience, 
Connaissance,  Masses,-  Lieux,  Libérations,  Nota- 
tions, Destinations  ;  il  montre  par  sa  prédication  un 
Caractère  qui  conduit  au  delà  de  l'Aplanissement 
avec  le  Sans-Forme  [enseigné  dans]  les  Vues  des 
hérétiques.  Et  le  B.  d'Essencité  à  son  tour,  ô  M.,  est 
en  dehors  des  Objectifs  ;  c'est  chose  où  il  n'y  a  pas 
d'Objectif,  où  tout  Caractère  d'action,  d'Organe,  de 
Mesure,  a  cessé  d'être  en  fonction,  chose  qui  n'est 
pas  le  Domaine  de  tous  les  superstitieux  qui  ont 
une  croyance  superstitieuse  dans  le  Soi,  Puérils, 
Auditeurs,  B.-pour-soi,  chefs  d'hérésie,  etc." — Sk. 
p.  241  [Comment  se  fait-il  que  de  simples  Auditeurs 
aient  reçu  des  Prophéties  touchant  leur  Eveil  futur, 
comme  en  reçoivent  les  Bs.  ?]  "C'est  qu'il  y  a,  ô 
M.,  ici  même  et  aussi  dans  les  autres  Terrains  de  B., 
des  pratiquants  de  la  Pratique  des  Bs.  qui  ont  le 
goût  du  Nirvana  selon  le  V.  des  Auditeurs  ;  pour  les 
dégoûter  du  V.  des  Auditeurs,  et  pour  les  inciter  à 
entrer  dans  le  G.V.,  [le  Tg.]  prophétise  sur  des  Audi- 
teurs métamorphiques  au  moyen  de  Corps  de 
Métamorphose  [nirmitasrâvakân  nirmânakâyair  vyâ- 
karoti  ;  T.  670  kebutsu  itffî  ;  671  ôgebutsu  ^fk'01î  ; 
672  hengebutsu  HHfclft]  et  non  Pas  au  moyen  du  B. 
d'Essencité." — Sk.  p.  283,  vers  140  sq.  [à  la  suite 
de  la  définition  des  trois  Natures-propres,  Imagi- 
naire, Relative,  Absolue]  :  "Et  les  B.  de  Concoction 
(vaipàkika:  T.  671  hôsôbutsu  jittai  fRtB^jSti  "le 
Substantiel  réel  des  B.  de  Caractères  de  Rétribu- 
tion), et  les  Victorieux  de  Métamorphose  (nairmâ- 
nika,  T.  671  shogebutsu  ^T/fk'f|)iî),  et  les  Etres  et  les 
Bs.  et  les  Terrains,  dans  toute  direction,  les  Victo- 
rieux métamorphosés  des  Essences  de  Coulée  (nis- 
yandadharmanirmâna,  T.  671  jukkehôgebutsu  ^ 
MSHb^i»),  et  les  Métamorphiques,  eux  tous  sont 
[des  Semblants]  issus  du  Paradis  d'Amitâbha.  Et 
ce  qui  est  [donné  comme]  parole  des  Métamorphi- 
ques (nairmânika,  T.  671  ôge  HHfc),  et  ce  qui  est 
[donné  comme]  parole  de  ceux  qui  naissent  de  Con- 
coction (vipâkaja,  T.  671  hôbutsu  fU^),  n'est  que 
méthode  d'enseignement  dans  la  longue  étendue 
des  sûtra  ;  connaissez-en  l'intention  profonde  :  Ce 
qui  est  parole  des  [Bs.]  fils  des  Victorieux,  et  ce 
qui  est  parole  des  [B.]  Conducteurs,  tout  cela  a  été 
dit  par  des  Métamorphiques  (T.  671  kebutsu  itffi, 
672  keshin  ilcfy),  et  non  pas  par  des  Victorieux  nés 
de  Concoction  (vaipàkika  :  T.  671  junjukubutsu 
WWi$>>  672  jippôbutsu  ïtfj*#).  Car  ces  Essences 
sont  sans-Production,  mais  il  n'est  pas  vrai  qu'elles 
n'existent  pas . .  .  C'est  l'Esprit  seul  qui  fonctionne, 
l'Esprit,  et  l'Esprit  seul  qui  est  délivré." — Sandhi- 


nirmocana. — T.  676  v  "Appelle-t-on  Corps  d'Es- 
sence la  Révolution  du  Récipient  chez  les  Auditeurs 
et  les  B.-pour-soi  ?  Non,  on  l'appelle  Corps  de 
Libération.  Du  point  de  vue  du  Corps  de  Libéra- 
tion, tous  les  Auditeurs  et  les  B.-pour-soi  sont  Egaux 
aux  Tg.  ;  du  point  de  vue  du  Corps  d'Essence,  les 
Tg.  diffèrent  par  la  supériorité  de  Mérites  innom- 
brables (reproduit  dans  Tt.  1579  lxxviii). — Suvar- 
naprabhâsa. — T.  664  1  [Version  compilée  en  597  à 
l'aide  de  trois  td.  antérieures  dont  deux  sont  perdues, 
contient  un  chapitre  sur  les  Trois  Corps  dont  la  td. 
est  de  Paramârtha  (552  A.D.)  ;  ce  chap.  est  reproduit 
à  peu  près  littéralement  dans  la  td.  de  Gijô  (Yi  tsing, 
début  du  vme  siècle)  T.  665  II,  mais  il  manque  dans 
la  plus  ancienne  td.  conservée  du  sûtra,  due  à  Dhar- 
maksema  (entre  414  et  433).  L'original  sk.,  tel  qu'il 
est  préservé  au  Népal,  ne  contient  pas  ce  chapitre, 
qui  ne  paraît  pas  non  plus  être  cité  dans  les  compila- 
tions bouddhiques  d'origine  indienne.  Le  Kandjour 
a  incorporé  deux  td.  de  ce  sûtra  (Rgyud  xn)  ; 
l'une  des  deux,  fondée  sur  la  td.  ch.  de  Gijô  (Yi 
tsing),  contient  seule  ce  chapitre]  :  Trois  Corps  qui 
tous  renferment  l'Eveil  Complet  Sans-supérieur  :  (1) 
Corps  de  Métamorphose  (keshin  ffc#)  :  grâce  à  la 
Souveraineté  qu'il  doit  à  la  perfection  de  ses 
Pratiques  antérieures,  le  Tg.  actualise  toutes  sortes 
de  Corps  en  se  conformant  aux  nécessités  du  salut 
des  Etres.  (2)  Corps  de  Correspondance  (ôjin  $£%)  : 
il  prêche  la  Vérité  Ultime  aux  Bs.,  leur  enseigne 
l'Unité  de  Saveur  de  la  Transmigration  et  du  Nir- 
vana ;  par  la  force  du  Vœu,  il  manifeste  les  32  Carac- 
tères principaux  et  les  80  secondaires  ;  il  porte 
derrière  la  tête  une  auréole.  (3)  Corps  d'Essence 
(hosshin  &;%)  :  il  est  affranchi  de  toutes  les  Obstruc- 
tions, Passions,  etc.,  il  possède  au  complet  toutes 
les  bonnes  Essences  ;  il  n'est  qu'Ainsité  et  Connais- 
sance d'Ainsité. — Les  deux  premiers  Corps  ne  sont 
que  des  Dénominations-fictives  ;  seul  le  troisième 
a  une  existence  réelle,  c'est  par  lui  que  les  deux 
autres  se  manifestent.  Il  combine  l'Essence  d'Ainsité 
pour  son  avantage  propre,  et  la  Connaissance  d'Ain- 
sité pour  l'avantage  d'autrui.  On  compare  le  Corps 
d'Essence  à  l'Espace  qui  n'a  pas  de  Caractères,  la 
force  du  Vœu  aux  rayons  de  lumière,  et  les  deux 
Corps  inférieurs  au  miroir  de  l'eau  qui  reflète  les 
rayons.  Le  Nirvana  Sans-reste  correspond  au  Corps 
d'Essence,  le  Nirvana  Avec-reste  correspond  aux 
deux  autres  .  .  .  Les  Tg.  sont  identiques  entre  eux 
d'activité  (ji  ^)  par  le  premier  Corps,  de  Mental 
(i  M)  par  le  second,  et  de  Substantiel  (tai  £a)  par  le 
troisième.  Le  premier  Corps  est  pluralité,  pour  se 
conformer  au  Mental  des  Etres  qui  est  divers  ; 
le  second  est  unité,  car  le  Mental  des  disciples 
est  unique  ;  le  troisième  transcende  pluralité  et  unité. 
Le  premier  est  permanent  en  tant  qu'il  travaille 
sans  cesse  à  prêcher  et  à  convertir,  et  impermanent 
en   tant   qu'il   n'est   pas   autonome   et  que  ses  acti- 


BUSSHIN 


181 


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vités  se  poursuivent  en  série  ;  le  second  est  per- 
manent en  tant  qu'il  maintient  sans  cesse  les 
Essences  Singulières  des  B.  tant  qu'il  y  a  des  Etres 
à  instruire,  et  impermanent  pour  les  mêmes  raisons 
que  le  premier.  Le  Corps  d'Essence  est  autonome 
comme  l'Espace  et  permanent.  Le  sûtra  indique 
ensuite  [les  gloses  entre  parenthèses  sont  extraites 
de  Ttt.  1851  xix  et  Ttt.  1861  vu  a]  une  division  des 
Corps  en  quatre  (gradations  correspondant  aux 
degrés   de   développement   des   catégories   d'Etres)  : 

(1)  Corps  de  Métamorphose  qui  n'est  pas  de  Cor- 
respondance ;  c'est  celui  qui  a  été  laissé  par  le  Tg. 
après  son  Parinirvâna  pour  le  bénéfice  de  tous  les 
Etres  (il  se  manifeste  comme  Dragon,  démon,  etc.)  ; 

(2)  Corps  de  Correspondance  qui  n'est  pas  de  Méta- 
morphose ;  c'est  le  Corps  avant  les  Terres  (1851  : 
celui  que  voient  les  Bs.  avant  les  Terres  ;  il  se  mani- 
feste dans  la  Concentration  ;  il  est  en  dehors  des 
six  Destinations  ;  1861  :  celui  qu'on  voit  quand 
on  possède  les  quatre  Racines  de  Bien  [cf.  *Zen- 
gon]  ;  (3)  Corps  qui  est  à  la  fois  de  Correspondance 
et  de  Métamorphose  ;  c'est  celui  du  Tg.  dans  le 
Nirvana  Avec-reste  (1851  :  la  forme  aux  32  Carac- 
tères principaux  et  80  secondaires  que  voient  tous 
les  Bs.  ;  il  est  de  Correspondance  parce  qu'en  se 
conformant  à  lui  on  atteint  l'Eveil,  et  en  même 
temps  de  Métamorphose  parce  qu'il  prend  des 
Caractères  de  l'ordre  humain  ;  1861  :  c'est  celui 
qui  se  manifeste  pour  les  deux  Véhicules  inférieurs 
et  les  Bs.  des  quarante  Degrés)  ;  (4)  Corps  qui 
n'est  ni  de  Correspondance  ni  de  Métamorphose  ; 
c'est  le  Corps  d'Essence.  .  .Les  deux  premiers  des 
Trois  Corps  ont  pour  base  la  Concentration  et  la 
Connaissance  ;  le  Corps  d'Essence  n'est  fondé  que 
sur  son  propre  Substantiel,  il  est  Souveraineté,  Joie, 
Pureté .  .  .  L'Obstruction  des  Passions  une  fois  abo- 
lie, le  Corps  de  Correspondance  se  donne  alors  ; 
l'Obstruction  des  Actes  étant  abolie,  c'est  le  Corps 
de  Métamorphose  ;  l'Obstruction  du  Connaissable 
étant  abolie,  c'est  le  Corps  d'Essence  qui  se  donne. 
— Sûtra  divers. — T.  1485  1  Deux  Corps  d'Essence  : 
Corps  de  Nature  d'Essence,  Corps  d'Essence  Mé- 
tamorphosé ;  de  la  première  Terre  jusqu'à  la  Terre 
de  B.,  tous  les  Etres  sortis  du  monde  ont  ces  deux 
Corps.  Le  premier  consiste  dans  la  connaissance  de 
la  Vérité  absolue  ;  Essence  désigne  le  Substantiel 
propre,  et  Corps  désigne  l'assemblage.  Le  second 
se  manifeste  sous  d'innombrables  formes  pour 
répondre  aux  besoins  des  Etres  à  sauver.  Aussi  ib. 
II. — T.  643  ni  Dans  l'Assemblée  des  fils  de  Sâkya, 
cinq  cents  voient  le  Corps  de  Formel  du  B.  comme  un 
homme  de  cendres  ;  dans  l'Assemblée  des  Moines, 
mille  le  voient  comme  de  la  terre  rouge  ;  dans  l'As- 
semblée des  Laïcs,  seize  le  voient  comme  un  pied 
d'éléphant  noir  ;  dans  l'Assemblée  des  Laïques, 
vingt-quatre  le  voient  comme  un  pâté  d'encre  ;  dans 
l'Assemblée   des   Nonnes,   il   y  en   a   qui   le   voient 


couleur  d'argent. .  .Lamentations  des  Assemblées 
qui  ne  voient  pas  le  Corps  merveilleux  ;  les  cinq 
cents  fils  de  Sâkya  se  plaignent  de  l'avoir  vu  dès  sa 
naissance  comme  un  homme  de  cendres  et  un  brah- 
mane amaigri,  alors  que  tous  les  autres  hommes  le 
voyaient  couleur  d'or.  Le  B.  leur  en  explique  la  cause 
par  leurs  existences  antérieures. — T.  261  x  (912  b) 
Les  trois  Corps  correspondent  respectivement  au 
Substantiel,  aux  Caractères,  à  l'Activité. — T.  159  11 
distingue  un  Corps  de  Nature-propre  (jishôshin 
ÉJ'fcÊlH»  un  Corps  de  Fruition  pour  autrui  et  un  pour 
soi-même  (jijuyûshin  g^ffl  #,  tajuyûshin  'ftË^ffi  #), 
ce  dernier  se  manifestant  aux  Bs.  des  dix  Terres, 
enfin  des  Corps  de  Métamorphose  (hengeshin  fëitêk) 
grands  et  petits,  qui  sont  pour  les  deux  V.  in- 
férieurs et  les  Profanes. — Le  Canon  tib.  (Kandjour, 
Mdo  xxii,  81-82)  a  conservé  un  petit  sûtra  des 
Trois  Corps  adressé  au  Bs.  Ksitigarbha  et  qui  n'ap- 
porte aucun  trait  original  ;  td.  Rockhill,  Life  of 
Buddha  200-202. — Scolastique. — Ecole  de  Nâgar- 
juna. — Mahâprajnâpâramitâsâstra  Tt.  1509  xcix  Le 
B.  a  deux  Corps,  d'Essence  et  de  Formel.  Le  Corps 
d'Essence  est  le  seul  véritable  ;  l'autre  n'a  qu'une 
valeur  de  Vérité  vulgaire. — Ib.  x  Le  B.  dit  toujours 
qu'Inspecter  avec  l'œil  de  la  Sapience  le  Corps 
d'Essence  du  B.,  c'est  voir  ce  qu'il  y  a  de  plus  sublime 
dans  le  B..  .  .La  nonne  Utpalavarnâ,  voulant  élimi- 
ner le  mal  attaché  à  son  sexe,  se  métamorphosa  en 
roi  Tournant-la-Roue  avec  les  sept  Joyaux  et  le 
millier  de  fils.  La  multitude,  à  cette  vue,  se  leva  et 
s'écarta.  Or  le  roi  de  métamorphose  s'approcha  du 
B.  et  reprit  son  corps  primitif  de  nonne  ;  elle  fut 
ainsi  la  première  à  saluer  le  B.  Le  B.  lui  dit  alors  : 
Tu  n'es  pas  la  première  à  me  saluer  ;  Subhûti  t'a 
devancée.  Comment  cela  ?  Subhûti  a  Inspecté  le 
Vide  des  Essences,  et  c'est  là  voir  le  Corps  d'Essence 
du  B.  ;  et  c'est  l'offrande  véritable,  la  plus  sublime 
des  offrandes.  L'offrande,  ce  n'est  pas  de  manifester 
du  respect  au  Corps  de  Naissance  [cf.  sup.  P.V., 
Littérature]. — Ib.  m  Le  Corps  d'Essence  l'emporte 
sur  le  Corps  de  Naissance  ;  c'est  pourquoi  le  B.  résida 
plus  longtemps  à  Râjagrha,  dans  ce  Magadha  où  il 
avait  atteint  l'Eveil  et  réalisé  son  Corps  d'Essence, 
qu'à  Srâvastî  plus  proche  du  lieu  de  sa  naissance. — 
Ib.  xxx  II  y  a  deux  sortes  de  Corps  de  B.  :  le  Corps 
vrai  et  le  Corps  de  Métamorphose  (shinshin  jUit", 
keshin  Vd$j[)  Lorsque  des  Etres  voient  le  Corps  vrai, 
il  n'est  aucun  de  leurs  vœux  qui  ne  soit  réalisé  ;  ce 
Corps  emplit  tout  l'espace,  sa  radiance  illumine  les 
dix  directions,  les  sons  de  Loi  qu'il  émet  atteignent 
également  dans  les  dix  directions  les  mondes  in- 
nombrables comme  les  grains  de  sable  du  Gange  ; 
pour  la  grande  assemblée  qui  l'écoute  il  énonce  la 
Loi  sans  cesse,  et  dans  l'espace  d'un  instant  chacun 
de  ses  auditeurs  comprend  ce  qu'il  entend.  .  .Mais 
cette  Loi  que  prêche  ainsi  le  B.  au  Corps  d'Essencité 
[ou  Corps  de  Plan  d'Essence],  seuls  parmi  les  hom- 


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182 


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mes  des  trois  Véhicules  peuvent  l'observer  les  Bs.  des 
dix  Terres  ;  seuls  ils  peuvent  l'entendre  et  la  recevoir 
de  façon  intégrale,  par  la  force  de  leur  Connaissance 
de  Moyen  Inconcevable . .  .  Les  Etres  qui  voient  le 
B.  au  Corps  d'Essence  sont  libérés  des  trois  Poisons, 
des  Passions,  des  douleurs  du  froid  et  du  chaud,  et 
il  n'est  aucun  de  leurs  vœux  qui  ne  se  réalise. — 
Ib.  xxxiv  Deux  sortes  de  B.  :  l'un  au  Corps  né  de 
l'Essencité  [ou  du  Plan  d'Essence],  l'autre  qui  se 
manifeste  par  Métamorphose  selon  la  capacité  des 
Etres  ;  c'est  du  premier  qu'il  est  dit  "ne  fût-ce 
qu'en  entendant  son  nom  on  atteint  le  salut",  et  du 
second  :  "quoiqu'il  réside  avec  les  B.,  il  arrive  qu'il 
tombe  en  Enfer  à  cause  des  Facteurs  de  ses  Actes". 
Le  B.  au  Corps  d'Essencité  [ou  de  Plan  d'Essence] 
assure  le  salut  en  toute  chose,  la  réalisation  de  tous 
les  vœux  ;  car  pendant  d'infinies  Périodes  il  a  ac- 
cumulé les  Mérites  de  toutes  les  bonnes  Racines,  son 
Omniscience  est  parfaite.  ..  Ib.  xxxiv  Comme  ce 
Jambudvîpa  est  mauvais,  la  vie  du  B.  y  est  courte  ; 
mais  en  d'autres  lieux  qui  sont  bons,  la  vie  du  B.  doit 
être  longue. — Mais  alors,  objecte-t-on,  le  B.  qui  prend 
naissance  en  ce  Jambudvîpa,  au  palais  de  Suddhodana, 
qui  quitte  la  famille  et  obtient  l'Eveil,  serait  le  vrai 
B.,  tandis  que  les  B.  des  autres  lieux  ne  seraient  que 
des  B.  Métamorphiques  qu'il  crée  par  ses  Super- 
savoirs pour  sauver  les  Etres  ? — Non,  répond-on,  il 
n'en  est  point  ainsi. — Pourquoi  ? — Parce  que  dans 
chacun  des  autres  Jambudvîpa  on  dit  aussi  :  "Notre 
B.  est  le  vrai  B.  ;  les  B.  d'ailleurs  ne  sont  que  des 
Métamorphoses."  En  effet,  si  dans  les  autres  univers 
on  croyait  n'avoir  affaire  qu'à  des  B.  Métamor- 
phiques, on  n'ajouterait  pas  foi  à  leurs  enseigne- 
ments. .  . — Ib.  xcm  Du  B.  au  Corps  d'Essencité  [ou 
de  Plan  d'Essence]  émane  une  radiance  infinie,  et  les 
sons  de  Loi  qu'il  émet  emplissent  tous  les  Terrains 
de  B. .  .  .  De  chacun  des  pores  de  ses  poils  sortent  sans 
cesse  d'innombrables  et  infinis  B.  qui  tous  sont  Egaux 
entre  eux,  et  de  ces  B.  Métamorphiques  en  émanent 
d'autres  encore,  qui  sauvent  les  Etres  suivant  les 
correspondances.  Chez  les  B.  visibles  il  y  a  des  dif- 
férences entre  supérieurs  et  inférieurs,  grands  et 
petits  ;  mais  il  n'y  a  point  de  telle  différence  chez 
le  vrai  B.  Radical. — Ib.  L  :  Voir  le  Corps  d'Es- 
sence, c'est  voir  le  B.  ;  le  Corps  d'Essence,  c'est  le 
Vide  Inconcevable  ;  le  Vide  Inconcevable  est  un 
produit  de  Facteurs  d'Enchaînement-causal,  car 
les  Essences  n'ont  point  de  Nature-propre. — Ib.  ix 
Le  B.  a  deux  sortes  de  Corps  :  Corps  d'Essencité 
[ou  Corps  de  Plan  d'Essence  d'après  La  Vallée 
Poussin,  Notes  bouddhiques  vin,  p.  218,  Bruxelles 
1929],  Corps  de  Naissance  [qu'il  tient  de]  père  et 
mère  (hosshôshin  fê'fÉ!}',  bumoshôshin  $HMëc.%)- 
Le  premier  est  omniprésent,  illimité  ;  son  apparence 
de  Formel  est  belle  ;  il  est  orné  des  Caractères  prin- 
cipaux et  secondaires  ;  il  émet  une  lumière  et  des 
sons  illimités  ;  les  assemblées  qui  entendent  sa  Loi 


emplissent  aussi  l'espace  [Kumârajîva  glose  :  les 
Assemblées  sont  aussi  des  Corps  d'Essencité  ;  il  ne 
peut  être  vu  par  des  Etres  de  Transmigration]  ;  il 
produit  sans  cesse  toutes  sortes  de  corps,  de  noms, 
d'endroits  de  naissance,  de  Moyens,  pour  sauver  les 
Etres.  Le  Corps  de  Naissance  est  celui  qui  reçoit 
la  rétribution  des  péchés  ;  c'est  lui  qui  prêche  la 
Loi  par  degrés  comme  une  loi  humaine. — Ib.  x  II  y 
a  deux  Corps  de  B.  :  un  Corps  de  Métamorphose 
par  les  Supersavoirs  (jinzûhengeshin  iji'IlJilSt'ffcl}')» 
et  un  Corps  né  de  père  et  mère  qui  est  humain. — 
Ib.  xxix  Du  point  de  vue  de  le  Vérité  Vulgaire,  le 
B.  a  les  trente-deux  Caractères  ;  mais  du  point  de 
vue  de  la  Vérité  Ultime,  il  est  sans  Caractères . . . 
Quand  on  parle  des  trente-deux  Caractères,  c'est 
à  propos  du  Corps  de  Naissance  ;  du  Corps  d'Es- 
sence, il  faut  dire  qu'il  est  sans  Caractères. — Ib.  xxxni 
et  xxxiv  Deux  Corps  :  l'un  né  d'Essencité  (ou  du 
Plan  d'Essence,  hosshôshôshin  £È'[É^fe.l!')>  l'autre 
conforme  au  monde  (zuisekenshin  fêaittfnlll')- — Ib.  ix 
Quand  le  B.  énonce  la  Loi  en  un  endroit,  chaque 
Etre  le  voit  qui  l'énonce  devant  lui. — Ib.  x  Les  Etres 
le  voient  couleur  d'or  ou  d'argent,  grand  de  seize 
pieds,  ou  d'une  Lieue,  ou  de  dix  Lieues  ;  c'est 
ce  qu'on  appelle  l'Esotérique  du  Corps. — Ib.  l 
On  Inspecte  le  Corps  de  B.  comme  une  Métamor- 
phose magique  ;  ses  dimensions  sont  vues  par  les 
Etres  suivant  leurs  Actes. — Ib.  lxix  Mâra  prend 
la  forme  du  B.  ;  les  hommes  le  voient  et  s'attachent 
à  cette  apparence,  et  ils  perdent  ainsi  la  vraie  con- 
naissance [Cf.  Sûtrâlarhkâra  Tt.  201  vu,  conte  48  : 
l'avare  Sûra,  et  vin,  conte  54  :  Mâra  et  Upagupta  ; 
et  Ttt.  1775  x]. — Ecole  Vijnaptimâtra. — (1)  Sâra- 
mati  [ou  d'après  la  tradition  tib.  Maitreya-Asanga], 
Tt.  161 1  iv:  Les  Tg.  ont  deux  sortes  de  Corps  d'Es- 
sence ;  l'un  est  le  Corps  du  Plan  d'Essence  d'Apai- 
sement qui  a  pour  Domaine  la  Connaissance  sans 
Imagination-particulière  ;  l'autre  est  la  cause  qui 
permet  d'obtenir  le  premier,  c'est  [ce  Corps]  du  Plan 
d'Essence  d'Apaisement  qui  prêche  la  Loi  pour 
convertir  les  Etres. — (2)  Asanga,  Tt.  1604  ni  (td. 
Lévi  86)  :  Corps  d'Essence,  Corps  de  Fruition,  Corps 
de  Métamorphose,  voilà  les  Corps  de  B.  Le  premier 
est  le  Récipient  des  deux  autres.  Le  Corps  d'Essence 
a  pour  Caractère  la  Révolution  du  Récipient  ;  le 
Corps  de  Fruition  a  la  Fruition  des  Essences  dans 
les  Cercles  des  Assemblées  ;  le  Corps  de  Métamor- 
phose fait  le  profit  d'autrui.  Tt.  1594  ni  (=1592  n, 
1593  ni),  trois  Corps:  Nature-propre  (1593,  1594 
jishôshin  §  *|É  #,  1592  shinshin  jj|.  #),  Fruition 
(iS93.  1594  juyûshin  jgffilr,  1592  hôshin  $$#), 
Métamorphose  (1593,  1594  hengeshin  IfMfclh  Ï592 
ôjin  Met).  Le  Corps  de  Nature-propre  est  le  Corps 
d'Essence  des  Tg.  ;  c'est  la  base  de  la  Révolution 
souveraine  de  toutes  les  Essences.  Le  Corps  de 
Fruition,  fondé  sur  le  Corps  d'Essence,  a  la  Fruitior. 
des  joies  de  la  Loi  du  G.V.  dans  les  Terrains  purs 


EUSSHIN 


183 


BUSSHIN 


des  B.  qu'actualisent  les  Assemblées  des  B.  Le  Corps 
de  Métamorphose  est  aussi  fondé  sur  le  Corps  d'Es- 
sence ;  c'est  celui  qui  descend  du  ciel  Tusita,  reçoit 
naissance,  éprouve  le  Désir,  sort  de  la  ville,  quitte  la 
maison,  pratique  les  austérités  auprès  des  hérétiques, 
atteste  le  grand  Eveil,  fait  tourner  la  Roue  de  la  Loi 
et  entre  dans  le  Grand  Nirvana.  Tt.  15 10  Deux  Corps 
d'Essence:  un  de  verbe  (gonzetsuhosshin  %'j$t&;$ï), 
un  d'Attestation  (shôtokuhosshin  WM$k?k)-  Le 
premier,  transcendant,  se  manifeste  cependant  par 
la  parole  ;  le  second,  complet  dès  l'origine,  n'est 
cependant  attesté  qu'à  la  suite  des  Pratiques,  à  cause 
de  l'Obstruction  de  l'Erreur.  Le  Corps  d'Essence 
d'Attestation  se  subdivise  à  son  tour  en  deux  :  l'un 
a  pour  Caractère  la  Connaissance  (chisôhosshin  ^$1 
fèêfr)  :  c'est  l'Ominiscient  qui  prêche  ;  l'autre  a  pour 
Caractère  la  Félicité  (fukusôhosshin  fjIffiÈfelJ')  :  c'est 
celui  qui  reçoit  la  rétribution  de  ses  bonnes  Prati- 
ques.— (3)  Vasubandhu,  Tt.  151 1  ni,  commentant 
la  Prajnâpâramitâ,  ajoute  aux  deux  Corps  d'Essence 
et  de  Formel  qu'elle  enseigne  un  troisième  Corps, 
celui  de  Métamorphose,  qui  a  pour  fonction  de 
prêcher  la  Loi.  Tt.  i52o(=i5io  ii)  Trois  divisions 
identiques  aux  trois  Corps  classiques,  mais  désignés 
seulement  comme  des  Eveils  :  (1)  Eveil  du  B.  de 
Correspondance  (ôbutsubodai  HS^Hiê)  :  en  tant 
que  le  B.  se  manifeste  en  correspondance  avec  les 
besoins  des  Etres  ;  telle  la  biographie  de  Sâkyamuni  ; 
(2)  Eveil  du  B.  de  Rétribution  (hôbutsubodai  f$$|5 
^|§)  :  en  tant  que  le  B.  a  obtenu  l'Attestation  du 
Nirvana  comme  rétribution  de  ses  Pratiques  dans 
les  dix  Terres  ;  p.  ex.  quand  le  B.  rappelle  qu'il  a 
obtenu  déjà  l'Eveil  depuis  des  Périodes  ;  (3)  Eveil 
du  B.  d'Essence  (hôbutsubodai  ï£'$ijt5rti)  :  c'est  la 
Matrice  de  Tg.  éternellement  pure  et  sans  change- 
ment ;  p.  ex.  quand  le  B.  considère  les  mondes 
dans  rindiversifîé.  Ces  trois  divisions  deviennent 
expressément  trois  Corps  dans  Tt.  1522  II. — 
(4)  Bandhuprabha,  Tt.  1530  vin,  commentant  le 
Buddhabhûmisûtra  T.  680  ad  fin.,  en  reproduit  les 
trois  divisions,  mais  y  introduit  le  terme  de  Corps 
qui  manquait  au  sûtra  :  (1)  Corps  d'Essence  de 
Nature-propre  (jishôhosshin  ê'fttfé;!}')  ;  c'est  le 
Substantiel  de  la  Nature-propre  originelle  des  Tg., 
éternellement  inaltérée  ;  ce  Corps  est  le  Récipient 
de  leurs  Mérites  :  Forces,  Assurances  ;  on  l'appelle 
aussi  Corps  d'Essence.  (2)  Corps  de  Fruition  (juyû- 
shin  §£ffil}')  :  c'est  celui  qui  fait  goûter  à  soi-même 
et  aux  autres  toutes  les  joies  de  la  Loi.  (3)  Corps  de 
Métamorphose  (hengeshin  HHfcl}')  :  c'est  celui  qui 
manifeste  toutes  sortes  d'actes  métamorphiques 
pour  le  bénéfice  et  la  joie  des  Etres.  Le  mot  Corps  a 
le  sens  de  Substantiel,  Récipient,  Masse  de  Mérites. 
Bandhuprabha  divise  expressément  le  Corps  de 
Fruition  en  deux  :  la  Fruition  pour  soi  et  la  Fruition 
pour  autrui.  Pour  harmoniser  sa  doctrine  avec  celle 
des   deux   Corps,  de   Naissance  et  d'Essence,  qu'il 


rencontre  dans  plusieurs  sûtra,  il  imagine  une  répar- 
tition des  trois  Corps  en  deux  rubriques  :  le  Corps 
de  Nature-propre  et  le  Corps  de  Fruition  pour  soi 
entrent  dans  le  Corps  d'Essence  ;  le  Corps  de  Méta- 
morphose et  le  Corps  de  Fruition  pour  autrui  entrent 
dans  le  Corps  de  Naissance.  Il  procède  de  même  pour 
le  groupe  des  dix  Corps  de  l'Avatamsaka  T.  278 
xxxvii  (  =  279  lui):  des  cinq  premiers  il  fait  la 
Vérité  Vulgaire,  et  des  cinq  derniers  la  Vérité 
Ultime. — (5)  Les  dix  commentateurs  de  la  Trirhsikâ, 
Dharmapâla  etc.,  Vijhaptimâtratâsiddhi  Tt.  1585 
x  :  (1)  Corps  de  Nature-propre  (jishôshin  ÊPfcÉâ')  : 
c'est  le  Plan  d'Essence  vrai  et  pur  de  tous  les 
Tg.  ;  c'est  le  Récipient  Egal  des  Corps  de  Frui- 
tion et  de  Métamorphose  ;  il  est  détaché  des 
Caractères,  Apaisé,  transcende  les  Vains-propos, 
possède  d'infinis  Mérites,  vrais  et  éternels  ;  il  est 
la  vraie  nature  Egale  de  toutes  les  Essences  ;  on 
l'appelle  aussi  Corps  d'Essence  parce  qu'il  est  le 
Récipient  des  Essences  de  grands  Mérites.  (2)  Corps 
de  Fruition  (juyûshin  SêffllH  avec  deux  subdivi- 
sions :  (a)  Corps  de  Fruition  pour  soi  (jijuyûshin 
êS^ffil}')  :  c'est  le  Corps  de  Formel  qui  résulte  de 
l'Approvisionnement  de  Mérites  et  de  Sapience  in- 
commensurables accumulé  par  les  Tg.  au  cours 
des  trois  Périodes  Incalculables  de  leurs  Pratiques  ; 
il  a  de  vrais  Mérites  sans  nombre,  il  est  parfaitement 
complet,  permanent,  omniprésent,  pur  ;  la  Série  en 
est  inerte,  et  jusqu'au  bout  du  Futur  éternellement 
il  goûte  la  Joie  immense  de  la  Loi  ;  (b)  Corps  de 
Fruition  pour  autrui  (tajuyûshin  fÈ^ffl!}')  :  les  Tg. 
manifestent,  en  le  faisant  sortir  de  leur  Connais- 
sance Egale,  un  Corps  de  Mérites  fin  et  pur  ;  il  réside 
dans  une  Terre-pure,  et  actualise  de  grands  Super- 
savoirs pour  l'Assemblée  des  Bs.  des  dix  Terres  ; 
il  tourne  la  Roue  de  la  Loi,  tranche  le  filet  des  doutes, 
et  fait  que  ces  Bs.  goûtent  la  joie  de  la  Loi  du  G.V. 
(3)  Corps  de  Métamorphose  (hengeshin  §Hfcl}')  : 
ce  sont  les  innombrables  Corps  métamorphiques  de 
toutes  catégories,  que  manifestent  par  Transforma- 
tion les  Tg.  au  moyen  de  la  Connaissance  Qui-par- 
fait-les-Actes  ;  ils  habitent  dans  des  Terres  pures  ou 
souillées,  actualisant  des  Supersavoirs  et  prêchant 
la  Loi  pour  les  Bs.  au-dessous  des  Terres,  les  deux 
Véhicules  inférieurs  et  les  Profanes,  mesurant  ce 
qui  convient  à  leurs  Mobiles  de  façon  que  chacun 
obtienne  bénéfice  et  joie. — (6)  En  outre,  l'école  ch. 
du  Vijnaptimâtra  fait  état  d'un  sâstra  attribué  à  un 
maître  ancien  du  nom  de  Nâgasena,  le  Trikâyasâstra, 
qui  est  souvent  mentionné  par  les  disciples  de  Genjô 
(Hiuan-tsang)  mais  ne  paraît  pas  avoir  été  td.  en  ch. 
Nâgasena  y  aurait  enseigné  que  le  Fruit  de  B.  est 
pure  Ainsitéet  Connaissance  d'Ainsité,  sans  Caractère 
de  Formel  ni  de  Son,  la  prédication  n'étant  qu'une 
résultante  de  la  Notation  chez  ses  Auditeurs.  Sâramati 
et  Vajrasena  se  seraient  ralliés  à  cette  interpréta- 
tion ;  d'autres  maîtres,  Bandhuprabha,  Bandhuputra, 


BUSSHIN 


BUSSHIN 


Jinaputra,  Sthiramati, auraient  soutenu  que  la  prédi- 
cation est  le  fait  du  B.  Cf.  BEFEO  XXIV,  52-64. 
— Genjô  (Hiuan -tsang)  aurait  composé  lui-même 
un  Trikâyasâstra  de  trois  cents  stances  en  sk.,  destiné 
au  roi  Kumâra  de  Kâmarupa;  cf.  ib.  57,  note  ô.^Le 
MahâyânaêraddhotpâdaSâstra,  attribué  à  Asvaghosa, 
a  une  théorie  spéciale  sur  les  Corps  :  Tt.  1667—  1666, 
med.  "Tous  les  B.  Tg.  ne  sont  que  Corps  d'Essence. 
Ce  Corps  a  pour  Caractère  la  Connaissance  ;  il  est 
Vérité  de  Sens-Ultime,  et  n'a  pas  de  Domaine  de 
Vérité  Mondaine  ;  il  est  détaché  de  toute  action, 
mais  pour  assurer  le  bénéfice,  des  Etres  en  se  con- 
formant à  leur  vue  et  à  leur  ouïe,  on  dit  qu'il  a  une 
Activité.  Cette  Activité  est  de  deux  sortes  :  (1) 
fondée  sur  la  Notation  de  Particularisation  :  on 
l'appelle  Corps  de  Correspondance  (Tt.  1667  ôjin 
M%>  Io6°  keshin  jfcfy  "Corps  de  Métamorphose")  ; 
c'est  celui  que  voit  l'Esprit  des  Profanes  et  des  deux 
Véhicules  [Arhat  et  B.-pour-soi]  ;  comme  ils  ne 
savent  pas  que  c'est  une  actualisation  de  leur  Nota- 
tion en  Révolution,  voyant  ce  qui  vient  de  l'intérieur 
ils  le  prennent  pour  du  Formel  et  le  délimitent  : 
c'est  qu'ils  ne  peuvent  pas  en  épuiser  la  connais- 
sance (Tt.  1666  :  mais  le  Corps  de  Métamorphose 
est  illimité)  ;  (2)  fondée  sur  la  Notation  d'Acte  :  on 
l'appelle  Corps  de  Rétribution  (Tt.  1667  hôjin  ^$1}', 
1666  juyûshin  ^^%  "Corps  de  Fruition")  ;  c'est 
celui  que  voit  l'Esprit  des  Bs.  à  partir  de  la  Produc- 
tion d'Esprit  jusqu'à  la  Terre  ultime  des  Bs.  ;  ce 
Corps  a  des  Formels  sans  nombre,  ces  Formels  ont 
des  Caractères  sans  nombre,  ces  Caractères  ont  des 
Sous-Caractères  (sk.  anuvyanjana)  sans  nombre,  et 
les  Fruits  de  Coulée  qui  font  leur  résidence  ont  aussi 
toutes  sortes  d'ornements  sans  nombre  ;  dans  ses 
Actualisations  respectives  ce  Corps  reste  inépui- 
sable, illimité,  détaché  des  Caractères  de  limitation  ; 
à  travers  les  Correspondances  respectives,  il  se 
maintient  sans  destruction  ni  perte  [Tt.  1666  ajoute  : 
ce  n'est  pas  en  dehors  de  l'Esprit  qu'il  est  vu  ainsi]  ; 
tous  ces  Mérites  sont  atteints  à  cause  de  l'Imprégna- 
tion de  Pratiques  sans-Ecoulement,  telles  que  les 
Perfections  etc.,  et  de  l'Imprégnation  Inconcevable 
[c.-à-d.  de  l'Imprégnation  de  l'Ainsité  par  l'Ins- 
cience]  ;  comme  ce  Corps  a  au  complet  le  Caractère 
de  joie  illimitée,  on  l'appelle  (Tt.  1666  :  "aussi") 
Corps  de  Rétribution  [Tt.  1666,  1667  hôjin  fjx#]." 
Après  avoir  enseigné  que  les  Caractères  [ornements, 
etc.],  tels  qu'ils  se  montrent  aux  Bs.  des  diverses 
Terres,  se  sublimisent  au  fur  et  à  mesure  de  leur 
ascension,  le  texte  continue  :  "Si  le  Corps  d'Essence 
des  B.  est  détaché  des  Caractères  de  Formel,  com- 
ment peuvent-ils  actualiser  des  Caractères  de  Formel  ? 
C'est  que  ce  Corps  d'Essence  a  un  Substantiel  de 
Formel  et  peut  s'actualiser  en  Formel  ;  c'est  ce  qu'on 
appelle  la  Non-dualité  originelle  du  Formel  et  de 
l'Esprit." — Littérature. — Tt.  1677:  Hymne  aux  Trois 
Corps  (Kâyatrayastotra),  te.  ch.  d'un  texte  sk.  ;  td. 


tib.  dans  le  Tandjour,  où  il  est  attribué  à  Nâgârjuna  ; 
cf.  Cordier,  Cat.  I,  15.  S.  Lévi  a  restitué  l'original 
sk.,  Rev.  Hist.  Rel.  1896,  et  A.  de  Staël-Holstein  a 
publié  et  traduit  les  textes,  Bull.  Ac.  St.  Pét.  191 1,  I. 
— Inscription  ch.  à  Bodhgaya  (Inde),  de  1022  ;  td. 
Chavannes-Lévi,  Rev.  Hist.  Rel.  1896,  1. — Inscrip- 
tions sk.  du  Cambodge  :  Ta-prohm,  1 186  p.  C,  dédiée 
au  Bg.  divisé  en  trois  Corps  (dharmakâyasambhoga- 
nirmitivapur  bhagavân  vibhaktah)  BEFEO  VI,  49  ; 
Say-fong,  fin  XIIe  siècle,  id.  (namo  buddhâya  nirmâ- 
nadharmasambhogamûrtaye)  ib.  III,  22  ;  Srey  San- 
thor,  Revue  Arch.  mars-avril  1883,  6  ;  Battambang, 
Muséon  N.  S.  VII,  48. — Ecoles  chinoises. — Kumâ- 
rajtva  distingue  trois  Corps  d'appellations  singulières 
Ttt.  1775  in  :  (1)  Corps  né  par  Métamorphose  de 
l'Essence  (hôkeshôshin  ÎÈik *£.%),  identique  au  Corps 
de  Diamant  ;  (2)  Corps  d'Essence  en  cinq  sections 
(gobunhosshin  ïLfr&fell')»  constitué  par  les  cinq 
Masses  propres  des  B.  ;  (3)  Corps  d'Essence  à  Carac- 
tères de  Réalité  (jissôhosshin  f^Bfiè^}')  qui  est  la 
synthèse  des  Caractères  de  Réalité  de  toutes  les  Es- 
sences.— Ecole  Tendai  (T'ien-t'ai)  Ttt.  1718  ix  c  :  Le 
Corps  d'Essence  est  identique  à  Vairocana,  nom 
interprété  par  "omniprésent"  ;  le  Corps  de  Rétribu- 
tion à  Rocana,  interprété  par  "plénitude  de  pureté"  ; 
le  Corps  de  Correspondance  à  Sâkyamuni,  interprété 
par  doyôshô  iÊfôifê!  "salut-humecter-torche"[?]. — 
Ecole  Kegon  (Houa-yen)  Ttt.  1735  xxiv  :  Le  Corps 
d'Essence  est  sans  commencement  ni  fin  ;  le  Corps  de 
Rétribution  a  un  Commencement  et  n'a  pas  de  fin  ; 
le  Corps  de  Métamorphose  a  commencement  et  fin. 
Ib.  xliv  Le  Corps  d'Essence  est  créé  par  la  Nature- 
propre  Absolue  ;  le  Corps  de  Rétribution  par  la  Na- 
ture-propre Relative,  et  le  Corps  le  Métamorphose 
par  la  Nature-propre  Imaginaire. — La  secte  Kegon 
répartit  les  Corps  dans  la  hiérarchie  des  cinq  doc- 
trines :  Corps  de  Rétribution  des  Actes — P.V.  ; 
Corps  de  Métamorphose — Doctrine  Initiale  ;  Corps 
de  Rétribution — Doctrine  Finale  ;  Corps  d'Essence — 
Doctrine  Soudaine  ;  les  dix  Corps — Doctrine  Com- 
plète.— Pour  donner  une  idée  des  combinaisons  où 
aboutit  la  scolastique  chinoise  en  traitant  des  Corps, 
on  reproduit  ici  divers  types  de  répartition  en  quatre 
Corps  tels  qu'on  les  trouve  dans  les  dictionnaires 
jap.  : — (A)  Les  trois  Corps  classiques,  le  Corps  de 
Fruition  étant  dédoublé  en  (a)  pour  soi,  (b)  pour 
autrui,  comme  dans  l'école  Hossô  (Vijnaptimàtra)  ; 
ou  encore,  le  Corps  de  Correspondance  étant  dé- 
doublé en  (a)  supérieur  (shôôjin  %&$£%>  pour  les 
Bs.  des  dix  Terres)  et  (b)  inférieur  (retsuôjin  ^M^>  j 
pour  les  Bs.  et  les  V.  inférieurs),  comme  dans  l'école  I 
Tendai  ;  ou  encore,  le  même  Corps  étant  dédoublé  ! 
en  (a)  Corps  de  Correspondance  d'Essence  (hôôjin  j 
îfèM  ^h  qui  se  manifeste  dans  l'Extase)  et  (b)  Corps 
de  Correspondance  de  Rétribution  (hôôjin  fjîJiSlH', 
qui  se  manifeste  aux  Etres  par  la  force  du  Vœu  de 
Compassion)  Ttt.    1851    xix. — (B)  Les  trois  Corps  jj 


BUSSHIN 


185 


BUSSHO 


classiques  portés  à  quatre  par  un  artifice  verbal,  les 
deux  mots  ô-ge  Mit  ordinairement  affectés  à  la  td. 
du  sk.  nirmâna  étant  rapportés  chacun  à  un  Corps 
spécial,  p.  ex.  Ttt.  1851  xix  ou  Ttt.  191 1  vin  b 
(Tendai). — (C)  Un  groupe  de  quatre  Corps  :  Corres- 
pondance (ôge  flJHb).  Mérites  (kudoku  Sj]fâ£),  Sa- 
pience  (chie  ^if),  Ainsité  (nyonyo  #n$H),  fondé  sur 
le  Lankâvatâra,  et  un  autre  groupe  tiré  du  Suvar- 
naprabhâsa  Ttt.  1851  xix,  1861  vu  a. — (D)  B.  de 
Corps  Vrai  (shinshimbutsu  JUIH^)»  B.  de  Corps  de 
Correspondance  (ôjimbutsu  J^#^),  B.  de  Corps 
Métamorphique  (keshimbutsu  ifcfyffi}),  Corps  Méta- 
morphiques qui  ne  sont  pas  B.  (keshinhibutsu  \Y,$f 
$fc\%)  Ttt.  1851  xix. — (E)  La  secte  Shingon  enseigne 
quatre  Corps  d'Essence  (shishuhosshin  [S] ^jffjlj')  : 
Nature-propre  (jishô  ê'IÉ),  Fruition  (juyû  jgffi), 
Métamorphose  (henge  SHfc),  Coulée  (tôru  &f\j&),  P- 
ex.  T.  867,  Tt.  870.  D'après  cette  secte  tous  les  Corps 
de  B.  sont  Vairocana  lui-même  ;  le  Corps  d'Essence 
n'est  pas  un  Idéal  :  il  a  pour  Substantiel  les  six 
Eléments  (terre,  eau,  feu,  air,  espace,  représentés 
par  le  Plan  de  Matrice,  et  Notation,  représentée  par 
le  Plan  de  Diamant),  pour  Caractères  les  quatre 
sortes  de  Cercles  (images  peintes,  Formes  de  Con- 
vention, images  sculptées,  lettres-Germes  ;  cf.  *Man- 
dara)  et  pour  Fonctions  les  trois  Esotériques  (corps, 
bouche,  esprit  ;  cf.  *Sammitsu). — Cf.  à  l'article 
*Bon  les  textes  identifiant  les  trois  Corps  de  B.  à  la 
Trinité  brahmanique  (Trimûrti). — M.  Higure  Kyô- 
yû  B|jk/f£è|É  a  publié  dans  la  revue  Shûkyôkenkyû 
&%kffi$fc>  tome  VI,  n°  3,  mai  1929,  une  étude  sur  les 
trois  Corps  (histoire,  terminologie,  etc.)  qui  n'a  pu 
être  utilisée  pour  la  préparation  du  présent  article. 

BUSSHÔ  $fH£  "nature  de  B.";  sk.  buddhatâ,  etc. 
— Aperçu. — Quelle  est  la  nature  du  B.  ?  Le  problème 
est  d'une  importance  capitale,  spécialement  dans 
les  écoles  de  la  Chine  et  du  Japon,  car  l'attitude 
qu'elles  prennent  sur  cette  question  détermine  le 
Véhicule  dont  elles  relèvent.  Admettent-elles  que 
la  Nature  de  B.  existe  dans  tous  les  Etres  ?  Elles  sont 
alors  du  G.V.  Le  contestent-elles  ?  Elles  sont  du 
P.V.  Le  point  de  départ  des  controverses  est  un  texte 
du  Mahâparinirvânasûtra  T.  375  xxv  qui  dit  expres- 
sément :  Tous  les  Etres,  oui,  jusqu'aux  Icchantika, 
ont  la  Nature  de  B.  Et  aussi  ib.  xxvi  :  La  Nature  de  B. 
réside  dans  tous  les  Etres,  permanente  et  inaltérable. 
Il  ressort  clairement  de  ces  passages  que  le  Mahâ- 
parinirvânasûtra admet  l'existence  universelle  de  la 
Nature  de  B.  dans  les  Etres  à  travers  toutes  les  trans- 
migrations, toute  prête  à  se  développer  dès  que 
l'occasion  s'en  offre.  Telle  est  l'origine  de  la  doctrine 
du  Busshô  dans  les  écoles  du  G.V.  Un  autre  texte 
non  moins  célèbre  est  fourni  par  l'Avatarhsakasûtra 
T.  279  xxxix  :  La  Nature  de  B.  est  l'Essencité,  très 
profonde  et  vraie  ;  elle  est  apaisée,  éteinte,  dépourvue 
de  Caractères,  comme  l'Espace. — La  répartition  en 


trois  V.  ou  un  V.,  en  G.V.  temporaire  et  G.V. 
véritable,  dépend  de  l'interprétation  donnée  au 
Busshô. — Doctrine  de  Vasubandhu. — Dans  l'Inde, 
c'est  Vasubandhu  qui  s'est  appliqué  tout  particulière- 
ment à  élucider  la  question  de  la  Nature  de  B.  Il  a 
écrit  sur  ce  sujet  un  traité  spécial,  Tt.  16 10  II,  où  il 
identifie  la  Nature  de  B.  et  la  Matrice  de  Tg.  en 
s'appuyant  sur  le  Srîmâlâsûtra,  qui  dit  (T.  310 
cxix  ;  autre  td.  T.  353)  :  O  Bienheureux  !  La  Nature 
de  B.,  c'est  la  Matrice  de  Tg.  D'après  Vasubandhu, 
l'Ainsité  ou  le  Corps  d'Essence  qui  sont  immanents 
dans  les  Enveloppements,  c'est  la  Nature  de  B.  Elle 
n'est  pas  diminuée  quand  elle  n'existe  encore  qu'à 
l'état  de  cause,  c.-à-d.  n'est  pas  encore  Eveillée,  et 
elle  n'est  pas  augmentée  du  fait  qu'elle  est  arrivée  à 
l'état  d'effet,  c.-à-d.  à  l'état  d'Eveil.  Elle  est  donc  la 
Nature  originelle,  véritable,  et  qui  ne  change  pas.  La 
doctrine  de  la  Nature  de  B.  universelle,  présente 
dans  tous  les  Etres,  est  enseignée  pour  conduire  à 
éliminer  5  défauts  (kashitsu  à^Jç)  et  à  acquérir  5 
Mérites  (kudoku  Sjjfâà).  Quels  sont  les  5  défauts  à 
éliminer  ?  (1)  Bassesse  d'Esprit  ;  (2)  orgueil  ;  (3)  at- 
tachement faux  ;  (4)  diffamation  de  la  vraie  Loi  ; 
(5)  Prise  du  Soi.  Quels  sont  les  5  Mérites  à  acquérir? 
(1)  Esprit  de  Bonne- volonté  ;  (2)  Conduite  respectu- 
euse ;  (3)  Sapience  ;  (4)  Connaissance  ;  (5)  Grande 
Compassion.  Pour  expliquer  la  Nature  de  B.,  Vasu- 
bandhu la  divise  en  3  états:  (1)  état  inné  dans  la 
Nature-propre  (jishôjû  Él'IÊ'fÈ),  telle  qu'elle  existe 
chez  les  Profanes  ;  (2)  état  d'extraction  (inshutsu 
51  fH)  :  on  passe  de  l'état  de  Catéchumène  à  ce  stage 
au  moyen  des  Exercices  ;  (3)  état  de  Fruit  obtenu 
(shitokka  3?  {#;£$:)  :  ce  stage  n'est  atteint  que  si  l'on  est 
Hors-Catéchisme.  Ainsi,  pour  Vasubandhu,  tous  les 
Etres,  qu'ils  soient  à  l'intérieur  ou  en  dehors  de 
l'église  bouddhique,  possèdent  sans  aucune  exception 
la  Nature  de  B.  identique. — Doctrines  des  écoles 
du  Petit  Véhicule. — Vasubandhu  les  passe  en  revue 
dans  le  même  traité  Tt.  16 10  1:  Pour  l'école  du 
Vibhajyavâda,  tous  les  Etres,  Profanes  ou  Saints, 
ont  pour  base  le  Vide  (kû  5§)  ;  autrement  dit,  tous 
sortent  du  Vide.  C'est  le  Vide  qui  est  donc  Nature 
de  B.,  et  aussi  Mahâparinirvâna.  La  Nature  de  B. 
doit  donc  nécessairement  exister  dans  tous  les  Etres. 
Mais  pour  les  écoles  des  Abhidhârmika  (Bidon  j**^) 
et  du  Sarvâstivâda,  les  Etres  ne  possèdent  pas  tous 
la  Nature  de  B.  du  fait  de  la  naissance  (shôtokubus- 
shô  ^IM$<f!É  =  shôtokubusshô  /fePMf'IÊ)  ',  ils  n'ont 
la  Nature  de  B.  que  du  fait  des  Exercices  (shutoku- 
busshô  4$f94IM£)<  Ces  écoles  ont  en  effet  une  ré- 
partition des  Etres  en  trois  degrés:  (1)  ceux  qui  par 
détermination  n'ont  pas  la  Nature  de  B.  (jômubusshô 
5Ë3ffi$lH-{:)  :  jamais  ils  n'arriveront  au  Nirvana  ;  c'est 
eux  qu'on  appelle  Icchantika  ;  (2)  ceux  qui  sont 
indéterminés  quant  à  la  Nature  de  B.  (fujôumu 
sfifêMM)  '■  ils  pourront  y  parvenir,  s'ils  s'y  exercent  ; 
sinon,    ils    ne    l'auront    jamais  ;    (3)    ceux   qui   par 


BUSSHÔ 186 

détermination  ont  la  Nature  de  B.  (jôubusshô  'fêM 
ffi>\§i)  :  ce  sont  les  Saints  des  trois  V.,  Auditeurs, 
B.-pour-soi,  Bs.  L'Auditeur  arrive  à  la  Nature  de 
B.  quand  il  atteint  le  degré  de  Patience-de-Douleur  ; 
le  B.-pour-soi,  quand  il  arrive  au  stade  d'Essence- 
au-bout-du-monde  ;  le  Bs.  n'y  parvient  qu'après 
avoir  passé  par  les  dix  Déflexions,  en  arrivant  au 
stade  Sans-Régression  (sur  ces  stades,  cf.  *Gojûnii, 
et  sur  les  trois  Natures,  *Shô  "Nature").  L'école 
Sarvâstivâda  nie  l'existence  universelle  de  la  Nature 
de  B.  ;  elle  la  considère  comme  le  résultat  des  Exer- 
cices.— Doctrines  des  écoles  du  Grand  Véhicule. 
— Ecole  Nehan  (Nirvâna[sûtrà\) . — Depuis  que  Dôshô 
(Tao-cheng)  jUéfe.  sous  les  premiers  Sô  (Song),  au  Ve 
siècle,  avait  prêché  l'existence  universelle  de  la  Nature 
de  B.,  jusque  chez  les  Icchantika  et  dans  les  pierres 
mêmes,  l'école  du  Mahâparinirvânasûtra  a  fixé  son 
attention  sur  ce  problème.  Une  grande  collection  des 
commentaires  sur  ce  sûtra,  Ttt.  1763  xix,  compilée 
en  509,  montre  que,  selon  les  commentateurs  Hôyô 
(Fa-yao)  fè'Sfc  et  Sôshû  (Seng-tsong)  ff^.la  Nature 
de  B.  est  la  poussée  spontanée  d'un  B.  qui  a  rejeté 
les  Passions,  l'Acte  et  la  Douleur.  On  l'appelle  Nature 
de  B.  en  tant  qu'elle  existe  dans  l'état  de  captivité 
terrestre.  Quand  elle  se  manifeste,  elle  intègre  le 
Corps  d'Essence,  mais  tant  qu'elle  reste  cachée,  elle 
voyage  à  travers  les  cinq  Destinations.  Selon  un  autre 
maître,  Sôryô  (Seng-leang)  fê^S  ib.  xvm,  la  Nature 
de  B.  est  bien  présente  chez  tous  ;  mais  seuls  ceux 
qui  la  voient  arrivent  à  l'Eveil,  tandis  que  les  autres 
restent  pris  dans  l'erreur  ;  c'est  comme  la  gemme  dans 
les  sourcils  :  si  elle  se  montre,  elle  constitue  un  orne- 
ment, si  elle  reste  cachée,  elle  cause  une  maladie. 
Toutefois,  qu'elle  soit  patente  ou  latente,  sa  valeur 
intrinsèque  ne  croît  ni  ne  décroît.  Il  proclame  donc 
que  la  Nature  de  B.  immanente  dans  les  Etres  ne 
change  jamais  (fukai  ^Sfc).  L'école  du  Nehan  admet 
donc  l'inaltérabilité  de  la  Nature  de  B. — Ecole  jfiron 
(Daéabhûmikaéâstra) . — Eon  (Houei-yuan)  ^^,  mort 
en  592,  qui  est  une  des  autorités  de  cette  école,  traite 
la  question  de  la  Nature  de  B.  dans  Ttt.  1851  i.Buddha 
signifie  Eveillé.  Nature  signifie  cause-germe  (shuin 
ÏIH),  parce  qu'elle  est  la  Matrice  de  Tg.  ;  elle  signifie 
aussi  Substantiel  (tai  $|),  parce  qu'elle  est  (1)  le 
Substantiel  du  B.  à  l'état  de  cause,  c.-à-d.  l'Esprit 
de  Notation  Vraie  de  B.  (shinshikishin  ^.g^^S 
expression  désignant  la  Notation  Immaculée,  cf. 
*amara,  de  cette  école)  ;  elle  est  le  Substantiel  de  B. 
à  l'état  d'effet,  c.-à-d.  le  Corps  d'Essence  du  B.  ; 
(3)  elle  est  la  Nature  d'Eveil  identique  et  unique 
(dôichikakushô  |nj  —  5&(É),  aussi  bien  comme  cause 
que  comme  effet  ;  (4)  elle  est  encore  Substantiel, 
parce  qu'elle  contient  le  Formel  propre  de  toutes  les 
Essences.  Eon  (Houei-yuan)  considère  plusieurs 
aspects  de  la  Nature  de  B.  Quoique  le  Substantiel 
en  soit  sans  changement,  son  Activité  (yû  Ffl)  suit  les 
Facteurs  (zuien  (H^>)  ;  si  elle  est  dans  les  Passions, 


BUSSHÔ 


elle  passe  par  la  naissance  et  la  mort,  mais  si  elle 
est  à  l'état  pur,  elle  atteint  le  Nirvana.  Elle  peut  être 
le  Connaisseur  (nôchishô  hÊ^D'14)  c.-à-d.  la  Notation 
Immaculée,  et  aussi  le  Connaissable  (shochishô 
#T£n'lÈ)  J  et  à  l'état  final  elle  peut  être  la  Nature 
de  B.  du  Corps  d'Essence  ou  la  Nature  de  B.  du 
Corps  de  Fruition. — Ecole  Tendai  (T'ien-t'ai). — Cette 
école  classe  la  Nature  de  B.  en  trois  états  en  tant 
qu'elle  est  la  cause-germe  qui  fait  devenir  B.  (sanim- 
busshô  HSliW:)  :  (!)  la  Nature  de  B.  comme  cause 
proprement  dite  (shôimbusshô  jEH'fellj'I^)  '•  c'est  elle 
qui  possède  les  trois  Vérités  et  qui  se  tient  dans  le 
Milieu  ;  (2)  la  Nature  de  B.  comme  cause  de  com- 
préhension (ryôimbusshô  TESMW'I),  en  tant  que 
compréhension  de  l'Eveil  ;  (3)  la  Nature  de  B.  comme 
Facteur  (enimbusshô  ^HlJlî'fcÈ)  en  tant  que  consti- 
tuée par  tous  les  Mérites,  qui  sont  les  Facteurs  du 
second  état.  [Outre  ces  trois  états,  certaines  autorités 
du  Tendai  en  énumèrent  encore  deux  autres  :  (4) 
la  Nature  de  B.  à  l'état  de  Fruit,  kabusshô  ^ffitt, 
c.-à-d.  d'Eveil,  et  (5)  la  Nature  de  B.  à  l'état  de  Fruit 
du  Fruit,  kakabusshô  ^^ffjti,  c.-à-d.  de  Nirvana, 
l'Eveil  étant  la  connaissance  qui,  en  tant  que  cause, 
permet  d'attester  l'Idéal  du  Nirvana  en  tant  que 
fruit  Ttt.  171 8  x.]  Des  trois  états  classiques,  Ttt. 
1783  I  compare  le  premier  à  une  paillette  d'or  enfouie 
dans  la  terre,  le  second  à  la  connaissance  de  cette 
paillette  chez  celui  qui  en  sait  le  gîte,  le  troisième 
au  débroussaillage  qui  permet  de  l'atteindre  et  de  la 
prendre.  Les  trois  s'enchaînent  dans  un  cycle  con- 
tinu :  les  Facteurs  aident  à  la  compréhension  qui 
mène  à  la  Nature  de  B.  proprement  dite,  cette  der- 
nière produit  des  Facteurs  à  son  tour,  ou  bien  encore 
met  en  branle  la  compréhension  qui  guide  (dô  5g) 
les  Facteurs  Ttt.  171 6  v  c.  Le  premier  état  est  inné 
(shôtoku  4.fê,  acquis  de  naissance)  ;  le  second  et  le 
troisième  sont  acquis  par  les  Exercices  (shutoku 
fêf#)  ;  mais  les  Exercices  eux-mêmes  résultent  de 
la  naissance.  Les  Exercices  dégagent  la  Nature  dans 
son  ensemble,  et  la  Nature  fait  mûrir  les  Exercices  ; 
en  fait  les  deux  termes  sont  inséparables.  Ainsi 
non  seulement  l'Ainsité  ou  l'Essencité  est  la  Nature 
de  B.,  mais  encore  la  Nature  de  B.  est  la  nature 
de  tous  les  êtres,  animés  ou  inanimés  et  jusqu'au 
règne  minéral.  Si  la  Nature  de  B.  est  l'Essencité, 
il  n'y  a  plus,  en  effet,  de  distinction  entre  êtres 
animés  et  êtres  inanimés  ;  les  distinguer,  c'est  le 
fait  de  l'Inscience.  Dans  la  Nature  de  B.,  il  n'y 
a  plus  de  différence  entre  les  dix  directions,  entre 
les  trois  temps,  etc....  ;  c'en  est  là  le  Caractère 
même.  Si  on  distingue  les  êtres  animés  des  êtres 
inanimés,  il  n'en  résultera  pas  seulement  que  les 
êtres  inanimés  n'auront  pas  la  Nature  de  B.,  les 
êtres  animés  ne  l'auront  pas  non  plus  ;  et  sans  parler 
du  règne  végétal,  c'est  notre  propre  Nature  de  B. 
qui  serait  mise  alors  en  question. — Ecole  Sanron 
(Mâdhyamika).—Kichizô  (Ki-tsang)  ^^  Ttt-  l853 


BUSSHÔ 


187 


BUSSOKUSEKI 


m  expose  l'attitude  de  cette  école  sur  la  question  de 
la  Nature  de  B.  C'est  une  attitude  purement  critique, 
comme  sur  tous  les  autres  points  ;  l'école  ne  s'ap- 
plique qu'à  réfuter  les  autres  théories.  L'idée  cen- 
trale, c'est  que  le  Chemin  du  Milieu  (chûdô  ^aË)» 
c.-à-d.  la  vérité  qui  n'est  ni  une  ni  double,  est  la 
Nature  de  B. — Ecole  Kegon  (Avatathsaka). — C'est 
une  école  d'idéalisme  pur,  en  étroit  rapport  avec 
l'école  Yuishiki  (Vijnaptimâtra)  :  elle  s'écarte  donc 
beaucoup  du  Tendai  et  du  Sanron  sur  la  question 
de  la  Nature  de  B.  Dans  son  commentaire  sur  l'Ava- 
tarhsakasûtra  Ttt.  1735  xxx,  Chôkan  (Tch'eng- 
kouan)  jftSS  rappelle  que  le  Nirvânasûtra  dénie  aux 
murailles  et  aux  cailloux  la  possession  de  la  Nature 
de  B.,  et  que  le  Mahâprajnâpâramitâsâstra  Tt.  1509 
réserve  le  nom  de  Nature  de  B.  à  celle  qui  se  trouve 
chez  les  êtres  animés,  et  concède  aux  êtres  inanimés 
la  possession  d'une  Nature  d'Essence  (Essencité) 
seulement  ;  il  en  conclut  que  les  êtres  inanimés  ne 
possèdent  pas  la  Nature  de  B.,  et  il  ajoute  que  si  les 
êtres  inanimés  possédaient  la  Nature  de  l'Eveil  et 
devaient  aboutir  à  devenir  B.,  l'inanimé  se  changerait 
en  animé,  l'animé  en  inanimé,  ce  qui  constitue  une 
Vue  fausse.  Ainsi  la  Nature  de  B.  est  la  propriété 
exclusive  des  êtres  animés  ;  toutefois  l'école  Kegon, 
grâce  à  sa  doctrine  de  la  compénétration,  admet  que 
la  Nature  de  B.  est  immanente  dans  tous  les  Etres, 
à  l'état  de  cause  ou  d'effet,  avec  tous  ses  Caractères, 
autrement  dit  avec  l'ensemble  de  ses  vertus  pleines 
et  parfaites. — Ecole  Yuishiki  {Vijnaptimâtra). — Cette 
école  établit  une  classification  des  Etres  en  cinq 
familles  (*shô  #fc  q.v.,  sk.  gotra)  qui  sont  (1)  les  Bs. 
par  Détermination  (bosatsujôshô  ^^AËjfè)  ;  (2)  les 
Auditeurs  par  Détermination  (shômonjôshô  ^[fl^ 
&.)  î  (3)  les  B.-pour-soi  par  Détermination  (dokka- 
kujcshô  $§'ff55Ëj|£)  ;  (4)  ceux  dont  l'appartenance  à 
'un  des  trois  précédents  Véhicules  n'est  pas  Déter- 
minée (sanjôfujôshô  Hflt  ^JËjÊ)  ;  (5)  ceux  qui  ne 
seront  jamais  d'aucune  de  ces  quatre  familles  (mushô 
fl-).  Cette  conception  particulière  amène  l'école 
Yuishiki  à  prendre  aussi  une  attitude  originale  sur 
la  question  de  la  Nature  de  B.  Elle  n'admet  pas  la 
présence  universelle  de  la  Nature  de  B.  ;  deux 
familles  seulement  la  possèdent,  la  première  et  la 
quatrième  ;  les  autres  ne  la  possèdent  pas,  et  n'ont 
aucun  moyen  de  l'acquérir  par  les  Exercices.  C'est 
cette  doctrine  qui  fait  que  l'école  est  cataloguée 
comme  "G.V.  temporaire"  (gonkyô  $0,$%).  En  outre 
cette  école  reconnaît  deux  espèces  de  Nature  de  B., 
l'une  théorique  ou  d'Idéal,  ribusshô  SH^î'JÉ,  l'autre 
pratique,  gyôbusshô  fj^'fÉ-  La  Nature  de  B.  théo- 
rique est  l'Ainsité  en  tant  que  Récipient  de  toutes 
les  Essences  ;  la  Nature  de  B.  pratique  est  le  Germe 
sans-Ecoulement,  dans  la  Notation  du  Tréfonds, 
qui  parachève  la  Nature  de  B.  L'enseignement  du 
Mahâparinirvânasûtra  qui  attribue  à  tous  les  Etres 
la  possession  de  la  Nature  de  B.  est  interprété  par 


celle  école  comme  s 'appliquant  à  la  Nature  de  B. 
théorique.  Tt.  1530  11  déclare  expressément  :  Dans 
d'autres  écoles  il  est  enseigné  que  tous  les  Etres 
possèdent  la  Nature  de  B.  et  deviendront  B.,  mais 
ce  n'est  là  qu'un  Moyen  pour  amener  rapidement  à 
l'Eveil  une  partie  des  Etres,  ceux  qui  ne  sont  pas 
certains  de  leur  V. — Cette  doctrine  qui  se  fonde  sur 
les  trois  V.  va  à  l'encontre  de  l'idée  du  V.  unique  ; 
aussi  a-t-elle  provoqué  des  controverses  violentes 
au  Japon  entre  l'école  Tendai  et  l'école  Hossô  (Dhar- 
malaksana)  qui  est  celle  du  Yuishiki  ;  il  suffit  ici  de 
signaler  la  controverse  entre  Tokuichi  î§—  et  Saichô 
Hjg  au  IXe  siècle,  entre  Chûzan  -f^^C  et  Ryôgen  &$£ 
au  Xe. — Ecole  Shingon  (Tantra). — L'univers,  animé 
et  inanimé,  est  la  manifestation  des  six  Grands  Elé- 
ments (*Dai  ^C),  à  savoir  terre,  eau,  feu,  air,  espace, 
Notation.  En  conséquence,  tous  les  Etres,  animés 
ou  inanimés,  possèdent  la  Nature  de  B.  Le  B.  a  deux 
Corps,  Corps  d'Essence  d'Idéal  (rihosshin  ïMï£l}'), 
et  Corps  d'Essence  de  Connaissance  (chihosshin 
^taîfèfy)-  Le  premier  est  universel  et  consiste  dans 
les  six  Eléments,  sans  qu'aucun  arrête  l'autre  ;  le 
second  est  individuel,  et  paré  des  trois  Esotériques, 
du  corps,  de  la  voix,  de  l'esprit  (cf.  *Sammitsu),  qui 
sont  interchangeables  dans  leurs  fonctions.  Ainsi  il 
n'y  a  pas  d'être,  dans  le  monde  de  l'esprit  et  dans 
le  monde  de  la  matière,  qui  ne  possède  la  Nature  de 
B. — Ecole  Jôdo  {Terre-pure). — Le  Grand  Vœu  d'A- 
mida  en  est  le  centre  :  grâce  à  ce  Vœu,  tous  les  Etres 
acquièrent  la  capacité  de  devenir  B.  ;  la  question  de 
savoir  s'ils  possèdent  la  Nature  de  B.  du  fait  de  la 
naissance  est  sans  intérêt,  puisque  chacun  peut 
l'acquérir.  Pratiquement,  cette  école  admet  donc 
l'existence  universelle  de  la  Nature  de  B. — Sur  l'his- 
toire des  doctrines  et  des  controverses  relatives  à 
la  Nature  de  B.  en  Inde,  en  Chine  et  au  Japon, 
cf.  l'important  ouvrage  de  M.  Tokiwa  Daijô  &§§■ 
Xfè,  Busshô  no  kenkyû  $MÉ0)|jfB£,  626  p.,  Tôkyô 
1930. 

BUSSOKUSEKI  #Jg.^,  pierre  portant  l'em- 
preinte des  pieds  du  B. — Les  pieds  du  B.  sont  fré- 
quemment figurés  dans  les  plus  anciens  monuments 
de  l'art  bouddhique  en  Inde,  à  Barhut,  à  Sâfïchî,  etc.  ; 
ils  sont  généralement  ornés  d'une  roue  à  mille  rais 
inscrite  sur  la  plante.  Cette  roue,  pareille  à  celle  qui 
orne  les  pieds  de  Visnu  (cf.  Senart,  Légende  du  Bud- 
dha,  166-169,  423-429),  est  un  des  trente-deux  Carac- 
tères du  Grand  Mâle  (cf.  *Sô).  On  la  retrouve,  avec 
d'autres  symboles  dont  le  nombre  et  la  liste  varient, 
dans  la  plupart  des  empreintes  gravées  sur  pierre  qui 
sont  très  répandues  dans  tout  l'ensemble  du  monde 
bouddhique.  Une  liste  singhalaise,  longuement 
étudiée  par  Burnouf  (Lotus,  App.  vin)  qui  la  com- 
pare avec  des  empreintes  indochinoises,  n'énumère 
pas  moins  de  65  symboles.  D'après  T.  643  1  (648c), 
la  plante  des  pieds   du   B.,  parfaitement   plate,  est 


BUSSOKUSEKI 


BUSSOKUSEKI 


ornée  d'une  roue  à  mille  rais,  avec  une  jante  et  un 
moyeu,  de  poissons  [le  double  poisson  est  aussi  un 
des  mangala  de  Visnu]  et  d'un  foudre  ;  sur  le  talon 
est  inscrit  le  signe  de  la  coiffure  de  Brahmâ  [Bon- 
nôchô  ffclEfê,  mukuta  ?],  et  sur  l'extrémité  des  orteils 
sont  dessinés  des  traits  vermiculaires  ou  en  forme 
de  coquillages  (reimon  É£3t).  Le  même  sûtra  T. 
643  VI  (675c)  explique  les  Mérites  qu'acquièrent 
les  fidèles  en  voyant  les  pieds  du  B.  ou  leur  repré- 
sentation figurée  :  Les  Etres  qui,  du  vivant  du 
B.,  le  voient  marcher  et 
aperçoivent  à  chaque  pas 
la  Roue  à  mille  rais  incrite 
sous  ses  pieds,  éliminent 
ainsi  des  péchés  qui  les 
feraient  transmigrer  durant 
mille  Périodes  ;  et  de  même, 
après  le  Nirvana,  ceux  qui 
par  la  Concentration  réus- 
sissent à  imaginer  ces  pieds 
en  marche,  ou  simplement 
en  voient  la  trace .  .  .  Après 
mon  Nirvana,  dit  le  B., 
qu'on  fabrique  de  belles 
images  du  B.  aux  Carac- 
tères complets,  avec  des  B. 
de  Métamorphose  et  des 
auréoles,  et  qu'on  dessine 
des  traces  du  B.  ...afin 
qu'à  leur  vue  les  Etres 
soient  déchargés  de  péchés 
qui  les  feraient  transmigrer 
durant  d'innombrables 
Périodes. — La  plupart  des 
symboles  indiqués  dans  ce 
texte  étaient  figurés  sur 
l'empreinte  la  plus  célèbre 
de  l'Inde  ancienne,  celle 
qui  était  gravée  sur  une 
pierre  à  Pâtaliputra,  près 
du  Stûpa  des  Reliques. 
Hokken  (Fa-hien)  la  vit 
au  Ve  siècle  Ttt.  2085,  et 
deux  siècles  plus  tard  Genjô 
(Hiuan-tsang)  en  donne  une 

description  détaillée  Ttt.  2087  vin  (td.  Watters  11, 
92)  :  Les  pieds  étaient  longs  de  iP,  8,  larges  de  OJ,  6  ; 
ils  portaient  le  signe  de  la  Roue,  des  poissons  gravés 
en  relief  [?  yôki  flfcgï  ;  Ttt.  2053  ni  donne  inki  |§§j|E] 
et,  sur  les  dix  orteils,  des  ornements  au  trait  [en 
forme  de  Svastika,  ajoute  Ttt.  2053  m  (236a),  qui 
mentionne  en  outre  des  dessins  en  forme  de  vases]  ; 
la  pierre  était  lumineuse.  C'est  sur  cette  pierre, 
ajoute  Genjô  (Hiuan-tsang),  que  peu  avant  son 
Nirvana  le  B.  s'était  arrêté  pour  regarder  une  der- 
nière fois  le  Maghada,  qu'il  quittait  pour  se  rendre 
à   Kusinagara  :     C'est  là   la  dernière   empreinte  de 


mes  pieds,  déclare-t-il  à  Ânanda.  Asoka  avait  élevé 
un  édifice  pour  l'abriter,  et  plus  tard  plusieurs  princes 
avaient  vainement  tenté  de  l'emporter  chez  eux  ;  le 
roi  Sâsanka,  ennemi  du  bouddhisme,  n'avait  pas  non 
plus  réussi  à  l'endommager. — Une  autre  empreinte 
fameuse  était  celle  des  Sources  du  Svat  laissées  par 
le  B.  après  la  conversion  du  Dragon  Apâlala  (cf. 
*Aharara)  ;  les  dimensions  en  variaient  selon  les 
Mérites  des  visiteurs  Ttt.  2085,  2087  ni  (td.  Watters 
1,  231).  Dans  le  même  pays  d'Uddiyana,  une  pierre 


Fig.  67.    Bussokuseki  (pierre  portant  l'empreinte  des  pieds  du    Buddha).    D'après   l'estampage 
d'une  copie  en  bois  de  l'empreinte  sur  pierre  des  pieds  du  Buddha  conservée  au  Yakushiji  §!JHÎ#. 

portait  l'empreinte  laissée  par  le  B.  lorsqu'il  illuminât 
le  monastère  de  Mahâvana  Ttt.  2087  ni  (td.  I,  233). 
Près  de  Nagarahâra,  au  Gandhâra,  on  vénérait  unet 
empreinte  lumineuse  sur  une  pierre  carrée  ib. 
(td.  I,  184).  Au  Tamasâvana  Genjô  (Hiuan-tsang)j 
vit  les  empreintes  des  4  B.  du  passé  ib.  IV  (td.  I, 
184;  cf.  sept  B.,  s.  v.  *Butsu).  Mais  la  plus  célèbre 
de  toutes  était  l'empreinte  gigantesque  laissée  par  le 
B.  sur  le  pic  d'Adam,  à  Ceylan,  lorsqu'il  posa  un  de 
ses  pieds  sur  une  montagne  et  l'autre  au  nord  de  la 
ville  d'Anurâdhapura  Ttt.  2085  ;  les  Hindouistes  y 
voient   le   pied  de   Sîva,  et  les  Musulmans  le  piedi 


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SUPPLÉMENT 

AU  DEUXIÈME  FASCICULE  DU 

HÔBÔGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS   LES    SOURCES    CHINOISES    ET    JAPONAISES 


I.     Liste  additionnelle  de  termes  techniques. 
II.     Liste  additionnelle  d'abréviations  bibliographiques. 


SUPPLÉMENT 

AU  DEUXIÈME  FASCICULE  DU 

HÔBÔGIRIN 


LISTE  ADDITIONNELLE  DE  TERMES  TECHNIQUES. 


Termes  français. 

Absence-de-Foi 

Adaptation 

Adhésion-excessive 

[aux  règles  disciplinaires] 
Aîné 
Aliment 
Approprié 
Attache 
Base 

Bienheureux 
Bonne-Pensée 
Clarifiante 
Causes-facteurs 
Conducteur 
Crainte 

Déroulement-continu 
Détermination  de  Rectitude 
Devenir 

Disposition-mentale 

Donateur 

Dure-à-gagner 

Enveloppement 

Ermite 

Eternité 

Fait 

Fausseté 

Faute 

Félicité 

Formation 

Fourré 

Futur 

Grains  de  Poussière 

Groupe 

Habileté 

Homme 

Immobile 

Incertitude 

Inexistence 

Inné 

[Extase]  Intermédiaire 


Termes  sino-japonais. 

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[Kaigon]shu  [$*£]${ 

Chôrô  Mg 
Yô  % 
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Jinja 


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Nin  A 
Fudô  ^ffr 
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Mu  4ffi 
Gushô  {J|,£ 
Chûgen   cpfHJ 


Termes  sanskrits-palis. 

Asraddhya,  âsrâddhya  (asaddhâ) 

Abhoga  (id.) 

[Sîlavrata]   parâmarsa,  ([sîlavata] 
parâmasa) 

Jyestha  (jettha) 

Âhâra  (id.) 

Upâtta  (upâdinna,  upâdinna) 

Grantha  (gantha) 

Upadhi  (id.)  ' 

Bhagavat  (id.) 

Sâdhumatî  (id.) 

Prabhâkarî  (pabhâkarî) 

Hetupratyaya  (hetupaccaya) 

Nâyaka 

Bhaya  (id.) 

Anuvartin  (anuvatti) 

Samyaktvaniyama 

Bhava  (id.) 

Asaya  (âsaya) 

Dânapati  (id.) 

Durjayâ  (dujjaya) 

Paryavasthâna  (*bhandana) 

Aranyaka   (âraannaka) 

Sâivatâ 

Mrsâ  (musâ) 
Dosa  (dosa) 
Punya  (punna) 
Samudaya  (id.) 
Gahana  (id.) 
Anâgata  (id.) 

Râsi  (râsi) 
Kausalya  (kusala) 
Manusya  (manussa) 
Acala  (id.) 
Vimati  (id.) 
Abhâva  (id.) 
Sahaja  (id.) 
Antarâ  (id.) 


II 


SUPPLÉMENT 


Interrelation 

Joug 

Manquement 

Matricule 

Maturation 

Mendicité 

Mère-de-Buddha 

Moine 

Momentané 

Né-du-Mental 

[Acte  mental]  Non-fondé 

Nuage-d'Essence 

Ornement 

Passé 

Péché 

Permanent,  Permanence 

Pervers 

Présent 

Propriété 

[Sens]  Prouvé 

[Connaissance]  Qui-parfait 

Quiétude 

[Terre]  Radieuse 

Raisonnement 

Relique 

Reste 

Révérend 

Rugissement-de-lion 

Sans-faute 

Sans-Résidence 

Sans-Signe 

Semblants 

Sien 

Souillure 

Soutane 

Sphère 

Squelette 

Subtilité 

Sur-opérant 

Tache 

Taureau 

Tonsure 

Tribulation 

[Véhicule]  Unique 

Va-loin 

Victorieux 


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Ekâyana  (cyâna) 

Yuga  (id.) 

Âpatti  (di.) 

Mâtrkâ  (mâtikâ) 

Paripâka  (id.) 

Pindapâta  (id.) 

Buddhamâtr 

Sramana  (samana) 

Ksanika  (khanika) 

Manomaya  (id.) 

Ayonisofmanaskâra],  (ayoniso 

[manasikâra]) 
Dharmamegha  (dhammamegha) 
Alarhkâra  (alahkâra) 
Atîta  (id. 
Varjya  (vajja) 
Nityakâ,  nitya  (nicca) 
*Mithyâ  (micchâ) 
Utpanna  (uppanna) 

Nîta[artha],  (nîta[attha]) 
Krtyânusthâna   [jfiâna] 
Samatha  (samatha) 
Arcismatî 
*Vitarkavicâra  (vitakkavicâra) 
Sarîra  (sarîra) 

Upadhisesa  (sesa,  upadhisesa) 
Bhadanta  (id.) 
Sirhhanâda  (sîhanâda) 

Apratisthita  (appatittha) 
Animitta  (id.) 
Âbhâsa 
Atmîya 
Mala  (id.) 

Kasâya  (kâsâya,  kâsâva) 
Âyatana  (id.) 
Asthi  (atthi) 
*Sûksmatâ  (sukumatta) 
Abhisamskâra   (abhisahkâra) 
Angana  (id.) 
Rsabha  (usabha) 
Mundanâ  (id.) 
Upâyâsa  (id.) 
Eka[yâna]  (id.) 
Dûrahgama  (id.) 
Jina   (id.) 


SUPPLÉMENT  III 


II.     LISTE  ADDITIONNELLE  D'ABRÉVIATIONS  BIBLIOGRAPHIQUES. 

Adkk.      Abidatsumaron   no   kenkyû    p[^MMmO^%-     Kimura    Taiken   TfcftHif-     Heigosha   R-'f-Jtt, 

Tôkyô,   1922. 
Bbrk.       Bukkyô  no  bijutsu  oyobi  rekishi  ®b&<J)WffîlkïyM%.-     Ono  Gemtnyô  /Mf£$?.     Busshokenkyû- 

kai  'fàWffiM,  Tôkyô,j9i7. 
Dms.       Daiminsanzôhossû  L  %ftftzrMfà1$t{LJ\r%è,  Ichinyo  (Ji-jou)  — #0,   etc.  (ca.  1410).   S.  xxxvn,  1-2. 
Hzks.      Hizôkishishô  x  5f$icfE&$>-H&,  Kôbô  ^g  (1306-1362).     Ndzk. 
Itkk.        Indotetsugakukenkyû  i-v   ®\fê3g^WJ£&%.     Ui  Hakuju  ^JMQ^.     Kôshisha  Ç^tfc,  Tôkyô, 

1924-1929. 
Kkk.        Kegongyôkanjôki  i^HflJSgFJ.  Z^  I,  V,   1. 

Kkss.       Kongôkaishichishû  11  ^lUlJ^-t;^!—^.     Shunnyû  $$$&  (890-953).  Dnbz.  xliv. 
S.  Lav.   Vijnaptimâtratâsiddhi,  La  Siddhi  de  Hiuan-tsang,  traduite  et  annotée  par  L.  de  La  Vallée  Poussin. 

Paris  (Buddhica,  Ie  série,  1),  1928.  (cf.  Tt.  1585). 
Tkss.       Taizôkaishichishû  ni  |Jêî§Ê§?--fc3fcH%-     Shunnyû  ^|è  (890-953).  Dnbz.  xliv. 


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FONDATION  OTANI  et  WADA 


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DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS  LES  SOURCES  CHINOISES  ET  JAPONAISES 


PUBLIÉ  SOUS  LE  HAUT  PATRONAGE  DE 

L'ACADÉMIE  IMPÉRIALE  DU  JAPON 

ET  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

t  SYLVAIN  LÉVI  et  J.  TAKAKUSU 

PROFESSEUR  AU  COLLÈGE  DE  FRANCE  PROFESSEUR  HONORAIRE  A  L'UNIVERSITÉ  IMPÉRIALE  DE  TÔKYÔ 

MEMBRES  DE  L' ACADÉMIE  IMPÉRIALE  DU  JAPON 

RÉDACTEUR  EN  CHEF 

PAUL  DEMIÉVILLE 


TROISIEME  FASCICULE  :  BUSSOKUSEKI-CHI 


MAY  14  1956 


PARIS 

Librairie   d'Amérique   et   d'Orient 

ADRIEN   MAISONNEUVE 

11,  rue  Saint-Sulpice  (6e) 

1937 


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HOBOGIRIN 

DICTIONNAIRE  ENCYCLOPÉDIQUE  DU  BOUDDHISME 
D'APRÈS    LES    SOURCES    CHINOISES    ET    JAPONAISES 


TROISIÈME  FASCICULE  :  BUSSOKUSEKI-CHI 


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AVERTISSEMENT 

DU  TROISIÈME   FASCICULE 


Après  une  interruption  de  plusieurs  années,  due  à  des  circonstances  diverses  et  en  particulier 
au  départ  du  Japon  du  rédacteur  en  chef,  la  publication  du  Hôbôgirin  est  reprise  à  Paris,  où  elle  se 
poursuivra  dorénavant.  Les  collaborateurs  japonais  ayant  achevé  leur  part  du  travail  en  1933, 
l'ensemble  des  matériaux  préparés  par  leurs  soins  a  été  apporté  en  France  par  M.  J.  HASU- 
ZAWA,  qui  a  passé  à  Paris,  grâce  à  une  bourse  d'études  accordée  par  le  Gouvernement  Français, 
une  année  et  demie  pour  revoir,  compléter  et  mettre  au  point  ces  matériaux  avec  le  rédacteur 
en  chef. 

La  mort  de  Sylvain  LE VI,  survenue  le  31  octobre  1935,  est  pour  le  Hôbôgirin  une 
Perte  irréparable  ;  on  s'efforcera  néanmoins  de  mener  à  bien  cette  œuvre  qui  lui  tenait  à  cœur. 
Il  avait  pu  parcourir  le  manuscrit  du  présent  fascicule,  avant  sa  remise  à  l'imprimeur  en  juil- 
let 1935.  MM.  A.  FOUCHER,  H.  MASPERO  et  P.  PELLIOT,  membres  de  l'Institut, 
et  M.  J.  HACKIN,  conservateur  du  Musée  Guimet,  ont  bien  voulu  accepter  de  former 
un  comité  de  direction  du  Hôbôgirin  pour  remplacer  Sylvain  LÉ  VI  du  côté  français, 
M.  J.  TAKAKUSU,  membre  de  V Académie  Impériale  du  Japon,  continuant  à  assurer  la 
direction  du  côté  japonais. 

La  publication  de  ce  fascicule  a  été  facilitée  par  une  subvention  du  Gouvernement  Français 
prélevée  sur  la  Caisse  des  Recherches  Scientifiques.  On  a  bénéficié  d'autre  part  de  fonds  provenant 
d'une  donation  faite  naguère  à  Sylvain  LÉ  VI  par  plusieurs  savants  américains,  notamment 
C.  R.  LANMAN  et  J.  Haughton  WOODS,  en  vue  de  la  publication  d'un  Dictionnaire  du 
Bouddhisme  dont  il  avait  été  question  lors  des  Assemblées  Fédérales  des  Sociétés  Asiatiques 
en  1919,  1920  et  1921. 

Les  articles  rédigés  par  des  collaborateurs  non  réguliers  seront  désormais  signés.  Dans 
le  présent  fascicule,  l'article  Chi  (Jnâna)  est  dû  à  M.  J.  RAHDER,  professeur  à  l'Université 
de  Leide  ;  le  reste  est  de  la  main  du  rédacteur  en  chef. 


BUSSOKUSEKI 


189 


BUSSOKUSEKI 


d'Adam,  d'où  le  nom  européen  de  la  montagne.  C'est 
un  creux  dans  le  roc  du  sommet  ;  on  l'a  orné  d'une 
bordure  de  cuivre.  Les  Chrétiens  l'attribuèrent  soit  à 
Satan,  soit  à  Saint  Thomas.  Cf.  Jarl  Charpentier, 
Heilige  Fussabdrûcke  in  Indien,  Ost-Asiatische  Zeit- 
schrift,  vu  (1920),  p.  i  sq.,  179  sq.,  qui  veut  trouver 
dans  ces  empreintes  gigantesques  l'origine  du  nom 
pâli  de  l'Elephantiasis  Arabum  (enflure  des  extré- 
mités inférieures  ;  en  portugais,  pejo  do  San  Tome), 
sîpada  <sk.  *srîpada  [mais  le  terme  sk.  est  slîpada]. 
r-En  Asie  Centrale,  près  de  Koutcha,  une  "pierre  de 
jade"  jaune  clair  portait  une  empreinte  du  B.  longue 
de  ip,  8,  large  de  op,  8,  qui  rayonnait  les  jours  de 
Sabbat,  Ttt.  2087  1  (td.  1,  62). — En  Chine,  on  montre 
actuellement  en  maints  endroits  des  empreintes  des 
pieds  du  B.,  mais  plus  ou  moins  tardives  (Tokiwa  et 
Sekino,  dans  Shina  bukkyô  shiseki  ^  f £  #jj  ffc  £  JÊg, 
n'en  signalent  que  des  Ming  et  des  Ts'ing).  Au  vne  s. 
on  en  connaissait  deux  dans  les  environs  du  temple 
d'Asoka  près  de  Ning  po,  l'une  du  pied  gauche,  l'autre 
du  pied  droit,  distantes  de  37  Lieues,  Ttt.  2106 1  (405  a)  ; 
la  première  se  voit  encore  :  c'est  une  fente  naturelle 
dans  un  rocher  (cf.  Maspero,  BEFEO,  XIV,  vin,  49). 
En  840,  le  pèlerin  jap.  Ennin  PU  -£  en  vit  une  autre  au 
Godaizan  (Wou  t'ai  chan)  ;  sur  le  talon  était  gravée 
une  inscription  d'après  laquelle  cette  empreinte  était 
la  copie  d'un  estampage  levé  en  Inde,  dans  un  temple 
d'Asoka,  par  une  ambassade  chinoise  envoyée  au  cours 
des  années  627-650  pour  porter  un  Froc  aux  lieux 
saints  ;  les  dimensions  de  cette  empreinte  originale) 
ajoutait  l'inscription,  étaient  de  ip,  8  sur  op,  6,  et  l'es- 
tampage en  était  conservé  à  la  capitale  (Ngjg.  239  b). 
Ces  dimensions  correspondent  à  celles  de  l'empreinte 
de  Pâtaliputra,  rendue  célèbre  en  Chine  par  les  récits 
des  pèlerins  [cf.  sup.]  ;  quant  à  l'ambassade  que  men- 
tionnait cette  inscription,  il  dpit  y  avoir  confusion 
entre  celle  qui,  d'après  Ttt.  21J22,  aurait  apporté  de 
l'Inde,  en  648,  la  copie  d'une  jempreinte  [cf.  Pelliot, 
T'oung  Pao,  1912,  p.  378-380],  et  l'ambassade  de 
ôgensaku  (Wang  Hiuan  ts'ô)  3Î  î£  5H  qui  porta  un 
Froc  en  Inde  en  657  et  rapporta  de  Bodh-Gayâ, 
en  662,  la  copie  d'une  image  du  Bs.  Sâkya  [Pelliot, 
ib.  1923,  p.  270  sq.].  Un  ouvrage  ch.  de  l'époque  des 
Cinq  Dynasties,  daté  de  954,  rapporte  qu'on  voyait  à 
cette  époque  au  Gyokkaji  ( Yu  houa  chan)  ^  jpl  |||f 
temple  au  Nord  de  Chôan  (Tch'ang  ngan)  ^;$  où 
travailla  et  mourut  (en  664)  le  pèlerin  Genjô  (Hiuan 
tsang)  ^^,  une  empreinte  gravée  sur  pierre,  avec 
une  inscription  :  cette  empreinte,  avec  son  ornemen- 
jtation,  passait  pour  être  imitée  d'un  dessin  ou  d'un 
estampage  rapportés  de  Pâtaliputra  par  Genjô  (Hiuan 
tsang)    en   645    [cf.    Naitô   Tôichirô    ft$jjj|s  —  &B 


dans  la  revue  Tôyô  bijutsu  jftv^f-  41  Hf,  n°  x, 
(mai  1931),  p.  1-16].  Cette  tradition  s'est  perpétuée 
en  Chine,  et  toutes  les  empreintes  décrites  par  Tokiwa 
et  Sekino  reposeraient,  d'après  les  inscriptions  qui  les 
accompagnent,  sur  un  modèle  indien  rapporté  par 
Genjô  (Hiuan  tsang). — Au  Japon,  la  plus  ancienne 
empreinte  des  pieds  du  B.  est  celle  qui  fut  gravée 
en  752  sur  une  pierre  conservée  au  Yakushiji  ^  fjiîi  ^, 
près  de  Nara  (fig.  67,  sup.  p.  188).  L'ornementation 
de  cette  empreinte  est  du  reste  identique  à  celle  qui 
figure,  gravée  au  trait,  sur  la  plante  du  pied  gauche 
de  la  grande  statue  en  bronze  de  Bhaisajyaguru,  dans 
le  même  temple  ;  cette  statue  date  de  la  fin  du 
vne  siècle  (680-697),  elle  est  donc  antérieure  à  l'em- 
preinte sur  pierre  [cf.  Naitô,  loc.  cit.,  fig.  p.  14]. 
L'empreinte  mesure,  pour  chacun  des  deux  pieds, 
ip,  57  sur  op,  53  ;  elle  est  surmontée  d'une  stèle  sur 
laquelle  sont  gravés  21  poèmes  jap.  écrits  en  "manyô- 
gana"  (caractères  ch.  employés  pour  transcrire  pho- 
nétiquement les  mots  jap.,  comme  dans  le  Manyôshû 
J|  m  Ht)-  Ces  poèmes  sont  attribués  à  l'impératrice 
Kômyô  jfc  Bft  (701-760)  :  17  célèbrent  l'empreinte, 
4  portent  sur  la  Transmigration  ;  ils  comptent  parmi 
les  plus  anciens  monuments  de  la  langue  jap.  Quant 
aux  empreintes  elles-mêmes,  assez  abîmées,  elles  sont 
décorées  de  la  Roue,  du  double  poisson,  d'un  vase 
à  fleurs,  d'un  foudre,  de  motifs  en  forme  de  coquil- 
lages, etc.  et,  sur  le  talon,  d'un  emblème  qui  est  sans 
doute  le  "signe  de  la  coiffure  de  Brahmâ"  [cf.. sup.]. 
Sur  le  pourtour  de  la  pierre  est  gravée  une  inscription 
en  ch.,  dont  on  trouvera  un  déchiffrement  soigneux 
dans  Dnbz.  cxvm,  292-296.  Cette  inscription  rappelle 
la  plupart  des  passages  de  T.  643  et  Ttt.  2087  cités 
ci-dessus,  puis  ajoute  que  l'empreinte  fut  gravée  en 
752,  par  les  soins  d'un  seigneur  jap.,  d'après  une  copie 
qui  avait  été  rapportée  de  Chine  par  l'ambassadeur 
Kibumi  Motozane  (?)  ^  ^  ^C  *gjf  ;  copie  reproduisant, 
dit  l'inscription,  un  modèle  rapporté  de  l'Inde  Cen- 
trale par  Ogensaku  (Wang  Hiuan  ts'ô)  et  qui  était 
conservé  au  Fukôji  ^  jfc  ^p  en  Chine.  C'était  là  [cf. 
Naitô,  loc.  cit.]  le  nom  d'un  des  principaux  temples 
de  Chôan  (Tch'ang  ngan)  ;  fondé  en  631,  il  reçut  au 
vme  siècle  les  noms  de  Chûkôji  t|J  H-^F  puis  de 
Ryûkôji  H'|  jfe  ^f  ;  le  nom  de  Fukôji  se  retrouve  dans 
un  ms.  ch.  du  Shôsôin  [cf.  N.  Sasaki  fëfè7fcfê$i 
Zuikyô  pff  jj&,  Tôkyô,  1929].  Quant  à  l'ambassade 
jap.  qui  rapporta  de  ce  temple  le  modèle  de  l'em- 
preinte, c'est  vraisemblablement  entre  653  et  671 
qu'elle  se  serait  rendue  en  Chine  [cf.  Naitô,  loc.  cit., 
et  aussi  un  article  de  T.  Itabashi  $t  ^îf  fô  fT  dans 
Tôyô  bijutsu,  n°  1  ( avril  1929),  p.  68-70]  ;  elle  était 
accompagnée  du  moine  jap.  Dôshô  iftflS.  qui  fré- 


BUTA 


190 


BUTSU 


quenta  Genjô  (Hiuan  tsang),  mais  l'inscription  de  752 
déclare  formellement  que  le  modèle  de  l'empreinte 
avait  été  rapporté  par  ôgensaku  (Wang  Hiuan  ts'ô) 
et  non  par  Genjô  (Hiuan  tsang). — L'empreinte  sur 
pierre  du  Yakushikiji  a  été  imitée  dans  de  nombreux 
temples  jap.  ;  sur  quatre  de  ces  copies,  qui  se  trouvent 
à  Tôkyô,  cf.  Lafcadio  Hearn,  Footprints  of  the 
Buddha,  dans  :  In  ghostly  Japan  (1899),  et  plus 
récemment  un  article  de  T.  Itabashi  dans  la  revue 
Bukkyô  bijutsu,  n°  XII  (mars  1929),  p.  7-24. — Biblio- 
graphie occidentale  sur  les  pieds  du  Buddha,  Cha- 
vannes,  T'oung  Pao,  1906,  p.  157-8. — Cf.  encore  un 
sûtra  de  l'Ekottarâgama  T.  125  xxxi  (717  c),  où  un 
brahmane,  voyant  l'empreinte  des  pieds  du  B.  sur 
les  bords  d'une  rivière  du  Magadha  (dont  le  nom  cor- 
respond au  pâli  Ukkattha),  se  demande  si  ces  traces 
sont  celles  d'un  Dieu,  d'un  Dragon,  d'un  esprit,  d'un 
Gandharva,  etc.  ;  le  B.  lui  explique  la  production 
conditionnée  de  toute  personnalité.  Dans  le  texte 
pâli  [Ang°  Nik°  iv,  n°  36]  et  dans  les  textes  ch.  cor- 
respondants [T.  99  iv  (28  a-b),  T.  100  xiii  (467  a-b)], 
il  est  spécifié  que  l'empreinte  portait  la  roue  à  mille 
rais. 

BUTA  #R  ^  =sk.  p.  bhûta,  tib.  'byun  pa  ;  td. 
ishô  g,  *£  "déjà  né".  Le  mot  sk.  bhûta,  verbal  de 
bhû°  "être,  devenir",  est  susceptible  de  sens  variés. 
Il  peut  signifier  un  être  quelconque  (tib.  gyur  ba), 
ou,  par  sous-entendu  péjoratif,  un  être  néfaste,  un 
démon  (p.  ex.  dans  bhûta-vidyâ  "la  Science  démo- 
niaque", une  des  huit  branches  de  la  médecine,  cf. 
*Byô)  ;  ou  encore  l'Etre  suprême,  la  réalité  absolue 
(ch.  jitsu  jtf  ou  shin  JÇ,  tib.  yan  das  pa,  p.  ex.  dans 
bhûta-koti,  cf.  *Jissai)  ;  ou  ce  qui  a  été,  le  passé 
(bhûta-pûrva,  Mvy.  8302)  ;  ou  ce  qui  est  matérielle- 
ment, un  Élément  (mahâ-bhûta,  cf.  *Dai  ^).  Dans 
le  Kosa  Tt.  1558  x  (55-  b)  [K.  Lav.  m,  122-124], 
bhûta  s'entend  soit  d'un  Etre  qui  est  déjà  né,  par 
opposition  à  ceux  qui  sont  encore  dans  l'Existence- 
intermédiaire  (cf.  *Chûu),  soit  de  l'Arhat  [qui  est 
né  mais  n'aura  plus  à  renaître]  ;  d'après  Ttt.  2128 
lxx  (764  c),  c'est  afin  de  distinguer  ces  deux  sens 
spéciaux  que  le  mot  bhûta  est  alors  te.  en  ch.  au  lieu 
d'être  td. 

BUTSU  $&=sk.  p.  Buddha  ;  tib.  Sans  rgyas.— 
Td.  kakusho  ^#  TÉveillé",  chisha  ^  %  "celui 
qui  a  la  Connaissance",  etc. — La  te.  butsu  $fo  (pro- 
nonciation ch.  vers  l'an  600  :  *b'iuat)  n'est  qu'une 
abréviation  de  butsuda  (*but-da)  $&££.  Autres  te 
fuda  t$P£,  buda  ^fà,  +boda  gjjfê,  ~g,  g  fê, 
buta  j&tfc,  moda  ]$$£,  Jmoda  $Rr,  butto  ft0}, 


$futo  ffiM,  t?H|,  ^Bg.  La  te.  archaïque  iffuto 
ffi-  JH  ou  ffi  m  (ch.  anc.  :  *biau-d'uo  ;  la  leçon  [fg| 
serait  postérieure  à  la  leçon  JH,  cf.  Pelliot,  BEFEO, 
VI,  p.  373,  n.  2)  reste  usitée  particulièrement  dans  les 
textes  historiques  profanes  relatifs  aux  débuts  du 
bouddhisme  en  Chine  (Heou  Han  chou,  Wei  lio,  etc.). 
Au  IVe  siècle,  on  transcrit  encore  par  Butto  \%  [jjj 
ou  ^Futo  ^  [fi]  l'élément  "Buddha"  dans  le  nom 
d'un  thaumaturge  occidental,  Buttochô  (Fo  t'ou  teng) 
$J  [ou  ffi]  [B|  $£  (mort  en  349  p.  C).  Mais  la  forme 
Butsu  fîjjj  apparaît  déjà  dans  les  textes  bouddhiques 
les  plus  anciens,  Sûtra  en  42  articles  T.  784,  Mushi 
(Meou  tseu)  Q^  Ttt.  2102  1,  traductions  de  Anseikô 
(Ngan  Che  kao),  etc.  ;  peut-être  y  a-t-il  là  une  retouche 
due  au  désir  de  normaliser  la  terminologie.  ^Futo 
Vf-  lai  et  Butto  $k  [5]  servent  parfois  à  te,  surtout 
dans  les  textes  profanes,  et  sans  doute  par  confu- 
sion, le  sk.  stûpa,  et  non  Buddha;  ainsi  dans  une  td. 
qui  semble  dater  de  la  fin  du  IVe  siècle,  T.  195, 
on  trouve  le  terme  Buttoji  ïî&JiH^f  pour  désigner 
un  temple,  un  stûpa,  ou  tous  deux  ;  les  stûpa  d'Asoka 
sont  appelés  Butto  ffc  [g]  dans  Tt.  1507  (td.  attri- 
buée à  l'époque  des  Han,  mais  qui  doit  être  bien 
postérieure),  chez  Kumârajîva  (Tt.  1509  xi)  ;  cf.  aussi 
Tt.  1509  xvi  (+Futo  f$[lj).  Ttt.  2135  (id.).  Genjô 
et  ses  disciples  signalent  cet  emploi  abusif  de  la  te. 
^futo  Ttt.  2087  1,  1828  xi  a.  Sur  les  te.  archaïques 
dans  les  textes  profanes,  matériaux  dans  ^cj£l,^L, 
$$j§  (Chang-hai,  1934),  I,  341-342.— Au  Japon  le 
caractère  f$  se  lit  populairement  Hotoke  ;  l'étymo- 
logie  de  ce  nom  japonais  du  B.  est  probablement 
ff-  HH  §5c>  «  bouddhisme  »  ou  «  bouddhiste  »  poui 
«  Buddha  ».  Dans  la  terminologie  maléfique  (imiko- 
toba  jBtgnJ)  qui  était  en  usage  chez  les  shintoïstes; 
plus  particulièrement  chez  les  prêtresses  d'Ise  (itsu- 
kinomiya  H£^lO,  le  B.  était  désigné  par  le  terme 
Nakago  i\i  ^f-  dont  le  sens  n'est  pas  non  plus  cer- 
tain («  celui  du  milieu  »  =  le  personnage  central 
du  panthéon  bouddhique  ?  Bdjt.  1296)  ;  cf.  le  code 
Engishiki  JiE  ^ï^,,  chapitre  Itsukinomiya. — Aperçu. 
— Le  mot  "buddha"  qui  a  eu  une  si  grande  for- 
tune en  Asie  et  même  dans  le  monde  entier,  n'est 
en  principe  qu'un  simple  participe  verbal  de  la  racine 
sk. budh°,  signifiant  "[s']é veiller"  d'où  "comprendre"; 
la  forme  buddha  résulte  d'une  combinaison  normale, 
conforme  aux  règles  de  la  grammaire  sanskrite  : 
racine  budh-f  ta[s],  -ta  étant  l'affixe  du  participe 
indo-européen,  familier  au  lecteur  occidental  par  le 
latin  -tu [s]  (ama-tu[s])  et  le  grec  -to[s]  (kly-to[s]=sk. 
sru-ta[s]).  Le  participe  ou  verbal  en  -ta  exprime  l'ac- 
tion absolue,  sans  considération  de  voix  active  ou 
voix  passive.  Ces  indications  d'ordre  linguistique  sont 


BUTSU 


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BUTSU 


nécessaires  pour  comprendre  la  double  valeur  qui 
s'est  attachée  dès  l'origine  au  nom  de  buddha  : 
"celui  qui  s'est  éveillé  (lui-même)"  et  "celui  qui  a 
éveillé  (les  autres)  " .  On  peut  dire  que  les  deux  grands 
courants  du  bouddhisme,  P.V.  et  G.V.,  sont  conte- 
nus à  l'état  prégnant  dans  cette  double  interpréta- 
tion :  le  P.V.  propose  surtout  le  B.  comme  un  modèle 
idéal  à  ceux  qui  cherchent  leur  salut  personnel  ;  le 
G.V.  le  donne  en  exemple  à  ceux  qui  veulent  assurer 
le  salut  d'autrui.  Le  B.  est  l'Éveillé  par  excellence  ; 
à  parler  exactement,  tous  ceux  qui  sont  entrés  dans 
la  vie  religieuse  telle  que  le  bouddhisme  l'a  instituée 
possèdent  l'Éveil  (sk.  bodhi  ;  cf.  *Bodai),  mais  il  se 
rencontre  chez  eux  à  des  degrés  divers  ;  seul  le  B. 
est  exactement  et  complètement  Éveillé  (sarhyak- 
sam-buddha),  sans  aucun  degré  au-dessus  de  lui. 
En  dehors  de  ce  nom  qui  a  eu  un  succès  si  éclatant, 
le  B.  est  aussi  désigné  par  une  quantité  d'autres 
appellations  qui  expriment  les  multiples  aspects  de 
ses  perfections  :  Tathâgata  (*Nyorai  #p  3|£)  "ainsi 
arrivé,"  Sugata  (*Zensei  ^j$£)  "bien  allé",  Jina 
(Shô  ffî)  "victorieux",  etc.  A  la  différence  des  B.- 
pour-soi,  le  B.  est  un  Bhagavat,  *Seson  -JH:  $$L  "l'ho- 
noré du  monde",  titre  qui  fait  corps,  ou  presque, 
avec  son  nom. — Le  B.  historique  est  celui  qu'on 
désigne  couramment  sous  le  nom  de  Sâkyamuni, 
"l'ascète  [du  clan]  Sâkya"  (cf.  *Muni)  ;  mais  dans 
le  développement  infini  des  transmigrations  sans 
commencement,  il  a  été  précédé  par  d'innombrables  B. 
La  carrière  religieuse  de  Sâkyamuni  commence  sous 
le  B.  Dîpamkara  et  se  poursuit  à  travers  des  Périodes 
formidables  sous  des  B.  divers.  Une  tradition  com- 
mune aux  deux  V.  donne  la  liste  des  six  B.  qui  ont 
précédé  Sâkyamuni  ;  des  stances  également  consa- 
crées par  la  tradition  passent  même  pour  résumer  la 
Discipline  de  chacun  d'eux.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  discuter  cette  tradition  ;  mais  il  ne  sera  pas  inu- 
tile de  noter  que  l'empereur  Asoka  avait,  selon  son 
propre  et  incontestable  témoignage,  réparé  un  stûpa 
consacré  à  Konâgamana  (=sk.  Kanakamuni),  l'avant- 
dernier  des  B.  qui  ont  précédé  Sâkyamuni,  que  ce 
stûpa  se  trouvait  à  peu  de  distance  de  Kapilavastu 
le  berceau  du  B.  Sâkyamuni,  enfin  que  le  B.  Kâsyapa, 
le  prédécesseur  immédiat  de  Sâkyamuni,  est  intime- 
ment associé  à  la  ville  de  Kâsî  (Bénarès).  Mais  ce 
petit  groupe  des  7  B.  fait  bien  pauvre  figure  si  on 
le  compare  avec  l'innombrable  multiplicité  des  B. 
que  le  G.V.  s'est  plu  à  imaginer  pour  peupler  l'innom- 
brable multiplicité  de  ses  univers.  Dans  la  poursuite 
frénétique  de  l'absolu  qui  est  le  trait  fondamental 
de  l'esprit  indien,  le  bouddhisme  n'avait  pas  tardé  à 
se  poser  la  question  des  B.  simultanés.  Pourquoi  n'y 


aurait-il  à  la  fois  qu'un  seul  B.  ?  La  question  se  com- 
pliquait encore  par  l'immensité  de  la  cosmologie 
bouddhique  qui  assigne  à  notre  seul  univers  un 
ensemble  de  3.000  Grands  Chiliocosmes  (chacun  de 
mille  mondes)  et  qui  fait  de  cet  univers  un  atome  du 
tout  intégral.  Le  G.V.  repousse  la  présence  simulta- 
née de  deux  B.  dans  le  même  univers  où  ils  feraient 
double  emploi,  mais  admet  en  compensation  l'exis- 
tence simultanée  d'une  infinité  de  B.  dans  l'infinité 
des  univers.  Puis,  par  un^  démarche  inverse,  fami- 
lière aussi  au  génie  indien  et  procédant,  elle  aussi, 
d'un  besoin  d'absolu,  le  G.V.  ramène  tous  ces  B.  à 
l'unité  au  moyen  de  l'identité  :  tous  les  B.  .sont  les 
mêmes,  ils  sont  donc  le  même  B.  Et  cette  unité  à  son 
tour,  dans  un  nouvel  effort  de  transcendantalisme, 
tend  à  se  dissoudre  dans  une  négation  suprême,  seule 
susceptible  d'éliminer  ou  de  vider  tous  les  concepts 
relatifs  et  tous  les  termes  finis  où  est  enfermé  l'esprit 
humain.  La  biographie  légendaire  du  B.  Sâkyamuni, 
qui  avait  animé  longtemps  l'Église  d'une  vie  intense 
d'émotions  et  de  réflexions,  finit  par  s'évanouir  pour 
laisser  la  place  à  un  panthéon  sans  individualité  ou 
à  une  pure  abstraction. — Pour  la  dogmatique  «  bud- 
dhologique  »,  on  se  reportera  particulièrement  aux 
articles  *Busshin  «  Corps  de  Buddha  »,  *Busshô 
«  Nature  de  Buddha  ». — Définitions. — Mahâprajnâ- 
pâramitâsâstra  Tt.  1509  lxx  (552  b)  :  B.  signifie 
Éveillé  ;  on  l'appelle  ainsi  parce  qu'il  est  le  premier 
à  s'éveiller  du  sommeil  de  l' Inscience  totale. — Ib.  il 
(73  a)  :  B.  signifie  celui  qui  sait,  parce  que  sous 
l'Arbre  d'Éveil  il  a  connu  parfaitement  toutes  les 
Essences,  passées,  futures  et  présentes,  animées  et  ina- 
nimées (sk.  sattvâsattvasankhyâta),  permanentes  et 
impermanentes. — Nirvânasûtra  T.  375  xvi  (712b)  :  B. 
signifie  «d'Éveil  »  :  il  s'éveille  lui-même  et  il  éveille  les 
autres. — Kosa  Tt.  1558  1  (=K.  Lav.  1,  1)  :  Il  a  complè- 
tement détruit  l'obscurité  en  tout  ;  il  a  retiré  le 
monde  de  la  boue  des  Transmigrations . . .  Par  ces 
deux  traits,  le  B.  Bhagavat  est  suffisamment  désigné. 
— Buddhabhûmisûtrasâstra  Tt.  1530  1  (291  b).  :  On 
appelle  B.  celui  qui,  possédant  l'Omniscience  (sarva- 
jnâtâ  et  sarvâkârajnâtâ)  et  dégagé  de  l'Obstruction 
des  Passions  comme  de  celle  du  Connaissable,  s'éveille 
lui-même  et  qui  éveille  tous  les  Êtres  à  [la  connais- 
sance del  toutes  les  Essences  et  de  tous  les  Carac- 
tères, de  même  qu'on  s'éveille  d'un  rêve  ou  qu'un 
lotus  s'épanouit.  Cf.  Vyâkhyâ  sur  Kosa  1,  1,  p.  3, 
1.  6-10. — Vibhâsâ  Tt.  1545  cxliii  (735  b)  :  Les  trois 
Hors-Catéchisme  possèdent  la  Connaissance  ;  pour- 
quoi ne  les  appelle-t-on  pas  B.  ?  Parce  que  seul  un  B. 
s'éveille  le  premier,  s'éveille  complètement,  s'éveille 
séparément. — Ttt.  1851  xx  b  (864  c)  :  Éveillé  a  deux 


BUTSU 


192 


BUTSU 


sens...(i)  Reconnaître,  comme  on  reconnaît  des 
voleurs  ;  l'Eveil  s'applique  alors  à  l'Obstruction  des 
Passions,  qui  sont  malfaisantes  comme  des  voleurs  ; 
seul  le  saint  les  reconnaît ...  et  les  empêche  de  nuire  ; 
le  Nirvânasûtra  [T.  375  xvi  (712  b)]  dit  bien  :  Dès 
que  les  voleurs  sont  reconnus,  ils  ne  peuvent  plus  rien 
faire. .  .(2)  S'éveiller,  comme  on  s'éveille  du  sommeil  ; 
l'Éveil  s'applique  ici  à  l'Obstruction  du  Connaissable  : 
dès  que  se  produit  la  Sainte  Sapience,  on  s'éveille  du 
sommeil  de  l' Inscience. — Ib.  On  appelle  B.  celui  qui 
s'éveille  soi-même,  par  opposition  aux  Profanes  ;  celui 
qui  éveille  les  autres,  par  opposition  aux  deux  autres  V. 
[Arhat  et  B.-pour-soi]  ;  celui  dont  les  Pratiques  d'Éveil 
sont  parachevées  (i.  e.  qui  s'éveille  et  éveille  à  la 
fois),  par  opposition  aux  Bs. — Ratnakûta  T.  310  lxix 
(390  c)  :  Il  n'y  a  de  Tg.  qu'en  tant  que  dénomination 
selon  la  Vérité  Vulgaire  ;  au  Sens  Ultime  il  n'y  en  a 
pas. — Mah°  pr°p°  sâstra  Tt.  1509  ic  :  B.  est  une 
appellation  de  Vérité  Vulgaire . . .  Au  Sens  Ultime,  on 
dit  que  tous  les  B.  sont  Vides,  sans  allée  (cf.  Sugata 
"bien  allé",  *Zensei)  ni  venue  (cf.  Tathâgata  "ainsi 
venu",  *Nyorai). — Appellations  synonymes  de  B. 
— Selon  Bdjt.  906,  qui  ne  fournit  pas  de  référence 
précise,  au  début  d'une  Période,  les  appellations 
sont  au  nombre  de  dix  mille  ;  puis,  les  Êtres  deve- 
nant plus  obtus,  il  n'y  en  a  plus  que  mille,  comme 
c'est  le  cas  p.  ex.  de  Sakra  Devendra  [sahasranâma]  ; 
plus  tard  encore,  le  nombre  s'abaisse  à  cent,  puis  à 
dix.  Parmi  les  Dieux  dans  le  ciel,  il  subsiste  encore 
cent  noms  ;  ainsi  MahâVairocana  (*Dainichi),  qui 
a  accompli  l'Éveil  parmi  les  Dieux,  a  cent  huit  appel- 
lations [cf.  inf.  p.  194  a,  Tt.  1679]  '>  ma-is  Sâkyamuni  qui 
a  accompli  l'Éveil  parmi  les  hommes,  n'en  a  que  dix. 
— La  liste  de  ces  dix  appellations  varie  suivant  les 
textes  ;  un  sûtra  spécial  T.  782  en  traite  ;  il  donne  la 
liste  suivante  :  (1)  *Nyorai  #JJ  3fc,  sk.  p.  Tathâgata, 
"ainsi  venu",  tib.  de  bzin  gsegs;  (2)  ôgu  Jfëlfjk 
"digne  d'offrandes",  sk.  arhat,  p.  arahant;  tib.  dgra 
bcom  "tueur  d'ennemis"  (cf.  *Rakan)  ;  (3)  Shôtô- 
gaku  lE^^»  sk.  samyaksambuddha,  p.  sammâs0, 
tib.  yan  dag  par  rjogs  pa'i  sans  rgyas  :  "qui  a  l'Éveil 
[au  sens]  correct  et  complet"  (cf.  *Bodai)  ;  (4)  Myô- 
gyôsoku  H^  ^7  jjï ,  sk.  vidyâcaranasampanna,  p.  vijjâ- 
caranasampanna,  tib.  rig  pa  dan  zabs  su  ldan 
"pleinement  doué  des  Sciences  et  des  Pratiques" 
(5)  *Zensei  ^  iË,  sk.  p.  sugata,  tib.  bde  bar  gsegs 
"bien  allé"  ;  (6)  Sekenge  ifr  fg]  f$,  sk.  p.  lokavid[a] 
tib.  'jig  rten  mkhyen  :  "qui  sait  (explique)  le  monde" 
[le  6  est  combiné  ici  en  un  seul  terme  avec  le  suivant] 
(6  bis)  Mujôji  ^Jii.  sk-  P-  anuttara,  tib.  blan 
med  :  "sans  supérieur"  ;  (7)  Jôgojôbu  HfêP^t^; 
"Mâle  qui  dompte  et  guide  [sic]  " ,  sk.  purusadamyasâ- 


rathi,  p.  purisadamma0  ;  tib.  skyes  bu  'dul  ba'i  kha  lo 
bsgyur  "cocher  du  [cheval  au]  dressage  [qui  est] 
l'homme"  ;  (8)  Tenninshi  ^  À  6$.  sk-  sâstâ  deva- 
manusyânâm,  p.  satthâ  devamamussânam,  tib.  ston 
"instructeur  [des  dieux  et  des  hommes]  "  ;  (9)  Butsu  $(,, 
sk.  p.  buddha,  tib.  sans  rgyas  :  "Éveillé"  ;  (10) 
Seson  ifrtft  "vénéré  du  monde",  sk.  lokajyestha, 
p.  lokajettha,  tib.  'jig  rten  gyi  gco  bo.  [Les  équivalents 
sk.  et  tib.  sont  donnés  d'après  Mvy.  1-13  ;  mais 
pour  le  dernier  terme  cf.  *Seson.] — Même  liste  dans 
les  Àgama,  T.  99  xx  (141  c)  [=  Ang°  Nik°,  vol.  I, 
p.  65-66,  où  l'énumération  manque],  T.  125  xiv  (615  a) 
[terminologie  archaïque;  cf.  T.  99  xxxv  (255  b),  et 
Sam0  Nik°,  vol.  I,  p.  219,  où  figure  l'énumération, 
mais  avec  bhagavâ  pour  les  termes  1  et  10]  ;  —  dans 
T.  262  1  (615  a)  [=  Lotus,  p.  11  :  terme  10,  bhagavat], 
T.  614  n  (277  a)  [terme  10  :  id.  ;  notes  de  Kumârajiva], 
Tt.  1462  rv[=  Samantapâsâdikâ,  début  des  Pârâjika; 
terme  10  -:  bhagavat  ;  définitions  détaillées,  étymo- 
logies],  Tt.  1521  xii  (112  c)  ;  dans  T.  375  xvi,  T.  1485  11, 
Tt.  1509  11  (71-73,  définitions  détaillées),  mais  sans  le 
dernier  terme; — et  dans  T.  1581  ni,  Tt.  1509  xxi,  xxiv, 
Tt.  1579  xxxvni,  Tt.  1646  1  (chap.  sur  les  dix  noms), 
mais  qui  réunissent  6  bis  et  7.  Cf.  Moch.  2243,  autres  réf. 
— L'Avatamsaka,  qui  consacre  un  chapitre  aux  "noms 
de  Tg.",  en  énumère  dix  pour  les  B.  des  "quatre 
univers  du  Monde  Saha"  T.  278  iv  (418  a),  279  xn 
(58  c)  ;  une  autre  version  de  ce  texte,  T.  280  (446  a), 
due  à  Lokaksema  (ca.  167-186  A.D.),  donne  de  ces 
dix  noms  des  te.  d'un  caractère  très  archaïque  et 
dont  plusieurs  semblent  fautives  ou  incompréhen- 
sibles. Voici  la  liste  de  T.  278,  avec  entre  crochets 
les  variantes  des  deux  autres  versions  :  (1  )  Siddhârtha 
—  V)  H  J&  ;  (2)  Pleine  lune  [T.  280  ifr  -ffr  fê  fâ  =  sasi- 
mandala  ?]  ;  (3)  Simhanâdin  ;  (4)  Sâkyamuni  ;  (5) 
Voyant  divin  [T.  279  Septième  voyant  ;  sk.  Mahârsi  ? 
T.  280  diffère];  (6)  Vairocana  fflfcâfil  '5  [T.  279 
♦Rosana  tëL&ffi;  T.  280  Pff3rt$!É.  où  le  Ier  car. 
est  pour  fë§  transcrivant  vai°,  vi°,  ve°,  cf.  Pelliot, 
T'oungPao,  1933,  95-98,  les  deux  derniers =*Roj an  en 
tenant  compte  de  l'initiale  consonantique  archaïque  de 
5j|,  cf.  la  te.  arch.  ffj  JiE  pour  yojana  signalée  Ttt.  2087 
11  (875  c)  ;  v.  *Dainichi]  ;  (7)  Gautama  ;  (8)  Mahâ- 
sramana  ;  (9)  Jina  ;  (10)  Nâyaka  [mais  T.  280 
diffère]. — La  Mvy.  s'ouvre  par  une  liste  de  80  appel- 
lations classées  sous  la  rubrique  Tathâgatasya  paryâ- 
yanâmâni,  ch.  shobutsumyôgôrui  î^f  ^  ^  <}•$  $&,  tib. 
de  bzin  gsegs  pa'i  mehan  gyi  rnam  grans,  "syno- 
nymes du  nom  de  Tg."  :  (1)  buddha  ;  (2)  bhagavat  ; 
(3)  tathâgata  ;  (4)  arhat  ;  (5)  samyaksambuddha  ; 
(6)  vidyâcaranasampanna  ;  (7)  sugata  ;  (8)  loka- 
vid[a]  ;    (9)    anuttara  ;    (10)    purusadamyasârathi  ; 


BUTSU 


193 


BUTSU 


(11)  sastâ  devamanusyânâm  ;  (12)  jina,  shô  )|$p,  dai- 
kaku  ^C^,  rgyal,  "victorieux"  ;  (13)  lokajyestha 
(cf.  sup.)  ;  (14)  sarvajfia,  *issaichi  — ^jJJ^fl,  henchi 
lÈj^H,  thams  èad  mkhyen,  kun  mkhyen,  "omni- 
scient" ;  (15)  trâyin,  tâyin,  hôgo  &sf,  zengo  #ff , 
skyob,  "protecteur"  ;  (16)  devâtideva,  tenchûten  ^c  tf* 
3^,  lha'i  yan  lha,  "dieu  [au-delà]  des  dieux"  ;  (17) 
maharsi,  daisen  ^cfllj,  konsen  ^fllj,  dran  sron  èhen, 
"grand  Voyant"  ;  (18)  dharmasvâmin,  hôson  fë:f£, 
hosshu  ££  JÉE,  chos  kyi  rje,  "possesseur  de  la  Loi"  ; 

(19)  rsabha,  gôô  4^ï  etc-.  khyu  mèhog,  "taureau"; 

(20)  nâyaka,  kubatsu  |fc#C,  dôsni  *!£($,  'dren, 
"conducteur"  ;  (21)  parinâyaka,  fubatsu^|$,hendô 
tfwiif,  yons  su  'dren,  "total  conducteur"  ;  (22)  vinâ- 
yaka,  hembatsu  fj||$,  fudô  ^5^,  rnam  par  'dren, 
"spécial  conducteur"  ;  (23)  advayavâdin,  munishi 
U -ë^i  munigo  ~g§,  gfiis  su  med  par  sgun,  "qui 
déclare  la  non-dualité"  ;  (24)  sauddhodani,  jôbonnôji 
Wi^ Ï~F"'  zas  Rcan  gi  sras>  "fils  de  Suddhodana"  ; 

(25)  dasabala,  jûriki  -\-  ~f\,  stobs  bèu,  "dix-Forces"  ; 

(26)  mârajit,  bukujôma  f£|8jj||,  gômagun  p£  j£|  Ifî, 
bdud  'dul,  "vainqueur  de  Mâra"  ;  (27)  sâkyapungava, 
saishôshaka  jgtffi  $$■$&,  etc.,  sâkya'i  skyas  mchog, 
"mâle  Sâkya"  ;  (28)  goptar,  yôgo  g|gf ,  goji  fëfô, 
sruii  mjad,  "protecteur";  (29)  mahâtman,  daijishô 
^Cêtt'  saidaiichi  ||ïf£— ,  bdag  nid  èhen,  "grand 
Soi"  ;  (30)  vijayin,  sonshô  H^ffi  etc.,  rnam  par 
rgyal,  "spécial  vainqueur"  ;  (31)  vibhu,  henshu|||  j£, 
khyab  bdag,  "grand  maître"  ;  (32)  visvantara,  fugo 
^  Ht,  thams  cad  sgrol,  "sauveur  universel"  ;  (33)  sar- 
vadharmesvara,  issaihôjizai  —  ■  ^JJ  ££  §  ^  etc-.  £hos 
thams  éad  kyi  dban  phyug,  "souverain  de  toutes  les 
Essences"  ;  (34)  virâj,  mimyô  flkjrjr,  mizô  %£.%&, 
rnam  par  mjes,  "suzerain"  ;  (35)  dhîra,  kèngo  fg  fg|, 
brtan,  "ferme"  ;  (36)  gunasâgara,  kudokkai  S}]  |f»  $J, 
yon  tan  rgya  mcho,  "océan  des  Mérites"  ;  (37)  sara- 
nya,  ôgo  }$&$%,  tankiigÊf,  skyabs  'os,  "secourable"  ; 

(38)  sarana,  ego  $f  |H|,  ku  |fc,  skyabs,    "recours"  ; 

(39)  /âdisimha;  setsushishi  |fc  gji  ^f-,  hôshishi  ^  $$  ^f , 
smra  ba'i  sen  ge,  "lion  des  parleurs"  ;  (40)  narottama, 
shônin  $£  ^,  mi  mëhog,  "le  plus  grand  des  hommes"  ; 
(41)  mârâbhibhû,  gôma  P$Jfë,  bdul  zil  gyis  gnon, 
"qui  triomphe  de  Mâra"  ;  (42)  apratipudgala,  musan- 
jôbu  ^^[^C^c,  gan  zag  zla  med,  "sans  rival"  ; 
(43)  vântadosa,  joka  R£j^,  rika  fâ'fâ,  skyon  gsal, 
"guéri  des  défauts"  ;  (44)  hatavisa,  kodoku  -£fl£, 
bukudoku  f£^,  dug  bcom,  "destructeur  des  poi- 
sons" ;  (45)  anangajit,  jômugyô  gBitÊfl^,  lus  med 
thul,  "vainqueur  du  Sans-corps  (l'Amour)"  ;  (46)  sada- 
bhijna,  gusokurokujinzû  |i  j|L  A  j$  aË,  mnon  par 
ses  pa  drug  dan  ldan,  "qui  a  les  six  Supersavoirs"  ; 
(47)    bhavântakrt,    nôshutsusanu    jijg  fâ  3?  ~M,    srid 


mthar  phyin,  "qui  met  fin  à  l'existence"  ;  (48)  agha- 
hantar,  metsuzai  jf$i|î  etc.,  sdig  'Joms,  "destructeur 
du  péché"  ;  (49)  siddhârtha,  jshidatsu  jgjîÉ,  issai- 
gijôju  — ^WcjSL^i,  don  'grub,  "qui  a  réalisé  l'ob- 
jet" ;  (50)  sâkyasimha,  shakushishi  f^ÉiÇ-^,  sâkya 
sen  ge,  "lion  des  Sâkya"  ;  (51)  varârha,  tanshÔgi 
*&ffi£t'  tangu  ^ffc,  mèhog  tu  mchod  'os,  "digne 
d'honneur  entre  tous"  ;  (52)  varada,  shôse  ^p^Ê, 
segan  j5È  SS>  mchog  sbyin,  "qui  donne  des  faveurs"  ; 

(53)  vfra»  ômyô  $(£££,  yûmyô  j||  U,  dpa',  "héros"  ; 

(54)  samitar,  nônyûzen  |fê  |£  #,  nôshisoku  ffê  ih  JE», 
shi  bar  mjad,  "apaisant"  ;  (55)  s^ntapâpa,  sokuzai 
J!»i£  e*c->  scug  Pa  zi,  "qui  apaise  [détruit]  le  mal"  ; 
(56)  sîtabhûta,  goshôryô  $|fpf  7||  etc.,  bsil  bar  gyur, 

"rafraîchissant"  ;  (57)  sivankara,  sashô  f£j|£,  saki- 
chijôf^^")^,  sis  mjad,  "propitiatoire";  (58)  nir- 
dvandva,  mutô  $&  H  mujô  $&f^,  rood  med,  "sans 
dualité"  ;  (59)  nirmama,  muga  %fe  ^,  bdag  gi  ba 
med,  "sans  égotisme"  ;  (60)  netar,  hyôbyaku  ^tQ, 
hyôki1^^,  mchon,  "guide"  ;  (61)  niravadya,  mufu- 
zen  $H/f*  =£,  fuka  /f»  j^,  kha  na  ma  tho  ba  mi  mna', 

"sans  reproche"  ;  (62)  nirbhaya,  mukuku  3Rl  3S  tii  etc., 

sfiems  pa  mi  mna,  "sans  crainte"  ;  (63)  vîtatrsna, 
riai  &i^>  sred  Pa  dan  bral,  "dégagé  de  la  Soif"  ; 
(64)  nirâdâna,  mushu  $&  W~,  len  pa  mi  mna',  "sans 
Attribution -personnelle"  ;  (65)  viéruta,  bimyôshô 
$£4&m,  rnam  Par  &rags»  "célèbre"  ;  (66)  subha- 
dharmâkara,  zenhôgen  ^^^,  dge  ba'i  èhos  kyi 
'byun  gnas,  "mine  des  bonnes  Essences"  ;  (67)  suci, 
shôjô  ff|^,  gcaii,  "pur"  ;  (68)  anupama,  muyu 
^%  etc.,  dpe  med,  "incomparable";  (69)  trikâ- 
lajfia,  ryôchisanze  "T^fl^ifr»  dus  gsum  mkhyen, 
"qui  connaît  les  trois  temps"  ;  (70)  vâdin,  gugo  Q  |§, 
daironji  ^clièÊiP»  gsuii  ldan,  "qui  énonce"  ;  (71)  tri- 
dosâpaha,  esangô  J^IHl^»  metsusandoku  t^El^» 
fies  pa  gsum  'Joms,   "qui  détruit  les  trois  défauts"  ; 

(72)  triprâtihâryasampanna,  gusantsû  Jl-El  aS  etc., 
èho  'phrul  gsum  ldan,   "doué  des  trois  merveilles"  ; 

(73)  nirmala,  muku  $$:ij§,  dri  ma  med,  "sans  tache"  ; 

(74)  triskandhapathadeéika,  kaijisanundô  ^^>^H. 
j^  etc.,  phun  po  gsum  gyi  lam  ston,  "qui  enseigne 
le  chemin  des  trois  Masses"  ;  (75)  nirjvara,  mushitsu 
$m£,  mubyô  $fa$i,  nad  mi  mna',  "sans  fièvre"; 
(76)  sûryavamsa,  nisshu  0  3p|,  ni  ma'i  rigs,  "lignée 
du  soleil"  ;  (77)  ângirasa,  nichizokukei  0  jfâ  ^. 
nichizoku  0  J^  etc.,  fii  ma'i  rgyud,  "descendance 
du  soleil"  ;  (78)  gautama,  kudon  .^ê§,  junshuku 
i^tî^t.  Sau  ta  ma»  "Gautama"  ;  (79)  iksvâkukula- 
nandana,  kanshoôshuki  "H*  ^  ï  ^  ^£,  bu  ram  sin 
pa'i  rigs  dga',  "joie  de  la  famille  d'Iksvâku"  ;  (80)  pra- 
bhu,  shusai  iË^»  mna'  bdag,  "maître  souverain". — 
La  plupart  de  ces  épithètes  se  retrouvent  dans  un 


BUTSU 


194 


BUTSU 


"Éloge  des  108  noms  de  B.  "  Tt.  1679  (td.  Xe  s.)  ;  mais 
l'ordre  et  maints  détails  diffèrent.  Le  B.  dont  il  s'agit 
dans  ce  texte  n'est  pas  Vairocana  (sup.  192  a!),  mais 
Sâkyamuni.    L'Es,    connaît   aussi   des    "Éloges   des 
108  noms  ",  mais  il  s'agit  soit  d'épithètes  des  16  Bs. 
du  Plan  de  Diamant   (lesquels  symbolisent,  si  l'on 
veut,    les    Mérites    de    Vairocana),    soit    d'épithètes 
appliquées  à  un  personnage  particulier  (p.  ex.  Tara, 
v.  Tara)  ;  cf.  Mdjt.  1883. — Catégories  numériques. 
— Un  Buddha. — Le  P.V.  n'admet  pas  que  plusieurs  B. 
puissent  exister  simultanément.  Le  Kosa  Tt.  1558  xn 
(=K.  Lav.  m,  198  sq.)  cite  l'Âgama  [Madhyama  T.  26 
xlvii  (723-724)]  :  De  même  qu'il  ne  peut  y  avoir  dans 
le  monde  [simultanément]  deux  Rois  Tournant-la- 
Roue,  ainsi  il  est  impossible  dans  le  présent  et  dans  le 
futur  que  deux  Tg.  paraissent  dans  le  monde  sans  que 
l'un  précède  et  l'autre  suive.  Qu'il  y  en  ait  un  seule- 
ment, c'est  la  règle. .  .L'expression  "dans  le  monde" 
signifie-t-elle  un  triple  grand  Chiliocosme  ou  signifie- 
t-elle  l'ensemble  intégral  des  univers  ?  Les  uns  [les 
Sarvâstivâdin]  soutiennent  que  certainement  il  ne  naît 
pas  d'autre  B.  [simultanément,  même]  dans  d'autres 
mondes. .  .D'autres   [les    Mahâsânghika,    d'après   la 
Vyâkhyâ]  disent  que  d'autres  B.  peuvent  paraître 
simultanément,  mais  chacun  dans  un  univers  diffé- 
rent ;  voici  leurs  arguments  :  il  y  a  beaucoup  de  Bs. 
qui  s'exercent  en  même  temps  à  l'Approvisionnement 
de  l'Éveil  ;  certes  il  ne  convient  pas  que  paraissent 
simultanément  dans  un  même  univers  plusieurs  B.. 
mais  rien  n'empêche  que  différents  B.  paraissent  simul- 
tanément dans  différents  univers.  Donc  il  paraît  desB. 
infinis  dans  les  univers  infinis. .  .Mais,  dira-t-on,  vous 
devez  admettre  alors  que  deux  Tg.  peuvent  paraître 
en  même  temps  dans  un  seul  et  même  univers  ? — Non  ; 
ce  serait  inutile,  car  dans  un  seul  univers  un  seul  B. 
suffit  à  servir  l'intérêt  de  tous  les  Êtres  qui  s'y  trou- 
vent. D'autre  part,  le  Vœu  du  Bs.  est  d'accomplir 
l'Éveil  dans  un   [seul]  monde  dénué  de  protecteur 
et  d'appui,  aveugle,  afin  de  servir  tous  les  Êtres  et  de 
devenir  leur  protecteur,  leur  appui,  leur  guide.  [Deux 
sauveurs  dans  un  seul  monde  feraient  double  emploi.] 
De  plus,  le  respect  à  l'égard  d'un  Tg.  unique  est  plus 
grand  :  on  a  plus  de  hâte  à  accomplir  les  pratiques, 
tant  il  est  rare  de  rencontrer  un  B. — Même  argumen- 
tation, presque  dans  les  mêmes  termes,  dans  un  des 
grands  traités  du  G.V.,  Bodhisattvabhûmi,  fol.   39 
[éd.  Wogihara,  Tôkyô,  1930,  1,  p.  92],  cité  K.  Lav. 
m,  201,  n.   2. — Le  G.V.  a  résolu  le  problème  par 
simplification  :   il   enseigne  à  la   fois  l'innombrable 
multiplicité  des  B.  et  leur  réduction  à  l'unité  ;  c'est 
la  doctrine  qui  se  résume  dans  cette  formule  :  Ichibutsu 
issaibutsu  — -f|  — -tyfô  "un  seul  B.=tous  les  B."  ; 


les  écoles  Tendai  et  Jôdo  ont  spécialement  développé 
cette  doctrine,  sur  laquelle  v.  La  Vallée  Poussin, 
T'oungPao,  1928-1929,  p.  17  sq.  Cf.  *Byôdô. — T.  278  V 
(424  c)  :  Un,  il  peut  être  innombrable  ;  innombrable, 
il  peut  être  un.  Connaissant  la  Nature  des  Êtres,  il 
s'y  conforme  en  tous  lieux  ;  mais  son  corps  ne  vient 
de  nulle  part,  ne  va,  n'arrive  nulle  part.  C'est  illusoi- 
rement et  non  en  Réalité  qu'il  possède  par  Actuali- 
sation toutes  sortes  de  Corps. .  .Ib.  (429  b)  :  C'est  par 
une  seule  Voie  (sk.  bodhi  ?)  que  les  Êtres,  tous  sans 
Contreheurt,  sortent  des  Transmigrations  ;  les  corps 
de  tous  les  B.  ne  sont  qu'un  unique  Corps  d'Essence  ; 
ils  ont  même  Esprit,  même  Sapience,  mêmes  Forces, 
mêmes  Assurances. — T.  220  dlxxv  (972  a)  :  En  fixant 
sa  pensée  ininterrompue  sur  cet  unique  Tg.,  on  Ins- 
pecte à  la  fois  tous  les  B.  des  trois  temps.  C'est  que, 
ô  Mafïjusrî,  les  Mérites  et  les  talents  infinis  que  possède 
un  seul  B.  sont  Égaux  à  ceux  de  tous  les  B.,  car 
c'est  par  le  V.  de  l'Ainsité  unique  que  tous  les  B. 
des  trois  temps  indifféremment  attestent  le  Grand 
Éveil.— T.  310  lxxxvi  (493  b)  :  Tous  les  B.  ne  sont 
qu'un  seul  B.,  tous  les  Terrains  de  B.  ne  sont  qu'un 
seul  Terrain  de  B.  Ib.  cxvi  (655  b,  cf.  T.  220  dlxxv 
sup.)  :  Si  on  pense  à  un  seul  B.  d'une  façon  inin- 
terrompue, on  peut  voir  ainsi  tous  les  B.  passés, 
présents,  futurs.  Pourquoi  cela  ?  C'est  qu'on  réalise 
que  les  Mérites  d'un  seul  B.,  innombrables  et  infinis, 
sont  identiques  aux  Mérites  des  innombrables  B.  Les 
Essences  inconcevables  des  B.  sont  Égales  et  sans 
différence  [cf.  *Byôdô]  ;  en  effet,  c'est  par  le  V.  de 
l'Ainsité  unique  qu'ils  accomplissent  l'Éveil  suprême 
et  acquièrent  des  Mérites  et  des  talents  infinis. — T.  360  : 
Il  faut  contempler  le  B.  Amitâyus  avec  l'œil  de  l'Es- 
prit... Si  on  le  voit  ainsi,  on  voit  tous  les  B.  des 
dix  directions. .  .c'est  ce  qu'on  appelle  l'Inspection 

du  Corps  de  tous  les  B Voir  le  B.  Amitâyus,  c'est 

voir  les  B.  infinis  des  dix  directions. — Ttt.  1932  :  Si 
un  seul  B.  accomplit  l'Éveil,  il  n'est  pas  de  Plan 
des  Essences  qui  n'ait  ce  B.  pour  appui. — On  trouve 
fréquemment  citée  dans  les  commentaires  ch.  et 
jap.  une  phrase  de  provenance  inconnue  (qui  d'après 
Gkyt.  vin  ne  serait  qu'un  remaniement  d'un  pas- 
sage de  T.  385  11)  :  Si  un  seul  B.  accomplit  la  Voie 
et  qu'il  contemple  tous  les  Plans  d'Essence  (avec 
l'œil  de  la  Compassion),  plantes,  arbres,  terrains 
doivent  tous  sans  exception  devenir  des  B.  Cf.  Bdjt. 
82-83. — Ichibutsujô  — •lî&^l  "Véhicule  unique  des 
B.",  exposé  dans  T.  262  1  (= Lotus  26-28).  Le  V. 
unique,  c'est  celui  des  B.  ;  il  n'y  a  pas  de  second  ni  de 
troisième  V.  (cf.  *Jô). — Deux  Buddha. — Nibutsubyôza 
Zl  1ifè  3Ë  ^k>  Deux  B.  assis  ensemble  ;  T.  262  iv 
(  =  Lotus  151)  :  En  ce  moment  le  bienheureux  Prabhû- 


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195 


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taratna  donna  au  Tg.  Sâkyamuni  la  moitié  de  sa  place 
sur  le  siège  qu'il  occupait  dans  l'intérieur  de  ce  grand 
stûpa  fait  de  Joyaux ...  et  ces  deux  Tg.  assis  ensemble 
sur  ce  siège  apparurent  dans  le  ciel  suspendus  en 
l'air. — L'école  Tendai  interprète  ce  passage  ainsi  : 
Prabhûtaratna  symbolise  le  B.  d'Essence  et  la  Concen- 
tration ;  Sâkyamuni,  le  B.  de  Fruition  et  la  Sapience  ; 
les  deux  ensemble,  l'identité  de  l'Essence  et  de  la 
Fruition,  de  la  Concentration  et  de  la  Sapience. — 
Trois  Buddha. — (I)  Correspondant  aux  trois  Corps, 
cf.  *Busshin. — (II)  Dans  l'école  Jôdo,  Sâkyamuni, 
Amida,  et  d'autre  part  tous  les  B. — (III)  Pour  les 
triades  de  B.  dans  l'iconographie,  cf.  *Sanzon. — 
Quatre  Buddha. — (I)  B.  des  quatre  directions,  (a)  Liste 
du  Suvarnaprabhâsasûtra  [éd.  Nanjô-Izumi,  p.  2] 
T.  663  1,  664  1,  665  1  (td.  parallèles  ;  aussi  T.  643 
ix=663  et  664)  :  Est,  *Ashuku  |Jpf  |KJ  (665  :  *Fudô 
yf;fj))=sk.  Aksobhya;  Sud,  Hôsô  |$$g  =  Ratna- 
ketu;  Ouest,  Muryôju  4h|  jj;|Èp= Amitâyus  [sk.  Ami- 
tâbha]  ;  Nord,  Mimyôshô  ^^^  (665  :  Tenkoon 
^  Wt  "b  )  =  Dundubhisvara. — (b)  Liste  du  Mahâvairo- 
canasûtra  T.  848  1  :  Est,  Hôdô  ££||l§= Ratnaketu; 
Sud,  Kekaifuô  Jp  f^  ^  3E  —  Samkusumitarâja  ;  Nord, 
Fudô= Aksobhya;  Ouest,  Muryôju=Amitâyus. — (c) 
Liste  du  Vajrasekhara[?]sûtra  T.  8Ô5=T.  874=Mvy. 
83-86  :  E.  Fudô= Aksobhya,  tib.  mi  'khrugs  ;  S.  Hôshô 
^  '£  =  Ratnasambhava,  tib.  rin  chen  'byun  ldan  ; 
O.  Kanjizaiô  H'P^  3î=Lokesvararâja  (874  :  Ami- 
tâyus;  Mvy.,  Amitâbha  :  tib.  'oddpag  med)  ;  N.  Fukû- 
jôju  ^  2jî  jfc  }jïj|;=Amoghasiddhi,  tib.  don  yod  grub. — 
(II)  Quatre  B.  du  Lahkâvatâra  T.  672  ;  cf.  *Busshin. — 
(III)Quatre  B.  de  l'école  Tendai  correspondant  aux 
quatre  doctrines  du  Tendai  :  (a)  B.  des  Trois  Corbeilles 
sanzôbutsu  j~  fg|  $b  ',  (b)  B.  commun  tsûbutsu  ij§  f^ 
(Corps  de  Métamorphose)  ;  (c)  B.  séparé  betsubutsu 
#'J  $b  (Corps  de  Fruition,  le  *Rocana  de  l'Avatarh- 
saka)  ;  (d)  B.  complet  embutsu  (gj  $fc  (Corps  d'Es- 
sence, Vairocana)  Ttt.  1716  vu,  etc. — (IV)  Quatre  B. 
du  passé;  cf.  inf.  Sept  B. — Cinq  Buddha  de  l'Es.  : 
ce  sont,  dans  le  Plan  de  Diamant,  Vairocana  au 
centre,  Aksobhya  E.,  Ratnasambhava  S.,  Amitâ- 
yus  (ou  Lokesvararâja)  O.,  Amoghasiddhi  N.  ;  dans  le 
Plan  de  Matrice,  Vairocana  au  centre,  Ratnaketu  E., 
Samkusumitarâja  S.,  Amitâyus  O.,  [Divya] Dundubhi- 
svara N.  Dans  le  Cercle  du  Plan  de  Diamant,  ils  sont 
placés  au  centre  du  Cercle  dans  les  cinq  disques  de  lune, 
et  correspondent  aux  cinq  Connaissances  (Mvy.  110- 
114  ;  cf.  *Chi)  ;  dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice, 
ils  occupent  le  centre  et  quatre  des  pétales  de  la 
Cour  à  huit  pétales  dans  la  plateforme  centrale  (cf. 
*Mandara).  Sauf  Vairocana,  central,  et  Amitâyus,  tou- 
jours localisé  à  l'O.  et  toujours  sous  le  même  nom 


(cf.  *Amida),  les  B.  des  deux  Plans  ne  reçoivent 
pas  les  mêmes  noms  dans  les  deux  Plans.  On  essaie 
toutefois  de  les  identifier  :  p.  ex.  Dundubhisvara  N. 
est  identifié  à  Aksobhya  E.  (cf.  *Ashuku)  ;  Ratna- 
ketu E.  est  identifié  à  Ratnasambhava  S.  ;  Samkusu- 
mitarâja S.  est  identifié  à  Amoghasiddhi  N.  Toutefois 
un  autre  système  se  contente  d'identifier  les  B.  d'un 
Plan  à  l'autre  par  simple  superposition  des  emplace- 
ments. (Cf.  aussi  *A  [Ajigoten].) — Sceaux  d'Acte 
des  cinqB.,  Gobutsu  kommain  3£.  1&  IU  Jff  F-P  '■  (1)  Vai- 
rocana, Sceau  du  poing  de  Connaissance  ;  (2)  Akso- 
bhya, Sceau  du  toucher  du  sol  ;  (3)  Ratnasambhava, 
Sceau  du  Don  correspondant  au  Voeu  ;  (4)  Amida, 
Sceau  de  Concentration  ;  (5)  Amoghasiddhi,  Sceau 
de  l'Acte  (cf.  articles  spéciaux  sur  chacun  de  ces  B.). 
Cette  liste  est  celle  du  Plan  de  Diamant  ;  dans  le 
Plan  de  Matrice,  les  Sceaux  de  Ratnaketu,  Samku- 
sumitarâja et  Dundubhisvara  correspondent  respec- 
tivement à  ceux  de  Ratnasambhava,  Amoghasiddhi 
et  Aksobhya,  et  l'on  s'appuie  sur  cette  correspondance 
pour  l'identification  des  B.  des  deux  Plans.  Cf.  Mdjt. 
1363  c. — Sceaux  et  Formules  pour  la  cérémonie  de 
l'Onction  des  cinq  B.,  Gobutsukanjôimmyô  iE.'ÉJfcflt 
Jîf  ËP  B$  •  Cette  cérémonie  consiste  dans  une  quintuple 
Onction  appliquée,  avec  des  Sceaux,  à  cinq  endroits 
différents  sur  la  tête  de  l'adepte,  endroits  respec- 
tivement consacrés  à  chacun  des  cinq  B.  du  Plan 
de  Diamant  ;  ce  rite  a  pour  objet  de  l'initier  aux 
cinq  Connaissances  qui  sont  mises  en  rapport  avec 
eux.  Cf.  Mdjt.  634,  Hmjr.  334. — Sur  le  groupe  des 
cinq  B.  et  sa  genèse,  cf.  P.  Mus,  BEFEO,  XXXIII, 
839  sqq.,  XXXIV,  175  sqq. — Six  Buddha  placés  aux 
six  régions  de  l'espace  T.  366  (Sukhâvatîvyûha)  : 
(1)  E.  Aksobhya  avec  4  autres  B.  ;  (2)  S.  Candra- 
sûryapradîpa  avec  4  autres  B.  ;  (3)  O.  Amitâyus 
avec  6  autres  B.  (dont  le  dernier  est  Ratnaketu)  ; 
(4)  N.  Mahârcihskandha  avec  7  autres  B.  (notamment 
Dundubhisvara)  ;  (5)  au  nadir,  Sirhha  avec  5  autres 
B.  ;  (6)  au  zénith,  Brahmaghosa  avec  9  autres  B. — 
Sept  Buddha  du  passé,  Sâkyamuni  et  les  6  B.  qui 
l'ont  précédé.  La  liste  en  est  identique  dans  toutes 
les  écoles  du  P.V.  et  du  G.V.  ;  les  trois  premiers 
appartiennent  à  la  91e  (Vipasyin)  et  à  la  31e  (Sikhin 
et  Visvabhû  ;  la  30e  d'après  T.  440  vin)  des  Périodes 
passées  comprises  dans  la  Grande  Période  d'Orne- 
ment (shôgongô  $£$&$]),  qui  a  précédé  la  Grande 
Période  actuelle  ou  Bonne  Période  (kengô  f£$J) 
pendant  laquelle  ont  paru  les  quatre  derniers  (cf.  *Kô, 
sk.  kalpa). — T.  2  :  Les  4  derniers  B.  ont  paru  dans 
les  6e,  7e,  8e  et  9e  Période  [des  20  Petites  Périodes  de 
Stabilité]  de  la  Grande  Période  actuelle. — Ttt.  2035 
xxx  :  ils  ont  tous  les  quatre  paru  dans  la  9e  de  ces 


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Périodes,  mais  au  temps  où  la  vie  humaine  était  res- 
pectivement de  50.000,  40.000,  20.000  et  100  années  ; 
pour  ces  chiffres,  on  trouve  de  légères  variantes  dans 
les  sources  plus  anciennes  (p.  ex.  T.  1  1),  qui  d'autre 
part  ne  précisent  pas  le  quantième  de  la  (Petite) 
Période.  Cf.  aussi  K.  Lav.  m,  192  n.  3;  et  les  réfé- 
rences Ttt.  2122  vin. — Voici  les  noms  sk.,  p.  et  tib. 
des  7  B.  avec  leurs -te.  ordinaires  et  (d'après  Tt. 
1509  ix)  leurs  td.  en  ch.  :  (1)  sk.  Vipaéyin,  p.  Vipas- 
sin,  ch.  Bibashi  Bfc  %&JF* ,  td.  shujuken  H  ig  J*  "toutes 
sortes  dé  vues",  tib.  rnam  par  gzigs  ;  (2)  sk.  Sikhin, 
p.  Sikhin,  ch.  Shiki  f*  ff|,  td.  ka  ^  "feu",  tib.  gcug 
tor  éan  ;  (3)  sk.  Visvabhû  (°bhuj),  p.  Vessabhû,  ch. 
Bishabu  1%^}$,  td.  issaishô  —  -çjjj$  "Victorieux 
de  tous",  tib.  kun  skyobs'  ;  (4)  sk.  Krakucchanda, 
p.  Kakusandha,  ch.  Kuruson  $J  jgj  ^,  tib.  log  pa 
dan  sel  ;  (5)  Kanakamuni,  p.  Konâgamana,  ch.  Kuna- 
gon  fê.  2$  ^-,  td.  Konsenshi  ^  /ftlj  -^  "Voyant  d'or" , 
tib.  gser  thub  ;  (6)  sk.  Kâsyapa,  p.  Kassapa,  ch. 
Kashô  3$Q3|,  tib.  'od  sruns;  (7)  sk.  Sâkyamuni,  p. 
Sakyamuni,  ch.  Shakamuni  $$$&%-?&,  tib.  Sâkya 
thub  pa. — On  indique  ci-dessous,  pour  les  7  B.,  leur 
caste,  leur  clan,  la  durée  de  la  vie  humaine  à  leur 
époque,  leur  ville  d'origine,  d'après  T.  1  1,  T.  2,  T.  4, 
T.  125  xlv,  T.  212 11,  T.  425  vu  et  T.  440  vin  (pour  la 
liste  des  arbres  d'Éveil  des  7  B.,  cf.  *Bodai). — Caste  : 
(1-3)  ksatriya,  (4-6)  brâhmana,  (7)  ksatriya. — Clan  : 
(1-3)  Kaundinya,  (4-6)  Kâsyapa,  (7)  Gautama  [mais 
T.  125  xlv  donne  deux  listes  différentes  :  (a)  (1-3)  Gau- 
tama, (4-6)  Kâsyapa  (7)  Gautama  ;  (b)  (1-3)  Kaundinya 
(4-6)  Bhâradvâja,  (7)  Kaundinya)]. — Durée  de  la 
vie  humaine  :  (1)  80.000  ans  [mais  T.  125  xlv  : 
84.000],  (2f  70.000,  (3)  60.000,  (4)  40.000,  (5)  30.000, 
(6)  20.000  (7)  100  [mais  T,  440  vm  :  (1)  80.000  Périodes, 
(2)  60.000  Périodes,  (3)  2.000  Périodes,  (4)  40  petites 
Périodes,  (5)  30  petites  Périodes,  (6)  20  Petites 
Périodes,  (7)  100  ans]. — Villes  de  naissance  :  (1)  sk. 
p.  Bandhumatî  (mais  T.  4  fautif  ijiSetsumadai  $j 
M$k)>  (2)  sk.  p.  Arunavatî  [T.  1  1  td.  Kôsô  ftfg 
"Éclatante")  ;  (3)  sk.  Anupamâ,  p.  Anopamâ  (T.  440 
vm  td.  Zuii  fêj  H;  "Conforme  aux  désirs"  ;  T.  4. 
fautif  Anokuuma  ffl%^£$t]\  (4)  sk.  Ksemavatî, 
p.  Khemavatî  [T.  1  1  td.  Anwa  *£$]  "Paisible", 
T.  440  vm  td.  Mui  %&  "Sans  crainte",  T.  425  vu 
td.  Jinken  <£  fj  "Bonne  et  sage"  ;  T.  4  donne  un 
autre  nom  Rinkaridaina  $&  fnT,  fiflj  $:  Jfô]  ;  (5)  sk.  Sobha- 
vatî,  p.  Sobhavatî  [T.  1  1  td.  Shôjôff  ^  "Pure", 
T.  440  vin  td.  Shôgon  $£  %£  "Ornée" ,  T.  4  te.  Samaot- 
sudai  H/lj|j£!Jç$g;  = Ksemavatî,  T.  425  vu  donne  une 
te.  bizarre  Sempa  £  fcfc  var.  Jôbi  _fc.$]  ;  (6)  sk. 
Vârânasî,  p.  Bârânasî  [T.  1  1  te.  fautive,  T.  440  vin 
td.    Chishi   ftl  fë    "qui  fait   connaître"  =sk.    Kâsî, 


ancien  nom  de  Bénarès  ;  T.  425  vu  donne  Jinshi 
#^];  (7)  sk.  Kapilavastu,  p.  Kapilavatthu. — 
T.  1448  vu  (32  a-b)  :  Kanakamuni  naquit,  atteignit 
l'Éveil  et  entra  dans  le  Nirvana,  au  bourg  de  Kuna 
fft  #$  (sk.  Kona,  Cf.  p.  Konâgamana  ?)  non  loin  de 
Kapilavastu.  Ib.  (30  b)  :  Accompagné  d'Ànanda,  le  B. 
Sâkyamuni  s'assied  à  l'endroit  où  s'étaient  assis  les  3  B. 
précédents,  près  de  Videha  (Shôshinjô  )$£  Jj-  fcft)  et  de 
Mithilâ  (Mitaira  $tff||I),  dans  la  région  de  Kapila- 
vastu. Ttt.  2085  et  2087  vi  :  Hokken  (Fa  hien)  et  Genjô 
(Hiuan  tsang)  visitèrent,  dans  cette  même  région, 
les  stûpa  marquant  les  endroits  où  ces  3  B.  étaient 
nés,  avaient  rencontré  et  converti  leur  père,  et  étaient 
entrés  en  Nirvana.  D'après  Hokken  (Fa  hien),  la 
ville  de  naissance  de  Krakucchanda  s'appelait  Nabika 
#P  Htt  iM,  et  celle  de  Kâsyapa,  Tsui  ^R  $|.  Une  inscrip- 
tion d'Asoka  (pilier  du  Terai,  près  du  site  de  Kapila- 
vastu) rappelle  que  ce  roi  avait  fait  agrandir  à.  deux 
reprises  le  stûpa  de  Kanakamuni.  Ttt.  2089  ix  :  Genjô 
(Hiuan  tsang)  vit  d'autre  part  à  Bodh-Gayâ  un 
site  où  les  4  B.  passés  s'étaient  assis  et  promenés, 
avec  un  pilier  marquant  l'emplacement  où  Kâsyapa 
avait  médité.  Ib.  vm  :  Ce  même  B.  avait  à  Bodh- 
Gayâ  un  stûpa  contenant  son  image.  T.  1448  xvn 
(82  a),  1451  xxv  (426  c)  :  Un  stûpa  avait  été  élevé  à 
l'endroit  de  sa  crémation,  à  Bénarès,  par  le  roi  Krkin. 
— Toutefois  la  légende  et  le  culte  des  4  B.  passés 
s'étaient  aussi  transportés  dans  l'Inde  du  Nord-Ouest. 
Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  iv  vit  au  Tamasâvana, 
dans  le  Nord-Est  du  Penjab,  l'empreinte  de  leurs  pas 
et  le  lieu  où  ils  s'étaient  assis  ;  ce  site  est  rappelé  Ava- 
dânakalpalatâ  lvi,  qui  mentionne  de  plus,  ib.  lvii,  des 
stûpa  consacrés  aux  4  B.  passés  sur  le  mont  de  la  Pierre 
(Pâsâna),  dans  la  banlieue  de  Hingumardana=Nandi- 
vardhana  au  Gandhâra  ;  cf.  BEFEO,  XXIV,  37-38. — 
Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  il  vit  encore  les 
statues  des  4  B.  auprès  de  l'arbre  Pippala  sous  lequel 
tous  quatre  s'étaient  assis,  à  proximité  immédiate 
du  stûpa  de  Kaniska,  dans  la  banlieue  de  Peshawar. 
C'est  sous  cet  arbre  que  Sâkyamuni  avait  prononcé, 
rapporte  Genjô  (Hiuan  tsang),  sa  prophétie  relative 
au  stûpa  de  Kaniska.  T.  1448  ix  (cf.  Przyluski,  J. 
As.  1915,  11,  498)  donne  le  titre  d'un  texte  perdu  qui 
contenait  cette  prophétie  :  Sûtra  du  siège  des  4  B. 
— Les  7  B.  passés  sont  associés  aux  8  Bs.  Manjusrî, 
Âkâsagarbha,  Avalokitesvara,  Kudatsu  $C/$£  [tib. 
Skyabs  grol,  Moch.  681],  Bhadrapâla,  Mahâsthâma- 
prâpta  I  et  II,  Kenyu  §£  I||,  dans  un  sûtra  tantrique 
td.  en  317-420  p.  C,  T.  1332  1,  qui  contient  leurs  For- 
mules.— Dans  le  Saptabuddhakasûtra,  T.  1147,  1333, 
1334  (tib.  Okan.  270,  852),  les  7  B.,  apparus  dans  les 
airs,   enseignent  au  Bs.   Âkâsagarbha  des  Charmes 


BUTSU 


197 


BUTSUBONITTAI 


contre  les  maladies  et  les  démons.  Cf.  aussi  T.  1335 
1  (568  b).  Les  Charmes  se  rattachant  aux  7  B.  semblent 
avoir  été  fort  en  vogue  en  Chine,  jusqu'aux  T'ang  ; 
cf.  les  textes — aujourd'hui  perdus — mentionnés  Bskd. 
IV,  339-340. — Une  des  formes  tantriques  de  *Kan- 
non,  Cundî,  reçoit  l'épithète  de  "Mère  [cf.  *Butsumo] 
de  7  koti  de  B."  (du  passé),  Shichikuteibutsumo 
-fcf!JJK'0&#  (SaptabuddhakoU-bhagavatî)  ;  cf.  T. 
1075  sqq.,  et  *Kannon. — Les  7  B.  sont  l'objet  d'un 
éloge  en  vers  sk.,  te.  en  ch.  par  Hôten  ££  ;^C  vers 
l'an  iooo,  Tt.  1682  :  sur  les  textes  sk.  et  tib.,  cf.  Sakaki 
dans  Geimon,  mars-avril  1914  ;  Staèl-Holstein  dans 
Ts'ai  Yuan  P'ei  Anniversary  Volume,  Pei-p'ing,  1932, 
175  sq.  ;  Bskd.  IV,  340. — T.  643  x  a  un  chap.  pres- 
crivant la  façon  de  méditer  sur  les  7  B. — Les  7  B. 
sont  considérés  comme  les  premiers  patriarches  de 
la  secte  Zen,  et  il  était  d'usage  dans  cette  secte  d'in- 
voquer leurs  noms  chaque  matin.  Cf.  p.  ex.  Ttt.  2076 1 
où  ils  figurent  en  tête  de  la  section  sur  les  patriarches. 
— T.  436  Le  B.  explique  à  Sâriputra  les  mérites  qu'on 
s'acquiert  en  entendant  ou  en  retenant  les  noms  de 
7  B.,  cinq  de  l'Est  et  deux  du  Sud,  ou  en  faisant  leurs 
images  ;  ces  B.  n'ont  aucun  rapport  avec  les  sept 
du  passé. — Shichibutsutsûkaige  -t  $fc  iÈ  $c  Mj  [°u 
~ryakkaige  ~fl&$t~]  stances  exposant  les  Défenses 
d'une  façon  générale  [ou  résumée],  prononcées  par 
chacun  des  7  B.  passés.  Le  texte  intégral  en  est  donné 
dans  un  des  Âgama,  l'Ekottara  T.  125  xliv  :  Pen- 
dant 100  années  après  l'Éveil  de  Vipasyin,  la  com- 
munauté reste  pure  et  ce  B.  n'énonce  qu'une  seule 
stance  en  guise  de  Pénitentiel  ;  à  la  fin  de  cette 
période  il  énonce  un  autre  Pénitentiel.  Pour  Sikhin 
la  période  de  pureté  dure  80  ans,  pour  Visvabhû 
70  ans,  pour  Krakucchanda  60  ans,  pour  Kanaka- 
muni  40  ans,  pour  Kâsyapa  20  ans,  pour  Sâkyamuni 
12  ans  ;  le  nouveau  Pénitentiel  énoncé  par  Sâkyamuni 
à  la  fin  des  12  ans  n'est  autre  que  le  Pénitentiel  en 
250  articles.— Les  sept  stances  figurent  à  la  fin  du 
Pénitentiel  des  Sarvâstivâdin  T.  1436  ;  texte  sk.  et 
td.  française  Finot-Huber,  J.  As.  1913,  11,  539-543. 
Ccan.  152  renvoie  aussi  à  Dhammapada-atthakathâ 
III,  p.  236. — La  plupart  de  ces  stances  se  retrouvent 
séparément  dans  l'Udânavarga  et  dans  d'autres 
textes.  La  plus  célèbre  est  celle  du  B.  Kâsyapa, 
traduite  ci-dessus  au  début  de  l'article  *Aku  ;  elle 
est  parfois  attribuée  au  B.  Sâkyamuni,  ainsi  T.  1454, 
1442  1  (qui  attribue  à  Sâkyamuni  les  deux  dernières 
des  sept  stances),  Tt.  1521  x.  Elle  est  commentée 
T.  212  xxv,  Tt.  1579  XIX>  etc.;  bibl.  Moch.  1916. — 
Shichibutsuyakushi  -ti^ljlÉÎ?.  le  B.  Bhaisajyaguru 
hypostasié  en  7  B.  ;  cf.  *Yakushi. — Huit  Buddha  prési- 
dant à  huit  mondes  de  l'Est  ;  leurs  noms  sont  donnés 


T.  430  et  431  en  réponse  à  une  question  de  Sâriputra  ; 
ceux  qui  entendent  ces  noms  atteindront  l'Éveil  sans 
Régression.  T.  429  en  donne  une  autre  liste. — Dix 
Buddha. — (I)  Dix  B.  présidant  à  dix  mondes  de  l'Esl 
T.  432. — (II)  Dix  B.  des  dix  directions  T.  367.— 
(III)  Autre  liste  des  B.  des  dix  directions  T.  435  :  en 
les  invoquant  au  moment  de  se  mettre  en  marche  vers 
l'une  des  directions,  ou  de  se  coucher,  ou  de  se  lever, 
on  s'assure  leur  protection. — (IV)  Autre  liste  des  B. 
des  dix  directions  :  en  invoquant  leurs  noms,  ou  en  y 
pensant,  en  les  écoutant,  en  les  retenant,  on  obtient 
l'état  Sans- Régression  dans  l'existence  présente  ;  c'est 
ce  que  Tt.  1521  v  appelle  la  "Pratique  facile",  igyô 
Jjjfx.  Cette  liste  figure,  avec  les  mêmes  noms  de  B. 
ou  presque,  dans  Tt.  152 1  v,  T.  437  (auquel  se  réfère 
Tt.  1521  v),  T.  1491,  T.  643  vi  ;  T.  310  ci  donne  une 
autre  liste  de  B.  des  dix  directions  :  leurs  noms  dif- 
fèrent, mais  dans  ce  texte  comme  dans  les  précé- 
dents il  est  dit  qu'en  les  invoquant  on  atteint  l'état 
Sans-Régression. — (V)  Dix  B.  du  passé  T.  279  xvi  : 
Kâsyapa,  Kanakamuni,  Krakucchanda,  Visvabhû, 
Sikhin,  Vipasyin,  Pusya,  Tisya,  Padma,  Dîpankara  ; 
tous  ont  résidé  autrefois  dans  le  palais  de  Sakra 
Devendra  au  sommet  du  mont  Sumeru. — (VI)  Dix 
B.=dix  Corps  de  B.  ;  cf.  *Busshin.— (VII)  Dix  "B." 
(en  réalité  B.  et  Bs.)  dont  on  invoque  les  noms  dans 
les  monastères  de  la  secte  *Zen,  au  moment  des 
deux  repas  quotidiens,  après  avoir  invoqué  les  trois 
Joyaux  :  Vairocana,  Rocana,  Sâkyamuni,  Maitreya, 
Amitâyus,  tous  les  B.  des  10  directions  et  des  3  temps, 
Manjusri,  Samantabhadra,  Avalokitesvara,  Mahâsthâ- 
maprâpta.  D'après  Sms.  cité  Zrzs.  523-4  cette  coutume 
remonterait  à  Dôan  j||^ç  (Tao  ngan,  mort  en  385). — 
Trente  Buddha  répartis  entre  les  jours  du  mois  ;  chaque 
jour  on  adore  l'un  d'eux.  Coutume  purement  japo- 
naise. Cf.  Bdjt.  140. — Trente-cinq  Buddha  devant 
lesquels  on  fait  acte  de  Contrition  ;  T.  326  donne 
leurs  noms  et  ia  formule  de  Contrition. — Cinquante- 
trois  Buddha. — (I)  Tous  les  B.  antérieurs  aux  B.  Lokes- 
vararâja.  et  Amitâyus,  mentionnés  dans  le  Sukhâvatî- 
vyûha  T.  360  I.  Dans  les  textes  parallèles,  le  nombre 
et  l'ordre  diffèrent  :  cf.  Moch.  1210-1212. — (II)  Cin- 
quante-trois B.  du  passé  dont  les  noms  sont  énoncés 
par  le  Bs.  Bhaisajyasamudgata  pour  le  bénéfice  des 
fidèles  ;  en  les  invoquant  on  acquiert  des  mérites 
T.  1161.  Cf.  aussi  T.  409. — Autres  énumérations  de  B., 
cf.  *Butsumyô. 

BUTSUBONITTAI  flfc  /L  —  ff .  consubstantialité 
du  B.  et  des  Profanes.  Doctrine  de  la  secte  Shin 
d'après  laquelle  B.  et  Profanes  sont  consubstantiels 
par  l'Esprit.  La  Naissance  au  Paradis  ne  peut  être 


BUTSUDAN 


198 


BUTSUDO 


obtenue  par  les  Profanes  qu'en  identifiant  leur  Esprit, 
par  la  Foi,  à  l'Esprit  du  Vœu  d'Amida,  Vœu  dont 
l'objet  est  de  les  sauver  eux-mêmes  avec  tous  les 
Êtres.  La  Foi  elle-même  leur  vient  du  B.  ;  elle  consiste 
à  "accepter  le  Vœu  d'Amida",  c.-à-d.  à  faire  son 
propre  idéal  de  l'idéal  du  B. — Pour  les  fondements 
généraux  de  cette  doctrine,  cf.  *Busshô  et  *Byôdô. 
Pour  l'école  Zen,  citation  inf.  p.  214  b. 

BUTSUDAN  l&ijl  "autel  bouddhique"  (on  dit 
aussi  butsugan  $&j|£  "niche  bouddhique").  Terme0 
désignant  au  Japon  les  autels  domestiques,  petites 
châsses  (*zushi  J^f-f-)  en  forme  d'armoires,  où  sont 
placées  soit  une  image,  statue,  peinture  ou  gravure, 
du  B.  que  vénère  la  secte  à  laquelle  appartient  le 
propriétaire  de  l'autel  (p.  ex.,  dans  les  sectes  Jôdo 
et  Shin,  *Amida,  souvent  flanqué  de  deux  assistants), 
soit  une  invocation  inscrite  sur  soie  ou  papier  (p.  ex. 
"Namo  Amidabutsu"  dans  ces  mêmes  sectes),  soit 
une  reproduction  de  Cercle  (*Mandara),  etc.; — avec 
des  tablettes  (*ihai  fâ  Jfë)  portant  le  nom  de  religion 
(*hômyô  y£  4a)  des  ancêtres  ou  des  parents  défunts, 
et  parfois  le  nom  du  ou  des  fondateurs  de  la  secte, 
ou  encore  celui  des  souverains.  Ces  autels  sont  placés 
dans  une  des  pièces  de  la  maison,  généralement  au 
salon  (kyakuma  ^  fgj)  ;  on  leur  offre  chaque  matin 
de  l'eau  ou  du  thé,  des  mets,  des  fleurs,  de  l'en- 
cens, etc.  ;  les  offrandes,  qui  varient  selon  les  sectes, 
sont  plus  considérables  à  l'occasion  des  fêtes  boud- 
dhiques, de  l'anniversaire  des  morts,  etc. — Les  moines 
eux-mêmes  ont  un  autel  domestique  dans  leur  loge- 
ment (dit  *hôjô  ^7  ^fc  "[cellule  de]  dix  pieds  carrés", 
kuri  Ht^  "magasin",  etc.);  ils  y  vénèrent  un  B.  à 
titre  individuel  (naibutsu  fa  f#,  *jibutsu  #f^),  en 
dehors  du  culte  qu'ils  assurent  dans  le  sanctuaire 
même  (hondô  ^C^).  Cette  coutume  remonterait  à 
l'Inde  :  dans  Ttt.  2125  m,  Gijô  (Yi  tsing)  H^f  (671- 
695)  rapporte  en  effet  qu'en  Inde  et  dans  les  Mers  du 
Sud  les  moines  bouddhistes  vénéraient  des  images 
dans  leurs  chambres  d'habitation,  soit  sur  la  fenêtre, 
soit  dans  une  niche.  Au  moment  des  repas,  ils  recou- 
vraient l'image  d'une  tenture  ;  chaque  matin  ils  la 
lavaient  et  lui  offraient  de  l'encens  et  des  fleurs,  et  à 
midi  ils  lui  offraient  une  partie  de  leur  repas.  A  côté 
de  l'image  était  placée  une  boîte  contenant  des  textes 
sacrés.  Les  moines  dormaient  dans  une  autre  pièce. 
Tel  était  le  rituel  du  culte  individuel,  distinct  des 
cérémonies  qui  avaient  lieu  dans  l'édifice  du  sanc- 
tuaire. Gijô  ajoute  que  la  coutume  de  dormir  dans 
une  pièce  autre  que  celle  de  l'image  ne  paraît  pas 
justifiée,  puisque  du  vivant  du  B.  ses  disciples  par- 
tageaient sa  chambre. — En  Chine  aussi,  cette  cou- 


tume existait  dès  avant  l'époque  de  Gijô  :  Ttt.  2070 
(105  b,  16)  rapporte  que  Dôshaku  (Tao  tch'o)  jf|££, 
second  patriarche  chinois  de  la  secte  Jôdo  (562-645), 
vénérait  des  textes  et  une  image  dans  son  logement 
privé.  Zrzs.  (cité  Zsjt.  959)  rapproche  cette  coutume 
de  celle  des  confucianistes  à  qui  il  était  prescrit  de 
sacrifier  aux  ancêtres  dans  leur  chambre  lorsqu'ils 
n'avaient  pas  de  temple  ancestral  (byô  •$$). —  Au 
Japon,  un  décret  de  l'empereur  Temmu  ^^;,  en 
date  de  685,  ordonna  à  tous  les  gens  du  peuple  de 
réserver  au  B.  une  chambre  pour  y  vénérer  son  image 
et  ses  sûtra  (Nihongi  xxix)  ;  mais  on  ne  sait  dans 
quelle  mesure  cet  ordre  fut  mis  à  exécution.  A  l'époque 
de  Heian,  il  semble  que  l'image  ait  été  vénérée  dans 
une  pièce  (généralement  le  salon)  dite  jibutsudô 
$$  ifa'ËL  "salle  du  B.  en  tant  que  patron  individuel"  ; 
en  même  temps,  les  fidèles  commençaient  à  rappor- 
ter des  centres  de  pèlerinage  des  dessins  grossiers 
qu'ils  collaient  aux  murs  de  leurs  maisons.  C'est  par 
suite  des  mesures  de  proscription  prises  contre  le 
christianisme  que  le  gouvernement  des  Tokugawa 
obligea  chaque  famille  à  avoir  un  autel  domestique 
et  à  pratiquer  le  culte  bouddhique  ;  ainsi  se  répandit 
dans  toutes  les  classes  de  la  société  japonaise  l'usage 
de  l'autel  domestique  [cf.  Bdji.  4020].  Quant  à  la 
coutume  d'associer  aux  images  bouddhiques,  sur 
l'autel  domestique,  les  tablettes  des  ancêtres,  elle 
montre  jusqu'à  quel  point  le  bouddhisme  a  pénétré 
dans  la  vie  intime  et  familiale  des  Japonais  ;  en 
Chine,  du  reste,  surtout  dans  le  Sud,  le  tabernacle 
familial  comporte  généralement,  auprès  des  tablettes 
ancestrales,  une  ou  des  images  bouddhiques  (p.  ex., 
au  Fou-kien,  une  statuette  de  *Kannon).  Au  Japon, 
les  tablettes  ancestrales  sont  placées  à  côté  de  l'image 
bouddhique  ;  il  n'y  a  pas  de  règle  fixe  pour  le  nombre 
de  générations  dont  les  tablettes  sont  ainsi  vénérées. 
Parfois  l'ensemble  des  ancêtres  est  représenté  par  une 
tablette  ou  une  inscription  collective,  et  les  tablettes 
individuelles  sont  déposées  au  temple  ;  parfois  on  ne 
conserve  sur  l'autel  domestique  que  les  tablettes  des 
morts  récents  ;  parfois  même,  durant  les  quarante- 
neuf  jours  qui  suivent  une  mort  (cf.  *Sai,  *Sôhô), 
la  tablette  est  placée  devant  l'image  bouddhique. 
Cf.  *Ihai. 

BUTSUDO  fô±  "terre  de  B.",  ou  Bukkokudo 
[do]  ~  [$j  Ji  "royaume  de  B.",  Bukkai  ~^?-,  Bus- 
sekai  ~  itt:  ^  "monde  de  B.  " ,  Butsuden  ~  [2 
"champ  de  B.",  etc.  ;  te.  Bussetsu  ~$l|,  etc.=sk.  ; 
buddhaksetra  ;  tib.  sans  rgyas  kyi  sin  Mvy.  3065. 
Le  terme  *Bukkyô  'fl&ljt  (q.v.),  qui  répond  en  prin-( 
cipe   au   sk.    buddhavisaya    "Domaine   de  B.",    est; 


BUTSUDO 


199 


BUTSUDO 


souvent  confondu  en  ch.  avec  les  équivalents  de 
buddhaksetra. — Terrain  de  Buddha  :  résidence  des  B. 
et  des  Êtres  qu'ils  régissent  et  sur  lesquels  s'exerce 
leur  oeuvre  de  prédication,  de  conversion  et  de  salut  ; 
c'est  en  somme  une  sorte  d'univers  mystique  (cf. 
dans  le  christianisme  "Royaume  de  Dieu",  "Cité 
de  Dieu"...),  conçu  surtout  du  point  de  vue  des 
rapports  entre  le  sauveur  et  ceux  qu'il  doit  sauver. 
— Des  différentes  td.  ch.  citées  ci-dessus,  Chiki  (Tche 
yi)  ^  ^1  donne  l'interprétation  suivante  dans  son 
cm.  du  Vimalakîrtisûtra  Z.  I,  xxvi,  5  (432  a)  :  "On 
dit  "royaume  de  B."  parce  que  le  B.  y  réside  :  de 
même  qu'un  royaume  reçoit  les  noms  de  ses  rois 
bien  que  ceux-ci  y  résident  [non  pas  seuls,  mais] 
avec  leurs  courtisans  et  leurs  sujets  [en  Chine,  jus- 
qu'à l'époque  moderne,  le  nom  officiel  de  l'empire 
était  celui  de  la  dynastie  régnante],  ainsi  ce  Terrain 
est  appelé  "royaume  de  B."  bien  que  le  B.  y  réside 
avec  tous  les  Êtres  qui  possèdent  des  Facteurs  [de 
salut].  On  dit  "terre  de  B.  " ,  parce  qu'elle  sert  d'appui 
au  B.  On  dit  "monde  de  B.",  parce  qu'il  marque 
les  limites  (kai  $$.)  de  la  résidence  d'un  Buddha",  etc. 
— La  te.  f«fc  t^I]  s'emploie  aussi,  en  Chine  et  au  Japon, 
comme  désignation  littéraire  des  temples  bouddhiques. 
D'après  Bdji.  4007,  4015,  le  caractère  $]  doit  alors 
se  lire  *satsu  et  non  *setsu,  c.-à-d.  que  cette  expres- 
sion signifierait  ici  le  pilier  ou  le  mât  d'un  stûpa 
bouddhique,  d'où  par  extension  "stûpa"  puis  "temple, 
monastère"  ;  mais  on  peut  aussi  bien,  semble-t-il, 
l'interpréter  au  sens  de  "Terrain  bouddhique",  sens 
auquel  on  lirait  Bussetsu  au  Japon.  Cf.  *Satsu  et 
*Setsu. — La  notion  de  ces  Terrains  de  B.  est  liée 
à  celle  du  B.  lui-même,  de  sa  nature  (cf.  *Busshô)  et 
de  ses  Corps  (cf.  *Busshin),  et  varie  selon  les  écoles. 
On  trouvera  ci-dessous  un  aperçu  des  opinions  et 
des  classifications  scolastiques,  tiré  en  partie  des 
encyclopédies  jap.  (p.  ex.  Bdji.  4023-4024),  dans  les- 
quelles les  données  traditionnelles  de  l'exégèse  sino- 
jap.  occupent  une  place  quelque  peu  abusive  au 
détriment  des  sources  primaires  de  provenance  ind. 
Pour  plus  de  détails,  on  se  reportera  à  l'ouvrage 
récent  du  Prof.  Mochizuki  M  ,£]  fg  *P>  L'origine  et 
le  développement  des  doctrines  relatives  aux  Ter- 
rains purs  (Jôdokyô  no  kigen  oyobi  hattatsu  ^  i, 
$k1&fâ%.%!tiÈ).  Tôkyô,  1930,  notamment  p.  727- 
762. — Dans  la  scolastique  du  Petit  Véhicule,  la 
question  de  différents  Terrains  de  B.  ne  se  pose  pas, 
puisque  le  B.  n'est  pas  encore  considéré  comme 
Supramondain  et  que  son  Terrain  s'identifie  par 
conséquent  à  notre  (triple)  monde,  qu'il  ne  dépasse 
point.  Du  reste,  le  P.V.  n'admet  pas  une  pluralité 
de  B.  (ni  par  conséquent  de  Terrains  de  B.)  dans  le 


même  temps  ;  l'Àgama  est  formel  sur  ce  point  : 
"Il  est  impossible  que  deux  B.  apparaissent  dans  le 
monde  simultanément",  et  l'école  Sarvâstivâda  res- 
tait fidèlement  attachée  à  ce  dogme  (cf.  *Butsu, 
sup.  p.  193  b).  Mais  d'autres  écoles  du  P.V.  (Sautrân- 
tika,  Mahâsânghika)  interprétaient  l'expression  "dans 
le  monde",  non  pas  au  sens  de  l'ensemble  de  tous 
les  mondes,  mais  au  sens  d'un  seul  monde  (un  Trichi- 
liocosme)  parmi  les  autres,  et  admettaient  l'existence 
simultanée  de  différents  B.  dans  les  différents  mondes. 
Toutefois  il  ne  s'agissait  toujours  que  d'univers 
"naturels"  et  impurs,  comme  celui  du  B.  Sâkya- 
muni.  Pour  un  essai  de  retrouver  dans  le  "boud- 
dhisme originel"  l'origine  de  la  doctrine  des  "Ter- 
rains purs",  cf.  Teramoto  ^^J^S^I  dans  0  ^^ 
tfc^t&#4'lft.  voL  IV>  1933— Avec  la  sublima- 
tion et  l'idéalisation  du  B.  dans  le  Grand  Véhicule, 
la  question  des  Terrains  de  B.  change  d'aspect  ;  en 
dehors  de  notre  (triple)  monde,  on  postule  des  "Ter- 
rains purs" ,  des  mondes  épurés,  transcendants  comme 
les  B.  qui  les  régissent  ou  même  les  créent  ou  dont 
ils  sont  des  émanations  "métamorphiques".  Un  des 
premiers  problèmes  qui  se  posèrent  à  la  scolastique 
du  G.V.  fut  d'expliquer  le  rapport  entre  ces  "Ter- 
rains purs"  (*jôdo  ^Ji)  et  les  "Terrains  impurs" 
(edô  l^zil»  litt.  "sales",  ou  fushôjôdo  ^fpf^i. 
"impurs" ,  zendo  i-fe  i.  "souillés  ",  etc.)  ou  "mixtes" 
(zôdo  jff|  i.,  mêlés  de  pureté  et  d'impureté)  de  notre 
univers  profane.  Le  dogme  des  hypostases  (*Busshin), 
qui  justifie  la  relation  entre  le  B.  "terre  à  terre"  de 
la  tradition  du  P.V.  et  les  Corps  métaphysiques  du 
G.V.,  servit  aussi  à  classer  et  à  expliquer  les  Terrains. 
Le  Mahâprajhâpâramitâéâstra  Tt.  1509  xxxii  (302  b-c), 
qui  ne  connaît  que  deux  Corps,  ne  distingue  aussi 
que  deux  sortes  de  Terrains  (plus  leur  combinaison), 
compris  encore  dans  le  Trichiliocosme,  mais  en 
nombre  infini  :  "Il  y  a  diverses  sortes  de  Terrains 
de  B.  :  purs,  impurs,  mixtes.  Il  est  dit  dans  le  Sûtra 
de  la  Rubrique  des  Dieux  Trente-trois  (Sanjûsan- 
tenhongyô  3^1  1"r*.  ^  m  $£)  que,  le  B.  étant  allé 
faire  une  Retraite  de  repos  au  Ciel  des  Trente-trois, 
les  quatre  assemblées  s'attristèrent  de  sa  longue 
absence  et  déléguèrent  Maudgalyâyana  afin  de  lui 
demander  pourquoi  il  abandonnait  ainsi  les  Etres. 
Le  B.  lui  fit  voir  dans  le  Trichiliocosme  de  nom- 
breux B.  se  livrant  à  des  Faits  de  B.  variés  :  prédi- 
cations, pratiques  d'Extase,  Mendicité. .  .Alors  Maud- 
galyâyana, éclatant  en  pleurs . . . ,  se  prosterna  devant 
le  B.  en  disant  :  "Grande  est  ta  Compassion,  car 
loin  d'abandonner  les  Êtres  tu  les  convertis  et  les 
sauves  de  diverses  façons  !  "  —  "Et  tu  n'en  vois  que 
bien  peu  !  "  reprit  le  B.   "Au  delà  de  ce  que  tu  vois, 


BUTSUDO 


200 


BUTSUDO 


il  y  a  à  l'Est  un  royaume  dont  le  sol  est  d'or  pur  et 
dont  le  B.  n'a  pour  disciples  que  des  Arhat  ;  plus 
loin  encore,  un  royaume  dont  le  sol  est  d'argent  et 
où  les  Disciples  sont  tous  B.-pour-soi  ;  plus  loin  encore, 
toujours  à  l'Est,  un  royaume  dont  le  sol  toujours 
resplendissant  est  fait  des  sept  Joyaux  et  où  les 
Disciples  sont  tous  des  Bs.  Sans-régression  et  pos- 
sèdent les  Charmes  et  les  Concentrations.  Tous  ces  B., 
sache-le,  ne  sont  autres  que  moi-même  ;  c'est  moi 
qui,  dans  ces  mondes  de  l'Est,  innombrables  comme 
les  grains  de  sable  du  Gange,  et  tant  ornés  [=purs] 
que  non-ornés  [= impurs],  accomplis  ces  oeuvres  de 
B.  ;  et  il  en  est  de  même  dans  les  dix  directions." 
C'est  ainsi  [reprend  le  sâstra  après  cette  citation]  que 
le  B.  Sâkyamuni  a  "aussi"  [en  plus  de  son  Terrain 
"mixte"]  un  monde  [= Terrain]  pur  comme  le 
royaume  [pur]  d'Amita,  et  qu'Amita  possède  "aussi" 
un  monde,  comme  le  royaume  de  Sâkyamuni,  à  la 
fois  orné-pur  et  non  omé-impur  [c.-à-d.  un  Ter- 
rain "mixte"].  La  grande  Compassion  des  B.  pénètre 
jusqu'à  la  moelle  ;  sans  songer  à  la  beauté  ou  à  la 
laideur  des  mondes,  ils  prêchent  et  convertissent 
selon  les  besoins  de  salut,  comme  une  mère  n'hésite 
pas  à  secourir  son  enfant  bien-aimé  fût-il  tombé 
dans  une  fosse  d'aisance.  "  Tous  les  Terrains  de  B. 
du  Trichioliocosme  sont  conçus  dans  ce  texte  comme 
ceux  d'un  seul  B.,  selon  le  principe  de  l'Égalité  inté- 
grale (cf.  *Byôdô),  cher  au  G.V.  :  "Tous  les  B.  ne 
sont  qu'un  seul  B.  ;  tous  les  Terrains  de  B.  ne  sont 
qu'un  seul  Terrain  de  B.  "  (Ratnakûta  T.  310  lxxxvi, 
493  b-c). — Dans  un  autre  passage  (Tt.  1509  xcm, 
714  a),  le  M°pr0pâr°sastra  affirme  l'existence  de 
Terrains  purs  situés  au  delà  et  en  dehors  des  trois 
Plans  qui  constituent  notre  monde  (ou  nos  mondes  : 
Trichiliocosme . . .)  ;  ces  Terrains  sont  ceux  où  résident 
les  Arhat  qui,  ayant  épuisé  tout  Facteur  d'Écoule- 
ment dans  les  trois  Plans,  sont  exempts  de  renais- 
sance dans  ces  Plans  :  c'est  dans  ces  Terrains  "extra- 
cosmiques" qu'ils  "complètent  leur  Éveil"  en  écou- 
tant le  Saddharmapundarîkasûtra  (cf.  *Jôdo). — Le 
même  sâstra,  ib.  xxx  (282  a-b),  prend  ailleurs  l'ex- 
pression "Terrain  de  B."  au  sens  de  :  "ce  Terrain 
de  Félicité  qu'est  le  B."  (Buddha-[punya-]ksetra), 
le  B.  étant  conçu  comme  le  receveur  des  Dons  de 
ceux  qui  l'adorent,  comme  "champ :'  où  les  Racines- 
de-bien  (kusalamûla)  que  sont  ces  Dons  "fructifient" 
en  Félicité  :  "Planter  une  Racine-de-bien  dans  ce 
Terrain  [de  Félicité]  qu'est  le  B.  (ici  Butsuden  f& 
Efl)...,  c'est  faire  une  offrande . . .  aux  B.  des  trois 
temps  et  des  dix  directions,  soit  qu'ils  soient  en  ce 
monde,  soit  à  leurs  images,  à  leurs  Reliques,  ou  sim- 
plement en  pensant  à  eux ...  Il  y  a  toutes  sortes  de 


Terrains  de  Félicité,  mais  le  B.  est  le  premier. .  .En 
effet,  le  Joyau  de  la  Loi  est  bien  le  Maître  du  B.  ; 
mais  s'il  n'y  avait  pas  de  B.  pour  énoncer  la  Loi, 
celle-ci  resterait  inutile,  de  même  que  sans  bon  méde- 
cin un  bon  médicament  reste  inutile  ;  c'est  pourquoi 
le  Joyau  de  B.  [comme  Terrain  de  Félicité]  est  men- 
tionné [dans  la  Prajnâpâramitâ]  avant  le  Joyau  de 
la  Loi  et  celui  de  la  Communauté.  D'autre  part,  ce 
Terrain  qu'est  le  B.  fructifie  en  Rétributions  Incom- 
mensurables ;  pour  les  autres  Terrains  de  Félicité, 
les  Rétributions  sont  bien  dites  "Incommensurables" , 
mais  comportent  en  réalité  des  degrés  et  des  diffé- 
rences... En  outre,  le  Terrain  de  B.  [c.-à-d.  ce  Ter- 
rain de  Félicité  que  constitue  pour  le  Donateur  un  B.] 
est  pur  :  les  mauvaises  herbes  des  Passions,  Amour 
et  autres,  y  sont  arrachées  ;  il  a  pour  sol  uni  la  mora- 
lité (sîla)  pure,  pour  fertilité  la  Grande-Compassion  ; 
il  ne  comporte  point  de  ces  terres  salines  [impro- 
ductives] que  sont  les  Hérésies  ;  il  a  pour  canaux 
les  37  Ailes-de-1' Éveil,  pour  murailles  les  10  Forces, 
les  4  Sécurités,  les  4  Pleins-savoirs,  etc.  ;  il  fructifie 
en  Rétribution  de  Nirvana  pour  les  trois  Véhicules. 
Inépuisables  sont  les  Félicités  qu'on  récolte  en  plan- 
tant ou  en  semant  dans  ce  Terrain  sans  supérieur 
et  sans  égal ..."  — La  notion  de  Terrain  de  Félicité 
rejoint  ici  celle  de  Terrain  pur  (*Jôdo)  ;  c'est  en 
effet,  toujours  d'après  le  M0pr°p°sâstra  Tt.  1509 
xcm  (710  b,  711  c),  en  raison  de  leurs  Facteurs  anté- 
rieurs de  pureté,  en  particulier  de  leur  pratique  et  de 
leur  enseignement  des  six  Perfections,  et  des  Dons 
des  sept  Joyaux  qu'ils  ont  faits  aux  B.  et  à  leurs 
Communautés,  que  les  Bs.  peuvent  émettre  le  Vœu 
de  réaliser  un  Terrain  de  B.  pur  et  orné  des  sept 
Joyaux.  Dans  ce  Terrain  pur,  il  n'y  aura  pas  d'être 
appartenant  aux  trois  Destinations  mauvaises  (Infer- 
naux, Trépassés,  Animaux),  mais  seulement  des 
Hommes  et  des  Dieux  :  c'est  pourquoi  le  B.  reçoit 
l'épithète  de  "Maître  des  Hommes  et  Dieux"  (cf. 
*Butsu)  ;  toutefois  [comme  on  l'a  déjà  vu  ci-dessus] 
leB.  aura  non  pas  un  Terrain  unique,  mais  des  Terrains 
innombrables,  et  parmi  ces  Terrains,  si  les  uns  seront 
purs,  d'autres  seront  mixtes  [mêlés  d'impureté]  et 
comporteront  des  Êtres  appartenant  à  toutes  les 
cinq  Destinations. — C'est  un  "lieu  commun",  dans 
la  .littérature  de  Prajnâpâramitâ  (citations  Dzsi.  II, 
757  a)>  °xue  pour  "orner  et  purifier  le  Terrain  de  B." 
il  faut  "se  purifier  soi-même,  et  purifier  autrui,  des 
trois  Turbulences  [du  corps,  du  verbe,  de  l'esprit]", 
ou  encore  "orner  et  purifier  la  Conduite  Spirituelle 
des  Êtres".  "Purifier  le  Terrain  de  B."  doit  s'en- 
tendre ici  des  pratiques  par  lesquelles  les  Bs.  font 
apparaître,  pour  eux-mêmes  et  pour  autrui,  une  sorte 


JUTSUDO 


20I 


BUTSUDO 


d'univers  transfiguré  ("orné"  de  Joyaux,  de  fleurs 
de  Lotus,  etc.  :  "là  tout  n'est  qu'ordre  et  beauté"  ; 
le  terme  ch.  gon  j§£  doit  répondre  au  sk.  vyûha),  par 
delà  notre  monde  de  souillure  ;  et  ces  pratiques 
doivent  être  avant  tout  d'ordre  spirituel,  car  un 
Terrain  pur  ne  peut  exister  que  pour  un  Esprit  pur 
("aux  purs  tout  est  pur"). — C'est  sur  cet  aspect 
spirituel  des  Terrains  purs  qu'insiste  un  autre  ouvrage 
de  l'école  Sûnyavâda,  le  Vimalakîrtinirdeéa,  dont  le 
chapitre  initial  est  consacré  aux  Terrains  de  B.  : 
les  Terrains  purs  sont  conçus  ici  comme  des  paradis 
transcendants  que  le  B.  révèle  à  ceux  des  Êtres  dont 
l'Esprit  est  pur  ;  aux  autres  n'apparaît  que  notre 
monde  impur,  lui-même  création  du  B.  à  l'usage  des 
Êtres  inférieurs.  T.  475  1  :  Le  B.  siège  dans  le  bois 
d'Àmrapâlî  à  Vaisàlî . . .  Un  jeune  Laïc,  Ratnakûta, 
l'interroge  sur  les  Terrains  de  B.  purs  :  "Ce  sont", 
dit  le  B.,  "les  [différentes]  espèces  d'Êtres  qui  consti- 
tuent les  [différents]  Terrains  de  B.  [qu'obtiendront] 
les  Bs.  En  effet,  les  Bs.  adoptent  [différents]  Terrains 
de  B.  selon  les  Êtres  qu'ils  ont  à  convertir  et  à  domp- 
ter, selon  le  royaume  qui  convient  aux  [différents] 
Êtres  pour  s'initier  à  la  Sapience  de  B.,  pour  produire 
des  Racines  de  Bs.  Car  c'est  pour  le  bénéfice  des 
Êtres  que  les  Bs.  émettent  le  Vœu  d'adopter  [tel  ou 
tel]  Terrain  pur . . .  Sache-le,  ô  Ratnakûta  !  C'est 
l'Esprit  droit,  l'Esprit  profond,  l'Esprit  de  l'Eveil,  le 
Don,  l'observance  des  Défenses.  ..qui  constituent  le 
Terrain  pur  des  Bs.  ;  lorsque  ceux-ci  deviendront  B., 
tous  les  Êtres  véridiques,  riches  en  Mérites,  mahâ- 
yânistes,  capables  de  renoncement,  ayant  pratiqué 
les  dix  Chemins-de-bien . . . ,  ce  sont  tous  ceux-là  qui 
s'en  viendront  renaître  dans  les  royaumes  de  ces 

Bs Ainsi   donc,   ô   Ratnakûta,   pour  obtenir  un 

Terrain  pur,  les  Bs.  doivent  purifier  l'Esprit;  c'est 
en  raison  de  la  pureté  d'Esprit  qu'est  pur  le  Terrain 
de  B."...  "Mais  s'il  en  est  ainsi",  questionne  Sâri- 
putra,  "comment  se  fait-il  que  soit  impur  à  ce  point 
ce  Terrain  de  B.  [qui  apparaît  à  nos  sens  dans  ce 
bois  d'Amrapâlî],  alors  que  certes,  du  temps  où  notre 
Bg.  [Sâkyamuni]  était  Bs.,  son  Esprit  était  pur  ?"  . . . 
"Ce  n'est  point",  réplique  le  B.,  "par  la  faute  du  B., 
mais  de  leur  propre  fait,  que  les  Êtres  n'aperçoivent 
point  la  pureté  ornée  du  Terrain  de  B.  Pur  est  ce 
mien  Terrain,  ô  Sâriputra  ;  c'est  toi  qui  ne  le  vois 
point. . .  " — "Tel  que  je  le  vois",  reprend  Sâriputra, 
"ce  Terrain  est  plein  d'impuretés  :  collines  et  fossés, 
ronces  et  graviers,  terre  et  rocs..." — "C'est  dans 
ton  propre  Esprit  qu'est  l'inégalité  ;  c'est  parce  que 
tu  vois  ce  Terrain  sans  te  fonder  sur  la  Sapience  de  B., 
qu'il  est  impur  [à  tes  yeux] ..."  Alors  le  B.,  touchant 
le  sol  de  ses  orteils,   fait  apparaître  aux  yeux  de 


Sâriputra  et  de  l'assemblée  un  Terrain  de  B.  pur, 
orné  des  Joyaux  innombrables  du  Trimégachilio- 
cosme,  et  où  chacun  des  auditeurs  se  voit  assis  sur 
une  fleur  de  lotus.  Et  il  déclare  à  Sâriputra  :  "Mon 
Terrain  de  B.  est  toujours  pur  ainsi  ;  ce  n'est  qu'ann 
de  sauver  ces  gens-ci,  inférieurs  [comme  toi],  que  je 
révèle  ces  Terrains-ci,  mauvais  et  impurs.  De  même 
que  tous  les  Dieux  prennent  leur  nourriture  dans  un 
seul  et  même  récipient  de  Joyaux,  mais  que  la  couleur 
des  aliments  diffère  selon  les  Mérites  de  chaque  Dieu, 
c'est  ainsi,  ô  Sâriputra,  qu'il  suffît  d'avoir  l'Esprit 
pur  pour  voir  les  ornements  de  Mérites  de  ce  Terrain.  " 
Kumârajîva  et  ses  collaborateurs,  dans  leur  cm.  de- 
cette  dernière  phrase  Ttt.  1775  1  (338),  formulent 
les  observations  suivantes  :  Si  l'existence  de  Terrains 
divers,  purs  et  impurs,  n'était  due  qu'aux  différences 
de  Mérites  chez  les  Êtres,  le  sûtra  ne  dirait  point 
qu'elles  leur  sont  révélées  par  le  B.  ;  mais  d'autre 
part,  si  c'était  le  B.  seul  qui  révélait  aux  Êtres  les 
Terrains  purs  en  leur  cachant  les  Terrains  impurs, 
il  n'y  aurait  point  là  de  bénéfice  pour  les  Êtres. . . 
Du  "point  de  vue"  du  B.,  les  Terrains  sont  toujours 
purs  ;  c'est  en  correspondance  avec  les  Êtres  infé 
rieurs  qu'en  dehors  [des  Terrains  purs]  il  en  existe 
d'impurs  ;  [en  réalité]  ceux-ci  sont  identiques  l 
ceux-là.  Cf.  la  formule  pittoresque  d'un  auteur  ch. 
tardif  [Shûmitsu  (Tsong  mi),  IXe  s.  ;  Ttt.  1795  B  1, 
cité  Dzsi.]  :  "Enfers  comme  palais  des  Dieux,  tout 
est  Terrain  pur". — Un  autre  cm.  du  Vim°k°nirdesa 
Ttt.  1781  11  (931  a)  ajoute  que  c'est  aux  Bs.  que  le 
Terrain — en  réalité  toujours  le  même — apparaît  pur, 
et  aux  adeptes  des  deux  V.  qu'il  apparaît  impur, 
parce  que  ces  derniers  ne  se  fondent  pas  sur  la 
Sapience  de  B.  C'est  là  la  doctrine  du  Yogâcâryabhû- 
miéâstra  Tt.  1579  LXIX  (73^  c)  :  Il  y  a  deux  sortes 
de  mondes,  purs  et  impurs . . .  Dans  le  monde  pur 
on  ne  trouve  ni  Infernaux,  ni  Animaux,  ni  Trépas- 
sés ;  il  ne  relève  pas  non  plus  ni  du  Plan  du  Désir,  ni 
du  Plan  du  Formel,  ni  du  Plan  du  Sans-Forme  ;  on 
n'y  éprouve  pas  de  Douleur  ;  n'y  réside  que  la  Com- 
munauté [cléricale,  sô  fg',  sangha]  des  purs  Bs.  C'est 
après  avoir  gagné  la  troisième  Terre  que  les  Bs.  y 
reçoivent  naissance  de  par  la  force  Souveraine  de 
leur  Vœu.  On  n'y  trouve  ni  Auditeurs,  ni  B.-pour-soi, 
soit  Profanes  soit  non  Profanes,  ni  Bs.  Profanes  [le 
terme  Profane,  sk.  prthagjana,  s'oppose  ici  à  Saint, 
sk.  ârya  ;  le  Saint  seul  est  exempt  des  trois  Desti- 
nations mauvaises  :  cf.  S.  Lav.  639  sq.  et  Moch. 
120  b]... — Dans  Y  école  Hossô  (Vijhaptimâtra),  les 
Terrains  correspondent  aux  Corps  de  B.,  et  l'on  en 
compte  'trois  [ou  quatre]  :  (1)  d'Essence  (ou  de 
Nature-propre),   (2)  de  Fruition  [(2  a)  de  Fruition 


BUTSUDO 


202 


BUTSUDO 


pour  soi,  (2  b)  de  Fruition  pour  autrui],  et  (3)  de 
Métamorphose.  Cf.  p.  ex.  Buddhabhûmisâstra  Tt. 
1530  vu  (326  b-c),  dont  la  doctrine  sur  ce  point  peut 
se  résumer  ainsi  :  (1)  Le  Corps  d'Essence  a  pour 
Substantiel  la  pure  Ainsité,  c.-à-d.  la  réalité  même 
(sk.  tattva)  de  toutes  les  Essences  ;  illimité  comme 
les  Essences,  omniprésent  comme  l'Espace,  sa  forme 
et  ses  dimensions  échappent  à  toute  expression.  Le 
texte  ne  dit  rien  de  son  Terrain.  (2)  Le  Corps  de 
Fruition  est  soit  Sans-Forme,  soit  Formel  ;  sous  ce 
dernier  aspect,  son  Formel  est  soit  (2  a)  réel  (sk.  sat), 
soit  (2  b)  Métamorphique  (sk.  nirmita).  On  appelle 
"Terrain  pur  réel"  le  Terrain  constitué  par  le  For- 
mel réel  du  corps  de  Fruition  ;  ce  Terrain  s'étend  à 
tout  l'ensemble  du  Plan  des  Essences  et  ne  peut  être 
connu  que  du  B.  lui-même  [Fruition  pour  soi].  Quant 
au  Formel  Métamorphique  de  ce  Corps,  il  actualise 
toutes  sortes  de  Terrains  accessibles  aux  Bs.  des 
grandes  Terres  (bhûmi)  :  c'est  dans  un  de  ces  Ter- 
rains purs  que  le  Corps  de  Fruition  [pour  autrui] 
prêche  le  Dasabhûmikasûtra  [cf.  Tt.  1530  1  (293- 
296),  longue  dissertation  sur  les  Terrains  purs,  v. 
*Jôdo].  (3)  Les  Terrains  Métamorphiques  sont  ceux 
qu'actualise  le  Corps  de  Métamorphose  pour  les 
Êtres  des  Terres  Métamorphiques  (keji  -ffc^fi,,  sk. 
nirmâna-bhûmi  ?). — Doctrine  analogue  dans  la  Sid- 
dhi  Tt.  1585  x  (58  b-c)  [S.  Lav.  711-714],  qui  précise 
le  rapport  entre  les  Corps  et  les  Terrains  :  il  ne  s'agit 
plus  ici,  comme  dans  les  textes  Sûnyavâda  cités  plus 
haut,  du  rapport  entre  le  B.  et  les  Êtres,  envisagé 
du  point  de  vue  du  salut,  mais  le  problème  se  pose 
plutôt  en  termes  d'ontologie  ou  d'épistémologie  : 
(1)  le  Corps  d'Essencité  (ou  de  Nature-propre)  a  pour 
Terrain  l'Essencité  elle-même  ;  entre  Corps  et  Ter- 
rain, pas  de  différence  de  Substantiel  :  le  Terrain  se 
rapporte  au  Corps  comme  la  Nature-propre  (sva- 
bhâva)  à  l'attribut  qui  la  manifeste  (laksana).  Ni  le 
Corps  ni  le  Terrain  ne  ressortissent  au  Formel.  Ils 
sont  infinis  et  omniprésents  comme  l'Espace.  (2)  Les 
Corps  de  Fruition  "s'appuient  en  retour"  (gène  j§ 
$•)  sur  leurs  propres  Terrains  [Corps  et  Terrains 
sont  interdépendants,  ils  s'appuient  l'un  sur  l'autre, 
n'existent  qu'en  fonction  l'un  de  l'autre],  (a)  Le  Corps 
de  Fruition  pour  soi,  par  une  transformation  (hen  ^) 
continue  (en  "Série")  de  sa  Notation  pure  (la  hui- 
tième, cf.  *Shiki),  Associée  à  la  Connaissance  de 
Miroir,  produit  un  Terrain  pur,  orné  de  Joyaux,  illi- 
mité, qui  est  dû  à  la  Concoction  des  Causes- Facteurs 
cultivés  naguère  par  le  Bs.  en  vue  de  son  propre  béné- 
fice. Ce  Corps  et  son  Terrain  ne  relèvent  pas  non  plus 
du  Formel  ;  ils  sont  illimités,  (b)  Au  Corps  de  Frui- 
tion pour  autrui  correspondent  des  Terrains  "purs", 


mais  limités  et  susceptibles  de  se  modifier,  à  l'usage 
des  Bs.  des  dix  Terres  ;  ces  Terrains  résultent  d'une 
transformation  de  la  Connaissance  d'Égalité,  trans- 
formation due  elle-même  à  la  maturation  des  Causes- 
Facteurs  cultivés  naguère  par  le  Bs.  pour  le  bénéfice 
d'autrui.  (3)  Les  Terrains  du  Corps  de  Métamorphose 
sont  dits  Métamorphiques  (nirmita-ksetra)  ;  ils  sont 
créés  Métamorphiquement,  à  l'usage  des  Êtres  infé- 
rieurs aux  Terres  (bhûmi),  par  la  Connaissance  Qui- 
parfait-les-Actes  ;  soit  purs  soit  souillés,  ils  sont 
limités,  modifiables.  Les  Terrains  (1)  et  (2)  sont  iden- 
tiques entre  eux,  ou  ne  se  font  pas  Contreheurt, 
quels  que  soient  les  B.  auxquels  ils  appartiennent  ; 
les  Terrains  (3)  et  (4)  peuvent  être  soit  communs, 
soit  non  communs  à  plusieurs  B.,  selon  les  Etres  à 
convertir.  La  Siddhi  examine  ensuite  les  rapports 
entre  les  Terrains,  purs/ou  impurs,  et  les  Notations- 
à-Écoulement  ou  sans- Ecoulement,  dont  ils  sont  une 
"transformation". — Ce  passage  de  la  Siddhi  est  lon- 
guement développé  dans  1 '"Encyclopédie  des  doc- 
trines du  G.V."  Ttt.  1861  vu  (369-374),  de  Kiki 
(K'ouei  ki,  632-682  p.  C),  où  tout  un  chapitre  est 
consacré  aux  Terrains  de  B.  ;  on  trouvera  dans  ce 
chapitre  un  exposé  systématique,  avec  de  nombreuses 
citations  à  l'appui,  des  théories  du  G.V. — princi- 
palement de  l'école  Hossô  (Vijnaptimâtra) — sur  les 
Terrains.  Kiki  remarque  notamment  que,  parmi  les 
Terrains  Métamorphiques,  il  y  en  a  d'exclusivement 
purs,  qui  s'actualisent  pour  les  Bs.  des  dix  Terres  ; 
ceux  qui  apparaissent  aux  Bs.  antérieurs  aux  Terres, 
et  aux  deux  V.  inférieurs,  sont  tantôt  purs  (comme 
sera  celui  de  Maitreya),  tantôt  impurs  (comme  est 
celui  de  Sâkyamuni).  Quant  aux  Terrains  de  Fruition, 
d'après  Kiki,  ils  comportent  tous  deux  du  Formel, 
mais  seulement  des  Masses  de  Formel  Sans-Ecoule- 
ment ;  ces  Masses  constituent  le  Terrain  "matériel" 
(ki  !£,  sk.  bhâjana),  distinct  des  Êtres,  de  même 
que  dans  un  royaume  humain  il  y  a  d'une  part  les 
Etres  qui  l'habitent  et  de  l'autre  son  territoire  maté- 
riel.— Un  autre  exégète  ch.,  Kichizô  (Ki  tsang,  549- 
623  p.  C),  de  la  secte  Sanron  (Mâdhyamika),  traite 
également  des  Terrains  de  B.  dans  son  Traité  sur  le 
G.V.,  Ttt.  1853  v  (67),  et  dans  son  cm.  du  Virmala- 
kîrtinirdesa,  Ttt.  1781  11  (927-928)  ;  il  répartit  les 
Terrains  en  cinq  catégories  :  (1)  purs  (jô  f^),  résul- 
tant des  Facteurs  de  Bien  accumulés  par  les  Êtres 
sous  l'influence  convertissante  des  Bs.  ;  (2)  impurs 
(fujô  A^W)'  résultant  pour  les  Êtres  de  leurs  Fac- 
teurs de  Mal  ;  (3)  purs  [devenus]  impurs  (jôfujô 
^yf>^),  ceux  des  Êtres  qui  avaient  des  Facteurs 
de  Bien,  mais  les  ont  laissé  s'épuiser  ;  (4)  impurs 
purifiés  (fujôjô  ^^^),  ceux  des  Etres  chez  qui 


BUTSUDO 


203 


BUTSUGE 


les  Facteurs  de  Mal  viennent  à  être  supplantés  par 
les  Facteurs  de  Bien  :  ce  sera  p.  ex.  le  cas  du  Terrain 
pur  de  Maitreya,  purification  de  notre  actuel  Terrain 
impur  ;  (5)  mixtes  (zô  $f|),  où  la  pureté  et  l'impu- 
reté se  trouvent  mêlées,  en  raison  des  Facteurs  à  la 
fois  bons  et  mauvais  des  Êtres.  Tous  ces  Terrains 
sont  dits,  d'une  part  Terrains  d'Êtres  (shujôdo  3s$£  ^ 
i.)  ou  Terrains  de  Rétribution  (hôdo  ^Ji),  en  tant 
qu'ils  résultent  des  Actes  des  Êtres,  d'autre  part 
Terrains  de  B.  (butsudo  $fr  Jl)  ou  de  Correspondance 
(ôdo  J$S  -il),  en  tant  qu'ils  résultent  de  l'influence 
convertissante  des  B.  sur  les  Êtres  ou  sont  actualisés 
par  les  B.  Les  "Terrains  purs"  (ire  catégorie  ci-dessus) 
se  subdivisent  à  leur  tour  en  quatre  catégories  : 
(1)  Terrains  communs  aux  Profanes  et  aux  Saints 
(bonjôdôgodo  Ai^Iol^dl).  comme  sera  celui  de 
Maitreya,  ou  comme  est  celui  d'Amita,  où  en  plus 
des  neuf  catégories  de  Profanes  (kuhon  A.  1S1)  se 
trouvent  des  Saints  et  des  sages  des  trois  V.  ;  (2)  Ter- 
rains communs  au  Grand  et  au  Petit  Véhicule  (dai- 
shôdôgodo  ^JÇ'h  fo]  J^  i.),  ceux  qui  sont  en  dehors 
des  (trois)  Plans  et  où  renaissent  les  Arhat  et  les  Bs. 
"de  grande  Force"  qui  sont  délivrés  de  tout  corps 
fragmentaire  (bundan  shin  5h|§;  $%)  dans  les  trois 
Plans  ;  (3)  Terrains  réservés  aux  seuls  Bs.  (dokubo- 
satsushojûdo  $jj  &-  §|  ffi  -Q:  ±)  :  p.  ex.  le  monde  du  B. 
Gandhâlaya  [où  Vimalakîrt^  envoya  un  Bs.  chercher 
de  la  nourriture  pour  le  B.],  ou  le  monde  [dont  le 
sol  est  fait]  des  sept  Joyaux  [cf.  le  Sûtra  de  la  Rubrique 
des  Dieux  Trente-trois,  cité  ci-dessus  d'après  Tt. 
1509  xxxii]  ;  (4)  Terrains  réservés  aux  seuls  B.  (sho- 
butsudokkodo  ^^^^i),  comme  celui  dont  il 
est  question  dans  ce  texte  de  T.  245  :  "Sages  et 
Saints  résident  dans  [des  Terrains  de]  Fruition  ; 
seul  le  B.  réside  dans  le  Terrain  pur". — L'école  Ten- 
dai  établit  une  classification  analogue  sous  quatre 
chefs  Ttt.  1778  1  (564  sq.)  :  (1)  Terrains  communs 
aux  Profanes  et  aux  Saints  :  il  y  en  a  de  purs  et 
d'impurs  ;  (2)  Terrains  dits  de  Moyen  avec-Reste 
(hôbeiïyuyodo  ^/j  fË^fi^  "h).  ou  résident  les  Saints 
des  deux  V.  inférieurs  et  les  Bs.  qui,  par  la  double 
Inspection  (*Kan  jfg)  du  Vide  (*kû  £*?)  et  du  Fictif 
(*ke  ^),  ont  tranché  les  deux  Troubles  (*waku  ^) 
de  la  Vue  (*ken  Jj[)  et  de  la  Réflexion  (*shi  ^),mais 
n'ont  pas  encore  détruit  l'Inscience  :  ils  sont  donc 
"avec-Reste"  et,  bien  qu'ils  soient  délivrés  de  tout 
"corps  fragmentaire"  dans  les  trois  Plans,  ils  reçoi- 
vent, pour  pratiquer  les  "Moyens",  des  "corps  de 
transformation"  (hehyakushin  ^  |jj  Jf)  dans  un 
Terrain  situé  hors  des  Plans  ;  (3)  Terrain  de  Frui- 
tion (kahôdo  l^^dl).  ou  résident  comme  Corps 
d'Essence  les  Bs.  qui  ont  détruit  l'Inscience  ;  (4)  Ter- 


rains radieux  de  quiétude  éternelle  (jôjakukôdo  $£ 
^Ht^L)'  ou  ne  résident  que  les  B.  d'Eveil  sublime 
(*myôkaku  i$  %fc)  :  ils  sont  pur  Idéal,  Essencité,  Ain- 
sité,  et  le  Corps  s'y  confond  avec  le  Terrain. — Eon 
(Houei  yuan),  exégète  éclectique  de  la  fin  du  VIe  s., 
donne  dans  Ttt.  1851  xix  (834  sq.)  un  chapitre  sur 
les  Terrains  purs,  avec  une  répartition  des  Terrains 
basée  sur  la  théorie  des  trois  Corps. — Dans  l'école 
Kegon  (Avatamsaka),  on  distingue  :  (1)  des  Terrains 
Inexpressibles  relevant  de  la  catégorie  de  l'Effet  et 
dits  Kokudokai  [fScj  ;£.#$  "mer  des  Terrains"  ;  (2)  des 
Terrains  Inexpressibles  relevant  de  la  catégorie  du 
Causal  et  dits  Sekaikai  ifc^f#$  "mer  des  Mondes". 
Cette  dernière  rubrique  comprend  :  (a)  le  Monde  de  la 
Matrice  de  Lotus  (Rengezôsekai  ïË&^Jj&^k^-),  qui 
est  le  Domaine  des  dix  Corps  de  Vairocana  ;  (b)  les 
dix  sortes  de  Mondes  (Jûjusekai  -f-  f|!  i£  ffi)  :  Nature 
de  Monde,  Mer  de  Monde,  Roue  de  Monde,  Pléni- 
tude de  Monde,  etc.  ;  (c)  les  innombrables  Mondes 
"mixtes"  (Muryôzôruisekai  $fc H  f|  |J  ifr  ffi)  :  formes 
d'Êtres,  formes  de  Sumeru,  formes  de  rivières,  etc. 
(Bdji.  4023-4024). — L'école  S hingon  (Tantrisme)  répar- 
tit les  Terrains  en  trois  catégories  :  (1)  Le  Royaume 
à  ornements  Es.  (Mitsugonkokudo  $£  jUiH  _~L),  où 
réside  Vairocana  en  son  Corps  d'Essence  ou  de 
Nature-propre  :  ce  Terrain  est  orné  de  tous  les  Mérites 
inépuisables  des  trois  Ésotériques  ;  (2)  les  Terrains 
purs  des  dix  directions  (Jippôjôdo  ~h^f^  i.)»  où 
réside  le  Corps  de  Fruition  pour  autrui  :  ce  sont  les 
Terrains  purs  d'Amita,  d'Aksobhya,  de  Bhaisajya- 
guru,  etc.  ;  (3)  les  palais  de  Dieux  et  d'Asura  (Sho- 
tenshuragû  ^^C^H^),  correspondant  aux  Corps 
de  Métamorphose  et  de  Coulée.  Ces  trois  Terrains  se 
manifestent  respectivement  à  ceux  qui  ont  obtenu 
chacune  des  trois  catégories  d'Atteinte  mystique 
(♦Shicchi)  (Mdjt.  1942,  d'après  Ttt.  1796  ni). — Un 
auteur  de  l'école  Zen  (Dhyâna)  institue  dans  Tt.  2016 
lxxxix  (903)  une  classification  en  cinq  Terrains  qui 
semble  inspirée  à  la  fois  de  celle  du  Hossô  et  de  celle 
du  Tendai. — Dans  l'école  proprement  dite  des  Ter- 
rains purs  (Jôdo),  où  la  croyance  au  Terrain  pur  de 
l'Ouest,  la  Sukhâvatî  d'Amita,  a  pris  un  dévelop- 
pement prodigieux,  on  a  longuement  discuté  pour 
savoir  si  la  Sukhâvatî  est  un  Terrain  de  Fruition,  où 
ne  peuvent  accéder  les  Profanes,  ou  un  Terrain  de 
Métamorphose  où  ils  ont  accès.  Sur  ce  problème,  et 
sur  les  Terrains  purs  en  général,  cf.  *Jôdo. 

BUTSUGE  %%,  dent  de  Buddha.— Le  B.  a 
quarante  dents  (shi  j£{,  sk.  p.  danta,  tib.  chems) 
[au  lieu  de  trente-deux  comme  les  autres  hommes 
Tt.  1509  iv]  ;  elles  sont  égales,  serrées,  et  blanches  ; 


BUTSUGE 


204 


BUTSUGE 


ce  sont  là  autant  de  Caractères  de  Grand  Mâle  (sô 
^g).  Certaines  des  listes  de  ces  trente-deux  Carac- 
tères, p.  ex.  dans  T.  187  m  (559),  220  ccclxxxi 
(968),  579  il,  Tt.  1509  iv,  et  lxxxviii,  etc.,  spécifient 
que  le  Grand  Mâle  a  les  quatre  canines  (ge  5f",  sk. 
damstrâ,  p.  dâ^hâ,  tib.  mène  ba)  blanches  et  longues  ; 
mais  en  général  c'est  seulement  dans  la  liste  des 
quatre-vingt  excellences  secondaires  de  Grand  Mâle 
(ko  ffî  ;  cf.  *Sôgô)  que  les  canines  sont  mentionnées 
à  part,  avec  des  épithètes  qui  varient  selon  les  textes  : 
arrondies,  pointues,  régulières,  blanches,  etc.  L'Ava- 
tamsakasûtra  T.  279  xlviii  (253  b),  dans  une  liste 
de  quatre-vingt-dix-sept  Caractères  du  Grand  Mâle, 
distingue  également,  parmi  les  quarante  dents  du  B., 
les  quatre  canines,  qui  sont  ornées  de  Joyaux,  de 
svastika,  de  fleurs,  d'or,  et  émettent  une  lumière 
dans  laquelle  apparaissent  d'innombrables  corps  de 
B.  ;  et  le  cm.  Ttt.  1735  xlviii  (866  b)  ajoute  qu'au 
Nirvana  ces  canines  ne  sont  point  pulvérisées.  Cf. 
aussi  T.  261  iv  (883)  :  Tout  ce  que  consomme  le  Tg., 
boissons,  mets,  poissons,  se  transforme  en  Ambroisie 
au  contact  de  ses  quatre  canines. — Les  dents  du  B., 
et  plus  spécialement  ses  canines  inconsumées  lors 
de  la  crémation,  constituent  une  de  ses  principales 
Reliques  (cf.  *Shari).  D'après  la  tradition  commune, 
lorsqu'après  la  mort  de  Sâkyamuni  le  brahmane 
Drona  procéda  au  partage  des  Reliques,  les  quatre 
canines  furent  attribuées  respectivement  à  Indra, 
aux  royaumes  de  Gandhâra,  de  Kalinga,  et  au  Dra- 
gon du  village  de  Râma  T.  1451  xxxix  (402)  [=Dulva, 
td.  Rockhill,  Life,  147,  et  Dîg°  Nik°  xvi,  6,  28  ;  pour 
Râma  le  texte  ch.  donne  la  te.  Arama  ppfUJtÊ]. 
Toutefois  d'après  le  Dîrghâgama  T.  1  IV  (29  c)  [cité 
Ttt.  2040  iv  (75  a)],  c'est  à  Ajâtasatru,  roi  du  Maga- 
dha,  que  revinrent  les  canines,  ou  plus  exactement  la 
ou  les  canines  supérieures. — T.  377  11  (910)  rapporte 
qu'Indra  ouvrit  lui-même  le  cercueil  précieux  pour 
prendre  la  canine  droite  supérieure,  malgré  les  objur- 
gations d'Aniruddha  qui  lui  enjoignait  d'attendre 
l'autorisation  de  l'Assemblée  ;  il  emporta  cette  Relique 
au  ciel,  mais  deux  Râksasa  rapides  avaient  profité 
de  son  intrusion  pour  dérober,  à  l'insu  de  tous,  une 
autre  des'  canines.-— Cette  canine  emportée  par  Indra 
était  conservée  dans  l'un  des  quatre  stûpa  où  les 
Dieux  vénéraient,  dans  .le  ciel  des  Trente-trois,  quatre 
Reliques  de  Sâkyamuni  Ttt.  2040  111  (66),  Ttt.  21 21 
VI  (28).  C'est  là  que  d'après  Tt.  1462  111  (690  a) 
[=Samantapâsâdikâ]  vint  la  chercher  le  Novice 
Sumanas,  envoyé  par  le  roi  de  Ceylan  Devânâmpriya- 
Tisya  ;  Indra  lui  remit  la  dent  :  il  la  rapporta  à  Cey- 
lan, où  le  roi  la  reçut  en  grande  pompe  et  fit  ériger 
sur  elle  un   stûpa.   Selon  le   Dâthâvamsa,   ouvrage 


singhalais  plus  récent,  c'est  la  Relique  du  Kalinga 
qui  fut  transférée  à  Ceylan,  au  début  du  ive  siècle  ; 
depuis  la  mort  du  B.  jusqu'à  cette  date,  elle  avait 
été  conservée  dans  la  "Ville  de  la  Dent"  (Danta- 
pura),  capitale  de  Kalinga.  La  dent  des  Ceylan  est 
restée  célèbre  entre  toutes  les  Reliques  du  B.  Elle 
est  encore  vénérée  de  nos  jours,  dans  un  sanctuaire 
de  Kandy  où  elle  fut  transférée  vers  l'an  1600  ;  elle 
est  d'un  jaune  sale  et  mesure  près  de  deux  pouces 
(cf.  sa  description  dans  Kern,  Histoire  du  Boud- 
dhisme dans  l'Inde,  II,  131;  et  surtout  Goloubew, 
Le  Temple  de  la  Dent  à  Kandy,  BEFEO,  XXXII, 
11).  Le  stûpa  qui  la  contenait  naguère  était  un  centre 
de  pèlerinage  très  fréquenté  par  les  moines  ch.  Hok- 
ken  (Fa  hien)  ££  KS  la  vit  au  début  du  Ve  siècle  et 
rapporte  comment  chaque  année,  au  milieu  de  la 
3e  lune,  elle  était  portée  en  procession  solennelle  au 
monastère  d'Abhayagiri,  où  on  la  laissait  pendant 
90  jours  Ttt.  2085  (cf.  Ttt.  2037  vu).  Au  vne  siècle, 
Gijô  (Yi  tsing)  fff|^  alla  lui  rendre  hommage,  ainsi 
que  plusieurs  autres  pèlerins  Ttt.  2066  1  (3-4),  il 
(9-10)  ;  l'un  d'eux,  Myôon  (Ming  yuan)  P^  ^,  tenta 
même  de  la  voler  pour  la  rapporter  en  Chine  :  une 
tradition  voulait  en  effet  que  cette  dent  fût  destinée 
à  parvenir  en  Chine  dans  un  avenir  éloigné  ib.  1  (3). 
— Une  autre  des  quatre  canines,  celle  du  Gandhâra, 
était  conservée  à  Nagarahâra,  dans  un  grand  stûpa 
que  visitèrent  au  ve  siècle  Hokken  (Fa  hien)  Ttt. 
2085  et  au  milieu  du  VIe  siècle  Dôyaku  (Tao  yo) 
Ttt.  2092  v  ;  au  VIIe  siècle  le  stûpa  était  en  ruines, 
et  la  dent  avait  disparu  Ttt.  2087  11  (878).  Genjô 
(Hiuan  tsang)  mentionne  des  dents  à  Balkh  Ttt. 
2087  1  (872)  [Watters,  Travels,  1,  108],  au  Kapisa 
ib.  1  (875)  [W.  128  :  dents  de  lait  du  Bs.  Sâkya],  à 
Nagarahâra  ib.  11  (878)  [W.  183],  à  Bâmiyân  ib.  1 
(873  b  :  dents  du  B.,  d'un  B.-pour-soi  du  passé,  d'un 
Roi-tournant-la-Roue-d'or),  au  Cachemire  ib.  111 
(887)  [W.  279],  à  Kanyâkubja  dans  l'Inde  Centrale 
ib.  v  (893)  [W.  352]. — En  Chine  aussi  des  dents  de  B. 
furent  vénérées  à  plusieurs  reprises.  Ttt.  2059  xm 
(411  c — 412  a)  rapporte  comment  une  de  ces  dents, 
provenant  de  l'Uddiyana  et  rapportée  de  Khotan, 
en  475,  par  le  pèlerin  Hokken  (Fa  hien)  -#:J||]t  fut 
volée  en  522  ;  cf.  Ttt.  2034  xi  (95  c).  En  530  une  autre 
dent  aurait  été  apportée  en  Chine  par  une  ambas- 
sade persane  (Chavannes,  Religieux  éminents,  p.  55 
n.  3). — D'après  une  légende  consignée  dans  Ttt. 
2061  xiv  (791  a),  2035  xxxix  (367),  etc.,  une  canine 
du  B.  [évidemment  celle  qu'avaient  volée  des  Râksasa 
lors  du  Parinirvâna]  fut  donnée  par  Nada,  fils  du 
Dieu- Roi  Vaisravana  (cf.  *Bishamon),  au  célèbre 
visionnaire  Dôsen  (Tao  siuan)  jf|  jf£  (596-667).  Celui-ci 


BUTSUGEMMO 


205 


BUTSUGEMMO 


la  remit  à  son  disciple  Monkô  £  #^,  et  elle  fut  conser- 
vée dans  un  monastère  où  l'empereur  Daisô  (Tai 
tsong)  ft>K  la  nt  chercher  pour  l'inspecter  en  776 
(ou  767);  Ttt.  2035  xli  (379  a),  2061  xiv  (791  a-b). 
Lors  de  l'avènement  des  Sô  (Song),  l'empereur 
Taiso  (T'ai  tsou)  >tc|R  (960-975)  la  transféra  en 
sa  capitale  de  Rakuyô  (Lo  yang),  où  son  suc- 
cesseur Taisô  (T'ai  tsong)  ^^  la  soumit,  en  983,  à 
l'épreuve  du  feu,  dont  elle  sortit  intacte  Ttt.  2037  iv 
(861  b),  cf.  2035  xliii  (398  a),  lui  (460  c)  ;  en  1043 
cette  même  dent,  implorée  au  palais  impérial,  fit  cesser 
une  sécheresse,  et  on  la  plaça  alors  dans  une  chapelle 
d'or  à  quatre  portes  Ttt.  2037  iv  (866  c),  2035  xlv 
(410  b). — Sous  les  Cinq  Dynasties,  une  autre  dent, 
"grosse  comme  le  poing",  avait  été  apportée  en  Chine 
par  un  moine  revenant  d'Occident  qui  l'offrit  à  l'em- 
pereur Meisô  (Ming  tsong)  Bfl^  des  Gotô  (Heou 
T'ang)  ^  Hf ,  en  928  ;  celui-ci  la  montra  à  ses  ministres 
et,  se  référant  à  la  tradition  d'après  laquelle  les  dents 
du  B.  ne  peuvent  être  endommagées  ni  par  le  feu 
ni  par  l'eau  (var.  par  le  marteau),  la  fit  mettre  à 
l'épreuve  :  elle  se  brisa.  Cf.  3L  {ti  }&>  xxvm,  4  a-b  ; 
H  3Lfti^..  lxvii,  3  b.  En  962  un  moine  de  Tourfan 
apporta  une  dent  de  B.-pour-soi,  Ttt.  2035  xliii  395  a. 
— En  1105  les  Jucen  installèrent  à  leur  tour  une  dent 
de  B.  dans  leur  palais  impérial,  Ttt.  2036  xix  (679  a). 

BUTSUGEMMO  f&B&#,  te.  botsudaroshanô  & 
PË&ï^lt.  etc.=sk.  Buddhalocanâ  Mvy.  4278,  tib. 
Sans  rgyas  kyi  spyan.  Personnification  féminine  de 
l'Œil  de  B.  La  plupart  des  documents  sino-jap. 
donnent  la  forme  [Buddhajlocanî,  p.  ex.  Roshanei 
&;gï£,  Roshani  &;£1ij  Mdjt.  1934,  et  cf.  TZ.  I, 
36  ;  III,  75  ;  VIII,  79  ;  etc.— L'Œil  de  B.  est  dans 
l'Ex.  le  dernier  des  cinq  Yeux  (cf.  *Gen  BB)  :  Œil 
de  chair,  Œil  divin,  Œil  de  Sapience,  Œil  de  Loi, 
$Eil  de  B.  ;  seul  un  B.  possède  tous  les  cinq.  Dans 
l'Es.,  l'Œil  de  B.  est  personnifié  sous  le  nom  de  But- 
sugemmo  "Œil-de-B.  Mère"  ;  son  image  figure  dans 
la  Cour  d'Omniscience  et  dans  la  Cour  de  Sâkya  du 
Cercle  du  Plan  de  Matrice,  et  il  a  d'autre  part  un 
cercle  spécial  portant  son  nom.  Les  personnages  du 
Plan  de  Matrice  sont  répartis  entre  trois  clans  (sk. 
kula)  ou  Sections,  bu  ^  :  Section,  de  B.,  Section  de 
Lotus  et  Section  de  Diamant  ;  à  chacune  de  ces 
Sections  président  deux  personnages,  l'un,  masculin, 
dit  bushu  oJSiÈ  "chef  de  Section",  l'autre,  féminin, 
dit  bumo  HjWtf  "mère  de  Section"  ;  Œil  de  B.  est  la 

"mère"  de  la  Section  de  B.  (la  Section  de  Lotus  a 
pour  "mère"  Pândaravâsinî,  cf.  *Byakuekannon,  et 
la  Section  de  Diamant  Mâmakî,  cf.  *Mômôkei).  On 

'appelle    aussi    Butsugen-son    AfeHIit^    "Vénérable 


Œil  de  B.",  Butsugen-bumo  ~  ^R  M  ~  mere  de 
Section",  Butsugen-butsumo  ~  ^  I$j:  "~  mère  de 
B.  ",  etc.  Son  nom  complet  est  Issaibutsugendaikon- 


gôkichijôissaibutsumo    —  \J)  f#  B$  ~X.  -§L 


=t* 


m- 


\J)  $|i  (îj:  "Œil  de  tous  les  B.,  grand  Diamant,  Fortunée, 
mère  de  tous  les  B."  T.  867  11  (259  c).  On  trouve 
encore  les  noms  Kokûgen  ^  *£  H$  "Œil  d'Espace" 
(ou  de  Vide,  sk.  gagana,  cf.  inf.  "Germes"),  Ttt. 
1796  iv  (623  b)  et  ib.  v  (631  c)  [en  tant  qu'elle  figure 
dans  la  Cour  d'Omniscience  de  Vairocana,  lequel  a 
pour  Substantiel  le  Caractère  Réel  qui  n'est  autre 
que  le  Vide  ;  toutefois  T.  1902  ix  distingue  le  Bs. 
Kokûgenbutsumo  $[  "£  11$  fo  T$  du  Bs.  Butsugen  fH» 
Bg],  et  d'autre  part  Nôjakugen  fts^BR  "Œil  de 
Sâkyamuni  "  Ttt.  1796  v  (633  c) ,  ou  Henchigen  îg  ^  B& 
"Œil  d'Omniscience"  T.  848  1  (7  c)  [en  tant  qu'elle 
figure  dans  la  Cour  de  Sâkyamuni]. — L'épithète 
*Butsumo  (q.v.),  "mère  de  B.",  ne  signifie  pas  qu'elle 
engendre  les  B.,  car  p.  ex.  Vairocana,  qui  est  un 
Corps  d'Essencité  universel  (omniprésent),  ne  peut 
être  engendré  par  autrui.  Elle  s'applique  à  l'Œil  de  B. 
en  tant  que  cet  Œil  permet  aux  B.  de  discerner  les 
besoins  divers  des  Êtres  à  sauver,  et  d'engendrer 
par  suite  [tels  des  mères]  différentes  formes  [hypos- 
tases,  manifestations]  appropriées  aux  différentes 
catégories  d'Etres  Ttt.  1796  v  (633  c,  19-20).  C'est 
pourquoi  les  Formules  et  les  Sceaux  de  ce  person- 
nage s'emploient  dans  le  culte  des  personnages  les 
plus  variés  [hypostases  variées  des  B.]  Mdjt.  1932. 
Cette  personnification  de  l'Œil  de  B.  est  classée  le 
plus  souvent  comme  B.,  mais  parfois  aussi  comme 
Bs.,  p.  ex.  T.  1902  ix  (270),  ou  encore  comme  Reine 
de  Science  myôhi  B^^fi  (sk.  vidyârâjnî)  Ttt.  981 
(411  sq.),  T.  950  11  (199  a). — Butsugemmo  se  présente 
dans  les  textes  sous  trois  formes  principales  :  (1)  trans- 
formation (shohen  0f  ££)  de  Vajrasattva  :  T.  867  11 
(260  a)  "Alors,  devant  tous  les  Tg.,  Vajrasattva  se 
transforme  soudain  en  Corps  de  Mère-de-tous-les-B. 
Ce  Corps  se  tient  sur  un  grand  lotus  blanc  ;  son 
Corps  émet  de  blancs  rayons  de  lune  ;  ses  deux  yeux 
sont  souriants,  ses  deux  mains  reposent  sur  son 
nombril  comme  dans  l'attitude  de  la  Pacification 
[Sceau  dit  de  la  Concentration]  ;  et  de  tous  ses  mem- 
bres naissent  dix  Millions  de  B.,  [nombreux  comme] 
les  grains  de  sable  du  Gange  [lire  Gyôga  iU-^],  qui 
tous  lui  rendent  hommage." — C'est  cette  forme  qui 
possède  un  Cercle  spécial  décrit  ib.  11  (263  a)  :  "Alors 
la  Mère-de-B.,  de  Diamant,  Fortunée,  énonce  encore 
la  méthode  pour  dessiner  son  Cercle  :  On  prend  une 
pièce  d'étoffe  blanche,  on  y  peint  mon  image  grande 
comme  le  peintre  (car,  de  façon  générale,  pour  l'Ap- 
plication, toutes  les  images  doivent  avoir  une  gran- 


BUTSUGEMMO 


206 


BUTSUGEMMO 


deur  égale  à  celle  du  corps  assis  de  celui  qui  les  peint). 
Sur  cette  étoffe  on  dessine  une  fleur  de  lotus  à  huit 
pétales,  comportant  trois  étages  [var.  trois  assem- 
blées ;  il  s'agit  de  trois  rangées  concentriques  de  huit 
pétales  chacune].  Au  centre,  on  représente  mon 
propre  corps,  et,  sur  le  pétale  placé  devant  moi, 
le  Roi-Tournant-la-Rouè  Issaibucchô  —  -IjJJ  f&  jg 
[==*Kinrimbucchô==sk.  Ekâksarabuddhosnîsa],  tenant 
une  Roue  précieuse  de  Diamant  à  huit  rais  ;  puis  en 
cercle,  à  partir  de  la  droite,  on  place  les  émissaires 
(*shisha  fêl^)  des  sept  Luminaires  (shichiyô  ~fcllf§, 
sk.  graha  :  soleil,  lune,  cinq  planètes).  Dans  la 
deuxième  Cour  de  la  fleur  [i'.  e.  dans  la  deuxième  ran- 
gée circulaire  de  pétales],  devant  le  *Bucchô  à  la 
Roue,  on  peint  Vajrasattva,  et  en  cercle  à  partir  de 
la  droite  les  huit  grands  Bs.,  tenant  chacun  leurs 
symboles.  Dans  la  troisième  Cour,  en  cercle  à  partir 
de  la  droite,  on  place  les  huit  grands  Rois  de  Science 
de  Diamant.  Puis,  en  dehors  des  Cours,  en  disposition 
carrée  [i.  e.  dans  les  encadrements  carrés  de  la  fleur  de 
lotus],  on  peint  les  émissaires  [des  Bs.  dits]  des  huit 
grandes  Offrandes  (cf.  *Kuyô  f)k^$)  et  des  quatre 
Captations  (*Shishô  P9$j§).  Et  que  tous  portent  des 
coiffures  léonines." — Cf.   fig.  de  ce  Cercle  TZ.   IV, 


Fig.  68.  Butsugemmo  (Bnddhalocanâ)  dans  la  Cour  d'Omniscience 
du  Cercle  du  Plan  de  Matrice.  (Type  «  actuel.  *) 


164,  195-196  ;  III,  6  (pi.  13,  en  couleur  :  notre 
planche  XVIII)  ;  III,  75  ;  VIII,  72  (pi.  15,  en  cou- 
leur) [Vajrasattva  ne  semble  pas  y  figurer]. — Dans 
ce  même  texte  T.  867  11  (270  a-b),  Vajrasattva  se 
transforme  également  en  Ekâksara-buddhosnîsa  (cf. 
*Kinrimbucchô)  ;  ces  deux  personnages  sont  d'autre 
part  placés  l'un  auprès  de  l'autre  dans  le  Cercle 
spécial  de  Butsugemmo  comme  dans  celui  de  *Kin- 
rimbucchô  (cf.  Mnkk.  pi.  ni)  ;  et  souvent  l'on  iden- 
tifie l'un  à  l'autre  Butsugemmo  et  *Kinrimbucchô 
Mdjt.  1933. — (2)  Transformation  de  Vairocana  (*Dai- 
nichi)  :  c'est  la  forme  qui  figure  dans  la  Cour  d'Om- 
niscience du  Cercle  de  PI.  M.,  et  qui  est  appelée  Kokû- 
gen  "Œil  de  Vacuité",  cf.  sup.— (3)  Transformation 
de  Sâkyamuni  :  c'est  la  forme  qui  figure  dans  la 
Cour  de  Sâkyamuni  du  même  Cercle;  elle  reçoit 
dans  les  autorités  scripturaires  le  nom  de  Nôjakumo 
"Mère  de  Sâkyamuni"  Ttt.  1796  v  (633  c)  ou  de 
Henchigen  "Œil  d'Omniscience"  T.  848  1  (7  c)  ; 
mais  dans  la  tradition  jap.  se  rapportant  aux  pein- 
tures "actuelles"  des  deux  grands  Cercles  (Genzu 
3^1  |§J,  cf.  *Mandara),  cette  forme  est  dénommée 
Nyoraibô  #fl  3|Ç  ^|  "Joyau  de  Tg.  "  (nom  sk.  complet  : 
Sarva-tathâgata-mani),  parce  qu'elle  tient  dans  la 


Fig.  69.  Butsugemmo  (Bnddhalocanâ)  dans  la  Cour  de  Sâkyamuni 
du  Cercle  du  Plan  de  Matrice.  (Type  i  actuel.  ») 


PLANCHE  XVIII 


CERCLE  SPÉCIAL  DE  BUTSUGEMMO  (BUDI)  \IyOCANA). 
Zuzôshô  (Jikkamhô),  ms.  de  ci.  1310. 


BUTSUGEMMO 


207 


BUTSUGO 


main  gauche  un  lotus  surmonté  d'un  Joyau,  hô  ^| 
(sk.  cintâmani)  :  TZ.  I,  89;  Mdjt.  1760. — Iconogra- 
phie.— Dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice  :  (1)  La 
figure  de  la  Cour  d'Omniscience  devrait  avoir,  d'après 
l'autorité  scripturaire  T.  848  1  (6  c),  un  corps  cou- 
leur de  l'or  et  un  vêtement  de  soie  blanche  ;  mais 
dans  le  Genzû  jap.  elle  a  la  couleur  de  la  chair  et 
porte  un  vêtement  rouge  Sfdk.  m  (TZ.  I,  37  a). 
Elle  est  assise  sur  un  lotus  et  ses  mains  font  le  Sceau 
de  Concentration,  qui  est  aussi  celui  de  Vairocana 
(fig.  68,  d'après  TZ.  I,  646).  C'est  sous  cette  forme 
que  Butsugemmo  est  représentée  dans  son  Cercle 
spécial  (cf.  pi.  XVTIty,  ainsi  que  comme  transfor- 
mation de  Vajrasattva  d'après  T.  867  11  [cf.  TZ.  IV, 
395].— La  figure  de  la  Cour  de  Sâkyamuni,  elle  aussi 
assise  sur  un  lotus,  a  le  corps  doré  ;  elle  tient  dans  la 
main  gauche  un  Lotus  surmonté  d'un  triple  Joyau 


Fig-  7°- 
Symbole  de  Butsugemmo  (Buddhalocanâ).  Deux  spécimens. 


«. 


cintâmani)  ;  la  main  droite,  relevée  paume  en  avant, 
a  le  pouce  et  l'index  tendus,  le  médius  et  l'annulaire 
repliés,  l'auriculaire  à  moitié  replié  :  Sfdk.  vu  (TZ. 
I,  89  c)  [notre  fig.  69,  d'après  TZ.  I,  748  (n«  173)].— 
Kkzs.  II  (TZ.  I,  396-397)  donne  deux  autres  formes 
secondaires  d'après  T.  950  H  (199  a)  et  T.  966  (343  b). 
— Forme  de  Convention  (symbole)  : — Un  Lotus  sur- 
monté d'une  Protubérance-crânienne  et  de  deux  yeux 
(Bucchôgen  \%  jg  gg),  entouré  d'un  nimbe;  Ttt.  1796 
xvi  ;  TZ.  I,  36,  89  (cf.  fig.  70). — Sceaux. — Le  Sceau 
le  plus  couramment  usité  dans  le  culte  de  Butsu- 
gemmo est  le  "Sceau  à  cinq  yeux",  gogenin  jfî. BS 
P|]  :  médius  dressés  l'un  contre  l'autre,  paumes  creu- 
sées, index  recourbés  avec  leurs  extrémités  sur  l'exté- 
rieur des  médius  ;  pouces  dressés  touchant  de  leurs 
extrémités  la  surface  intérieure  des  médius  ;  annulaires 
et  auriculaires  abaissés  les  uns  vers  les  autres  :  ainsi  se 


Fig.  71. 

Le  Sceau  à  cinq  yeux 

de  Butsugemmo  (Buddhalocanâ). 


trouvent  formées  cinq  ouvertures  qui  représentent  les 
cinq  yeux  de  B.  (fig.  71,  d'après  TZ.  VIII,  78).  Autres 
Sceaux  Mdjt.  1932-1934. — Germes. — T.  848  indique 
le  Germe  ga,  première 
syllabe  du  mot  gagana 
"ciel,  vide",  mot  qui 
entre  dans  le  nom  "Œil 
de  Vacuité"  dont  Butsu- 
gemmo est  affectée  dans 
la  Cour  d'Omniscience. 
Autres  germes  :  gam  (dé- 
veloppement de  ga),  bu 
(première  syllabe  de  Bud- 
dhalocanî),  etc.  Mdjt. 
1933.— Formules.— Gran- 
de Formule  T.  867  il 
(260  a),  Tt.  894  :  Namo 

bhagavato  usnîsa  om  ruru  sphuru  jvala  tistha  siddha 
locanî  sarvârtha  sâdhanîye  svâhâ  [td.  ch.  Mdjt.  1934]. 
— Petite  Formule  Mdjt.  1934  :  Om  buddhalocanî 
svâhâ. — Formule  dite  d'Œil  de  Vacuité  T.  848  :  Gagana 
vara  laksane  gaganasame  sarvathodgata  'bhisara  sam- 
bhave  jvala  namo  'moghânâm  svâhâ  [tr.  ch.  ib.]. — 
Rituel. — Les  cérémonies  accomplies  en  l'honneur  de 
Butsugemmo  ont  pour  but  l'Apaisement  (*Sokusai, 
sk.  sântika)  ou  l'Exorcisme  (*Gôbuku,  sk.  abhicaruka). 
Elles  sont  décrites  dans  le  rituel  spécial  Tt.  981  et 
dans  le  chapitre  de  T.  867  consacré  à  Butsugemmo. 

BUTSUGO  fo  f*  :  Parole  du  B.— Un  sûtra  T.  832 
est  consacré  aux  caractéristiques  de  la  parole  des 
B.,  définies  par  opposition  à  ce  qui  n'est  pas  parole 
de  B. — Tt.  1509  xv  distingue  deux  sortes  de  paroles 
de  B.  :  (1)  paroles  de  Moyen  hôhengo  ^ffË|S, 
(2)  paroles  directes  jikigo  |f[  |§. — Mahâparinirvânasû- 
tra  T.  374  xxxv  (573  a-c),  trois  sortes  :  (1)  paroles 
conformes  à  son  propre  Mental,  zuijiigo  |§Ë  S  ^^  po"  : 
c'est  la  Loi  réelle  telle  que  le  B.  l'a  attestée  lui-même  ; 
(2)  paroles  conformes  au  Mental  d'autrui,  zuitaigo  fêg 
'Mi  M.  fa  '■  cest  la  Loi  de  Moyen  telle  qu'il  la  prêche 
en  l'adaptant  au  Mental  des  Êtres;  (3)  paroles 
conformes  à  la  fois  à  son  propre  Mental  et  à  celui 
d'autrui,  zuijitaigo  fêg  g  -ffe  j^%  |§.  Cette  triple  divi- 
sion est  devenue  classique  dans  la  scolastique  chi- 
noise. Références  Dzsi.  11  750. —  Ib.  (574  a-b)  sept 
sortes  :  (1)  paroles  sur  les  causes,  ingo  g^  |§  (prédic- 
tions sur  leurs  effets  futurs),  (2)  sur  les  effets,  kago 
^|§  (explications  sur  leurs  causes  passées),  (3)  sur 
les  causes  et  les  effets,  inkago  g|  ^  j^§  (toute  chose 
pouvant  être  considérée  en  ses  causes  passées  comme 
en  ses  effets  futurs),  (4)  paroles  d'Inférence,  yugo 
%  ïtn  (comparaisons,  paraboles),  (5)  paroles  incongrues, 


BUTSUGO 


208 


BUTSUGO 


fuôsetsugo  /f«  jfô  j%  fH|  (comme  lorsque  le  B.  dit  à  la 
Laïque  Mrgâramâtr  que  l'arbre  sala  peut  recevoir 
les  huit  Défenses  et  éprouver  les  plaisirs  des  hommes 
et  des  dieux),  (6)  paroles  ayant  cours  dans  le  monde, 
serufugo  IB:  $ft  ^  f§  (se  rapportant  à  des  Essences 
vulgaires  auxquelles  on  croit  dans  le  monde  :  l'in- 
dividualité, un  pot,  des  vêtements,  etc.),  (7)  paroles 
conformes  au  Mental  [du  B.],  nyoigo  jfll  H  g§  (comme 
lorsqu'il  enseigne  que  tous  les  Êtres  possèdent  la 
Nature  de  B.). — T.  397  XL  toutes  sortes  de  paroles 
de  B.  :  de  temps  absolu  (kara  3JfiftI=sk.  kâla),  de 
réalité,  de  vérité,  de  temps  de  Convention  (sk. 
samaya)  ;  faciles  à  comprendre,  pareilles  à  l'Ambroi- 
sie, à  la  voix  du  loriot,  etc. — T.  310  en  :  Le  B.  ne 
ment  jamais  :  ses  paroles  resteraient  vraies  même  si 
le  mont  Sumeru  venait  à  remuer,  les  étoiles  à  tomber, 
les  palais  des  Dieux  à  s'effondrer,  l'océan  à  se  dessé- 
cher, le  palais  des  Asura  à  prendre  la  place  de  ceux 
des  Dieux  ;  cf.  T.  190  xli. — Formule  canonique  T.  26 
xxxi,  99  xm  et  xxiv,  190  1,  1451  11,  1428  lui,  262  1 
(=Lotus,  Burnouf  11),  310  lxxiii,  721 1,  xxxvn,  lxiv  : 
La  parole  du  B.  (ou  la  Loi  énoncée  par  le  B.)  est 
bonne  au  commencement,  au  milieu  et  à  la  fin  ;  le 
sens  en  est  bon,  la  lettre  en  est  bonne  ;  elle  est  homo- 
gène, complète,  pure  ;  la  Conduite  Brahmique  s'y 
révèle. — Puisque  le  B.  a  prêché  la  Loi  pour  tous  les 
Êtres,  la  question  se  posait  de  savoir  en  quelle  langue 
il  l'a  prêchée.  Cette  question  est  discutée  Tt.  1554 
lxxix  (versions  parallèles  Tt.  1546  xli  et  Tt.  1547 
ix  ;  autre  texte  partiellement  parallèle  T.  212  xxm  : 
cf.  Lévi,  BEFEO,  V,  286  sq.),  citant  "le  Vinaya". 
Quand  le  Bg.  énonça  d'abord,  pour  les  quatre  Rois 
des  Dieux,  les  quatre  Vérités  saintes  dans  la  langue 
sainte  (sanskrit),  deux  des  Rois  purent  comprendre, 
deux  ne  le  purent.  Comme  le  Bg.  tenait  par  compas- 
sion à  leur  assurer  le  profit  total,  il  se  servit  de  la 
langue  vulgaire  des  pays  frontières  du  Sud  de  l'Inde 
(T.  1546  de  la  langue  Dravida  ;  T.  212  de  la  langue 
Tamil) . . .  L'un  des  Rois  comprit  alors,  mais  l'autre 
ne  comprenait  pas.  Le  Bg.  se  servit  alors  d'une  des 
sortes  de  langue  Mleccha. .  .et  tous  quatre  comprirent. 
Question  :  Quand  le  B.  se  servait  de  la  langue  sainte 
pour  énoncer  les  quatre  Vérités,  pouvait-il  faire  en 
sorte  que  tous  ceux  à  qui  il  prêchait  le  comprissent  ? . . . 
Si  vous  dites  qu'il  le  pouvait,  alors  pourquoi  deux  des 
Rois  des  Dieux,  en  l'entendant  parler  la  langue  sainte, 
n'ont-ils  pas  compris  ?  Et  si  vous  dites  qu'il  ne  le 
pouvait  pas,  que  faites-vous  de  la  stance  qui  dit  : 
Le  B.  se  sert  d'un  son  unique  (cf.  *Button)  pour 
énoncer  la  Loi,  et  les  Êtres  alors,  chacun  selon  sa 
catégorie,  en  obtiennent  l'intelligence  ;  tous  se  disent  ; 
le  Bg.  parle  la  même  langue  que  moi,   c'est  pour 


moi  seul  qu'il  énonce  tel  ou  tel  Sens  ? — Réponse  : 
"Un  son  unique"  veut  dire  la  voix  brahmique  (cf. 
*Bonnon).  S'il  se  trouve  qu'un  homme  de  Chine 
assiste  à  l'assemblée,  il  se  dit  que  le  B.  emploie  pour 
lui  les  sons  et  les  sens  de  Chine.  Et  de  même  si  c'est 
un  Saka,  un  Grec,  etc . . .  Et  de  même  ceux  qui  sont 
livrés  à  l'Attraction  l'entendent  prêcher  pour  eux 
le  Sens  de  la  Concentration  ayant  pour  objet  l'Im- 
pur ;  les  colériques  l'entendent  prêcher  pour  eux  le 
Sens  de  la  Concentration  ayant  pour  objet  la  Pro- 
duction par  les  Facteurs  ;  et  de  même  pour  les  orgueil- 
leux, etc. . . — Mais  s'il  en  est  ainsi,  comment  se  fait -il 
que  deux  des  Dieux-Rois,  entendant  la  langue  sainte, 
ne  purent  la  comprendre  ? — Parce  que  leurs  Dispo- 
sitions-mentales étaient  différentes  ;  et  c'est  pour  les 
satisfaire  pleinement  que  le  B.  parla  différemment. . . 
Ou  encore,  c'est  pour  montrer  qu'il  peut  s'exprimer 
clairement  en  toute  langue  que  le  B.  s'exprime  dif- 
féremment, afin  de  trancher  les  doutes  de  ceux  qui 
le  soupçonnent  de  ne  pouvoir  prêcher  que  dans  la 
langue  sainte . . .  Ou  encore,  certains  auditeurs  peu- 
vent être  convertis  par  un  langage  qui  ne  change 
pas  de  forme  (fuhengyôgon  ^HUf^lIn,  comme 
c'était  le  cas  pour  les  70.000  Êtres  qui  virent  les 
Vérités  lorsqu'au  Magadha,  pour  convertir  Chiken 
J&§5  (Puskarasârî  ?  cf.  Ibkj.  523),  B.  fit  un  pas 
de  12  Lieues,  tandis  que  d'autres  sont  convertis  par 
un  langage  qui  change  de  forme ...  De  plus,  certains 
posent  la  question  suivante  :  Si  le  B.  emploie  un  son 
unique  (cf.  *Button)  pour  énoncer  les  quatre  Vérités 
saintes,  il  ne  peut  faire  en  sorte  que  tous  ceux  à  qui 
il  prêche  le  comprennent  ;  c'est  qu'en  effet  ses  forces 
de  Magie  ne  peuvent  transgresser  les  Domaines  :  de 
même  il  est  incapable  de  faire  en  sorte  que  l'oreille 
voie  le  Formel  ou  que  l'œil  entende  les  sons.  Mais 
s'il  en  est  ainsi,  comment  expliquez-vous  la  stance 
précitée  ? — On  répondra  :  Il  n'est  pas  absolument 
nécessaire  d'expliquer  cette  stance,  car  elle  ne  figure 
pas  dans  les  Trois  Corbeilles  (Tripitaka),  et  les  stances 
à  la  louange  du  B.  contiennent  fréquemment  des 
erreurs . . .  Mais  du  reste,  on  peut  répondre  que  les 
sons  de  la  parole  du  Tg.  pénètrent  tous  les  Domaines 
de  la  voix,  et  que  le  Tg.  peut  exprimer  tout  ce  qu'il 
veut  en  n'importe  quel  langage  [comparer  le  don 
des  langues  des  Apôtres,  Actes  11].  S'il  s'exprime  en 
chinois,  c'est  que  cette  langue  est  la  meilleure  pour 
les  habitants  de  la  Chine  ;  s'il  s'exprime  en  langue  de 
Balkh, . . .  C'est  là  ce  que  signifie  la  stance  précitée. 
De  plus,  la  parole  du  B.  est  légère  et  aiguë,  le  flux 
en  est  rapide,  et  quoiqu'il  parle  toutes  sortes  de 
langues  on  peut  dire  qu'il  les  parle  toutes  en  même 
temps  :  ainsi  s'il  s'exprime  tour  à  tour  en  chinois, 


BUTSUMO 


209 


BUTSUMYO 


en  langue  de  Balkh,  en  langue  de  Rekka  1£  3JP  [corr. 
Shakka  j^iJP  =  Saka],  il  prononce  toutes  ces  langues 
sans  interruption  et  pour  ainsi  dire  en  même  temps, 
tant  son  élocution  est  rapide  ;  de  même  lorsqu'on 
voit  un  cercle  produit  par  un  feu  tournant,  on  n'a 
pas  la  Conception  de  chacun  des  tours  du  feu.  Ainsi 
peut  s'expliquer  la  stance.  Ou  enfin,  on  peut  dire 
que  le  son  de  la  parole  du  B.  est  unique  parce  qu'elle 
est  uniformément  profitable,  quelles  qu'en  soient  les 
variétés. — Cf.  aussi  T.  310  iv  :  Dans  cette  région  du 
Jambudvîpa,  il  y  a  en  gros  un  plein  millier  de 
royaumes,  et  il  y  a  seize  grands  royaumes  où  toute 
espèce  d'hommes  ont  toute  espèce  de  langages,  de 
mots,  dé  Dispositions-mentales.  Les  Tg.,  se  confor- 
mant au  langage  et  aux  expressions  de  tous,  emploient 
leurs  mots  pour  établir  les  quatre  Vérités,  afin  que 
tous  puissent  les  comprendre. — Cf.  *Bon  (Bongo), 
*Bonnon,  *Button,  *Shômyô. 

BUTSUMO  &  [$,  Mère  de  B.— (1)  La  mère  du 
B.  Sâkya,  Mâyâ  ;  ou  (p.  ex.  T.  145)  sa  tante  Mahâ- 
prajâpatî. — (2)  La  Loi,  en  tant  que  le  B.  naît  de 
la  Loi,  T.  156  vi. — (3)  La  Perfection  de  Sapience, 
qui  donne  naissance  à  l'Omniscience,  laquelle  carac- 
térise les  B.  ;  T.  220  cccvi  (558),  223  xvi,  227  iv  (554). 
Cf.  Tt.  1509  xxx  v  (314)  :  Du  père  et  de  la  mère, 
c'est  la  mère  qui  a.  le  plus  de  mérites  (à  l'égard  de 
l'enfant)  ;  c'est  pourquoi  la  Perfection  de  Sapience 
est  la  mère  des  B.,  la  Concentration  de  présence 
immédiate  (*Hanjusammai)  étant  leur  père.  En  effet, 
cette  Concentration  peut  bien,  par  le  recueillement  et 
le  maintien  de  l'Esprit  distrait,  permettre  la  réali- 
sation de  la  Sapience  ;  mais  elle  est  incapable  d'Ins- 
pecter le  Caractère  Réel  de  toutes  les  Essences,  comme 
le  peut  la  Perfection  de  Sapience,  dont  le  Mérite 
est  par  conséquent  supérieur.  Cf.  ib.  lxx  (550  a)  ;  et  les 
titres  de  T.  228,  229,  258,  Tt.  1517,  1518.  Dans  la  secte 
Zen  le  terme  Makabutsumo  Jfl  |nj*  191»  Ht  désigne  la 
grande  Perfection  de  Sapience  (sk.  mahâprajnâpâra- 
mitâ)  Ttt.  2025. — (4)  Es.  :  Personnification  de  la  Vertu 
par  laquelle  les  B.  peuvent  donner  naissance  à  toutes 
sortes  de  formes  pour  se  manifester  aux  différentes 
sortes  d'Etres,  grâce  à  l'Œil  de  B.  qui  leur  permet 
de  discerner  les  besoins  variés  des  Êtres  ;  en  ce  sens, 
la  mère  de  B.  par  excellence  est  appelée  Œil  de  B. 
(cf.  *Butsugemmo),  mais  l'épithète  de  Mère  de  B. 
est  souvent  appliquée  aussi  à  Cundî  p.  ex.  T.  1075, 
à  Mayûrî  p.  ex.  T.  982,  à  Prajnâ-bodhisattva  (Han- 
nyabosatsu),  etc.  La  Cour  d'Omniscience,  dans  le 
Cercle  du  Plan  de  Matrice,  où  figurent  ces  différents 
personnages,  est  appelée  parfois  Cour  des  Mères  de  B., 
Butsumoin  $i  -f{J:  fâ. 


BUTSUMYO  flfc£,  ou  Butsugô  fo%  :  nom  de 
B. — Le  seul  fait  de  l'invoquer  constitue  un  Mérite, 
car  "le  nom  connote  la  Nature-propre"  (myôsen- 
jishô  %x  f£  g  $;).  T.  365  :  En  invoquant  le  nom  de 
B.  vous  effacez  tous  vos  péchés.  Ib.  En  entendant  le 
nom  des  trois  Joyaux  :  B.,  Loi,  Communauté,  on 
peut  naître  au  Paradis.  En  entendant  le  nom  du  B. 
[*Amida]  et  des  deux  Bs.  [Avalokitesvara  et  Mahâ- 
sthâmaprapta],  on  peut  effacer  des  péchés  qui  entraî- 
neraient des  naissances  pendant  d'innombrables 
Périodes . . .  Celui  qui  invoque  le  B.  est  un  lotus  parmi 
les  hommes,  et  les  deux  Bs.  deviendront  ses  Amis-de- 
bien. — Il  existe  plusieurs  sûtra  des  noms  de  B.  : 
T.  440  (11.093  noms  de  différents  B.  et  Bs.),  441 
(compilation  ch.  apocryphe  fondée  sur  T.  440),  442 
(1.500  noms  :  150  pour  chacune  des  dix  direc- 
tions), 443  (5.500  noms  :  en  réalité  4725,  Bskd.),  444 
(100  noms),  445  (1.120  noms,  rangés  en  12  groupes 
de  nombres  variables,  sous  les  rubriques  des  dix  direc- 
tions, du  passé  et  de  l'avenir),  446-448  (3.000  noms  : 
mille  pour  chacune  des  Grandes  Périodes  du  passé, 
du  présent,  du  futur,  détails  sous  *Kô  ;  pour  T.  447, 
cf.  Fr.  Weller,  Tausend  Buddhanamen  des  Bhadra- 
kalpa,  Leipzig,  1928),  qui  se  récitent  beaucoup,  de 
nos  jours  encore,  dans  les  monastères  ch.  Au  Japon, 
ces  textes  se  récitaient  autrefois  annuellement  au 
cours  d'une  cérémonie  officielle  dite  Butsumyôe  fj£ 
^  ^  "assemblée  des  noms  de  B.",  ou  Butsumyôsen 
~f|i  Butsumyôsange  ~tiltfe<  Butsumyôsanrai~ 
Hfclâ  "Contrition  par  les  noms  de  B.",  ou  simple- 
ment Obutsumyô  #{J  ffi,  ^  "les  noms  de  B.  " .  Cette 
cérémonie,  qui  s'accomplissait  pendant  trois  nuits 
vers  la  fin  de  l'année,  avait  pour  principal  objet 
d'effacer  les  péchés  de  l'année  par  l'invocation  des 
noms  de  B.  Elle  paraît  avoir  eu  lieu  pour  la  première 
fois,  au  palais  impérial,  du  15e  au  17e  jour  de  la 
12e  lune  intercalaire  de  la  7e  année  Tenchô  (février  831 
p.  C),  puis  chaque  année  dès  838  p.  C.  Un  décret 
de  846  prescrivait  de  l'accomplir,  comme  au  palais, 
dans  chacune  des  provinces.  En  853  la  date  en  fut 
reportée  aux  19e,  20e  et  21e  jours  de  la  12e  lune. 
Pendant  ces  trois  jours  il  était  interdit  de  tuer  des 
Etres  vivants.  A  partir  de  876  elle  fut  peu  à  peu 
supplantée  par  les  rites  du  Shinto  qui  l'accompa- 
gnaient ;  on  ne  l'accomplit  plus  que  pendant  une 
seule  nuit,  et  elle  finit  par  tomber  en  désuétude  vers 
la  fin  du  xve  siècle.  Cf.  Gkss.  xxii-xxm,  Kjkg.  11  ; 
De  Visser,  Ancient  Buddhism  in  Japan,  I,  377  sq. 
Le  texte  récité  était  en  général  T.  446-448.  Des  réci- 
tations avaient  aussi  lieu  dans  les  monastères.  Par- 
fois on  se  contentait  de  répéter  3.000  fois  le  nom 
d'Amida,  devant  une  peinture  représentant  3.000  B. 


BUTSURONICHI 


210 


BUTSUZO 


— L'expression  Butsumyô  désigne  aussi  un  genre  de 
psalmodie  liturgique  (cf.  *Bombai),  consistant  à 
invoquer  par  leurs  noms  des  B.,  des  Bs.  et  des 
patriarches. — Pour  l'invocation  des  "dix  B.  "  avant 
les  repas  dans  les  couvents  *Zen,  cf.  sup.  p.  196-197. 

BUISURÛNICHI  JllQ  "le  dernier  jour  de 
l'année  bouddhique",  c.-à-d.  le  dernier  jour  de  la 
Retraite  estivale  (cf.  *ango),  qui  clôt  l'année  selon 
le  comput  ecclésiastique  Ttt.  2126  11. 

BUTSUZO  $fc|fc  [sk.  buddha-pratimâ,  °-prati- 
bimba,  etc.]. — Icône. — Sous  ce  nom  qui  signifie  en 
principe  "image  de  B.",  l'usage  commun  désigne 
toutes  les  images  saintes  du  culte  bouddhique,  sculp- 
tures, peintures,  etc.  On  se  restreindra  cependant, 
dans  le  présent  article,  aux  images  du  B.  lui-même, 
et  aux  principaux  textes  canoniques  qui  s'y  rap- 
portent :  traditions  littéraires  sur  l'origine  de  ces 
images,  théories  et  interprétations  générales,  etc. 
On  laissera  de  côté  la  littérature  Esotérique,  si  riche 
en  données  iconographiques  de  toute  sorte,  mais 
assez  tardive  dans  son  ensemble,  ainsi  que  la  docu- 
mentation archéologique,  fresques  inscrites  de  Touen 
houang,  etc.  Les  informations  iconographiques  par- 
ticulières concernant  les  différents  personnages  sacrés 
ou  divins  sont  données  sous  le  nom  de  chacun  de 
ces  personnages. — Les  textes  n'apportent  pas  de 
renseignements  proprement  historiques  sur  les  ori- 
gines, si  discutées,  de  l'iconographie  du  B.  (v.  à  ce 
sujet,  tout  particulièrement,  A.  Foucher,  The  Begin- 
nings  of  Buddhist  Art,  1917,  et  plus  récemment 
A.  K.  Coomaraswamy,  Eléments  of  Buddhist  Ico- 
nography,  Harvard,  1935,  qui  insiste  sur  l'inspira- 
tion contemplative  et  mystique  de  l'imagerie  boud- 
dhique) ;  leur  rédaction  est  évidemment  postérieure  à 
l'époque  des  premiers  monuments  de  l'art  boud- 
dhique, où  la  figure  du  B.  n'est  jamais  représentée. 
Toutefois  un  passage  du  Vinaya  des  Sarvâstivâdin, 
qui  du  reste  s'insère  bizarrement  dans  le  contexte, 
semble  conserver  un  souvenir  de  quelque  interdit 
primitif.  Des  traditions  purement  légendaires  rap- 
portent les  premières  images  au  temps  même  du  B. 
Tantôt  c'est  Anâthapindika,  ou  le  roi  Bimbisâra,  qui 
fait  exécuter  l'icône  originelle  :  c'est  la  tradition 
du  Vinaya  des  Mûlasarvâstivâdin,  école  dont  toute 
la  littérature  abonde  en  allusions  iconographiques  ; 
tantôt  c'est  le  roi  Udayana  ou  le  roi  Prasenajit  : 
c'est  la  tradition  consignée  dans  un  des  Âgama  de 
compilation  tardive  et  peut-être  d'inspiration  Mahâ- 
sânghika,  l'Ekottara.  La  tradition  de  l'Âgama  a 
définitivement  triomphé  au  cours  des  siècles,  ouvrages 


canoniques  et  relations  de  pèlerins  en  témoignent  ; 
l'art  bouddhique  en  Chine  prétend  toujours  rattacher 
ses  origines  à  la  statue  exécutée  sur  l'ordre  d'Udayana. 
Le  culte  des  images  n'a  pas  trouvé,  semble-t-il,  d'ad- 
versaire dans  l'Église,  sinon  tardivement  en  Chine 
dans  l'école  Zen  dont  certains  maîtres  font  figure 
d'iconoclastes.  Faire  une  image,  vénérer  une  image 
sont  tenus  pour  des  actes  méritoires  ;  mais  le 
commerce  des  images  est  à  maintes  reprises  l'objet 
de  condamnations  rigoureuses.  Dans  le  Grand  Véhi- 
cule, la  contemplation  des  icônes  devient  une  occasion 
de  méditation  théologique,  dont  s'empare  notam- 
ment la  dialectique  du  Sûnyavâda.  Un  certain  nombre 
d'ouvrages  de  dates  diverses  traitent  de  la  fabrica- 
tion des  images,  et  de  leur  histoire  en  Chine  ;  on  a 
signalé,  à  l'intention  des  archéologues  et  des  histo- 
riens de  l'art,  les  plus  importants  de  ces  textes,  tou- 
jours à  l'exclusion  des  matériaux  Ésotériques. — 
Ekottarâgama  T.  125  xxvm  :  Le  B.  étant  monté  au 
ciel  des  Trente-trois  pour  y  donner  l'enseignement 
à  sa  mère,  la  communauté  se  lamente  de  son  absence  ; 
Prasenajit,  roi  de  Kosala,  et  Udayana,  roi  de  Vatsa, 
vont  s'enquérir  auprès  d'Ânanda  qui  ne  peut  les 
renseigner.  Udayana  déclare  que  s'il  ne  revoit  pas 
le  B.,  sa  mort  est  sûre  ;  ses  ministres  l'engagent  à 
faire  sculpter  une  image  du  B.  ;  il  réunit  les  meilleurs 
artistes  de  son  royaume,  qui  fabriquent  pour  lui 
une  image  en  santal  Tête-de-bœuf  (sk.  gosirsa),  haute 
de  cinq  pieds.  Prasenajit  veut  suivre  son  exemple  : 
comme  le  B.  a  la  couleur  de  l'or,  il  fait  fondre  une 
statue  en  or  de  la  même  taille.  Ce  furent  là  les  deux 
premières  images  du  Tg. . . .  Quand  le  B.  redescend 
du  ciel  des  Trente-trois,  Udayana  vient  au-devant 
de  lui,  ayant  en  main  la  statue  qu'il  avait  fait  sculp- 
ter ;  il  demande  au  B.  quel  mérite  on  s'acquiert  en. 
érigeant  des  images  du  B.  Le  B.  lui  répond  en  vers  : 
Qui  érige  une  statue  du  B.,  son  œil  est  invulnérable, 
et  ensuite  il  a  l'Œil  divin  qui  distingue  le  blanc  [cou- 
leur du  bien]  et  le  noir  [couleur  du  mal]  ;  son  corps 
est  sans  défaut,  son  esprit  est  sans  erreur  ;  il  jouit 
d'une  grande  influence  ;  il  ne  retombe  jamais  dans 
les  Mauvaises  Destinations  mais  naît  toujours  dans 
les  cieux  comme  Roi  Divin  ;  il  est  célèbre  et  son 
bonheur  est  inconcevable. — Un  dialogue  sur  le  même 
sujet  entre  le  roi  Udayana  et  le  B.  est  aussi  le  thème 
de  T.  156  m  (td.  qui  serait  de  25-220  p.  C.)  ;  cf. 
aussi  T.  692  (Sûtra  sur  la  fabrication  des  images  du 
B.,  td.  attribuée  à  la  même  époque,  mais  le  cadre 
est  tout  différent)  ;  T.  693  (Sûtra  sur  les  Mérites 
qu'on  acquiert  en  faisant  des  images,  texte  appa- 
renté au  précédent,  mais  plus  étendu,  qui  prend 
comme  point  de  départ  le  même  épisode)  ;  T.  694 


BUTSUZÔ 


211 


BUTSUZÔ 


(Sûtra  du  G.V.  sur  les  Mérites  qu'on  acquiert  en 
faisant  des  images  ;  même  point  de  départ  [la  statue 
est  ici  sculptée  par  Visvakarman,  cf.  *Bishukatsuma], 
mais  ce  texte  est  assez  différent  de  T.  692  et  693 
malgré  l'analogie  des  titres).  L'identification  de  T.  692 
et  693  avec  le  texte  tib.  intitulé  Tathâgatapratibim- 
bapratisthânusamsâ,  proposée  par  B.  Abe  fpf  n|J  ^C  S^ 
dans  la  revue  Gendai  bukkyô  ^ttll^^fc.  nov.  1929, 
p.  55,  a  été  suivie  dans  nos  Tables  du  Taishô  Issai- 
kyô  ;  mais  elle  est  mise  en  doute  dans  Otani  Kanjur 
Catalogue,  n°  986,  note.  Un  ms.  sk.  de  titre  analogue 
est  signalé  par  H.  Sâstri  in  Descr.  Cat.  Sk.  Mss.  Gov. 
Coll.  As.  Soc.  Bengal,  vol.  I,  Calcutta,  1917. — T.  643 
vi  :  Udayana  fait  fondre  une  image  du  B.  en  or, 
et  l'envoie  au-devant  du  B.  ;  elle  monte  d'elle-même 
sur  l'éléphant  qui  la  transporte,  et  en  présence  du  B. 
elle  le  salue  ;  le  B.  et  mille  B.  de  Métamorphose  autour 
de  lui  rendent  le  salut  et  échangent  avec  elle  des 
discours.  Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2089  v  [Watters, 
I,  368]  rapporte  une  légende  analogue  qu'il  a  recueil- 
lie à  Kausâmbî,  où  on  lui  a  montré  la  fameuse  statue 
de  santal  ;  néanmoins  ib.  xn  [Watters,  II,  298],  le 
pèlerin  rapporte  l'histoire  qu'on  lui  a  contée  au  delà 
de  Khotan,  à  Bhîmâ,  d'une  image  de  santal  haute 
de  plus  de  20  pieds,  fabriquée  sur  l'ordre  du  roi 
Udayana  et  qui  était  venue  à  travers  les  airs  jusqu'à 
Rauruka,  au  nord  de  Khotan,  puis,  quand  cette 
ville  eut  été  ensevelie  sous  un  déluge  miraculeux  de 
sable,  s'était  transportée  en  volant  à  Bhîmâ.  Dans 
le  Divyâvadâna,  544  sqq.,  c'est  une  peinture  qui  est 
envoyée  au  roi  de  Rauruka  par  Bimbisâra  ;  cf.  Huber, 
BEFEO,  VI,  335-340,  montrant  qu'il  s'agit  sans 
doute  d'une  légende  locale  non  indienne. — Genjô 
(Hiuan  tsang)  Ttt.  2089  VI  [Watters,  I,  384]  a  encore 
vu  à  Srâvastî,  dans  les  ruines  du  Jetavana,  la  statue 
haute  de  cinq  pieds  faite  pour  le  roi  Prasenajit  sur 
le  modèle  de  celle  d'Udayana.  Hokken  (Fa  hien) 
Ttt.  2087  (même  passage  cité  dans  Ttt.  2122  xxxm) 
l'y  avait  vue  deux  siècles  plus  tôt  :  elle  était  en  santal 
Tête-de-bœuf  ;  on  racontait  à  propos  d'elle  la  même 
légende  que  T.  643  VI  sup.  rapporte  au  sujet  de  la 
statue  faite  pour  Udayana. — Une  légende  ch.  attes- 
tée au  plus  tôt'  dans  une  compilation  du  Ve  siècle 
prétend  que  l'image  de  B.  qui  était  censée  avoir  été 
apportée  à  l'empereur  Han  Ming  ti,  en  67  p.  C, 
par  les  premiers  missionnaires  venus  de  l'Inde,  était 
celle  même  qui  avait  été  fabriquée  par  Udayana  Ttt. 
2106  11  (413-414),  2084  1  [cf.  Maspero,  BEFEO,  X, 
113].  D'après  d'autres,  elle  était  parvenue  en  Chine, 
une  première  fois,  après  un  séjour  d'une  soixantaine 
d'années  à  Koutcha,  avec  Kumârajîva  à  la  fin  du 
IVe  s.  ;  ...  puis  une  deuxième  fois  (?)  en  511,  à  Nankin, 


avec  une  ambassade  ch.  [cette  deuxième  tradition  est 
attestée  dès  le  vne  s.  dans  divers  textes]  ;  cf.  l'opuscule 
ch.  (préf.  de  958  p.  C.)  rééd.  Dnbz.  cxiv,  p.  310-319, 
qui  retrace,  en  "critiquant"  les  textes  canoniques, 
les  pérégrinations  de  la  statue  en  Inde,  en  Asie  Cen- 
trale, et  en  Chine  jusqu'à  l'époque  des  Cinq  Dynasties, 
avec  un  appendice  sur  l'époque  des  Song  ;  et  pour 
l'époque  ultérieure  et  le  transfert  de  la  statue  à 
Pékin,  l'inscription  de  1721  td.  par  Pelliot,  J.  As. 
1914, 11, 188. — Nombreuses  sont  en  Chine  les  légendes 
sur  des  icônes  bouddhiques  arrivées  miraculeusement, 
p.  ex.  Ttt.  2122  xxi  l'histoire. des  statues  en  pierre 
des  B.  Vipasyin  et  Kâsyapa  venues  dans  la  région  de 
Go  (Wou)  2/!z  en  flottant  sur  la  mer.  Voir  aussi  le 
chap.  11  de  Ttt.  2106  (vne  s.),  qui  est  un  recueil 
de  légendes  et  d'anecdotes  édifiantes  sur  les  icônes 
en  Chine  ;  et  le  recueil  analogue  au  chap.  1  de  Ttt.  2084 
(époque  Song) ,  qui  se  rapporte  aussi  aux  pays  occiden- 
taux, Inde,  Parthie,  etc.  Déjà  aux  alentours  de  l'an  500, 
le  moine  Sôu  (Seng  yeou)  fèjfè  avait  recueilli  bon 
nombre  de  textes,  canoniques  ou  autres,  sur  des  icônes 
bouddhiques  ;  ce  recueil  est  perdu,  mais  la  table  en 
subsiste  Ttt.  2145  xn  (90  sqq.). — Mûlasarvâstivâda- 
Vinaya,  T.  1452  v  :  Quand  le  B.  était  présent,  l'Assem- 
blée était  en  ordre  parfait  ;  en  son  absence,  il  n'en 
était  pas  de  même.  Anâthapindika  demande  au  B. 
l'autorisation  de  faire  une  image  du  Bs.  en  bois  de 
jambu  avec  des  bannières  de  cinq  espèces  (cf.  *Ban), 
des  mâts  de  fer  pour  les  y  suspendre,  un  dais,  un 
socle,  de  parer  cette  image  avec  des  brassards  de 
joaillerie  comme  en  portait  le  [prince]  Bs.,  d'enduire 
les  mains  et  les  pieds  de  l'image  avec  de  la  pâte  et 
de  la  poudre  d'encens,  de  lui  offrir  un  char  ou  un 
palanquin,  d'y  fixer  des  guirlandes  de  fleurs,  et 
d'accomplir  des  actes  de  propitiation  accompagnés 
d'offrandes  devant  l'image.  Le  B.  consent,  mais  il 
interdit  de  donner  à  ses  images  des  anneaux  de  che- 
villes et  des  pendants  d'oreilles.  Les  moines  se  met- 
tent alors  à  décorer  de  peintures  leur  monastère,  et 
y  célèbrent  le  culte  avec  accompagnement  de  musique. 
Le  voisinage  afflue  pour  admirer  le  spectacle  ;  le  B. 
permet  de  tenir  les  portes  du  monastère  fermées 
pendant  le  culte  diurne,  et  de  les  ouvrir  pour  la  nuit. 
— Même  Vinaya,  T.  1442  xxvm  (782  b)  :  Le  B.  auto- 
rise Anâthapindika  à  fabriquer  «  une  image  »  en  jambu 
(pommier-rose,  Eugenia  Jambolana  ;  ou  abréviation 
pour  jambunada,  nom  d'une  espèce  d'or  ?)  et  à  la  pla- 
cer "en  tête  de  l'assemblée  des  Moines  "  lorsqu'il  n'est 
pas  là  lui-même  pour  présider.  Si  l'assemblée  siège 
en  plein  air  et  se  trouve  surprise  par  la  pluie,  les 
Moines  se  hâteront  de  faire  transporter  l'image  à 
l'abri,  dans  le  couvent,  par  des  Laïcs  ou  des  Novices, 


BUTSUZÔ 


212 


BUTSUZO 


ou  bien  ils  la  transporteront  eux-mêmes. — Ib.  xxxiv 
(811  b)=Divyâv°  299  (td.  Przyluski,  J.  As.  1920, 
il,  316)  :  Description  d'une  Roue  de  Transmigration 
ornant  le  porche  des  monastères  ;  une  image  du  B. 
est  peinte  au  centre. — Ib.  xlv-xlvi  [cf.  Ttt.  2084  1 
(827-828)] =Divyâv°  547  (td.  Burnouf,  Introd.1,  304  ; 
cf.  Foucher,  Art  Gréco-bouddhique,  II,  720  sqq.)  : 
Bimbisâra,  roi  de  Magadha,  veut  envoyer  à  Rudrâyana, 
roi  de  Rauruka,  qui  l'a  comblé  de  cadeaux  précieux, 
un  portrait  du  B.  ;  mais  les  peintres  convoqués  ne 
peuvent  détacher  leurs  yeux  des  perfections  de  leur 
modèle.  Le  B.  projette  alors  son  ombre  sur  une  toile  ; 
les  peintres  tracent  la  silhouette  et  ajoutent  les  cou- 
leurs ;  ils  inscrivent  au-dessous  de  l'image  les  for- 
mules essentielles  de  la  doctrine.  Cf.  la  légende  de 
l'ombre  du  B.,  conservée  sur  la  paroi  d'une  grotte 
près  de  Peshawar  [Watters,  I,  184-195]. — Id.,  T.  1448 
xvi  (77  b-c)  :  Dans  une  existence  antérieure,  Sâripu- 
tra  et  Maudgalyâyana  étaient  peintres  et  concur- 
rents dans  une  même  bourgade.  Le  roi  les  invite  à 
peindre  deux  parois  murales  [se  faisant  face]  ;  le 
premier  met  six  mois  à  peindre  sa  paroi,  le  deuxième 
se  contente  de  polir  la  sienne,  et  montre  au  roi  le 
reflet  de  la  fresque  peinte  par  son  concurrent  :  il 
gagne  le  concours. — Id.,  T.  1451  xvn  (283  a-b) 
[cf.  texte  tib.,  Lalou,  Rev.  des  Arts  As.,  V,  m,  183]  : 
Prescriptions  du  B.  pour  l'ornementation  du  Jeta- 
vana  et  des  bâtiments  donnés  par  Anâthapindika  : 
peintures  de  Yaksa,  de  Dieux,  de  la  Roue  de  Trans- 
migration, de  Jâtaka,  de  Moines,  de  Dragons,  des 
Enfers,  de  cadavres,  d'ossements  et  de  crânes  ;  au 
lazaret  [cf.  inf.  245  b],  une  image  du  Tg.  "gardant" 
lui-même  des  malades. — Id.,  T.  1458  iv  (545  a) 
[Vinayasangraha,  ouvrage  de  Shôu  )$f^C,  Vise- 
samitra  ?  Jinamitra  ?]  :  Le  B.  prescrit  soit  de  dé- 
truire, soit  de  restaurer,  les  peintures  du  "visage 
vénéré"  (sonyô  ^  2j§t,  i.e.  du  B.  ?),  qui  seraient  abîmées 
dans  les  monastères. — Sarvdstivâda-Vinaya  T.  1435 
xlviii  (351  c-352  a)  [cf.  Ttt.  2040  ni  (66  b)]  :  Fon- 
dation du  premier  stûpa  par  Anâthapindika,  sur  des 
cheveux  et  rognures  d'ongles  du  B.  (cf.  *Buppatsu, 
et  BEFEO,  XXIV,  42-43  n.)  ;  le  B.  l'autorise  à  orner 
le  stûpa  de  toutes  images  peintes,  sauf  celles  qui 
représenteraient  des  hommes  et  des  femmes  en  union 
sexuelle.  Anâthapindika  demande  au  B.  [la  question 
est  posée  de  façon  abrupte  et  s'insère  assez  mal  dans 
le  contexte]  :  "0  Bg.  !  S'il  ne  convient  pas  de  faire 
des  images  du  corps  du  B.,  je  souhaite  que  le  B.  m'au- 
torise à  faire  des  images  du  Bs.  [i.e.  du  prince  Sid- 
dhârtha  ?]  et  de  sa  suite  [?]  f£#jîËfë$t"  L'auto- 
risation est  accordée,  puis  Anâthapindika  demande 
encore  celle  de  tendre  [*}|,   sans  doute  devant   les 


images  du  Bs.]  des  Bannières,  car,  dit-il,  lorsqu'à 
l'origine  le  B.  était  encore  en  maison  (zaike  ^£$jl, 
sk.  grhastha),  on  tendait  des  Bannières  devant  lui. 
Ensuite  reprennent  les  prescriptions  relatives  aux 
stûpa. — Prescriptions  pour  l'ornementation  des 
monastères  dans  le  Mahâsânghika-vinaya  T.  1425 
xxxiii  (496  c-497  a)  [cf.  Ttt.  2122  xxvii  (580  b)]  : 
Le  B.  autorise  les  peintures  de  toute  sorte,  à  l'excep- 
tion de  celles  qui  représenteraient  des  hommes  et 
des  femmes  unis  :  peintures  de  Moines,  de  vigne, 
de  Makara,  de  poissons,  d'oies,  de  cadavres,  de  pay- 
sages ;  plus  loin  (499  a,  4),  à  propos  de  la  décoration 
des  stûpa,  il  est  question  d'images  du  B.  Pour  les 
peintures  "d'hommes  et  de  femmes  unis",  cf.  Sarv0 
Vin0  T.  1435  L  (363  b  :  le  Don  en  est  un  de  ceux 
qui  ne  procurent  point  de  Félicité). — Dharmagup- 
taka-vinaya  T.  1428  l-li  [cf.  Ttt.  2040  111  (63)]  : 
Prescriptions  sur  la  construction  et  la  décoration  des 
monastères  :  il  ne  semble  pas  être  question  d'images 
de  B.  ;  autorisation  de  faire  (937  c)  des  images  de 
Mahesvara,  entre  autres  marques  ou  signes  permet- 
tant de  reconnaître  les  couches  individuelles  des 
moines;  interdiction  (941  a)  d'orner  les  portes  d'images 
de  serpents,  de  soldats  à  pied  ou  à  cheval,  etc. — 
Aéokâvaddna  Tt.  2042  vu  (Przyluski,  Légende,  361- 
362)  :  Upagupta  dit  à  Mâra,  qui  lui  est  apparu  sous 
l'aspect  du  Corps  de  Formel  du  B.  (rûpakâya,  dis- 
tinct du  dharmakâya)  :  "De  même  que  si  l'on  façonne 
avec  de  l'argile  ou  du  bois  la  statue  d'un  Dieu  ou 
celle  d'un  B.,  c'est  par  respect  pour  le  Dieu  ou  pour 
le  B.  qu'on  se  prosterne  devant  elle,  et  on  ne  se  pros- 
terne pas  pour  l'argile  ou  le  bois, ...  ainsi  ce  n'est 
point  en  considération  de  ta  personne  que  je  me  suis 
prosterné  devant  toi."  Textes  parallèles  Tt.  201  vm 
(Huber,  Sûtrâlamkâra,  272  ;  cf.  BEFEO,  IV,  719)  ; 
Divyâvadâna,  p.  363  (td.  Windisch,  Mâra  und  Bud- 
dha,  163  sq.  ;  interprétation  forcée  de  cette  stance 
dans  Coomaraswamy,  Eléments  of  Buddhist  Ico- 
nography,  p.  5)  ;  version  pâlie  de  Birmanie,  Duroi- 
selle,  BEFEO,  IV,  427— Ib.  m  (Przyluski,  278-9)  : 
Le  frère  cadet  du  roi  Asoka  est  mis  à  mort  chez  des 
Nirgranthaputra  [Jaina],  qui  dessinaient  des  images 
du  B.  et  le  représentaient  prosterné  devant  l'image, 
de  l'hérétique  Nirgrantha.  Selon  une  autre  version, 
rapportée  Ttt.  2040  ni  (67  b)  [après  une  citation  de 
T.  212  vi  (641)],  le  prince  Vîtasoka,  frère  d'Asoka, 
avait  fait  serment,  après  sa  conversion  et  son  entrée 
en  religion,  de  finir  ses  jours  dans  la  solitude  ;  Asoka 
lui  fit  alors  construire  par  les  esprits,  dans  sa  ville 
royale,  une  montagne  pourvue  d'eau,,,  haute  de  plu- 
sieurs dizaines  de  pieds,  et  dont  l'accès  était  interdit 
à  tous  ;  Vîtasoka  y  installa,  dans  une  grotte,  une 


BUTSUZ6 


213 


BUTSUZO 


■statue  de  pierre  haute  de  i6p  à  laquelle  il  voua  un 
culte. — A  propos  des  Nirgranthaputra,  c.-à-d.  des 
Jaina,  cf.  encore  la  légende  recueillie  à  Bisakka  £|  $£ 
j|n  en  Inde  Centrale  (=Âyodhyâ  ?  cf.  Watters,  I, 
375),  par  le  pèlerin  ch.  Jômin  ^^jfc  [ép.  des  T'ang], 
sur  les  deux  statues  gigantesques  de  Vairocana  que 
le  roi  avait  érigées  près  de  la  ville,  sur  le  conseil  d'un 
Nirgranthaputra,  parce  que  "parmi  les  Dieux  il  n'en 
est  point  de  plus  grand  que  le  B.  "  Ttt.  2084  1  (833  b). 
— Saddharmapundarîkasûtra  T.  262  1  (=Burnouf, 
Lotus,  32-33)  :  Tous  ceux  qui  font  faire  des  images 
de  B.,  en  pierreries,  en  Joyaux,  en  cuivre,  en  bronze, 
en  plomb,  en  fer,  en  terre,  en  maçonnerie,  ceux  qui 
en  peignent  ou  en  font  peindre  sur  les  murs,  ceux 
même  qui  en  font  avec  leurs  ongles  ou  avec  des 
morceaux  de  bois,  auront  en  récompense  l'Éveil. — 
Manjuérîpariprcchâ  T.  468  il  (cité  Dzsi.  II,  784)  : 
Quatre  procédés  pour  voir  le  B.  :  (1)  fabriquer  des 
icônes  ;  (2)  pratiquer  le  Don  ;  (3)  convertir  les 
Êtres  ;  (4)  protéger  la  Loi. — Buddhânusmrtisamâdhi- 
sâgarasûtra  [?]  (ouvrage  où  abondent  les  considéra- 
tions relatives  à  l'image  de  B.  ;  cf.  J.  As.  1933,  II, 
193  sqq.)  T.  643  vi  :  Celui  qui,  après  le  Nirvana  du 
B.,  fabrique  et  vénère  une  image,  obtiendra  dans  une 
existence  ultérieure  la  Concentration  pure  qui  consiste 
à  penser  au  B. — Pratyutpanna . . .  samâdhisûtra  [td. 
179  p.  C]  T.  417  (899  c),  418  1  (906  a)  :  La  facture 
d'images  du  B.  est  une  des  4  choses  qui  procurent  rapi- 
dement la  Concentration  de  présence  immédiate. — Un 
sûtra  spécial,  Y Adbhutadharmaparyâya,  est  consacré 
à  ce  Mérite  "inouï"  (mizôu  ^"f^^f,  sk.  adbhuta) 
que  constitue  la  fabrication  d'une  icône  de  B.,  fût- 
elle  même  aussi  petite  qu'un  grain  d'orge  (sk.  yava, 
terme  de  mesure)  ;  ce  Mérite  l'emporte  de  loin  sur 
tous  les  autres  :  T.  688  [td.  attribuée  à  l'époque  des 
Han],  T.  669  1  (468-469)  [td.  de  Paramârtha,  VIe  s.  ; 
citée  Ttt.  2122  xxxvii  (580-581)],  T.  689  [td.  de  Genjô 
(Hiuan  tsang),  649  p.  C.]. — Le  Ratnakûtasûtra  T.  310 
lxxxix  (512  b-514  b)  rappelle  la  statue  du  B.  faite 
par  ordre  de  Prasenajit,  au  cours  d'un  dialogue  entre 
le  B.  et  Mahâkâsyapa  où  sont  discutées  plusieurs 
questions  relatives  aux  images  de  sainteté  :  "Ô 
Kâsyapa,  demande  le  B.,  qu'en  penses-tu  ?  Les  Dieux, 
les  Dragons ...  les  hommes . . .  peuvent-ils  faire  des 
images  du  Corps  de  Formel  du  Tg.  ? — Non,  Bg.,  ce 
Corps  est  Inconcevable,  sans  Formel  ;  on  ne  peut  en 
faire  d'image. — Dans  cinq  cents  ans,  reprend  le  B., 
il  y  aura  des  moines,  ne  cultivant  ni  leur  corps  ni 
leur  esprit,  ni  les  Défenses  ni  la  Sapience,  qui  sur 
des  cotonnades  ou  au  bas  des  parois  feront  des  images 
de  B.  pour  gagner  leur  vie  et  s'enorgueilliront  de  cet 
acte."    Là-dessus  Mahâkâsyapa  demande   au  B.   si 


le  roi  Prasenajit,  en  faisant  faire  une  image  de  B., 
s'est  acquis  beaucoup  de  Mérites  :  "Assurément, 
répond  le  B.  :  à  l'occasion  de  cette  image  il  a  fait 
don  de  vêtements  sans  prix  ;  mais  il  ne  recherchait 
aucune  rétribution  ni  en  vêtements  ni  en  nourriture  ; 
ce  n'était  pas  comme  ces  sots  qui  en  fabriquent  pour 
gagner  leur  vie.  C'est  déjà  un  mal  de  faire  commerce 
d'animaux  ;  que  dire  de  celui  qui  fait  des  images 
de  B.  pour  les  vendre  aux  Laïcs  et  gagner  sa  vie  ? 
Il  est  comme  un  enfant,  qui  jette  de  l'ambroisie  pour 
boire  du  poison. . .  "  Mahâkâsyapa  reprend  :  "0  Bg., 
en  fabriquant  une  image  du  Tg..  haute  de  4  doigts 
on  s'acquiert  des  mérites  incalculables  ;  combien  plus 
Inconcevable  le  Mérite  d'en  faire  une  grande  comme 
le  Sumeru  ! — Et  plus  incalculable  encore,  répond 
le  B.,  est  le  Mérite  d'un  Bs  .  qui  Inspecte  intérieure- 
ment le  Corps  de  B.,  et  obtient  ainsi  la  Patience  de 
l'Essence  profonde .  . .  Naguère,  du  temps  du  B. 
Prabhâsa,  des  moines  sages  firent  tous  des  images 
du  Tg.  ;  après  le  Nirvana  de  ce  B.,  un  nommé  Mahâ- 
vîrya  vit  une  de  ces  images  peintes  sur  cotonnade 
blanche  et  il  dit  :  Si  l'image  du  Tg.  est  belle  à  ce 
point,  quelle  doit  être  la  beauté  de  son  Corps  d'Éveil 
Complet  ?  Puisse- je  obtenir  dans  une  existence  future 
un  pareil  Corps  de  Formel  ! ...  Il  entra  en  religion  en 
triomphant  de  la  résistance  de  ses  parents,  se  retira 
dans  la  solitude  des  montagnes,  étendit  sur  l'herbe 
l'image  sainte  et  l'Inspecta  ;  la  divinité  d'un  arbre 
lui  enseigna  la  méthode  appropriée  pour  l'Inspection 
d'une  image  :  il  faut,  en  l'Inspectant,  l'identifier 
au  Tg.  lui-même  :  cette  image  [faut-il  se  dire]  échappe 
à  toute  perception  et  connaissance  ;  elle  n'est  qu'un 
nom,  dont  la  Nature-propre  est  le  Vide  :  il  en  est 
de  même  des  Essences  et  du  Corps  de  Tg.,  etc.... 
Grâce  à  cette  méthode  d'Inspection,  le  Bs.  atteignit 
les  Cinq  Supersavoirs  et  arriva  enfin  à  l'Éveil  Sans- 
supérieur.  Ce  Bs.,  déclare  le  B.,  c'était  moi."  Et  de 
nouveau  il  condamne  les  candidats  à  l'Éveil  qui 
fabriquent  des  images  pour  en  faire  commerce. — 
Ib.  vm  (45  c)  :  Il  n'y  a  pas  d'image  du  Tg.,  car  le 
Tg.  ressortit  au  non-être  originel  ;  mais  cela  revient 
à  dire  que  l'image  du  Tg.  s'Actualise  partout  dans 
toutes  les  images  de  Formel,  et  c'est  en  ce  sens  que 
toute  image,  et  toute  image  de  Tg.,  est  originellement 
Vide . . .  [doctrine  de  vacuité,  dans  laquelle  le  terme 
"image",  gyôzô  fl^fll,  semble  être  pris  au  sens  d'ap- 
parence sensible  et  non  de  représentation  iconique  ; 
cf.  en  effet  la  td.  parallèle  T.  312  11  (708  c)]. — Cf. 
Ttt.  1796  xx  :  Une  image  de  bois  ou  de  pierre,  si 
on  la  blesse,  n'éprouve  pas  de  peine  ;  si  on  lui  pré- 
sente des  offrandes,  elle ' n'éprouve  pas  de  plaisir; 
sa  nature  est  Vide.  C'est  selon   ce   principe   qu'un 


BUTSUZÔ 


214 


BUTSUZÔ 


fidèle  doit  procéder  à  l'Inspection  de  son  propre  corps. 
— Prajhâpâramitâ  T.  224  x,  225  vi  (Astasâhasrikâ, 
pass.  manquant  au  sk.(  éd.  Wogihara  [Vyâkhyâ],  969), 
dialogue  à  Gandhavatî  (Gandhâra  ?)  :  Après  le  Nir- 
vana, ceux  qui  ont  vu  le  B.  et  pensent  à  lui  en  font 
des  images  qu'il  est  méritoire  de  vénérer  ;  mais 
l'âme  (shin  f$)  du  B.  n'est  pas  dans  l'image. — Tt. 
1509  lxxxiv  (Mah°pr°pâr°sâstra)  :  Penser  au  B. 
en  voyant  des  images  de  pierre,  d'argile,  etc.,  c'est 
un  Mérite  inépuisable.— Id.  (Tt.  1509)  cité  dans 
Ttt.  2122  xxxiii  (541-542)  :  Le  demi-frère  du  B., 
[Saundara]Nanda,  a  obtenu  les  32  Caractères  de 
beauté  en  récompense  d'un  Mérite  ancien  :  il  avait, 
après  le  Nirvana  du  B.  Vipasyin,  exécuté  dans  le 
sanctuaire  d'un  B.-pour-soi  une  fresque  en  bleu  repré- 
sentant ce  personnage.  Cf.  T.  190  lvi  (913  a),  où  l'on 
voit  ce  même  Nanda,  devenu  Moine,  passer  ses  jour- 
nées à  contempler  l'image  de  sa  femme  Sundarî, 
peinte  par  lui-même  sur  bois  ou  sur  brique  (cf.  Kern, 
Hist.  du  Bouddhisme,  I,  121). — Tt.  2058  1  :  Après  le 
Nirvana  de  Vipasyin  ses  disciples  élèvent  un  stûpa 
avec  son  image  ;  mais  le  visage  présente  un  défaut 
qu'il  faut  réparer  ;  une  mendiante  offre  un  peu  d'or 
dont  elle  dispose  ;  elle  le  remet  à  Mahâkâsyapa  qui 
était  à  cette  époque  un  forgeron,  et  elle  le  charge  du 
travail.  L'un  et  l'autre  font  le  Vœu  de  renaître  époux 
à  travers  les  existences  et  d'avoir  toujours  un  corps 
doré.  C'est  le  préambule  d'un  avadâna  qui  raconte 
leur  dernière  existence. — Le  Smrtyupasthânasûtra 
T.  721  xliii  condamne  les  Moines  [mais  non  les  laïcs] 
qui,  dans  un  esprit  de  lucre,  fabriquent  des  images 
de  B.  en  ivoire,  en  bois,  en  cuivre,  ou  bronze,  ou  les 
peignent  sur  des  cotonnades,  pour  les  vendre. — T. 
1483  1  [td.  317-420  A.D.]  :  Vendre  une  image  du  B., 
c'est  le  même  péché  que  de  vendre  son  père  ou  sa 
mère. — Tt.  201  iv  (Huber,  Sûtrâlankâra,  117-119)  : 
Histoire  de  Karna,  artiste  de  Puskalâvatî,  qui  gagne 
30  onces  d'or  en  décorant  un  monastère  ;  mais  il  fait 
don  de  son  gain  pour  nourrir  les  Moines  d'un  couvent 
de  son  pays  natal  ;  cf.  T.  203,  Chavannes,  500  contes, 
III,  40;  Tt.  1509,  J.  As.  1931,  11,  159. — Deux  sûtra 
ch.  apocryphes,  cités  Ttt.  2122  xxxiii  (540  a-b), 
déclarent  formellement  qu'un  artisan  [même  laïc], 
fabricant  d'icônes  ou  copiste  de  textes  sacrés,  ne 
doit  pas  se  faire  payer  pour  son  travail,  et  que  le 
donateur  ne  doit  pas  le  considérer  comme  un  simple 
manœuvre  salarié  :  "Que  celui  qui  fait  faire  une 
image  ou  un  manuscrit  se  garde  bien  de  dire  qu'il 
loue  un  ouvrier,  auquel  le  travail  reste  étranger.  La 
Félicité  que  s'acquiert  l'imagier  est  Incommensurable 
tout  comme  celle  du  donateur . . .  Qu'il  se  garde 
d'accepter  un  paiement  pour  son  œuvre  :  ce  serait 


comme  s'il  vendait  son  père  et  sa  mère. . .  "  (  "Sûtra 
sur  la  Félicité  qu'on  s'acquiert  par  la  dévotion  cul- 
tuelle, prononcé  par  le  B.  dans  son  cercueil  d'or" 
f&  fë.  "É:  tt  $C  M  %Ê>  signalé  comme  apocryphe  dans 
Ttt.  2153  xv  ;  "Sûtra  pour  trancher  les  doutes  rela- 
tifs aux  Péchés  et  à  la  Félicité  "  f$.  flg  ^  |j§  $g, 
signalé  comme  apocryphe  dans  Ttt.  2149  xi,  2154 
xviii).  A  plusieurs  reprises,  sous  la  dynastie  T'ang, 
l'État  est  intervenu  en  Chine  pour  restreindre  la 
fabrication  des  icônes  bouddhiques,  qui  entraînait 
des  désordres  économiques  (immobilisation  des  mé- 
taux).— On  trouve  en  Chine  des  contes  illustrant  les 
dangers  qu'entraîne  le  sacrilège  contre  les  icônes  boud- 
dhiques. Un  recueil  du  début  du  vne  s.,  Ttt.  21 10 
vu  (540  a-b),  en  cite  deux  d'après  des  sources  plus 
anciennes  :  (1)  Souen  Hao  -^Ô^,  dernier  empereur  de 
la  dynastie  Wou  ^,  qui  régna  de  264  à  280  et  se  rendit 
célèbre  par  ses  débauches,  en  se  promenant  un  jour 
avec  ses  femmes,  trouve  une  statue  d'or  qu'il  fait 
mettre  auprès  de  latrines,  et  quand  arrive  le  jour  où 
l'on  est  censé  ondoyer  l'image,  il  pisse  sur  elle  pour 
amuser  ses  femmes  :  il  est  alors  atteint  d'une  orchite, 
dont  il  guérit  grâce  à  l'intervention  d'une  de  ses 
femmes,  qui  le  convertit  au  bouddhisme  et  lui  fait 
vénérer  la  statue  ;  (2)  L'histoire  d'un  militaire  de 
l'époque  des  Leang  qui  volait  les  icônes  et  en  vendait 
le  bronze  pour  se  procurer  de  l'alcool  et  de  la  viande  : 
à  50  ans  il  perd  tous  les  siens,  devient  aveugle  et 
meurt  dans  la  misère. — Plus  tard  l'école  *Zen  déve- 
loppa en  Chine  la  tendance  iconoclaste  qui  est  en 
germe  dans  l'avadâna d'Upagupta  (sup.  p.  212  b).  Dans 
Ttt.  2076  xiv  (310  c),  on  rapporte  comment  un  maître 
de  Zen  nommé  Tanka  (Tan  hia)  f^fjt  (739-824),  arri- 
vant dans  un  temple  un  jour  de  grand  froid,  s'empara 
d'une  statue  de  B.  en  bois  et  la  brûla  pour  se  chauffer. 
Comme  on  proteste  contre  ce  sacrilège,  il  s'écrie  : 
"C'est  pour  prendre  la  Relique  (*shari)  que  je  l'ai 
brûlée!" — "Mais  quelle  Relique  y  a-t-il  donc  dans 
ce  bois  ?"  lui  objecte-t-on.  "Eh  bien  !  alors,"  réplique- 
t-îl,  "de  quoi  m 'accusez- vous?"  Les  commentateurs 
de  cette  "anecdote  édifiante"  (*kôan)  en  font  res- 
sortir le  sens  "spiritualiste"  :  il  détruit  l'idole  maté- 
rielle pour  révéler  le  "B.  vivant"  qui  est  en  nous- 
mêmes  ;  la  vraie  "Relique",  c'est  la  Nature  de  B. 
innée  en  chacun  de  nous.  Pour  l'iconoclasme  (en  un 
sens  plus  large)  de  l'école  Zen,  comparer  les  dicta 
attribués  à  un  autre  maître  ch.,  du  IXe  s.,  Tokusan 
(Tô  chan)  fgMj,  dans  Z.  II  B,  ix  (378-379)  :  "Les 
dénominations  "Saints"  et  "Profanes"  ne  sont  que 
des  sons  vides  ;  les  caractéristiques  "supérieures" 
et  "inférieures"  ne  sont  que  formes  illusoires. .  .11  n'y 
a  ici  ni  B.  ni  patriarche  ;  Bodhidharma  est  un  vieux 


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barbare  puant,  les  Bs.  des  dix  Terres  sont  des  porteurs 
de  fumier,. .  .l'Éveil  et  le  Nirvana  sont  des  pieux  à 
attacher  les  ânes,  la  doctrine  en  douze  Membres 
n'est  qu'archives  démoniaques  et  papier  à  essuyer 
plaies  ou  abcès. .  .Le  B.  est  un  vieux  pieu  barbare!" — 
Sur  les  artistes  bouddhistes  en  Chine  et  au  Japon, 
cf.  *Busshi  $i  fjïjî  ;  notices  biographiques  sur  les  ima- 
giers (sculpteurs)  chinois,  des  Han  aux  Ts'ing,  dans 
Bull.  Soc.  for  Res.  in  Ch.  Architecture,  VI,  11  (Pékin, 
déc.  1935),  p.  114-157  ;  et  un  récent  travail  de 
G.  Morisue  sur  les  guildes  de  peintres  bouddhistes 
à  Nara  pendant  les  époques  Kamakura  et  Ashikaga, 
dans  la  revue  Bijutsu  kenkyû  ^Hfà  ^-^,  n08  39-40, 
mars-avril  1935. — Outre  les  ouvrages  cités  ci-dessus, 
v.  encore  T.  1418,  "Rituel,  [prononcé  par  le  B.]  en 
Concentration, pour  l'installation  d'images  de  tous  les 
Tg.  ",  td.  ca.  1000  p.  C.  (porte  sur  les  images,  mode- 
lées, peintes  ou  sculptées,  des  B.  ou  des  saints  ; 
dix  règles  pour  leur  facture  et  leur  consécration  ;  dis- 
tinction entre  le  Corps  d'Essence,  omniprésent  et 
dénué  de  Caractères,  et  les  images  qui  n'ont  pour 
raison  d'être  que  d'assurer  des  Mérites  aux  débutants  ; 
les  Cercles  ;  rites  de  consécration  ;  les  images  doivent 
être  tournées  vers  l'Est  ;  bain  des  images  ;  rite  de 
1' "ouverture  des  yeux",  cf.  *Kaigen  ;  etc.). — Cf. 
aussi  T.  1419,  "Sûtra  sur  la  fabrication  des  images, 
avec  mensurations",  td.  (du  tib.)  et  cm.  en  ch., 
en  1742-1743,  par  un  fonctionnaire  mongol,  élevé  à 
la  cour  de  Chine  et  gendre  d'un  prince  mandchou 
(nom  tib.  :  Mgon  po  skyabs,  te.  X^  lË^)»  avec  une 
introduction  historique  et  un  appendice  sur  diverses 
questions  iconographiques.  V.  sur  cet  ouvrage  Kokka, 
n08  164,  470-477  ;  sur  l'original  sk.,  intitulé  Pra- 
timâ-mâna-laksana,  S.  Lévi,  Népal,  in,  185  sq.  ; 
R.  Sakaki  in  Geimon  H^t,  1916,  n°  3,  et  1918, 
n°  3;  Ph.  Nath  Bose,  Pratimâ-mâna-laksana,  éd. 
with . . .  Sk.  and  Tib.  texts,  Engl.  trsl.,  Lahore,  1929  ; 

J.  N.  Banerjea,  Pratimâlaks0,  éd.  w.  Engl.  trsl , 

Calcutta,  ^932  ;  Har .  Mitra,  Buddhapratimâlaks0,  éd.  w. 
the  Commentary . . . ,  Bénarès,  1933  [on  n'a  pas  comparé 
ces  trois  éd.  sk.  avec  le  texte  ch.]. — Pour  la  contem- 
plation mystique  des  images,  v.  *Nembutsu,  *Sammai. 

^BUTTON  #fc^,  voix  du  B.  (sk.  buddhasabda), 
ou  sons  émis  par  le  B.  (sk.  buddhasvara,  b°ruta,  etc.). 
— La  voix  du  B.  est  souvent  désignée  par  le  terme 
"voix  brahmique"  (bonnon  ^  ^,  sk.  brahmasvara), 
et  les  textes  lui  attribuent  toutes  sortes  de  qualités 
que  l'on  trouvera  énumérées  à  l'article  *Bonnon. 
Entre  toutes  ces  qualités,  le  G.V.  en  distingue  parti- 
culièrement une  qui  est  conforme  à  la  nature  Supra- 
mondaine  que  ce  V.  attribue  au  B.  :  la  voix  du  B. 


est  infinie,  et  par  conséquent  unique  (Jitton  — ^if, 
sk.  ekasabdha  ?).  C'est  de  cette  qualité  seule,  et  des 
doctrines  dont  elle  est  l'objet,  qu'il  sera  traité  dans 
lé  présent  article. — La  nature  de  la  voix  du  B.  est 
une  des  questions  sur  lesquelles,  dès  l'origine,  les 
Mahâsânghika,  précurseurs  du  G.V.,  se  séparèrent 
des  Sarvâstivâdin.  Vasumitra,  dans  son  Traité  sur 
les  Sectes  Tt.  2031,  rapporte  que  d'après  les  Mahâ- 
sânghika "le  B.  se  sert  d'un  seul  son  pour  énoncer 
toutes  les  Essences",  thèse  qu'éclairent  les  autres 
doctrines  professées  par  cette  secte  :  "Toutes  les 
paroles  du  Tg.  consistent  à  tourner  la  Roue  de  la 
Loi  [c.-à-d.  à  prêcher]  ;  il  n'y  a  rien,  dans  les  sûtra 
énoncés  par  le  B.,  qui  ne  soit  conforme  au  Sens." 
Les  Sarvâstivâdin  n'admettaient  pas  cette  thèse  ; 
ils  soutenaient,  en  effet,  que  parmi  les  paroles  du  B. 
seule  la  prédication  sur  les  huit  Membres  du  Chemin 
saint  consistait  véritablement  à  tourner  la  Roue  de 
la  Loi,  que  ses  discours  et  ses  sûtra  n'étaient  pas  tous 
infaillibles,  et  qu'il  ne  lui  suffisait  pas  d'un  seul 
son  pour  énoncer  la  totalité  des  Essences.  Isj.  (221  b), 
commentant  la  thèse  des  Mahâsânghika,  explique 
qu'en  vertu  de  ses  Mérites  accumulés  le  B.  n'a  qu'à 
prononcer  un  seul  mot,  d'une  seule  émission  de  voix, 
pour  faire  entendre  la  Loi  aux  Êtres,  qui  l'inter- 
prètent différemment  selon  leurs  capacités  et  leurs 
besoins. — C'est  la  même  idée  qu'exprime  une  stance 
célèbre  de  l'Avatamsaka  T.  279  lxxx  (443  c)  [ver- 
sions parallèles  T.  278  lx,  293  xxxix]  :  Le  B.  se  sert 
d'un  son  unique  pour  leur  prêcher  la  Loi,  et  fait  en 
sorte  qu'ils  en  obtiennent  l'intelligence,  chacun  selon 
sa  catégorie.  A  ceux  qui  sont  sujets  à  l'Attraction,  à  la 
Haine,  à  l'Erreur,  à  la  Colère,  à  la  Dissimulation . . . 
et  aux  84.000  différentes  Passions,  il  fait  entendre 
les  Essences  qui  servent  d'Auxiliaires  contre  ces 
Passions  ;  à  ceux  qui  ne  sont  pas  encore  purifiés,  il 
fait  entendre  la  prédication  des  dix  Défenses  ;  aux 
hommes  déjà  domptés,  qui  pratiquent  le  Don,  il 
fait  entendre  le  son  du  Nirvana  ;  etc. . . .  -«-Cette 
stance  se  retrouve,  légèrement  modifiée,  dans  le 
Vimalakîrti  T.  475  1  (538  a)  :  Le  B.  se  sert  d'un  son 
unique  pour  énoncer  la  Loi,  et  les  Êtres,  chacun  selon 
sa  catégorie,  en  obtiennent  l'intelligence  ;  chacun  se 
dit  que  le  Bg.  parle  sa  langue  ;  c'est  là  une  Essence- 
Singulière,  propre  aux  B.,  qui  la  doivent  à  leurs 
forces  de  Magie. — Elle  est  également  citée  dans  un 
passage  de  la  Vibhâsâ  Tt.  1545  lxxix,  où  il  est  spé- 
cifié qu'elle  est  tirée  d'un  Hymne  et  ne  figure  pas 
dans  le  Tripitaka  (cf.  *Butsugo).  La  Vibhâsâ,  dans 
ce  passage,  insiste  surtout  sur  l'aspect  linguistique 
de  la  question,  et  cherche  à  expliquer  comment  le  B., 
bien  qu'un  seul  son  lui  suffît  pour  prêcher,  pouvait 


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néanmoins  se  faire  entendre  à  tous  ses  auditeurs  dans 
leurs  propres  langues.  Mais  dans  d'autres  textes 
canoniques  le  "son  unique"  est  considéré  d'un  point 
de  vue  plus  philosophique.  Ainsi  l'Avatamsaka  T.  279 
xliv  (233),  traitant  d'une  des  dix  Patiences,  la 
Patience  [qui  fait  considérer  tous  les  sons,  et  en  par- 
ticulier la  voix  du  B.]  comme  un  écho  (nyokyônin 
tW^fà),  explique  que  les  Bs.,  lorsqu'ils  Inspectent 
la  voix  du  Tg.,  se  rendent  compte  qu'elle  n'est  ni  un 
produit  de  l'intérieur,  ni  un  produit  de  l'extérieur, 
ni  un  produit  à  la  fois  de  l'intérieur  et  de  l'extérieur  ; 
et  pourtant  cette  voix  est  capable  d'Actualiser  toutes 
sortes  de  Noms  et  de  Mots  excellents,  qui  constituent 
la  prédication.  L'Essencité  est  en  effet,  comme  l'écho; 
un  produit  de  Facteurs  ;  et  les  Êtres  la  comprennent 
chacun  différemment . . .  Cette  voix  [de  la  prédica- 
tion] s'étend  sans  Contreheurt  aux  Terrains  des  dix 
directions,  en  sorte  que  chacun  entend  la  Loi  diffé- 
remment, selon  ce  qui  lui  convient . . .  [Les  Bs.]  savent 
que  cette  voix  est  sans  origine,  et  cependant  Actualise 
tous  les  sons  ;  que  sans  rien  énoncer,  elle  énonce 
toutes  les  Essences  ;  que  bien  qu'elle  soit  Égale 
chacun  la  comprend  selon  sa  catégorie. — Cf.  Dasa- 
bhûmikasûtra  T.  286  m  (517  b)  [=sk.  éd.  Rahder  55] . 
Un  des  dix  paradoxes  afférents  aux  Bs.  est  le  suivant  . 
Ils  sont  Convaincus  que  la  voix  du  Tg.  est  Inexpres- 
sible  et  de  Nature  Apaisée,  et  cependant  ils  réalisent 
qu'elle  produit  toutes  sortes  de  sons  purs  et  ornés 
selon  les  [besoins  des]  Êtres. — Le  Mahâprajnâpâra- 
mitâsâstra  Tt.  1509  xxx  (284  a-b),  discutant  la  por- 
tée de  la  voix  des  Bs.,  qui  par  une  seule  émission 
se  font  entendre,  d'après  le  Mah°p°pâr°sûtra,  dans 
tous  les  Mondes  des  dix  directions  nombreux  comme 
les  grains  de  sable  du  Gange,  déclare  que  la  voix 
des  B.  se  distingue  de  celle  des  Bs.  en  ce  qu'elle  est 
proprement  infinie  et  se  fait  entendre  au  delà  de 
toute  limite  énumérable.  Mais  alors,  objectera-t-on, 
comment  se  fait-il  que  souvent  des  Auditeurs  soient 
venus  de  régions  lointaines  auprès  du  B.  pour  l'en- 
tendre prêcher  ?  [Car  si  sa  voix  s'entendait  partout, 
les  auditeurs  n'auraient  pas  besoin  de  se  déplacer.] 
On  répondra  :  La  voix  du  B.  est  de  deux  sortes  : 
l'une  est  cachée  dans  la  bouche,  l'autre  ne  l'est  pas  ; 
c'est  pour  entendre  cette  seconde  qu'il  est  nécessaire 
de  s'approcher  du  B.  La  voix  cachée  n'est  entendue 
que  des  Saints  Supramondains,  tel  Maudgalyâyana  ; 
les  Puérils  Mondains  n'entendent  que  la  voix  non 
cachée,  et  cela  dans  la  mesure  où  ils  s'approchent 
du  B. . .  .On  distingue  trois  variétés  de  la  voix  des  B. 
et  des  Bs.  :  (1)  En  vertu  des  Facteurs  vocaux  excel- 
lents qu'ils  ont  accumulés  dans  leurs  existences  anté- 
rieures, ils  possèdent  dans  leur  gorge  quatre  Elé- 


ments, subtils  et  merveilleux,  qui  leur  permettent 
d'émettre  toutes  sortes  de  sons  merveilleux  au  loin 
et  au  près,  sur  un  espace  de  une,  deux,  trois,  dix, 
cent,  mille  Lieues,  et  jusqu'aux  trois  mille  Chilio- 
cosmes  ;  (2)  en  vertu  des  Supersavoirs,  la  voix  émise 
par  ces  quatre  Eléments  emplit  non  seulement  les 
trois  mille  Chiliocosmes,  mais  les  Mondes  des  dix 
directions  innombrables  comme  les  grains  de  sable 
du  Gange  ;  (3)  enfin,  la  voix  qui  est  propre  aux  B. 
est  toujours  capable  d'emplir  l'Espace  entier  dans 
les  dix  directions ...  Et  si  les  Êtres  ne  sont  pas 
constamment  en  état  de  l'entendre,  c'est  par  l'effet 
du  Revêtement  dû  à  leurs  mauvais  Actes  anté- 
rieurs. .  .De  même  que  le  tonnerre  n'est  pas  entendu 
des  sourds,  sans  pour  cela  être  diminué,  ainsi  la  pré- 
dication incessante  du  B.  n'est  pas  entendue  des 
Êtres,  à  cause  de  leurs  péchés. . . — Au  sujet  de  l'infi- 
nité de  la  voix  du  B.,  le  même  texte  (Tt.  1509  xxx, 
284  a)  renvoie  au  "Guhyakasûtra"  (Misshakkyô  $£ 
j$>  fj$.)  ;  il  s'agit  de  la  section  du  Ratnakûta  intitulée 
Assemblée  de  Guhyaka-Vajrapâni  T.  310  x  (56-57)  : 
Guhyaka-Vajrapâni  y  déclare  que  ni  Mâra,  ni  Brahmâ, 
ni  les  Moines,  les  Brahmisants,  les  hommes  ou  les 
Dieux,  ne  sont  capables  de  limiter  la  voix  du  B., 
et  il  rappelle  à  ce  propos  l'anecdote  suivante  :  Jadis 
le  B.  prêchait  sur  ce  même  sujet  au  Pic  du  Vautour  ; 
Maudgalyâyana,  voulant  éprouver  la  portée  de  sa 
voix,  se  transporta  successivement  au  sommet  du 
Sumeru,  et  dans  les  trois  mille  grands  Chiliocosmes, 
et  au  sommet  du  Cakravâda  ;  et  partout  il  perçut 
clairement  la  voix  du  B.  Il  se  rendit  enfin  auprès  du 
Tg.  Roi-de-Lumière  (Kômyôônyorai  :)fc  B$  3î  #0  3fë), 
résidant  très  loin  en  Occident  dans  un  Terrain  dit 
Bannière  de  Lumière  (Kômyôban  -fc  B$  f$|)  ;  et  là 
aussi  la  voix  du  B.  parvint  à  ses  oreilles.  Se  repentant 
alors  d'avoir  douté,  il  adressa  à  Sâkyamuni,  à  travers 
l'espace,  des  stances  pour  lui  demander  de  le  faire 
revenir  auprès  de  lui.  A  l'ouïe  de  ces  stances,  les  dis- 
ciples de  Sâkyamuni  désirèrent  voir  ce  monde  loin- 
tain ;  le  B.  fit  alors  jaillir  de  ses  sourcils  un  rayon  qui 
illumina  ce  monde  et  grâce  auquel  Maudgalyâyana  i 
put  regagner  le  Pic  du  Vautour. — Les  exégètes  ch.  I 
ont  longuement  discuté  sur  la  "doctrine  du  soni 
unique"  (ittongyô  — ^^c),  en  se  référant  à  lai 
stance  de  l'Avatamsaka  et  du  Vimalakîrtisûtra  citée! 
au  début  du  présent  article.  Vers  l'an  400  Sôjô  (Seng: 
tchao)  fHH,  commentant  le  Vimalakîrtisûtra,  Ttt. 
1775  1  (333  c),  propose  deux  interprétations  du  "son 
unique"  :  (1)  c'est  le  son  "caché"  dans  la  bouche 
du  B.,  que  chacun  comprend  selon  sa  catégorie;! 
(2)  c'est  le  son  par  lequel  le  B.  proclame  1' "Essence* 
unique",   que  chacun  entend  selon  sa  préférence:' 


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ceux  qui  aiment  le  Don  entendent  l'enseignement  du 
Don,  ceux  qui  aiment  les  Défenses  entendent  l'en- 
seignement des  Défenses,  etc.  D'après  Kkk.  1  (8  a), 
Kumârajîva  (344-413),  le  maître  de  Sôjô  (Seng  tch'ao), 
se  ralliait  à  la  seconde  de  ces  opinions  :  il  interpré- 
tait "son  unique"  au  sens  de  la  plénitude,  de  l'Éga- 
lité, de  la  Non-dualité  des  sons  émis  par  le  B.  ensei- 
gnant ;  selon  Bodhiruci  (vie  siècle),  au  contraire, 
cette  expression  devait  se  prendre  au  sens  littéral 
d'un  unique  son,  toujours  le  même,  servant  aux  B. 
pour  prêcher  au  cours  de  toute  leur  carrière. — Eon 
(Houei  yuan)  j^  ^,  au  vie  siècle,  distingue  dans  le 
"son  unique"  :  (1)  le  "son  de  la  Conque"  (hôraon 
}fc  fcHia,  sk.  sankhasabda),  c'est-à-dire  la  voix  en 
réalité  toujours  Apaisée,  qui  est  un  Caractère  du 
Corps  Vrai  des  B.  et  qu'entendent  sans  cesse  les 
Êtres  dont  l'oreille  est  pure,  tandis  que  ceux  dont 
l'oreille  est  impure  ne  l'entendent  jamais  ;  (2)  les 
sons  émis  par  le  Corps  de  Correspondance,  qui  sont 
"uniques"  en  ce  sens  que  le  B.  s'exprime  en  un  lan- 
gage unique  ou  énonce  une  Essence  unique,  quoique 
les  Êtres  entendent  chacun  leur  propre  langage  ou 
l'Essence  qui  leur  convient  Ttt.  1776  1  B  (434  a). — 
Chiki  (Tche  yi)  ^  ££  (538-598),  le  fondateur  de  la 
secte  Tendai,  interprète  le  "son  unique"  au  sens  du 
"Véhicule  unique"  (sk.  ekayâna),  tel  que  l'enseigne 
le  Lotus  T.  262  1,  sûtra  fondamental  de  la  secte  : 
D'après  les  maîtres  de  Dhyâna  du  Nord  [de  la  Chine], 
dit-il  Tt.  1716  xa  (801  b),  le  Véhicule  des  B.  est 
unique. .  .et  pour  prêcher  les  B.  se  servent  d'un  son 
unique,  que  chacun  explique  selon  sa  catégorie.  Les  B. 
observent  sans  cesse  le  Véhicule  unique,  et  ce  sont  les 
Êtres  qui  voient  trois  Véhicules  ;  mais  l'enseignement 
des  B.  n'est  qu'un  son  unique. — Les  auteurs  ch.  de  la 
secte  Tendai  se  sont  abondamment  étendus  sur  cet 
"enseignement  du  son  unique",  l'attribuant  tantôt 
à  la  "doctrine  ésotérique"  (himitsukyô  jj^f^^c) 
Ttt.  1781  il  (926  b),  tantôt  à  la  "doctrine  soudaine" 
(tongyô  i^  |£)  ou  à  la  "doctrine  graduelle  "  (zengyô 
i$Jr  ffc)  Ttt.  1716  1  A  (683  b-c)  ;  tantôt  à  la  "doctrine 
indéterminée"  (fujôkyô  ^sEÏfll.)  Ttt.  1911  1  A  (2  b)  ; 
tantôt  aux  quatre  doctrines  dites  zô  ££,  tsû  jjj, 
betsu  #1]  et  en  [Mi  (cf.  *Kyôsôhanjaku)  Ttt.  1716  1  B 
(691  a),  1929  1  (723  c-724  a).  Au  point  de  vue  de  la 
matière  enseignée,  Ttt.  1929  1  B  (55  a)  dit  que  le 
'son  unique"  comprend  le  G.V.  et  le  P.V.  ;  et  au 
point  de  vue  des  degrés  de  la  carrière  de  sainteté, 
Ttt.  1719  1  prête  non  seulement  aux  B.,  mais  aussi 
aux  Bs.  la  faculté  de  prêcher  par  le  "son  unique". 
— Dans  la  secte  Kegon,  Hôzô  (Fa  tsang)  y£  £&,  com- 
mentant ce  passage  du  Mahâyânasraddhotpâdasâstra 
Tt.    1666   (575  c)  :    "Un  son  complet  (eiiin   |^|  ^) 


BYAKUE 


suffit  pour  sa  prédication  unique,  que  chacun  inter- 
prète selon  sa  catégorie  " ,  donne  deux  interprétations 
du  "son  complet"  :  (1)  c'est  le  son  unique  qui  sert 
à  prêcher  toutes  les  Essences  ;  (2)  c'est  le  son  unique 
qui  comprend  tous  les  autres  sons. — Cf.  *Bonnon, 
*Butsugo. 

BYAKUE  ÉJ^c  "vêtement  blanc",  sk.  avadâ- 
tavastra,  p.  odâtavattha.  Le  vêtement  des  Laïcs, 
par  opposition  à  celui  des  Moines  dit  zene  %fc  fc 
"vêtement  teint"  ou  shie  £f§  ^  "vêtement  sombre"  ; 
par  extension,  ces  termes  désignent  respectivement 
les  Laïcs  et  les  Moines  eux-mêmes.  Le  blanc  est  la 
couleur  favorite  pour  les  vêtements  en  Inde  ;  Genjô 
(Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  11  (=Watters,  Travels,  I, 
148)  et  Gijô  (Yi  tsing)  Ttt.  2125  11  (=Record,  67) 
notaient  déjà  ce  trait.  Le  clergé  bouddhique  porte 
au  contraire  des  robes  teintes,  dont  la  nuance  varie 
du  jaune  au  brun  et  au  noir  (cf.  *Kesa).  Ttt.  2126  I 
(238  a)  condamne  sévèrement  certains  moines  de  la 
Chine  méridionale  qui,  au  Xe  siècle, .  s'étaient  mis  à 
porter  des  Frocs  de  couleur  blanche,  et  conte  com- 
ment un  '  de  leurs  confrères  les  suivait  partout  en 
leur  présentant  un  bol  contenant  de  la  teinture. 
D'autre  part,  les  textes  et  l'iconographie  prêtent 
parfois  au  B.  un  vêtement  blanc,  probablement  par 
assimilation  à  l'habillement  des  rois  dans  l'Inde 
ancienne  (Przyluski,  J.  As.  1919,  1,  429). — La  secte 
hérétique  des  "vêtements  blancs",  sk.  Svetâmbara, 
une  des  deux  grandes  sectes  Jaina  l'autre  (était 
celle  des  Gymnosophistes,  sk.  Digambara),  est  men- 
tionnée par  Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087  111  (=Wat- 
ters,  Travels,  I,  251)  ;  il  visita  à  Sirhhapura  le  lieu 
où  son  fondateur  avait  reçu  l'inspiration,  et  rapporte 
que  cette  secte  offrait  maintes  ressemblances  avec 
le  clergé  bouddhique,  mais  s'en  distinguait  par  ses 
vêtements  blancs  ou  par  la  nudité. 

BYAKUEKANNON  Q^Mb1  "Kannon  aux 
vêtements  blancs",  sk.  Pândaravâsinî  ;  une  des  formes 
de  *Kannon. — Te.  ^Handarabashinei  ^  t£  n||  .^ 
£f?  Ttt-  170  v  (632  c),  id.  ~H  [corr.  de  £]  ^ 
T.  895  11  (746  b)  ;  ~  bashini  $$  %y^  T.  951 1  (231  b), 
id-  ~^^Hft  T.  1039  (25  a),  T.  1092  xxn  (349  a). 
—  Td.  byakue  Q  ^C,  "aux  vêtements  blancs",  T. 
896  11,  1039,  1092,  etc.  [sk.  pândara  "blanchâtre" 
+  vâsinî  "vêtue"]  ;  byakusho  Q  |£  ou  byakujû  Q 
££,  "à  la  blanche  demeure",  T.  8481,  Ttt.  1796  v,  etc. 
[sk.  pândara  "blanchâtre"  -\-  vâsinî  "demeurant"]. 
— T.  848  1  (7  a)  :  Près  de  Tara  la  Sainte  [cf.  Tara] 
se  trouve  [dans  la  Cour  de  Kannon  du  Cercle  du 
Plan  de  Matrice]  la  Vénérable  à  la  blanche  demeure  ; 


BYAKUEKANNON 


218 


BYAKUEKANNON 


sur  ses  cheveux  elle  porte  un  diadème  ;  elle  est  cou- 
verte d'une  étoffe  blanche,  et  tient  à  la  main  une 
fleur  de  lotus  padma.  Cm.  Ttt.  1796  v  (632  c)  :  A 
droite  de  Tara  se  trouve  Pândaravâsinî,  dont  le  nom 
signifie  "à  la  blanche  demeure"  ;  en  effet,  elle  a  pour 
demeure  un  lotus  blanc.  Sur  ses  cheveux  célestes 
elle  porte  un  diadème  ;  elle  est  couverte  d'un  vête- 
ment blanc  et  tient  dans  sa  main  gauche  un  lotus 


Fig.  72.  Byakuekannon  (Pândaravâsinî) 

dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice. 

(Type  «  actuel  *.) 


épanoui.  Sa  Concentration  est  dite  "mère  [de  B.] 
de  la  Section  de  Lotus",  parce  que  l'Œil  universel 
[qui  permet  aux  B.  de  contempler  tous  les  Êtres] 
procède  de  cette  demeure  blanche  et  pure  [c.-à-d.  du 
Lotus  blanc].  (Sur  l'"Œil  de  B.."  et  les  "mères  de 
Sections",  cf.  *Butsugemmo.)  Ib.  x  (628  a)  :  Elle  a 
pour  Formule  Tathâgatavisayasambhavapadmamâ- 
linî  "Enguirlandée  de  lotus  nés  du  Domaine  de  Tg.  " . 
Cette  Formule  a  pour  Substantiel  sa  première  syllabe, 
ta,  qui  s'interprète  "ainsi,  ainsi"  (sk.  tathâ-tathâ)  ; 
or  l'Ainsité  est  le  Domaine  des  B.,  d'où  naît  ce  per- 
sonnage. Le  padma,  "lotus  blanc",  symbolise  par  sa 
blancheur  l'Esprit  d'Éveil  ;  cette  Vénérable  demeure 
dans  l'Esprit  d'Éveil,  c'est  pourquoi  on  l'appelle  "à 
la  blanche  demeure"  ;  et  comme  cet  Esprit  procède 


du  Domaine  des  B.,  elle  peut  donner  naissance  à  tous 
les  B.  :  d'où  son  nom  de  Kannon  la  Mère  (Kannommo 
ll^ra  l%>  °f-  *Butsugemmo)  qui  préside  à  la  Section 
de  Lotus  [c.-à-d.  à  la  Cour  de  Kannon  du  Plan  de 
Matrice]. — Dans  les  représentations  "actuelles"  du 
Cercle  du  Plan  de  Matrice,  la  place  de  Byakuekannon 
n'est  pas  au-dessous  de  Tara  comme  l'indiquent  les 
textes  précités  ;  elle  figure,  comme  dernier  des  per- 
sonnages de  cette  Cour,  au  bas  (à  l'Ouest)  de  la  ran- 
gée de  gauche,  et  c'est  un  autre  personnage,  *Dai- 
myôbyakushin  ^  B$  £3  ^k  (s^-  Âryagaurîmahâvidya), 
qui  prend  sa  place  auprès  de  Tara  ;  ces  deux  person- 
nages ne  paraissent  du  reste  différer  que  par  le  nom 
et  le  sexe  (cf.  Mnkk.  166,  d'après  lequel  cette  loca- 
lisation serait  conforme  aux  prescriptions  de  T.  1092 
xv  et  de  Tt.  973  il). — Byakuekannon  est  figurée, 
dans  ce  Cercle,  assise  sur  un  lotus  rouge  dans  l'atti- 
tude "à  demi  accroupie",  hankaza  (cf.  *Zahô)  ;  dans 
la  main  gauche  elle  tient  un  lotus  épanoui,  et  de 
la  droite  fait  le  Sceau  dit  *Segan  ;  cf.  TZ.  I,  664 
[notre  fig.  72].  Tantôt  elle  ne  porte  sur  son  diadème 
et  sur  son  torse  que  des  écharpes  ;  tantôt  elle  est  revê- 


Fig.  73.  Byakuekannon  (Pândaravâsinî) 
dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice. 
Kakuzenshô,  d'après  un  ms.  de  ca.  1322. 


tue  d'une  grande  robe  blanche,  qui  remonte  sur 
sa  coiffure,  du  haut  de  laquelle  tombe  encore  un 
voile  (Kkzs.  dans  Dnbz.  xlvii,  1029,  et  dans  TZ.  IV,  | 
p.  848  [notre  fig.  73]).  Hizk.  11  (éd.  Ndzk.,  219  a)  lui! 
attribue  une  couleur  blanc- jaune,   ce  qui  est   bienj 


PLANCHE  XIX 


BYAKUEKANNON  (PANDARAVASINI). 

Peinture  attribuée  à  Mou  k'i. 

Musée  Impérial  de  Kyoto. 


BYAKUEKANNON 


219 


BYAKUEKANNON 


le  sens  du  sk.  pândara. — D'autres  textes  Es.  men- 
tionnent des  types  un  peu  différents  ;  T.  1039  (25  a)  : 
Pândaravâsinî,  Kannon  la  Mère  aux  vêtements  blancs, 


Fig.   74.  Byakuekannon  (Pâpdaravâsinr).  Type  de  T.   1039. 
Zuzôshâ,  d'après  un  nu.  de  ca.   1309. 


a  les  cheveux  noués  ;  elle  est  ornée  d'un  diadème  et 
de  toutes  sortes  de  vêtements  précieux  ;  elle  porte 
un  vêtement  blanc . . .  Dans  la  main  gauche  elle  tient 


soit  un  bâton,  soit  un  lacet,  et  dans  la  droite  un 
volume  de  la  Prajnâ[pâramitâ].  Cf.  images  Kkzs.,  dans 
Dnbz.  xlvii,  1027,  et  dans  TZ.  IV,  p.  845  ;  Zzsh.  dans 
TZ.  III,  fig.  71  [notre  fig.  74]. — T.  1092  xxx  :  Kanzeon 
la  Mère,  Bs.  aux  vêtements  blancs,  tient  un  bouton 
de  lotus  dans  la  main  gauche,  appuyée  sur  la  hanche, 
la  paume  dressée  ;  la  main  droite  est  placée  de  côté, 
la  paume  en  l'air  ;  elle  est  assise  dans  l'attitude  han- 
kaza.  Cf.  image  Kkzs.  dans  Dnbz.  xlvii,  1028,  et  dans 
TZ.  IV,  p.  846  [notre  fig.  75]  ;  et  descriptions  analogues 
T.  1092  xxvii  (378  b),  xxx  (394  a),  etc. — T.  950  11 
(199  b)  :  Son  corps  est  orné  de  guirlandes  de  lotus. . . 
Dans  la  main  droite  elle  tient  une  Gemme-de- Désirs, 


Fig.  75.  Byakuekannon  (Pândaravâsinî).  Type  de  T.   1092. 
Dessin  attribué  à  Kakuzen  (1143-1817). 


Fig.  76. 
Byakuekannon  (Pândaravâsinî).  Type  de  T.  950. 
Kakuxenshô. 


et  la  gauche  fait  le  Sceau  du  Don  du  Voeu.  Elle  est 
la  Mère  de  la  Section  de  Lotus  et  a  pour  siège  un 
Lotus.  Cf.  image  Kkzs.  dans  Dnbz.  xlvii,  1030  [notre 
fig.  76],  et  dans  TZ.  IV,  fig.  160;  et  T.  951  1  (1221  b) 
qui  remplace  le  Sceau  du  Don  du  Vœu  par  celui  du 
Don  de  Sécurité  (*Semui).— Tt.  1067  (135  b)  :  Son 
corps  est  jaune-blanc  ;  dans  la  main  gauche  elle 
tient  un  padma,  et  la  droite  pend,  le  poing  fermé. 


BYAKUEKANNON 


220 


BYAKUEKANNON 


— Ce  sont  là  les  principales  variétés  du  type  Es.  de 
Byakuekannon,  telles  que  les  définit  et  les  fixe  l'ico- 
nographie classique  de  l'Es.  ch.  à  l'époque  des  T'ang. 
Mais  dans  l'art  ch.  et  jap.  la  caractéristique  la  plus  frap- 
pante de  ce  personnage  est  une  longue  robe  blanche  qui 


Cl.  H.   Maipen 


Fig.   77.  Byakuekannon  (Pândaravâsinî). 

Type  non  tantrlque. 

D'après  un  dessin  de  Li  Long  mien  gravé  sur  pierre. 


remonte,  par  derrière,  sur  la  tête  pour  former  cape  ; 
et  parmi  ses  attributs  apparaissent  la  branche  de 
saule,  le  rosaire,  etc.  C'est  ce  type  qu'a  rendu  célèbre 
un  dessin  de  Li  Ryûmin  (Li  Long  mien)  ^f|Bj^, 
exécuté  vers  la  fin  du  XIe  s.  et  gravé  sur  pierre  dès 
1132  (cf.  H.  Maspero,  Mythologie  Asiatique  Illustrée, 
Paris,  1928,  330-332  [notre  fig.  77])  ;  la  sainte  s'y 
montre  de  trois  quarts,  tournée  vers  sa  droite,  accrou- 
pie et  encapuchonnée,  les  mains  cachées  dans  ses 
manches.  Ce  type  se  retrouve  dans  une  peinture 
attribuée  à  Bokkei  (Mou  k'i)  $tïl£,  célèbre  moine 
et  artiste  des  Song  méridionaux;  mais  ici  Kannon, 
tournée  vers  sa  gauche,  est  accroupie  sur  un  rocher 
au  bord  de  l'eau  ;  auprès  d'elle  est  un  flacon  conte- 
nant un  rameau  de  saule.  Cette  peinture  est  connue 
par  plusieurs  répliques  :  l'une,  provenant  du  Daitokuji 


^m^F  de  Kyoto,  est  actuellement  conservée  au 
Musée  Impérial  de  Kyoto  [notre  pi.  XIX]  ;  une  autre 
appartient  à  S.  Yamaoka  \\\  [ft]  "f-  ^&K  [cf.  5fc  7C  f$ 
ft  ^ft^CH.  Tôkyô,  1931,  pi.  25]  ;  un  type  légère- 
ment différent  fait  partie  d'un  triptyque  apparte- 
nant à  T.  Tanaka  g|  q*  j£-fe  fë  tcf-  ib-  P1-  261-  Sur 
cette  peinture,  v.  Kokka,  xxn,  n°  265  (1912),  et  sur 
une  autre  qui  passe  pour  être  des  Yuan,  ib.  XL,  n°  479 
(1930). — C'est  ce  type  aussi  que  décrivent  et  repro- 
duisent, à  plusieurs  exemplaires,  divers  ouvrages  jap. 
du  XIIe  et  du  xme  s.  :  Asbs.  dans  TZ.  IX,  213  sqq. 
(qui  explique  longuement  pourquoi  la  robe  est  rame- 
née en  cape  sur  la  tête)  ;  Bessonzakki  dans  TZ.  III, 
246  sqq.  (fig.  p.  250  [notre  pi.  XX,  2  :  Kannon  encapu- 
chonnée est  représentée  debout,  chaque  pied  sur  un 
lotus,  les  mains  croisées  et  pendantes,  tenant  un 
rosaire)  ;  Kkzs.  dans  TZ.  IV,  843  sqq.  (fig.  p.  851-852 
[notre  pi.  XX,  1],  et  pi.  161-162  :  même  type  que  dans 
Bessonzakki)  ;  ce  dernier  ouvrage  se  réfère  à  Shinkaku 
&  *Êl>  l'auteur  du  Bessonzakki,  écrivain  et  peintre  de 
la  secte  Shingon,  mort  en  1180. — Ainsi  donc  la  Kan- 
non aux  vêtements  blancs  est  une  des  figures  favo- 
rites de  la  peinture  des  lettrés  bouddhistes  en  Chine  (et 
aussi  au  Japon  :  peintures  des  époques  Ashikaga  et 
Tokugawa  dans  Zzds.  m,  84-85)  ;  elle  a  été  traitée 
par  d'innombrables  artistes,  religieux  bu  laïcs,  depuis 
l'époque  des  Cinq  Dynasties  j  usqu'aux  temps  modernes, 
et  a  dû  contribuer  à  populariser  l'aspect  féminin  de 
Kannon.  Son  sexe  est  en  effet  spécifié  tant  par  son 
nom  sk.  que  par  l'épithète  de  "Mère"  que  lui  assi- 
gnent les  textes  Es.,  et  jusqu'à  nos  jours  c'est  sous  le 
vocable  de  "Bs.  aux  vêtements  blancs"  que  les 
foules  chinoises  vénèrent  la  "Dame  qui  apporte  des 
enfants"  (cf.  les  remarques  de  H.  Maspero,  loc.  cit., 
330-335). — Au  Japon,  Byakuekannon  ne  paraît  pas 
avoir  pénétré  dans  la  religion  populaire  (pour  une 
image  populaire,  cf.  Bzze.  il,  14  a).  A  l'époque  de 
Heian,  elle  fut  à  plusieurs  reprises  l'objet  de  céré- 
monies secrètes  destinées  soit  à  pacifier  le  pays  (en  940, 
cf.  Kkzs.  dans  Dnbz.  xlvii,  1024,  et  Asbs  dans  id. 
xxxviii,  1379  b),  soit  à  écarter  des  calamités  natu- 
relles (en  1132,  ib.),  soit  à  combattre  les  influences 
astrologiques  néfastes  ou  (en  1104,  1120,  etc.)  l'ac- 
tion funeste  des  éclipses  (Asbs.,  ib.  1379-1382)  ;  pour 
une  de  ces  cérémonies,  célébrée  vers  950  (Kkzs., 
ib.  1025),  on  se  servit  du  rituel  de  Kannon  aux  vête- 
ments de  feuilles  (Yôekannon).—  Dans  l'Es.  (Kkzs., 
ib.  1034- 1035),  son  nom  secret  est  Rikukongô  fâkijfi 
^PU,  "Diamant  sans  tache",  ses  Germes  sont  sa, 
sam  ou  pain  [pan0],  et  sa  Forme  de  Convention  est 
un  lotus  blanc. — A  cette  forme  de  Kannon  fut  affec- 
tée au  Japon  un  Cercle  spécial,  dont  le  plan  est  figuré 


*  fM<ffc*,»»  £/ 


a 

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BYAKUGÔ 


221 


BYAKUSANGAIBUCCHO 


Asbs.  dans  TZ.  IX,  216. — Cf.  *Kannon,  *Byakushin- 
kannon,  *Daimyôkyakushin,  *Tara,  etc. 

BYAKUGO  Q^Ê  ("poil  [fin,  effilé]  blanc"), 
gô  3fj,  [byaku]mô  [Q]^  ("poil  [blanc]"),  gyokugô 
3L^|J  ("poil  de  jade",  i.e.  précieux),  etc.;  sk.  ûrnâ 
("laine"),  ûrnâkesa  ("poil,  duvet  laineux"),  ûrnâ- 
kosa  ( "trésor"  [ou  bouton,  cocon,  gaine. . .]  laineux", 
p.  ex.  Dasabhûmika-sûtra,  éd..Rahder);  p.  unnâ  ; 
tib.  mjod  spu  (mjod=sk.  kosa,  spu="poil"). — 
Toupet-frontal  :  un  des  trente-deux  Caractères  du 
Grand  Mâle  (cf.  *Sôgô),  constitué  par  une  touffe  de 
poils  laineux  et  blancs  entre  les  sourcils  (miken  /g  \a\, 
sk.  bhruvor-madhye,  p.  bhamukantare,  etc.),  c.-à-d. 
au-dessus  de  leur  point  de  jonction,  car  un  des  quatre- 
vingts  signes  secondaires  du  Grand  Mâle  est  d'avoir 
les  sourcils  joints  (Burnouf,  Lotus,  602  ;  Foucher, 
Art  Gréco-Bouddhique,  II,  288,  n.  2).  Ces  poils  sont 
bouclés  et  s'enroulent  vers  la  droite,  comme  tous  les 
poils  du  Grand  Mâle  (cf.  *Buppatsu).  De  ce  toupet 
émane  une  radiance,  soit  temporaire,  soit  permanente. 
Dans  le  Dîrghâgama  T.  1  1  (5  b),  les  poils  sont  décrits 
comme  souples,  fins,  brillants  ;  étirés,  ils  sont  longs 
d'une  brasse  (jin  =|§l,  mesure  ch.  de  8  pieds,  sk., 
vyâma  ?)  ;  relâchés,  ils  s'enroulent  vers  la  droite  en 
forme  de  coquillage,  "comme  une  perle".  D'après  la 
Vibhâsâ  Tt.  1545  clxxvii  (889),  leur  longueur  n'est 
que  d'une  demi-brasse  ;  d'après  Tt.  1509  cité  Ttt. 
172 1 11  (470  b) ,  de  cinq  pieds. — Selon  T.  643 1  (649  b  sq .  ) , 
la  touffe  est  entourée  d'un  rebord  circulaire  (rin- 
kaku  %m5$).  A  la  naissance  du  Bs.,  les  poils  mesu- 
raient cinq  pieds  ;  étirés,  ils  ressemblaient  à  des  tubes 
de  vaidûrya  ;  relâchés,  ils  s'enroulaient  comme  des 
"perles"  de  sphatika.  A  l'âge  de  8  ans,  les  poils 
émettaient  des  rayons  de  cinq  couleurs  par  leurs 
extrémités.  Lors  du  mariage,  lorsqu'un  devin  voulut 
les  étirer,  il  en  jaillit  comme  une  sorte  de  lait  qui 
inonda  les  yeux  du  devin  et  lui  fit  voir  d'innombrables 
Rois    Tournant-la-roue.    Lors   de    l'Éveil,    les    poils 

mesuraient  15  pieds,  etc — Dans  T.  653  ni  (802  a), 

l'abondance  incommensurable  du  Toupet-frontal 
illustre  l'infinité  des  Mérites  du  Tg.  Après  le  Nirvana 
du  Tg.,  des  fractions  en  sont  offertes  comme  reliques 
à  Sâriputra  et  à  ses  disciples  ;  si  tous  les  hommes  du 
monde  sortaient  de  la  famille  et  qu'on  leur  donnât 
à  chacun  une  des  centaines  de  milliers  de  Millions 
de  ces  fractions,  le  Toupet  ne  perdrait  pas  pour  cela 
une  seule  de  ses  fractions. — La  souplesse  des  poils 
est  comparée  à  celle  du  coton  (sk.  tûla)  T.  220 
ccclxxxi  (968  a),  579  1  (955  a)  [cf.  la  formule  p.  : 
mudu-tûla-sannibha]  ;  de  leur  blancheur  éclatante, 
on  dit  qu'elle  l'emporte  sur  celle  du  cristal  de  roche 


(spharika)  Tt.  1509  xxi  (219  c),  ou  de  l'agate  blanche 
et  de  la  neige  (kasetsu  fi>f§^)  p.  ex.  T.  187  ni  (557  a). 
Cette  dernière  métaphore  correspond  évidemment  au 
sk.  hima-rajata-prakâsa  (cf.  Lotus,  563),  "ayant  l'éclat 
de  la  neige  et  de  l'argent".  Le  mot  ka  SJ  peut  dési- 
gner soit  une  pierre  précieuse  blanche,  soit  plus  pré- 
cisément une  agate  blanche,  soit  une  espèce  de  jade 
blanc,  soit  un  coquillage  blanc  (cf.  Ttt.  2128,  passim). 
Parfois  l'épithète  "jade"  (  =  "précieux")  est  accolée 
au  mot  "poil"  :  gyokugô  3s. 3|?  T.  694  (790  b),  Ttt. 
2087  (868  a).  Ces  épithètes  justifient  l'emploi  de 
pierres  précieuses,  incrustées  dans  le  front  du  B. 
pour  figurer  le  Toupet,  dans  la  statuaire  de  l'Inde 
(Grûnwedel,  Buddhist  Art,  162  ;  Foucher,  Art  Gréco- 
Bouddhique,  II,  288)  et  de  l'Extrême-Orient.  Par- 
fois c'est  une  simple  lentille  de  pierre  ou  de  bronze, 
ou  un  petit  cercle.  Ces  signes  sont  placés  plus  ou 
moins  bas,  mais  toujours  bien  au-dessus  des  arcades 
sourcilières  ;  jamais  ils  ne  se  transforment  en  œil 
frontal,  attribut  Divin  avec  lequel  le  Toupet  du  B. 
n'est  sans  doute  pas  sans  rapport  (Senart,  Légende, 
156). — L'imagination  des  amateurs  de  symbolisme 
s'est  exercée  à  propos  du  Toupet-frontal.  Pour  expli- 
quer l'irradiation  émise  par  le  B.  au  début  du  Sad- 
dharmapundarîka  T.  262  I  (4  a)  [Burnouf,  Lotus,  4], 
le  cm.  Ttt.  1721  11  (470  c)  déclare  que  si  la  lumière 
n'émane  ni  des  pieds,  ni  du  sommet  de  la  tête,  mais 
d'entre  les  sourcils,  c'est  pour  symboliser  le  Chemin 
du  Milieu,  le  Véhicule  unique.  Quant  à  la  blancheur 
des  poils,  elle  représente  la  pureté  de  la  Loi  (cf. 
l'expression  byakuhô  £)  ££,  sk.  sukladharma,  appli- 
quée aux  Essences  de  Bien) . . .  Mêmes  interprétations 
Ttt.  1733  IV  (153  a),  à  propos  de  l'irradiation  uni- 
verselle émanant  du  Toupet  dans  l'Avatamsaka 
T.  278  in  (407  c).  L'enroulement  des  poils  vers  la 
droite  est  expliqué  par  le  fait  que  dans  leurs  exis- 
tences antérieures  les  B.  ont  honoré  comme  il  convient 
leurs  Professeurs,  leurs  Maîtres,  leurs  parents,  etc. 
Tt.  1521  vin  (65  b)  [circumambulation  à  main  droite, 
sk.  pradaksina]. 

BYAKUSANGAIBUCCHO  Q^^ftJl.  sk. 
Sita-âtapatra-[buddha-]usnîsa,  tib.  Gdugs  dkar  èan. 
— Parasol  Blanc,  nom  d'un  des  5  (ou  8)  *Bucchô, 
personnification  d'une  Formule  ;  il  a  pour  forme 
symbolique  (*sammayagyô)  et  pour  attribut  icono- 
graphique un  parasol,  emblème  royal,  blanc  c.-à-d. 
pur,  grâce  auquel  il  étend  sa  protection  sur  tous  les 
Êtres.  Tt.  975  (329  c)  :  Ce  grand  Parasol  Blanc 
recouvre  de  toute  part  le  Trichiliomégachiliocosme  ; 
ses  miracles  sont  Inconcevables,  et  s'exercent  sans 
Contreheurt  dans  tout  l'Espace  ;  aussi  tous  les  B. 


BYAKUSANGAIBUCCHO 


222 


BYAKUSHINKANNON 


l'honorent-ils  du  nom  de  grand  roi  *Bùcchô.  Tt.  853 
ni  (159  b)  :  Foncièrement  improduit,  éternellement 
pur,  blanc  et  immaculé  comme  le  Caractère  Imper- 
cevable de  l'Essence,  il  recouvre  de  sa  Compassion 
omniprésente  tous  les  Êtres  du  Plan  des  Essences. 
Cm.  ch.  S.  XXX  vi  (58  b)  :  Il  est  dit  "grand",  parce 
que  sa  circonférence  est  vaste  comme  les  mondes 
pareils  aux  grains  de  sable  du  Gange;  "blanc", 
parce  que  son  Substantiel  est  exempt  de  toute  souil- 
lure ;  "Parasol  " ,  parce  qu'il  recouvre  tous  les  Êtres . . . 
— T.  951  1  (227  c)  en  fait  le  Corps  d'une  Formule 
souveraine  (cakravarti-râja-mantra-râja),  Actualisé 
par  le  B.  Sâkyamuni,  au  cours  de  la  Concentration 
souveraine  dite  du  Parasol  Blanc,  sous  l'aspect  d'un 
parasol  blanc  qui  émane  de  la  Protubérance-crâ- 
nienne du  B.  et  recouvre  tout  le  Trichiliomégachilio- 
cosme  jusqu'au  bout  de  l'Espace,  mais  sans  toucher 
ni  molester  les  Êtres  qui  vivent  dans  l'Espace.  Il  est 
orné  de  tous  les  Joyaux,  visibles  ou  audibles,  qui 
appartiennent  aux  Tg.  :  Gemmes-de-désirs,  clochettes, 
voiles,  etc.  ;  il  est  infini  dans  l'Espace  et  dans  le 
temps  ;  c'est  afin  de  purifier  les  Etres  de  tout  péché 
que  le  B.  l'Actualise. — Etant  une  Emanation  du  B. 
Sâkyamuni,  c'est  dans  son  entourage  que  Parasol 
Blanc  figure  généralement  dans  l'iconographie  ;  cf. 
*Bucchô,  sup.  p.  148-149.  Il  a  deux  bras,  et  porte 
dans  la  main  gauche  son  Parasol  sur  un  lotus  ;  son 
aspect  est  celui  d'un  Bs.  Cf.  sup.  pi.  XII,  p.  150. — Son 
Germe  est  larh,  interprété  comme  la  première  syl- 
labe de  la-ksana  [parce  qu'il  a  pour  Caractère  d'être 
sans  Caractère,  i.e.  Impercevable],  avec  un  anusvara 
qui  représente  le  Vide  (cf.  *An)  [parce  qu'il  est  infini 
comme  l'Espace]  Mdjt.  1879. — Sa  Formule  est  donnée, 
en  te.  et  en  td.,  dans  le  Sûrangamasûtra  T.  945  vu 
(133-136),  ouvrage  dont  l'original  passe  pour  avoir 
été  apporté  de  Nâlandâ  en  705  A.D.,  mais  dont  l'au- 
thenticité est  contestée  ;  elle  comporte  439  pada, 
"dont  les  huit  derniers  sont  considérés  comme  essen- 
tiels et  reçoivent  le  nom- de  "Formulecœur  " ,  shinju 
>L*  7L.  Bdjt.  1162.  Cette  Formule — une  des  plus  longues 
et  des  plus  célèbres  de  l'Es.  ch. — reçoit  d  es  titres 
variés  dont  le  plus  usuel  est  Daibucchôdarani  ;Jcʧï 
nlPÈH/Ë  "grand  Chaemr  du  Bucchô"  (ou  "Charme 
du  grand  Bucchô").  Une  autre  te.  en  avait  été  donnée 
par  Amoghavajra  Tt.  944  A  ;  d'après  le  colophon, 
cette  te.  fut  gravée  sur  une  stèle  du  Seiryûji  (Ts'ing 
long  sseu)  iîf  fl^F  à  Chôan  (Tch'ang  ngan)  Jt^; 
Kôbô  Daishi  en  rapporta  au  Japon  une  copie,  avec 
un  ms.  (aujourd'hui  perdu)  de  la  Formule  en  gra- 
phie ind.  (*Shittan).  C'est  le  texte  d'Amoghavajra 
qui  est  généralement  usité  dans  la  secte  Shingon, 
tandis  que  dans  la  secte  Zen  on  récite  plutôt  celui  du 


Sûrangamasûtra,  ouvrage  qui  n'est  pas  purement  Es. 
mais  se  rattache  en  partie  à  la  discipline  du  *Zen. 
Entre  ces  deux  textes,  il  y  a  certaines  divergences 
qui  ont  été  étudiées  en  détail  par  les  exégètes  jap.  ; 
une  restitution  en  écriture  *shittan  du  texte  d'Amo- 
ghavajra a  été  établie  par  Jôgon  ffijjjfc  au  xvne  s., 
Tttt.  944  B.  Un  autre  texte  en  *shittan  est  reproduit 
d'après  un  ms.  de  1674  dans  Tttt.  2235,  avec  une  td. 
ch.  mot  à-mot,  de  Meikaku  B^  ^,  datée  de  1096.  Déjà 
en  839  Engyô  |ft|  ff  avait  rapporté  de  Chine  une  inter- 
prétation ch.  mot  à  mot,  qui  fut  notée  par  un  de  ses 
disciples  en  847  et  nous  est  parvenue  avec  la  te.  ch., 
Tttt.  2234.  Cf.  Mdjt.  1533  ;  aussi  Tt.  947.  Formules 
plus  brèves,  Mdjt.  1880  a. — Dans  tous  les  documents 
précités,  le  nom  de  Sitâtapatra  semble  être  au  neutre 
(ou  au  masculin).  La  forme  féminine  de  ce  person- 
nage, propre  au  bouddhisme  lamaïque  (cf.  Grun- 
wedel,  Myth.  des  B.,  150),  n'est  connue  en  ch.  que 
par  deux  textes  td.  à  l'époque  mongole,  T.  976  et 
977  ;  dans  ces  textes  Parasol  Blanc  est  affublé  de 
l'épithète  "mère  de  B.  "  (*Butsumo)  et  les  te.  de  son 
nom  semblent  comporter  une  finale  en  -î  :  ^  f§.  ta 
££«!])  T.  976  (401  c),  H-fctËE'tfllS  T.  977 
(404  c). — Sur  Sitâtapatra  et  sa  dhâranî  dans  les 
documents  sk.,  tib.  et  ouigours,  cf.  Hoernle,  Man. 
Rem.,  52-57  ;  Mûller,  Uigurica  II  (1930)  ;  Malov  dans 
C.  R.  Ac.  Se.  U.  R.  S.  S.,  1930,  B,  v;  Stael-Holstein 
dans  Harv.  J.  As.  St.  I,  1,  139;  M.  Lalou  dans  Mél. 
ch.  et  b.,  iv  (1937). 

BYAKUSHINKANNON  É3  #IS  b".  "Kannon 
au  corps  blanc",  sk.  Svetâ,  Mahâsvetâ,  Svetabhaga- 
vatî  ;  une  des  formes  de  *Kannon. — Te.  rjiShihaita 
<$$!  ^.  Makashihaita  J|É  fn[~  T.  1092  xxn  (345  a, 
349  a),  Makazuita  ^snffft^  T.  901  iv  (815  a), 
JShibeita-hagabatei  F4  Pft  ^  ^  î&M  J&  Tkss- T  (*9  a) 
Hizs.  iv  (218 b).  Td.  Byakushinkanzeon  Q  ^ |g  W  & 
T.  1092  xxn  (349  a),  Byakukanzeon  É3  HE  lit  la  ib- 
(345  a),  Daibyakukanzeon  %  Q  ||  ife  ^  T.  901  iv, 
1056  11,  1092  iv,  etc. — Dans  la  représentation  cou- 
rante (genzu  ï^Hl)  du  Cercle  du  Plan  de  Matrice, 
elle  figure  dans  la  Cour  de  Kannon  (dite  aussi  Sec- 
tion de  Lotus),  à  la  2e  place  (en  hauteur)  de  la  3e  ran- 
gée (de  gauche)  ;  elle  est  assise  sur  un  lotus;  la  main 
gauche  tient  un  lotus  épanoui  ;  le  bras  droit  est 
accoudé  sur  le  genou  droit,  relevé  ;  sa  couleur  est 
le  jaune-blanc  (cf.  Tkss.  I,  19  a;  TZ.  I,  669).—; 
D'après  T.  1092  iv  (246  a-b),  elle  a  le  même  Sceau 
que  Pândaravâsinî  (*Byakuekannon),  mais  sa  For- 
mule diffère  ;  selon  T.  1056  11  (78  c),  le  Sceau  diffère 
comme  la  Formule.— T.  1092  xxn  (349  a)  lui  prêtej 
comme   attributs  un   bâton   à  Gemme-de-Désirs  el 


BYAKUZO 


223 


BYAKUZO 


un  vase  kundî  (cf.  *Byô). — Son  nom  Es.  est  Fuke- 
kongô  ^  /(fc^:  Bll>  "Diamant  de  Transformation  uni- 
verselle" ;  son  Germe  est  sa,  et  sa  Forme  de  Conven- 
tion est  le  lotus  (Tkss.  ib.). — Formule  T.  1092  iv  :  Om 
mahâpadme  svetânge  huru  huru  svâhâ. — Cf.  *Bya- 
kuekannon,  *Daimyôbyakushin,  *Kannon. 


Fig.  78.  Byakushinkannon  (Svetâ)  dans  le  Cercle  du  Plan  de  Matrice. 
(Type  «  actuel  m.) 


BYAKUZO  Q  $fc>  sk-  pândara-gajapota,  tib. 
skya-bo  glan-phrug  [gajapota  et  la  td.  tib.  signifient 
"un  petit  d'éléphant",  et  c'est  comme  désignation 
du  Bs.  entrant  dans  le  sein  de  sa  mère  que  ce  terme 
est  consacré]. — Éléphant  blanc. — L'éléphant  blanc 
ou,  plus  exactement,  "blanchâtre,  blanc-jaune"  (pân- 
dara,  pândura),  dont  la  couleur  (il  s'agit  en  réalité 
d'une  teinte  brun  clair  ou  "crème  sale",  parfois  avec 
des  taches  roses)  est  due  à  l'albinisme  ou  à  une 
maladie  (les  spécialistes  ne  semblent  pas  fixés),  passe 
en  Inde  et  en  Indochine  pour  une  des  "merveilles 
de  la  nature",  digne  de  figurer  dans  le  cortège  des 
jrois  ;  on  en  trouve  p.  ex.  à  la  cour  d'Annam,  ou  à 
celle  du  Siam,  dont  il  est  l'emblème  national  et  où  fut 
créé  en  1869  un  ordre  royal  de  l'Éléphant  Blanc.  Ces 
animaux  étaient  au  Siam  l'objet  d'une  sorte  de  culte  : 
ils  incarnaient  le  prestige  royal,  la  capture  en  était 
fêtée,  la  mort  en  était  quasiment  un  deuil  national  ; 
ils  ont  même  joué  un  rôle  dans  l'histoire  politique, 


comme  lors  des  guerres  avec  le  Pégou  au  xvne  s. 
(cf.  p.  ex.  Coedès,  BEFEO,  XIV,  m,  21  ;  sur  les  élé- 
phants blancs  en  général,  on  trouvera  des  informa- 
tions abondantes,  mais  souvent  dépourvues  de  réfé- 
rences précises,  dans  le  grand  ouvrage  en  jap. 
de  E.  Sunamoto  intitulé  Zô,  "Eléphant",  ôsaka, 
1931-2,  p.  809-866,  etc.).  Dans  l'Inde  ancienne,  la 
légende  de  Visvantara  (p.  ex.  Chavannes,  500  Contes, 
III,  365  sq.)  montre  le  prix  extraordinaire  qu'on  atta- 
chait à  un  de  ces  éléphants,  qui  servait  notamment 
de  monture  royale  (au  XIe  s.  encore  on  rapporte  que 
Mahmoud  de  Gazna  avait  pour  monture  de  prédilec- 
tion un  éléphant  blanc,  qui  lui  assurait,  croyait-il,  la 
victoire).  L'éléphant  blanc  est  le  deuxième  des  sept 
Joyaux  ou  attributs  des  Rois  Tournant -la-roue.  Dans 
l'iconographie  bouddhique,  la  monture  du  Bs.  Saman- 
tabhadra  est  un  éléphant  blanc — "du  blanc  le  plus 
pur,  plus  blanc  que  le  cristal  de  roche  ou  que  les 
montagnes  neigeuses"  (T.  277,  390  a) —  ;  de  même 
Airâvana,  monture  d'Indra,  le  souverain  des  Dieux 
(cf.  *Airabatsuna).  Le  héros  du  Saddanta-Jâtaka, 
incarnation  antérieure  du  B.  (bibliogr.  Chavannes 
ib.  IV,  99  sq.  ;  cf.  *Chikushô),  était  un  éléphant  blanc 
à  six  défenses,  "roi"  de  son  troupeau. — C'est  sous 
cette  même  forme  que,  d'après  la  tradition  classique, 
le  futur  Sâkyabuddha,  ce  "roi  de  la  Loi  ",  pénétra 
dans  le  côté  droit  de  sa  mère  Mâyâ,  ultime  incarnation 
avant  sa  naissance  comme  prince  royal  Siddhârtha. 
Mais  ce  thème  biographique  a  donné  lieu  à  des  inter- 
prétations variées,  car  d'une  part  se  posait  à  propos 
de  cette  "conception  miraculeuse"  la  question  de  la 
nature  plus  ou  moins  Supramondaine  du  B.,  et  de 
l'autre,  si  certaines  écoles  admettaient  qu'un  Bs. 
peut,  tomber  dans  la  condition  animale,  d'autres  le 
niaient  (cf.  *Chikushô  et  *Chûu).  Le  traité  de  Vasu- 
mitra  sur  les  sectes  Tt.  2031  (15  c)  attribue  aux  écoles 
Mahâsânghika,  pour  lesquelles  les  Bs.  naissent  sans 
passer  par  les  stades  embryonnaires  normaux,  l'opi- 
nion que  "tous  les  Bs.,  lorsqu'ils  entrent  dans  la 
matrice  maternelle,  prennent  la  forme  d'un  éléphant 
blanc".  Le  Mahâvastu,  dont  les  tendances  Supra- 
mondaines  sont  bien  connues,  applique  cette  règle 
non  seulement  à  la  naissance  de  Sâkyamuni,  mais 
aussi  à  celle  de  Dîpankara  (éd.  Senart,  I,  205-207, 
II,  8-11  ;  cf.  Foucher,  Art  Gréco-Bouddhique,  I,  292). 
Dans  le  texte  parallèle  de  T.  190  vu  (683  b-c)  [Beal, 
Romantic  Legend,  37-39],  il  ne  s'agit  que  d'un  simple 
présage  vu  en  rêve  par  Mâyâ.  Cette  dernière  inter- 
prétation était  celle  de  la  secte  Sarvâstivâda,  qui 
n'admettait  pas  les  renaissances  animales  pour  les 
Bs.  ;  on  la  trouve  dans  la  Vibhâsâ  Tt.  1545  lxx 
(361  b-c),  1546  xxxvi  (267  c),  et  dans  le  Kosa  Tt. 


BYAKUZO 


224 


BYÔ 


1558  ix  [=K.  Lav.  m,  44-45].  Ces  traités  déclarent 
tout  d'abord  que  cet  épisode  de  la  biographie  du  B. 
ne  figurait  pas  dans  le  Tripitaka  ;  d'après  le  Kosa, 
il  n'était  question  [dans  le  Canon]  que  d'un  rêve  de 
Mâyâ,  et  c'était  seulement  d'après  une  stance  attri- 
buée à  Dharma-Subhûti  que  le  Bs.  s'était  effective- 
ment transformé  en  un  éléphant  blanc  à  six  défenses 
pour  entrer  dans  le  ventre  de  sa  mère  et  "s'y  coucher 
comme  un  ascète  (rsi)  qui  se  retire  dans  la  forêt". 
Cette  stance  ne  se  retrouve  pas  dans  les  Sadgati- 
kârikâ  (Tt.  726)  attribuées  par  la  tradition  tib.  à 
Dhârmika-Subhûti,  mais  par  les  traditions  ch.  et 
p.  à  Asvaghosa  (cf.  Lévi,  J.  As.  1928,  II,  204-207). 
Des  deux  ouvrages  dont  l'attribution  à  Asvaghosa  est 
relativement  sûre,  l'un  (Saundarananda,  11,  50-51) 
fait  de  l'éléphant  blanc  un  présage  faste  vu  en  rêve 
par  Mâyâ,  l'autre  (Buddhacarita,  sk.,  1,  20)  en  fait 
une  incarnation  réelle  du  Bs.  (mais  dans  la  version 
tib.,  éd.  Weller,  1,  4,  il  ne  s'agit  que  d'un  rêve,  et 
l'enfant  est  conçu  normalement  des  œuvres  de  son 
père  ;  ce  passage  manque  dans  la  version  ch.,  T.  192  i)- 
Quoiqu'il  en  soit  de  l'auteur  de  la  stance  citée  dans 
les  traités  Sarvâstivâda,  voici  l'interprétation  que 
donne  de  cette  stance  la  Vibhâsâ  (loc.  cit.)  :  "Il  n'est 
pas  nécessaire  de  tirer  au  clair  ce  texte,  car  il  n'ap- 
partient pas  au  Tripitaka.  Les  théories  qu'on  trouve 
dans  les  stances  littéraires  sont  tantôt  justes,  tantôt 
fausses  ;  ce  que  disent  les  auteurs  de  stances  outre- 
passe bien  souvent  la  réalité.  Et  s'il  faut  expliquer 
ce  texte,  nous  dirons  qu'il  ne  s'agissait  là  que  d'un 
signe  (sk.  nimitta)  apparu  en  rêve  :  dans  ce  pays-là, 
on  considérait  un  tel  signe  onirique  [un  éléphant 
blanc]  comme  de  bon  augure  ;  aussi  la  mère  du  Bs. 
fit-elle  interpréter  ce  qu'elle  avait  vu  en  rêve,  et 
tous  les  devins  lui  dirent  :  C'est  là  un  signe  d'excel- 
lent augure.  Comprise  en  ce  sens,  la  stance  de  Dharma- 
Subhûti  n'est  pas  non  plus  contraire  à  la  raison.  Les 
Bs.  ne  tombent  plus  dans  les  Destinations  mauvaises, 
déjà  dès  la  91e  Période  [de  leur  carrière,  cf.  K.  Lav. 
iv,  225]  :  comment  donc  [le  Bs.  Sâkya]  eût -il  pu 
recevoir,  en  son  corps  ultime,  pareille  Existence- 
intermédiaire  pour  entrer  dans  la  matrice  mater- 
nelle ?  Les  sages  se  garderont  de  s'autoriser  de  cette 
stance  pour  dire  que  le  Bs.  prit  la  forme  d'un  élé- 
phant blanc."  Ainsi  donc,  pour  les  uns  l'éléphant 
blanc  était  une  véritable  incarnation  du  Bs.,  pour  les 
autres  il  n'était  qu'un  présage  apparu  en  rêve  à  sa 
mère.  Senart  (Légende  du  Buddha,  296-305)  voyait 
dans  cet  épisode  un  thème  mythique  ;  c'est  donc  la 
première  de  ces  deux  traditions  qui  lui  paraissait 
primitive.  M.  Foucher,  au  contraire  (Art  Gréco- 
Bouddhique,  loc.  cit.),  pense  que  la  version  du  rêve, 


conçu  comme  une  sorte  d' "annonciation"  symbo- 
lique, précéda  celle  de  l'incarnation  réelle  qui  n'en 
serait  qu'un  développement  secondaire  :  il  cite,  à  ce 
propos,  le  Lalitavistara  sk.,  dont  les  stances,  consi- 
dérées comme  plus  anciennes  que  la  prose,  donnent 
la  version  symbolique,  tandis  que  la  prose  présente 
l'épisode. comme  un  fait.  Les  textes  ch.  hésitent  entre 
les  deux  versions,  et  en  ajoutent  une  troisième, 
d'après  laquelle  le  Bs.  serait  descendu  du  ciel  Tusita 
monté  sur  un  éléphant  blanc.  Voici  comment  se  pré- 
sente cet  épisode  dans  les  principales  biographies  ch. 
du  B.,  par  ordre  chronologique  des  td.  :  T.  184  (463  b) 
et  185  (473  b)  [td.  ca.  200  A.D.]  :  Le  Bs.  "se  trans- 
formant monte  sur  un  éléphant  blanc"  ('ftfd  Q  %) 
[la  formule  est  bizarre,  mais  l'expression  "monté  sur 
un  éléphant  blanc"  se  retrouve  plus  loin,  à  propos  du 
rêve  de  Mâyâ,  et  de  même  dans  un  texte  à  peu  près 
contemporain,  le  Meou  tseu  Ttt.  2102  1  (1  c),  ainsi 
que  dans  le  récit  du  pèlerin  Fa  hien  décrivant  de  visu 
un  monument  de  Kapilavastu,  cf.  Pelliot,  T'oung  Pao, 
1918-19,  336]  ;  de  lui  se  dégage  une  radiance  qui  illu- 
mine l'univers  (T.  184)  ;  il  est  coiffé  de  l'essence  solaire 
(T.  185).— T.  186  (491)  [Lalitavistara,  td.  308  A.D.]  : 
Le  Bs.  se  transforme  en  un  éléphant  blanc,  à  six 
défenses  ;  un  éclat  solaire  émane  de  son  cou,  de  sa 
tête,  de  ses  yeux  [var.  :  et  de  sa  trompe]. — T.  193  1 
(57  c-58  a)  [td.  424-453  A.D.]  :  Le  Bs.  est  monté  sur 
un  éléphant  blanc  à  six  défenses,  "pareil  au  soleil 
qui  éclaire  les  blancs  nuages. . .  "  ;  il  porte  "la  perle 
lumineuse  de  l'essence  du  soleil,  dont  l'éclat  illumine 
le  palais  royal"  ;  sa  mère  rêve  qu'un  éléphant  blanc 
pénètre  dans  son  côté  droit,  présage  déclaré  faste 
par  les  oniromanciens . . .  — T.  189  1  (624  a-b)  [td. 
435-443  A.D.]  :  Le  Bs.  est  monté  sur  l'éléphant, 
"blanc  et  pur  comme  le  soleil  et  la  lune". — T.  190 
vu  (683)  [td.  fin  VIe  s.  ;  Beal,  Roman  tic  Legend,  37]  : 
simple  rêve  de  Mâyâ,  qui  voit  un  éléphant  blanc  à  six 
défenses,  "la  tête  couleur  de  vermillon,  les  sept 
membres  reposant  sur  le  sol,  les  défenses  revêtues 
d'or". — T.  187  11  (548  c-549  a)  [Lalitavistara,  td. 
683  A.D.]  :  Le  Bs.  naît  "sous  la  forme"  d'un  élé- 
phant, blanc  comme  neige,  avec  six  défenses  couleur 
de  l'or,  une  lumière  rouge  sur  la  tête  ;  il  apparaît 
ainsi  à  Mâyâ  dans  son  rêve. — Iconographie,  v.  Fou- 
cher, Art  Gréco-Bouddhique,  I,  291-300,  fig.  148-151  ; 
Hackin,  Scènes  figurées  ;  Ecke-Demiéville,  The  Twin 
Pagodas  of  Zayton  (Harvard  University,  1935), 
44- 

BYÔ  fâ,  shitsubyô^^.shitsu^,  etc.— Maladie. 
— Sk.  p.  vyâdhi,  roga,  âbâdha,  etc.,  tib.  nad,  etc.  ; 
"malade"  :  sk.  glana,  p.  gilâna  ;  tib.  na  ba,  etc. 


IYÙ 


225 


BYO 


Table  des  matières. — Aperçu  général,  p.  225. — 
Analogies  et  paraboles,  p.  228  :  les  quatre  Vérités,  ib.  ; 
le  Buddha,  roi  des  médecins,  p.  230  ;  les  flèches  empoi- 
sonnées, ib.  ;  le  bouddhisme,  médecine  nouvelle,  p.  231  ; 
la  Discipline  comparée  à  la  médecine,  p.  232  ;  le 
corps,  ce  malade,  ib.  ;  la  cataracte,  ib. —  Maladie 
et  sainteté,  p.  232  :  maladies  du  Buddha,  p.  233  ;  et 
des  Bodhisattva,  p.  234. — Maladie  et  médecine  dans 
la  Discipline  monastique  (Petit  Véhicule),  p.  236  : 
gardes-malades,  ib.  ;  la  profession  médicale  interdite 
au  clergé,  p.  238. — Médecine  et  charité  (Grand  Véhi- 
cule) ,  p.  240  :  Bodhisattva  médecins,  p.  241  ;  médecine 
et  propagande  religieuse,  p.  243  :  Chine,  ib.,  Japon, 
p.  244  ;  œuvres  d' assistance  médicale  (hôpitaux,  etc.), 
p.  245  :  hôpitaux  monastiques,  ib.  ;  œuvres  destinées 
aux  laïcs  :  Inde,  p.  246,  Ceylan,  ib.,  Cambodge,  p.  247, 
Chine,  ib.,  Japon,  p.  248. — Théories,  pratiques  et 
influences  médicales,  p.  24g  :  pathogénie,  ib.  :  les  trois 
Humeurs,  p.  252,  les  trois  Poisons,  ib.  ;  quatre 
Humeurs,  ib.  ;  Humeurs  et  Éléments,  p.  253  ;  classifi- 
cation des  maladies,  p.  255  ;  thérapeutique,  p.  257  : 
d'ordre  religieux,  ib.,  d'ordre  magique,  p.  259,  d'ordre 
proprement  médical,  p.  260  ;  le  bouddhisme  et  la  méde- 
cine indienne,  p.  262  ;  le  bouddhisme  et  la  médecine 
sino -japonaise,  p.  263. 

Aperçu  général. — La  maladie  est,  avec  la  nais- 
sance, la  vieillesse  et  la  mort,  un  des  huit  aspects  de 
la  Douleur  qu'énumèrent  le  Madhyamâgama  et  la 
scolastique  Sarvâstivâda  (cf.  Mvy.  2235  ;  Dzsi.  III, 
213-214)  ;  souvent  on  la  compte  aussi  parmi  les  tour- 
ments qui  constituent  la  douzième  Donnée-Causale, 
terme  lamentable  de  tout  le  cycle  de  la  vie  humaine 
telle  que  la  conçoit  le  bouddhisme.  La  maladie,  c'est 
la  Douleur  corporelle  ;  par  elle  s'impose  à  nous,  de  la 
façon  la  plus  sensible  et  la  plus  immédiate,  l'expé- 
rience de  la  souffrance.  Or,  de  toute  souffrance,  le 
Buddha  veut  nous  délivrer.  Et  dans  ce  but,  il  nous 
invite  tout  d'abord  à  constater  comme  une  réalité 
(satya)  inéluctable  le  fait  de  la  souffrance  ;  il  nous 
demande  de  l'admettre,  d'y  acquiescer  avec  cette 
"Patience"  (ksânti)  qui  est  une  des  vertus  ou  Per- 
fections cardinales  de  l'aspirant  à-  l'Éveil.  "Tout 
est  Douleur"  :  c'est  la  première  des  Saintes  Vérités 
du  Buddha  (ârya-satya),  celle  de  la  Douleur.  Elle 
précède  nécessairement  les  trois  suivantes,  qui  ensei- 
gnent la  délivrance  de  cette  Douleur.  La  deuxième 
se  rapporte  à  la  cause  de  la  Douleur,  à  sa  Formation  ; 
la  troisième  est  celle  de  la  délivrance  même,  du 
Barrage  ;  la  quatrième  indique  le  Chemin  du  Barrage. 
Diagnose,  étiologie,  guérison,  thérapeutique — par  une 
transposition  toute   naturelle   ces   quatre  principes, 


résumé  de  toute  médecine,  se  substituent  à  la  for- 
mule des  quatre  Vérités  bouddhiques,  si  l'on  envisage 
la  Douleur  sous  son  aspect  de  maladie,  le  sauveur, 
c.-à-d.  le  Buddha,  prenant  alors  figure  de  médecin. 
L'analogie  est  flagrante  et  se  trouve  mise  en  pleine 
lumière  dans  un  texte  du  Sarhuyktâgama,  qui  manque 
à  la  recension  pâlie  des  Ecritures.  Elle  a  des  chances 
de  remonter  très  haut  ;  elle  répond  bien  à  l'esprit  dont 
s'inspire  toute  la  doctrine  du  Buddha.  Qu'est-ce  à  dire, 
en  effet,  que  cette  Vérité  de  la  Douleur,  cœur  même 
de  son  enseignement  ?  "Tout  est  Douleur" — vue  de 
médecin,  parti-pris  de  guérisseur  !  De  tout  temps  et 
sous  tous  les  cieux,  médecine  et  religion  furent  liées 
par  des  affinités  qui  peuvent  changer  de  nature,  mais 
n'en  subsistent  pas  moins  sous  quelque  forme  ;  si 
la  religion  se  présente  comme  une  méthode  de  salut, 
le  parallélisme  est  total  et  les  prédicateurs  ne  man- 
queront pas  de  s'en  prévaloir  pour  faire  saisir  aux 
foules,  par  mille  "analogies"  patentes,  facilement 
accessibles  à  tous,  l'idéal  qu'ils  leur  proposent.  La 
médecine  apparaît  alors  comme  une  sorte  d'illustra- 
tion ou  d'application  réduite,  dans  le  seul  domaine 
physique  ou  sur  le  plan  humain,  de  la  thérapeutique 
religieuse  :  "Le  médecin  mondain  ne  connaît  pas  les 
remèdes  radicaux,  ceux  qui  guérissent  de  la  nais- 
sance, de  la  vieillesse,  de  la  maladie,  de  la  mort. . . 
Il  ne  soigne  que  les  quatre  Eléments  corporels,  tandis 
que  le  Buddha,  ce  médecin  suprême,  tient  compte 
des  six  Éléments  et  des  dix-huit  Plans,  guérit  les 
Passions,  conduit  au  terme  de  toute  Douleur  et 
délivre,  à  jamais  des  naissances  et  des  morts..." 
La  question  de  savoir  si  le  bouddhisme  a  "emprunté" 
ses  quatre  Vérités  à  la  médecine  n'a  guère  d'intérêt. 
Il  se  trouve  que  la  littérature  médicale  de  l'Inde  ne 
nous  a  pas  transmis  de  formule  exactement  sem- 
blable :  mais  la  médecine  pourrait,  elle  aussi,  l'avoir 
"empruntée"  au  bouddhisme,  tant  l'analogie  est 
juste  et  profonde.  Les  textes  cités  dans  la  première 
partie  de  cet  article  donneront  une  idée  sommaire 
des  "paraboles"  médicales  qui  foisonnent  dans  tous 
les  genres  de  la  littérature  bouddhique.  Le  Buddha  est 
le  "roi  des  médecins".  Il  extrait  ces  flèches  empoi- 
sonnées que  sont  la  Cupidité,  la  Haine,  l'Erreur.  Il 
est  comme  un  nouveau  médecin  venu  pour  supplan- 
ter ces  praticiens  incompétents  qu'étaient  les  maîtres 
de  doctrines  "hérétiques" .  Les  Êtres  sont  ses  malades, 
la  Loi — ou  bien  encore  la  Discipline  monastique — 
est  son  médicament,  la  Communauté  son  garde- 
malade.  Car  tous  les  Êtres,  du  moins  tant  qu'ils 
n'ont  pas  atteint  la  délivrance,  sont  des  malades 
puisque  tout  est  Douleur.  Le  corps  lui-même,  avec 
ses  orifices  pareils  à  des  plaies  purulentes,   ne  se 


BYÔ 


226 


BYO 


maintient  en  santé  et  en  vie  que  grâce  aux  soins  dont 
on  l'entoure  ;  la  maladie  est  son  état  normal,  et  la 
santé  se  définira  par  un  terme  négatif,  "absence  de 
maladie"  (ârogya),  qui  sert  d'épithète  au  Nirvana. 
(De  même,  pour  Pascal,  "la  maladie  est  l'état  naturel 
des  Chrétiens". . .)— Mais  un  problème  se  pose  :  une 
fois  la  délivrance  réalisée,  et  puisque  la  maladie  est 
une  des  formes  de  la  Douleur,  comment  les  Saints — 
et  le  Buddha  lui-même — peuvent-ils  y  rester  sujets 
puisque  sont  épuisés  pour  eux  les  effets  des  Actes 
mauvais,  producteurs  de  Douleur  ?  A  cette  question  le 
Petit  Véhicule  répond  qu'ils  sont  exempts  des  maux 
de  l'Esprit,  mais  non  de  ceux  du  corps  ;  en  termes 
européens,  l'âme  est  sauvée,  la  chair  souffre  toujours  : 
"Les  médecins  ne  te  guériront  pas  ;  car  tu  mourras  à 
la  fin.  Mais  c'est  moi  [Jésus-Christ]  qui  guéris  et  rends 
le  corps  immortel.  Souffre  les  chaînes  et  la  servitude 
corporelles  ;  je  ne  te  délivre  que  de  la  spirituelle  à 
présent"  (Pensées  de  Pascal,  éd.  Astié,  m,  267). — 
Et  ces  souffrances  physiques  du  Saint  ne  sont  point 
dues  à  ses  Actes  antérieurs,  à  des  péchés  passés  dont 
toute  rétribution  est  pour  lui  liquidée  ;  elles  s'ex- 
pliquent par  des  causes  "actuelles",  d'ordre  acci- 
dentel, extérieur  ou  physiologique,  qui  échappent  en 
quelque  sorte  au  mécanisme  de  la  causalité  morale. 
A  cette  interprétation,  qui  laissait  place  à  de  faciles 
objections  (Medice,  cura  te  ipsum  !),  le  Grand  Véhi- 
cule en  superpose  une  autre  plus  subtile  :  certes  le 
Buddha  et  les  Bodhisattva  sont  sujets  à  la  souffrance, 
mais  ce  n'est  qu'en  leurs  "Corps  de  Naissance",  en 
leurs  hypostases  charnelles  ;  leur  "Corps  d'Essence", 
glorieux  et  transcendant,  incorruptible  comme  le 
Diamant,  n'est  pas  touché  par  la  maladie.  Ou  encore, 
c'est  par  un  simple  "Moyen"  ou  artifice  de  sa  Compas- 
sion, afin  d'amener  au  salut  les  Êtres  souffrants, 
qu'il  "simule"  des  maladies,  procédé  d' "opportu- 
nisme" par  lequel  il  rassure  et  convertit  les  Êtres 
égarés  en  partageant  leurs  misères  ;  en  "vérité 
absolue",  les  maladies  n'ont  pas  plus  de  réalité  que 
toutes  les  fantasmagories  illusoires  de  notre  expé- 
rience profane  :  elles  sont  pure  "Vacuité",  comme 
se  plaît  à  le  démontrer  la  dialectique  Mâdhyamika. 
C'est  la  doctrine  qu'enseigne  en  dialogues  pittoresques, 
riches  de  paradoxes  étincelants,  le  Vimalakîrtinir- 
desa,  vrai  "mystère"  de  la  maladie,  qui  se  déroule 
au  chevet  d'un  Bodhisattva  impotent. — Tels  sont  les 
principaux  problèmes  que  soulève  la  maladie  du 
point  de  vue  dogmatique.  Il  reste  à  voir  quel  sort 
le  bouddhisme  fit  en  pratique,  au  cours  de  son  his- 
toire et  dans  les  différents  pays  où  il  s'est  implanté, 
à  la  maladie  et  à  la  médecine.  Dans  la  Discipline 
monastique    du    Petit    Véhicule,    nombreuses    sont 


les  allusions  à  la  maladie  :  certaines  affections  empê- 
chent l'admission  dans  la  communauté  ;  d'autres  au 
contraire  donnent  lieu  à  des  exemptions  de  la  règle. 
Tout  code  disciplinaire  comporte  en  principe  une 
section  consacrée  aux  médicaments.  Mais  qu'on  ne 
s'y  trompe  point  :  ces  médicaments,  qui  font  partie 
de  l'équipement  des  moines,  leur  sont  strictement 
réservés  ;  ils  se  garderont  bien  d'en  donner  aux  fidèles 
laïcs  ou  à  tous  les  autres  Êtres  souffrants  ;  la  bien- 
faisance universelle,  du  moins  sous  des  formes  prati- 
ques, n'est  pas  le  fait  du  Petit  Véhicule,  et  la  Discipline 
interdit  formellement  au  clergé  l'étude  et  l'exercice  de 
la  médecine,  considérée  comme  une  profession  lucra- 
tive indigne  des  "enfants  du  Buddha".  Certes,  moines 
et  nonnes  pourront  acquérir  certaines  connaissances 
élémentaires  en  matière  de  pharmacie  et  de  diététique  ; 
ils  devront  en  effet,  s'ils  tombent  malades,  se  soigner, 
plus  exactement  se  "garder"  les  uns  les  autres,  car  ils 
n'ont  plus  de  famille  hors  de  celle  du  Buddha,  et  du 
reste,  seul  un  confrère  possède  l'autorité  convenable 
pour  assurer  au  moine  malade  ces  secours  religieux,  réci- 
tations de  la  Loi,  prédications,  exhortations  morales, 
qui  sont  toujours  nécessaires  à  l'Esprit  et  souvent 
provoquent  même  la  guérison  corporelle.  Mais  ces 
Soins  n'outrepasseront  pas  la  compétence  de  simples 
gardes-malades  ;  pour  les  consultations  médicales 
proprement  dites,  on  fera  appel  à  des  professionnels 
laïcs,  dont  le  type  traditionnel  est  Jîvaka,  bâtard 
de  la  maison  royale  du  Magadha,  médecin  attitré 
de  Bimbisâra  et  de  sa  cour,  du  Buddha  et  de  sa 
communauté.  Tout  au  plus  certains  Vinaya  autori- 
sent-ils le  clergé  à  pratiquer  la  thérapeutique  magique  ; 
mais  les  Charmes  qu'on  récitera  alors  pour  guérir 
les  laïcs  seront  des  textes  saints,  et  on  refusera  les 
honoraires  que  pourraient  offrir  les  malades.  Ou  bien, 
entre  moines,  on  pourra  s'administrer  par  exemple 
des  calmants,  en  cas  d'urgence  et  si  l'on  manque  de 
médecin  ;  mais  le  traitement  devra  s'effectuer  en 
cachette,  à  l'insu  du  public.  L'insistance  du  Vinaya 
montre  assez  combien  la  tentation  d'exercer  la  méde- 
cine devait  être  forte  pour  les  moines,  et  surtout 
pour  les  nonnes.  Un  traité  de  Discipline  relativement 
tardif,  la  Samantapâsâdikâ,  institue  même  une  casuis- 
tique finassière  permettant  au  clergé,  par  des  détours 
artificieux,  de  traiter  médicalement  ses  "Donateurs" 
contre  solide  rémunération,  sans  toutefois  violer  la 
règle. — Dans  ce  texte  se  fait  sentir  l'influence  du 
Grand  Véhicule,  dont  la  morale  contraste,  sur  ce 
point  comme  sur  bien  d'autres,  avec  celle  du  Petit 
Véhicule.  Le  Bodhisattva,  saint  laïc,  se  mêle  au 
monde,  et  justement  pour  y  cultiver,  entre  autres 
Perfections  cardinales,  celle  du  Don  (première  de  ces 


BYÔ 


227 


BYÔ 


Perfections,  toujours  classée  en  tête  de  liste),  témoi- 
gnage de  sa  Compassion  universelle.  Cette  Compassion 
ne  se  manifeste  pas  seulement  sur  le  plan  spirituel  ; 
curateur  des  corps  comme  des  âmes,  le  Bodhisattva 
étudiera  et  exercera  la  médecine,  devenue  l'une  des 
"cinq  Sciences"  profanes  que  le  Mahâyâna  recom- 
mande à  ses  adeptes  ;  et  les  codes  disciplinaires  que 
la  nouvelle  église  oppose  à  ceux  du  strict  bouddhisme 
monastique  prescrivent  à  maintes  reprises  l'obliga- 
tion de  soigner,  de  traiter  médicalement,  d'hospita- 
liser tous  les  Êtres  souffrants  quels  qu'ils  soient. 
C'est  un  cours  de  médecine  que,  dans  le  Gandavyûha, 
le  jeune  Sudhana,  aspirant  à  l'Éveil,  faisant  son 
"tour  de  l'Inde"  en  quête  d'enseignements  religieux, 
reçoit  du  saint  droguiste  Samantanetra,  lui-même 
élève  de  Manjusrî  ;  de  même,  dans  le  Suvarnapra- 
bhâsa,  Jalavâhana  se  fait  enseigner  la  doctrine  médi- 
cale par  son  père  Jalirhdhara.  La  médecine  est  aussi 
un  excellent  Moyen  pour  "Capter"  la  confiance  des 
païens  :  au  missionnaire  qui  soulage  les  maux  du 
corps,  on  est  enclin  à  prêter  foi  en  matière  religieuse  ; 
c'est  un  fait  qui  se  constate  dans  l'histoire  du  boud- 
dhisme comme  aujourd'hui  encore  dans  la  propa- 
gande chrétienne.  La  médecine  indienne  accompagna 
le  bouddhisme  au  cours  de  son  expansion  dans  les 
pays  voisins.  Au  Japon  surtout,  c'est  essentiellement 
comme  une  thérapeutique  que  la  religion  nouvelle 
fut  agréée,  aux  environs  de  l'an  600  ;  à  l'origine  de 
l'art,  de  l'architecture,  de  l'épigraphie,  en  somme 
de  toute  la  civilisation  bouddhique  du  Japon,  on 
trouve  des  Voeux  de  guérison  corporelle,  et  parmi 
toute  la  cohorte  des  Buddha  et  des  Bodhisattva 
c'est  aux  deux  grands  guérisseurs,  au  Buddha  Bhai- 
sajyaguru,  "Maître  des  Médicaments",  et  au  Bodhi- 
sattva Avalokitesvara,  que  s'adressa  de  préférence 
le  culte  des  premiers  fidèles.  A  Ceylan,  au  Cambodge, 
en  Chine,  au  Japon,  l'esprit  de  charité  qu'introduit 
le  bouddhisme  se  traduit  par  des  réalisations  concrètes 
au  bénéfice  des  malades  indigents  ;  empereurs,  rois 
et  princes  fondent  des  hôpitaux,  subventionnent  des 
asiles,  organisent  des  distributions  de  remèdes.  Ces 
institutions  de  bienfaisance  ne  survivent  pas  du  reste 
aux  élans  des  périodes  de  ferveur.  Elles  disparaissent 
partout  avec  la  décadence  du  bouddhisme,  et  si  la 
bienfaisance  tend  à  se  réorganiser  actuellement  chez 
les  bouddhistes  d'Extrême-Orient,  c'est  en  fait  sous 
l'influence  du  christianisme. — En  Inde  même,  quelles 
furent  en  pratique  les  manifestations  concrètes  de 
cette  Compassion  dont  la  littérature  du  Grand  Véhi- 
cule nous  donne  tant  de  brûlants  témoignages  ?  Nous 
en  ignorons  tout.  Une  phrase  ambiguë  des  inscrip- 
tions d'Asoka  sur  les  soins  qu'il   fit  donner,   dans 


son  empire,  aux  hommes  et  aux  animaux,  quelques 
allusions  littéraires  aux  œuvres  charitables  que  fon- 
dèrent des  rois  ou  qui  incombent  aux  Bodhisattva, 
voilà  toute  notre  récolte.  Mère  des  dogmes  et  des 
morales,  peut-être  l'Inde  a-t-elle  laissé  à  d'autres 
le  soin  de  les  faire  fructifier  dans  le  champ  de  la  vile 
matière.  Le  mythe  de  Soma,  incarnation  du  Bodhi- 
sattva, qui  donne  aux  Êtres  malades  son  corps  gigan- 
tesque à  dépecer  et  à  consommer  comme  une  pana- 
cée inépuisable,  est  un  exemple  de  cette  tendance  à 
l'irréel  qui  contribua  à  détourner  le  bouddhisme  des 
applications  terre  à  terre. — Dans  la  dernière  partie 
de  cet  article  sont  traduits  ou  signalés  un  certain 
nombre  de  textes  du  Canon  chinois  se  rapportant  aux 
théories  et  aux  pratiques  médicales.  Peut-être  ce 
relevé  pourra-t-il  fournir  aux  spécialistes,  grâce  aux 
dates  des  versions  chinoises,  quelques  points  de 
repère  pour  l'histoire  de  la  médecine  hindoue.  D'un 
examen  sommaire  de  ces  textes,  dont  l'étude  et  la 
mise  en  œuvre  ne  pouvaient  être  entreprises  ici, 
il  ressort  que  sur  bien  des  points  la  tradition  médi- 
cale attestée  dans  la  littérature  bouddhique  s'écarte 
de  celle  de  l'Âyurveda,  c.-à-d.  du  canon  classique  de 
la  médecine  indienne,  constitué  par  des  traités  de 
dates  mal  connues,  dont  le  fond  est  certes  fort  ancien 
mais  dont  les  recensions  actuelles  ne  remontent  pas 
si  haut  que  les  premiers  textes  bouddhiques  chinois. 
L'écart  est  particulièrement  sensible  en  ce  qui  concerne 
les  doctrines  pathogéniques.  Dans  les  deux  ordres 
de  documents,  l'origine  des  maladies  est  attribuée 
à  un  déséquilibre  des  éléments  (solide,  humide, 
chaud,  etc.)  qui  constituent  le  corps.  Mais  alors  que 
l'Âyurveda  distingue,  des  cinq  éléments  corporels 
normaux  (mahâ-bhûta),  trois  éléments  "peccants" 
(dosa)  auxquels  il  donne  des  noms  particuliers,  dans 
la  plupart  des  textes  bouddhiques  ce  groupe  ternaire 
d'éléments  pathogènes  est  éclipsé  par  un  groupe 
quaternaire — quatre  éléments  corporels  désignés  par 
leurs  noms  normaux — ;  et  sur  ce  groupe  repose  la 
classification  des  maladies,  à  base  également  quater- 
naire. N'y  a-t-il  là  qu'une  adaptation  de  la  doctrine 
médicale  à  la  théorie  particulière  des  éléments  qui 
avait  cours  dans  le  bouddhisme  ?  ou  pour  expliquer 
cette  anomalie  de  la  tradition  bouddhique  faut-il 
supposer  d'autres  causes,  peut-être  étrangères  à 
l'Inde  ?  C'est  une  question  qui  pourra  être  examinée 
avec  l'ensemble  des  doctrines  relatives  aux  Éléments 
dans  la  cosmologie  et  la  physiologie  bouddhiques 
(s.v.*Dai). — Quant  aux  pratiques  médicales,  elles  se 
laissent  répartir  sous  trois  chefs,  d'après  une  clas- 
sification bouddhique  qui  répond  bien  aux  faits  : 
thérapeutique  religieuse   (bonnes  œuvres,   pratiques 


BYO 


228 


BYO 


cultuelles,  expiatoires,  extatiques,  etc.),  thérapeutique 
magique  (Formules,  Charmes,  rites  Ésotériques),  thé- 
rapeutique médicale  proprement  dite  (diététique, 
pharmacie,  chirurgie,  etc.).  Entre  ces  trois  rubriques, 
les  limites  sont  d'ailleurs  loin  d'être  nettes.  Où  s'ar- 
rête la  thérapeutique  "religieuse"  ?  Tout  le  boud- 
dhisme n'est  qu'une  thérapeutique.  Dès  les  textes 
les  plus  anciens,  une  valeur  curative  est  parfois  attri- 
buée à  la  méditation  concentrée  des  articles  de  la 
foi,  à  la  prédication,  à  la  récitation  des  textes  saints  ; 
une  formule  dogmatique  (p.  ex,  l'énoncé  des  sept 
Membres  de  l'Éveil,  d'après  l'Ekottarâgama)  peut 
devenir  un  Charme  guérisseur.  Les  œuvres  pies 
concourent  aussi  au  maintien  de  la  santé,  puisque  les 
maux  physiques  peuvent  être  dus  aux  Actes  anté- 
rieurs ;  le  Grand  Véhicule  promet  "l'absence  de  mala- 
die" à  qui  cultivera  les  Perfections.  La  discipline 
de  l'Extase  (*Zen)  combine  les  exercices  mentaux 
et  les  techniques  respiratoires,  "de  même  que  la  fumée 
est  à  la  fois  feu  et  bois"  ;  cette  double  hygiène, 
physique  et  psychique,  assure  la  santé  tant  du  corps 
que  de  l'esprit  :  c'est  un  genre  de  thérapeutique 
sur  lequel  les  bouddhistes  chinois  insistent  volontiers, 
mêlant  à  leurs  explications  des  notions  et  des  termes 
tirés  du  taoïsme.  Quant  à  la  thérapeutique  d'ordre 
magique,  déjà  mentionnée  et  parfois  autorisée  excep- 
tionnellement dans  les  vieux  codes  disciplinaires, 
elle  devint  plus  tard  une  spécialité  de  l'école  tan- 
trique  :  on  a  relevé  dans  le  Canon  chinois  les  princi- 
paux ouvrages  consacrés  à  Ce  sujet.  La  chirurgie 
est  surtout  représentée  dans  la  littérature  bouddhique 
par  les  étranges  "histoires  de  malades"  de  Jîvaka, 
dont  les  opérations  merveilleuses  de  Houa  T'o,  méde- 
cin chinois  mort  en  220  ap.  J.-C,  semblent  bien 
n'être  qu'un  écho  légendaire.  On  a  brièvement  exa- 
miné, à  ce  propos,  les  influences  réciproques  qui  ont 
pu  s'exercer,  par  l'intermédiaire  des  bouddhistes, 
entre  l'Inde  et  la  Chine  dans  le  domaine  médical  ; 
le  bilan  en  semble  à  peu  près  nul,  en  dehors  de  la 
pharmacopée. — Le  présent  article  a  été  revu  en 
manuscrit  par  le  Dr  Filïiozat,  qui  est  actuellement 
en  Occident  le  meilleur  connaisseur  de  la  médecine 
indienne  et  de  son  histoire.  Ses  observations  ont  été 
précieuses  ;  plusieurs  d'entre  elles  ont  été  insérées 
ci-dessous  entre    crochets,   signées   de   son    initiale. 

Analogies  et  paraboles. — Les  quatre  Vérités 
(cf.  *Tai  gfë). — Samyuktâgama  T.  99  xv  (105  a-b) 
[version  de  Gunabhadra,  435-443  A.D.,  fondée,  d'après 
Bskd.  vu,  61,  sur  une  recension  de  l'école  Sarvâsti- 
vâda  ;  manque  dans  le  Nikâya  p.  ;  pour  le  texte  sk., 
cité  par  Yasomitra  dans  son  cm.  du  Kosa,  cf.  K.  Lav. 


vi,  121,  n.  4  :  ce  texte  emploie  le  terme  âbâdha  qui 
ne  semble  pas  avoir  le  sens  spécial  de  "maladie", 
mais  signifie  "tourment"  en  général,  cf.  Arunadatta  ad 
Vâgbhata,  Astângahrdaya,  Nidânasthâna  1,  2  ;  le  Saun- 
darananda,  xvi,  41,  donne  vyâdhi]  :  Sûtra  pro- 
noncé par  le  B. ...  "On  appelle  un  grand  roi  des 
médecins  celui  qui  réalise  les  quatre  Essences  sui- 
vantes :  (1)  Bien  connaître  la  maladie,  i.e.  les  diffé- 
rentes sortes  de  maladies  [sk.  âbâdha-kusala]  (dia- 
gnose)  ;  (2)  bien  connaître  l'origine  de  la  maladie  : 
due  au  Vent,  ou  au  Flegme  [tanin  $[  JplJ,  var.  hekiin 
$$$£  "indigestion"  (?)=ici  sk.  slesman,  la  2e  des 
"Humeurs  peccantes",  cf.  inf.],  ou  aux  sécrétions 
salivaires  [senda  j^Mi,  td.  ici  le  sk.  pitta  "Bile", 
la  3e  "Humeur  peccante"],  aux  différentes  espèces 
de  froid,  à  un  fait  actuel,  à  la  saison  [âbâdha-samut- 
thâna-kusala]  (étiologie)  ;  (3)  bien  connaître  le  Contre- 
carrant de  la  maladie  :  onguents,  expectorants  ou 
vomitifs  (to  |f£),  évacuations  inférieures  (purgatifs), 
instillations  nasales  (kambi  jflffk,  cf.  Mahâvagga  vi, 
13,  Mvy.  9034,  Jolly,  Medicin,  §  117),  fumigations 
(kun  Hj),  sudorifiques  (shukan  Iftff,  sk.  sveda  ?) 
[âbâdha-prahâna-kusala]  (thérapeutique)  ;  (4)  bien 
savoir  traiter  la  maladie  de  telle  façon  qu'ayant  été 
traitée  il  n'y  ait  aucun  danger  de  récidive  [âbâdhasya- 
âyatyâm-anutpâda-kusala]  (guérison  définitive  et  pré- 
vention) ...  De  même,  le  Tg.-Arhat-S°s°buddha,  ce 
grand  roi  des  médecins,  réalise  quatre  vertus  grâce 
auxquelles  il  soigne  les  maladies  des  Êtres  ;  en  effet, 
il  connaît  les  quatre  Saintes  Vérités  :  (1)  de  la  Dou- 
leur (duhkha)  ;  (2)  de  la  Formation  de  la  Douleur 
(samudaya)  ;  (3)  du  Barrage  de  la  Douleur  (nirodha)  ; 
(4)  du  Chemin  de  ce  Barrage  (mârga).  Le  médecin 
Mondain  ne  connaît  pas  vraiment,  tels  qu'ils  sont  (sk. 
yathâbhûtam),  les  Contrecarrants  radicaux  (fonda- 
mentaux), à  savoir  le  Contrecarrant  radical  de  la  Nais- 
sance [11e  Donnée-causale),  et  celui  de  la  Vieillesse, 
de  la  Maladie,  de  la  Mort,  du  chagrin,  des  plaintes, 
des  douleurs,  des  Tribulations  [et  autres  misères, 
résultant  de  la  Naissance,  qui  constituent  la  12e  Don- 
née-causale]."— Un  remaniement  de  ce  texte,  td. 
à  la  fin  du  xe  s.,  forme  dans  le  Canon  ch.  un  sûtra 
indépendant  sous  le  titre  :  "Sûtra  de  la  Comparaison 
médicale",  T.  219;  l'énoncé  des  quatre  principes 
médicaux  y  est  légèrement  différent  :  "(1)  Connaître 
que  pour  telle  maladie  il  faut  employer  tel  médi- 
cament ;  (2)  connaître  l'origine  de  la  maladie  et  le 
médicament  à  employer  selon  cette  origine  ;  (3)  la 
maladie  s'étant  produite,  savoir  la  guérir  et  l'élimi- 
ner ;  (4)  savoir  détruire  la  source  de  la  maladie,  afin 
de  prévenir  toute  récidive." — Une  recension  plus 
élaborée  est  incluse  dans  T.  100  xm  (462  c-463  a), 


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version  anonyme  du  Samyuktâgama,  attribuée  à 
l'époque  des  Shin  (Ts'in),  350-431  A.D.,  et  qui  relève- 
rait, d'après  les  données  signalées  dans  Bsdk.  vu,  62, 
'  de  l'école  Kâsyapîya,  branche  relativement  tardive 
de  la  secte  Sarvâstivâda.  A  la  comparaison  des  quatre 
Vérités,  cette  recension  ajoute  un  développement 
versifié  [qui  se  retrouve  en  partie  dans  T.  99  xlv 
(332  c)]  :  "•••De  même  le  Tg.-Arhat-S°s°buddha, 
ce  bon  médecin  Sans-supérieur,  arrache  aux  Etres 
quatre  sortes  de  flèches  empoisonnées  [cf.  K.  Lav. 
loc.  cit.  :  bhisak  salyâpahartâ  ;  aussi  Siksâsamuc- 
caya,  p.  243;  cf.  inf.  p.  231]... Alors  le  vénérable 
Bagisha  ^  ^  ^  se  trouvait  dans  cette  assemblée 
[sk.  Vâgîsa,  p.  Vangîsa,  nom  d'un  Moine  qui  excellait 
à  composer  des  stances,  et  en  récita  notamment  une 
fois  qu'il  était  malade  et  que  le  B.,  appelé  par  le 
garde-malade,  était  venu  lui  rendre  visite,  Sam0 
Âg°  T.  99  xxxvi  (259  c-260  c),  cf.  Sam°Nik°  vol.  I, 
p.  192,  et  Mahâvastu,  I,  p.  165]. .  .11  se  dit  qu'il  allait 
faire  l'éloge  de  la  comparaison  des  quatre  flèches 
empoisonnées  ;  se  levant  de  son  siège,  les  paumes 
jointes,  il  prononça  ces  stances  :  Et  maintenant,  je 
prends  refuge  auprès  du  B.,  compatissant  aux  Êtres, 
vénéré  suprême  et  premier,  qui  sait  extraire  les 
flèches  empoisonnées  !  Il  y  a  quatre  sortes  de  méde- 
cins Mondains,  capables  de  soigner  respectivement 
quatre  sortes  de  maladies  :  (1)  celles  du  corps  ; 
(2)  celles  des  enfants,  (3)  celles  des  yeux,  (4)  celles  des 
flèches  empoisonnées. — (1)  [=3  sup.]  :  Pour  l'ophtal- 
mologie, le  Tg.  l'emporte  sur  ces  médecins  Mondains  ; 
car  il  sait,  avec  le  fer  de  la  Sapience,  trancher  cette 
cataracte  (sk.  timira)  qu'est  l'Inscience.  (2)  [=1  sup.]  : 
Quant  aux  maladies  du  corps,  il  ne  soigne  pas  seule- 
ment, comme  le  médecin  Mondain,  les  quatre  Elé- 
ments [corporels  de  la  doctrine  médicale,  cf.  inf.], 
mais  tient  compte  distinctement  et  complètement 
des  six  Plans  [ou  Éléments  de  la  personne  humaine 
selon  la  doctrine  bouddhique  :  Terre,  Eau,  Feu,  Vent, 
Espace,  Notation]  et  des  dix-huit  Plans  [qu'institue 
l'épistémologie  bouddhique  :  Organes,  Objets,  Nota- 
tions, etc.].  (3)  [=4  sup.]  :  Il  peut,  au  moyen  de  la  Loi, 
traiter  cette  grave  maladie  du  corps  qu'est  le  triple 
Poison  [=les  trois  Passions  fondamentales,  cf.  inf. 
p.  252].  (4)  [=2  sup.]  :  Et  il  sait  traiter  aussi  l'imbécillité 
infantile  [i.e.  l'ignorance  des  Puérils  Profanes].  C'est 
pourquoi  je  rends  hommage  au  grand  Maître  Gau- 
tama  ! — Le  roi  des  médecins  nommé  Karu  3^  {§  (T.  99  : 
>M^I)  [?]  a  donné  aux  hommes  beaucoup  d'infusions 
et  d'herbes  médicinales  ;  et  il  y  a  aussi  le  savant 
Bakoro  g|  Bf  ^  (T.  99  :  $£  *&W)  [sk.  Bâhula,  Vâhula? 
il  pourrait  s'agir  peut-être  (?)  de  Bakkula,  qui  parmi 
les  disciples  du  B.  était  le  premier  pour  être  exempt 


de  maladie,  ayant  offert  naguère  à  la  Communauté 
du  B.  Vipasyin  cette  drogue  excellente  qu'est  le 
myrobolan  T.  125  ni  (557  c),  126  (831  c),  cf.  T.  26 
vm  (475  c),  199  (194  b-c),  Tt.  1509  xxii  (223  c), 
Tt.  1545  clxxxi  (908  b)],  et  Sembi  $8B|fc  (T.  99  Sem- 
ba&i  SH^Ih)  [Campeyya  ?...],  et  Giba  f|$g 
[Jîvaka].  Ces  quatre  rois  des  médecins  sont  capables 
de  soigner  toutes  les  maladies  ;  mais  quoique  leurs 
traitements  amènent  à  coup  sûr  la  guérison,  les  mala- 
dies qu'ils  guérissent  ainsi  sont  sujettes  à  récidive  ; 
et  de  plus  ils  n'empêchent  point  la  mort.  Ce  médecin 
sans-supérieur  qu'est  le  Tg.  débarrasse  ceux  qu'il 
traite  du  Poison  [des  Passions]  ;  il  les  conduit  au 
terme  de  la  Douleur,  et  les  délivre  définitivement  des 
Naissances  et  des  Morts  ;  plus  jamais  ils  n'auront  à 
subir  la  Douleur. .  .Et  maintenant,  ô  sages  (T.  99  : 
ô  médecins)  réunis  en  cette  grande  assemblée,  admi- 
nistrez-vous tous,  et  de  tout  votre  cœur,  la  drogue 
d'Ambroisie  de  l'immortalité  (T.  99  :  cette  drogue 
qu'est  la  Loi  d'Ambroisie)  !  Et  que  tous  les  hommes 
consentent  à  croire  au  curateur  suprême  des  yeux, 
au  guérisseur  des  corps,  à  l'extracteur  des  flèches 
empoisonnées,  sans  égal  parmi  tous  les  médecins  !" 
— Cf.  Mahâparinirvânasûtra  T.  375  v  (631  c),  où 
l'état  de  guérison  est  assimilé  au  Nirvana  défini 
comme  l'absence  de  toute  plaie.  Le  Nirvana  est  déjà 
comparé  à  l'absence  de  maladie  (mubyô  ^fefà,  sk. 
ârogya)  dans  une  stance  gnomique  du  Madhyamâ- 
gama  T.  26  xxxvm  (672  b)  [=Majjh°  Nik°  vol.  I, 
p.  510,  Mâgandiya],  texte  qui  compare  le  Profane 
sensuel  à  un  malade,  et  l'ignorant  à  un  aveugle  ; 
cf.  Tt.  1558  xiii  (K.  Lav.  iv,  34). — Le  Samyuktâgama 
définit  encore  les  quatre  Vérités  en  termes  médicaux 
dans  une  énumération  des  connaissances,  relatives  à 
ces  Vérités,  qui  caractérisent  les  Saints  Disciples 
doués  d'Erudition  T.  99  xiv  (94  c)  [ce  passage  manque 
également  en  pâli]  :  Ces  Saints  connaissent  de  façon 
conforme  à  la  réalité  :  (1)  la  maladie  sous  son  triple 
aspect  de  Désir,  d'Existence,  d'Inscience  ;  (2)  la 
Formation  de  la  maladie  sous  son  aspect  de  Forma- 
tion de  l'Inscience  ;  (3)  le  Barrage  de  la  maladie  sous 
son  aspect  de  Barrage  de  l'Inscience  ;  (4)  le  Chemin 
du  Barrage  de  la  maladie  sous  son  aspect  d'octuple 
Chemin.  Et  de  même  ils  connaissent  conformément 
à  la  réalité  la  Douleur,  sa  Formation,  son  Barrage, 
le  Chemin  de  son  Barrage. . . — Dans  son  Hist.  du  B. 
dans  l'Inde  (I,  367),  Kern,  qui  ne  connaissait  pas 
les  textes  précités,  cite  un  cm.  du  Yogasûtra  où  se 
trouvent  comparées,  comme  dans  le  bouddhisme, 
quatre  Vérités  religieuses  avec  quatre  vérités  médi- 
cales :  roga  =samsâra,  rogahetu=samsârahetu,  âro- 
gya=moksa,  bhaisajya=moksopâya.  Le  cm.  cité  par 


BYÔ 


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BYO 


Kern  est  le  Bhâsya  attribué  à  Vyâsa  ;  cet  ouvrage 
semble  dater  des  environs  du  vie  s.  p.  C,  et  peut 
avoir  emprunté  la  comparaison  médicale  au  boud- 
dhisme. Mais  le  Dr  Filliozat  (J.  As.,  1934,  1,  302)  a 
observé  que  Kern  s'avançait  trop  en  interprétant  la 
doctrine  des  quatre  Vérités,  dans  le  bouddhisme  (et 
dans  le  Yoga),  comme  un  emprunt  littéral  à  la  méde- 
cine ;  cette  catégorie  quadruple  comprenant  la  dia- 
gnose,  l'étiologie,  la  thérapeutique  et  la  guérison,  ne 
se  retrouve  pas  dans  la  littérature  technique  de  la 
médecine  indienne. — On  pourrait  objecter  qu'Asanga, 
dans  le  Yogâcâryabhûmisastra  Tt.  1579  xv  (356  a), 
mentionne  ces  mêmes  principes,  à  titre  purement 
médical  et  sans  les  rapprocher  des  quatre  Vérités 
Saintes,  dans  un  chapitre  consacré  aux  cinq  Sciences 
profanes  qu'admet  le  bouddhisme  du  G.V.  (sk.  vidyâ- 
sthâna,  cf.  *Myô)  ;  la  Science  médicale  (cikitsâ-v°)  y 
est  définie  entre  la  Science  interne  (adhyâtma-v°)  et 
la  Logique  (hetu-v°).  La  médecine  comporte,  d'après 
cette  définition,  quatre  Habiletés  concernant  res- 
pectivement :  (1)  le  Caractère  de  la  maladie,  (2)  sa 
Cause,  (3)  la  maladie  étant  née,  sa  destruction,  (4)  les 
Moyens  pour  que  la  maladie,  étant  détruite,  ne 
renaisse  plus.  Mais  sans  doute  ne  faut-il  voir  dan* 
ce  texte  qu'un  reflet  de  l'influence  exercée  par  la 
dogmatique  bouddhique  sur  le  système  médical  qu'ad- 
mettaient les  bouddhistes  dès  l'époque  (ou  dans  les 
milieux)  où  le  G.V.  autorisa  et  préconisa  l'étude  de  la 
médecine  (interdite  au  clergé,  comme  on  le  verra  ci- 
dessous,  par  la  Discipline  du  P.V.).  On  verra  plus  loin 
qu'en  matière  de  pathogénie  les  auteurs  bouddhistes 
semblent  s'écarter  aussi  des  formules  classiques  de  la 
tradition  âyurvédique,  et  tendent  à  négliger,  pour 
expliquer  l'origine  des  maladies,  la  notion  purement 
médicale  des  "trois  Humeurs"  au  profit  de  celle  des 
"quatre  Eléments"  qui  était  familière  à  tous  les 
bouddhistes  :  ce  n'est  pas  une  raison  pour  admettre  que 
la  théorie  des  "quatre  Éléments"  soit  un  "emprunt" 
à  la  médecine.  Et  de  même,  si  le  dogme  des  "quatre 
Vérités"  se  laisse  exactement  transposer  en  termes 
médicaux,  on  ne  saurait  en  conclure  qu'il  soit  lui- 
même  le  simple  décalque  d'une  formule  médicale, 
même  si  l'on  reconnaît  que  nos  documents  sur 
la  tradition  d'Âyurveda,  documents  où  cette  formule 
ne  figure  pas,  sont  sans  doute  postérieurs,  dans  leur 
état  actuel,  au  Sarhyuktâguma,  sinon  à  Asvaghosa 
(Saundar.  xvi,  41),  à  Asanga  et  à  Vasuvarman, 
auteur  qui  donne  aussi  la  célèbre  comparaison  (inf. 
p.  230  b15,  255). — Du  moins  cette  analogie  saisissante 
montre-t-elle  à  quel  point  leB.— ou  l'inventeur,  ou  les 
inventeurs,  de  la  formule  des  quatre  Vérités,  si  l'on  pré- 
fère suivre  Kern  jusqu'au  bout  et  ne  voir  dans  le  B. 


qu'un  mythe — se  sentait  proche  des  guérisseurs  du  corps 
et  concevait  sa  doctrine  comme  une  thérapeutique.  On 
remarquera  d'autre  part  que  dans  la  plupart  des 
textes  précités  le  4e  terme  médical  (correspondant 
au  Chemin  du  Barrage  de  la  Douleur)  ne  concerne  pas, 
comme  on  s'y  attendrait,  le  moyen  de  guérir  la  maladie 
après  en  avoir  reconnu  la  nature  (ier  terme = Douleur) 
et  les  causes  (2e  terme = Formation),  mais  se  définit 
comme  le  moyen  de  prévenir  la  récidive  après  la 
guérison  ;  la  thérapeutique  proprement  dite  est  comp- 
tée comme  3e  terme  (=Barrage).  Il  y  a  là  une  nuance 
qui  s'expliquerait  sans  doute  par  la  dogmatique  du 
Chemin.  Mais  du  reste,  dans  un  traité  de  scolastique 
Sarvâstivâda  spécialement  consacré  aux  quatre  Véri- 
tés Tt.  1647  *  (379  c)>  ^e  Chemin  se  trouve  bien  assi- 
milé à  la  médication  qui  sert  à  traiter  la  maladie  : 
(1)  Douleur = maladie  ;  (2)  Formation = cause  de  la 
maladie  ;  (3)  Barrage = absence  de  maladie  ;  (4)  Chemin 
=médicament  pour  le  traitement  de  la  maladie  ;  et  de 
même  dans  la  version  de  Paramârtha  du  Kosa,  Tt.  1559 
xvi  (266  b),  et  dans  Saundar.  xvi,  41. — Le  Buddha,  roi 
des  médecins. — Iô  §|  5E  "roi  des  médecins"  (ou  "de 
la  médecine"),  "médecin-roi"  (sk.  vaidya-râja,  cf.  te. 
Ttt,  1796  ix,  669  c,  22)  est  une  épithète  fort  usuelle 
des  B.  en  général  (ou  encore  des  Bs.),  et  plus  parti- 
culièrement du  B.  Bhaisajyaguru  (  "Maître  des  Médi- 
caments"), dont  le  "Vœu  fondamental"  avait  été  de 
guérir  les  malades  (cf.  *Yakushi  *$*  $(]]). —  T.  276 
(384  c)  :  Le  B.  est  un  roi  des  médecins  qui  distingue 
les  Signes  des  maladies  et  connaît  la  Nature  des  médi- 
caments ;  il  donne  les  médicaments  selon  les  maladies, 
afin  que  les  Etres  les  prennent  avec  joie. — T.  159  vin 
(33°  b)  :  I^e  même  qu'un  grand  roi  des  médecins 
donne  les  médicaments  conformément  aux  maladies, 
ainsi  les  Bs.  prêchent  et  convertissent  conformément 
à  ce  qui  convient  [aux  Etres].  Ib.  (328  c)  :  De  même 
que  la  panacée  agada  [cf.  *Akada]  peut  guérir  toute 
maladie,  mais  qu'après  la  guérison  le  médicament 
est  abandonné  tout  comme  la  maladie  et  qu'à  se 
l'administrer  sans  maladie  on  retomberait  malade, 
ainsi  ce  médicament  qu'est  la  Vacuité  est  institué 
afin  d'éliminer  cette  maladie  qu'est  la  croyance  à 
l'Existence  ;  l'attachement  à  la  Vacuité  est  une  mala- 
die tout  comme  l'attachement  à  l'Existence,  et  celui 
qui  possède  la  Connaissance  se  rend  malade  en  la 
prenant  comme  médicament . .  .  Comparaison  analogue 
dans  le  Nâgasenasûtra  T.  1670  (=Mil.  p.  43  ;  BEFEO, 
XXIV,  119-120),  à  propos  de  la  Sapience  ou  de  la 
Connaissance  (mais  la  Vacuité  est  aussi  mentionnée). 
Cf.  aussi  La  Vallée  Poussin  dans  Mél.  ch.  et  b.,  II,  32. 
— Mahâparinirvânasûtra  T.  375  v  (631  c)  :  C'est 
comme  un  homme  qui,  atteint  de  flèches  empoisonnées 


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et  souffrant,  rencontre  un  bon  médecin  qui  lui  enlève 
ses  flèches,  lui  applique  de  merveilleux  médicaments, 
met  fin  à  sa  douleur  et  lui  procure  ,paix  et  joie  ;  et 
ce  médecin  voyage  alors  par  villes  et  villages,  allant 
partout  où  il  trouve  douleurs  et  plaies  afin  de  les 
soigner.  De  même  le  B.  Complet-correct  est  un  grand 
roi  des  médecins  ;  il  voit  les  Êtres  souffrants  du 
Jambudvîpa,  ces  Êtres  qui,  à  travers  des  Périodes 
Incommensurables,  subissent  de  grandes  douleurs, 
étant  atteints  des  flèches  empoisonnées  que  sont  les 
trois  Passions  [fondamentales]  :  Cupidité,  Haine, 
Erreur  [=  "les  trois  Poisons",  cf.  inf.  p.  252].  Il  leur 
enseigne  ce  médicament  qu'est  la  Loi  d'Ambroisie 
des  Sûtra  du  G.V.  ;  puis,  les  ayant  soignés,  il  se  rend 
ailleurs,  partout  où  sont  des  blessés  atteints  des 
flèches  empoisonnées  des  Passions,  et  se  révèle  à  eux 
comme  le  B.  pour  les  soigner. . . — La  comparaison 
des  flèches  empoisonnées  est  courante  ;  cf.  déjà 
Sarhyuktâgama,  sup.  229.  Le  Madhyamâgama  T.  26 
iv  (442-443)  [=M°Nik°  n°  101,  Devadaha]  décrit  les 
souffrances  successives  causées  par  le  traitement 
médical  d'une  plaie  due  à  une  flèche  empoisonnée, 
souffrances  dont  le  malade  a  une  connaissance  claire  : 
il  distingue  et  se  remémore  clairement  la  souffrance 
causée  par  la  blessure  elle-même,  celles  que  provoque 
le  médecin  en  ouvrant  la  plaie  au  couteau,  en  recher- 
chant la  pointe  de  la  flèche,  en  l'extrayant,  en  appli- 
quant le  pansement,  etc.  De  même  le  bouddhiste  a 
conscience  de  la  Douleur,  se  rend  compte  de  ses 
phases  réelles  et  de  son  évolution  causale,  et  n'ac- 
cepte pas  aveuglément,  comme  l'hérétique  Nirgrantha, 
la  fatalité  mécanique  des  Actes. — Ib.  lx  (804-805) 
[=M°Nik°  n°  63,  Mâlunkya  ;  autre  td.  ch.  indé- 
pendante, T.  94]  :  Si  le  B.  réserve  les  questions  rela- 
tives à  la  Permanence  du  Monde,  à  l'Infini,  etc., 
c'est  afin  d'éviter  ce  qui  arriva  à  cet  homme,  atteint 
d'une  flèche  empoisonnée,  qui  se  mit  à  interroger  le 
médecin  sur  son  nom,  sa  caste,  etc.,  sur  la  direction 
qu'avait  la  flèche,  sur  l'arc,  etc.,  et  ainsi  mourut 
sans  s'être  laissé  soigner. — Mahâpr°pâr°sâstra  Tt. 
ïÔ00-  l  (58  c)  :  Tous  les  Êtres,  à  travers  la  Transmi- 
gration sans  commencement,  sont  tourmentés  par 
les  maladies  des  Entraves-Messagers  [= Passions,  cf. 
*Bonnô],  et  nul  n'a  pu  soigner  ces  maladies,  toujours 
mal  comprises  par  les  maîtres  hérétiques.  Mainte- 
nant j'apparais  dans  le  monde,  moi  le  grand  roi  des 
médecins,  et  je  réunis  tous  les  médicaments  de  la 
Loi... Voilà  pourquoi  j'énonce  le  Prajnâpâramitâ- 
sûtra  ! — Ib.  xxn  (224  a)  :  (1)  Le  B.  est  pareil  à  un 
roi  des  médecins,  (2)  la  Loi  à  un  bon  médicament, 
(3)  la  Communauté  à  un  garde-malade  [1-3  :  les  trois 
Joyaux]  ;   (4)   quant  à  nous,  nous  devons  observer 


les  Défenses  avec  pureté  et  rectifier  nos  pensées, 
afin  de  nous  conformer  docilement  à  cette  médication 
qu'est  la  Loi  prêchée  par  le  B.  [Cf.  Susruta,  Sûtra- 
sthâna,  xxxiv,  15  :  "Le  médecin,  celui  qui  est  pos- 
sédé par  la  maladie,  le  remède  et  le  garde-malade  : 
voilà  les  (quatre)  pieds  de  la  médecine,  qui  per- 
mettent de  réaliser  l'oeuvre  (médicatrice)." — Dr  F.] 
— Ib.  lxxxv  (657  b)  :  De  même  que,  pour  guérir, 
il  faut  au  malade  (1)  :  médecin  (2),  médicaments 
(3)  et  garde-malade  (4),  ainsi  le  Bs.  (1),  pour  détruire 
les  Passions,  doit  :  (2)  vouer  un  culte  au  B.,  (3)  plan- 
ter de  bonnes  Racines,  et  (4)  fréquenter  des  Amis-de- 
bien. — Le  bouddhisme,  médecine  nouvelle. — Mahâpa- 
rinirvânasûtra  T.  374  11  (378-379)  :  Un  roi  sot  paie 
fort  cher  un  médecin  stupide,  qui  soigne  toutes  les 
maladies  par  le  régime  lacté,  sans  connaître  l'origine 
des  maladies  et  sans  s'expliquer  la  valeur  curative 
du  lait.  Arrive  un  autre  médecin  ;  il  est  sage  et  connaît 
les  huit  techniques  médicales  [cf.  inf.  p.  260].  Reçu 
avec  mépris  par  l'ancien  médecin,  le  nouveau  se 
soumet  et  sollicite  ses  enseignements  ;  l'ancien  réplique 
qu'il  ne  lui  enseignera  la  médecine  que  s'il  reste 
pendant  48  ans  à  son  service.  Introduit  auprès  du 
roi,  le  nouveau  médecin  lui  expose  les  vrais  principes 
de  la  médecine  ;  l'ancien  est  chassé.  Le  bon  médecin 
fait  interdire  au  peuple,  sous  peine  de  décapitation, 
l'emploi  du  lait  comme  médicament.  Mais  le  roi  lui- 
même  se  trouve  atteint  d'une  maladie  qui,  selon  le 
diagnostic  du  médecin,  nécessite  justement  un  trai- 
tement au  lait.  Il  explique  au  roi  que  le  lait,  médi- 
cament nocif  en  général,  est  cependant  indiqué  en 
certains  cas  ;  mais  les  vaches  doivent  être  élevées  et 
nourries  d'après  certaines  règles,  qu'il  indique  en 
détail  ;  il  y  a  là  une  distinction  qu'ignorait  le  médecin 
ancien.  Le  roi,  guéri  grâce  à  ce  bon  lait,  autorise  son 
peuple  à  se  soigner  au  lait.  Surpris  de  cette  appa- 
rente palinodie,  le  peuple  se  rebiffe  ;  le  roi  explique 
que  tout  cela  relève  de  la  médecine  et  qu'il  n'y  peut 
rien.  Les  malades  se  mettent  alors  à  boire  du  bon 
lait  et  guérissent  tous.  De  même  le  B.  est  un  grand 
roi  des  médecins,  apparu  dans  le  monde  pour  sub- 
juguer tous  les  médecins  Hérétiques.  Ceux-ci  ensei- 
gnaient l'inexistence  inconditionnelle  du  Soi  ;  le  B., 
lui  aussi,  prêche  le  Non-Soi,  mais  en  vue  de  dompter 
les  Êtres  et  par  opportunisme  ;  dans  certaines  condi- 
tions il  enseigne  l'existence  d'un  certain  Soi  [le  "vrai 
Soi",  cf.  *Ga  f£),  différent  de  celui  qu'imaginent  les 
Profanes. — Cf.  Yogâcâryabhûmisâstra  Tt.  1579  xlvi 
(545  b),  où  les  auditeurs  des  B.,  qui  acceptent  avec 
Conviction  et  Ferveur  la  prédication  initiale  et  facile 
de  la  doctrine,  mais  se  montrent  incapables  d'ac- 
quiescer aux  interprétations  plus  hautes  et  plus  pro- 


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fondes  enseignées  par  les  B.  à  mesure  qu'on  s'élève 
dans  le  G.V.,  sont  comparés  à  des  malades  qui  reçoi- 
vent avec  foi  le  médicament  prescrit  pour  une  pre- 
mière maladie,  mais  sont  pris  de  doute  lorsque  le 
médecin  leur  conseille,  à  l'occasion  d'une  maladie 
ultérieure  d'un  autre  genre,  de  renoncer  au  médica- 
ment qui  les  avait  guéris  et  d'en  adopter  un  autre. — 
La  Discipline  monastique  comparée  à  la  médecine. — 
Stances  liminaires  du  Dharmaguptaka-Vinaya  T. 
1428  1  (567  c)  [explications  entre  crochets  d'après 
la  td.  jap.  Kyik.]  :  "Il  en  est  de  la  Discipline  des 
Défenses. .  .comme  du  médecin  qui  examine  toutes 
les  maladies ...  Si  la  maladie  est  curable,  il  fait  inter- 
venir les  médicaments  ;  si  elle  est  incurable,  il  y 
renonce  [abandon  des  incurables,  prescrit  en  Inde, 
comme  en  Grèce,  cf.  Filliozat,  J.  As.  1935,  1,  p.  56, 
n.  1  ;  voir  un  cas  en  Chine,  inf.  p.  244]  ;  c'est  comme 
il  est  dit  dans  le  Classique  de  la  Médecine  [classifica- 
tion des  maladies  en  curables  et  en  incurables,  Jolly, 
Medicin,  48  ;  cf.  aussi  inf.  p.  238  a].  Quatre  choses  sont 
incurables  [les  Péchés  d'Exclusion],  treize  sont  curables 
[les  Péchés  d' Exclusion-temporaire]  ;  quant  aux  autres, 
[la  Discipline]  n'a  pas  à  y  remédier  [ce  sont  tous  les 
Péchés  qui  s'expient  par  la  Contrition,  le  repen- 
tir, etc.]." — Ib.  (568  a)  :  "De  même  qu'on  confec- 
tionne des  médicaments  pour  éliminer  le  mal,  et 
qu'en  se  les  administrant  le  malade  guérit  et  obtient 
santé,  paix  et  joie,  ainsi  celui  qui  pense  à  observer 
les  Défenses  évite  toute  pratique  de  Mal,  élimine  les 
Passions,  obtient  le  Calme  et  entre  dans  le  Nirvana.  " 
— Le  corps,  ce  malade. — Le  bouddhiste  considère 
son  corps  comme  un  malade  qu'il  lui  incombe  de 
soigner  ;  d'où  par  ex.  la  comparaison  des  neuf  orifices 
corporels  (yeux,  oreilles,  narines,  bouche,  orifices 
inférieurs)  avec  neuf  plaies  (kusô  ;^LJtf,  etc.).  Voici 
un  texte  typique  extrait  du  Mahâparinirvânasûtra 
T.  375  xxx  (741  c)  :  "De  même  qu'un  homme  malade, 
enduisant  sa  plaie  d'une  bouillie  au  beurre,  (1)  l'en- 
veloppe d'un  vêtement,  (2)  applique  la  bouillie  pour 
faire  sortir  le  sang  vicié,  (3)  saupoudre  la  plaie  de 
drogue  pour  la  guérir,  et  (4)  s'abrite  du-mauvais 
temps  au  fond  d'une  maison,  ainsi  le  Bs.  Ms.  considère 
son  corps  comme  une  plaie,  et  c'est  pourquoi  (1)  il 
le  couvre  de  vêtements,  (2)  il  mendie  boisson  et  nour- 
riture, en  raison  du  pus  qui  s'écoule  de  ses  neuf  ori- 
fices (sk.  dvâra  "portes"  ou  srotas  "écoulements, 
purulences"),  (3)  il  accepte  des  logements  pour  se 
protéger  du  vent  et  de  la  pluie,  et  (4)  il  recherche  des 
drogues  lorsqu'agissent  en  lui  les  quatre  Poisons 
[quatre  "Humeurs  peccantes",  cf.  inf.].  Ce  n'est 
point  pour  vivre  longtemps,  mais  en  vue  du  Chemin 
de  l'Éveil  que  le  Bs.  Ms.  accepte  ces  quatre  sortes 


d'Offrandes  [vêtements,  aliments,  logis,  médicaments  : 
les  quatre  Ressources  ou  Equipements  du  Moine  ; 
cf.  *E  f£,  *Kuyô  ftt  H]  ;  car  il  se  dit  :  Si  je  ne  les 
accepte  pas,  mon  corps  sera  usé  ;  n'étant  plus  solide, 
il  ne  supportera  pas  la  Douleur  ;  ne  supportant  pas 
la  Douleur,  il  ne  pourra  cultiver  les  Essences  de 
Bien..."  Même  développement,  mais  à  propos  du 
Moine  du  P.V.,  dans  Nâgasenasûtra  T.  1670  (BEFEO, 
XXIV,  157= Mil.  p.  74). — Dans  le  M°pr°pâr°sâstra 
s'affirme  expressément  la  conception  médicale,  typi- 
quement bouddhique,  dont  s'inspire  cette  comparai- 
son :  la  maladie  est  l'état  normal  du  corps  humain  ; 
la  santé  ou  la  vie  ne  se  maintiennent  qu'en  raison 
des  soins  médicaux.  Tt.  1509  x  (131  b)  :  "Le  corps 
n'est  jamais  sans  maladie,  car  il  est  une  combinaison 
des  quatre  Éléments,  lesquels  sont  par  Nature  [puisque 
"tout  est  Douleur"]  en  état  d'incompatibilité  et  se 
nuisent  les  uns  aux  autres.  Pareil  à  un  ulcère  ingué- 
rissable, auquel  l'application  de  médicaments  peut 
tout  au  plus  apporter  quelque  amélioration,  le  corps 
humain  est  toujours  malade  et  toujours  en  traite- 
ment. C'est  en  raison  du  traitement  qu'il  reste  en 
vie  ;  et  il  meurt  faute  de  traitement." — La  cataracte. 
— Les  opacités  qui  troublent  la  vue  (sk.  timira,  ch. 
ei  ^,  etc.),  ou  plus  précisément  la  cataracte,  qui 
s'opérait  en  Inde  au  moyen  d'une  lancette  métal- 
lique (sk.  salâkâ  ;  cf.  inf.  p.  261),  est  un  terme  de 
comparaison  classique.  Celui  qui  en  est  atteint  est 
assimilé  à  l'ignorant,  que  guérit  le  B.  ;  sa  vision  faussée 
est  assimilée,  dans  la  philosophie  scolastique,  à  l'Ima- 
gination-particulière,  qui  fait  apparaître  les  Caractères 
Relatifs,  etc.,  comme  des  illusions  optiques,  mouches, 
cheveux,  etc.  Cf.  inf.,  p.  261  ;  bibliogr.,  Lamotte,  Notes 
bouddhiques,  Ac.   R.  de  Belgique,  1935,  p.  301. 

Maladie  et  sainteté. — D'après  le  Nâgasena- 
sûtra T.  1670  (=Mil.  p.  44-45;  BEFEO,  XXIV, 
120-121),  les  Saints  [les  Arhat,  qui  n'auront  point  à 
renaître]  restent  sujets  à  la  Douleur  corporelle,  mais 
non  à  la  Douleur  spirituelle  (de  l'Ordre-de-l'Esprit). 
Cf.  Mahâpr°p°sastra  Tt.   1509  xxm  (229  c-230  a)  : 

"Quoique  les  Saints  soient  exempts  d'Attachement, 
ils  sont  cependant  tous  sujets  à  la  Douleur.  Ainsi 
Sâriputra  fut  sujet  à  la  Douleur  des  maladies  du 

"Vent"  (vâta)  et  du  "Chaud"  (ici=pitta  "Bile"), 
Pilingavatsa  souffrit  des  yeux,  Râvanabhadrika  fut 
atteint  d'hémorrhoïdes.  Comment  peut-on  dire  qu'ils 
furent  exempts  de  Douleur  ? — C'est  qu'il  y  a  deux 
sortes  de  Douleurs  :  Douleur  du  corps,  Douleur  de 
l'Esprit.  Par  la  force  de  la  Sapience,  ces  Saints  furent 
exempts  de  la  tristesse,  de  l'envie,  de  la  colère  et 
autres  Douleurs  de  l'Esprit  ;  mais  ayant  reçu,   en 


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233 


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raison  des  Actes  de  leurs  existences  antérieures,  un 
corps  fait  des  quatre  grands  Éléments,  ils  furent 
sujets  à  la  vieillesse,  à  la  maladie,  à  la  faim,  à  la 
soif,  au  "froid",  au  "chaud",  et  autres  Douleurs  du 
corps . . .  Quand  le  Profane  éprouve  une  Douleur, 
son  Esprit  donne  naissance  à  la  tristesse,  mise  en 
action  par  le  messager  [= Passion]  de  la  Colère  [ou 
Haine] ...  ;  dans  les  Impressions  de  Plaisir,  il  est 
pourchassé  par  le  Messager  de  la  Convoitise  [ou 
Cupidité]  ;  et  dans  les  Impressions  indifférentes,  par 
le  messager  de  l'Inscience  [ou  Erreur].  Le  Profane 
qui  éprouve  une  Douleur  subit  donc  [à  la  fois]  inté- 
rieurement la  Douleur  des  trois  Poisons  [de  l'Esprit  : 
Haine,  Cupidité,  Erreur  ;  inf.  p.  252]  et  extérieure- 
ment le  froid,  le  chaud,  le  fouet,  le  bâton,  etc.,  de 
même  qu'un  homme  échauffé  à  l'intérieur  l'est  aussi 
à  l'extérieur.  C'est  comme  il  est  dit  dans  le  Sûtra  : 
Quand  le  Profane  perd  un  objet  aimé,  son  corps  et 
son  Esprit  en  souffrent  tous  deux  ;  les  deux  flèches 
sont  dans  le  but.  Le  Saint  n'est  point  sujet  à  la  Dou- 
leur de  la  Tristesse,  mais  à  celle  du  corps  seule  et  à 
nulle  autre." — C'est  déjà  le  thème  d'une  prédication 
adressée  par  le  B.  et  par  Sâriputra  à  un  vieillard 
cacochyme,  Nakula[pitr],  dans  le  Sarh°Àgama  T. 
99  v  (33  a_b)  [^Sarh0  N°,  vol.  III,  p.  2  sq.]  et  dans 
l'Ek°Âg0  T.  125  vi  (573  a-b)  :  Les  Profanes  ignorants, 
non  instruits  [de  la  doctrine  bouddhique],  ne  pos- 
sèdent pas  une  connaissance  du  Formel  conforme  à 
la  Réalité,  le  prennent  pour  du  Soi  et  du  Sien,  s'y 
attachent,  et  s'il  vient  à  être  détruit  ou  altéré  [c.-à.-d. 
s'ils  sont  atteints  de  maux  ou  de  dégénérescence 
physiques],  leur  Esprit,  leur  Notation  (citta-vijnâna) 
s'ébranlent  à  la  suite  (de  cette  altération  physique, 
suiten  fëj  $j|,  sk.  anuvart0)  ;  ils  éprouvent  alors  un 
tourment  et  corporel  et  spirituel.  Mais  chez  les  Saints 
Disciples  Êrudits,  l'altération  du  Formel  n'est  point 
accompagnée  de  cet  ébranlement  de  l'Esprit  ;  ils 
ne  sont  sujets  qu'à  la  Douleur  corporelle. — Maladies 
du  Buddha. — Que  le  B.  Sâkyamuni  ait  été  sujet  à 
là  maladie,  nul  bouddhiste  n'en  saurait  douter.  Non 
seulement  il  mourut  d'une  indigestion  [de  porc  ou 
de  truffes ...  :  cf.  Waley,  Mélanges  chinois  et  boud- 
dhiques, I,  343-354]  ;  sa  santé  fut  souvent  compro- 
mise au  cours  de  sa  carrière.  Le  brahmane  Devahita 
dut  le  soigner  d'une  douleur  au  dos,  causée  par  une 
perturbation  [de  l'Elément  ou  de  1' "Humeur"]  du 
Vent,  Sarhyuktâgama  T.  99  xliv  (319  b),  T.  100  v 
(407  b)  [=Sarh°  N°  vol.  I,  p.  175].  Le  médecin  Jîvaka 
dut  aussi  lui  confectionner  des  médicaments  tels 
qu'en  prennent  les  Rois  Tournant-la-Roue,  Mahîsâsa- 
kavinayaT.  1421  xx  (134  a).  Atteint  d'un  trouble  du 
Vent,  il  consomma  32  onces  par  jour  d'une  drogue 


au  beurre  préparée  par  Jîvaka  ;  Devadatta  voulut 
en  prendre  autant,  mais  ne  put  digérer  pareille  quan- 
tité ;  le  B.  le  guérit  de  son  indigestion  en  lui  touchant 
de  sa  main  le  sommet  de  la  tête,  sur  quoi  Devadatta 
lui  déclara,  en  guise  de  remerciement,  qu'il  était  en 
effet  excellent  médecin,  mais  que  s'il  s'était  rabattu 
sur  l'étude  de  la  médecine,  c'était  parce  que  son 
autre  science  [sa  doctrine  religieuse]  n'avait  point 
été  agréée  par  le  monde,  T.  202  m  (366  a-b)  [épisode 
analogue  Vin°Mûlas°  T.  1450  xiv  (174  c),  où  Deva- 
datta va  jusqu'à  nier  que  sa  guérison  soit  due  au  B.]. 
Blessé  au  pied  par  une  épine  d'acacia  (khadira),  le  B. 
fut  guéri  par  Dasabala  Kâsyapa  T.  203  [td.  Cha- 
vannes,  500  Contes,  III,  78].  Parmi  les  "neuf  tour- 
ments" qu'il  éprouva  (kunô  ^1$,  ou  neu*  difficultés 
kunan  ji,^.,  neuf  violences  kuô  ^L^),  la  plupart 
furent  des  maladies  ;  p.  ex.  Mahâpr°p°sâstra  Tt. 
1509  ix  (121  c)  :  Il  fut  blessé  au  grand  orteil  par 
Devadatta  qui  voulut  l'écraser  en  précipitant  sur 
lui  [un  quartier  de]  montagne  [on  montrait  cette 
roche  aux  pèlerins  sur  le  Pic  du  Vautour,  cf.  Cha- 
vannes,  Religieux  éminents,  155  ;  Watters,  Records, 
II,  152]  ;  il  fut  piqué  au  pied  ;  il  eut  mal  à  la  tête 
lorsque  le  roi  Vidûdabha  massacra  les  fils  des 
Sâkya  ;  etc.. .  .[Cf.  aussi  K.  Lav.  iv,  212,  n.  2]. — Or 
la  question  se  posait  de  savoir  si  le  B.,  ayant  atteint 
l'Eveil,  est  encore  soumis  à  la  rétribution  de  ses 
Actes  passés.  On  distingue  en  effet  deux  sortes  de 
maladies  M°pr°pâr°sastra  Tt.  1509  vin  (119  c)  [cf. 
inf.  p.  255]  :  (1)  Les  maladies  dont  on  est  atteint  en 
rétribution  des  Actes  accomplis  dans  les  existences 
antérieures,  et  (2)  celles  qui  sont  l'effet  d'une  excita- 
tion [des  trois  Humeurs]  du  froid  [=  "Flegme"],  du 
chaud  [=  "Bile"]  ou  du  Vent  dans  l'existence  pré- 
sente. La  première  de  ces  deux  catégories,  classique 
dans  la  médecine  ind.  sous  le  nom  de  karmaja  "née 
des  Actes"  (Jolly,  Medicin,  48  ;  Dasgupta,  Hist. 
Ind.  Philos.,  II,  402  sq.  ;  Fjlliozat,  J.  As.  1934,  il, 
125  sq.),  se  rattache  à  une  conception  religieuse  ou 
éthique  de  la  pathogénie,  la  cause  des  maladies,  tout 
comme  des  autres  maux  présents,  étant  attribuée 
à  des  péchés  passés.  Le  Mahâkarmavibhanga  (éd. 
Lévi,  m-iv)  énumère  les  Actes  variés  qui  aboutissent 
soit  à  "beaucoup  de  maladies",  soit  à  "peu  de 
maladies"  ;  cf.  aussi  le  Saddharmasmrtyupasthâna- 
sûtra  T.  721  ix  (47  c),  où  la  maladie  congénitale  et 
incurable  d'un  enfant  est  expliquée  par  le  résidu 
d'Actes  mauvais  qui  subsiste,  lors  de  la  naissance 
parmi  les  hommes,  chez  l'Etre  quittant  l'Enfer  pour 
accéder  à  la  condition  humaine. — Cette  notion  de  la 
maladie  causée  par  les  Actes  antérieurs  est  attestée 
déjà  dans  le  Sarhyuktâgama  T.  99  xxxv  (252  c-253  a), 


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T.  100  xi  (452  b-c)  [=Sarii°N°  vol.  IV,  p.  230-231], 
où  l'hérétique  Sîva[ka]  [p.  Sîvaka]  interroge  le  B.  sur 
la  doctrine  suivante  :  Toutes  les  sensations  humaines 
[Douleur,  etc.]  sont  Causées  par  les  Actes  anté- 
rieurs ;  donc  celui  qui  a  épuisé,  par  les  Pratiques 
ascétiques,  [l'effet  de]  ses  Actes  passés,  et  ne  commet 
plus  d'Actes  nouveaux,  échappe  aux  Causes  et  aux 
Facteurs  et  ne  devrait  plus  éprouver  aucune  Dou- 
leur. Mais  cette  doctrine  est  formellement  condamnée 
par  le  B.,  qui  montre  comment  il  faut  distinguer  : 
(1)  d'une  part,  les  Douleurs  d'ordre  Mondain,  aux- 
quelles personne  n'échappe  en  ce  Monde  et  qui 
sont  causées  [T.  100  :  dans  l'existence  actuelle] 
par  le  Vent,  le  Flegme,  la  Bile  [ce  sont  les  "trois 
Humeurs",  cf.  inf.,  p.  250],  ou  par  la  combinaison 
de  ces  trois  [p.  sannipâtika  ;  T.  100  explique  les 
Humeurs  par  l'augmentation  ou  la  diminution  des 
quatre  Éléments],  ou  encore  par  les  accidents,  les 
saisons,  etc. . . .  [longue  énumération  d'occasions  de 
Douleur  physique  ;  à  cette  énumération  le  texte  p. 
ajoute  sans  autre  explication  la  maturation  des  Actes, 
comme  dans  d'autres  listes  des  causes  de  maladies, 
p.  ex.  Ang°Nik°,  vol.  V,  p.  110  ;  mais  cette  insertion 
fausse  ici  tout  le  sens  du  texte]  ;  (2)  de  l'autre,  cette 
Douleur  Spirituelle  :  la  Tristesse,  ayant  pour  Causes 
et  pour  Facteurs  les  Enveloppements  [= Passions, 
cf.  *Bonnô]  de  la  Convoitise,  de  la  Haine,  de  la  Tor- 
peur, de  l'Exaltation  et  du  Doute. — L'Àgama  n'en 
déduit  pas  expressément  que  le  B.  n'est  sujet  qu'aux 
maladies  résultant  de  conditions  physiques  et  pré- 
sentes, mais  le  Milindapanha  p.,  dans  sa  partie  tar- 
dive (p.  134),  développe  ce  texte  canonique  et  en 
dégage  bien  la  conclusion  que  les  Douleurs  du  B. 
ne  sont  point  l'effet  de  ses  Actes  antérieurs.  Telle 
ne  semble  pas  toutefois  avoir  été,  dans  le  P.V., 
l'opinion  de  l'école  Sarvâstivâda.  Selon  le  Mûlasar- 
vâstivâda-Vinaya  T.  1448  (td.  Chavannes,  500  Contes, 
II,  424),  si  le  B.  souffre  du  dos,  c'est  qu'il  a,  dans  une 
existence  antérieure,  brisé  l'épine  dorsale  d'un  lut- 
teur. Cette  histoire  est  citée  aussi  dans  deux  opus- 
cules du  P.V.,  td.  en  ch.  aux  environs  de  l'an  300, 
T.  197  (167)  et  T.  199  (202)  [ce  dernier  ouvrage  est 
apparenté  à  l'Apadâna  p.,  cf.  Bskd.  m,  226],  parmi 
d'autres  Avadâna  justifiant  par  des  Actes  passés  les 
misères  que  le  B.  eut  à  subir  au  cours  de  sa  carrière 
actuelle  (dans  T.  197  ces  misères  sont  au  nombre 
de  dix,  et  fort  analogues  aux  "neuf  tourments" 
du  M°pr°p°sâstra,  cf.  sup.  p.  233  a. — Avec  la  ten- 
dance qui  attribuait  au  B.  une  nature  de  plus  en 
plus  Supramondaine,  on  voit  apparaître  d'autres 
explications  de  ses  maladies.  Le  dogme  des  hypos- 
tases,  ou  Corps  multiples,  en  offrait  une  qui  fut  adop- 


tée par  toutes  les  écoles  du  G.V.  Déjà  la  Vibhâsâ 
Tt.  1545  lxvi  (392  b)  [td.  La  Vallée  Poussin,  Mél. 
ch.  et  b.,  I,  111]  enseigne  que  seul  le  Corps  de  Nais- 
sance est  sujet  à  la  Douleur  et  à  la  maladie,  le  Corps 
d'Essence  en  étant  exempt.  Même  doctrine  dans  le 
Mahâparinirvânasûtra  (sup.  p.  178,  s.v.  *Busshin). 
Le  M°pr°p°sastra  Tt.  1509  ix  (121-122),  qui  assigne 
aux  "neuf  tourments"  du  B.  l'épithète  caractéris- 
tique de  "Rétributions  des  Péchés",  zaihô  f£  ${, 
spécifie  aussitôt  que  ces  Rétributions  n'atteignent 
que  le  Corps  de  Naissance,  non  pas  le  Corps  d'Essen- 
cité  :  c'est  à  titre  de  simple  Moyen  que  le  B.  se  donne 
l'apparence  de  les  subir.  Et  ce  sastra  se  réfère  au 
Vimalakîrtinirdesasûtra,  autorité  topique  entre  toutes, 
puisque  le  protagoniste  en  est  un  Laïc  malade  et  qu'il 
consacre  un  chapitre  entier  à  la  "question  de  la  mala- 
die" (Monjippon  |{i]^^,  chap.  V,  T.  475  11,  et  cm. 
Ttt.  1775  v;  td.  angl.  Izumi,  Eastern  Buddhist,  III,  ni). 
— On  connaît  le  cadre  de  ce  sûtra,  sorte  d'épopée 
dialoguée  ou  de  "mystère"  théologique  ;  l'art  de 
l'Extrême-Orient  a  popularisé  la  figure  de  Vimala- 
kîrti,  couché  sur  son  lit  de  malade.  On  a  retrouvé 
à  Tonkô  (Touen  houang)  des  versions  romancées,  en 
ch.  vulgaire,  du  chapitre  sur  la  maladie  (Lo  Tchen 
yu  jfë^iR,  Touen  houang  ling  che  l^'Jâ^tô;  cf. 
Tch'en  Yin  k'o  |5jfc  jltt&  ap.  Bull.  Nat.  Res.  Inst. 
Hist.  Phil.  Ac.  Sinica,  II,  1,  et  ap.  Ts'ing  houa  tcheou 
k'an  tpf^îMfl],  XXXVII,  ix-x)  ;  et  de  nos  jours 
encore,  le  célèbre  acteur  Mei  Lan  fang  $|  j||  -^  a  tiré 
du  sûtra  de  Vimalakîrti  une  de  ses  pièces  les  plus 
populaires. — Le  sûtra  s'ouvre  sur  une  prédication  du 
B.  au  parc  d'Amrapâlî,  à  Vaisalî.  Le  riche  Maître- 
de-maison  Vimalakîrti  n'est  pas  parmi  les  auditeurs 
(ch.  I).  C'est  qu'il  a  Actualisé  une  maladie,  qui  n'est 
du  reste  qu'un  Moyen  [T.  475  1  (539  b)]  :  à  tous  les 
Laïcs  qui  viennent  lui  rendre  visite,  il  enseigne  la 
distinction  entre  "ce  corps-ci",  impermanent,  faible, 
souffrant,  sujet  aux  101  maladies  [le  cm.  en  men- 
tionne 404  ;  cf.  inf.],  et  le  corps  de  B.  qui  est  le  Corps 
d'Essence  (ch.  II).  Le  B.  veut  à  son  tour  déléguer 
un  de  ses  disciples  auprès  du  malade  pour  prendre 
de  ses  nouvelles  ;  mais  Sâriputra,  Mahâ-Maudgalyâ- 
yana,  Mahâ-Kâsyapa,  Subhûti,  etc.,  se  déclarent  tous 
indignes  et  se  récusent  (ch.  III).  Enfin  Manjusrî 
accepte  ;  il  se  rend  auprès  de  Vimalakîrti,  et  le  ques- 
tionne sur  sa  maladie  (ch.  V,  T.  475  11)  :  "Peux-tu 
encore  supporter  cette  maladie  ?  Diminue-t-elle  grâce 
au  traitement  ?  Ne  s'aggrave-t-elle  pas  ?  Le  Bg.  s'en 
fait  souci  et  m'envoie  prendre  de  tes  nouvelles. 
Quelle  est  la  cause  de  cette  maladie,  ô  Laïc  ?  Depuis 
quand  s'est-elle  produite  ?  Quelle  en  sera  la  dispari- 
tion ?"— "C'est   de   l'Amour,   dû  lui-même   à   l'In- 


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science,  qu'est  née  ma  maladie.  C'est  parce  que  tous 
les  Êtres  sont  malades  que  je  suis  malade  moi-même  ; 
que  les  maladies  de  tous  les  Êtres  soient  éliminées, 
et  la  mienne  le  sera  aussi . . .  C'est  en  vue  [du  salut] 
des  Êtres  que  les  Bs.  entrent  dans  les  Naissances 
et  les  Morts  ;  et  s'il  y  a  Naissance  et  Mort  il  y  a 
maladie. .  .De  même  que  si  le  fils  unique  d'un  Maître- 
de-maison  tombe  malade  ses  parents  sont  aussi 
malades,  mais  guérissent  si  leur  fils  guérit,  ainsi  les 
Bs.,  qui  aiment  les  Êtres  comme  un  fils,  sont  malades 
si  les  Êtres  sont  malades,  guérissent  s'ils  guérissent." 
—  "Quelle  est  la  cause  de  cette  maladie?"  —  "C'est 
en  raison  de  la  grande  Compassion  que  se  produit 
la  maladie  chez  les  Bs...." — "Quels  en  sont  les 
Caractères?" — "Ma  maladie  est  sans  forme;  elle 
n'est  point  visible." — "Est-elle  associée  au  Corps 
ou  à  l'Esprit  ?" — "Elle  n'est  associée  ni  au  Corps, 
car  il  est  sans  Caractères,  ni  à  l'Esprit,  car  l'Esprit 
est  pareil  à  une  Fantasmagorie." — "Duquel  des 
quatre  grands  Éléments — Terre,  Eau,  Feu,  Vent — 
relève  ta  maladie  ?" — "Ce  n'est  pas  une  maladie 
de  l'Élément  de  la  Terre  ;  elle  n'en  est  pas  non  plus 
séparée  ;  et  il  en  est  de  même  des  trois  autres  Élé- 
ments. Mais  chez  les  Êtres  les  maladies  sont  produites 
par  les  quatre  Éléments  ;  et  c'est  parce  qu'ils  sont 
malades  que  je  le  suis."  —  "Comment  un  Bs.  doit-il 
consoler  un  autre  Bs.  malade  ?" — "Qu'il  lui  enseigne 
l' Impermanence  du  corps,  mais  non  point  le  renon- 
cement au  corps  ;  la  Douleur  du  corps,  mais  non 
point  la  joie  du  Nirvana  ;  le  Non-Soi  du  corps,  mais 
en  lui  enjoignant  de  guider  les  Êtres  ;  la  Vacuité 
du  corps,  mais  non  point  le  Calme  définitif  [cm.  le 
Nirvana]  ;  la  repentance  des  péchés  antérieurs,  mais 
sans  lui  enseigner  que  les  péchés  appartiennent  [fata- 
lement] au  passé  [cm.  :  les  péchés  ne  sont  point  éter- 
nels ni  irréparables  ;  ils  n'existent  que  par  leurs 
effets  présents,  et  on  peut  les  expier  par  la  repen- 
tance] ;  qu'il  l'exhorte  à  compatir,  par  sa  propre 
maladie,  à  la  maladie  d'autrui. ...  à  soigner  les  mala- 
dies de  tous,  comme  un  roi  des  médecins..."  — 
"Et  comment,  ô  Laïc,  le  Bs.  malade  domptera-t-il 
son  Esprit  ?" — "Qu'il  fasse  les  réflexions  suivantes  : 
Ma  présente  maladie  est  née  de  Conceptions  fausses, 
d'Idées-à-rebours,  des  Passions  de  mes  existences 
antérieures  ;  il  n'y  a  point  là  d'Essence  réelle.  Car 
qui  donc  subirait  la  maladie  ?  En  effet,  c'est  à  une 
combinaison  des  quatre  grands  Éléments  qu'on  donne 
la  Dénomination- fictive  de  corps  ;  mais  ces  Éléments 
ne  comportent  point  de  principe  souverain  [consti- 
tuant une  personnalité],  et  ainsi  le  corps  est  sans-Soi. 
Or  c'est  exclusivement  à  l'attachement  au  Soi  qu'est 
due  la  maladie. .  .Ma  maladie  n'a  ni  réalité  ni  exis- 


tence ;  et  il  en  est  de  même  des  maladies  des  Êtres. 
Et  si,  au  cours  d'une  telle  Inspection,  le  Bs.  produit 
à  l'égard  des  Êtres  la  grande  Compassion  de  Vue 
d'Amour,  il  lui  faudra  l'éliminer.  Car  c'est  en  tran- 
chant toute  Passion  adventice  [sk.  âgantukaklésa] 
que  le  Bs.  doit  produire  la  grande  Compassion..." 
[Cf.  la  suite  s.v.  *Ai,  sup.  p.  13  a,  où  sont  td.  les  cm.] 
— Le  thème  de  la  maladie  "simulée"  par  les  Saints 
est  repris,  p.  ex.,  dans  la  secte  Tendai,  dont  le  fonda- 
teur Chiki  (Tche  yi),  dans  son  grand  ouvrage  Ttt. 
1911  vin  A-B  (106-111  c),  consacre  plusieurs  pages 
à  "l'Inspection  de  la  maladie"  [cf.  inf.  p.  256  b]  ; 
il  distingue  (106  a)  les  maladies  réelles  (jitsubyô 
Mfâ)'  propres  aux  Êtres  qui  se  trouvent,  par  rap- 
port au  salut,  dans  l'état  de  Cause,  des  maladies 
d'opportunisme  (gombyô  ^l^f),  propres  à  l'état  de 
Fruit,  comme  celles  de  Vimalakîrti,  du  B...  etc.  ;  les 
premières  seules  sont  dues  à  une  perturbation  réelle 
des  quatre  Éléments  du  Corps  de  Naissance,  cette 
perturbation  étant  une  rétribution  des  Actes.  Et 
Chiki  développe  longuement  le  texte  du  Vim°nird° 
sûtra  ;  il  dit  p,  ex.  (110  c-iii  a)  :  "Par  l'Inspection 
du  Vide  (ou  du  Chemin  du  Milieu. . .),  le  Bs.  malade 
dompte  son  Esprit  ;  l'Esprit  étant  dompté,  la  mala- 
die réelle  est  guérie.  Alors,  par  Compassion,  naît 
en  lui  la  maladie  d'opportunisme  :  le  Bs.  produit 
des  Terrains  et  des  hommes  particularisés  (bundan 
'jffëC)  ;  il  considère  ces  hommes  comme  un  fils  unique, 
qu'il  console  par  sa  propre  maladie,  de  même  que  les 
parents  d'un  fils  unique  malade  tombent  malades 
eux-mêmes..." — C'est  la  même  idée  qu'exprime 
encore  cette  comparaison  du  Ratnakûta  T.  310 
cvm  (604  b)  :  "De  même  qu'un  droguiste,  capable 
de  guérir  toutes  les  maladies  mais  qui  lui-même 
en  est  exempt,  prend  une  drogue  amère  pour  enga- 
ger, par  son  exemple,  les  malades  à  la  prendre,  ainsi 
le  Tg.,  quoiqu'il  ait  détruit  en  lui-même  toutes  les 
maladies  des  Passions  et  possède  la  maîtrise  souve- 
raine de  toutes  les  Essences,  commet  tel  ou  tel  Acte 
de  Mal  pour  obtenir  telle  ou  telle  Rétribution,  et 
Actualise  tel  ou  tel  Facteur,  afin  que  les  Êtres  écar- 
tent tout  l'obstacle  des  Actes  et  cultivent  les  pra- 
tiques de  pureté." — Il  y  a  là  une  réponse  à  l'objec- 
tion :  Medice,  cura  te  ipsum,  à  laquelle  durent  recourir 
souvent  les  adversaires  du  bouddhisme  ;  cf.  l'invec- 
tive adressée  par  Vimalakîrti,  dans  un  autre  pas- 
sage de  son  sûtra,  à  Ànanda  une  fois  que  celui-ci 
mendie  du  lait  pour  le  B.  en  avouant  sans  ambages 
que  le  Bienheureux  est  atteint  d'une  indisposition, 
T.  475  1  (542  a)  [addition  entre  crochets  citée  Tt. 
150g  ix  (122  b)]  :  "Halte-là,  Ananda  !  Foin  de  pareils 
discours  !  Le  corps  du  Tg.  est  un  corps  de  Diamant . . . 


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Ne  le  calomnie  point  !  Ne  fais  point  ouïr  à  des  étran- 
•  gers  paroles  si  grossières . . .  Car  si  des  Brahmisants 
hérétiques  t'entendaient,  ils  ne  manqueraient  pas 
de  se  dire  :  Quel  est  donc  ce  maître  [le  B.],  qui  peut 
guérir  toutes  les  maladies  mais  non  la  sienne  ? . . . 
[Et  si  à  l'avenir  des  Moines  malades  se  rendaient 
chez  des  Laïcs  pour  mendier  bouillons  ou  herbes 
médicinales,  les  Laïcs  leur  répondraient  :  Comment 
peux-tu  guérir  autrui,  toi  qui  ne  peux  te  guérir  toi- 
même  ?  Et  les  Moines  devraient  répliquer  :  Mais 
notre  grand  maître  lui-même  est  sujet  à  la  mala- 
die. . .]" — Cf.  Avatarhsaka  T.  278  v  (429  a),  l'Érudit 
comparé  à  un  médecin  savant,  mais  incapable  de  se 
guérir  lui-même;  et  d'autre  part  Ratnameghasûtra 
T.  660  n  (289  a)  :  "De  même  qu'un  médecin  qui  excelle 
à  la  thérapeutique  par  l'aiguille  (sk.  salâkâ)  ne  peut 
opérer  la  cataracte  des  aveugles  s'il  devient  aveugle 
lui-même,  ainsi  le  Bs.  dont  l'Esprit  est  aveuglé  par 
l' Inscience  ne  peut  trancher  le  voile  de  la  Mondanité 
avec  l'aiguille  de  l'Inscience." 

Maladie  et  médecine  dans  la  Discipline  mona- 
stique (Petit  Véhicule). — Les  traités  de  Disci- 
pline abondent  en  prescriptions  et  en  prohibitions 
d'ordre  médical.  Pour  être  admis  dans  la  Commu- 
nauté, il  faut  être  exempt  de  certaines  maladies 
graves,  dont  la  liste  varie  selon  les  textes  ;  on  en 
indique  généralement  cinq  [Vin.  p.,  Mahâvagga  1, 
39  ;  Dharmaguptaka,  T.  1428  xxxiv  (808  c)  ;  cf. 
Wieger,  Bouddhisme  chinois,  I,  197,  205].  Le  Mahî- 
sâsaka-V°  T.  1421  xvn  (116  a)  en  énumère  sept  ;  le 
Mahâsânghika-V°  T.  1425  xxiv  (420  c)  développe 
la  liste.  Une  fois  reçus  et  ordonnés,  les  Moines  ont 
le  devoir  de  se  soigner  entre  eux,  ou  plus  exactement 
de  veiller  sur  leurs  confrères  comme  gardes-malades. 
En  effet,  ils  n'ont  pas  de  parents  qui  puissent  s'oc- 
cuper d'eux  s'ils  tombent  malades  ;  et  de  plus,  seul 
un  Moine  jouit  de  la  compétence  nécessaire  pour 
administrer  ces  secours  spirituels  :  récitation  ou  prédi- 
cation de  la  Loi,  encouragements  au  détachement, 
à  la  patience,  etc.,  qui  importent  avant  tout  à 
un  Moine  malade.  Dans  une  série  de  sûtra  du 
Samyuktâgama  [cf.  inf.  p.  257-258],  on  voit  le  garde- 
malade  tantôt  adresser  des  prédications  à  son  confrère, 
tantôt  lui  transmettre  les  exhortations  des  Anciens 
[Ksama  gardé  par  Dâsa[ka],  T.  99  v  (29  c)],  tantôt 
appeler  le  B.  lui-même  au  chevet  du  malade  [Vâgîsa 
gardé  par  Furinni  jg  $%}&,  ib.  xxxvi  (259  c)].  Avoir 
un  garde-malade  autre  qu'un  Moine  est  considéré 
comme  un  pis-aller  ;  car  ces  secours  religieux  n'ont 
pas  qu'une  valeur  morale  :  il  en  résulte  souvent 
la  guérison  corporelle  du  malade.  Dans  l'Ekottarâ- 


gama  [cf.  inf.  p.  258],  Cunda,  gardé  par  de  simples 
Brahmisants,    reste   inguérissable   jusqu'à   la   venue 
du  B.,  qui  le  sauve  en  lui  faisant  invoquer  les  Membres 
de   l'Eveil. — En   ch.    "garder   les   malades"    se   dit 
kambyô  yf^^    [ch.   k'ân  ;/§•  au  ton  égal,    "veiller 
sur"]  ou  sembyô  fiH^Àj  ;  le  terme  p.  est  gilânupat- 
thana    (sk.    glânopasthâna) ,    litt.    "se   tenir   auprès 
du  malade"   (gilânupatthaka,  sk.  glâno  pasthâyika, 
"garde-malade"). — Dharmaguptaka- Vinaya  T.   1428 
xli  (861  b-c)  [c'est  à  ce  texte  que  se  réfère  sans  doute 
le  M°prajnâpâr°sâstra  Tt.  1509  vin  (119  c-120  a)]  : 
Le  B.  trouve  un  Moine  malade,  privé  de  soins  et 
vautré  dans  ses  excréments,  qui  lui  avoue  n'avoir 
jamais   "gardé"  par  le  passé  ses  confrères  malades. 
"O  Moines",   dit  le  B.,    "si  vous  ne  vous  gardez 
(kanshi  >§  jjjj|)  les  uns  les  autres,  qui  donc  vous  gar- 
dera ?"   Il  relève  lui-même  le  malade,  le  lave,  net- 
toie ses  vêtements  et  les  fait  sécher,  jette  la  paille 
pourrie  qui  lui  servait  de  litière,  nettoie  sa  couche, 
la  crépit,  y  dispose  de  l'herbe  fraîche  et  un  vêtement 
sur  lequel  il  étend  le  malade,   couvert  d'un  autre 
vêtement.     "Quiconque    veut    me    faire    offrande", 
déclare-t-il  ensuite,  "qu'il  fasse  offrande  aux  malades  !  " 
Puis  il  édicté  les  prescriptions  suivantes  :  Les  soins 
à  donner  à  un  Moine  malade  incombent  soit  à  son 
Professeur,  soit  à  son  Maître,  soit  à  un  Professeur 
ou  à  un  Maître  du  même  rang  que  le  malade,  soit  à 
ses  Disciples,  soit  encore,  à  défaut  des  précédents, 
à  des  Moines  quelconques,  bénévoles  ou  bien  délé- 
gués tour  à  tour  par  la  Communauté.  Enfin,  à  défaut 
de  Moines,  on  pourra  admettre  que  des  Nonnes,  des 
Catéchisées,  des  Novices,  hommes  ou  femmes,  des 
Laïcs  ou  des  Laïques,  assument  la  garde  du  Moine 
dans  la  mesure  de  ce  qu'ils  pourront  faire  ;  mais  les 
femmes  devront  se  garder  de  toucher  le  malade. — 
Texte  analogue  Mahâsânghika- Vinaya  T.  1425  xxvni 
(455  a-457  b),  qui  développe  longuement  les  pres- 
criptions :   "ô  Moines!"  dit  le  B.,   "vous  qui,  après 
avoir  été  de  castes  et  de  familles  différentes,  croyants 
ou  incroyants,  avez  tous  quitté  vos  familles  et  appar- 
tenez à  une  caste  unique,  celle  des  Moines  fils  de 
Sâkya,   vous  qui  cultivez  tous  la  même   Conduite 
Brahmique,  si  vous  ne  vous  soignez  (kan  ^)  les  uns 
les  autres,  qui  donc  vous  soignera  ? ...  Si  un  Moine 
est  malade,  il  sera  soigné  par  son  Professeur,  ou  par 
un  Professeur  de  même  rang,  ou  par  son  voisin  de 
cellule  (dôhô  |^J  J%),  ou  par  les  Moines  des  cellules 
voisines,   ou   par   la   Communauté  ;   manquer   à   ce 
devoir    sera    un    Péché    de    Transgression..." — Ce 
texte  est  cité  dans  Ttt.  2127  ni  (306  a),  qui  ajoute  en 
note  que  Genjô  (Hiuan  tsang)  vit  au  N.-E.  de  Râja- 
grha  le  stûpa  commémorant  les  soins  donnés  par  le  B. 


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237 


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au  Moine  malade. — Cf.  encore  dans  l'Udânavarga 
T.  2ii,  cité  Ttt.  2122  xcv  (895  c-896  a),  l'histoire  de 
ce  Moine  malade  et  abandonné  que  le  B.  lave  "de 
sa  main  de  Diamant"  au  pays  de  Kendai  fjfiè  : 
"Ce  pourquoi  le  B.  se  manifeste  en  ce  monde,  c'est 
justement  pour  ces  pauvres,  ces  miséreux,  ces  orphe- 
lins, isolés  et  vieillards." — Le  Mûlasarvâstivâda- 
Vinaya  T.  1451  xvn  (283  b)  prescrit  de  "peindre  dans 
les  salles  où  l'on  garde  les  [Moines]  malades  (sem- 
byôdô  $g  fâ  *!£•)  l'image  du  Tg.  gardant  lui-même  un 
malade,  et  déclare  T.  1442  xxvm  (782  b-c)  que  tous 
les  Moines,  quel  que  soit  leur  grade  dans  la  hiérarchie 
conventuelle,  sont  tenus  de  garder  leurs  confrères 
malades  ;  on  disposera  plusieurs  sièges  auprès  du 
malade,  afin  que  les  gardes-malades  ne  se  ridiculisent 
pas  en  emportant  leurs  propres  sièges  comme  s'ils 
allaient  au  spectacle  ! — Le  Mahâsângh°V°  T.  1425 
xxvm  (456  a-457  b)  [cité  en  abr.  Ttt.  2122  xcv 
(985  a),  1804  m  D  (143  b)]  stipule  en  détail  les  obliga- 
tions qui  constituent  la  Loi  (ou  méthode)  de  la  garde 
des  Moines  malades  :  Si  des  Moines  voyagent  avec 
des  marchands  dans  une  région  déserte,  et  que  l'un 
d'eux  tombe  malade,  les  autres  ne  devront  point 
l'abandonner,  mais  porteront  son  bagage  et  le  soutien- 
dront ;  s'il  ne  peut  marcher,  ils  se  procureront  un  véhi- 
cule ou  une  bêté  de  somme,  iront  demander  secours 
aux  Moines  ou  aux  Laïcs  du  village  le  plus  proche,  et 
si  le  malade  vient  à  mourir,  ils  prendront  soin  de  son 
cadavre.  Mêmes  obligations  envers  les  Nonnes  malades, 
mais  les  Moines  ne  devront  pas  les  toucher.  Les 
Moines  de  grande  vertu  [malades  au  monastère]  ont 
droit  à  des  égards  spéciaux  :  on  les  installera,  non 
point  dans  une  cellule  petite  ou  écartée,  mais  dans 
une  cellule  bien  en  vue,  et  leurs  Disciples  les  veille- 
ront sans  répit,  tenant  la  cellule  en  bon  état  de 
propreté  et  recevant  les  visiteurs  ;  si  ces  visiteurs 
sont  des  Laïcs,  ils  leur  adresseront  des  prédications, 
citant  p.  ex.  cette  parole  du  Bg.  :  "Celui  qui  veille 
sur  un  Moine  malade,  c'est  comme  s'il  veillait  sur 
moi.'"  L'un  d'entre  eux  se  tiendra  à  la  porte,  et 
l'autre  auprès  du  malade,  lui  énonçant  la  Loi.  Un 
Moine  de  peu  de  vertu  sera  soigné,  au  contraire,  en 
un  lieu  propre,  mais  pas  en  vue,  afin  que  les  hommes 
ne  sachent  rien  de  sa  mort.  Si  le  malade  a  un  Profes- 
seur, un  Maître  ou  des  Disciples,  c'est  à  eux  qu'in- 
combera la  garde  ;  sinon,  à  l'ensemble  de  la  Commu- 
nauté, qui  déléguera  auprès  de  lui  un,  deux,  trois 
gardes-malades.  Si  le  malade  possède  des  médica- 
ments, on  les  lui  donnera  ;  sinon,  c'est  la  Commu- 
nauté qui  les  lui  fournira.  Si  la  Communauté  n'en  a 
point,  et  que  le  malade  possède  des  vêtements  ou 
des  Bols  de  valeur,  on  échangera  ces  objets  contre 


des  médicaments  ;  si  le  malade  s'y  refuse  par  ava- 
rice, on  le  dénoncera  à  la  Communauté  et  on  s'effor- 
cera de  le  convaincre.  Ou  enfin,  on  mendiera  pour 
lui  des  médicaments.  Et  si  l'on  n'en  obtient  point, 
on  lui  donnera  tout  au  moins  la  meilleure  nourri- 
ture que  l'on  pourra  trouver  soit  dans  les  provisions 
de  la  Communauté,  soit  en  la  mendiant  dans  les 
villages,  où  le  garde-malade  en  personne  se  rendra 
muni  de  deux  Bols. — L'Ekottarâgama  T.  125  xxiv 
(680  c)  [=Ang°Nik°  V,  cxxiv]  énumère  cinq  incompé- 
tences du  garde-malade  :  (1)  Il  ne  connaît  pas  les 
bons  médicaments  ;  (2)  il  fait  preuve  de  Mauvaise- 
volonté,  et  manque  de  zèle  ;  (3)  il  se  complaît  dans 
la  Répulsion  et  la  Torpeur  ;  (4)  il  ne  garde  le  malade 
que  par  Convoitise  de  nourriture  [et  d'autres  profits 
personnels]  ;  (5)  il  ne  lui  fait  point  offrande  de  la  Loi 
[prédications,  etc.]  et  ne  converse  pas  avec  lui.  Un 
tel  garde-malade  n'obtient  pas  de  guérison. — Ib. 
(680  b)  [=Ang°Nik°  V,  cxxm]  :  Cinq  défauts  du 
malade,  qui  empêchent  la  guérison  :  (1)  Il  ne  choisit 
pas  ses  aliments  et  ses  boissons  ;  (2)  il  ne  se  nourrit 
pas  en  temps  voulu  ;  (3)  il  ne  consent  pas  à  prendre 
lui-même  les  médicaments  ;  (4)  il  se  livre  à  des  excès 
de  Tristesse,  de  Joie  ou  de  Répulsion  ;  (5)  il  manque 
de  pitié  à  l'égard  du  garde-malade. — Ces  énuméra- 
tions  se  retrouvent  dans  les  Vinaya,  mais  plus  ou 
moins  modifiées.  Dharmag°V°,  T.  1428  xli  (861  c)  : 
Le  malade  difficile  à  soigner  :  (1)  veut  manger  ce 
qu'il  ne  doit  pas  manger,  et  refuse  de  prendre  les 
médicaments  ;  (2)  il  ne  dit  pas  la  vérité  à  son  garde- 
malade,  qui  le  soigne  pourtant  de  tout  son  coeur  ; 

(3)  il  ne  marche,  ni  ne  reste  immobile,  comme  il  le 
devrait  ;  (4)  il  est  incapable  de  supporter  la  douleur  ; 
(5)  ou  s'il  la  supporte,  il  ne  fait  pas  ce  qu'on  lui 
demande.  Suit  une  énumération  identique,  sauf  pour 
le  5e  terme  qui  devient  :  (5)  le  malade  se  montre 
incapable  de  rester  tranquillement  assis  et  d'arrêter 
sa  respiration. — Mahâsângh°V°,  T.  1425  xxvm  (457  a): 
Cinq  défauts  du  malade  difficile  à  garder  :  (1)  Il  se 
montre  incapable  de  prendre  les  médicaments  et  les 
aliments  qui  conviennent  à  sa  maladie  ;  (2)  il  n'obéit 
pas  au  garde-malade  ;  (3)  il  ne  tient  pas  compte  de 
l'aggravation  ou  de  l'amélioration  de  sa  maladie  ; 

(4)  il  ne  supporte  pas  la  douleur  ;  (5)  il  est  coupable 
de  Mauvaise-volonté  et  d'inintelligence.  Cinq  défauts 
qui  rendent  inapte  à  être  garde-malade  :  (1)  Inca- 
pacité, par  excès  de  "dégoût,  de  sortir  les  vases  à 
excréments  ;  (2)  incapacité  de  mendier  pour  le  malade 
les  médicaments  et  aliments  qui  conviennent  à  la 
maladie  ;  (3)  incapacité  de  lui  prêcher  la  Loi  à  tout 
moment  ;  (4)  espoir  [de  profit  personnel]  ;  (5)  être 
économe  de  son  travail.  A  toutes  ces  énumérations 


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négatives  sont  jointes  leurs  contreparties  positives. 
—Dans  le  Dharmaguptaka-Vinaya  T.  1428  xli  (862  b), 
c'est  à  propos  des  dons  faits  au  garde-malade  qu'est 
introduite  la  dernière  de  ces  énumérations.  Tout 
Moine  qui  avait  soigné  un  de  ces  confrères  avait  en 
effet,  si  le  malade  venait  à  mourir,  une  sorte  de  droit 
d'héritage  sur  les  vêtements,  le  Bol,  le  siège,  le  tube 
à  aiguilles  et  autres  propriétés  du  défunt  ;  mais  cet 
héritage  était  considéré  comme  un  don  attribué  au 
garde-malade  par  la  Communauté  locale,  à  laquelle 
revenaient  en  principe  les  propriétés  de  tout  Moine 
décédé,  et  il  s'accompagnait  de  formalités  strictes 
que  le  Dh°V°  codifie  en  détail.  N'avaient  point  droit 
à  ce  don  les  gardes-malades  qui  avaient  fait  preuve  : 
(1)  d'incapacité  en  matière  diététique  ;  (2)  de  dégoût 
pour  les  excréments  et  crachats  du  malade  ;  (3)  d'un 
esprit  non  point  charitable,  mais  intéressé  ;  (4)  d'in- 
compétence dans  la  préparation  des  bouillons  et 
médicaments,  (5)  et  dans  la  prédication  de  la  Loi 
au  malade. — Ib.  lviii  (998  a-b)  :  Le  garde-malade 
est  une  des  trois  conditions  de  cure  effective,  avec 
l'alimentation  appropriée  (régime,  diète)  et  les  médi- 
caments qui  conviennent  à  la  maladie  (spécifiques, 
sk.  glânapratyayabhaisajya,  Mvy.  5893)  ;  classifica- 
tion des  maladies  selon  leur  degré  de  curabilité  : 
(1)  Celles  dont  on  meurt  malgré  les  spécifiques,  le 
régime  et  le  garde-malade  ;  (2)  celles  dont  on  guérit 
même  sans  ces  trois  secours  ;  (3)  celles  dont  la  guéri- 
son  en  dépend.  Id.  Mahîsâsaka-Vinaya  T.  1421  v 
(32  c). — La  profession  médicale  interdite  au  clergé. — 
Les  textes  précités  supposent  chez  le  clergé  certaines 
connaissances  diététiques  ou  pharmaceutiques  ;  mais 
il  n'y  est  pas  question  de  médecine  proprement  dite. 
En  fait,  dans  la  période  relativement  ancienne  que 
représentent  les  grands  codes  disciplinaires  des  dif- 
férentes écoles  du  P.V.,  la  médecine  était  tenue  pour 
une  science  Mondaine  dont  l'étude  n'était  pas  recom- 
mandée au  clergé.  Selon  la  biographie  traditionnelle 
de  Sâkyamuni,  qui  fait  autorité  chez  tous  les  boud- 
dhistes, le  médecin  du  B.  et  de  la  Communauté  pri- 
mitive fut  un  Laïc,  Jîvaka  (anc.  éc.  Giiki  ^jj^, 
Giba  fgfg,  n.  éc.  Jibaka  ^p^liSn,  etc.),  bâtard  de 
la  famille  royale  du  Magadha,  et  médecin  attitré 
du  roi  de  ce  pays,  Bimbisâra.  C'est  à  sa  demande 
que  le  B.  refusa  d'admettre  dans  son  ordre  les  candi- 
dats atteints  de  (cinq . . .  )  maladies  graves  ;  nombre 
d'entre  eux,  en  effet,  ne  recherchaient  l'ordination 
qu'en  vue  de  se  faire  traiter  par  lui  et  soigner  par  les 
Moines  gardes-malades,  et  comme  une  (quintuple . . .  ) 
épidémie  sévissait  et  que  Jîvaka  avait  à  traiter  à  la 
fois  le  roi,  sa  cour  (ou  ses  femmes),  et  la  Communauté 
bouddhique,  il  ne  suffisait  plus  à  sa  tâche  [Vin0  p., 


Mahâv0  I,  39  ;  Mahîsâsaka  T.  1421  xvn  (116  a)  ; 
Mahâsânghika  T.  1425  xxjv  (420  b-c)  ;  Dharmagup- 
taka  T.  1428  xxxiv  (808  c)  ;  etc.].  Les  traités  de  Dis- 
cipline nous  montrent  souvent  le  clergé  consultant 
des  médecins  profanes  :  p.  ex.  le  Mahâsânghika- V° 
T.  1425  xxxii  (486  c),  à  propos  de  l'interdiction  de 
boire  du  sang  humain,  mentionne  le  cas  d'un  Moine, 
souffrant  d'une  maladie  "jaune"  [i.e.  soit  d'une 
maladie  due  à  1' "humeur"  dite  "jaune"  ("Bile", 
sk.  pitta),  soit  d'un  "mal  jaune",  sk.  panduroga,  cf. 
Filliozat,  J.  As.,  1934,  II,  137],  auquel  le  médecin 
(ishi  fj|  Jjijj  "maître  de  médecine")  avait  prescrit  ce 
remède.  Le  M°Sarv°V°  T.  1451  xxxv  (382  a)  enjoint 
aux  Disciples,  si  leur  Maître  est  malade,  de  se  rendre 
chez  un  médecin,  de  lui  exposer  les  circonstances  de 
la  maladie,  et  de  l'interroger  sur  le  mode  de  traite- 
ment qu'ils  devront  observer  pour  soigner  leur  Maître  ; 
quant  aux  médicaments,  ils  s'en  procureront  et  les 
confectionneront  eux-mêmes.  Cf.  aussi  le  cas  du 
moine  opéré  d'une  fistule  par  le  chirurgien  Atrigotra 
[inf.  p.  261  b]. — On  trouve  même  dans  la  Discipline 
des  interdictions  formelles  d'exercer  la  médecine. 
Déjà  le  Dîrghâgama,  T.  1  xm  (84b),  xiv  (89c),  compte 
la  médecine  (Charmes,  chirurgie  à  l'aiguille,  médi- 
caments) parmi  les  métiers  techniques  que  d'autres 
religieux  (Sramana-brâhmana)  exercent  pour  exploi- 
ter la  libéralité  des  croyants,  mais  que  le  B.  interdit 
à  sa  Communauté  ;  le  2e  de  ces  textes  correspond 
au  Brahmajâla  p.  (Dîg°  Nik°,  I,  1,  27),  qui  développe 
l'énumération  des  parties  de  la  médecine.  Dans  les 
traités  de  Discipline,  cet  interdit  semble  viser  les 
Nonnes  plutôt  que  les  Moines  (mais  peut-être  cette 
anomalie  n'est-elle  qu'apparente  et  due  à  une  recherche 
insuffisante).  Mahâsânghika  V°,  T.  1425  xxxvin 
(531  a-b)  [82e  Péché  de  Défaillance]  :  Le  B.  est  à 
Kausâmbî.  La  Nonne  Mère-de-Chanda  (Sendabo  pj|) 
PÈ'lÉjO»  <lm  excelle  dans  la  connaissance  du  traite- 
ment des  maladies,  se  rend  chez  les  rois,  les  ministres 
et  les  Laïcs,  avec  des  médicaments  de  racines,  de 
feuilles,  de  fruits.  Elle  traite  les  affections  de  la  gros- 
sesse, des  yeux,  des  crachats,  faisant  des  fumigations 
laryngales,  des  instillations  nasales,  employant  l'ai- 
guille et  le  couteau  puis  utilisant  ses  médicaments 
comme  onguents  ;  elle  reçoit  des  malades  d'appré- 
ciables offrandes.  Les  autres  Nonnes  la  blâment, 
disant  que  ce  sont  là  des  pratiques  de  médecin  (ishi 
^ÉiP).  qui  ne  conviennent  point  à  une  religieuse 
Sortie-de-la-famille.  Mahâprajâpatî  rapporte  l'affaire 
au  B.  ;  il  édicté  qu'il  sera  désormais  interdit  aux 
Nonnes  de  gagner  leur  vie  en  pratiquant  la  médecine, 
sous  peine  de  commettre  un  Péché  de  Défaillance, — 
la  médecine  étant  définie  comme  le  traitement  des 


BYO 


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BYO 


.maladies  au  moyen  de  racines,  de  feuilles,  de  fruits, 
et  de  Charmes  médicaux  [magie]  se  rapportant  aux 
poisons,  aux  serpents,  etc.,  au  feu,  aux  étoiles,  aux 
constellations,  au  soleil  et  à  la  lune,  etc.  [sur  les 
maladies  dues  aux  influences  astrales,  cf.  p.  ex. 
M°Sarv°Vin°  T.  1451  xn  (257  a)  ;  Sârdûlakarnâvadâna 
T.  1300  11  (409),  1301  (417  sq.)]  ;  tout  au  plus  les 
Nonnes  pourront-elles  conseiller  verbalement  des 
méthodes  de  traitement.  Quant  aux  Moines  qui  gagne- 
raient leur  vie  comme  médecins,  ils  seraient  cou- 
pables d'un  Péché  de  Transgression.  L'article  suivant 
[83e  Péché  de  Défaillance]  interdit  jusqu'à  cet  exer- 
cice verbal  de  la  thérapeutique,  qu'autorisait  le  pré- 
cédent article  :  Il  y  a,  pour  les  Nonnes,  Péché  de 
Défaillance  à  donner  des  "recettes  (médicales)"  aux 
malades  "profanes"  ou  "hérétiques"  ;  par  "pro- 
fanes" (zokunin  fft  \,  sk.  grhin  ?),  il  faut  entendre  : 
non  Sortis-de-la-famille  ;  par  "hérétiques"  (gedô  fy\. 
5H,  sk.  tîrthika  ?),  Sortis-de-la-famille  mais  dans  un 
ordre  religieux  autre  que  le  bouddhisme  ;  et  par 
"recettes  médicales"  (ihô  §§  Jj),  les  Charmes  se 
rapportant  aux'- serpents,  aux  poisons,  etc.,  au  feu, 
aux  étoiles,  etc. — Dans  le  Mahîsâsaka  V°,  T.  1421 
xiv  (94  c-95  a),  c'est  surtout  pour  éviter  de  scanda- 
liser le  public  que  la  médecine,  métier  mondain, 
est  interdite  aux  Nonnes  [144e  Péché  de  Défaillance 
des  Nonnes]  :  Des  Nonnes  récitaient  les  recettes  ou 
méthodes  du  "Sûtra  du  Traitement  des  Maladies" 
(jibyôkyôhô  fp^j^"/£);  des  Laïques  les  blâment 
de  n'étudier  que  l'art  médical  et  de  négliger  leur 
vocation  religieuse  (dôi  }J|  ^f;)  :  que  ne  récitent-elles 
plutôt  les  Sûtra  bouddhiques  !  Informé  de  ce  cas, 
le  B.  décide  que  la  récitation  desdites  recettes  consti- 
tuera un  Péché  de  Défaillance  pour  les  Nonnes,  de 
Méfait  pour  les  Catéchisées  ;  mais  ne  seront  point 
fautives  celles  qui  les  réciteront  soit  pour  leurs 
propres  maladies,  soit  par  charité,  soit  sous  menace 
de  violences.  L'article  suivant  [145e]  interdit  l'ensei- 
gnement à  autrui  de  ces  recettes.  Puis  sont  déclarées 
[146e  art.]  coupables  de  Défaillance  les  Nonnes,  et 
de  Méfait  les  Catéchisées  et  les  Novices  femmes,  qui 
feraient  métier  (shôgyô  ^]£  |j^)  de  traiter  les  maladies  ; 
en  effet,  les  Nonnes  ne  cessaient,  même  la  nuit,  de 
combiner,  de  cuire,  de  piler  des  médicaments,  ce  qui 
leur  avait  valu  de  la  part  des  Laïques  la  critique 
suivante  :  "Elles  sont  comme  des  médecins  ou  des 
disciples  de  médecins  ;  au  lieu  de  se  livrer  à  cette 
activité  Mondaine,  que  ne  recherchent-elles  le  Chemin 
de  guérir  la  maladie  de  la  Transmigration!"  Enfin 
le  147e  art.  condamne  également  l'enseignement  médi- 
cal, parce  que,  chaque  fois  que  des  Laïques  venaient 
leur    demander    une    prédication    sur    la    Loi,    les 


Nonnes  leur  répondaient  :  "C'est  ainsi  qu'on  traite 
toutes  les  maladies,  du  chaud  [="Bile"],  du  froid 
[=  "Flegme"],  du  Vent. . .  " — Le Dharmaguptaka  V°, 
T.  1428  xxx  (774  c-775  a)  [169e  Péché  de  Défaillance 
des  Nonnes],  et  le  Sarvâstivâda  V°,  T.  1435  xlvi 
(337  b)»  proscrivent  les  techniques  magiques  (jujutsu 
/xJi)Lf)  et  les  arts  Mondains  (sezokugijutsu  -(£  fÊrf£  j£f) 
[ce  sont  les  "arts  bestiaux",  tiracchâna-vijjâ,  du 
Bhikkhunî-vibhanga  p.,  49e  et  50e  Péchés  de  Défail- 
lance ;  cf.  aussi  Dîgha  N°,  vol.  I,  p.  9  sq.]  ;  les  Nonnes 
qui  les-  étudient  seront  coupables  de  Défaillance,  les 
Catéchisées  et  les  Novices,  hommes  et  femmes,  de 
Méfait.  Est  exceptée  toutefois  l'étude  des  Charmes 
se  rapportant  aux  maladies  dues  aux  vers  gastriques 
[T.  1435  :  douleurs  gastriques],  aux  indigestions,  ou 
encore  aux  poisons,  mais  à  condition  qu'on  n'ait 
recours  à  ces  Charmes  que  pour  sa  propre  sauve- 
garde, et  non  pour  en  tirer  profit. — Le  Mûlasarvâsti- 
vâda  V°,  T.  1451  xxv  (327  c),  autorise  les  Moines  qui 
seraient  compétents  en  médecine  à  administrer  à 
leurs  confrères  tout  au  moins  des  calmants,  dans 
le  cas  où  l'un  de  ces  confrères  serait  atteint  de  dou- 
leurs aiguës  et  où  il  n'y  aurait  point  là  de  médecin 
pour  le  soulager  d'urgence  ;  encore  ce  traitement 
doit-il  s'effectuer  en  secret,  à  l'insu  des  Laïcs  :  le 
Moine  qui  administrerait  publiquement  un  médi- 
cament à  un  autre  Moine  se  rendrait  coupable  de 
Transgression.  Ce  Vinaya  (ib.)  permet  d'autre  part 
aux  Moines  médecins  de  donner  des  conseils  phar- 
maceutiques et  diététiques  aux  Laïcs  qui  viendraient 
les  consulter. — Sur  ce  dernier  point,  on  trouve  dans 
la  Samantapâsâdikâ  Tt.  1462  xi  (753  a-c)  toute 
une  casuistique  fort  curieuse.  Ce  traité  de  Discipline 
relativement  tardif  condamne  encore  formellement 
l'exercice  de  la  médecine  :  tout  Moine  qui  s'y  livre- 
rait commettrait  un  Péché  de  Méfait,  ainsi  qu'en 
décide  *le  B.  à  propos  de  Moines  qui  avaient  enseigné 
à  une  femme  adultère  des  pratiques  abortives,  et 
provoqué  la  mort  d'une  autre  femme  en  lui  prescri- 
vant un  mauvais  médicament  contre  la  stérilité. 
Mais  si  la  médecine,  ainsi  définie,  est  un  Méfait, 
il  n'y  a  pas  de  Péché  pour  le  clergé  à  confectionner 
des  médicaments  pour  les  Moines,  Nonnes,  Catéchi- 
sées ou  Novices  hommes  ou  femmes,  soit  en  utilisant 
des  matières  pharmaceutiques  que  les  malades  pos- 
sèdent eux-mêmes,  soit  en  leur  en  donnant  s'ils  n'en 
possèdent  point.  Quant  aux  Laïcs,  il  en  est  quinze 
auxquels  un  Moine  peut  donner  des  médicaments 
ou  pour  lesquels  il  peut  en  confectionner  :  (1)  son 
père,  (2)  sa  mère,  (3)  leurs  domestiques,  (4)  les  domes- 
tiques de  la  Communauté  [jônin  ffi  J^,  p.  veyyâvac- 
caka[ra],  salariés  laïcs  au  service  du  clergé],  (5)  les 


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"feuilles  jaunes"  [p.  pandupalâsa,  terme  désignant, 
sans  doute  par  comparaison  avec  la  feuille  morte  qui 
va  se  détacher  de  l'arbre,  des  jeunes  gens  de  bonne 
famille,  candidats  à  l'ordination,  qui  ne  sont  pas 
encore  Sortis-de-la-famille  mais  résident  dans  les 
monastères,  où  ils  rendent  de  menus  services  au 
clergé  ;  cf.  les  mânava  de  Gijô  (Yitsing),  s.v.  *Dôji], 
(6-7)  ses  frères,  aînés  ou  cadets,  (8-9)  ses  sœurs, 
(10-15)  ses  différents  oncles  et  tantes.  Le  Moine  a 
même  le  droit  d'introduire  dans  le  monastère  son 
père  ou  sa  mère  malades,  s'ils  sont  pauvres,  afin  de 
les  y  soigner.  Il  devra  également  confectionner  des 
médicaments  pour  les  parents  de  son  Professeur, 
malades  au  monastère.  Le  cas  des  Donateurs  malades 
donne  lieu  à  une  casuistique  particulièrement  astu- 
cieuse :  En  principe,  le  clergé  n'a  le  droit  ni  de  confec- 
tionner des  médicaments  pour  ses  Donateurs,  ni  de 
leur  en  faire  cadeau  [ce  serait  là  une  sorte  de  contre- 
prestation  pour  les  Dons  reçus  des  Donateurs  ;  or 
le  Don  à  la  Communauté  doit  être  entièrement  gra- 
tuit]. Quant  aux  conseils  médicaux,  les  Moines  doi- 
vent également  les  refuser  aux  Donateurs  si  ceux-ci 
viennent  leur  en  demander  à  titre  personnel,  p.  ex. 
en  disant  :  "Ma  mère  est  atteinte  de  telle  ou  telle 
maladie  ;  quel  traitement,  quels  médicaments  conseil- 
lez-vous pour  elle  ?"  Mais  si  la  demande  est  formu- 
lée de  façon  impersonnelle  :  "Un  tel  étant  malade 
les  Moines  pourront  y  accéder.  Ou  bien  encore,  on 
aura  recours  au  "Moyen"  suivant  :  Le  Moine,  consulté 
par  le  Donateur,  ne  lui  répondra  pas  directement  ; 
en  présence  du  Donateur,  il  adressera  à  un  autre 
Moine  la  question  suivante  :  "Le  Moine  un  tel  est 
atteint  de  telle  ou  telle  affection,  quels  médicaments 
lui  faut-il  ?"  La  réponse  renseignera  indirectement 
le  Donateur.  C'est  ce  procédé  qu'utilisa  le  thera  Mahâ- 
paduma  pour  transmettre  des  indications  thérapeu- 
tiques à  la  femme  du  roi  de  Ceylan  Vasabha,  laquelle 
s'en  trouva  si  bien  qu'elle  envoya  à  ce  Moine  des 
cadeaux  variés  pour  le  remercier  de  son  intervention  ; 
Mahâpaduma  reconnut  que  ces  cadeaux  représen- 
taient la  "part"  [d'honoraires]  qui  revient  à  un 
médecin,  mais  se  félicita  lui-même  d'avoir  pu  ainsi  être 
utile  à  un  Etre  sans  commettre  nul  Péché ...  La 
Sam°pâsâdikâ  autorise  ensuite  les  Moines  à  se  rendre 
chez  des  Laïcs  malades  qui  les  inviteraient  à  venir 
réciter  pour  eux  des  Charmes  [de  magie  curative]  ; 
mais,  en  guise  de  Charmes,  ou  bien  ils  leur  réciteront 
l'Â'tânâUya  [D°  Nik°  xxxii],  ou  bien  leur  prêche- 
ront la  Loi,  ou  leur  conféreront  les  Défenses ...  [Le 
Dharmag°Vin0,  TV1435  xliii  (877  a-b),  dans  un  pas- 
sage malheureusement  assez  obscur,  traite  du  cas 
d'un  Laïc  malade    "gardé"   par  les  Moines  dans  le 


monastère  même  et  qui  y  meurt.] — De  toute  cette 
casuistique  subtile,  il  ressort  qu'avec  l'esprit  nouveau 
qui,  sans  doute  sous  l'influence  du  G.V.,  se  faisait 
jour  jusque  dans  les  milieux  du  P.V.,  les  Moines  se 
laissaient  de  plus,  en  plus  attirer  par  l'étude  et  l'exer- 
cice de  la  médecine  et  cherchaient  à  tourner  par 
mille  échappatoires  les  vieux  interdits  disciplinaires. 
— Il  y  a  loin  en  effet  de  ces  textes  de  Vinaya  aux  récits 
des  Âgama,  dans  lesquels  le  B.,  ou  Ânanda  ou  Sâri- 
putra,  lorsqu'ils  rendent  visite  à  des  Laïcs  malades, 
s'en  tiennent  à  des  discours  d'un  caractère  stricte- 
ment et  exclusivement  religieux  :  ils  leur  demandent 
des  nouvelles  de  leur  santé  suivant  une  formule  de 
politesse  consacrée,  puis  leur  prêchent  la  Patience, 
l'observance  des  Défenses,  la  Foi  qui  délivre  de  toute 
crainte,  le  détachement  du  monde  sensible,  l'Imper- 
manence  des  Opérants,  etc.  [Anâthapindika,  Sam° 
Âg°  T.  99  xxxvn  (269  b-270  a)=Sam°Nik°  vol.  V, 
p.  385  sq.,  Madh°Àg°  T.  26  vi  (458  sq.)=M°Nik° 
n°  143  ;  Dharmadinna,  S°Àg°  ib.  (270  a)=S°N°  vol.  V, 
p.  406  sq.  ;  Dîrghâyus,  S°Ag°  ib.  (270  a-b)=S°N° 
vol.  V,  p.  344  sq.  ;  etc.]. — On  ne  mentionnera  ici 
que  pour  mémoire  les  nombreuses  prescriptions  des 
codes  disciplinaires  se  rapportant  aux  médicaments 
(cf.  *Yaku  $§),  qui  sont  une  des  quatre  Ressources 
des  Moines  (cf.  *E  f£).  Les  Vinaya  attribuent  aussi 
aux  bains  chauds  (il  s'agit  en  général  de  bains  de 
vapeur,  cf.  *Onshitsu  îfi  "EL)  un  rôle  important  dans 
l'hygiène  médicale  des  Moines  ;  l'institution  en  est 
attribuée  à  Jîvaka.  Enfin  la  Discipline  stipule  cer- 
taines exemptions  alimentaires  en  faveur  des  Moines 
malades  (cf.  *Jiki  ^).  C'est  ainsi,  pour  citer  un  cas 
extrême,  que  le  Vinaya  p.  autorise  comme  médica- 
ments le  sang  et  la  chair  fraîche  (d'un  porc,  Mahâv. 
VI,  10).  La  Samantapasâdikâ  Tt.  1462  xv  (778  c) 
spécifie  qu'il  ne  peut  en  aucun  cas  s'agir  de  sang 
humain  ;  le  Mahâsanghika  V°,  T.  1425  xxxn  (486  c- 
487  a),  proscrit  également  la  consommation  du  sang 
humain,  mais  autorise  les  onguents  au  sang  de  che- 
val. Que  le  sang  et  la  moelle  de  l'homme  aient  été 
réellement  utilisés  en  thérapeutique,  c'est  ce  que 
semblent  confirmer  les  récits  selon  lesquels  le  B., 
dans  ses  existences  antérieures,  donna  son  sang  et 
sa  moelle  pour  des  malades  [p.  ex.  Ttt.  2121  x 
(163  b-c)  ;  2122  xcl  (985  b)  ;  aussi  M°Sarv°Vin°, 
cf.  Lalou,  J.  As.,  1925,  11,  336;  cf.  aussi  inf.  242  a]. 

Médecine    et    charité    (Grand    Véhicule).— 

On  vient  de  voir  que  dans  la  Discipline  monastique 
du  P.V.,  non  seulement  l'exercice  de  la  médecine 
n'est  pas  recommandé  au  clergé  :  il  lui  est  interdit  ; 
encore  les  Moines  sont-ils  à  la  rigueur  autorisés  à 


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étudier  la  médecine  pour  leur  propre  bénéfice,  mais 
ils  se  garderont  bien  d'en  faire  profiter  Laïcs  ou 
Profanes.  A  l'esprit  étroit  et  jalousement  clérical 
du  P.V.  s'oppose,  dans  ce  domaine  comme  dans 
d'autres,  l'inspiration  altruiste  du  G.V.  Le  Bs.,  qui 
peut  être  un  Laïc  tout  aussi  bien  qu'un  Moine,  doit 
cultiver  des  Perfections  dont  une  des  principales  est 
la  Perfection  du  Don  ;  à  tous  les  Êtres  il  doit  vouer 
une  Égale  Compassion.  Aussi  l'obligation  de  soigner 
les  malades,  quels  qu'ils  soient,  est -elle  expressément 
stipulée  dans  les  codes  disciplinaires  que  le  G.V. 
tenta  de  se  donner  pour  faire  pièce  au  P.V.  (cf. 
*Bosatsukai).  La  9e  des  "Défenses  légères"  du  Brah- 
majâlasûtra  est  la  suivante  T.  1484  11  (1005  c)  : 
"A  la  vue  de  tout  homme  malade,  le  fils  de  B., 
[=celui  qui  a  reçu  l'ordination  de  Bs.]  devra  toujours 
le  soigner  (kuyô  -fjt  ^)  comme  il  soignerait  le  B. 
lui-même  ;  parmi  les  huit  Terrains  de  Félicité,  le 
premier  est  celui  qui  consiste  à  veiller  les  malades 
(kambyô  /ff-Ujiif).  C'est  ainsi  que  le  fils  de  B.  soignera 
jusqu'à  guérison  son  père,  sa  mère,  son  Maître,  et 
les  Moines  ou  les  Disciples  malades ...  Et  le  Bs.  qui, 
par  malice  ou  par  haine,  ne  chercherait  pas  à  sauver 
les  malades  dans  les  monastères,  les  villes,  les  déserts, 
ou  par  monts,  forêts  et  chemins,  se  rendrait  coupable 
d'un  'Péché  léger  faisant  souillure'."  Les  cm.,  Ttt. 
1812  11  (591  b),  1813  v  (639  a),  précisent  que  par 
l'énumération  :  "Son  père,  sa  mère",  etc.,  il  faut 
entendre  "tous  les  Êtres".  Quant  aux  "huit  Terrains 
de  Félicité",  les  cm.  ne  sont  pas  d'accord  ;  il  y  a  là 
probablement  une  allusion  au  Sûtra  des  Terrains  de 
Félicité  T.  683  (777  b),  qui  en  énumère  sept  dont 
l'un  consiste  à  "traiter  les  maladies  en  faisant  Don 
sans  cesse  de  médecine  et  de  drogues". — Bodhisattva 
médecins. — Les  Bs.  ne  doivent  pas,  en  effet,  se  conten- 
ter de  secourir  les  Etres  souffrants  comme  simples 
gardes-malades.  L'étude  de  la  médecine,  prohibée 
dans  le  P.V.  comme  une  spécialité  professionnelle  et 
extra-cléricale,  est  admise  et  prescrite  par  le  G.V.  ; 
au  VIIe  siècle  elle  fait  partie,  avec  la  logique,  la  gram- 
maire, etc.,  du  curriculum  d'études  à  1'  "université"  de 
Nâlandâ  [Ttt.  2053  III  (237  b)  ;  Beal,  Life  of  Hiuen- 
tsiang,  112].  La  médecine  peut  servir  de  Moyen 
salvifique  ;  elle  est  l'une  des  cinq  Sciences  profanes 
(cf.  *Myô  8^)  que  les  Bs.  sont  tenus  d'acquérir  [p.  ex. 
Bodhisattvabhûmi  T.  1581  m  (904  c),  Yogâcârya- 
bhûmi  Tt.  1579  xv  (33^  a)].  Le  Bs.  n'est  pas  seule- 
ment médecin  au  sens  spirituel  ou  métaphorique. 
Certes  il  a  fait  le  Vœu  de  guérir  les  Êtres  des  maladies 
de  l'Esprit,  comme  il  est  dit  dans  M°pr°pâr°sâstra  : 
et  de  même  qu'un  fou  atteint  de  possession  démo- 
niaque ne  saurait  troubler  par  ses  menaces  le  méde- 


cin qui  le  traite,  ainsi  le  Bs.  opposera  la  Patience 
aux  outrages  et  à  la  haine  des  Êtres,  car  il  sait  que 
leur  fureur  n'est  due  qu'à  cette  maladie  ou  démence 
de  l'Esprit  qu'est  la  Passion  de  la  Colère  ;  son  rôle 
est  de  guérir  les  Êtres  de  ce  tourment  spirituel  et 
non  point  d'y  répondre  par  sa  propre  Colère  Tt.  1509 
xiv  (167  c-168  a)  [cf.  aussi  Ttt.  1735  xxvn].  Mais 
la  santé  du  corps  conditionne  celle  de  l'Esprit  (mens 
sana  in  corpore  sano)  ;  aussi  le  Bs.  ne  négligera-t-il 
point  les  cures  corporelles  (unus  medicus  animarum 
et  corporum,  cf.  S1  Ignace,  Êph.  vu,  2).  C'est  ce 
qu'expose  en  détail  un  passage  fort  explicite  du 
Gandavyûha  T.  293  xi  (710-712)  [td.  795-798  A.D.  ; 
le  développement  médical  manque  dans  les  recen- 
sions antérieures,  T.  278  xlix  (707  b-708  c  ;  td.  ca. 
420  A.D.)  et  T.  279  lxvi  (354  b-355  a  ;  td.  695- 
699  A.D.)]  :  Au  cours  de  sa  tournée  en  quête  d'ensei- 
gnements, le  jeune  Sudhana  rend  visite  à  un  (i6me) 
Ami-de-bien,  Fugen  ^  BU  (Samantanetra),  établi 
comme  droguiste  à  Samantamukha,  dans  un  pays 
du  Sud  appelé  Vetramûlaka,  et  qui  déclare  avoir 
appris  la  médecine,  et  les  "recettes  essentielles  de 
tous  les  parfums" ,  auprès  du  Bs.  Manjusrî.  Il  conseille 
à  Sudhana  d'étudier  la  médecine.  Mais,  objecte 
Sudhana,  pourquoi  lui  enseigner  la  médecine,  art 
profane,  à  lui  qui  vient  l'interroger  sur  les  Pratiques 
que  doit  cultiver  un  Bs.  ?  Voici  la  réponse  du  dro- 
guiste :  "Sache-le,  homme  excellent  !  Pour  le  Bs. 
qui  s'apprend  à  cultiver  l'Eveil,  la  maladie  est  le 
plus  grand  obstacle  ;  si  les  Êtres  ont  le  corps  malade, 
leur  Esprit  n'est  point  en  "paix,  et  comment  pour- 
raient-ils cultiver  les  Perfections  ?  Aussi  le  Bs.  qui 
cultive  l'Eveil  doit-il  d'abord  guérir  les  maladies 
du  corps ...  Il  soignera  en  premier  lieu  le  roi  du  pays, 
car  sur  les  rois  repose  la  paix  et  le  bonheur  de  tous 
les  Êtres. .  .Ensuite  il  soignera  tous  les  Êtres,  et  les 
guérira  de  toute  Douleur  [corporelle],  avant  de  leur 
prêcher  la  Loi  pour  dompter  leur  Esprit ..."  Et  le 
droguiste  professe  à  l'usage  de  Sudhana  tout  un 
cours  de  médecine  [cf.  inf.  p.  256]. — De  même  un 
chapitre  du  Suvarnaprabhâsa  [Vyâdhi-prasamana- 
parivarta,  17e  chap.  du  texte  sk.,  éd.  Nanjô-Izumi, 
p.  160-167  I  2°e  chap.  de  la  recension  ch.  syncré- 
tique,  T.  664  vu  (394-395)]  contient  tout  un  ensei- 
gnement médical  [cf.  inf.  p.  253]  donné,  sous  forme 
de  stances,  par  un  notable  (sresthin)  versé  dans  la 
médecine,  Jalimdhara,  à  son  fils  Jalavâhana  (incar- 
nation antérieure  du  B.),  qui  peut  ainsi  guérir  d'une 
épidémie  la  population  du  pays. — L'Upâsakasîla- 
sûtra  [?]  T.  1488  v  (chap.  sur  le  Don,  1060  c-1061  a), 
sorte  de  développement  mahâyâniste  (td.  ca.  426 
A.D.)  d'un  texte  des  Àgama  (Sujâtasûtra  [?],  T.  99 


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xxxiii=D°Nik°  n°  xxxi,  Singâlovâda),  énonce  des 
prescriptions  variées  à  l'usage  des  Bs.,  tant  Laïcs 
(zaike  ^t  ^,  sk.  grhin)  que  Sortis-de-la-famille,  notam- 
ment les  suivantes  :  "Un  Bs.  pauvre  et  qui  ne  possède 
rien  à  Donner  étudiera  les  Formules  et  techniques 
diverses  de  la  médecine  ;  il  cherchera  à  obtenir  de 
l'argent,  des  infusions,  des  herbes  médicinales,  pour 
les  Donner  à  ceux  qui  en  auront  besoin  ;  il  soignera 
les  malades  de  tout  son  cœur,  les  nourrissant  et  les 
traitant  médicalement,  exhortant  les  riches  à  faire 
confectionner  pour  eux  des  médicaments,  pilules, 
poudres,  infusions.  Ayant  acquis  une  connaissance 
approfondie  de  la  médecine,  il  voyagera  partout 
pour  soigner  les  malades,  examinant  leurs  affec- 
tions selon  les  règles  de  la  médecine  et  les  traitant 
après  en  avoir  déterminé  le  siège.  Il  connaîtra  bien 
les  Moyens,  ne  se  dégoûtant  d'aucune  impureté, 
discernant  bien  l'aggravation  ou  la  diminution  de 
la  maladie  et  prescrivant  diètes  ou  médications 
appropriées. .  .S'il  sait  le  malade  condamné,  il  ne 
le  lui  dira  point,  mais  l'exhortera  à  prendre  refuge 
auprès  des  trois  Joyaux,  à  penser  au  B.,  à  la  Loi, 
à  la  Communauté,  à  pratiquer  l'Offrande,  lui  expli- 
quant que  sa  maladie  est  due  au  mal  commis  dans 
ses  existences  antérieures,  et  qu'ayant  recueilli  cette 
Rétribution  de  Douleur,  il.  lui  faut  maintenant  faire 
Contrition  ;  et  si  le  malade  s'irrite  de  ces  paroles,  et 
l'injurie  avec  Grossièreté-de-langage,  il  ne  répondra 
point,  mais  sans  non  plus  abandonner  le  malade. 
Il  prendra  garde  de  ne  point  exiger  de  gratitude  ;  il 
continuera  à  surveiller  le  malade  après  la  guérison, 
de  crainte  d'une  récidive,  et  s'il  constate  le  rétablis- 
sement complet  de  la  santé,  il  s'en  réjouira  en  son 
cœur,  mais  ne  demandera  aucune  rétribution  de 
reconnaissance. .  .Si  un  malade  guéri  lui  fait  un  Don, 
il  l'acceptera,  mais  pour  en  faire  lui-même  Don  aux 
pauvres.  Celui  qui  sait  garder,  soigner  et  traiter  les 
malades  de  cette  façon,  celui-là  est  un  grand  Dona- 
teur, qui  aspire  vraiment  au  Chemin  de  l' Éveil  Sans- 
Supérieur  ...  Et  même  s'il  est  riche,  le  sage  qui  aspire 
à  l'Éveil  étudiera  aussi  la  médecine  ;  il  créera  des 
maisons  pour  la  garde  des  malades  (sembyôsha  BJ§ 
fàii)>  pourvues  de  tout  ce  qu'il  faut  aux  malades  : 
boisson  et  nourriture,  infusions  et  herbes,  dont  il 
fera  Don  .'..[Suit  une  longue  énumération  d'œuvres 
de  bienfaisance  :  creusement  de  puits,  afforestation, 
captation  de  sources,  construction  d'hôtelleries  meu- 
blées pour  les  voyageurs,  de  ponts,  etc.] . . .  C'est  là 
ce  qu'on  appelle  un  Donateur  pur  ;  des  deux  sortes  de 
Bs.,  Laïcs  et  Sortis-de-la-famille,  il  est  plus  facile  aux 
premiers  qu'aux  seconds  d'être  Donateurs  purs.  . ." 
— Il  est  souvent  question  dans  la  littérature  du  P.V. 


(Àgama,  Vinaya)  des  cures  miraculeuses  effectuées 
par  le  B.  grâce  à  la  simple  imposition  de  sa  main 
sur  la  tête  ou  la  plaie  du  malade  :  du  contact  de 
cette  paume  sacrée,  ornée  d'une  roue  à  mille  rais  qui 
symbolise  sa  puissance  souveraine,  se  dégage  un 
fluide  de  santé  et  de  guérison  [p.  ex.  M°Sarv°Vin° 
T.  1450  xiv  (174  c),  sup.  233  b].  Le  G.V.  reprend  ce 
thème  à  propos  des  Bs.,  en  le  développant  avec 
l'imagination  débordante  qui  le  caractérise,  pour 
aboutir  au  mythe  d'une  sorte  de  sacrifice  communiel, 
le  Bs.  vouant  son  corps  guérisseur  en  pâture  aux 
Êtres  souffrants. — Vimalakîrtinirdesa  T.  475  11  (sup. 
*Bosatsu,  p.  139  b)  :  "Le  Bs.  se  fait  médicament 
pour  guérir  les  Êtres  malades,  boisson  et  nourriture 
pour  les  sauver  de  la  faim..." — Karmavibhanga 
(éd.  Lévi,  11),  le  jâtaka  de  Sarvausadha,  "Tout- 
Remède"  :  "Pour  lui  il  n'est  rien  qui  ne  soit  remède  ; 
tout  ce  qu'il  prend  et  donne  devient  un  remède ..." 
— Upâsakasîlasûtra  [?]  T.  1488  11  (1042  a)  :  Dans 
une  existence  antérieure  le  B.,  souffrant  de  la  faim, 
émit  un  Vœu  grâce  auquel  il  reçut  un  corps  de  grand 
poisson,  dont  purent  se  repaître  les  Êtres  affamés. . . 
Dans  une  autre  existence,  étant  malade,  il  émit  le 
Vœu  d'obtenir  un  corps  [pareil  à]  un  *  arbre  de  méde- 
cine; tous  les  malades,  en  le  voyant,  en  le  flairant 
ou  en  Te  touchant,  ou  en  consommant  sa  peau,  son 
sang,  sa  chair,  ses  os  ou  sa  moelle,  guérissent  de  toute 
maladie.  Un  Bs.  Ms.  qui  sait  supporter  pareilles 
souffrances  sans  Régression  est  un  vrai  Bs. ...  — 
D'après  T.  553  [td.  Chavannes,  500  Contes,  III,  355], 
le  "roi  des  arbres  de  médecine"  est  un  arbre  dont  le 
bois  permet  de  voir  les  viscères  à  l'intérieur  du  corps 
humain.  L'Avatamsaka  (cité  Bdjt.  1752  c)  le  décrit 
comme  un  grand  arbre  dont  la  racine,  le  tronc,  les 
branches  et  les  feuilles  guérissent  les  malades  qui 
les  flairent  ou  les  touchent,  et  compare  cet  arbre 
au  Corps  des  Bs.  imprégné  de  grande  Compassion. 
Même  comparaison  Mahâparinirvânasûtra  T.  375 
xxx  (804  a)  :  "De  même  que  le  roi  des  arbres  de 
médecine  guérit  tous  les  malades  qui  en  prennent 
la  racine,  le  tronc,  les  branches,  les  feuilles,  les  fleurs, 
les  fruits  ou  l'écorce,  ainsi  le  Bs.  forme  le  Vœu  sui- 
vant :  Qu'en  entendant  ma  voix,  en  touchant  mon 
corps,  en  absorbant  mon  sang,  ma  chair,  mes  os, 
ma  moelle,  tous  les  malades  guérissent  !  Lorsque  les 
Êtres  mangeront  ma  chair,  puissent-ils  ne  donner 
naissance  à  aucune  idée  mauvaise,  comme  s'ils  man- 
geaient la  chair  de  leur  propre  enfant  !  Et  qu'après 
les  avoir  guéris  tous,  je  leur  prêche  la  Loi!... Un 
Bs.  qui,  tout  Passionné  qu'il  soit  [encore],  supporte 
de  telles  douleurs  corporelles  avec  un  Esprit  sans- 
Régression,  inébranlable,  irréversible,  celui-là  obtien- 


BYÔ 


243 


BYO 


dra  à  coup  sûr  l'Esprit  sans- Régression  et  accomplira 
l'Éveil... ."  [Cf.  aussi  sur  l'arbre  de  médecine  Tt. 
1578,  td.  La  Vallée  Poussin,  Le  Joyau  dans  la  Main, 
Mél.  ch.  et  b.  I,  137.] — Le  Ratnakûta  (Pitâputra- 
samâgama)  rapporte  en  manière  de  jâtaka  le  mythe 
de  Soma  jj$ç  J^|,  corps  guérisseur  qui  se  livre  en  pâture 
aux  Êtres  malades  ;  sans  doute  faut-il  voir  dans  ce 
mythe  un  écho  bouddhique  des  traditions  védiques 
relatives  au  soma,  ce  "roi  des  plantes"  et  en  parti- 
culier des  plantes  médicinales,  d'où  est  extraite  la 
liqueur  sacrée  des  brahmanes,  breuvage  des  dieux, 
eau  de  jouvence  et  panacée  des  hommes  :  T.  310  xlviii 
(280  b-282  c)  :  Les  Bs.  Ms.  doivent  concevoir  tous  les 
Êtres  comme  des  malades,  sans  cesse  brûlés  et  tour- 
mentés par  ces  trois  Passions  ardentes  que  sont  la 
Cupidité,  la  Haine  et  l'Erreur  ;  et  ils  doivent  leur 
appliquer  cet  onguent-panacée  (*Akada)  qu'est  la 
bonne  Loi ...  et  obtenir,  par  la  force  de  leur  Vœu, 
un  Corps  qui  soit  un  bon  médicament  pour  guérir 
les  Êtres  de  cette  triple  maladie.  Naguère  le  B.  naquit 
sous  la  forme  d'un  Devendra-Sakra  nommé  Œil- 
merveilleux  (Mimyôgen  fÈfc^  Hit)-  Dans  le  Jambu- 
dvîpa  se  déclara  alors  une  redoutable  épidémie,  contre 
laquelle  les  médecins  s'avérèrent  impuissants.  Averti 
par  sa  vue  et  par  son  ouïe  Divines,  Œil-merveilleux 
se  métamorphosa  en  un  corps  de  grand  Être,  nommé 
Soma,  qui  apparut  sur  terre  non  loin  de  la  ville 
de  Kuru  et  s'offrit  en  Don  aux  malades  ;  ceux-ci 
dépecèrent  et  découpèrent  le  corps  gigantesque,  qui 
pourtant  ne  subit  aucune  diminution  ;  et  tous  gué- 
rirent en  consommant  sa  chair.  Les  Etres  voulurent 
alors  témoigner  leur  gratitude  au  grand  corps  ;  celui- 
ci  reprit  la  forme  d'un  Devendra-Sakra  et  leur  adressa 
une  prédication  poUr  les  convertir  au  bouddhisme. 
De  même  le  Corps  d'Essence  des  Bs.  Ms.  est  indes- 
tructible comme  le  Diamant,  et  c'est  seulement  pour 
convertir  les  Êtres  destructibles  qu'ils  actualisent 
des  corps  destructibles... — Ib.  (283  b)  :  De  même 
que  Jîvaka,  ce  grand  roi  des  médecins,  fabrique  en 
combinant  des  drogues  une  belle  figure  de-  femme, 
privée  de  pensée  et  de  discernement,  mais  susceptible 
de  se  mouvoir,  d'aller  et  de  venir,  de  s'arrêter  soit 
assise  soit  couchée  [automate]  ;  Jîvaka  "l'apparie" 
aux  malades  qui  viennent  le  consulter,  nobles,  rois, 
princes,  ministres,  notables,  roitelets,  et  ces  malades 
guérissent  en  "tenant"  un  moment  cette  femme  arti- 
ficielle et  en  mettant  leur  corps  en  "contact"  [sexuel] 
avec  le  sien  ; — ainsi  les  Bs.  Ms.  [terrestres]  qu'actualise 
le  Corps  d'Essence  guérissent  de  la  maladie  des  trois 
Passions  tous  les  Êtres  qui  les  touchent ...  Cf.  dans 
une  autre  section  du  Ratnakûta  (Cintyaguhyanirdesa), 
T.  310  vin  (45  c),  l'histoire  analogue  d'un  beau  jeune 


homme  automate  fabriqué  par  Jîvaka  avec  des  herbes 
médicinales  :  en  le  contemplant,  en  "chantant  et 
jouant"  avec  lui,  en  eMfcminant  sa  belle  mine,  les 
malades  de  Jîvaka  obtiennent  guérison,  apaisement  et 
absence  de  désirs  ;  de  même  les  Bs.  Ms.  actualisent 
des  corps  pour  procurer  amour  et  plaisir  aux  Êtres, 
hommes  ou  femmes,  que  les  trois  Passions  tour- 
mentent à  l'excès  :  ils  calment  ainsi  leurs  désirs 
et  les  amènent  à  la  méditation  apaisée  et  à  la 
conversion.  [Cf.  dans  la  médecine — Susruta,  Kal- 
pasthâna  1,  6 — et  dans  la  littérature — Kathâsaritsa- 
gara  xix,  82,  etc. — la  "fille  au  poison",  visakanyâ, 
dont  le  corps  imprégné  de  poison  fait  mourir  qui- 
conque le  touche,  Dr  F. — V.  aussi  dans  les  Mille  et 
une  Nuits  le  conte  du  médecin  grec  qui  guérit  un  roi 
de  Perse  par  le  contact  d'une  boule  faite  de  drogues.] 
— Parmi  les  Bs.  guérisseurs  que  distingue  le  culte  des 
fidèles,  le  principal  est  *Kannon  (Avalokitesvara)  ; 
c'est  lui  qui,  sous  le  nom  de  Lokesvara,  présidait  à 
Angkor  à  des  eaux  curatives,  et  qui  jouait  à  Ceylan 
le  rôle  de  patron  des  hôpitaux,  dévolu,  au  Cambodge, 
au  "Maître  des  médicaments",  le  B.  Bhaisajyaguru 
(BEFEO,  XXIII,  405).  Ce  dernier  (cf.  *Yakushi> 
semble  avoir  plus  ou  moins  supplanté  Kannon,  comme 
divinité  guérisseuse,  dans  le  monde  ch.  et  jap. ;  son 
attribut  est  une  boîte  à  médicaments  [la  fiole  de 
Kannon  ne  semble  point  avoir  la  même  destination, 
cf.  *Byô  ffi],  ou  encore — dans  la  tradition  tib. — 
une  branche  de  myrobolan  ;  et  avec  les  Bs.  qui  lui 
sont  associés,  notamment  Yakuô  !§§  3î  (Bhaisajya- 
râja)  et  Yakujô  ^f|  J^  (Bh°samudgata) — distributeurs, 
dans  une  existence  antérieure,  de  drogues  à  la  Com- 
munauté du  Moine  Nichizô  Q  jf£  (Candragarbha) — , 
il  est  par  définition  même  le  B.  médecin  :  au  Tibet 
et  en  Mongolie,  le  traité  de  médecine  le  plus  répandu 
est  un  quadruple  Tantra  (Rgyud  bïï)  prêché  par 
Bhaisajyaguru    (Filliozat,    J.    As.,    1934,    1,    304). 

Médecine  et  propagande  religieuse. — La  médecine 
étant  recommandée  dans  le  G.V.  comme  un  Moyen 
de  conversion,  nombreux  furent  les  propagandistes 
du  bouddhisme  qui,  ayant  en  vue  le  salut  spirituel 
des  incroyants,  se  présentèrent  à  l'étranger  comme 
des  guérisseurs  du  corps.  On  ne  citera  ici  que  quelques 
exemples  empruntés  à  l'histoire  du  bouddhisme  ch. 
et  jap. — Chine. — La  littérature  ind.  (Tt.  201  vu  ; 
td.  Huber,  Sûtrâlamkâra,  213  sqq.),  a  conservé  le 
souvenir  d'un  moine  de  Taksaéilâ  nommé  Ghosa, 
mandé  en  Chine  par  un  prince  aveugle  qui  avait 
entendu  parler  de  lui  par  des  marchands  venus  de 
Taksasilâ  ;  ce  moine  rend  la  vue  au  prince  ch.  en 
lui  lavant  les  yeux  avec  les  larmes  versées  par  les 
auditeurs  de  sa  prédication  sur  ce  médicament  qu'est 


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la  Loi  des  douze  Données-causales. — Déjà  le  Parthe 
Anseikô  (Ngan  Che  kao)  ^ifttfn.  premier  en  date 
des  traducteurs  de  textes  bouddhiques  en  en.  (2e  moi- 
tié du  11e  s.  p.  C),  passe  pour  avoir  connu  la  science 
médicale  Ttt.  2059  1  (323  a)  [sur  ses  td.  de  textes 
médicaux,  inf.  p.  253  sq.]. — L'hagiographie  ch.,  ib. 
ix  (388)  [ouvrage  de  519  A.D.],  rapporte  qu'un  siècle 
et  demi  plus  tard,  vers  l'an  300  A.D.,  on  vit  arriver 
à  Rakuyô  (Lo  yang),  venu  par  le  Cambodge,  le 
Tonkin  et  Canton,  un  personnage  semi-divin  qui 
portait  le  nom  même  de  Jîvaka  et  fit  en  Chine,  avant 
de  s'en  retourner  vers  l'Occident  par  les  Sables  mou- 
vants, de  nombreuses  cures  miraculeuses  ;  p.  ex.  il 
guérit  à  la  capitale  un  fonctionnaire  dont  les  jambes 
étaient  tordues  et  paralysées,  en  l'aspergeant  d'eau 
pure  avec  une  branche  de  saule  et  en  récitant  des 
Charmes. — Vers  la  même  époque  (310-349  A.D.), 
le  Koutchéen  Buttochô  (Fo  t'ou  teng)  ffc  |§]  ^  se 
rendit  célèbre  à  Rakuyô  (Lo  yang)  tant  comme 
médecin  que  comme  thaumaturge  ;  il  combattit  vic- 
torieusement une  épidémie,  et  émit  au  sujet  d'une 
maladie  du  prince  héritier  de  la  maison  impériale 
de  Chô  (Tchao)  jjjjï  un  pronostic  qui  s'avéra  plus  juste 
que  ceux  de  tous  les  autres  médecins  ch.  et  étrangers 
Ttt.  2059  ix  (383  c-384  c)  [sur  ce  personnage,  cf. 
Pelliot,  T.P.  1912,  419-422].  Un  de  ses  disciples, 
l'Hindou  Jikubucchô  (Tchou  Fo  t'iao)  ^.fjfcfl^,  pra- 
tiquait également  la  médecine  ;  on  lui  amenait  des 
femmes  malades,  ib.  (387  c). — Au  ive  s.  un  religieux 
probablement  ch.,  Uhôkai  (Yu  Fa  k'ai)  -T-fè^. 
passait  pour  être  versé  dans  la  médecine  ;  il  avait 
pris  pour  patron  Jîvaka,  mais  c'est  par  des  procédés 
ch.,  acupuncture  et  examen  du  pouls,  qu'il  effectuait 
ses  cures.  En  361,  l'empereur  Bokutai  (Mou  ti)  i^|  fô, 
des  Shin  (Tsin)  îf-,  l'appela  en  consultation  :  il  dia- 
gnostiqua une  maladie  désespérée,  et  refusa  désor- 
mais de  traiter  le  souverain  [abandon  des  incurables, 
sup.  232  a]  ;  sa  compétence  était  si  appréciée  que 
l'impératrice  voulut  le  faire  arrêter  pour  ce  refus. 
Quelqu'un  lui  demanda  une  fois  pourquoi  il  s'oc- 
cupait de  médecine  ;  il  répondit  en  termes  signifi- 
catifs :  "A  cultiver  les  six  Perfections  pour  lutter 
contre  les  maladies  dues  aux  quatre  Mâra  [traite- 
ment religieux  des  maladies  mentales],  à  donner 
des  soins  aux  neuf  pouls  pour  soigner  les  affections 
du  Vent  et  du  Froid  [maladies  physiques],  il  y  a 
profit  pour  soi-même  et  profit  pour  autrui  ; — pour- 
quoi donc  ne  serait-ce  pas  permis  ?"  Après  sa  mort, 
un  lettré  célèbre  déclara  qu'il  avait  "propagé  la 
religion  par  ses  talents  techniques" ,  c.-à-d.  par  l'exer- 
cice de  la  médecine  Ttt.  1059  iv  (350  a-b). — La  chro- 
nique bouddhique  Ttt.  2035  XL  (373  c)  relève  encore, 


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en  l'an  720,  les  guérisons  obtenues  à  Chôan  (Tch'ang 
ngan),  lors  d'une  épidémie,  par  un  "roi  des  méde- 
cins" kashgarien,  "I  (Wei)  le  vieux  maître"  jft^  &1Î, 
qu'on  tenait  pour  une  incarnation  du  Bs.  Bhaisa- 
jyarâja. — Une  encyclopédie,  Ttt.  2122  xcv  (978  c- 
989  c),  signale  une  quinzaine  de  cures  effectuées  en 
Chine,  des  Tsin  au  T'ang,  par  des  bouddhistes  ou 
par  des  procédés  bouddhiques. — Au  Japon,  c'est  de 
Corée  que  vinrent  tout  d'abord  des  médecins,  avec 
les  premiers  éléments  de  la  civilisation  continentale. 
La  médecine  ch.  s'introduisit  directement  vers  la 
fin  du  VIe  s.  ;  à  cette  époque  le  prince  Shôtoku  est 
censé  avoir  fondé  à  ôsaka  des  institutions  d'assis- 
tance médicale  dont  il  sera  question  ci-dessous.  Il 
est  fort  douteux  que  ces  institutions  remontent  à 
une  date  si  ancienne  ;  on  ne  saurait  néanmoins  trop 
insister  sur  la  conception  en  quelque  sorte  médicale 
que  se  formèrent  du  bouddhisme,  lors  de  son  intro- 
duction, les  Japonais  de  la  cour  comme  du  peuple  : 
c'est  essentiellement  en  raison  de  ses  éléments  thé- 
rapeutiques que  cette  religion  fut  agréée  au  Japon. 
La  construction,  en  607,  du  fameux  Hôryûji  ffc  |S|r  ^p 
près  de  Nara,  avait  pour  cause  première  un  Vœu 
que  l'empereur  Yômei  ^  W  avait  formé  en  586  : 
étant  alors  gravement  malade,  il  s'était  engagé,  s'il 
guérissait,  à  fonder  un  temple  pour  y  vénérer  une 
statue  du  B.  Bhaisajyaguru  ;  c'est  à  ce  Vœu  que  sa 
sœur  et  son  fils,  l'impératrice  Suiko  et  le  jeune  Shô- 
toku, donnèrent  suite  en  607,  comme  l'atteste  l'ins- 
cription gravée  à  cette  date  sur  l'auréole  du  célèbre 
Bhaisajyaguru  en  bronze  doré  du  Hôryûji  (cf. 
*Yakushi  ;  texte  de  l'inscription  ap.  Dainihonkinse- 
kishi  ^cH^^^j|(i,  I,  20).  Cette  statue  occupa 
tout  d'abord  la  place  centrale  dans  le  sanctuaire 
principal  du  Hôryûji  ;  plus  tard  on  y  substitua  une 
statue  du  B.  Sâkya,  flanquée  de  deux  Bs.  que  la 
tradition  identifie,  survivance  caractéristique,  avec  les 
Bs.  médicaux  Bhaisajyarâja  et  Bhaisajyasamudgata. 
Cette  dernière  triade  avait  été  fondue,  en  623,  elle 
aussi  en  vue  de  rétablir  la  santé  du  prince  Shôtoku  et 
de  son  épouse  (cf.  Maitre,  Une  inscription  japonaise 
de  l'an  623,  dans  Études  Asiatiques,  vol.  II).  Ainsi 
ce  sont  des  Vœux  de  guérison  corporelle  qu'on  trouve 
à  l'origine  de  l'art  et  de  l'épigraphie  bouddhiques  du 
Japon.  Le  grand  sanctuaire  consacré  à  Bhaisajyaguru, 
le  Yakushiji  ?$§  j^^F,  proche  du  Hôryûji,  remonte 
également  à  un  Vœu  formé  par  l'empereur  Temmu 
lors  d'une  maladie  de  son  épouse  en  680  (Nihongi 
xi v,  td.  Aston,  348).  En  720,  l'impératrice  Genshô 
fait  réciter  le  Sûtra  de  Bhaisajyaguru  dans  48  temples 
pour  sauver  la  vie  d'un  de  ses  ministres,  et  en  745 
l'empereur  Shômu,  malade  lui-même,  commande  de 


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fondre  des  statues  du  B.  guérisseur,  de  réciter  et  de 
copier  son  sûtra  (Shokunihongi,  vm,  xvi,  s.  a.).  Les 
textes  les  plus  répandus  à  cette  époque  étaient  les  sûtra 
de  Bhaisajyaguru  et  de  Vimalakîrti,  et  c'était  prin- 
cipalement en  vue  de  la  guérison  ou  de  la  prévention 
des  maladies  qu'on  les  lisait  et  qu'on  les  copiait  (cf. 
l'essai  du  Prof.  Matsumoto  :  Le  Bouddhisme  de  l'ère 
Tempyô,  dans  Bukkyôshiron  #fc|£$îltn,  Kyoto, 
1929,  p.  316  sq.).  La  récitation  du  chapitre  sur  la 
maladie  du  Vimalakîrtinirdesa  était  même  devenue, 
au  Kôfukuji  de  Nara,  un  rite  annuel  qui  fut  observé 
jusqu'au  xixe  s.  ;  cette  coutume  remontait  à  la  gué- 
rison d'un  ministre  de  l'impératrice  Saimei  fâ  BJj,  au 
chevet  duquel  une  nonne  coréenne  avait  lu  ce  cha- 
pitre, en  656  (De  Visser,  Ancient  Buddhism  in  Japan, 
Paris,  1928,  I,  9-10). — A  côté  de  ces  pratiques  cura- 
tives  d'ordre  religieux,  le  clergé  bouddhique  exerçait 
aussi  au  Japon  la  médecine  proprement  dite.  En  754 
arriva  à  Nara  le  religieux  ch.  Kanshin  (Kien  tchen) 
fSLJÊÇ,  apportant  de  Chine  plus  de  mille  livres  de 
parfums  et  de  médicaments  (Takakusu,  BEFEO, 
XXVIII,  450)  ;  il  était  versé  en  pharmacologie,  et 
traita  avec  succès  une  maladie  de  l'impératrice 
Kômyô  (ib.  36).  Le  renom  de  ce  moine  guérisseur, 
lui-même  frappé  de  cécité,  et  qui  reconnaissait  les 
drogues  à  leur  odeur,  reste  grand  au  Japon. — C'est 
de  son  temps  que  l'empereur  Shômu,  atteint  d'une 
maladie  mortelle,  fit  chercher  dans  une  province 
éloignée  un  moine  réputé  pour  ses  talents  de  garde- 
malade  ;  ce  moine  le  soigna  si  bien  que  le  souverain 
ne  voulut  faire  appel  à  aucun  autre  médecin.  Il  était 
secondé  par  126  autres  moines  gardes-malades  ;  pour 
les  récompenser  après  la  mort  de  Shômu,  on  exempta 
leurs  familles  de  tous  impôts  et  corvées  (Shokuni- 
hongi xix,  décret  du  24e  jour  de  la  5e  lune  de  la 
8e  année  Tempyôshôhô,  756  A.  D.).  L'influence  de 
la  Chine  est  ici  manifeste  :  Sous  Gensô  (Hiuan  tsong) 
des  Tô  (T'ang)  (712-755),  un  prince  impérial  était 
tombé  malade  ;  les  médecins  de  la  cour  tentèrent 
en  vain  de  le  guérir,  seul  un  moine  bouddhiste  y 
réussit  ;  il  reçut  en  récompense  une  robe  rouge  et  une 
"pochette  à  poissons",  distinctions  honorifiques  fort 
élevées  Ttt.  2126  m  (248  c). 

Œuvres  d'assistance  médicale  (hôpitaux,  etc.). — 
Hôpitaux  monastiques. — Conformément  à  l'esprit  du 
P.V.,  les  anciens  codes  de  Discipline  ne  prévoient  dans 
les  monastères  aucune  institution  de  bienfaisance  des- 
tinée aux  malades  laïcs.  Pour  le  clergé  lui-même,  en 
dehors  de  magasins  à  drogues  [p.  kappiyabhûmi, 
Mahâvagga  vi,  34,  5;  Gijô  (Yi  tsing)  les  mentionne 
sous  le  nom  de  jôko  ffifâL,  Ttt.  2125  iv  230  c  (Taka- 
kusu, Record,  192)],  aucune  installation  spéciale  ne 


semble  avoir  été  prévue  pour  les  moines  malades.  On 
les  soignait  dans  des  cellules  ordinaires,  comme  il 
ressort  de  la  plupart  des  textes  de  Vinaya  cités  plus 
haut  ;  seul  le  Vinaya  de  l'école  Mûlasarvâstivâda  men- 
tionne une  salle  spéciale  pour  les  moines  malades  (sup. 
212  a).  Il  est  question  dans  les  Nikâya  p.  de  gilânasâlâ 
"salles  de  malades" ,  où  le  B.  rend  visite  à  des  Moines 
[cf.  Dict.  P.T.S.  :  Ang°  III,  142,  mq.  en  ch.  ;  Sam0  IV, 
2io=T.  99  xxx vu  (268  b)]  ;  les  traducteurs  ch.  ont 
si  mal  compris  ce  terme  qu'ils  n'ont  même  pas  traduit 
le  mot  gilâna  (sk.  glana)  :  ils  en  donnent  une  mau- 
vaise te.   (garirei  'ftnltë^fc).   et  quant  au  mot  sâlâ, 
ils  le  rendent  par  kôdô  m^*  "salle  de  prédication"  ! 
[T.  99  loc.  cit.] — La  "Monographie  illustrée  du  Jeta- 
vana-vihâra  de  Srâvastî"  Ttt.  1899  11,  ouvrage  écrit 
par  Dôsen  (Tao  siuan)  en  667,  rapporte   (893  b-c) 
que  dans  ce  monastère  se  trouvait  une  salle  conte- 
nant une  collection  de  toutes  les  recettes  médicales 
de  l'univers   (ihô  fâf^i),  avec  une  sonnette  mira- 
culeuse, œuvre  de  Jîvaka,  dont  le  son  guérissait  les 
Moines  qui  l'entendaient,  à  partir  du  troisième  Fruit 
de  sainteté.   Il  y  aurait  eu  aussi  au  Jetavana  (ib. 
894  a-b)  un  édifice  commémorant  les  maladies  du  B. 
et  les  soins  qui  lui  furent  donnés  par  Jîvaka  et  par 
Ânanda,  un  magasin  à  drogues,  à  l'usage  des  malades 
tant  profanes  que  moines,  et  un  local  où  ils  étaient 
logés.  Mais  le  témoignage  de  cette  Monographie  est 
sans  valeur  ;  c'est  en  avril  667,  quelques  mois  avant 
sa  mort,  que  ce  texte  fut  rédigé  par  Dôsen   (Tao 
siuan),  en  partie  d'après  des  documents  ch.   anté- 
rieurs, mais  surtout,  comme  il  l'avoue  lui-même  en 
s'en  targuant  (cf.  ib.  883  a,  895  b-c;  aussi  Ttt.  2061 
xiv,  791  a),  d'après  les  révélations  miraculeuses  qu'il 
avait  reçues  d'une  divinité.  Il  est  probable  que  cet 
ouvrage  était  destiné,   pour  une  part  du  moins,  à 
justifier  les  innovations  que  l'auteur  s'était  permises 
en  construisant  au  début  de  la  même  année,  dans  la 
banlieue  de  Chôan  (Tch'ang  ngan),  la  fameuse  estrade 
d'ordination  (kaidan  ^ij)  à  laquelle  il  avait  déjà 
consacré  un  autre  livre  Ttt.  1892  ;  du  reste,  toutes 
les  dernières  œuvres  de  cet  auteur  dénotent  un  spi- 
ritisme morbide  (cf.  Péri,  BEFEO,  XVI,  m,  45  sqq.). 
Quoi   qu'il   en   soit,   la   Monographie   du   Jetavana- 
vihâra — monastère  dont  Dôsen  (Tao  siuan)  fait  du 
reste  un  établissement  du  G.V. — ne  semble  appor- 
ter d'informations  dignes  de  foi  ni  sur  les  monastères 
de  l'Inde,   ni  même  sur  ceux  de  la  Chine  à  cette 
époque  ;    comme   le    suggère    Gijô    (Yi    tsing)    dans 
Ttt.    2066   1    (Chavannes,    Religieux   éminents,    91), 
les  "modèles"  dont  prétendait  s'être  inspiré  l'auteur 
devaient  être  pure  fantaisie. — Dans  son  cm.  [rédigé 
626-630  A.D.]  du  Dharmaguptaka- Vinaya,  Ttt.  1804 


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III  D  (144  a),  le  même  Dôsen  (Tao  siuan),  se  réfé- 
rant à  "la  tradition  originale  du  Madhyadesa"  [?]  (Chû- 
koku  honden  4"  PS^^Ê).  signale  encore,  comme  se 
trouvant  à  l'angle  Nord-Ouest  du  Jetavana,  "à  l'en- 
droit où  la  lumière  disparaît  " ,  un  local  dit  Cour  de 
l' Impermanence  (Mujôin  $&$T|£u),  où  l'on  transpor- 
tait les  malades  moribonds  afin  de  les  soustraire 
aux  pensées  d'attachement  à  la  vie  que  pouvait 
provoquer  en  eux  la  vue,  dans  leur  propre  cellule, 
de  leurs  vêtements,  de  leurs  Bols  et  autres  propriétés 
personnelles.  Il  y  avait  dans  cette  salle  une  statue 
dorée,  debout,  tournée  vers  l'ouest,  dont  la  main 
droite  était  levée  et  dont  la  gauche  tenait  une  Ban- 
nière de  soie  de  cinq  couleurs  traînant  jusqu'au  sol. 
On  plaçait  le  Moine  moribond  derrière  cette  statue 
et  on  lui  faisait  tenir  dans  la  main  gauche  l'extré- 
mité de  la  Bannière  :  le  B.  [*Amida]  représenté  par 
la  statue  était  censé  l'emmener  en  Terre- pure  ;  et 
durant  l'agonie,  le  garde-malade  brûlait  de  l'encens, 
répandait  des  fleurs,  et  récitait  des  textes  appropriés 
[une  encyclopédie,  Ttt.  2122  xcv  (987  a),  cite  tout 
ce  passage  en  l'attribuant,  par  erreur  sans  doute, 
au  Gionjizu  ftf.  ^  ^f  [U  --=Ttt.  1899].  Aucune  insti- 
tution de  ce  genre  n'est  mentionnée  dans  les  Vinaya 
du  P.V.  ;  mais  comme  il  s'agit  d'un  usage  nettement 
mahâyâniste,  il  est  possible  que  ces  locaux  mor- 
tuaires aient  réellement  existé  dans  les  monastères 
de  l'Inde  appartenant  au  G.V.  (cf.  les  faits  indiens 
s.v.  *Ban,  "Bannière").  Sans  doute  existèrent-ils 
aussi  en  Chine  ;  un  ouvrage  du  xie  s.,  Ttt.  2127  m 
(306  b),  se  référant  au  texte  précité  de  Dôsen  (Tao 
siuan),  ajoute  en  note  qu'au  XIe  s.  ces  salles  desti- 
nées aux  Moines  moribonds  recevaient  d'autres  noms  : 
Salle  du  Nirvana,  Salle  de  la  prolongation  de  la 
vie,  etc.  Dans  les  monastères  ch.  modernes,  les  locaux 
réservés  aux  malades  sont  encore  appelés  Salles  du 
Nirvana,  et  lors  de  l'agonie  des  Moines  on  récite  le 
Sûtra  de  l'Impermanence  T.  801  (cf.  De  Groot,  Code 
du  Mahâyâna  en  Chine,  131)  ;  au  Japon,  c'est  la 
seconde  désignation,  Salle  de  la  prolongation  de  la 
vie,  qui  s'est  perpétuée  dans  les  couvents  de  la  secte 
Zen  (En judo  JŒ  -^  '«£  ;  cf.  Suzuki,  The  Training  of 
the  Zen  Monk,  Kyoto,  1934,  p.  34). — Œuvres  desti- 
nées aux  laïcs. — Inde. — Que  l'Inde  mahâyâniste  ait 
créé  des  œuvres  d'assistance  ou  de  bienfaisance  pour 
les  malades  laïcs,  c'est  ce  dont  ne  permet  guère  de 
douter  l'esprit  de  charité  qui  anime  la  littérature 
du  G.V.  Mais  la  trad.  ind.,  avec  son  mépris  des  réa- 
lités concrètes,  ne  nous  a  guère  laissé  de  témoignage 
sur  l'activité  de  l'Église  du  G.V.  dans  ce  domaine. 
La  documentation  est  des  plus  décevantes. — L'Upâ- 
sakasîlasûtra  (cité  sup.  242  a)  recommande  aux  Bs. 


riches  la  fondation  de  cliniques  gratuites. — Un  jâtaka 
recueilli  dans  Ttt.  21 21  x  (54  a)  nous  montre  un 
roi  qui  gouvernait  son  peuple  avec  Bonté  et  faisait 
soigner,  au  cours  de  ses  tournées  mensuelles  d'ins- 
pection, les  malades  pauvres  ou  veufs,  leur  dis- 
tribuant drogues  et  bouillies  ;  lorsqu'il  partait  en 
chasse,  il  se  faisait  suivre  de  chars  portant  des  vête- 
ments et  des  médicaments.  —  L'épigraphie  nous 
apprend  que  l'empereur  Asoka  faisait  soigner  (médi- 
calement?), dans  tout  son  empire  ainsi  que  chez  les 
peuples  des  frontières,  les  hommes  et  les  animaux 
(2e  édit  sur  roc,  Senart,  I,  73-74)  :  "Par  le  roi  Piya- 
dasi,  cher  aux  Dieux,  fut  faite  de  la  médecine  de 
deux  sortes,  médecine  pour  les  hommes  et  médecine 
pour  les  animaux"  (dve  cikîchâ  katâ  manusacikîchâ 
ca  pasucikîchâ  ca).  Senart  interprète  le  terme  cikîchâ 
(sk.  cikitsâ  "médecine")  [terme  qui  du  reste  pourrait 
signifier  ici  simplement  "le  fait  de  penser  (avec  sol- 
licitude), de  prendre  soin"  :  cf.  p.  cikicchati  "il 
pense  à"  en  face  de  tikicchati  "il  soigne  médicale- 
ment" ;  la  racine  est  cit°  "penser" — Dr  F.]  au  sens 
de  distribution  de  médicaments  :  "Il  répandit  des 
remèdes  de  deux  sortes..."  Cette  interprétation 
semble  corroborée  par  la  tradition  singhalaise  ;  la 
Samantapâsâdikâ  Tt.  1462  11  (682  a)  [cf.  texte  p.  éd. 
Oldenberg,  Vin0  Pit°,  III,  306]  rapporte  en  effet  l'épi- 
sode suivant  [qui  se  retrouve  aussi  dans  le  Dîpavarhsa 
et  le  Mahâvarhsa  (Geiger,  Dîp°  und  Mah°,  p.  126)]  : 
Le  Moine  Kuntiputta-Tissa  ($0  ^£  "~F"rfY  211).  grave- 
ment malade,  mendie  des  médicaments,  mais  n'ob- 
tient qu'une  pincée  de  ghî  ;  après  sa  mort,  Asoka 
élève  aux  quatre  portes  de  sa  ville  des  dépôts  de 
médicaments  pour  les  Moines  (yakuzô  ^j|  jf&  ;  p. 
pokkharanî  "étang  de  lotus"  =ici  entrepôt  creusé 
dans  le  sol  [?])  ;  l'approvisionnement  en  médicaments 
est  assuré  chaque  jour  par  10.000  pièces  de  monnaie 
prises  sur  le  revenu  quotidien  de  20  millions  de  pièces 
que  rapportaient  au  roi  les  4.000  hôtelleries  (kyakudô 
iÊf  *?*•  P-  sabhâ)  situées  auprès  des  quatre  portes  de 
Pâtaliputra. — A  Ceylan  même,  où  le  G.V.  coexista 
pendant  longtemps  avec  le  P.V.,  la  chronique  locale 
mentionne  à  plusieurs  reprises  des  fondations  royales 
en  faveur  des  malades.  Le  roi  Buddhadâsa,  dont  le 
nom  semble  mahâyâniste  (cf.  Kern,  Hist.  du  B.,  td. 
fr.  II,  416,  n.  1)  et  qui  régna  au  milieu  du  IVe  s., 
créa  des  fonctions  rétribuées  de  médecins  et  de  vété- 
rinaires, et  construisit  des  asiles  ;  on  lui  attribue 
même  un  ouvrage  médical  (Jolly,  Medicin,  §  14). 
[Dans  l'Inde  brahmanique,  il  existe  un  exemple  d'hô- 
pital à  Tirumukkûdal  (district  de  Chingleput),  sur 
l'entretien  duquel  nous  sommes  renseignés  par  une 
inscription  tamoule  du  XIe  siècle  p.  C.  ;  cf.  K.V.  Subrah- 


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manya  Ayyar,  The  Tirumukkudal  inscription  of 
Virarajendra,  Epigraphia  Indica,  XXI,  janv.  1932, 
p.  220  à  250. — Dr  F.] —  Au  Cambodge,  une  stèle  de 
Sày-fông  (sur  le  moyen  Mékhong),  dont  on  connaît 
plusieurs  répliques,  nous  renseigne  avec  précision 
sur  l'organisation  d'un  hôpital  royal  fondé  en  1186 
p.  C.  (Finot,  BEFEO,  III,  18-33)  ;  à  cette  date  il 
n'existait  pas  moins  de  102  établissements  de  ce 
genre  dans  le  royaume  khmèr  (Cœdès,  ib.  VI,  48). 
Ils  étaient  placés  sous  l'invocation  du  B.  Bhaisajya- 
guru,  et  s'inspiraient  du  pur  G.V.  Ces  "maisons  de 
santé"  (sk.  ârogyasâlâ)  étaient  ouvertes  aux  quatre 
castes  ;  le  personnel  logé  comprenait,  à  Sày-fông, 
2  médecins,  22  gardiens  et  infirmiers,  etc.  (cf.  ib. 
XV,  il,  110),  en  tout  plus  de  30  employés,  que 
secondaient  66  employés  non  logés,  sans  compter 
des  officiants  religieux.  Les  malades  étaient  nourris 
gratuitement  et  on  leur  distribuait  en  outre,  trois 
fois  par  an,  des  vêtements,  denrées  et  médicaments 
que  l'inscription  de  Sày-fông  énumère  en  détail 
(cf.  P.  Cordier,  ib.  III,  466).  Une  autre  inscription 
de  même  date,  au  Tà-prohm  près  d'Angkor,  fixe  le 
budget  annuel  de  l'ensemble  de  ces  hôpitaux  (Cœdès, 
ib.  VI,  80-81)  :  117.200  mesures  de  riz  pour  les 
malades,  1.600  vêtements,  etc. — Chine. — Il  semble 
qu'il  ait  existé  dans  la  Chine  prébouddhique  certaines 
institutions  d'assistance  aux  malades  analogues  à 
celles  de  notre  antiquité  païenne.  A  en  croire  le  Tcheou 
li  |g|  jjj§,  code  plus  ou  moins  utopique  de  l'administra- 
tion et  des  rites  antiques,  les  différents  médecins  spé- 
cialisés qui  se  trouvaient  sous  le  contrôle  du  Maître  des 
médecins  (HÊifi)  devaient  s'occuper,  non  seulement 
de  la  cour  et  du  personnel  administratif,  mais  de  tout 
l'ensemble  des  gens  du  peuple  (l'interprétation  de 
Biot,  Le  Tcheou-li,  I,  92  et  95,  est  fondée  sur  les  cm. 
des  T'ang  et  semble  abusive). — Le  Lu  che  tch'ouen 
ts'ieou  S  fc^?$C  (IX,  11)  nous  montre  un  roi  de 
l'antiquité  se  faisant  suivre,  lorsqu'il  sortait,  d'un 
char  portant  de  la  nourriture  qu'il  distribuait  aux 
malades  indigents  ;  mais  bien  loin  d'être  mû  par  la 
charité  comme  le  roi  ind.  du  jâtaka  cité  ci-dessus, 
ce  roi  ch.  ne  visait  qu'à  gagner  ainsi  la  faveur  du 
peuple  afin  de  l'entraîner  à  la  guerre. — Le  Kouan 
tseu  ^-^  prévoit  (section  LIV,  chap.  xvin),  dans 
la  capitale  des  états  féodaux,  une  administration 
chargée  de  soigner,  d'hospitaliser  et  de  nourrir  jus- 
qu'à guérison  les  indigents  atteints  d'infirmités  chro- 
niques :  surdité,  cécité,  mutité,  claudication,  hémi- 
plégie, etc.  ;  d'autres  fonctionnaires,  sorte  d'infir- 
miers visiteurs,  devaient  faire  des  tournées  pour 
s'informer  des  malades  de  tout  âge.  Mais  le  Kouan 
tseu  actuel,  ouvrage  de  caractère  purement  utopique, 


est  en  grande  partie  apocryphe  et  peut-être  ce  passage 
est -il  une  addition  tardive  due  à  l'influence  du  boud- 
dhisme.—C'est  sous  la  dynastie  barbare  des  Wei  du 
Nord,  convertie  à  la  religion  nouvelle,  que  l'on 
voit  apparaître  en  Chine  de  véritables  œuvres  d'as- 
sistance publique.  L'initiateur  des  célèbres  sanctuaires 
rupestres  de  Yun  kang,  T'an  yao  §  Hff ,  nommé  admi- 
nistrateur du  clergé  (£j?  P*J  $j£)  vers  460,  constitua 
des  réserves  de  céréales  provenant  de  donations 
faites  à  l'Eglise  bouddhique  par  les  familles  croyantes, 
et  qui  devaient  être  distribuées  au  peuple  en  cas  de 
famine  ;  c'est  ce  qu'on  appelait  le  "grain  du  Sangha" 
(Wei  chou  cxiv,  td.  BEFEO,  XXV,  451,  n.  2  ;  cf. 
aussi  Ware,  T'oung  Pao,  1933,  p.  147).  Peut-être 
faut-il  voir  dans  cette  institution  bouddhique  l'ori- 
gine lointaine  de  ces  greniers  de  bienfaisance  (^  fè) , 
établis  par  les  Souei  en  585  et  maintenus  plus  tard 
sous  les  T'ang,  où  l'on  amassait,  en  prévision  des 
famines,  des  réserves  de  grains  constituées  par  des 
contributions  (ou  prestations! . . .)  des  gens  du  peuple 
(Souei  chou,  xxiv,  6  b-7  a,  xlvi,  3  a-b  ;  cf.  Balâzs 
dans  Mitt.  Sem.  Or.  Spr.,  1932,  p.  67). — A  l'époque 
des  T'ang  s'organise,  sous  les  auspices  du  boud- 
dhisme alors  florissant,  l'assistance  médicale  aux 
malades  indigents.  L'impératrice  Wou  jt£jj3\  aussi 
fameuse  par  les  excès  de  sa  vie  politique  et  privée  que 
par  sa  ferveur  bouddhique,  créa  entre  les  années  701 
et  705  un  commissariat  laïc  chargé  d'administrer  au 
nom  de  l'Etat  les  hôpitaux  (${  ï}j)  qui  se  trouvaient 
alors  annexés  aux  monastères  bouddhiques  et  dont 
le  budget  était  assuré  par  le  produit  de  terres  spé- 
ciales, appartenant  au  clergé,  qu'on  appelait  des 
Champs  de  Compassion  (pei  t'ien  ^  g]  ;  dans  ce 
terme  auquel  était  réservé  une  longue  fortune  dans 
tout  l'Extrême-Orient  jusqu'aux  temps  modernes, 
il  doit  y  avoir  un  jeu  de  mots  sur  t'ien  03  "champ, 
rizière",  qui  peut  aussi  s'entendre  comme  un  équi- 
valent du  sk.  ksetra,  "Terrain  [de  Félicité]").  En  717, 
un  ministre  confucianiste,  Song  King  5fê  if ,  scan- 
dalisé d'un  tel  patronage  accordé  par  l'Etat  à  des 
établissements  bouddhiques,  conjura  l'empereur  Hiuan 
tsong  ^  ^  de  supprimer  ce  commissariat  ;  il  rap- 
pelait à  ce  propos  qu'autrefois  Confucius  avait 
condamné  son  disciple  Tseu  lou  -f-ïfr  qui  voulait 
donner  sa  fortune  pour  nourrir  les  pauvres  du  pays 
de  Wei  fâ  (T'ang  houei  yao  ^#^,  xux,  9  a). 
Mais  Hiuan  tsong  n'écouta  point  cette  remontrance  ; 
il  décréta  même,  en  744,  que  les  mendiants  de  la 
capitale  seraient  hospitalisés  aux  frais  de  l'Etat  dans 
les  hôpitaux  bouddhiques  (ib.  et  Ts'eu  tch'e  t'ong 
kien  ïifjfîiÉiSi.  ccxiv).  En  750-753  le  moine  ch. 
Kien  tchen   (Kanshin,  cf.   sup.  245  a),  avant  de  se 


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rendre  au  Japon,  avait  géré  à  Yang  tcheou  ^j\\, 
sur  le  bas  Fleuve  Bleu,  un  Champ  de  Compassion 
.  pour  les  malades,  ainsi  qu'un  de  ces  Champs  cultuels 
(king  t'ien  ijfcJH)  dont  le  produit  était  affecté  au 
culte  ou  à  l'entretien  des  Trois  Joyaux  :  B.,  Loi, 
Communauté  (BEFEO,  XXVIII,  471).— Lors  de  la 
grande  proscription  du  bouddhisme  en  845,  le  clergé 
fut  sécularisé  et  tous  ses  biens  furent  confisqués  ;  le 
ministre  Li  Tô  vu  ^|fifè,  qui  avait  dirigé  la  pros- 
cription, mais  reconnaissait,  en  adversaire  éclairé, 
les  bons  points  du  bouddhisme,  proposa  que  l'État 
reprît  à  son  compte  les  hôpitaux  des  Champs  de 
Compassion  ;  mais  comme  ce  nom  sentait  trop  le 
bouddhisme,  on  les  appellerait  désormais  des  "hôpi- 
taux" tout  court  fêfà  ifi).  Li  Tô  yu  fit  choisir,  dans 
les  deux  capitales,  chacune  des  grandes  préfec- 
tures et  des  bourgades  importantes,  parmi  les  subal- 
ternes de  l'administration  et  les  vieillards,  un  per- 
sonnage de  moralité  reconnue  pour  s'occuper  de 
chacun  de  ces  hôpitaux  à  la  place  des  moines  sécula- 
risés. Il  affecta  à  leur  entretien  le  produit  de  champ, 
confisqués  à  l'Église,  augmenté  en  certain  cas  d'une 
subvention  pécuniaire  de  l'État  (T'ang  houei  yaos 
loc.  cit.  ;  cf.  De  Groot,  Sectarianism  and  Religious 
Persécution  in  China,  p.  69).  Les  hôpitaux  purent 
ainsi  traverser  la  crise  de  845,  et  furent  repris  par 
le  clergé  après  la  restauration  du  bouddhisme  au 
cours  des  années  suivantes.  En  867,  l'empereur 
Yi  tsong  §£f^,  relevant  d'une  maladie  grave,  "pensa 
aux  malades  indigents  pour  être  leur  père  et  leur 
mère"v  ;  il  fit  remettre  deux  pièces  de  soie  à  tout 
malade  âgé  de  plus  de  70  ans,  qu'il  fût  laïc  ou  reli- 
gieux, et  distribuer  du  riz  aux  hôpitaux  des  préfec- 
tures et  des  sous-préfectures.  Il  chargea  en  outre  les 
autorités  locales  de  choisir,  pour  diriger  les  hôpitaux, 
des  moines  bouddhistes  compétents  qui  seraient 
changés  tous  les  trois  ans  ;  l'équivalent  en  monnaie 
des  présents  que  l'empereur  recevrait  à  l'occasion 
de  sa  guérison  serait  réparti  entre  ces  hôpitaux,  qui 
s'en  serviraient  pour  distribuer  aux  indigents  du  riz 
et  des  médicaments  en  cas  d'épidémies  (T'ang  ta 
tchao  ling  tsi  fêX'%n^%>  x-  *3  b).— Japon.— Les 
établissements  d'assistance  charitable,  sorte  de  Basi- 
liade  bouddhique,  qui  passent  pour  avoir  été  fondés 
vers  l'an  593  p.  C.  par  le  prince  impérial  Shôtoku  Taishi 
MiûJ£-^~>  au  Shitennôji  PQ?^Ï.#  de  Naniwa 
|ïf£$C  (act.  Osaka),  sont  bien  connus  de  tous  les  his- 
toriens du  bouddhisme  ;  ce  qu'on  ne  semble  pas  avoir 
signalé  jusqu'ici,  c'est  que  ces  institutions,  comme 
toutes  celles  qui  renouvelèrent  alors  la  civilisation 
jap.,  étaient  imitées  de  la  Chine.  L'analogie  des 
termes  qui  les  désignent  au  Japon,  avec  ceux  qu'on 


a  relevés  ci-dessus  pour  la  Chine  des  T'ang,  ne  laissent 
aucun  doute  à  cet  égard.  Il  est  vrai  qu'à  la  date  où 
Shôtoku  est  censé  avoir  fondé  le  Shitennôji,  c'est  la 
dynastie  Souei  qui  régnait  en  Chine  (589-617),  et 
que  nous  n'avons  aucun  témoignage  sur  l'existence 
d'hôpitaux  bouddhiques  en  Chine  sous  cette  dynas- 
tie. Mais,  d'une  part,  il  n'y  aurait  nulle  invraisem- 
blance à  admettre  que  ces'  hôpitaux,  comme  tant 
d'autres  institutions  bouddhiques  des  T'ang,  aient 
remonté  aux  Souei  ;  et  surtout,  l'attribution  à  Shô- 
toku des  fondations  de  bienfaisance  du  Shitennôji 
paraît  des  plus  suspectes.  Les  biographies  de  ce 
prince,  encombrées  de  légendes,  n'ont  pas  encore 
été  soumises  à  une  critique  sérieuse.  Ce  n'est  pas 
l'existence  même  de  ces  établissements  qui  est  dou- 
teuse; c'est  la  date  que  leur  assigne  la  tradition.  Il 
n'en  est  pas  question  dans  l'histoire  officielle  ;  les 
premiers  documents  qui  les  mentionnent  sont  posté- 
rieurs de  plusieurs  siècles  à  Shôtoku  :  ce  sont  le 
Shôtokutaishidenryaku  5?  fjj§  -fc  -^  ^  |§  Dnbz.  exil 
(18  a-19  a),  ouvrage  qui  selon  Bskd.  v  (531)  ne  date 
que  de  917,  et  le  Shitennôjimishuinnengi  P9  ^  :E  -tF 
©  ^•F-n&ë!  Dnbz.  ex  vin  (58  a-b,  64  a),  qui  passe 
pour  avoir  été  rédigé  par  Shôtoku  lui-même  peu 
après  la  fondation  du  Shitennôji,  en  595,  mais  dont 
la  tradition  manuscrite  ne  remonte  pas  au  delà  de 
l'an  1004  [Bskd.  iv  (204)].^ — D'après  ces  textes — 
dont  le  premier  prétend  citer  le  second — ,  le  Shiten- 
nôji comprenait,  lors  de  sa  fondation — ou  de  son 
transfert  à  Naniwa  (ôsaka) — en  593,  les  quatre  éta- 
blissements suivants  :  (1)  Un  établissement  dit  du 
"champ  cultuel"  (Keidenin  $fc  H  P^),  sanctuaire 
central,  où  l'on  vénérait  une  statue  en  bronze  doré 
d'Avalokitesvara  sauveur  (Kuzekannon  $C  1fc  WL  "m  > 
cf.  *Kannon)  provenant  du  Pâik-tjyei  en  Corée 
(c'est  en  guise  de  prophétie  que  l'importation  de 
cette  statue  est  annoncée  pour  l'avenir  dans  le  pseudo- 
manuscrit de  Shôtoku)  ;  les  trois  autres  établis- 
sements se  trouvaient  hors  de  l'enceinte  de  ce  sanc- 
tuaire ;  c'étaient  :  (2)  Un  dispensaire  (Seyakuin  $£ 
^j||^),  où  l'on  cultivait  des  plantes  médicinales  et 
préparait  des  drogues  qui  étaient  distribuées  à  tous; 
(3)  Un  hôpital  (Ryôbyôin  fèfà  |S£)  :  tous  les  malades 
sans  ressources,  hommes  et  femmes,  y  étaient  hos- 
pitalisés, soignés  et  nourris  ;  les  Moines  malades  s'y 
soignaient  mutuellement  jusqu'à  guérison  ;  (4)  Un 
asile,  appelé  Établissement  du  "Champ  de  Compas- 
sion" (Hidenin  ^  03  fôi£)»  ou  étaient  logés  et  nourris 
de  jour  en  jour  les  indigents,  orphelins,  solitaires  et 
isolés;  lorsqu'ils  étaient  en  bonne  santé  on  pouvait 
les  charger  de  travaux  variés  dans  les  quatre  éta- 
blissements.  L'entretien  de  ces  établissements  était 


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249 


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assuré  par  un  revenu  de  6.000  bottes  de  riz  de  l'Etat, 
fourni  par  les  provinces  de  Settsu  $j|  fât  et  de  Kawa- 
chi  f6f  fà  (voisines  d'Osaka). — Si  la  date  de  ces  fon- 
dations du  Shitennôji  est  loin  d'être  certaine,  l'exis- 
tence d'établissements  analogues  est  bien  attestée 
pour  l'époque  de  Nara  (710-784  A.D.  ;  apogée  des 
T'ang  en  Chine).  La  chronique  bouddhique  (Gen- 
kôshakusho  TC^fÇ^jf  xxii,  ap.  Dnbz.  ci,  398  a; 
autres  sources  Bdnp.  258)  mentionne  sous  le  règne 
de  l'impératrice  Genshô  7CJE,  en  724,  la  fondation 
d'un  dispensaire  (Seyakuin)  et  d'un  asile  de  "Chamd 
de  Compassion"   (Hidenin)  au  Kôfukuji 


p  de 

Nara.  En  730,  vers  le  temps  où,  en  Chine,  l'empereur 
Hiuan  tsong  confirmait  aux  hôpitaux  bouddhiques 
la  protection  de  l'État,  nous  voyons  au  Japon  l'im- 
pératrice Kômyô  itW,  épouse  de  Shômu  ££t, 
fonder  un  dispensaire  (Seyakuin)  qui  relevait  admi- 
nistrativement  de  sa  maison,  et  dont  l'approvision- 
nement en  drogues  était  assuré  par  des  achats  effec- 
tués chaque  année,  dans  les  différentes  provinces, 
par  les  seigneurs  et  les  nobles  ;  ceux-ci  devaient  pré- 
lever le  montant  de  ces  achats  sur  les  revenus  de 
leurs  apanages  (Shokunihongi  x,  4e  lune  de  la 
2e  année  Tempyô  ;  Kômyô  avait  aussi  fondé  un  asile 
Hidenin,  cf.  ib.  xxii,  sous  la  6e  lune  de  la  4e  année 
Tempyôhôji).  Il  s'agissait  là  d'une  institution  impé- 
riale et  laïque,  dont  le  fonctionnement  nous  est  connu 
par  un  document  du  Shôsôin  lE^"^,  ce  magasin 
de  bois  annexé  au  Tôdaiji  j|C^C^Ï:  de  Nara,  où 
furent  déposés  en  756,  lors  de  la  mort  de  l'empereur 
Shômu,  les  biens  personnels  qu'il  laissait,  et  que  sa 
veuve,  l'impératrice  douairière  Kômyô,  dédia  à  cette 
date  au  "Grand  Buddha"  du  Tôdaiji  (Vairocana, 
cf.  *Dainichi).  Parmi  ces  biens  se  trouvaient  21  caisses 
de  médicaments,  classés  en  60  espèces  ;  l'inventaire 
dressé  le  jour  même  de  la  donation  est  conservé  au 
Shôsôin,  ainsi  que  bon  nombre  des  médicaments 
eux-mêmes.  Ces  derniers  ont  été  étudiés  et  identifiés 
par  le  Dr  K.  Dôhi  .-fc  JE  J|  «fe,  professeur  de  dermato- 
logie à  l'Université .  Impériale  de  Tôkyô,  qui  consa- 
crait ses  loisirs  à  l'étude  de  la  médecine  extrême- 
orientale  (Medicine  in  Ancient  Japan,  ap.  Young 
East,  11,  5-6,  oct.-nov.  1926)  ;  ils  fournissent  un  état 
authentique  de  la  pharmacopée  sino-japonaise  de 
l'époque.  L'inventaire  ms:  (éd.  p.  ex.  dans  Ono  Zen- 
tarô  /Mfig^aiS,  Shôsôin  no  shiori  JEMU*. 
Tôkyô,  1920,  app.  65-71)  stipule  que  les  médi- 
caments pourront  être  donnés  aux  malades  qui  en 
auront  besoin  :  pour  en  obtenir,  ces  malades  devront 
adresser  une  requête  au  bureau  de  l'administration 
ecclésiastique  (sôgô  fê|M).  Or  on  conserve  au  Shô- 
in  le  ms.  d'une  de  ces  requêtes,  datée  de  759  :  le 


Dispensaire  fondé  par  l'impératrice  Kômyô  sollicite, 
par  ce  document,  le  don  de  100  livres  de  cannelle, 
médicament  dont  le  dispensaire  était  à  court  et  qu'il 
ne  trouvait  pas  à  acheter  ;  la  requête  est  signée  d'un 
nom  laïc,  ce  qui  prouve  bien  que  ce  dispensaire  était 
une  fondation  officielle  indépendante  de  l'Eglise. — 
Mais  d'autres  dispensaires  étaient  rattachés  à  des 
monastères.  En  757  l'impératrice  Kôken  ^L'td,  nUe 
de  Shômu  et  de  Kômyô,  fait  au  dispensaire  du  Yama- 
shinadera  |Jj  fil  4f  (autre  nom  du  Kôfukuji  de  Nara  ; 
cf.  sup.)  donation  perpétuelle  d'une  rizière  de  100  chô, 
"afin  de  soigner  les  malades  et  les  pauvres",  dit  le 
texte  de  l'édit  ;  par  cet  Acte  de  Bien,  la  souveraine 
souhaitait  acquérir  des  Mérites  pour  elle-même  et 
pour  les  Etres  :  "Puisse  l'arbre  médicinal  des  dix 
Corps  [cf.  sup.  242  b]  abriter  ce  monde  de  poussière  et 
détruire  à  jamais  les  tourments  de  la  maladie  !  "  (Shoku- 
nihongi xx,  12e  1.  ire  année  Tempyôhôji).  En  760, 
la  même  impératrice  fait  remettre  à  chacun  des 
cinq  grands  monastères  [de  Nara]  deux  caisses  de 
médicaments  variés  et  une  jarre  de  miel  (ib.  xxii, 
4e  lune  de  la  4e  année  Tempyôhôji).  L'inventaire  des 
biens  du  Hôryûji  fêft^i  dressé  en  747,  mentionne 
dans  ce  monastère  un  asile  Hidenin  (cf.  Ueda  Shinjô 
±  ffl  M  S&  dans  Misshûgakuhô  flf  ^  J£$l,  n<>  152, 
mars  1926,  p.  119).  D'après  la  tradition  (Moch.  1088  c), 
l'impératrice  Kômyô  avait  fait  construire  des  salles 
de  bain  où  elle  soigna  personnellement  un  millier 
de  lépreux,  suçant  le  pus  de  leurs  ulcères. — Lors  du 
transfert  de  la  capitale  de  Nara  à  Heian  (Kyoto), 
les  établissements  officiels  d'assistance  aux  malades 
et  aux  pauvres  furent  maintenus  (pour  ce  qui  suit, 
cf.  Ueda,  loc.  cit.,  p.  122  sqq.)  ;  il  y  avait  à  Heian, 
en  842,  deux  asiles  Hidenin,  l'un  dans  l'Est,  l'autre 
dans  l'Ouest  de  la  ville  ;  on  y  distribuait  du  riz  aux 
affamés  et  on  y  élevait  des  orphelins.  L'histoire  men- 
tionne aussi,  en  825,  860,  881,  un  dispensaire  d'Etat. 
Ces  établissements  existaient  encore  au  début  du 
Xe  siècle.  Dès  lors,  les  institutions  d'assistance  cha- 
ritable semblent  avoir  été  négligées  par  l'Etat  ;  l'ini- 
tiative privée  s'efforça  sporadiquement  d'y  remédier, 
mais  il  faut  descendre  jusqu'aux  temps  modernes 
pour  retrouver  au  Japon — comme  du  reste  en  Chine 
— des  organisations  bouddhiques  de  bienfaisance. 

Théories,  pratiques  et  influences  médicales. 

— Pathogénie. — A  travers  toute  la  littérature  boud- 
dhique se  retrouve  une  théorie  expliquant  l'origine 
des  maladies  par  un  dérangement  ou  déséquilibre 
(fuchô  >filBj)  des  quatre  Éléments  (*dai  -fc  ou  shu 
ff,  sk.  p.  mahâbhûta,  ou  encore  kai  ^,  sk.  p.  dhâtu) 
qui  constituent  le  corps  humain,  à  savoir  :  (1)  l'Êlé- 


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250 


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ment  solide  ou  Terre  (do  ;£.,  sk.  prthivî)  ;  (2)  l'Élé- 
ment humide  ou  Eau  (sui  7JC,  sk.  ap)  ;  (3)  l'Élément 
chaud  ou  Feu  (ka  fc,  sk.  tejas)  ;  (4)  l'Élément  mobile 
ou  Vent  (fû  JH,  sk.  vâta,  vâyu).  Lorsque  l'un  ou 
plusieurs  de  ces  Éléments  subissent  une  augmen- 
tation ou  une  diminution  anormales,  il  se  produit 
une  rupture  d'harmonie  (fuchô)  d'où  résulte  la  mala- 
die ;  on  dit  généralement  qu'à  chacun  des  quatre 
Éléments  correspondent  101  espèces  de  maladies, 
le  grand  total  étant  de  404  maladies.  Cette  théorie 
était  devenue  si  courante  dans  l'Inde  bouddhiste 
que  lorsque,  chaque  matin,  le  Disciple  saluait  son 
Maître,  il  devait  lui  demander  :  "Vos  quatre  Élé- 
ments sont-ils  en  paix  ?"  Cette  formule  est  prescrite 
par  le  Mûlasarvâstivâda-Vinaya  T.  1451  xxxv  (382  a), 
et  le  pèlerin  ch.  Gijô  (Yi  tsing)  l'entendit  encore  à 
la  fin  du  vne  s.  dans  les  monastères  de  l'Inde  Ttt. 
2125  m  (222  a)  [td.  Takakusu,  Record,  116].  En 
Chine  et  au  Japon,  l'expression  shidaifuchô  JQJ  ^ 
/fi  |8|,  "dérangement  des  quatre  Éléments = maladie", 
est  demeurée  jusqu'à  nos  jours  usuelle  dans  le  langage 
courant  (p.  ex.  en  style  épistolaire) ,  ceux  qui  l'em- 
ploient ayant  du  reste  le  plus  souvent,  surtout  en 
Chine,  perdu  la  notion  de  son  sens  exact  et  de  son 
origine  bouddhique. — A  cette  théorie  s'ajoute,  ou 
parfois  se  substitue,  celle  des  trois  "Humeurs  pec- 
cantes"  (sk.  tri-dosa)  :  Humeur  du  "Vent"  (sk. 
p.  vâta,  vâyu),  Humeur  du  "Flegme"  (sk.  slesman, 
p.  semha  ;  sk.  kapha),  Humeur  de  la  "Bile"  (sk. 
p.  pitta).  Le  mot  dosa,  litt.  "défaut,  vice,  altéra- 
tion, trouble",  s'applique  proprement  aux  Éléments 
"peccants",  altérés,  viciés,  facteurs  de  maladie;  mais 
dans  la  littérature  technique  de  la  médecine,  où  le 
point  de  vue  pathologique  prédomine  naturellement, 
la  notion  des  dosa  semble  avoir  plus  ou  moins  sup- 
planté celle  des  mahâbhûta,  et  le  terme  dosa,  "trou- 
ble", devient  souvent  un  simple  synonyme  de  dhâtu, 
qui  désigne  au  propre  les  Éléments  corporels  à  l'état 
normal.  [Dans  la  tradition  âyurvédique,  les  Éléments 
sont  toujours  au  nombre  de  cinq  (Terre,  Eau,  Feu, 
Vent,  Espace).  Parmi  ces  cinq,  deux  sont  inertes  : 
la  Terre  et  l'Espace  ;  les  trois  autres  :  Vent,  Feu, 
et  Eau,  sont  actifs.  Quand  leur  activité  est  nor- 
male, c'est  la  santé  ;  quand  elle  est  troublée,  c.-à-d. 
quand  l'un  ou  deux  d'entre  eux,  ou  même  les  trois 
réunis,  se  trouvent  soit  en  excès,  soit  en  défaut, 
c'est  la  maladie.  Pendant  la  santé  ils  se  compor- 
tent donc  comme  les  trois  principaux  éléments  du 
corps  (dhâtu)  ;  quand  ils  sont  excités,  ils  devien- 
nent des  éléments  de  trouble  (dosa).  Mais  comme 
on  s'en  occupe  surtout  quand  ils  sont  excités,  on 
les    appelle    plus    souvent    dosa    que    dhâtu  ;    et    il 


arrive  même  qu'on  se  laisse  entraîner  à  les  appeler 
dosa  dans  des  cas  où,  agissant  d'une  manière  nor- 
male, ils  font  en  réalité  fonction  de  dhâtu. — Dr  F.] — 
Dans  les  textes  bouddhiques,  au  contraire — du  moins 
dans  la  tradition  de  l'Extrême-Orient — ,les  tridosa 
jouent  un  rôle  effacé  ;  dans  tout  le  Canon  ch.  on  en 
cherche  vainement  une  définition  claire  et  explicite, 
tandis  que  les  quatre  Éléments  corporels  sont  lon- 
guement définis  et  expliqués  en  tant  que  principes 
pathogènes  dans  des  textes  variés  à  partir  des  Âgama. 
Peut-être  le  groupe  ternaire  des  tridosa  est-il  en 
rapport  avec  les  trois  guna  du  Sâràkhya  (cf.  Jolly, 
Medicin,  19  ;  Filliozat,  Revue  Philos.,  nov.-déc.  1933, 
412,  423  n.  2)  ;  une  classification  quaternaire  des 
maladies,  fondée  sur  la  pathologie  des  quatre  mahâ- 
bhûta, répondait  mieux  aux  idées  physiologiques 
et  cosmologiques  qui  étaient  familières  à  tous  les 
bouddhistes.  La  théorie  des  tridosa  semble  n'avoir 
jamais  été  bien  comprise  en  Chine  ;  elle  y  est  finale- 
ment tombée  dans  un  oubli  complet,  sans  doute  sous 
l'influence,  pour  une  part,  de  la  pathologie  indigène 
fondée  elle-même  sur  une  théorie  des  Éléments  (bois, 
feu,  terre,  métal,  eau).  Toutefois  le  flottement  entre 
la  pathologie  des  "trois  Humeurs"  et  celle  des 
"quatre  Éléments"  ne  semble  pas  être  seulement  un 
fait  ch.  ;  il  se  laisse  suivre  dans  les  textes  originaires 
de  l'Inde,  comme  on  le  verra  par  les  citations  réunies 
ci-dessous.  [La  théorie  bouddhique  des  quatre  Élé- 
ments, tous  quatre  pathogènes,  offre  des  analogies 
si  frappantes  avec  les  idées  médicales  des  Grecs, 
telles  que  les  expose  p.  ex.  Platon  dans  un  passage 
du  Timée,  qu'on  peut  se  demander  si  elle  ne  reflète 
pas  une  influence  hellénique. — Dr  F.]  On  consta- 
tera dans  ces  textes  des  tentatives  assez  embarras- 
sées pour  concilier  ces  deux  pathologies,  soit  en  por- 
tant le  nombre  des  "Humeurs"  à  quatre,  soit  en 
prétendant  (ce  qui  est  conforme  au  système  âyur- 
védique) que  l'un  des  quatre  Éléments  n'est  jamais 
un  principe  de  maladie  et  ne  peut  donc  correspondre 
à  une  "Humeur",  etc.  Vers  l'an  700,  le  pèlerin  Gijô 
(Yi  tsing),  Ttt.  2125  ni  (224  a)  [Record,  130],  après 
avoir  exposé,  d'après  un  texte  médical  attribué  au  B. 
lui-même,  une  théorie  de  quatre  ''Humeurs"  ou 
états  morbides  dus  au  déséquilibre  des  quatre  Élé- 
ments, ajoute  que,  selon  la  nosologie  "vulgaire" 
ou  "laïque"  [de  l'Inde],  f^  f&  !w  $f  >  ces  "Humeurs" 
se  réduisent  à  trois,  Vent,  Bile  et  Flegme.  Par  "vul- 
gaire" ou  "laïque",  Gijô  entend  évidemment  ici  la 
médecine  extra-bouddhique  courante  en  Inde  ;  il 
semble  donc  qu'à  son  époque  les  bouddhistes  aient 
pris  conscience  d'une  divergence  entre  leur  doctrine 
pathologique   et   celle  des  médecins  brahmaniques, 


BYO 


et  aient  revendiqué  comme  leur  étant  propre  (le 
G.V.  autorisait  alors  l'étude  de  la  médecine)  une 
pathogénie  à  base  quaternaire. — L'étude  des  théo- 
ries médicales  ind.  à  travers  les  documents  ch.  est 
du  reste  rendue  difficile  par  la  terminologie  impré- 
cise des  td.  ch.  En  ce  qui  concerne,  notamment,  les 
noms  des  trois  "Humeurs",  les  versions  ch.  trahis- 
sent un  embarras  constant.  Tantôt  ces  noms  sont 
rendus  en  ch.  d'après  le  sens  étroit  des  termes  sk., 
tantôt  ils  correspondent  à  des  sens  plus  larges,  ou 
encore  les  td.  ch.  sont  empruntées  au  vocabulaire  de 
la  médecine  ch.  Voici  les  différentes  td.  relevées  dans 
les  textes  cités  au  cours  du  présent  article  :  (i)  Vent  : 
fû  &  "vent",  ki  ^  "souffle,  pneuma"  ;  (2)  Flegme  : 
tan  $[  "flegme",  tanin  f£  ^  "affection  [?]  flegma- 
tique", in  ^  "principe  humide,  froid,  etc.",  rei  tfï 
"froid",  sui  tJc  "eau"  [cette  Humeur  correspond  à 
l'Élément  liquide],  hai  Qjfj*  "poumon"  [sur  cette  loca- 
lisation, cf.  p.  253  a]  ;  (3)  Bile  :  sen  $£  ("ît)  "salive 
(ou  mucus)",  senda  $j£  t^È  "salive-crachat",  tan  jj£ 
"fiel",  netsu  jfo  "chaud"  [la  Bile  est  l'Humeur  du 
Feu],  ô  ^  "jaune"  [inf.  253  a6],  ônetsu  ^  fà  "cha- 
leur jaune"  (p.  ex.  T.  665  ix,  447-448).  [Sur  les  rap- 
ports de  la  fièvre  et  du  jaune,  cf.  V.  Henry,  La  magie 
dans  l'Inde  antique,  p.  182  sq.  ;  l'Atharvaveda,  1, 
25,  1-2,  appelle  la  fièvre  "Dieu  du  Jaune",  harita- 
sya  deva. — Dr  F.] — Les  termes  français  "Humeur, 
Flegme,  Bile",  ne  sont  eux-mêmes  adoptés  ici  qu'à 
titre  d'équivalents  purement  conventionnels.  Le  mot 
"humeur"  désignait  dans  la  médecine  européenne 
depuis  Galien  des  liquides  représentant  dans  le  corps 
humain  les  quatre  éléments,  qui  ne  s'y  trouvent  pas 
eux-mêmes  :  sang  (représentant  l'air),  flegme  (l'eau), 
bile  (le  feu),  atrabile  (la  terre)  ;  ce  mot  ne  conviendrait 
donc  en  principe  que  pour  l'un  des  dosa,  le  slesmàn, 
dont  le  dhâtu  est  l'Eau,  et  qui  est  seul  liquide  parmi 
les  tridosa  (rac.  slis0  "adhérer,  coller"  :  c'est  le  dosa 
visqueux  ;  cf.  Filliozat,  Rev.  philos.,  nov.-déc.  1933, 
415  n.)  ;  et  encore  faudrait-il,  pour  bien  rendre  la 
nuance  de  dosa,  ajouter  à  "humeur"  une  épithète 
comme  "peccante".  On  a  cru  cependant  pouvoir 
conserver  ici,  faute  de  mieux,  la  td.  "humeur",  qui 
est  courante  dans  les  ouvrages  d'orientalisme,  en 
considération  des  résonances  sémantiques  que  ce 
mot  éveille  aujourd'hui  en  français  ;  en  effet,  par 
un  développement  inverse  de  celui  qu'a  subi  en  sk. 
le  mot  dosa,  "humeur"  s'entend  souvent  au  sens 
d'humeur  morbide  ou  "peccante".  Quant  à  "Bile", 
pour  pitta  qui  est  le  dosa  du  Feu,  ce  terme  se  justifie 
si  l'on  tient  compte  de  la  théorie  grecque,  d'après 
laquelle  l'humeur  de  la  bile  est  dérivée  de  l'élément 
feu  ;  mais  en  Inde,  dans  les  textes  anciens  relatifs 


251  BYO 

aux  dosa,  pitta  ne  désigne  nullement  le  liquide  qui 
remplit  la  vésicule  biliaire. — Pour  les  quatre  Elé- 
ments (cf.  *Dai),  la  terminologie  ch.  est  bien  fixée  ; 
sur  leur  répartition  détaillée  entre  les  différents 
organes,  parties,  fonctions  du  corps,  cf.  p.  ex.  Madhya- 
mâgama  T.  26  vu  (464  c-466  c)  [=M°  Nik°  xxvm, 
Mahâhatthapadopama]  ;  Ratnakûtasûtra  T.  310- 
lxxiii  (414  b  sq.)  ;  Yogâcâryabhûmisâstra  Tt.  1579 
xxvn  (430  a  sq.).  On  les  appelle  Eléments  "internes" 
(sk.  âdhyâtmika),  pour  les  distinguer  des  Eléments 
"externes"  (sk.  bâhya),  qui  constituent  le  Monde- 
Réceptacle  ;  car  entre  microcosme  et  macrocosme  la 
correspondance  est  étroite.  Voici  en  abrégé,  à  titre 
de  spécimen,  la  répartition  des  Eléments  "internes" 
d'après  le  Ratnakûta  [pour  les  termes  sk.  entre  cro- 
chets, cf.  K.  Lav.  I,  22-23]  :  (J)  Elément  Terre  ; 
c'est  tout  ce  qui  dans  le  corps  humain  est  "solide" 
ou  "fort"  [sk.  khara]  :  cheveux,  poils,  ongles,  dents,, 
taches,  peau,  chair,  muscles-nerfs,  os  et  moelle,  rate, 
reins,  foie,  poumons  (var.  ventre),  gros  et  petit  intes- 
tin, fèces,  vessie,  membranes,  cerveau,  etc.  (2)  Elé- 
ment Eau  ;  c'est  tout  ce  qui  est  "eau"  ou  "humide" 
[sk.  sneha],  ce  qui  a  la  Nature  ou  le  Substantiel  de 
l'eau  ou  de  l'humidité  :  larmes,  sueur,  morve,  salive, 
pus,  sang,  ulcérations,  graisse,  moelle,  lait,  fiel  (var. 
flegme),  urine.  (3)  Elément  Feu  ;  c'est  tout  ce  qui 
est  "feu"  ou  "chaud"  [sk.  usna],  qui  a  la  Nature 
ou  le  Caractère  du  feu  ou  de  la  chaleur  :  cet  Elé- 
ment a  pour  fonction  d'assurer  la  digestion,  et  sa 
diminution  ou  son  épuisement  provoquent  la  mala- 
die ou  la  mort.  D'autre  part,  le  Feu  peut  dessécher 
l'Eau,  et  l'Eau  peut  éteindre  le  Feu.  (4)  Elément 
Vent  ;  c'est  tout  ce  qui  est  "vent"  ou  "vitesse" 
(mobilité)  [sk.  îrana],  qui  a  le  Substantiel  ou  le  Nom 
du  vent  ou  de  la  vitesse  :  vents  qui  résident  dans 
les  quatre  membres  et  dans  l'estomac  ;  vents  qui 
circulent  dans  les  cinq  parties  du  corps  (godai  jfi.flft, 
panca-mandalaka  ?  Mvy.  9278),  dans  les  "membres 
mineurs"  (shishi  -f*;^),  et  partout  dans  les  membres 
grands  et  petits  ;  expiration  et  inspiration  ;  en  résumé, 
tout  ce  qui  circule  dans  le  corps.  [La  littérature 
védique  et  brahmanique  connaît  cinq  Vents  ou 
souffles  (prâna),  cf.  Filliozat,  art.  cit.,  421  sq.  ;  mais 
la  liste  en  diffère  de  celles  qui  se  trouvent  ici  et  dans 
les  textes  bouddhiques  apparentés,  M0  Àg°,  M°Nik°, 
Yogâcâryas0.]  Une  augmentation  ou  une  accumu- 
lation anormales  de  ces  vents  ont  pour  effet  de  dessé- 
cher l'Elément  Eau  et  de  diminuer  l'Elément  Feu, 
ce  qui  prive  le  corps  d'humidité  et  de  chaleur  et 
provoque  des  troubles  graves.  [Suit  la  définition  des 
deux  autres  Éléments  bouddhiques  :  (5)  l'Elément 
Espace,  représenté  dans  le  corps  humain  par  tout 


BYÔ 


252 


BYO 


oe  qui  est  vide,  cavité,  interstice,  et  (6)  l'Élément 
Notation,  qui  n'est  pas  divisé  en  "interne"  et 
"externe"  ;  ces  deux  éléments  ne  jouent  aucun  rôle 
dans  la  pathologie.] — Les  trois  Humeurs. — Le  Sarvâs- 
tivâda-Vinaya  T.  1435  xm  (96  a)  fonde  sur  la  théorie 
des  trois  Humeurs  la  définition  disciplinaire  de  la 
maladie  :  Sont  exemptés  de  certains  interdits  alimen- 
taires, en  tant  que  "malades",  les  Moines  atteints 
d'une  poussée  (hotsu  -§£,  sk.  prakopa)  ou  d'une  sura- 
bondance (sei  $£  [c'est  le  terme  usuel  dans  la  médecine 
ch.],  sk.  sarhcaya  ou  adhikatva)  de  Vent,  de  froid 
[= Flegme]  ou  de  chaud  [—Bile]  ;  tout  autre  sera 
déclaré  "non  malade". — La  formule  complète  des 
tridosa  ne  semble  pas  attestée  dans  le  Vinaya  p. 
[cf.  Mahâvagga  vi,  1  et  7,  vm,  1,  30,  etc.],  mais  on 
la  trouve  dans  les  Nikâya  (inf.  252  b). — L'Ekottarâ- 
.gama  T.  125  xn  (604  a-b)  [cité  Ttt.  2122  xcv  (986  b)], 
dans  un  passage  qui  manque  en  p.,  traite  des  tridosa 
ou  "trois  grandes  affections"  (sandaikan  j^^CiS)  : 

(1)  affections  du  Vent,  curables  par  le  beurre  (so  gïfc, 
sk.  navanîta)  et  les  aliments  au  beurre  ;  (2)  affections 
du  Flegme  (tan  0[),  curables  par  le  miel  et  les  ali- 
ments au  miel  ;  (3)  affections  du  froid  [rei  <^=:Bile], 
curables  par  l'huile  et  les  aliments  à  l'huile.  Ces 
affections  corporelles  sont  comparées  aux  trois  affec- 
tions morales  [ou  trois  Racines  du  Mal,  trois  Passions 
fondamentales,  cf.  *Bonnô,  sup.  123  a]  :  (1)  Cupidité, 
curable  par  l'Impur  et  la  méditation  de  l'Impur  ; 

(2)  Malveillance  (ou  Haine),  curable  par  la  Bonté 
et  la  méditation  de  la  Bonté  ;  (3)  Erreur,  curable 
par  la  Connaissance  et  la  méditation  des  Données- 
causales.  Cette  comparaison  est  devenue  classique. 
On  la  retrouve  p.  ex.  dans  le  Mahâparinirvânasûtra, 
ouvrage  où  foisonnent  les  comparaisons  empruntées 
à  la  médecine,  T.  374  xxv  (511  b),  375  xxm  (575  b)  : 

(1)  Les  maladies  du  Vent  se  traitent  par  le  beurre 
(soyu  UlcvÈ)  ;  (2)  celles  du  chaud  [=Bile],  par  le 
sucre  (sekimitsu^j  ^§J,  "miel  en  cailloux"  :  sur  cette 
désignation  du  sucre  de  canne  cristallisé,  cf.  Laufer, 
Sino-Iranica,  376)  ;  (3)  celles  de  l'Eau  [=Flegme], 
par  les  infusions  de  gingembre.  De  même  (1)  la  Cupi- 
dité se  traite  par  la  Contemplation  du  squelette  ; 

(2)  la  Malveillance,  par  la  Contemplation  de  Bonté  ; 

(3)  l'Erreur,  par  celle  des  Données-causales.  Cf.  aussi 
un  petit  texte  td.  au  11e  s.  A.D.,  T.  150  (882  a)  : 
(1)  Vent,  curable  par  l'huile  [cette  thérapeutique  est 
celle  du  Vinaya  :  Mahâvagga,  vi,  14  ;  T.  1421  xxn 
(147  b)]  ;  (2)  chaud  [=Bile],  curable  par  le  beurre  ; 
(3)  froid  [= Flegme],  curable  par  le  miel  ;  et  encore 
Mahâprajnapâramitâsâstra  Tt.  1509  1  (58  c),  qui 
détaille  les  trois  sortes  de  diètes  appropriées. — La 
nosologie  des    "trois  Humeurs"    ayant  été  dans  le 


bouddhisme,  du  moins  en  Extrême-Orient,  supplan- 
tée par  celle  des  quatre  Eléments,  les  Chinois  ne 
retinrent  de  cette  comparaison  que  l'épithète  tri- 
dosa appliquée  aux  trois  Passions  fondamentales  ;  et 
la  valeur  médicale  de  cette  épithète  finit  par  être 
complètement  perdue  de  vue.  Déjà  en  p.  la  confu- 
sion est  fréquente  entre  dosa=sk.  dosa  "Humeur", 
et  dosa— sk.  dvesa  "Haine"  (= Malveillance,  une 
des  trois  Passions)  ;  et  l'Abhidharmakoéa  Tt.  1558 
xv  (K.  Lav.  IV,  128)  définit  l'Acte  né  de  la  Haine 
(dvesa)  comme  une  corruption  (dosa).  En  ch.  l'ex- 
pression tridosa  est  rendue  par  sandoku  Ei^$  "les 
trois  Poisons"  (p.  ex.  dans  l'épithète  tridosâpaha, 
messandoku  ft£ r'.f$,  Mvy.  71).  Doku  ^,  "poison", 
d'où  "calamité,  malheur",  semble  avoir  dans  la 
médecine  ch.  le  sens  d' "infection"  ;  mais  dès  le 
vie  s.  cette  nuance  médicale  échappait  aux  commen- 
tateurs ch.,  qui  pour  expliquer  le  terme  "trois  Poi- 
sons" appliqué  aux  Passions  (cf.  p.  ex.  sup.  233  a), 
comparaient  celles-ci  à  des  serpents  venimeux,  Ttt. 
1851  v  (565  a),  1925  1  A  (667  c).  [Toutefois  au  xe  s. 
Kog.  H,  cité  Bdjt.  614,  glose  "trois  Poisons"  par 
ken  1$,  graphie  vulgaire  de  3§r  "faute,  vice",  qui 
est  une  td.  correcte  du  sk.  dosa.]  A  cette  interpré- 
tation de  tridosa  par  "trois  Poisons"  dut  contribuer 
une  autre  comparaison  classique,  celle  des  quatre 
Eléments  corporels  avec  quatre  serpents  venimeux 
placés  dans  une  même  corbeille  (le  corps).  Cette 
métaphore  fort  courante  [p.  ex.  T.  205  1  (503  a)] 
se  trouve  dans  le  Samyuktâgama  T.  99  xliii  (313  b-c) 
[=Sarh°  Nik°  xxxv,  197,  vol.  V,  p.  176,  Âsîvisa  ; 
cf.  Ekottarâgama  T.  125  xxm  (670  a)],  où  les  quatre 
Éléments  apparaissent  déjà,  mais  dans  le  texte  ch. 
seulement,  comme  des  principes  pathogènes,  car, 
déclare  ce  texte,  ils  peuvent  causer  la  mort  s'ils 
entrent  en  conflit. — Quatre  Humeurs. — Ailleurs  cepen- 
dant, le  Samyuktâgama  ib.  xxxv  (252  c)  [— Sam° 
Nik°  vol.  IV,  p.  230-231  ;  sup.  234  a]  mentionne  les 
tridosa  :  (1)  Vent,  (2)  Flegme,  (3)  salive  [=Bile]  (senda 
>^.l^,  le  p.  a  pitta),  en  y  ajoutant  (4)  le  dosa  "com- 
biné" (tôbun  ^ffr,  P-  sannipâtika),  c.-à-d.  la  combi- 
naison des  trois  premiers  comme  cause  de  maladie. 
Une  autre  version  ch.  de  ce  dernier  texte,  T.  100  xi 
(452  b),  explique  ces  quatre  sortes  d'affections  (du 
Vent,  etc.)  par  l'augmentation  ou  la  diminution 
anormales  des  quatre  Éléments. — Cette  théorie  des 
quatre  Humeurs  (Vent,  Flegme,  Bile,  combinaison 
des  trois)  est  attestée  dans  des  passages  de  l'Angut- 
taranikâya  (vol.  II,  p.  87,  V,  p.  110)  qui  manquent 
en  ch.  On  la  retrouve  dans  le  Mahâsânghika- Vinaya 
T.  1425  x  (316  a)  [101  maladies  du  Vent,  curables 
par  l'huile  ou  la  graisse  ;   101  du  chaud,  curables 


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253 


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par  le  beurre  ;  101  de  l'Eau,  curables  par  le  miel  ; 
101  combinées,  curables  par  les  trois  médicaments 
précités]  ;  dans  le  Smrtyupasthânasûtra  T.  721  vin 
(41  b)  [101  maladies  du  Vent,  101  du  "jaune"  (cf. 
Mvy.  4022  qui  td.  pitta  "Bile"  par  ôbyô  ^  ^  "mala- 
die jaune"),  101  du  froid  [=Flegme],  101  combi- 
nées] ;  dans  les  textes  de  Prajnâpâramitâ,  p.  ex. 
T.  220  cccxxxi  (695  c),  ccccli  (277  c)  [maladies  du 
Vent,  du  chaud  (Bile),  du  Flegme,  et  combinées], 
Tt.  1509  lix  (478  b)  [404  maladies  dues  à  ces  quatre 
Humeurs]  ;  enfin  dans  le  Suvarnaprabhâsa  T.  664 
vu  (395  a)  [td.  597  A.D.,  reproduisant  pour  ce  pas- 
sage la  td.  de  414-421  A.D.,  T.  663  m  (351-352)]. 
— Ce  dernier  sûtra  (qui  date  du  temps  des  Kusana, 
cf.  S.  Lévi,  J.  A.,  1934,  Ii  1  sqq.)  permet  de  comparer 
les  équivalents  ch.  avec  les  termes  sk.  originaux  (éd. 
Nanjô-Izumi,  163-165;  cf.  sup.  p.  237).  Sa  théorie 
nosologique  est  la  suivante  :  La  maladie  est  due  à 
une  "augmentation  ou  diminution"  (sk.  parivarta 
"subversion")  des  quatre  Éléments  qui  constituent 
les  Organes  du  Corps  ;  de  là  résultent  :  (1)  les  maladies 
du  Vent  (fû  %,,  sk.  vâta),  (2)  celles  du  chaud  (netsu  jj&, 
sk.  pitta  "Bile"),  (3)  celles  des  poumons,  dues  à  un 
excès  d'Eau  (sui  7JC,  hai  JJjjî,  sk.  slesman  ou  kapha 
"Flegme"),  (4)  celles  qui  résultent  de  la  combinaison 
des  précédentes  (tôbun  ^ft,  sk.  sannipâta).  [La 
traduction  de  slesman  par  "poumons",  dans  cette 
version  du  Ve  siècle,  fait  penser  à  la  localisation 
grecque  du  flegme  dans  les  poumons  ;  pour  Susruta 
(Sûtrasthâna,  xxi,  6-7),  les  sièges  du  slesman  sont 
l'estomac,  la  poitrine,  la  tête,  la  gorge  et  les  arti- 
culations.— Dr  F.]  Les  premières  prédominent  en 
été,  les  2e8  en  automne,  les  3e8  au  printemps,  les  4es 
en  hiver.  [Même  répartition  saisonnière  Susruta, 
Sûtrasthâna,  vi,  39;  aussi  inf.  250  a.]  Cet  exposé  est 
suivi  de  prescriptions  diététiques  et  pharmaceutiques. 
— De  la  même  époque  environ  doit  dater  un  ouvrage 
intitulé  (en  te.)  Yogâcârabhûmi,  dont  l'auteur  passe 
pour  avoir  été  un  des  maîtres  de  Kaniska,  Sangha- 
raksa,  et  où  il  est  à  plusieurs  reprises  question  de 
médecine.  Une  des  versions  de  ce  texte,  T.  607  (235  a), 
est  attribuée  à  Anseikô  (Ngan  Che  kao)  ^  ifr  j^jrj 
(ca.  147-170  p.  C.)  ;  elle  énumère  404  maladies,  101  du 
Vent,  101  du  froid,  101  du  chaud,  101  combinées. 
Une  autre  version,  T.  606  1  (188  c,  209  b),  donne  la 
même  énumération,  mais  en  attribuant  la  cause  de 
chaque  groupe  de  101  maladies  à  l'augmentation  ou  à 
la  diminution  de  chacun  des  quatre  Eléments  :  Eau, 
101  maladies  du  froid  [=Flegme]  ;  Feu,  101  mala- 
dies du  chaud  [=Bile]  ;  Vent,  101  maladies  du  Vent  ; 
Terre,  101  maladies  de  toutes  sortes.  Cette  deuxième 
version,  dont  le  style  et  la  terminologie  ont  un  carac- 


tère très  archaïque,  est  due  à  Dharmaraksa  (284  p.  C), 
traducteur  d'origine  indoscythe  (Yue  tche)  ;  on  y 
trouve  la  mention  (185  a)  de  noms  de  médecins  et 
de  plusieurs  textes  ou  formules  se  rapportant  aux 
différentes  branches  de  la  médecine  :  ophtalmologie, 
oreilles,  plaies,  pédiatrie,  affections  démoniaques,  etc. 
— Humeurs  et  Eléments. — Il  y  a  évidemment  dans 
tous  ces  textes  un  effort  pour  concilier  la  formule 
des  trois  Humeurs  avec  celle  des  quatre  Eléments. 
La  Vibhâsâ  Tt.  1545  exc  (953  a)  et  le  Kosa  Tt.  1558 
x  (56  b)  [=K.  Lav.  m,  136]  traitent  également  des 
rapports  entre  les  tridosa  (  "trois  calamités  internes" , 
naisaikan  f^J  $.  fâ,)  et  les  quatre  Eléments,  mais 
pour  aboutir  à  une  solution  différente.  Les  "cala- 
mités" (Humeurs  peccantes)  (1)  du  Vent,  (2)  du 
chaud  [=Bile]  et  (3)  du  Flegme  se  produisent  res- 
pectivement lorsque  les  Eléments  (1)  Vent,  (2)  Feu 
et  (3)  Eau  augmentent  à  l'excès  ;  il  survient  alors 
une  rupture  (sk.  cheda)  des  articulations  vitales 
(sk.  marma),  qui  provoque  la  mort  :  p.  ex.  lorsque 
c'est  l'Eau  qui  augmente  au  point  d'envahir  tout  le 
corps,  il  s'ensuit  que  les  muscles-nerfs  pourrissent 
et  que  les  articulations  se  trouvent  désagrégées,  ce 
qui  amène  la  mort  ;  si  c'est  le  Feu,  les  articulations 
seront  brûlées  ;  si  c'est  le  Vent,  elles  seront  réduites 
en  miettes  par  son  souffle  violent.  Les  muscles-nerfs 
relèvent  de  l'Elément  Terre,  mais  celui-ci,  d'après 
le  Kosa,  n'a  pas  le  pouvoir  d'occasionner  lui-même 
un  dosa  ni  la  mort  ;  et  pour  expliquer  cette  excep- 
tion, le  Kosa  déclare  qu'il  n'y  a  que  trois,  et  non 
quatre  "calamités"  (dosa)  internes,  de  même  qu'il 
n'y  a  que  trois  "calamités"  externes  [à  savoir  l'inon- 
dation, l'incendie  et  l'ouragan  cosmiques  qui  détrui- 
sent le  monde  à  la  fin  d'une  Période]  (sur  le  paral- 
lélisme entre  Eléments  "externes"  et  "internes", 
sup.  251  b).  La  Vibhâsâ  cite  toutefois  l'opinion  de 
certains  auteurs  qui  faisaient  de  l'Elément  Terre 
un  principe  de  mort  :  ils  déclaraient  que  si  cet  Elé- 
ment augmente,  les  interstices  et  cavités  du  corps 
se  trouvent  bouchés,  ce  qui  provoque,  comme  ci-des- 
sus, la  désagrégation  des  articulations.  Le  cm.  du 
Kosa  Ttt.  1821  x  (184  c)  ajoute  que  les  tridosa  cor- 
respondent à  une  division  du  corps  en  trois  régions  : 

(1)  la   région   du    Flegme   est    au-dessus   du   cœur, 

(2)  celle  du  chaud  [=Bile]  entre  le  cœur  et  le  nombril, 

(3)  celle  du  Vent  au-dessous  du  nombril.  Cette  répar- 
tition est  attestée  en  Inde  par  Vâgbhata  (Jolly, 
Medicin,  40)  et  aussi  dans  un  ouvrage  tamoul  cité 
par  P.  Mariadassou,  Médecine  traditionnelle  de  l'Inde 
(Pondichéry,  1934),  II,  26-27  '•  ^a  médecine  ch.  connaît 
une  division  analogue  du  corps  humain  en  trois 
régions  superposées. — Ainsi  donc  la  scolastique  Sar- 


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vâstivâda,  pour  expliquer  la  relation  entre  les  trois 
Humeurs  et  les  quatre  Éléments,  ne  porte  pas  le 
nombre  des  Humeurs  à  quatre  en  ajoutant  aux  trois 
leur  propre  combinaison,  mais  se  tire  d'affaire  en 
déniant  à  l'Élément  solide  du  corps  humain  tout 
pouvoir  morbifique  ;  les  troubles  des  muscles-nerfs 
(qui  relèvent  de  cet  Élément)  ont  leur  principe  dans 
les  trois  autres  Éléments.  Et  s'il  n'y  a  que  trois 
dosa  humains,  c'est  qu'il  n'y  a  que  trois  calamités 
cosmiques.  Cette  argumentation  est  parfaitement 
conforme  à  la  doctrine  âyurvédique,  qui  ne  reconnaît 
que  trois  dosa,  et  dont  la  physiologie  est  étroitement 
liée  à  des  notions  cosmologiques  (cf.  Filliozat,  Rev. 
philos.,  nov.-déc.  1933,  413  sq.).  Une  fois  de  plus, 
les  auteurs  de  la  Vibhâsâ  et  du  Kosa  se  montrent 
des  érudits  précis  et  avertis,  bien  au  courant  de  la 
science  de  leur  temps.  Mais  leur  théorie  ne  semble 
guère  avoir  eu  de  succès  chez  leurs  coreligionnaires. 
On  va  voir,  en  effet,  que  l'Élément  solide  est  bel  et 
bien  considéré  par  la  plupart  des  auteurs  bouddhistes 
comme  susceptible  de  causer  la  maladie  au  même 
titre  que  les  trois  autres  Éléments.  Le  M°pr°pâr°sâs- 
tra  lui-même,  qui  ramène,  comme  on  l'a  vu  ci-dessus, 
Tt.  1509  lix  (478  b),  les  404  maladies  aux  troubles 
des  quatre  Humeurs,  Vent,  Bile,  Flegme  et  combi- 
naison des  trois,  en  donne  au  chapitre  précédent 
une  explication  toute  différente  Tt.  1509  lviii  (469  c)  : 
les  404  maladies  sont  dues  à  l'empiétement  des  quatre 
Éléments  les  uns  sur  les  autres  ;  les  Éléments  de 
l'Eau  et  du  Vent  produisent  les  202  maladies  [dosa] 
du  froid  [Flegme],  ceux  de  la  Terre  et  du  Feu  pro- 
duisent les  202  maladies  du  chaud  [Bile]. — Un  petit 
sûtra  sur  les  bains  chauds,  dont  la  td.  est  attribuée 
à  Anseikô  (Ngan  Che  kao,  ca.  147-170  p.  C.)  mais 
doit  être  en  réalité  de  Dharmaraksa  (265-313  p.  C.  ; 
cf.  notice  Kyik.),  T.  701  (802  a),  spécifie  que  les  bains 
chauds  "apaisent  les  quatre  Éléments"  et  guérissent 
les  maladies  du  Vent  [Élément  Vent],  les  affections 
rhumatismales  dues  à  l'humidité  [Élément  Eau],  le 
"froid  glaçant"  [Élément  Terre  ?]  et  le  "souffle 
chaud"  [Élément  Feu]. — Un  texte  également  fort 
ancien,  dont  la  td.  est  attribuée  à  Shiyô  (Tche  yao) 
;£|lfê  et  daterait  de  la  fin  du  11e  siècle,  T.  608  (236  c- 
237  a),  énumère  quatre  maladies  corporelles  dues 
respectivement  à  un  excès  de  Terre,  d'Eau,  de  Feu 
et  de  Vent  (avec  quatre  maladies  mentales  dues  à 
un  excès  d'Erreur,  de  Malveillance,  de  Luxure  et  de 
Doute,  quatre  affections  respiratoires,  etc.),  et  ajoute 
des  prescriptions  thérapeutiques. — Le  Vimalakîrti- 
nirdesa  T.  475  (544),  et  son  cm.  Ttt.  1775  11  (342  a), 
expliquent  aussi  les  404  maladies  par  le  déséquilibre 
des  quatre  Éléments.— Le    "Sûtra  de  la   Médecine, 


254  BYÔ 

prononcé  par  le  B."  T.  793,  petit  ouvrage  dont  la 
première  partie  est  purement  médicale,  fut  td.  dans 
le  2e  quart  du  111e  s.  par  un  Indien,  Jikuritsuen 
(Tchou  Liu  yen),  en  collaboration  avec  Shiken  (Tche 
k'ien),  Ch.  d'origine  indoscythe.  D'après  Ttt.  2154 
11  (487  c),  qui  se  réfère  à  un  catalogue  (perdu)  du 
VIe  s.,  ce  texte  n'est  qu'un  extrait  abrégé  d'un  grand 
sûtra  ;  en  effet,  il  y  manque  le  cadre  ordinaire  des 
sûtra,  et  l'ouvrage  débute  sans  aucune  introduction 
par  une  définition  des  404  maladies  :  Celles-ci  se 
ramènent  aux  maladies  des  quatre  Éléments,  lesquels 
par  leur  augmentation  produisent   respectivement  : 

(1)  le  Vent,  [un  trouble  ou  dosa  dit]  du  "souffle", 
ki  fc  ;  (2)  le  Feu,  du  chaud  ;  (3)  l'Eau,  du  froid  ;  et 
(4)  la  Terre,  de  la  force.  Suit  une  curieuse  localisation 
des  Éléments  dans  le  corps  :  La  Terre  relève  du  corps, 
l'Eau  de  la  bouche,  le  Feu  de  l'oeil,  le  Vent  de  l'oreille  ; 
s'il  y  a  insuffisance  de  Feu  et  excès  de  froid  [Eau], 
la  vue  sera  obscurcie.  Puis  la  prédominance  de  chacun 
des  Éléments  (dans  le  corps  humain)  au  cours  des 
quatre  saisons  est  indiquée  ainsi  :  au  printemps, 
prédominance  du  froid  [=Eau]  ;  en  été,  du  Vent  ; 
en  automne,  du  chaud  [=Feu]  ;  en  hiver,  du  Vent 
et  du  froid  ;  à  cette  répartition  correspondent  des 
prescriptions  sur  les  attitudes  (se  coucher,  etc.)  et 
les  régimes  alimentaires  à  observer  aux  divers  mois 
de  l'année.  Le  texte  énumère  ensuite  10  causes  de 
maladie  :   (1)   rester  longtemps  assis  sans  manger  ; 

(2)  manger  sans  rendre  [reprendre  un  repas  sans 
avoir  digéré  le  précédent  ;  constipation]  ;  (3)  tristesse  ; 
(4)  surmenage  ;  (5)  débauche  ;  (6)  colère  ;  (7-10)  répres- 
sion [rétention  volontaire]  des  excréments  et  des 
Vents  ; — puis  9  causes  de  mort  prématurée  [cf.  inf. 
256  a-b]  ; — 4  procédés  d'alimentation  ; —  6  causes  pour 
lesquelles  on  doit  s'abstenir  de  viande  ; — 5  péchés 
qui  résultent  de  la  suralimentation  ; — la  fin  traite  de 
questions  morales. — Dans  ce  sûtra  nous  avons  donc 
quatre  Humeurs  différentes,  correspondant  chacune 
à  l'un  des  Éléments  ;  mais  la  td.  ch.  laisse  mal 
reconnaître  les  noms  sk.  des  Humeurs.  Or  ces  noms 
nous  sont  donnés  par  Gijô  (Yi  tsing),  qui  cite  dans 
Ttt.  2125  ni  (224  a)  [Record,  131]  un  "Sûtra  de  la 
Médecine,  prononcé  par  le  B.",  sûtra  évidemment 
identique  à  notre  T.  793.  Gijô,  qui  eut  sans  doute  accès 
à  une  recension  sk.  de  ce  texte,  cite  les  Éléments 
et  les  Humeurs  dans  un  ordre  exactement  inverse 
de  T.  793  :  "(1)  L'augmentation  de  la  Terre  produit 
une  lourdeur  du  corps,  nommée  kuro  *§£  Pf|  (sk.  guru 
"lourd")  [T.  793  :  trouble  de  la  force]  ;  (2)  celle  de 
l'Eau  produit  une  accumulation  anormale  de  larmes 
et  de  salive  nommée  shôha  ^  j$[  (le  Ier  car.  semble 
être  une  var.  de  shô  §£,  anc.  ch.  *siep  ;  les  restitu- 


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255 


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tions  kapha  ou  slesman,  "Flegme",  proposées  dans 
Record,  131  n.,  ne  vont  pas  de  soi  ;  mais  les  équiva- 
lents ch.  "eau"  et  "froid"  qui  se  rencontrent  ailleurs 
pour  kapha  ne  laissent  pas  de  doute  qu'il  s'agisse 
ici  du  Flegme)  [T.  793  :  trouble  du  froid]  ;  (3)  l'aug- 
mentation du  Feu  produit  une  chaleur  violente  à  la 
tête  et  à  la  poitrine,  nommée  hitta  ^  g£  (=sk.  pitta 
"Bile")  [T.  793  :  trouble  de  la  chaleur]  ;  (4)  celle 
du  Vent  produit  une  précipitation  violente  du  souffle, 
nommée  bâta  3ftB£  (=sk.  vâta  "Vent")  [T.  793: 
trouble  du  souffle].  On  notera  que  ces  gloses  éclairent 
la  localisation  des  Eléments  dans  T.  793  :  la  Terre 
dans  le  corps,  l'eau  dans  la  bouche,  etc.  Gijô  s'efforce 
ensuite  d'identifier  ces  maladies  en  termes  de  méde- 
cine ch.  ;  puis  il  mentionne,  comme  on  l'a  vu  plus  haut 
(p.  250),  les  tridosa  classiques  de  la  médecine  "vul- 
gaire" [de  l'Inde],  qui  ne  tient  pas  compte,  dit-il, 
des  affections  dues  à  l'Élément  Terre  [cf.  en  effet 
Vibhâsâ,  Koéa,  etc.,  sup.  253  b].  Ensuite  il  se  lance 
dans  des  considérations  diététiques  et  thérapeutiques 
assez  confuses.  Ce  pèlerin  se  piquait  de  connaissances 
médicales  :  il  avait  étudié  naguère  la  médecine,  dit-il 
ib.  (223  c)  [Record,  128],  mais  y  avait  renoncé  parce 
que  ce  n'était  point  là  une  profession  "correcte" 
[pour  un  Moine]  ;  on  ne  sait  jamais  très  bien  si  les 
méthodes  thérapeutiques  qu'il  recommande  sont 
empruntées  à  l'Inde  ou  à  la  Chine. 

Classification  des  maladies. — Les  classifications 
nosologiques  reposent  en  général,  dans  la  tradition 
bouddhique,  sur  la  théorie  des  quatre  Eléments,  et 
non,  comme  dans  la  littérature  brahmanique  (Jolly, 
Medicin,  46),  sur  celle  des  trois  Humeurs.  Le  total 
de  404  maladies  (101  par  Elément),  attesté  dans  les 
sources  sk.  (p.  ex.  Bodhicaryâvatâra,  il,  55),  est  géné- 
ral dans  les  documents  ch.  [Le  chiffre  101  se  retrouve 
dans  le  Vinaya  :  p.  ex.  on  compte  101  sortes  d'Actes 
disciplinaires  (formalités  ecclésiastiques),  T.  1438,  T. 
1441  vu  (610  c-611  b),  T.  1453.  L'Âyurveda  compte 
101  instruments  de  chirurgie.]  Mais  on  rencontre  aussi 
d'autres  classifications,  dont  quelques-unes  ont  déjà 
été  signalées  ci-dessus  (p.  ex.  p.  232  a,  238  a). — Le 
Sâstra  des  quatre  Vérités,  Tt.  1647  1  (382  c-383  a), 
traité  de  Vasuvarman  fondé  sur  des  ouvrages  de 
Kâtyâyana  et  de  Buddhamitra  (école  Sarvâstivâda), 
traite  (I)  de  la  maladie,  (II)  de  son  Caractère,  (III)  de 
son  "affaire",  c.-à-d.  de  son  effet  (ji  ^,  sk.  vastu  ?), 
(IV)  de  son  Facteur,  (V)  de  ses  Douleurs.  Voici  un 
résumé  de  ce  passage  :  (I)  La  maladie  :  elle  est  (1)  soit 
corporelle,  (2)  soit  mentale,  chacune  de  ces  deux 
catégories  pouvant  être  (a)  d'origine  interne  ou 
(b)  d'origine  externe.  (1  a)  Il  y  a  maladie  corporelle 
d'origine  interne  (litt.  Produite  en  ayant  de  l'interne 


pour  Facteur)  lorsque  les  Eléments  corporels  se  déve- 
loppent de  façon  Inégale  ou  mutuellement  contraire  ; 
il  y  a  absence  de  maladie  (sk.  ârogya)  lorsqu'ils  se 
trouvent  en  état  d'Egalité.  C'est  de  par  leur  Nature- 
propre  que,  dans  la  maladie,  les  Eléments  se  trouvent 
en  opposition  mutuelle,  comme  des  serpents  veni- 
meux. (1  b)  Les  maladies  corporelles  d'origine  externe 
sont  causées  par  des  contraintes  ou  chocs  extérieurs. 
Toutes  ces  maladies  corporelles  se  différencient  en 
genres  variés,  dont  le  grand  total  est  de  404  ;  la  dif- 
férenciation est  d'ordre  soit  "nominal"  ("lèpre", 
"furonculose",  etc.),  soit  étiologique  (maladies  ayant 
pour  "Causes"  le  Flegme,  le  Vent,  la  Bile  ["fiel" 
tan  J|£],  ou  une  combinaison  des  trois,  ces  quatre 
Humeurs  agissant  soit  isolément,  soit  à  2,  à  3  ou 
à  4),  soit  enfin  d'ordre  "local"  (tête,  yeux,  oreilles, 
gorge,  etc.).  (2  a-b)  Les  maladies  mentales  ont  pour 
cause  des  illusions  ou  erreurs  conditionnées  par  des 
Objets  soit  internes,  soit  externes.  Elles  se  diffé- 
rencient nominalement  en  Cupidité,  Malveillance, 
Orgueil,  etc.  ;  étiologiquement,  elles  diffèrent  en  tant 
qu'elles  sont  causées  par  [des  illusions  portant  sur 
des  Objets]  de  Caractère  soit  pur,  soit  impur,  etc.  ; 
localement,  [selon  que  ces  Objets  ressortissent  à  tel 
ou  tel  des]  six  Lieux  sensibles  (sk.  àyatana)  :  Formel, 
Son,  etc.  (II)  Le  Caractère  de  la  maladie  :  c'est  de 
tourmenter  le  corps.  (III)  Son  "affaire"  :  la  Douleur 
.[corporelle]  et  la  Tristesse  [mentale].  (IV)  Le  Facteur 
de  la  maladie  :  c'est  la  non-Egalité  des  Éléments.  (V)  La 
maladie  comporte  des  Douleurs  variées  :  Impressions 
de  souffrance  [physique],  incapacité  d'agir,  etc.... 
— Le  Mahâpr°pâr°sâstra  (attribué  à  Nâgârjuna),  Ttt. 
1509  vin  (119  c),  donne  une  classification  analogue  : 
(I)  Maladies  qui  sont  la  rétribution  d'Actes  commis 
dans  les  existences  antérieures  [sk.  karmaja,  sup. 
233  b]  ;  (II)  maladies  de  l'existence  présente  qui  se 
manifestent  par  l'excitation  des  trois  Humeurs  et 
se  répartissent  en  (1)  internes,  dues  à  un  dérangement 
des  cinq  viscères,  etc.,  et  (2)  externes,  dues  à  des 
chutes,  blessures,  etc.  Cf.  aussi  ib.  x  (131  b-c),  sur  les 
maladies  externes  (froid  et  chaud,  faim  et  soif,  bles- 
sures et  chutes,  etc.)  et  internes  (les  404,  dues  à  une 
alimentation  ou  à  une  hygiène  [attitudes]  défec- 
tueuses).— La  classification  en  maladies  corporelles 
et  mentales  est  constante  dans  les  textes  de  Pr°P° 
T.  220  cccxxxi  (695  c),  cdli  (277  c-288  a),  Tt.  1509 
x  (131  c)  :  4  maladies  corporelles,  Vent,  Chaud 
[=Bile],  Flegme,  combinées,  etc.  ;  4  mentales  :  Cupi- 
dité, Malveillance,  Erreur,  Orgueil  (et  autres  Passions, 
.Entraves,  Enveloppements,  etc.). — Le  M°pr°p°sâstra 
Tt.  1509  lix  (478  b)  donne  une  classification  des 
maladies  mentales  en  84.000  :  21.000  de  la  Cupidité, 


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21.000  de  la  Malveillance,  21.000  de  l'Erreur,  21.000 
combinées  ;  mais  cette  classification  n'a  rien  de  médi- 
cal :  ce  n'est  qu'une  interprétation  métaphorique, 
fondée  sur  la  comparaison  des  Passions  avec  les 
4  fois  101  espèces  de  maladies,  du  grand  total  de 
84.000  qui  est  usuel  pour  les  Passions  [cf.  Dzsi.  m, 
292]. — Le  Gandavyûha  T.  293  xi  (711  a)  a  une  clas- 
sification qui  se  retrouve  chez  Susruta  [Jolly,  47]  : 

(1)  maladies  corporelles  [sk.  sârîra]  :  Vent,  jaune( 
Bile,  chaud,  etc.  ;  (II)  maladies  mentales  [sk.  mânasa]  : 
folie,  désordres  mentaux,  etc.  ;  (III)  maladies  adve- 
nues [de  l'extérieur,  sk.  âgantu]  :  blessures,  surme- 
nage, etc.  ;  (IV)  maladies  naturelles  ou  congénitales 
[sk.  svabhâvika  ;  le  ch.  a  kuu  $L  ^  qui  doit  corres- 
pondre à  sahaja,  terme  qu'emploient  des  traités  médi- 
caux postérieurs  à  Susruta]  :  faim,  soif,  chaud,  froid, 
Douleur,  Plaisir,  Tristesse,  Joie,  etc.  Toutes  ces 
maladies,  au  nombre  de  404,  sont  dues  au  déséqui- 
libre des  quatre  Eléments,  à  raison  de  101  par  Elé- 
ment. Dans  un  passage  ultérieur,  le  Gandavyûha 
ajoute  aux  quatre  Natures  du  corps  qui  correspondent 
aux  quatre  Éléments,  i.  e.  :  (1)  solide  (p.  ex.  les  360  os 
[c'est    le   chiffre    que    donne    Suâruta,    Jolly.    43]), 

(2)  humide,  (3)  chaude  et  (4)  mobile,  une  5e  Nature, 
celle  de  l'Espace,  correspondant  à  l'Elément  Espace 
[5e  Elément]  qui  est  celui  des  "interstices"  anato- 
miques  (système  vasculaire).  Cet  ouvrage  (ib.  711  b) 
divise  l'année  en  six  saisons  :  les  maladies  du  Flegme 
se  produisent  pendant  lés  saisons  du  printemps  et 
de  la  neige  ;  celles  du  Vent,  pendant  les  saisons  de  la 
chaleur  et  de  la  pluie  ;  celles  du  "jaune-chaud" 
[=Bile,  sup.  251  a],  pendant  les  saisons  de  l'automne 
et  du  froid  [cf.  sup.  253  b].  Enfin  (ib.  711  c)  les  mala- 
dies   mentales,    ou    Passions,    se    subdivisent    en  : 

(1)  Cupidité,  curable  par  la  méditation  de  l'Impur  ; 

(2)  Malveillance,  curable  par  la  méditation  de  Bonté  ; 

(3)  Erreur,  curable  par  l'enseignement  des  divers 
Caractères  des  Essences  ;  (4)  combinées,  curables 
par  la  méditation  de  l'Impur  et  de  la  Bonté. — Le 
Dîrghâgama  T.  1  vi  (41  c)  énumère  les  9  maladies 
qui  subsisteront  seules  sous  la  Loi  du  messie  Mai- 
treya,  lorsque  les  hommes  vivront  jusqu'à  80.000  ans  : 
(1)  froid,  (2)  chaud,  (3)  faim,  (4)  soif,  (5)  selles, 
(6)  urine,  (7)  Désir,  (8)  gloutonnerie,  (9)  vieillesse  ; 
liste  analogue  Tt.  1644  ix  (217  a),  mais  sans  la  soif 
et  la  gloutonnerie  ;  les  listes  correspondantes  du 
Madhyamâgama  T.  26  xv  (70  b)  et  du  Dîghanikâya, 
xxvi,  23,  sont  également  plus  brèves. — Énumération 
des  neuf  causes  de  mort  violente  ou  prématurée 
(ôshi  HI^E) — c.-à-d.  survenant  avant  l'épuisement 
de  la  longévité  normale  (sk.  âyus) — ,  dans  un  petit 
texte  dont  la  td.  est  attribuée  à  Anseikô  (Ngan  Che 


kao)  T.  150  A  (880-881),  150  B  :  (1)  alimentation 
inopportune  (p.  ex.  manger  quand  on  est  rassasié)  ; 
(2)  alimentation  immodérée  ;  (3)  alimentation  inac- 
coutumée (p.  ex.,  dans  un  pays  étranger,  manger 
hors  de  saison  des  aliments  auxquels  on  n'est  pas 
habitué)  ;  (4)  indigestion  (reprendre  des  aliments 
qu'on  n'a  pas  digérés,  au  lieu  de  les  éliminer  par  un 
émétique)  ;  (5)  arrêter  le  "chaud"  (ne  pas  déféquer 
ou  uriner  dès  qu'on  en  ressent  le  besoin,  retenir  les 
éructations,  crachats,  éternuements,  vents  inférieurs)  ; 
(6)  violation  des  Défenses  (Meurtre,  Vol,  adultère, 
Mensonge,  Usage  de  l'alcool  [cf.  *Aku],  qui  conduisent 
à  la  mort  soit  par  exécution  capitale,  soit  par  empri- 
sonnement et  inanition,  soit  par  vengeance  de  l'ennemi, 
ou  encore  par  hypocondrie  due  à  la  crainte  et  au 
remords)  ;  (7)  mauvaises  fréquentations  ;  (8)  péné- 
trer dans  une  localité  en  temps  inopportun  (au 
moment  où  l'on  s'y  bat,  où  l'autorité  officielle  y 
sévit,  etc.)  ;  (9)  ne  pas  éviter  ce  qui  est  évitable  (p.  ex. 
un  éléphant,  un  cheval  ou  un  taureau  furieux,  etc.). 
Listes  analogues,  avec  des  variantes,  dans  Mahâsân- 
ghika-Vinaya  T.  1425  xxvm  (457  a)  ;  Mahâpari- 
nirvânasûtra  T.  374  xxvi  (518  c)  ;  Sûtra  de  Bhaisa- 
jyaguru  T.  449-451  ;  Sûtra  du  B.  sur  la  médecine 
T.  793  [sup.  254  b].  Cf.  aussi  Milindapafiha,  p.  302. 
— L'exégète  ch.  Chiki  (Tche  yi),  à  la  fin  du  vie  s., 
donne  dans  Ttt.  1911  vin  A  (106  a-107  c)  une  clas- 
sification des  maladies  fort  élaborée,  dont  certains 
éléments  sont  empruntés  à  la  médecine  ch.  Cette 
classification  peut  se  résumer  ainsi  :  L'auteur  dis- 
tingue tout  d'abord  les  maladies  "réelles"  des  mala- 
dies d' "opportunisme",  ces  dernières  n'étant  que 
des  Moyens  empruntés  pour  l'édification  des  Pro- 
fanes ou  des  Laïcs  [cf.  sup.  235  b].  Les  maladies  réelles 
sont  celles  du  Corps  de  Naissance,  rétributions  d'Actes, 
qui  empêchent  de  cultiver  le  Chemin  Saint.  Elles 
se  classent  (séméiologiquement)  d'après  les  syndromes 
(sô  >fg,  Caractères  ou  Signes)  que  révèle  au  médecin 
l'examen  des  Sons,  des  Formels  (symptômes  audibles 
et  visibles)  et  du  pouls.  P.  ex.  l'examen  du  pouls 
[ceci  est  purement  ch.]  permet  de  diagnostiquer  une 
maladie  de  telle  ou  telle  des  cinq  viscères  :  si  le  pouls 
est  "abondant  et  droit",  il  s'agit  d'une  maladie  du 
foie,  etc.  ;  l'examen  somatologique  permet  d'attri- 
buer la  maladie  soit  à  tel  ou  tel  des  quatre  Éléments, 
soit  à  tel  ou  tel  des  viscères  :  p.  ex.  si  le  corps 
est  douloureux,  lourd,  dur,  noueux,  sec,  rhumatisant, 
maigre,  c'est  le  symptôme  d'une  affection  de  l'Élé- 
ment solide  (Terre),  etc.  ;  si  le  visage  est  terne  et 
que  les  membres  manquent  de  sueur,  il  s'agit  d'un 
trouble  du  foie,  etc. — La  classification  étiologique  des 
maladies  est  sextuple  :  (1)  Maladies  dues  au  désac- 


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cord  des  quatre  Éléments  :  (a)  Lorsque  la  chaleur 
extérieure  renforce  le  Feu  corporel,  qui  l'emporte 
alors  sur  l'Eau,  c'est  la  maladie  du  Feu  ;  (b)  lorsque 
le  froid  extérieur  augmente  l'Élément  Eau,  celui-ci 
nuit  à  l'élément  Feu  ;  c'est  la  maladie  de  l'Eau  ; 
(c)  lorsque  le  Vent  extérieur  augmente  le  pneuma 
(ki  ^),  qui  souffle  sur  le  Feu,  lequel  agite  l'Eau, 
c'est  la  maladie  du  Vent  ;  (d)  il  y  a  maladie  combinée, 
lorsque  l'élément  Terre  est  lésé  par  une  augmentation 
des  trois  autres  Éléments,  ou  encore  lorsqu'une  par- 
tie [solide = Terre]  du  corps  augmente  et  nuit  aux 
trois  autres  Éléments.  Les  quatre  Éléments  sont 
comparés  à  des  serpents  d'espèces  différentes  [mis 
dans  une  même  corbeille],  à  des  hiboux  ennemis 
perchés  sur  une  même  branche,  à  des  pythons  terrés 
avec  des  rats  dans  un  même  trou,  à  quatre  pays 
voisins  en  état  de  guerre,  etc.  (2)  Maladies  dues  à 
des  dérangements  alimentaires  :  p.  ex.  le  gingembre, 
la  cannelle,  les  matières  acres  augmentent  le  Feu  ; 
le  sucre,  le  miel,  les  matières  douces  et  froides  aug- 
mentent l'Eau  ;  les  poires  augmentent  le  Vent  ;  la 
graisse  augmente  la  Terre  ;  etc.  (3)  Maladies  dues 
à  des  désordres  dans  l'exercice  de  l'Extase  (zazen- 
fusetsu  *fef?^*t?îî)  :  certaines  habitudes  ou  pra- 
tiques abusives  au  cours  des  exercices  Extatiques 
peuvent  être  nocives  ;  désordres  respiratoires,  etc.  ; 

(4)  Maladies  démoniaques  (kibyô  fàfâ),  dues  à  l'in- 
trusion de  démons  dans  les  quatre  Éléments  ou  dans 
les  cinq  viscères  :  l'existence  de  ces  démons  est  prou- 
vée par  les  cures  que  réussissent  les  exorcistes  dans 
des   cas   où   la   médecine   normale   reste   inefficace. 

(5)  Maladies  de  Mâra  (mabyô  Jjj|$|),  qui  attaquent 
l'Esprit,  tandis  que  les  maladies  "démoniaques"  ne 
nuisent  qu'au  corps  ;  il  s'agit  plus  particulièrement 
des  pensées  et  Conceptions  perverses  qui  viennent 
troubler  l'Esprit  du  pratiquant  au  cours  de  l'Inspec- 
tion, et  lui  font  perdre  les  Mérites  qu'il  s'était  acquis. 

(6)  Maladies  dues  aux  Actes  commis  dans  les  exis- 
tences antérieures  ou  dans  l'existence  présente  ;  aux 
cinq  Péchés  Capitaux  (cf.  *Aku)  correspondent  des 
maladies  des  cinq  Organes  et  des  cinq  viscères  : 
(a)  Meurtre->maladies  de  l'œil  et  du  foie  ;  (b)  Alcoo- 
lisme->maladies  de  la  bouche  et  du  cœur  ;  (c)  Luxure-> 
maladies  des  oreilles  et  des  reins  ;  (d)  Mensonge->- 
maladies  de  la  langue  et  de  la  rate  ;  (e)  Vol->maladies 
du  nez  et  des  poumons. 

Thérapeutique. — Dans  son  traité  précité  Ttt.  191 1 
vin  A  (107  c-109),  l'auteur  ch.  Chiki  (Tche  yi) 
distingue  des  méthodes  thérapeutiques  diverses,  entre 
lesquelles  il  faut  choisir  d'après  le  genre  de  la  maladie 
à  traiter  :  (1-2)  Les  maladies  d'origine  Élémentaire  et 
alimentaire  se  traitent  par  des  recettes  et  des  médica- 


ments ;  (3)  les  maladies  dues  à  des  désordres  Extatiques 
se  traitent  par  la  pratique  renouvelée  de  l'Extase,  en 
veillant  à  bien  régler  la  respiration  et  l'Inspection  ; 
(4-5)  les  maladies  démoniaques  et  celles  de  Mâra  se 
traitent  par  les  exercices  d'Inspection  et  par  les 
Charmes  ;  (6)  les  maladies  dues  aux  Actes  passés  se 
traitent,  intérieurement  par  l'Inspection,  et  extérieu- 
rement par  la  Contrition  (*sange  fJRtfe  :  confession, 
repentir,  pratiques  expiatoires,  etc.). — Il  y  a  dans 
cette  classification  une  analyse  judicieuse  des  trois 
genres  de  thérapeutique  qui  se  laissent  aisément  dis- 
cerner dans  les  documents  bouddhiques  :  thérapeu- 
tique d'ordre  religieux  (soit  externe  :  pratiques  de 
Contrition,  soit  interne  :  techniques  mentales,  Concen- 
tration, Inspection,  etc.,  soit  à  la  fois  externe  et 
interne  :  pratiques  respiratoires  associées  aux  exercices 
psychiques)  ;  thérapeutique  d'ordre  magique  (Charmes, 
exorcismes,  etc.)  ;  thérapeutique  proprement  médi- 
cale (drogues,  diététique,  chirurgie,  etc.).  Cette  triple 
classification  est  du  reste  suggérée  par  le  B.  lui-même 
dans  un  passage  de  l'Udânavarga  T.  211  11  (579  a-b)  : 
Un  Maître-de-maison  de  Srâvastî,  Sudatta,  lui-même 
converti  et  Entré-dans-le-courant,  invite  le  B.  à  voir 
un  de  ses  amis,  Kôshi  ^p^Ê  (Sudâna  ?),  qui  ne  croit 
ni  au  bouddhisme  ni  à  la  médecine  ;  malade  et  à 
l'article  de  la  mort,  cet  ami  refuse  tout  traitement 
médical,  déclarant  qu'il  a  toujours  voué  son  culte 
au  soleil  et  à  la  lune  et  pratiqué  la  loyauté  envers 
son  souverain  et  la  piété  envers  son  père  et  ses 
ancêtres  :  ces  observances,  dit-il,  doivent  lui  suffire  ; 
c'est  de  ses  protecteurs  qu'il  implore  secours,  en 
jeûnant  avec  révérence,  et  il  n'a  que  faire  de  médi- 
caments, aiguilles,  cautères,  etc.  Le  B.  lui  fait  obser- 
ver qu'il  y  a  trois  causes  de  mort  prématurée  (ôshi 
ff*^.  CI-  SUP-  25°)  :  i1)  ne  Pas  traiter  la  maladie; 
(2)  la  traiter  sans  prudence  ;  (3)  l'entêtement  et  l'in- 
docilité du  malade.  Il  y  a  aussi  trois  thérapeutiques  : 
(1)  les  médicaments,  pour  les  maladies  dues  au 
"froid"  ou  au  "chaud"  des  quatre  Éléments  ;  (2)  [la 
récitation,  en  manière  de  Charmes,  des]  textes  boud- 
dhiques (kyôkai  j^^ic),  pour  les  maladies  démo- 
niaques ;  (3)  le  culte  des  saints  et  des  dieux,  les 
œuvres  charitables,  et  la  destruction  des  Masses 
par  la  Sapience. — Thérapeutique  religieuse. — Entre 
ces  différentes  thérapeutiques,  les  limites  sont  du 
reste  loin  d'être  nettes  ;  on  passe  de  l'une  à  l'autre 
par  des  transitions  insensibles,  qui  devaient  échapper 
à  l'observation  et  à  la  conscience  des  bouddhistes 
anciens.  Dans  les  Âgama,  p.  ex.,  nous  voyons  le 
Moine  Ksema  (Shama  fë¥$Ê,  p.  Khema)  guéri  d'une 
maladie  grave  par  la  conviction,  obtenue  après  un 
long  dialogue  avec  les  Anciens  de  la  Communauté, 


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de  l'inexistence  d'un  .Soi  dans  les  cinq  Masses,  Sam°- 
Âg°  T.  99  v  (29  c-30  c)  [=S°N°,  V,  p.  89  sq.].  De 
même,  Anuruddha  réussit  à  supporter  avec  Patience 
sa  maladie,  puis  finalement  à  s'en  guérir,  en  fixant 
son  Esprit  sur  les  quatre  Aide-mémoires,  ib.  xx 
(140  b-c)  [=S°N°,  V,  p.  302]  ;  c'est  par  le  même  moyen 
que  s'est  guéri  aussi  le  Laïc  Dharmadinna  (p.  Dham- 
madinna),  ainsi  qu'il  l'explique  ensuite  à  Anuruddha, 
ib.  xxvn  (270  c-271  a)  [=S°N°,  V,  p.  406  sq.].  Dans 
d'autres  cas,  c'est  la  prédication  de  la  Loi  "in  extre- 
mis" qui,  sans  empêcher  la  mort,  procure  au  malade 
une  sorte  de  transfiguration  physique  au  moment 
de  la  mort  :  il  manifeste  par  tous  ses  Organes  un  vif 
contentement,  son  visage  se  purifie,  sa  peau  devient 
fraîche  et  blanche  :  c'est  qu'à  l'ouïe  de  la  Loi  prêchée 
par  le  B.  il  a  brisé  les  cinq  Entraves  inférieures  ;  son 
Esprit  s'est  délivré  dé  tout  Écoulement  ;  il  a  obtenu 
le  Parinirvâna  dans  la  Sécurité  de  la  Loi  [Phagguna, 
S°Âg°  ib.  xxxvii  (266  c-267  W=Ang°N°,  VI,  lvi; 
Assaji,  ib.  (267  b-c)=S°N°,  vol.  III,  p.  124  sq.  ; 
Gilâna  ib.  (267  c-268  a)=S°N°,  vol.  IV,  p.  46  sq.  ; 
cf.  aussi  ib.  (268  a-b)].  Une  pensée  correcte,  une 
Connaissance  correcte,  l'Inspection  du  corps,  la  maî- 
trise des  convoitises  mondaines . . . ,  permettent  de 
vaincre  la  Douleur,  enseigne  le  B.  à  des  Moines 
malades  [S°Àg°  ib.  (268  b-269  a)=S°N°,  vol.  IV, 
p.  210  sq.  Gelanna].  Dans  ces  textes  s'affirme  la 
valeur  curative  de  la  conviction  religieuse,  de  la 
méditation  des  dogmes  bouddhiques,  de  leur  prédi- 
cation (cf.  dans  le  christianisme  le  texte  de  Jacques, 
v,  14,  qu'invoquent  les  adeptes  de  la  "Christian 
Science",  sur  la  double  guérison,  corporelle  et  spiri- 
tuelle, due  aux  "prières  de  la  foi"  récitées  auprès  des 
malades  par  les  "Anciens  de  l'Eglise").  Mais  selon 
l'Ekottarâgama  T.  125  xxxm  (731  a-b)  cette  prédica- 
tion ne  suffit  pas  :  le  malade  doit  réciter  lui-même  les 
formules  sacrées.  Il  s'agit  du  Moine  Cunda,  atteint 
d'une  affection  grave,  et  qui  se  trouve  isolé;  le  B., 
averti  par  son  oreille  Divine,  lui  rend  visite  avec  une 
assemblée  de  Moines.  Il  lui  demande  d'abord  s'il  se 
sent  assez  bien  pour  recevoir  ses  enseignements.  Cunda 
répond  que  sa  maladie  ne  fait  que  s'aggraver  :  et  cepen- 
dant aucun  médicament  ne  lui  manque  ;  mais  ses 
gardes-malades  ne  sont  pas  des  Moines,  ce  sont  de 
simples  Brahmisants  [donc  des  Laïcs,  incapables  de  lui 
prêcher  ou  de  lui  réciter  la  Loi  avec  l'autorité  conve- 
nable]. Le  B.  l'invite  alors  à  lui  réciter  les  noms  des 
sept  Membres  de  l'Eveil.  Cunda  commence  par  les 
invoquer  trois  fois  pour  lui-même  ;  il  retrouve  ainsi 
assez  de  force  pour  les  réciter  en  s'adressant  au  B.,  et 
obtient  aussitôt  une  guérison  complète.  Il  loue  ensuite, 
comme  le  meilleur  de  tous  les  médicaments,  cette 


Essence  que  sont  les  sept  Membres  de  l'Eveil  ;  cet  éloge 
est  aussitôt  approuvé  et  confirmé  par  le  B.  devant 
les  Moines  assemblés.  Le  passage  à  la  thérapeutique 
magique  est  ici  manifeste  :  un  texte  sacré,  une  for- 
mule dogmatique  devient  un  Charme  curatif.  [Le 
sutta  p.  correspondant,  Sam°Nik°  vol.  V,  p.  81,  pré- 
sente des  divergences  significatives  :  tout  ce  qui 
concerne  l'invocation  de  la  formule  est  supprimé  ; 
c'est  le  B.  qui  est  malade,  et  Cunda  qui  le  guérit 
par  une  prédication  banale  sur  les  Membres  de 
l'Eveil.] — Le  Ratnakûta,  T.  310  xliii  (250)  b),  promet 
au  Bs.  qui  pratique  la  Perfection  des  Défenses  [mora- 
lité] quatre  sortes  d'absence  de  maladie  (sk.  ârogya)  : 
(1)  Il  sera  exempt  de  maladies  chroniques  ;  (2)  il 
ne  sera  ni  maigre  ni  souffreteux,  ses  membres  seront 
frais  et  brillants  ;  (3)  il  ne  manquera  jamais  de  l'Equi- 
pement nécessaire  à  sa  vie  ;  (4)  il  échappera  aux 
violences  des  rois,  des  brigands,  des  méchants,  etc. 
— Dans  la  littérature  de  Prajnâpâramitâ,  c'est  l'exer- 
cice de  la  Perfection  de  la  Sapience  qui  immunise  contre 
toute  Tristesse  mentale,  toute  Douleur  corporelle, 
les  404  maladies  des  yeux,  des  oreilles,  du  nez,  de 
la  langue,  du  corps,  des  membres  et  articulations, 
dues  au  conflit  des  quatre  Eléments  T.  220  cdliv 
(295  a),  dxix  (659  a),  etc.  ;  ou  bien,  c'est  l'étude  de 
cette  même  Sapience  qui  assure  le  Bs.  contre  une 
longue  série  d'infirmités  :  cécité,  surdité,  mutité,  etc. 
T.  220  dlii  (846  c),  etc.  [sur  ces  deux  lieux  communs 
des  textes  de  Pr°P°,  cf.  Dzsi.  1,  706]. — Les  techniques 
de  l'Extase,  qui  restent  d'ordre  religieux  par  leurs 
buts  mystiques,  relèvent  en  même  temps  de  la  méde- 
cine :  elles  ont  un  double  aspect  physique  et  spirituel, 
"comme  la  fumée  est  à  la  fois  bois  et  feu".  L'Ins- 
pection Extatique,  nous  dit  Chiki  (Tche  yi)  [sup. 
257  b],  sert  à  contrecarrer  les  maladies  du  corps  dues 
à  la  possession  démoniaque  et  les  affections  mentales 
provoquées  par  Mâra.  Mais,  pratiquée  défectueuse- 
ment, l'Extase  peut  aussi  donner  lieu  à  des  troubles 
morbides  ;  et  à  ces  troubles,  c'est  encore  l'Extase 
qui  peut  seule  remédier.  Dans  un  passage  où  se 
trouvent  curieusement  mêlés  des  termes  et  des  notions 
bouddhiques  et  taoïques  (ou  d'origine  taoïque,  mais 
devenus  le  fonds  commun  de  la  médecine  ch.),  Chiki 
(loc.  cit.,  108  a-109  b)  énumère  six  variétés  de  théra- 
peutique Extatique  :  (1)  Les  pratiques  de  Quiétude, 
qui  consistent  à  fixer  l'Esprit  sur  tel  ou  tel  point  du 
corps,  notamment  au  nombril,  à  partir  duquel,  dit 
cet  auteur,  sort  [par  la  bouche]  toute  respiration, 
auquel  elle  revient  en  entrant  [par  le  nez],  et  qu'il 
rapproche  du  "champ  de  cinabre"  (tanaen  j*J-  09)  de 
la  physiologie  ch.,  région  de  2  1/2  pouces  située 
au-dessous  du   nombril   et   définie   comme  la    "mer 


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du  souffle"  (kikai  3H$|).  (2)  La  thérapeutique  du 
"souffle"  (ki  ^)  :  il  y  a  six  façons  de  souffler,  grâce 
auxquelles  on  peut  traiter  chacune  des  maladies  des 
Humeurs,  des  viscères,  etc.  (3)  La  thérapeutique  res- 
piratoire (soku  jfl,),  qui  relève  à  la  fois  du  Formel  et 
de  l'Esprit,  de  même  que  la  fumée  est  à  la  fois  bois  et 
feu.  (4-5)  Les  thérapeutiques  par  la  méditation  por- 
tant sur  des  notions  d'ordre  Fictif  (kesô  iHtiftl)  et 
par  l'Inspection  directe  de  l'Esprit  (kanjin  fS'll')- 
qui  sont  exclusivement  mentales.  (6)  La  magie  (hôjutsu 
^Hf),  Formules  et  procédés  permettant  de  traiter 
les  troubles  corporels  (maladies  de  la  gorge,  des 
dents,  etc.)  qui  gênent  ou  que  provoque  l'Extase. — 
Les  techniques  Extatiques  jouent  un  rôle  impor- 
tant dans  le  bouddhisme  ch.,  en  raison  de  leur  simi- 
litude avec  les  pratiques  analogues  du  taoïsme.  Gijô 
(Yi  tsing)  Ttt.  2125  m  (224  b)  [Record,  133]  cite 
des  bouddhistes  ch.  qui  maîtrisèrent  la  maladie  en 
domptant  leur  souffle  et  en  pratiquant  l'Extase.  Il 
insiste  d'autre  part  sur  la  valeur  curative  du  jeûne, 
qui  procure  la  guérison  sans  qu'on  ait  besoin  de 
recourir  aux  procédés  médicaux,  cautères,  drogues, 
examen  du  pouls,  etc.  ;  le  jeûne  suffit  à  calmer  les 
trois  Humeurs  troublées,  et  grâce  à  lui  "tout  homme 
peut  devenir  son  propre  Jîvaka".  Gijô  rejoint  ici 
les  idées  taoïstes  ;  déjà' vers  l'an  200  p.  C,  les  taoïstes 
reprochaient  aux  bouddhistes  de  recourir  à  la  méde- 
cine pour  se  guérir  des  maladies  :  selon  eux,  c'était 
"en  se  nourrissant  d'air"  que  l'on  vit  longtemps 
[Bôshi  (Meou  tseu)  J^.-^,  td.  Pelliot,  T'oung  Pao, 
XIX,  319-320]. — Un  sûtra  spécial  td.  en  455  A.D., 
dont  l'original  provenait  de  l'Inde  par  la  voie  de 
Khotan,  la  "Méthode  secrète  pour  traiter  les  mala- 
dies de  l'Extase"  T.  620  [cf.  la  postface  (342  b)], 
enseigne  sous  douze  chefs  les  procédés  thérapeutiques 
recommandés  aux  Pratiquants  de  l'Extase  ;  cet  ouvrage 
abonde  en  informations  médicales  fort  curieuses. 
Voici  les  titres  des  douze  chapitres  :  (1)  72  procédés 
pour  contrecarrer  les  désordres  mentaux  [d'après 
une  glose,  ce  chapitre  serait  extrait  d'une  recension 
du  Samyuktâgama  ;  malgré  le  titre,  la  médecine 
proprement  dite  y  tient  une  place  considérable;  le 
chiffre  404  y  revient  constamment  :  404  maladies, 
404  vers,  etc.]  ;  (2)  thérapeutique  des  étouffements 
(provoqués  par  les  pratiques  d'Extase)  ;  (3)  théra- 
peutique :  des  troubles  morbides  causés  par  la  concupis- 
cence ;  (4)  des  ulcères  provoqués  par  un  désir  de 
lucre  excessif  et  obsédant  ;  (5)  des  infractions  aux 
Défenses  ;  (6)  de  la  mélomanie  (amour  excessif  de  la 
musique)  ;  (7)  de  la  passion  du  chant  :  Psalmodie,  etc. 
(cf.  *Bombai)  ;  (8)  du  besoin  d'uriner  causé  par  une 
surabondance  de  l'Élément  Eau  (dans  la  Concentra- 


tion de  l'Eau)  ;  (9)  de  la  céphalalgie,  de  l'ophtalmie 
et  de  la  surdité  dues  à  l'Elément  Feu  (dans  la  Concen- 
tration du  Feu)  ;  (10)  de  l'effroi  et  de  la  "perte  d'Es- 
prit" que  provoque  la  vue  des  choses  néfastes  qui 
se  révèlent  dans  la  Concentration  de  la  Terre  ;  (11)  de 
l'Elément  Vent  (dans  la  Concentration  du  Vent)  ; 
(12)  des  troubles  divers  causés  par  les  démons  qui 
s'attachent  aux  débutants  dans  l'Extase  et  les 
empêchent  de  réaliser  la  Concentration  [cette  der- 
nière partie  se  présente  comme  un  sûtra  prêché  à 
Ànanda]. — La  tradition  ch.  attribue  à  Bodhidharma, 
patriarche  de  la  secte  *Zen,  un  traité  de  technique 
respiratoire  et  gymnastique,  le  Ekikingyô  (Yi  kin 
king)  4^  $j  jjjj,  qui  passe  pour  avoir  été  étudié  par 
les  moines  du  Shôrinji  (Chao  lin  sseu)  A?jfo^f, 
temple  du  Kanan  (Ho  nan)  ytoj  fâ  où  Bodhidharma 
est  censé  avoir  pratiqué  1 '"Inspection  murale"  ;  ce 
temple  a  donné  son  nom  à  une  école  de  boxe 
fameuse  en  Chine,  cf.  Pelliot,  T'oung  Pao,  1923, 
252-255.  [La  boxe  a  toujours  eu  en  Chine  un  carac- 
tère semi-religieux;  les  "Boxeurs"  de  1900  formaient 
une  société  secrète  issue  de  la  secte  "hérétique"  du 
Lotus  Blanc,  d'origine  bouddhique.] — Thérapeutique 
magique. — Déjà  divers  codes  de  Vinaya  (sup.  239-40), 
interdisant  au  clergé  l'étude  des  arts  magiques,  font 
exception  en  faveur  des  Charmes  médicaux.  Dans 
le  Canon  ch.  abondent  les  td.  de  Charmes  destinés  à 
combattre  soit  la  maladie  en  général,  soit  telle  ou 
telle  maladie  particulière  ;  un  certain  nombre  de  ces 
textes  forment  des  ouvrages  autonomes,  dont  une 
première  série  passe  pour  avoir  été  td.  à  la  fin  du 
IVe  s.  par  un  religieux  d'origine  occidentale,  Dom- 
muran  :  Charme  des  médicaments,  Charmes  contre 
les  poisons,  contre  les  maladies  climatiques,  contre  les 
affections  infantiles,  contre  les  maux  de  dents,  contre 
les  maux  d'yeux,  Charme  divin  du  roi  des  méde- 
cins Yuirôen  ffi^jj  ££  [*Virojana  <  Vairocana  ?],  etc. 
Cette  liste  des  Charmes  td.  par  Dommuran  est  emprun- 
tée à  un  catalogue  de  597  A.D.,  Ttt.  2034  vu  (70  b) 
[cf.  aussi  Ttt.  2154  m  (504  a),  xiv  (634  a)]  ;  mais  un 
catalogue  antérieur  (515  A.D.),  Ttt.  2145  iv  (31  b-c), 
classe  tous  ces  textes  comme  des  td.  anonymes. 
Quelques-uns  de  ces  petits  ouvrages  nous  sont  par- 
venus ;  les  éd.  ch.  du  Canon  les  classent  tantôt 
comme  anonymes,  tantôt  comme  des  td.  de  Dom- 
muran ;  ce  sont  des  Charmes  te.  ou  td.  en  ch.  et 
entourés  d'un  ,petit  cadre  littéraire,  hommage  aux 
Trois  Joyaux,  mode  d'emploi  du  Charme,  etc.  : 
T.  1326  "Sûtra  pour  Charmer  les  [maux  de]  dents" 
[ce  Charme  a  pour  but  d'exorciser  un  roi  des  vers, 
dont  le  nom  et  l'habitat  sont  indiqués,  qui  vient  se 
loger  dans  les  dents  et  provoque  ainsi  des  douleurs  ; 


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cf.  T.  1336  v  (609  a),  où  le  nom  du  ver  diffère  ;  on 
doit  réciter  ce  Charme  une  fois  la  bouche  pleine  d'eau 
pure,  puis  sept  fois  après  avoir  craché  l'eau  ;  texte 
analogue  T.  1336  vin  (626  b)]  ;  T.  1328  "Sûtra  pour 
Charmer  les  [maladies  des]  yeux"  ;  T.  1329  "Sûtra 
pour  Charmer  les  [maladies  des]  petits  enfants". — 
Vers  le  début  du  vme  s.,  Gijô  (Yi  tsing)  td.  un  "Sûtra 
de  la  guérison  des  hémorrhoïdes"  T.  1325  [ji  0 
désigne  dans  la  médecine  ch.  les  hémorrhoïdes  et 
doit  correspondre  ici  au  sk.  arsas — cf.  lat.  ulcus — , 
qui  s'applique  à  la  même  affection  ;  mais  il  est 
question  dans  ce  texte  de  «  ji  »  du  Vent,  du  chaud 
[=Bile],  du  Flegme,  des  trois  Humeurs  combinées, 
du  sang,  du  ventre,  du  nez,  des  dents,  etc.  :  il  semble 
qu'il  s'agisse  d'ulcères.] — Un  peu  plus  tard  Amogha- 
vajra  td.  un  "Sûtra  du  Charme  qui  détruit  toutes 
les  maladies"  T.  1323  [énumération  de  maladies], 
et  un  "Sûtra  du  Charme  qui  purifie  toutes  les  mala- 
dies des  yeux"  T.  1324  [Caksurvisodhanîvidyâ,  cf. 
Otani  Kanjur  Catalogue,  105  ;  c'est  à  ce  sûtra,  et  à 
la  formule  qu'il  contient,  qu'il  est  fait  allusion  dans 
un  épisode  de  T.  203  td.  par  Chavannes,  500  Contes, 
III,  70].  Parmi  les  ouvrages  td.  vers  1000  A.D.  par 
Hôken  (Fa  hien),  on  relève  un  Sûtra  ophtalmologique 
T.  1380,  analogue  à  T.  1324  ;  T.  1330,  Sûtra  de  pédia- 
trie, mis  dans  la  bouche  de  Râvana  [démon  devenu 
patron  de  la  pédiatrie,  comme  l'ogresse  Hârîtî  est  deve- 
nue la  protectrice  des  enfants  ;  sur  cet  ouvrage,  très 
répandu  dans  toute  l'Asie,  et  sur  ses  recensions  en 
tib.,  en  tamoul,  en  khmèr,  en  arabe,  cf.  Filliozat,  Le 
Kumâratantra  de  Râvana,  J.  As.  1935, 1,  et  Cahiers  de 
la  Soc.  As.,  IV,  1936]. — A  ces  quelques  ouvrages  auto- 
nomes, on  pourrait  ajouter  tous  les  Charmes  thérapeu- 
tiques insérés  à  foison  dans  la  littérature  Es.  [p.  ex. 
T.  1336,  td.  dans  la  première  moitié  du  vie  s.,  ou  encore 
T.  1059-1060,  td.  au  milieu  du  VIIe  s.].  C'est  un  genre 
que  cultivèrent  aussi  en  Chine  les  auteurs  de  sûtra 
apocryphes  ;  quelques  spécimens  de  leurs  élucubra- 
tions  ont  été  retrouvés  à  Tonkô  (Touen  houang)  : 
"Sûtra  pour  délivrer  des  maladies"  Ttt.  2865,  "Sûtra 
pour  protéger  la  vie  et  sauver  les  hommes  des  mala- 
dies, douleurs  et  dangers"  Ttt.  2878.  Ces  deux  textes 
avaient  été  condamnés  par  les  autorités  ch.  [cf. 
Msyu.  11,  194-230],  mais  à  titre  d'apocryphes  et  non 
pas  en  tant  que  Charmes  médicaux  ;  la  magie  cura- 
tive  était  parfaitement  admise  par  l'Eglise  ch.  et 
jamais  elle  ne  fut,  en  tant  que  magie,  exclue  des 
collections  canoniques.  Cf.  aussi,  parmi  les  mss.  de 
Touen  houang  conservés  à  la  Bibliothèque  Nationale 
de  Paris,  les  nos  2637  et  2703  du  Fonds  Pelliot  : 
1&1£  fx'  Mï  !§£>  "Sûtra,  prononcé  par  le  B.,  sur  la  cui- 
sine interrompue",  textes  de  forme  bouddhique,  mais 


d'inspiration  purement  taoïque,  qui  enseignent  une 
méthode  et  des  drogues  pour  se  guérir  de  toute  mala- 
die et  vivre  longtemps  sans  "cuisine  terrestre",  i.e. 
sans  alimentation  autre  que  les  "parfums  célestes"  ; 
ces  textes  sont  précédés  d'autres  recettes  lardées 
de  "sk.  de  cuisine". — Au  Japon,  le  Code  de  Taihô 
-X  ^  ^  (éd.  Ryôshûge-shakugi  ^  %  fë  Q  ^,  Tôkyô, 
1931,  vu  B,  191-192),  qui  au  début  du  vme  s.  régle- 
mente le  statut  officiel  du  clergé  bouddhique,  pres- 
crit de  séculariser  les  Moines  et  les  Nonnes  qui  se 
livreraient  à  la  divination  ou  soigneraient  les  malades 
au  moyen  des  "procédés  mineurs"  (shôdô  'hjj|,  i.e. 
d'après  les  cm.  l'emploi  d'amulettes  et  autres  pro- 
cédés "de  gauche")  ou  des  arts  magiques  (fujutsu 
Mfàf)  ',  mais,  ajoute  le  texte,  l'usage  des  Charmes 
thérapeutiques  "conformes  à  la  Loi  bouddhique" 
leur  reste  permis.  Un  décret  impérial  de  717  ratifia 
ces  dispositions,  en  ajoutant  que  les  Moines  et  les 
Nonnes  ne  pourraient  se  rendre  chez  des  malades 
qu'avec  la  permission  des  autorités  ecclésiastiques 
(Shokunihongi  vu,  4e  lune  de  la  ire  année  Yôrô). — 
Thérapeutique  proprement  médicale. — Les  huit  sec- 
tions (astânga)  de  la  médecine,  ou  de  l'Âyurveda, 
telles  que  les  énumèrent  les  traités  classiques  de 
l'Inde  (Jolly,  Medicin,  13),  sont  mentionnées  à  plu- 
sieurs reprises,  mais  sans  être  définies,  dans  le  Mahâ- 
parinirvânasûtra  T.  375  11  (617  c),  ix  (660  c-661  b), 
xxiii  (755  b).  [T.  375  ix  (660  c-661  b)  indique  les 
médications  suivantes  :  émétiques,  onguents,  asper- 
sions nasales,  fumigations,  lavages,  pilules,  poudres, 
Charmes  et  médicaments  antitoxiques  (onguents  anti- 
toxiques dont  on  enduit  les  chaussures  et  qui  éli- 
minent les  venins),  médicaments  pour  éloigner  les 
démons,  etc.]  Un  cm.  du  M0p°nirv°s0  daté  de  509  A.D. 
Ttt.  1763  xxm  (469  a),  donne  de  ces  "huit  tech 
niques  médicales"  la  liste  suivante  [cf.  aussi  Ttt. 
1767  vi. (73  a),  où  l'ordre  des  huit  diffère]  :  (1)  thé- 
rapeutique du  corps  (sk.  kâyacikitsâ)  ;  (2)  ophtalmo- 
logie (doit  correspondre  au  sk.  sâlâkya,  terme  qui 
désigne  la  "petite  chirurgie"  à  l'aiguille,  principale- 
ment celle  des  yeux,  des  oreilles,  etc.)  ;  (3)  trau- 
matologie ("thérapeutique  des  plaies",  sk.  salya, 
grande  chirurgie)  ;  (4)  pédiatrie  (sk.  kaumârabhrtya)  ; 
(5)  démonologie  ("thérapeutique  du  néfaste",  sk. 
bhûtavidyâ)  ;     (6)     toxicologie     (sk.     agadatantra)  ; 

(7)  embryologie  (  "thérapeutique  du  fœtus")  ;  (8)  astro- 
logie. Les  deux  derniers  termes  diffèrent  dans  les 
listes  indiennes  ;  à  la  fin  du  vne  s.,  Gijô  (Yi  tsing) 
Ttt.  2125  ni  (223  b-c)   [Record,   127]  les  remplace 

"par  les  termes  classiques  :  (7)  recettes  pour  prolonger 
la  vie  (sk.  rasâyana,  "élixirs",  ou  jarâ,  "vieillesse"); 

(8)  "suppléer  à  la  force  corporelle"   (sk.  vâjîkarana, 


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"aphrodisiaques").  Ttt.  1763  ajoute  qu'à  chacune 
des  huit  sections  correspondaient  2.000  stances  (gâthâ) 
de  "recettes". — L'ophtalmologie,  et  en  particulier 
l'opération  de  la  cataracte  à  l'aiguille  métallique 
(sk.  salâkâ),  est  l'objet  d'allusions  constantes  dans  les 
textes  bouddhiques  ;  v.  sup.  232  b,  236  a.  [L'opération 
de  la  cataracte  ne  date  ni  des  Hindous,  ni  des  Grecs  ; 
il  en  est  question  dans  le  Code  d'Hammourabi,  §  215- 
220. — Dr  F.]  Dans  l'Es.,  un  des  rites  symboliques  dont 
s'accompagne  la  cérémonie  de  l'Onction,  de  l'ondoie- 
ment initiatoire  (*kanjô,  sk.  abhiseka),  s'inspire  de 
cette  opération  :  le  Maître  tient  devant  l'initié  une 


I'"'g-   79-   Kombei.  Baguettes  pour  l'opération  symbolique  de  la  cataracte. 
(Une  à  deux  pointes  ou  deux  à  une  pointe.) 


baguette  de  métal  (ou  plus  précisément  d'or)  dite 
kombei  -^  4%  (ou  ~  f£,  etc.  :  sur  les  variantes  gra- 
phiques, v.  Ttt.  2128  xxv,  469  c  ;  la  version  tib.  de 
T.  848  donne  gser  gyi  thur  "baguette  d'or"),  en  lui 
adressant  une  stance,  que  le  Vairocanasûtra  T.  848 
11  (12  a)  cite  en  td.  ch.  et  dont  le  cm.  Ttt.  1796 
ix  (669  c)  donne  le  texte  sk.  en  te.  Par  cette  stance, 
le  Maître  déclare  à  l'initié  que  le  B.,  ce  "roi  des 
médecins"  (vaidya-râja),  lui  enlève  (apa-nî°)  la  "mem- 
brane" de  l'ignorance  (ajfïâna).  Pour  "membrane" 
(baku  Jj^L),  le  terme  sk.  est  patala  ;  ce  mot  désigne 
les  quatre  couches  ou  milieux  transparents  de  l'œil, 
dont  le  quatrième — le  cristallin — est  le  siège  des  opa- 
cités (ei  ^jf  "voile,  ombrage",  sk.  timira  "obscurité") 
;qui  constituent  la  cataracte  proprement  dite.  Les 
mêmes  termes  se  trouvent  dans  une  comparaison  du 


Mahâparinirvânasûtra  T.  374  vin  (411  c).  Le  cm. 
du  Vairocanasûtra  décrit  la  baguette  chirurgicale 
(konchû  ^:$§,  sk.  te.  salâkî)  comme  un  petit  vajra 
long  d'environ  4  à  5  pouces,  aminci  au  milieu,  avec 
deux  pointes  arrondies  et  lisses  que  les  médecins 
enduisent  de  médicaments  et  qu'ils  font  pénétrer 
dans  chacun  des  deux  yeux  [on  emploie  aussi  deux 
baguettes  à  une  seule  pointe,  une  pour  chaque  oeil, 
cf.  fig.  79]  ;  un  autre  texte  Es.,  T.  866  iv  (252  a), 
spécifie  que,  dans  le  rite  symbolique,  le  Maître  s'en 
sert  pour  frotter  les  yeux  de  l'initié.  On  trouvera 
dans  Mdjt.  740  des  images  de  ces  lancettes  rituelles, 
telles  qu'on  les  utilise  au  Japon  pour  les  initiations  Es.  ; 
le  type  en  remonte  à  des  spécimens  importés  de  Chine 
au  IXe  s.  C'est  par  allusion  à  ces  instruments  qu'un 
auteur  ch.  de  l'école  Zen  a  donné  le  titre  de  "Baguette 
de  vajra"  à  un  célèbre  petit  traité  sur  la  Nature 
d'Éveil  des  êtres  inanimés,  Ttt.  1932  (^BlJ^). — 
Quant  à  la  grande  chirurgie,  il  en  est  surtout  ques- 
tion à  propos  de  Jîvaka  et  de  ses  six  cures  ;  on  se  bor- 
nera à  signaler  ici  la  laparotomie  et  la  trépanation, 
décrites  dans  un  sûtra  qui  passe  pour  avoir  été  td.  par 
Anseikô  (Ngan  Che  kao)  vers  148-170  A.D.,  T.  553  [td. 
Chavannes,  500  Contes,  m,  n°  499  ;  cf.  T.  554].  Ce  sûtra 
est  apparenté  au  Dharmaguptaka-Vinaya  T.  1428  XL 
(852  b-c),  où  l'opération  du  trépan,  avec  anesthésie 
par  l'ivresse,  constitue  la  3e  des  six  cures  effectuées  par 
Jîvaka  :  Il  fait  absorber  au  malade  des  aliments  salés 
pour  l'assoiffer,  l'abreuve  d'alcool,  l'attache  à  son  lit, 
entouré  de  ses  parents  que  Jîvaka  a  réunis  pour  qu'ils 
assistent  à  l'opération  ;  il  ouvre  au  couteau  l'os  sincipi- 
tal,  en  retire  des  vers  qu'il  montre  à  la  famille,  remplit 
la  tête  de  beurre  et  de  miel,  et  recoud  le  crâne.  La 
laparotomie,  4e  cure  de  Jîvaka  ib.  (852  c-853  a), 
consiste  à  ouvrir  au  couteau  le  ventre  du  patient, 
à  lui  dénouer  les  intestins,  puis  à  recoudre  la  peau 
qu'on  enduit  d'herbes  médicinales.  Mêmes  épisodes 
dans  le  Vinaya  p.  (Mahâvagga,  VIII,  1,  18,  22)  et 
dans  le  M°sarv°Vinaya,  qui  toutefois  ne  mentionne 
pas  la  laparotomie  (Kanjur,  td.  Schiefner- Ralston, 
Tib.  Taies,  75  sqq.,  passage  qui  semble  manquer  dans 
la  version  ch.  de  ce  Vinaya). — L'incision  au  couteau 
de  la  fistule  de  l'anus  (2e  opération  de  Jîvaka  dans 
le  Dh°gupt°V°)  est  proscrite,  pour  le  clergé,  comme 
inconvenante  et  dangereuse,  dans  la  plupart  des 
Disciplines  :  Mahâvagga,  VI,  22  [l'opérateur  est  le 
médecin  Âkâsagotta]  ;  Sarvâstivâda  T.  1435  xxvi 
(187  a-b)  [médecin  nommé  Atrigotra,  cf.  Atri,  Âtreya, 
noms  du  maître  de  Jîvaka]  ;  Mahîsâsaka  T.  1421 
xxn  (147  c)  [autorise  l'incision  pour  d'autres  abcès]  ; 
Dharmaguptaka  T.  1428  xlii  (871  a)  [interdit  aussi 
d'inciser  les  fistules  des  aisselles,  et  indique  d'autres 


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procédés  de  traitement]. — L'embryologie  fait  l'objet 
de  deux  sections  du  Ratnakûta,  T.  310  (13  et  14)  ; 
cf.  Pelliot,  J.  As.  1914,  11,  125,  et  Lalou,  ib.  1927,  il, 
240.  Du  premier  de  ces  textes,  qui  se  termine  par  un 
extrait  du  Sarhyuktâgama  (T.  99  11,  7  c-8  a  =  Sam0 
Nik°  22,  59,  Panca),  une  version  antérieure,  T.  317,  a 
été  très  médiocrement  rendue  en  ail.  par  le  Dr  Hûbot- 
ter  :  Die  Sutra  (sic)  ûber  Empfângnis  und  Embryo- 
logie, Mitt.  d.  D.  Ges.  f.  Nat.-  u.  V.-k.  Ostasiens,  xxvi,  c, 
1932;  le  premier  texte,  T.  310  (13),  se  retrouve  dans 
le  Mûlasarv0  Vinaya  T.  145 1  xi-xii.  Plus  strictement 
médical  est  le  "Sûtra  de  gynécologie,  enseigné  par  le 
Voyant  Kâsyapa"  à  son  élève  Jîvaka,  lui-même  dési- 
gné ici  comme  un  Voyant  ;  ce  petit  traité  prescrit  des 
médications  pour  chacun  des  10  (ou  12)  mois  de  la 
grossesse  ;  hors  le  nom  de  Jîvaka,  il  n'a  absolument 
rien  de  bouddhique  ni  par  la  forme,  ni  par  le  fond. 
— La  littérature  de  Vinaya  est  riche  en  renseigne- 
ments thérapeutiques  de  toute  sorte,  qu'il  est  impos- 
sible de  signaler  ici  [p.  ex.  T.  1421  xxii  (147),  1428 
xlii  (870-871),  etc.  ;  pour  la  pharmacopée,  cf.  *Yaku]  ; 
on  se  reportera  du  reste  aux  citations  et  "éférences 
données  passim  dans  le  présent  article. 

Le  bouddhisme  et  la  médecine  indienne. — On  ne 
saurait  non  plus  examiner  ici  le  rôle  joué  par  les 
bouddhistes  dans  le  développement  de  la  médecine 
indienne.  Il  semble  d'ailleurs  peu  vraisemblable  qu'à 
la  médecine  âyurvédique  se  soit  jamais  opposée  une 
véritable  médecine  bouddhique  :  on  ne  perdra  pas 
de  vue  l'interdit  prononcé  par  le  P.V.  contre  les 
études  médicales  ;  rien  n'autorise  à  distinguer  en  Inde 
une  "médecine  conventuelle"  de  la  tradition  propre- 
ment médicale,  comme  le  font  dans  l'Occident  chrétien 
les  historiens  de  la  médecine  p.  ex.  pour  l'époque  des 
invasions  barbares  en  Italie.  Lorsqu'en  519  l'am- 
bassadeur ch.  Sôun  (Song  Yun)  tomba  malade  en 
Uddiyâna,  pays  dont  le  roi  et  la  population  étaient 
bouddhistes,  c'est  un  brahmane  qui  le  guérit  par 
ses  Charmes  (Chavannes,  BEFEO,  III,  413).  L'at- 
tribution à  Nâgârjuna  de  textes  médicaux.  (Utta- 
ratantra,  supplément  de  Susruta  ;  surtout  Yogasa- 
taka,  cf.  Filliozat,  Bull.  Soc.  Fr.  Hist.  Méd.,  janv.  1934, 
33-34.  e*  J-  As.,  1934,  1,  305)  n'a  pas  plus  de  valeur 
que  celle  des  autres  ouvrages  de  genres  variés  que 
la  tradition  bouddhique  (ou  même  extra-bouddhique) 
place  sous  le  nom  commode  et  prestigieux  de  ce 
patron  de  l'Es.  Le  médecin  par  excellence  de  la 
littérature  bouddhique,  Jîvaka,  avait  eu  pour  maître 
Atri[-Pingala]  (T.  1428  xxxix,  841  b  ;  cf.  aussi 
ci-dessus  261  b,  et  Chavannes,  500  Contes,  III,  334)  ; 
Atri  ou  Âtreya  est  le  nom  d'un  Voyant,  émule  de 
Dhanvatari  le  fondateur  de  l'Âyurveda  (cf.  *Ateiri). 


Caraka,  auteur  d'un  traité  médical  classique,  passe 
chez  les  bouddhistes  pour  avoir  été  le  médecin  de 
Kaniska  [T.  203  vin  (484  b),  td.  Chavannes, 
500  Contes,  III,  85  ;  Tt.  2058  v  (316  c),  td.  Lévi, 
J.  As.  1896,  11,  481,  et  cf.  R.  F.  G.  Millier  in  JRAS., 
1932,  p.  803  sqq.]  ;  cela  ne  prouve  nullement  qu'il 
ait  été  bouddhiste,  et  de  fait  le  traité  qu'on  lui  attri- 
bue semble  s'inspirer  d'idées  brahmaniques  (Win- 
ternitz,  Gesch.  Ind.  Litt,  III,  546).  Le  Prof.  H.  Ui,  qui 
a  étudié  un  chapitre  du  traité  de  Caraka  consacré 
à  la  logique  (Indo  tetsugaku  no  kenkyû,  II,  425- 
471  ;  le  même  chap.  est  td.  en  angl.  dans  Dasgupta, 
Hist.  Ind.  Phil.,  II),  veut  voir  dans  cet  auteur  un 
précurseur  de  la  logique  bouddhique,  antérieur  à 
Nâgârjuna  (et  au  Nyâyasûtra)  ;  mais  les  arguments 
qu'il  invoque  sont  des  plus  discutables.  Un  autre  auteur 
médical  célèbre,  Vâgbhata,  avait  eu  pour  maître 
un  certain  Avalokita,  et  le  Dr  Cordier  a  tenté  d'éta- 
blir (J.  As.  1901,  il)  le  caractère  bouddhique  des  écrits 
qui  lui  sont  attribués;  mais  Vâgbhata  invoque  lui 
aussi  le  Voyant  fils  d'Atri  au  début  de  son  Astân- 
gahrdayasamhitâ,  et  le  Dr  Filliozat  conteste  l'opi- 
nion de  Cordier  (J.  As.  1934,  1,  303,  n.  1). — La  ques- 
tion de  l'influence  que  la  Chine  peut  avoir  exercée 
sur  la  médecine  ind.  n'a  pas  encore  été  étudiée.  Gijô 
(Yi  tsing),  Ttt.  2125  m  (224  c)  [R^ord,  136],  se  livre 
à  propos  de  médecine  à  un  éloge  orgueilleux  de  la 
civilisation  ch.  :  la  Chine,  ce  "Continent  des  dieux" , 
est  particulièrement  riche  en  drogues  végétales  et 
minérales  de  toute  sorte  ;  la  plante  de  longévité  ne 
se  trouve  qu'en  Chine  ;  mais  c'est  surtout,  dit-il, 
dans  les  arts  de  l'aiguille  (acupuncture),  de  la  cau- 
térisation (moxa)  et  de  l'examen  du  pouls,  que  la 
Chine  l'emporte  sur  tout  le  Jambudvîpa  [terme  par 
lequel  Gijô  semble  désigner  l'ensemble  du  monde 
de  civilisation  ind.].  Genjô  (Hiuan  tsang)  Ttt.  2087 
11  (876  c)  [Watters,  Travels,  1,  155]  compte  parmi 
les  procédés  de  la  médecine  ind.,  avec  les  Charmes 
ou  pratiques  d'exorcisme,  d'une  part  l'aiguille  (métal- 
lique) et  le  moxa,  de  l'autre  les  drogues  végétales 
et  la  "pierre"  ;  ce  dernier  terme  désigne  en  principe 
l'aiguille  d'acupuncture  en  pierre,  mais  l'expression 
"drogues  végétales  et  pierre"  (yakushi  ^ft^fi),  s'em- 
ploie souvent  pour  désigner  la  médication  en  général. 
De  fait,  l'art  de  l'acupuncture  ne  semble  pas  s'être 
introduit  en  Inde,  et  c'est  par  abus  que  Chavannes, 
p.  ex.  (500  Contes,  passim),  td.  par  "acupuncture" 
le  mot  shin  $f  "aiguille  (métallique)"  dans  les  ver- 
sions ch.  de  textes  bouddhiques  :  ce  mot  y  rend  le 
sk.  salâkâ,  terme  qui  désigne  les  aiguilles  de  la  petite 
chirurgie  ind.  L'Inde  ne  connaît  pas  non  plus  le 
moxa    proprement    dit    (cautérisation    à    la    feuille 


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263 


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d'armoise).  Quant  à  l'examen  du  pouls,  qu'on  peut 
considérer  avec  Gijô  (Yi  tsing);  comme  la  troisième 
— et  la  plus  importante — des  caractéristiques  de  la 
médecine  ch.,  la  pratique  n'en  est  attestée  en  Inde, 
semble-t-il,  qu'à  date  relativement  basse  ;  en  tout 
cas  il  n'en  est  pas  question  dans  l'Àyurveda  clas- 
sique. Jolly  (Medicin,  23),  qui  n'en  avait  trouvé 
mention  que  dans  les  sources  de  l'époque  musulmane, 
inclinait  à  y  voir  un  emprunt  aux  Arabes  ou  à  la 
Perse.  Plus  récemment,  le  Dr  Filliozat  a  signalé 
l'examen  du  pouls  dans  un  traité  tib.  td.  du  sk.  au 
vme  s.,  et  songe  à  un  apport  ch.  (J.  As.  1934,  I, 
307)  ;  il  est  vrai  que  la  doctrine  du  pouls  y  est  adap- 
tée aux  idées  médicales  ind.  et  à  la  théorie  des  tri- 
dosa.  Dans  T.  553  (Chavannes,  500  Contes,  III,  333, 
345),  la  mention  de  l'examen  du  pouls  n'est  qu'une 
fantaisie  du  td.  ch.  ;  on  ne  la  retrouve  pas  dans  les 
textes  apparentés  des  Vinaya. 

Le  bouddhisme  et  la  médecine  sino-jafonaise. — 
On  a  signalé  plus  haut  la  conservation  jusqu'à  nos 
jours,  dans  la  langue  courante,  de  la  formule  boud- 
dhique :  "déséquilibre  des  quatre  Eléments",  pour 
désigner  un  état  morbide.  La  théorie  des  quatre  Elé- 
ments et  des  404  maladies  avait  été  adoptée  par  un 
écrivain  du  vme  9.,  Souen  Sseu  mo  fâj&fâ  (6oi[?]- 
682  p.  C.)  dans  son  grand  traité  de  médecine  intitulé 
"Les  recettes  de  grand  prix"  (Ts'ien  kin  fang  •rf- 
■^£^7 ',  édité  dans  le  Canon  Taoïque  sous  le  titre 
suivant  :  fâ  ]£  \  D|  &  ^  <fe  ^  Jj  ;  sur  cet  ouvrage, 
cf.  Pelliot,  BEFEO,  IX,  435).  Souen  Sseu  mo  était 
un  auteur  éclectique,  versé  dans  la  philosophie  des 
diverses  écoles  ch.  et  surtout  dans  le  taoïsme,  mais 
qui  s'intéressait  aussi  au  bouddhisme  ;  un  contem- 
porain l'avait  même  surnommé  "un  nouveau  Vima- 
lakîrti"  (Kieou  T'ang  chou,  cxci,  4  a-b).  Son  œuvre 
est  dans  l'ensemble  foncièrement  taoïste,  mais  porte 
en  certains  passages  l'empreinte  du  bouddhisme,  sur- 
tout dans  l'esprit  qui  l'anime  et  dans  le  style.  Pour 
être  bon  médecin,  dit-il  dans  l'introduction  de  ses 
"Recettes"  (éd.  Canon  Taoïque,  1,  1  b-2  b),  il  ne 
suffit  pas  d'être  versé  dans  la  littérature  confu- 
céenne et  taoïque  ;  celui  qui  n'a  pas  lu  les  livres 
bouddhiques  ne  connaîtra  pas  la  Bonté,  la  Compas- 
sion, la  joie  du  renoncement.  Il  ne  saura  pas,  en 
abordant  les  malades,  se  pénétrer  de  pitié  et  de 
sympathie,  ni  former  le  voeu  de  porter  secours  à 
toute  douleur  de  tout  être  animé,  sans  distinction 
de  rang,  de  fortune,  d'âge,  de  beauté,  d'amitié  ou 
d'inimitié,  de  nationalité  (ch.  ou  barbare),  d'intel- 
ligence ;  il  ne  parviendra  pas  à  considérer  avec  Ega- 
lité tous  les  malades  comme  ses  amis  les  plus  chers. 
En  matière  proprement  médicale,   Souen   Sseu  mo 


ne  semble  avoir  emprunté  au  bouddhisme  que  la 
théorie  des  quatre  Eléments  ;  il  l'expose  du  reste 
(ib.  9  b^io  a)  en  l'accommodant  aux  théories  et  à 
la  terminologie  ch.  :  "Le  corps  humain,  dit-il  en 
se  référant  expressément  aux  textes  bouddhiques, 
est  une  combinaison  de  Terre,  d'Eau,  de  Feu  et  de 
Vent.  Lorsque  le  "souffle"  (^,  effluve,  énergie...) 
du  Feu  est  dérangé  (4^^).  le  corps  entier  devient 
brûlant  ;  lorsque  c'est  le  "souffle"  du  Vent,  tout  le 
corps  se  raidit  et  les  pores  se  bouchent  ;  quand  c'est 
le  souffle  de  l'Eau,  le  corps  enfle,  le  souffle  [respira- 
toire] est  "plein",  haletant  et  épais;  si  c'est  le 
"souffle"  dé  la  Terre,  les  quatre  membres  restent 
inertes.  Si  le  Feu  est  supprimé,  le  corps  se  refroidit  ; 
si  le  Vent  s'arrête,  le  souffle  est  interrompu  ;  si  l'Eau 
s'épuise,  il  n'y  a  plus  de  sang  ;  si  la  Terre  se  dis- 
perse, le  corps  éclate.  Si  les  quatre  "souffles"  unissent 
leurs  vertus,  les  quatre  "âmes"  (ifa)  sont  tran- 
quilles et  harmonieuses  ;  mais  pour  peu  qu'un  des 
"souffles"  soit  dérangé,  il  se  produit  101  maladies, 
et  si  les  quatre  "âmes"  s'ébranlent,  404  maladies 
se  produisent  en  même  temps."  Après  cet  exposé  de 
la  doctrine  des  quatre  Eléments,  Souen  Sseu  mo  met 
en  garde  contre  les  applications  qu'on»  en  pourrait 
tirer  sans  tenir  compte  des  bons  principes  de  la 
médecine  ch.  :  "De  sots  médecins,  dit-il,  qui  traite- 
raient ces  maladies  sans  tenir  compte  de  la  notion 
des  vaisseaux  sanguins  [sans  tâter  le  pouls],  provo- 
queraient des  conflits  entre  les  cinq  éléments  [ch.  : 
eau,  bois,  feu,  terre,  métal]  dans  les  [cinq]  viscères  ; 
ce  serait  comme  s'ils  versaient  de  l'huile  sur  le  feu  !" 
Un  autre  chapitre  des  "Recettes"  (lxxxii,  7  b) 
est  consacré  aux  maladies  qui  peuvent  se  traiter 
par  "l'apaisement  de  l'esprit  et  le  réglage  du  souffle" 
(technique  du  *Zen)  ;  l'auteur  établit  à  ce  propos 
une  classification  des  maladies  qui  est  un  autre 
compromis  entre  le  système  ind.-  des  quatre  Élé- 
ments ou  des  quatre  Humeurs  et  le  système  ch. 
des  cinq  viscères.  Il  répartit  ces  maladies  en  quatre 
catégories  :  affections  rhumatismales  dues  au  froid  ; 
troubles  du  souffle  ;  vents  pernicieux  ;  infections 
dues  à  la  chaleur.  Mais  toutes  les  maladies,  ajoute-t-il, 
sont  liées  aux  viscères  ;  pour  chacun  des  cinq  vis- 
cères, il  y  a  81  maladies  :  maladies  du  froid,  de  la 
chaleur,  du  vent  et  du  souffle  :  en  multipliant  81 
par  5,  on  obtient  un  total  [approximatif]  de  404  mala- 
dies. [Un  "Traité  des  cinq  viscères",  perdu  depuis 
plusieurs  siècles,  mais  dont  un  petit  fragment  a  été 
retrouvé  en  Asie  Centrale  par  l'expédition  prussienne, 
était  attribué  à  Jîvaka  ;  c'était  apparemment  un 
ouvrage  purement  ch.  Cf.  Kuroda  *&  |3  $j»  2&  dans 
Shinagaku  ^  #|$  ^,  VII,  iv  (1935),  121  sq.] — Notons 


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264 


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enfin  que  Souen  Sseu  mo  décrit  en  détail  (lxxxii, 
1  a  sq.)  des  procédés  indiens  de  massage,  en  spéci- 
fiant qu'il  s'agit  d'une  méthode  brahmanique. — De 
la  Chine  des  T'ang,  la  théorie  bouddhique  des  quatre 
Éléments  et  des  404  maladies  a  passé  au  Japon,  où 
on  la  trouve  attestée  dès  le  plus  ancien  traité  de 
médecine  actuellement  conservé,  le  Ishimpô  f§  »£i  Jj 
de  Tamba  Yasuyori  ^*^)^^,  composé  en  982 
(cf.  Fujikawa,  Japanese  Medicine,  coll.  Clio  Medica, 
New- York,  1934,  p.  14). — En  Chine  même,  cette 
théorie  s'était  introduite  dans  la  littérature  médi- 
cale déjà  antérieurement  à  Souen  Sseu  mo.  L'écri- 
vain taoïste  T'ao  Hong  king  fH^^L^.  (452-536  p.  C.) 
avait  en  effet  rédigé  "101  recettes  médicales"  (J3  -~J]) 
pour  compléter  le  grand  recueil  composé  sous  le 
titre  de  Tcheou  heou  fang  ^  fâ  )]  par  le  fameux 
alchimiste  et  médecin  Ko  Hong  J^$Ç,  l'auteur  du 
Pao  p'ou  tseu  Jêl^-F-  (début  du  IVe  s.).  T'ao  Hong 
king  lui-même  était  un  taoïste  avéré,  mais  comme  la 
plupart  des  taoïstes  de  son  temps,  il  avait  étudié  le 
bouddhisme,  et  l'on  rapporte  qu'à  la  suite  d'une  Pro- 
phétie reçue  en  rêve  du  B.  il  avait  prisi  un  nom  de 
Bs.  et  fait  le  serment  de  recevoir  les  cinq  Défenses 
(Leang  chou,  li,  6  a  ;  Nan  che,  lxxvi,  5  b).  Les  recettes 
qu'il  avait  ajoutées  à  celles  de  Ko  Hong  étaient 
perdues  dès  le  vne  s.  (Souei  chou,  xxxiv,  13  a), 
mais  la  préface,  datée  de  500  p.  C,  s'en  est  conser- 
vée dans  le  Canon  Taoïque  (au  début  des  "Recettes" 
de  Ko  Hong  :  ^  ilj  t^t  ^  H  t;  ^  II*-)- T'ao  Hong 
king  y  indique  les  motifs  qui  l'avaient  incité  à  fixer 
le  nombre  (et  le  titre)  de  ses  recettes  à  101  :  d'une 
part,  dit-il,  c'était  en  souvenir  d'un  écrivain  du 
IIIe  s.  qui  avait  composé  "101"  poèmes  pour  exhor- 
ter, comme  à  coups  d'"aiguille"  (jg£,  double  sens 
avec  l'aiguille  d'acupuncture),  un  prince  dissolu  à 
se  corriger  de  ses  excès  ;  mais  aussi  c'était  par  allu- 
sion "aux  101  maladies  des  quatre  Éléments,  dont 
il  est  question  dans  les  livres  bouddhiques". — On 
peut  même  remonter  plus  haut  et  se  demander  s'il 
n'y  a  pas  dans  la  biographie  semi-légendaire  du 
fameux  médecin  Houa  T'o  lpf£  (+220  p.  C.)  des 
échos  de  l'histoire  de  Jîvaka  et  de  ses  cures  (T.  553- 
554,  td.  ca.  147-170  p.  C).  La  recension  la  plus 
ancienne  de  cette  biographie  est  celle  du  Wei  tche 
ffe  ,-£•;,  qui  date  de  la  fin  du  111e  s.  [le  Dr  Hubotter 
a  donné  dans  Mitt.  d.  D.  Ges.  f.  Natur-  u.  Vôlkerk. 
Ostasiens,  XXI,  A,  1927,  une  ébauche  de  td.  des 
textes  sur  Houa  T'o  d'après  l'encyclopédie  T'ou  chou 
tsi  tch'eng  ;  la  biographie  du  Heou  Han  chou,  cxn  B, 
est  postérieure  à  celle  du  Wei  tche].  On  y  voit  Houa 
T'o  exécutant  la  laparotomie,  avec  anesthésie  au 
hachisch,  résection  des  intestins,  lavage,  suture  du 


ventre,  application  d'onguents  et  massage  ;  l'analogie 
avec  la  4e  cure  de  Jîvaka  (sup.  p.  261  b)  s'impose 
d'elle-même  (Wei  tche,  xxix,  1  a).  Une  "biogra- 
phie particulière"  de  Houa  T'o,  que  cite  le  Wei 
tche  (ib.  3  a),  rapporte  encore  qu'il  ouvrit  le  ventre 
à  un  malade  et  excisa  une  moitié  de  la  rate  ;  de 
même  Jîvaka  (Chavannes,  500  Contes,  III,  343) 
avait  fait  une  opération  du  foie.  Une  des  cures  de 
Houa  T'o  (Wei  tche,  ib.  1  b-2  a)  est  celle  d'un  gou- 
verneur de  commanderie  atteint  d'une  maladie  dont 
un  violent  accès  de  colère  pourra  seul  le  guérir  ; 
Houa  T'o  s'arrange  pour  irriter  le  malade  au  point 
que  celui-ci  veut  le  faire  pourchasser  et  tuer  :  au 
comble  de  la  rage,  il  crache  du  sang  noir,  et  guérit. 
C'est  du  reste  par  un  patient  mécontent,  l'empereur 
Ts'ao  Ts'ao  ^^,  que  Houa  T'o  finit  par  être  tué. 
Ces  épisodes  rappellent  celui  de  Jîvaka  pourchassé 
par  un  roi  soupçonneux  qu'une  intoxication  congé- 
nitale avait  rendu  furieux  (4e  cure  de  T.  553). 
M.  Tch'en  Yin  k'o  |îjfî  '^  ty-,  qui  a  signalé  ces  analogies 
dans  fpt^P^3^-  VI,  1,  veut  même  expliquer  le 
nom  de  Houa  T'o  (qui  ne  semble  pas  purement  ch.) 
comme  une  te.  aphérétique  du  sk.  agada  "panacée" 
(cf.  *Akada).  Cette  explication  est  difficile  à  admettre  ; 
mais  le  rapprochement  entre  la  légende  de  Houa  T'o 
et  celle  de  Jîvaka  mérite  considération,  tant  paraît 
exceptionnelle,  dans  l'histoire  de  la  médecine  ch., 
toute  cette  chirurgie  de  Houa  T'o  ;  déjà  les  auteurs 
ch.  anciens  se  refusaient  à  en  admettre  l'historicité. 
[De  même  en  pays  tamoul  la  légende  du  médecin 
Têraiyar,  qui  extrait  une  grenouille  du  cerveau  d'un 
malade,  n'est  qu'un  succédané  de  celle  de  Jîvaka  ; 
cf.  Filliozat,  Bull.  Soc.  Fr.  Hist.  Méd.,  janv.  1934, 
39-40.]  L'Histoire  des  Han  antérieurs  mentionne, 
il  est  vrai,  la  dissection  du  cadavre  dès  l'an  11  de 
l'ère  chrétienne  (Han  chou,  exix  B,  15  a)  ;  mais  si 
l'usurpateur  Wang  Mang  avait  ordonné  cette  dis- 
section, à  peu  près  unique  dans  les  annales  de  la 
médecine  ch.,  c'était  en  vue  de  mesurer  et  de  peser 
les  viscères  et  de  reconnaître  le  système  des  vais- 
seaux sanguins,  c.-à-d.  en  somme  pour  contrôler 
expérimentalement  les  théories  de  l'anatomie  et  de 
la  physiologie  ch.  :  il  n'est  pas  question  là  de  chirur- 
gie. Du  reste,  le  Wei  tche  contient  d'autres  emprunts 
au  folklore  de  l'Inde  ;  on  y  trouve,  transformé  en 
épisode  historique  purement  ch.,  le  conte  bouddhique 
(T.  203,  td.  Chavannes,  500  Contes,  III,  5)  et  jaina 
(S.  Lévi,  Sir  J.  J.  Modi  Commémoration  Volume) 
de  la  pesée  de  l'éléphant  en  bateau  (cf.  Chavannes, 
loc.  cit.,  n.  1  :  la  source  est  Wei  tche,  xx,  1  b).  Ce 
conte  illustre  une  observation  de  physique  empi- 
rique :   il  atteste  lui  aussi  l'influence  de  la  science 


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indienne  en  Chine  à  l'époque  des  Trois  Royaumes. 
Lorsqu'en  519  un  ambassadeur  ch.  vantait  au  roi 
de  l'Uddiyâna  le  génie  médical  de  Houa  T'o  (Cha- 
vannes,  BEFEO,  III,  409),  sans  doute  rendait-il 
ainsi,  sans  s'en  douter  et  bien  involontairement,  un 
hommage  indirect  à  la  supériorité  scientifique  de 
l'Inde.  Dans  les  opérations  merveilleuses  que  la 
tradition  ch.  attribue  à  Houa  T'o,  il  n'y  a  probable- 
ment qu'un  écho  légendaire  de  la  chirurgie  ind., 
parvenu  en  Chine  par  l'intermédiaire  du  bouddhisme, 
mais  dont  la  médecine  ch.  n'a  su  tirer  aucune  leçon 
pratique.  Alors  qu'en  philosophie,  en  linguistique,  en 
astronomie,  la  Chine  s'est  mise  avec  profit  à  l'école  de 
l'Inde,  elle  ne  semble  bien  lui  devoir,  dans  le  domaine 
•de  la  médecine  et  de  la  chirurgie,  que  quelques 
formules  théoriques  et  des  anecdotes  fabuleuses. 

BYÔ*  fâ  (ou  fcft),  Pot  :  désignation  générale  de 
•différentes  sortes  de  récipients  destinés  le  plus  sou- 
vent à  contenir  de  l'eau  :  vases,  cruches,  fioles,  bou- 
teilles, etc.  Les  principaux  équivalents  sk.  attestés 
en  te.  dans  les  sources  ch.  sont  kundi[kâ]  et  kalasa. 
La  kundikâ  (p.  id.  ;  tib.  Mvy.  8962  ril  ba  spyi  blugs, 
9022  ril  chags)  est  le  pot  à  eau  du  Moine,  c'est  aussi 
un  attribut  iconographique  et  un  vase  rituel  ;  elle 
est  figurée  comme  une  fiole  à  col  allongé,  parfois  à 
goulot  latéral.  Le  kalasa  (p.  kalasa,  tib.  bum  pa) 
■est  un  bocal  pansu,  à  ouverture  plus  large  ;  c'est  le 
terme  usité  dans  le  rituel  Es.,  et  un  des  noms  qu'on 
donne  au  vase  miraculeux,  bhadraghata,  qui  contient 
tout  ce  qu'on  peut  désirer.  Dans  le  Vinaya  p.,  le 
pot  à  eau  du  Moine,  pourvu  d'un  filtre,  est  appelé 
dhamma-karaka,  "pot  réglementaire"  ;  il  est  inter- 
dit au  Moine  de  porter  le  vase  dit  katâha  (Culla- 
vagga,  v,  10,  1).  Le  dharma-karaka  (hôbyô  ?£$ft) 
est  mentionné,  comme  distinct  de  la  kundi[kâ], 
dans  le  Mûlasarv0 Vinaya  T.  1453  vin  (491  b),  avec 
une  glose  ch.  obscure:  inyôbyô  |^^^. — Te.  de 
Kundi  :  gunchi  jftjjfl  T.  207  [Chavannes,  500  Contes, 
II,  42],  Ttt.  2128  lix  (699  a),  2131  vu  (1169  c)  ; 
gunji  Ç^f  Ttt.  2128  lxxxii  (841  b),  4f  4$  Gog.'  ix 
(42  b)  ;  kunchi  ^  $g  T.  901  ni  (808  a).  D'après 
Ttt.  2087  x  (926  c),  ces  te.  seraient  des  abréviations 
fautives  et  la  forme  correcte  serait  kundikâ,  te. 
kunchika  *g$É  (var.  |^)  3$0  ;  Ttt.  2128  lxxxii 
(841  b)  :  ^HiSa.-Tc.  de  kalasa  :  j&jfë#,  ~  fè, 
MM-fâ.  $111  }&>  etc.  (cf.  Mdjt.  2029).  Pour  kalasa, 
les  équivalents  ch.  les  plus  usuels  sont  hôbyô  ^  $& 
"Pot  à  Joyaux"  et  kembyô  f^^  "Pot  de  sagesse". 
1  Ce  dernier  terme  n'est  en  réalité  qu'une  mauvaise 
td.  mot  à  mot  du  sk.  bhadraghata  ;  parfois  du  reste 
il  correspond  aussi  à  kundikâ,  ou  encore  à  kumbha 


(p.  ex.  dans  le  nom  du  Verseau,  un  des  signes  du 
Zodiaque,  sk.  kumbha-grha,  ch.  Kembyôkyû  ff 
${&,  ou  hôbyôky u).—Pots  disciplinaires. — Le  pot 
à  eau  ne  figure  pas  dans  la  liste  traditionnelle  des 
quatre  Ressources  ou  Équipements  du  Moine  (triple 
vêtement,  Bol,  siège  et  couche,  médicaments)  ;  le 
Cullavagga,  v,  10,  interdit  aux  Moines  de  porter  le 
katâha  lors  de  leurs  tournées  de  mendicité.  Mais  le 
Mrcchakatika,  v,  20,  présente  un  Moine  muni  du 
bâton,  de  la  kundi  et  du  Bol  à  aumônes.  Le  Mahâ- 
sânghika-Vinaya  T.  1425  xxvm  (454  c)  mentionne 
le  Pot  à  eau,  avec  le  triple  vêtement  et  le  Bol,  comme 
un  des  trois  objets  que  doit  avoir  un  Moine  ;  dans  la 
Discipline  du  G.V.,  c'est  un  des  dix-huit  objets  que 
doit  employer  un  Fils  de  B.  T.  1484  I  [De  Groot, 
Code  du  Mahâyâna,  69].  Le  Sarvâstivâda-V°  T.  1435 
xli  (301  a)  distingue  un  Pot  à  eau  pure  [= potable] 
jôsuibyô  ^f  tJc^K,  et  un  Pot  à  eau  d'usage  courant 
[=de  toilette]  jôsuibyô  fâ  /}c  fâ.  Dans  sa  td.  du  Mûla- 
sarv0-V°  [citée  Ttt.  1902  (903  b)],  Gijô  (Yi  tsing) 
a  rendu  le  second  de  ces  termes  par  sokusuibyô  $| 
yjC^fcfc  "P°t  à  eau  touchée".  Le  mot  soku  signifie 
en  ch.  soit  "touché",  soit  "souillé"  (sokue  ffîfë); 
il  correspond  ici  à  un  terme  sk.  comme  (upa-)sprsta, 
désignant  de  l'eau  (ou  de  la  nourriture . . .  )  polluée  du 
fait  qu'elle  a  été  "touchée"  par  la  bouche,  la  main. . . , 
ou  par  un  objet  (bol,  linge . . .  )  "touché"  par  autrui  ;  en 
sk.,  on  dit  de  l'eau  dont  on  se  sert  pour  se  rincer  la 
bouche,  se  laver,  se  baigner,  etc.,  qu'on  la  "touche" 
(sprs0)  :  upasparsa  désigne  les  ablutions.  L'exception- 
nelle rigueur  des  règles  ind.  concernant  "le  pur  et 
l'impur",  principalement  en  matière  d'eau  et  d'ali- 
ments, a  été  bien  notée  par  Gijô,  qui  y  voyait  avec 
raison  "le  principe,  la  base  même  de  ce  qui  diffé- 
rencie l'Inde  de  tous  les  autres  pays"  Ttt.  2125  I 
(207  b)  [Record,  26]  (comparer  aujourd'hui  la  ques- 
tion des  "intouchables").  Gijô  décrit  en  détail  les 
deux  sortes  de  Pots  disciplinaires,  ib.  (207  c-208  a) 
[notre  td.  de  ce  texte  assez  délicat  diffère  sur  beau- 
coup de  points  de  celle  de  Record,  27-30  ;  cf.  cm.  de 
Jiun  $£3| ,  Dnbz.  exiv,  p.  66  sq.]  :  Le  Pot  à  eau 
pure,  dit-il,  est  toujours  en  terre  cuite  ou  en  porce- 
laine ;  pour  le  Pot  à  eau  souillée,  on  peut  utiliser 
aussi  le  cuivre  ou  le  fer.  L'eau  pure  se  boit  sans 
[observer  de]  temps  [prescrit]  ;  l'eau  souillée  est 
nécessaire  [pour  se  laver]  lorsqu'on  va  uriner  ou 
déféquer.  Pour  tenir  le  Pot  pur,  il  faut  avoir  les  mains 
pures,  et  ce  Pot  doit  toujours  être  déposé  à  un  endroit 
pur  ;  le  Pot  souillé  peut  être  porté  [même]  par  des 
mains  souillées,  et  on  peut  le  mettre  en  un  endroit 
souillé.  Seule  l'eau  contenue  dans  le  Pot  pur  ainsi 
défini,  ou  dans  un  récipient  neuf  et  propre,  peut  se 


BYO 


266 


BYO 


boire  sans  [observer]  de  temps  [prescrit].  Toute  eau 
[potable]  contenue  dans  d'autres  récipients  est  dite  : 
eau  [ne  pouvant  être  bue  qu'en]  temps  -[prescrit  : 
jisui  fê^/Jc,  sk.  kâlodaka  (?);  c.-à-d.]  qu'avant  midi 
il  n'y  a  point  de  faute  à  en  recevoir  [d'autrui]  ni 
à  en  boire,  mais  que  si  l'on  en  boit  après  midi  c'est 
une  Transgression.  (Sur  l'eau  "temporelle"  et  l'eau 
"intemporelle",  cf.  un  petit  traité  spécial  de  Gijô, 
Ttt.  1902,  sur  les  règles  que  le  clergé  devait  observer 
pour  recevoir  [d'autrui]  et  pour  utiliser  trois  sortes 
d'eau  :  eau  "temporelle",  eau  "intemporelle",  eau 
"touchée"  [souillée].  L'eau  "temporelle"  était, 
semble-t-il,  l'eau  potable  que  les  Moines  recevaient 
toute  filtrée  de  Novices  ou  de  Laïcs,  dans  des  réci- 
pients quelconques  ;  ils  n'avaient  le  droit  d'en  boire 
qu'avant  midi,  heure  après  laquelle  tout  repas  est 
interdit.  L'eau  "intemporelle"  était  la  réserve  per- 
sonnelle d'eau  potable,  que  le  Moine  se  procurait 
lui-même  sans  la  recevoir  d'autrui,  qu'il  filtrait  de 
ses  propres  mains  et  conservait  en  permanence  dans 
un  "Pot  pur"  dont  le  nettoyage  nécessitait  des  soins 
particuliers  ;  c'est  cette  eau  seule  qu'il  pouvait  boire 
après  midi  et  en  toute  occasion  pour  se  désaltérer. 
Quant  à  l'eau  "touchée",  elle  était  exclusivement 
réservée  aux  ablutions  ;  tout  Moine  qui  osait  en  boire 
était  expulsé  du  monastère.  A  la  fin  du  IVe  s.  un 
moine  occidental  venu  en.  Chine,  le  traducteur  de 
T.  195,  était  appelé  Kâlodaka,  td.  Jisui  "eau  tempo- 
relle" [=pure]. — Nous  reprenons  la  suite  du  texte  de 
Gijô  dans  Ttt.  2125  :)  La  manière  de  fabriquer  les 
Pots  [à  eau  "pure"],  dit-il,  est  la  suivante  [la 
kundikâ  qui  sert  de  Forme  de  Convention  à  Maitreya 
dans  le  Cercle  du  Plan  de  Diamant  illustre  exacte- 
ment la  description  de  Gijô  ;  cf.  fig.  80, 5  et  TZ.  I, 
p.  916,  1071,  1123,  1180,  etc.]  :  Le  couvercle  doit 
être  joint  [d'une  seule  pièce]  à  l'embouchure  [du 
corps  proprement  dit  du  Pot,  et  ce  couvercle  doit 
être]  surmonté  d'une  surélévation  pointue,  haute 
d'environ  deux  [épaisseurs  de]  doigts  (sk.  angula)  ; 
au  haut  [de  cette  pointe]  est  percé  un  petit  trou,  de 
la  grosseur  d'un  bâtonnet  ["chopstick"]  de  cuivre, 
et  c'est  par  là  qu'on  peut  boire  l'eau.  Sur  le  côté 
[de  la  panse  du  Pot]  est  ménagée  une  autre  ouverture, 
ronde,  recouverte  [d'un  goulot]  qui  se  redresse  ver- 
ticalement, haut  d'environ  deux  [épaisseurs  de] 
doigts  ;  l'ouverture  [de  ce  goulot  est  de  la  grosseur] 
d'une  sapèque  environ,  et  c'est  par  cette  ouverture 
qu'on  doit  ajouter  l'eau  [pour  remplir  le  Pot].  La 
contenance  du  Pot  doit  être  de  deux  ou  trois  dixièmes 
de  boisseau  ;  un  Pot  plus  petit  serait  inutile.  Les  deux 
trous  [la  petite  ouverture  supérieure  par  laquelle  on 
boit,  et  l'ouverture  latérale  plus  grosse  servant  à  rem- 


plir le  Pot]  peuvent  être  fermées  par  des  bouchons 
de  bambou  ou  de  bois,  ou  encore  enveloppés  d'étoffe 
ou  de  feuilles,  de  crainte  qu'insectes  ou  poussière  ne 
pénètrent  [dans  le  Pot]. . .  Plus  loin  (ib.  207  c),  Gijô 
décrit  le  sac  d'étoffe  dans  lequel  on  portait  le  Pot  ; 
ce  sac  se  passait  sur  l'épaule,  comme  ceux  qui  ser- 
vaient à  porter  le  Bol  et  les  vêtements.  Dans  une 
note  de  sa  td.'  du  Mûlasarv°Vinaya  T.  1453  vm 
(491  b),  Gijô  explique  encore  que,  pour  remplir  la 
kundikâ  d'eau,  filtrée,  on  attachait  sur  l'ouverture 
[latérale]  un  filtre  de  soie  fine  et  serrée  ;  on  plongeait 


Fig.   80.  La  Kundikâ,  symbole  de  Maitreya 
dans  le   Cercle  du  Plan  de  Diamant. 


le  Pot  dans  l'eau  à  l'aide  d'une  cordelette  liée  à  son 
col,  en  veillant  à  ce  qu'une  moitié  de  l'ouverture 
restât  hors  de  l'eau,  sans  quoi  le  Pot  ne  se  serait  pas 
rempli  ;  lorsqu'il  était  plein,  on  le  retirait  et  on 
regardait  encore  si  aucun  insecte  n'y  avait  pénétré. 
...Comment  serait-il  tolérable  de  ne  pas  distinguer 
entre  l'eau  "pure"  et  l'eau  "touchée",  et  de  ne  conser- 
ver l'eau  potable  que  dans  un  petit  pot  de  cuivre  dont 
on  introduirait  le  couvercle  [=goulot  supérieur]  dans 
la  bouche  ?... — Cette  dernière  phrase  semble  indi- 
quer qu'afin  de  ne  pas  "toucher"  la  réserve  d'eau,  ce 
qui  l'aurait  souillée,  on  faisait  couler  l'eau  dans  la  bou- 
che par  le  mince  goulot  du  Pot  "pur",  sans  l'appro- 
cher des  lèvres  ;  c'est  ainsi  que  procédaient  encore  au 
xviic  siècle  les  moines  de  Ceylan  (cf.  l'ouvrage  de 
Robert  Knox  cité  dans  Artibus  Asiae,  1928-1929, 
p.  134,  n.  2). — Un  ouvrage  de  Dôsen  (Tao  siuan), 
Ttt.  1897  (873  c),  donne  également  des  prescriptions 
détaillées  sur  le  mode  d'emploi  du  Pot  à  eau  potable  : 


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267 


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Fig.  81. 
Le  •  vase  plein  •  de  l'A  vatamsaka. 

(Pûrpaghata .) 
D'après  l'éd.  coréenne  du  Canon. 


Il  faut  qu'il  soit  toujours  plein  ;  pour  y  boire,  il 
faut  s'arrêter,  s'accroupir,  le  saisir  des  deux  mains, 
prendre  garde  à  ne  pas  mouiller  ses  vêtements  ;  pour 
se  rincer  la  bouche,  il  ne  faut  pas  mettre  dans  sa  pro- 
pre bouche  l'embouchure  du  Pot,  etc. — Le  mot  sic. 
kundi[kâ]  désignait  de  façon  générale  le  Pot  à  eau 
du  Moine — soit  "pur"  soit 
"souillé".  Genjô  (Hiuan 
tsang),  dans  Ttt.  2087  x 
(926  c),  mentionnant  la 
kundikâ  du  B.,  glose  ce 
mot  par  sôbyô  $fe  ^K  "Pot 
pour  se  laver",  terme  qui 
ne  peut  s'appliquer  au 
Pot  "pur"  ;  de  même 
Ttt.  2128  lxxxii  (841  b)  le 
rend  par  "Pot  de  cuivre 
à  l'usage  des  Moines",  et 
Gog.  ix  (42  b)  par  "bocal 
métallique  à  double  embou- 
chure pour  se  laver" ,  sôku- 
sôkan£p&3|.  T.  901 
m  (808  a)  td.  kundi  par  "Pot  Hou"  (=sérindien), 
kobyô  tfàffî*- — Le  Pot  miraculeux. — La  kundi[kâ] 
est  un  attribut  du  dieu  Brahmâ  ;  il  la  tient  dans  sa 
main  gauche  T.  901  ni  (808  a),  et  Kkzs.  xlii  (TZ. 
IV,  801  b)  explique  que  lorsqu'il  crée  le  Monde- 
Réceptacle  il  se  sert  de  ce  Pot  pour  le  remplir  de 
toutes  choses.  C'est  aussi  l'un  des  attributs  de  *Kan- 
non  aux  mille  mains,  et  Tt.  1064  (117  b)  spécifie  que 
même  en  ce  cas  le  Pot  est  la  Forme  de  Convention  de 
Brahmâ  et  qu'il  faut  s'adresser  à  cette  main  de  Kannon 
si  l'on  désire  aller  naître  au  ciel  de  Brahmâ.  Le  Ganda- 
vyûha  T.  279  lxx viii  (430  a)  [cité  Siksâsamuccaya,  p.  6] 
compare  l'Esprit  de  l'Éveil  au  "vase  à  merveilles"  (sk. 
bhadraghata,  ch.  kudokubyô  J^Jfjfî^R)  qui  permet 
l'exaucement  de  tous  les  souhaits.  C'est  encore  ce  bocal 
miraculeux  qui,  sous  le  nom  de  "vase  de  plénitude" 
(honnôgada  ;£  ^|  f!lfl  PË  =sk.  pûrnaghata),  se  trouve 
figuré  dans  l'éd.  coréennede  Eog.,  Ttt.  2128  xxi  (437b), 
parmi  huit  signes  de  bon  augure  (sô  jfè)  dont  les  noms 
étaient  spécifiés  dans  le  texte  sk.  de  l'Avatamsaka, 
mais  que  la  td.  ch.  T.  279  a  tous  rendus  par  le  svas- 
tika m  [cf.  fig.  81].  Le  [Mûla]sarvâstivâda-Vinaya,  cité 
Ttt.  1796  vin  (665  a),  compare  au  "Pot  de  sagesse", 
kembyô  f|$(  (mauvaise  td.  du  sk.  bhadraghata), 
les  quatre  grands  disciples,  Mahâkâtyâyana,  etc.  : 
en  vouant  un  culte  à  ces  disciples,  on  obtient  en  ce 
monde  actuel  toutes  les  rétributions  qu'on  désire. 
Dans  T.  411  v  (748  b),  le  vase  miraculeux  est  assi- 
milé à  la  Loi  des  trois  Véhicules,  qui  comble  les 
Voeux  des  Êtres  ;  et  le  Mahâpr°p°sâstra  Tt.  1509 


xni  (154  a)  [qui  td.  tokubyô  ^  ~]  compare  l'homme 
qui  observe  les  Défenses  à  un  pauvre  ayant  reçu 
d'un  Dieu,  après  douze  années  de  prières,  le  vase  à 
merveilles  d'où  sortent  à  volonté  tous  les  objets 
qu'on  souhaite  ;  l'homme  qui,  au  contraire,  enfreint 
les  Défenses,  est  pareil  au  possesseur  du  vase  qui  le 
brise  en  le  piétinant  dans  un  accès  de  passion  :  tous 
les  objets  que  contenait  le  vase  disparaissent  avec 
celui-ci. — [Le  «  vase  d'abondance  »,  motif  bien  connu 
du  folklore  universel.] — Pots  rituels. — Les  Pots  jouent 
un  rôle  important  dans  le  rituel  Es.  Ils  y  sont  désignés 
par  le  mot  kalasa,  que  les  textes  Es.  ch.  donnent  régur 
fièrement  en  te.  [cf.  aussi  Finot,  Manuscrits  sanskrits 
de  Sâdhana's  retrouvés  en  Chine,  J.  As.,  1934,  n,  1-86, 
où  les  Pots  sont  toujours  appelés  kalasa].  Ce  mot  est 
rendu  en  ch.,  dans  les  textes  Es.,  par  des  td.  variées  : 
kembyô  "Pot  de  sagesse",  hôbyô  "Pot  à  Joyaux",  etc. 
Il  s'agit  de  jarres  ventrues  et  à  large  ouverture,  des- 
tinées à  contenir  non  seulement  de  l'eau,  mais  sou- 
vent aussi  des  branches  fleuries  [conçues  comme 
des  couvercles  du  Pot,  Mdjt.  2029]  ou  encore  des 
substances  précieuses,  au  nombre  de  vingt  (5  Joyaux 
minéraux,  5  céréales,  5  parfums,  5  plantes  médici- 
nales), qui  représentent  évidemment  en  réduction 
les  trésors  cosmiques  contenus  dans  le  "vase  mira- 
culeux" dont  il  a  été  question  ci-dessus.  Le  Vairo- 
canasûtra  T.  848  11  (n  a)  prescrit  de  disposer  sur  le 
Cercle  (du  Plan  de  Matrice),  lors  du  rite  de  l'Onc- 
tion, six  ou  dix-huit  kalasa;  le  cm.  Ttt.  1796  vin 
(659  b),  qui  td.  kalasa  par  "Pot  faste",  kichijôbyô 
pfjj£~,  spécifie  que  ces  Pots  peuvent  être  fabri- 
qués soit  en  métaux  précieux,  or,  argent,  etc.,  soit 
en  porcelaine  ou  en  terre  cuite  :  On  les  emplit  d'eau 
filtrée,  qu'on  parfume  d'arômes  variés  [cinq  matières 
aromatiques  sont  énumérées  dans  des  textes  appa- 
rentés, cf.  *Kô  =§],  et  on  y  dépose  les  cinq  Joyaux 
minéraux  (cf.  *Hô  ^|),  les  cinq  céréales  (cf.  *Koku  fg), 
les  cinq  plantes  médicinales  (cf.  *Yaku  |j|).  Dans 
l'embouchure  on  fiche  des  branches  avec  leurs  feuilles, 
leurs  fleurs  et  leurs  fruits,  qui  retombent  en  désordre 
hors  du  col  ;  on  noue  autour  du  col  des  rubans  et  on 
y  fixe  des  guirlandes  fleuries  (cf.  fig.  82,  d'après 
TZ.  I,  962).  On  place  cinq  de  ces  vases  dans  la  Matrice 
centrale  [du. Cercle]  :  au  milieu,  sur  une  plateforme 
en  fleur,  celui  qui  représente  Vairocana,  les  autres 
sur  les  pétales  extérieurs  ;  les  autres  vases,  selon  le 
nombre  dont  on  dispose — de  six  à  dix-huit — sont 
disposés  dans  les  Cours  extérieures,  aux  portes  du 
Cercle,  etc.  D'après  Mdjt.  630-631,  les  cinq  vases  cen- 
traux symbolisent  soit  les  cinq  B.,  soit  les  cinq 
Connaissances  de  Vairocana,  soit  les  cinq  Sections  Es. 
(B.,  Lotus,  Joyaux,  Diamant,  Acte),  soit  encore  Vai- 


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rocana  et  les  quatre  grands  Bs.  Dans  T.  889  1  (544  a), 
ces  vases  sont  dénommés  Pots  à  eau  liturgique 
^Akabyô  f$  fjfl  ~  (cf.  *Aka)  ;  on  peut  les  fabriquer, 
précise  ce  texte,  en  or,  argent,  cuivre,  cristal,  fer, 
bois  ou  terre  cuite,  la  matière  et  la  couleur  des 
vases  variant  suivant  le  rite  auquel  ils  servent  (Apai- 
sement, Accroissement,  Exorcisme,  etc.).  Cf.  aussi 
T.  893  (622  b),  953  1  (291  a)  ;  et  sur  le  rituel  Es. 
actuellement   observé   au   Japon,   Mdjt.   630,   2029- 


Fig.  82.  Vase  rituel  (Kalaéa)  dans  le  Cercle  du  Plan   de  Diamant. 


2030.  Dans  la  cérémonie  de  l'Onction,  l'eau  des 
"cinq  vases"  sert  à  ondoyer  la  tête  de  l'initié,  d'où 
le  terme  Gobyô  kanjô  3L~ïttJJt  (ci-  *Kanjô).  Cf. 
fig.  83^84.  Le  Kembyô  kanjô  f|  ~  (sk.  kalasâbhi- 
seka),  qui  est  mentionné  avec  le  Himitsu  kanjô 
lfc?É~  (guhyâbh0)  et  le  Chie  kanjô  ^^~  (pra- 
jôâjnânâbh0)  dans  T.  885  vu  (508  c)  [pour  les  équi- 
valents sk.,  cf.  Finot,  loc.  cit.,  46-47],  doit  être 
un  autre  nom  de  cette  aspersion  sacrée. — Le  "Pot 
à  Joyaux"  (ou  "Pot  de  sagesse"  )  est  le  symbole 
de  la  Terre,  comme  Elément  et  comme  divinité 
(Prthivî,  cf.  *Jiten  ^&^C)  ;  en  effet,  la  Terre  soutient 
ou  contient  toute  chose  (notamment  les  Joyaux 
minéraux),  comme  le  vase  miraculeux.  Aussi  le  rite 
principal  du  Jichinhô  J&iXfê,  cérémonie  jap.  des- 
tinée à  "stabiliser  la  Terre"  lors  de  la  fondation 
d'un  temple,  d'un  stûpa,  etc.,  consiste-t-il  à  enter- 
rer, à  l'endroit  choisi  pour  la  construction,  un  Pot 
(en  bronze  doré)  contenant  les  cinq  Joyaux,  les  cinq 
céréales,  etc.,  et  muni  d'un  couvercle  fixé  par  des 
fils  de  cinq  couleurs  (Mdjt.  980,  Moch.  998).  Déjà 


un  rituel  ch.  Ttt.  911  (928  b-c)  prescrit  d'enterrer 
un  Pot  contenant  les  vingt  substances  précieuses  au 
centre  des  Cercles  Es. — En  dehors  de  l'Es.,  l'usage 
de  placer  des  vases  à  fleurs  sur  l'autel,  devant  les 
icônes,  est  une  caractéristique  générale  du  culte 
bouddhique.  Souvent  les  fleurs  sont  artificielles  [p.  ex. 
en  tissu,  déjà  au  vne  siècle  T.  901  xi  (880  c)].  Au 
Japon,   les  vases  à   fleurs  forment  avec  les  brûle- 


Hg.   83. 
Vase  à  Onction 

(Kalaia). 

Type  importé 

au  Japon 

par    Jikalcu    Daishi 

au  ixe  siècle. 

Original  au  Hieizan. 


Fig.  84. 
Vase  à  Onction 

(Kalasa). 

Type  importé 

au  Japon 

par   Kôbô   Daishi 

au  ix"  siècle. 


parfums  (kôro  §^Ô)  et  les  chandeliers  (shokudai 
$8  Sf  )  ce  °lu'on  appelle  l'appareil  complet  d'un  autel 
(gusoku  jl- JE.).  Ces  trois  objets  sont  déjà  mention- 
nés ensemble  dans  un  texte  ch.  remontant  probable- 
ment aux  T'ang  Ttt.  2025  v  (1141  c).  On  distingue 
au  Japon  le  kebyô  ijfl  ~,  petit  vase  à  fleurs  analogue 
aux  Pots  de  l'Es.,  et  le  ^ikahin  (prononciation  sino- 
jap.  plus  moderne  des  mêmes  caractères)  qui  est 
plus  grand  et  plus  orné  (fig.  85-86). — Iconographie. — 
La  fiole  mince  (kundikâ)  est  un  attribut  de  divers 
personnages,  notamment  de  *Kannon.  Pour  le  Cam- 
bodge, cf.  fig.  87.  En  Chine,  Kannon  à  deux  mains 
tient  généralement  dans  la  seconde  main  une  fleur 
de  lotus  ou  une  branche  de  saule.  En  tant  qu'attri- 
but de  Kannon  "à  mille  mains",  la  fiole  est  inter- 
prétée dans  l'Es,  comme  un  symbole  de  Brahmâ 
(sup.  260  aso)  ;  elle  est  figurée  conformément  aux  pres- 
criptions disciplinaires  relatives  au  Pot  à  eau,  avec 
ou  sans  goulot  latéral  (cf.  Tt.  1064  (117  b)  ;  TZ.  I, 
p.  730  [notre  fig.  88  à]  ;  Kkzs.  TZ.  IV,  p.  801  b  [notre 


BYÔ 


269 


BYÔ 


fig.  88  b]).  Parfois  la  fiole  de  Kannon  est  surmontée 
d'une  tête  d'oiseau  :  on  l'appelle  alors  kobyô  $]  ~ 

"Pot  Hou"  [sérindien]  ;  cet  oiseau  passe  pour  être 
Garuda  T.  1065  (120  a,  122  c).  Kkzs.  xliii  (TZ.  IV, 


Fig.  85. 

Vase  à   fleurs 

exotérique. 

Type  simple 

(Kebyô). 


u       m 

Fig.  86. 

Vase  à  fleurs 

exotérique. 

Type  orné 

(Kahin). 


800  c)  rapporte  que  les  pots  de  ce  type  auraient  été 
fabriqués  à  l'origine  dans  un  pays  Hou  au  Nord  de 
l'Himalaya  [cf.  le  terme  tib.  bya  ma  bum,  qui  td. 
le  sk.  karaka  Mvy.  9006  ;  bya  ma  signifie  "oiseau 
femelle"].  Cf.  Tt.  1064  (117  c)  ;  TZ.  I.  p.  730  [notre 
fig.  89  b]  ;  Kkzs.  TZ.  IV,  p.  117  c  [notre  fig.  89  a].— 
Dans  les  représentations  peintes  des  Cercles,  actuelle- 


Fig.  87.  Fiole  de  Lokeâvara 

trouvée  au  Nàk   Pin,  Angkor. 

D'après  Études  asiatiques,  pi.  XXIII. 


ment  en  usage  au  Japon  (Genzu  ÏJJ  {§]),  la  kundi[kâ] 
est  encore  l'attribut  de  Maitreya  (*Miroku),  d'Amo- 
ghapâsa  (*Fukukensaku),  de  Cundî  (*Shundei),  d'Agni 
(*Katen),  d'Atri  (*Ateiri,  cf.  sup.  fig.  21),  et  d'autres 


personnages  dans  le  Plan  de  Matrice  (liste  Mdjt., 
App.,  11).  Dans  le  Plan  de  Diamant,  c'est  la  forme  de 
Convention  de  Maitreya  (sup.  p.  266,  fig.  80). — Le  Pot 
pansu  à  col  large  (kalasa,  bhadraghata),  avec  ou 
sans  couvercle  ou  fleurs  ou  foudre,  est  dans  le  PL  M. 
l'attribut  de  Prthivî  (sup.  268a;  fig.  TZ.  I,  p.  115  b), 
de  Cundî  (fig.  TZ.  I,  p.  647),  du  Bs.  Bhadrapâla  (fig. 
TZ,  I,  712,  917,  1066,  1126),  etc.  ;  et  une  des  Formes 
de  Convention  de  Kundali  (cf.  *Gundari),  dont  le 
nom  est  interprété  par  kunda=kundi[kâ],  et  qui  est 
aussi  appelé  Amrta-kalasa  "vase  d'ambroisie"  (sur 
ce  terme  qui  désigne  aussi,  dans  l'architecture  ind., 
la  pièce  terminale  des  tours,  etc.,  cf.  l'article  d'Ar- 
tibus  Asiae,  cité  inf.).  Il  figure  aussi  dans  les  Cercles 
isolément,  comme  le  veut  le  rituel  (sup.  267-8)  : 
ainsi,  dans  les  peintures  "actuelles"  au  Japon,  aux 
quatre  coins  du  carré  qui  entoure  le  lotus  central 


Fig.  88  a. 


Fig.  88  6. 

Pot  Kuodikâ. 

Attribut  d'une  des  mains 

de  Kannon  aux  mille  mains. 


Fig.  89  b. 

Pot  Hou. 
Attribut  d'une  autre  main 
de  Kannon  aux  mille  mains. 


du  PL  M.  [dans  ce  Cercle  les  branches  sont  sur- 
montées d'un  foudre  à  trois  pointes,  cf.  TZ.  I,  Jjl]  fâ 
n°  1  ;  un  5e  pot  se  trouve  à  la  porte  Ouest,  tout  au 
bas  de  la  peinture],  ou  dans  le  Pl.D.  aux  quatre 


BYODÔ 


270 


BYODÔ 


coins  du  carré  entourant  le  disque  de  Vairocana 
(fig.  82). — Comparaisons.— La.  comparaison  du  Pot, 
forme  fragile  et  impermanente  qui  fait  illusion  pour 
nos  sens  mais  n'a  point  de  réalité  substantielle, 
avec  le  Soi,  simple  agrégat  de  Masses,  est  courante 
dans  la  littérature  bouddhique  [p.  ex.  Tt.  1646  xi 
(327  sq.)];  ou  encore,  le  Pot  sert  à  illustrer  la  Réalité 
Conventionnelle  (sk.  samvrti-sat),  par  opposition  à  la 
Réalité  au  Sens-ultime  (paramârtha-sat)  [Tt.  1558 
xxii =K.  Lav.  vi,  139  sq.].  On  compare  aussi  la  Loi, 
transmise  par  le  B.  à  Ànanda,  ou  plus  généralement 
de  maître  à  disciple,  à  l'eau  qu'on  verse  d'un  Pot 
dans  un  autre  (shabyô  ^[fà!]--")  :  Les  Pots  diffèrent, 
l'eau  reste  la  même  T.  374  XL  (602  a)  ;  Ttt.  2127  11 
(293  b)  ;  cf.  Dante,  Purg.,  vu,  117. — Cf.  A.  K.  Cooma- 
raswamy  et  F.  S.  Kershaw,  A  Chinese  Buddhist  water- 
vessel. . .,  dans  Artibus  Asiae,  1928-1929,  ii-m,  travail 
documenté  et  abondamment  illustré,  dont  les  auteurs 
tendent  à  démontrer  que  le  "Pot  pur"  disciplinaire 
tel  que  le  décrit  Gijô  (Yi  tsing) — la  kundikâ  à 
col  mince  et  à  goulot  latéral — ,  s'il  est  bien  attesté 
dans  les  sites  bouddhiques  de  l'Inde  antérieurement 
à  Gijô,  n'apparaît  dans  l'archéologie  et  dans  l'art 
de  l'Extrême-Orient  qu'à  partir  du  vme  siècle. 

BYODÔ  <T^,  byôdôshô  ~Q;  sk.  p.  sama, 
samatâ;  tib.  miiam  pa,  mnampa  nid. — Egal,  Éga- 
lité :  nature  nivelée  où  identique  des  Essences  et 
des  Êtres,  par  opposition  à  leur  nature  Diversifiée 
(*shabetsu  ^#1],  sk.  visista). — C'est  l'aspect  uni- 
taire de  la  réalité,  qu'une  antinomie  inhérente  à  la 
plupart  des  systèmes  religieux  ou  philosophiques 
oppose  à  la  multiplicité  des  phénomènes.  Dans  le 
bouddhisme,  et  surtout  dans  le  Grand  Véhicule,  le 
dogme  de  l'identité  ou  unité  profonde  de  toutes 
choses  joue  un  rôle  capital  ;  les  conséquences  s'en 
font  sentir  dans  les  domaines  les  plus  variés.  Une 
des  conditions  du  salut  est  de  réaliser  cette  identité, 
que  l'illusion  dualiste  ou  pluraliste  cache  aux  pro- 
fanes ;  le  saint  qui  l'a  reconnue  possède  la  Vérité 
Ultime,  car  le  Diversifié  n'existe  que  selon  la  Vérité 
Vulgaire.  Pour  chacune  des  écoles  du  G.V.,  l'Egalité 
est  donc  un  synonyme  de  l'absolu  suprême  ;  la  Pra- 
jnâpâramitâ  la  définit  comme  la  Vacuité,  le  Srad- 
dhotpâda  comme  l'Ainsité  ;  la  secte  Tendai  en  fait 
l'Idéal  immanent  dans  les  Faits.  Le  mot  sk.  sama-tâ, 
en  sa  connotation  ontologique,  se  traduirait  plutôt 
par  "identité",  comme  le  suggère  l'étymologie  indo- 
européenne (gr.  homos,  angl.  same,  fr.  sem-blable)  ; 
mais  la  traduction  "Egalité" ,  conforme  au  ch.  byô-dô 
(  "de  degré  égal"),  correspond  bien  à  d'autres  nuances 
<lu   terme.    Du   point   de   vue   physio-psychologique, 


l'Égalité  est  cet  état  d'équilibre  corporel  et  mental 
ou  encore  d'unification  de  la  pensée,  ou  de  la  per- 
ception avec  son  objet,  que  l'ascète  réalise  par  la 
Concentration.  Dans  l'ordre  éthique,  c'est  la  neutra- 
lité imperturbable  du  saint  devant  le  bien  et  le  mal, 
la  louange  et  l'insulte,  l'amour  et  la  haine,  attitude 
dont  une  désignation  plus  spéciale  est  l'Apathie 
(sk.  upeksâ,  cf.  *Sha  •$&).  Tous  ces  contrastes  ne 
sont  que  vain  dualisme  :  entre  toi  et  moi,  nulle  dif- 
férence au  fond,  car  tu  n'existes  pas  plus  que  moi 
ou — autre  vue — tu  m'es  Egal  par  ta  nature  vraie. 
Ainsi  se  justifie  le  devoir  d'altruisme  qu'implique 
l'Égalité  :  "La  connaissance  de  l'Égalité  a  toujours 
pour  conséquence  la  Grande  Compassion",  laquelle 
porte  sur  tous  les  Êtres  Également,  "comme  sui 
un  fils  unique". — L'aspect  social  de  l'Egalité  n'esl 
guère  envisagé  dans  les  textes  bouddhiques  ;  corps 
de  doctrine  essentiellement  clérical,  ils  se  placent  at 
point  de  vue  hagiologique  ou  même  théologique  : 
non  seulement  sont  Egaux  entre  eux,  de  quatre 
façons,  tous  les  Buddha  ;  il  y  a  aussi  Égalité  essen- 
tielle entre  les  degrés  de  la  sainteté,  et  même  entre 
saints  et  profanes,  puisque  l'Éveil  est  au  fond  de 
tout  Être  e't  ne  constitue  point  une  réalité  extérieure 
qu'on  s'approprierait  en  devenant  Buddha,  mai* 
qu'éternellement  identique  à  lui-même  il  doit  sim- 
plement être  réalisé  par  chacun  de  nous  ;  car  c'est 
par  erreur  que  nous  nous  croyons  distincts  de  lui 
(Sur  cette  conception  immanentiste  de  l'Egalité 
cf.  Takakusu,  Young  East,  H,  403-404.)  Le  salut 
ainsi  réalisé,  la  "Libération  immuable" ,  participe 
encore  de  l'Égalité  par  le  nombre  et  la  qualité 
toujours  égaux  de  ceux  qui  en  sont  nantis  ;  de 
même  l'océan  n'augmente  ni  ne  diminue,  quels  que 
soient  les  apports  qu'il  reçoit. — Une  conception  plu: 
séculière  de  l'Égalité  sociale  est  en  germe  dan: 
de  vieilles  formules  de  la  littérature  canonique 
et  notamment  dans  cette  image  célèbre  de  l'Âgama 
De  même  que  les  quatre  grands  fleuves  de  l'Inde 
lorsqu'ils  se  jettent  dans  l'océan,  prennent  le  non 
unique  d'océan,  ainsi  les  ressortissants  des  quatre 
castes,  en  entrant  dans  la  communauté  bouddhique 
prennent  le  nom  uniqye  de  Moines,  fils  de  Sâkyï 
(cf.  *Busshi,  sup.  173  b).  On  n'est  guère  renseigne 
sur  l'attitude  qu'adoptèrent,  dans  la  réalité  histo- 
rique concrète,  les  bouddhistes  de  l'Inde  à  l'égard 
des  castes.  Mais  en  Chine,  où  les  documents  abondent 
il  est  certain  que  le  bouddhisme  introduisit  une 
sorte  d'égalitarisme  absolument  étranger  au  confu- 
cianisme, et  qui  put  à  certaines  époques  se  traduire 
par  des  actes  d'une  certaine  audace,  comme  p.  ex. 
le  refus  de  rendre  hommage  à  l'empereur.  Les  juristes 


BYÔDO 


271 


BYÔDÔ 


eux-mêmes  ont  noté  cet  apport  du  bouddhisme  dans 
l'évolution  du  droit  chinois  (Escarra,  La  conception 
chinoise  du  droit,  Archives  de  philosophie  du  droit, 
J935>  P-  28)  ;  et  l'on  peut  constater  aujourd'hui 
que,  dans  tous  les  pays  de  civilisation  et  d'écriture 
chinoises,  c'est  au  terme  bouddhique  ^^  que  l'on 
a  recouru  lorsqu'il  s'est  agi  de  rendre  l'idée  moderne 
de  l'égalité  des  droits,  mise  en  valeur  par  la  Révo- 
lution Française,  mais  d'origine  chrétienne  (voir  à 
ce  propos  l'essai  du  philosophe  chinois  contemporain 
Tchang  Ping  lin  l^r.  $||j|  intitulé  Ts'i  wou  louen 
che  ^tf  $J  H  f$,  dans  i|è  f£  |£  # ,  qui  institue  un 
rapprochement  d'une  part  entre  la  samatà  boud- 
dhique et  le  principe  taoïque  du  "nivellement  des 
choses" — ts'i  wou  flf  $J,  identité  des  contraires,  etc. 
— .exposé  au  chap.  11  du  Tchouang  tseu  JÈt-f",  de 
l'autre  entre  ces  deux  notions  et  celle  de  l'égalité 
sociale  à  l'européenne). — Dans  l'Êsotérisme,  le  prin- 
cipe de  l'Égalité  reçoit  un  développement  particulier, 
mais  qui  dérive  lui  aussi  d'une  antique  formule, 
celle  de  la  saveur  unique  du  bouddhisme — saveur 
de  salut  ou  de  Libération — comparée  à  la  saveur 
unique  de  l'océan — celle  du  sel.  Dans  la  doctrine 
Êsotérique,  il  y  a  Égalité  entre  tous  les  Actes  d'un 
Buddha  :  corporels,  verbaux  ou  spirituels,  ils  sont 
toujours  et  partout  salvifiques  (édifiants);  et  le 
fidèle  doit  tendre  lui  aussi  à  cette  sanctification 
intégrale  de  son  activité.  De  là  découle  un  symbo- 
lisme propre  à  la  secte  Shingon,  le  concret  s'identi- 
fiant  au  spirituel,  et  le  fidèle  se  confondant,  dans 
l'Égalité  liturgique,  avec  l'objet  du  culte  et  avec  le 
matériel  rituel. — Abhidharmakosa  Tt.  1558  v  (26  a) 
(=K.  Lav.  11,  213)  :  Le  Barrage  de  Conception  et 
d'Impression  (sk.  samjnâ-vedita-nirodha),  d'après 
l'école  Vaibhâsika,  est  exempt  de  tout  Esprit  [pen- 
sée, conscience] . . .  Mais  s'il  est  exempt  de  tout  Esprit, 
comment  peut-on  l'appeler  Aplanissement  [i.e.  recueil- 
lement :  sk.  samâpatti,  interprété  en  chinois,  n.  éc, 
par  tôji  ǧ  31  "arrivée  à  l'Égalité",  en  tib.  par 
sôoms  par  'jug  pa  "mise  en  Égalité"]  ?  C'est  parce 
qu'il  met  les  Éléments  [corporels]  en  état  d'Égalité, 
ou  encore  parce  qu'on  y  arrive  par  l'Égalité  de  la 
force  de  l'Esprit  [c.-à-d.  parce  qu'il  est  précédé  et 
amené  par  une  activité  intellectuelle  "égalisée"]. 
Le  cm.  ch.  du*  Kosa  Ttt.  1821  v  (100  c)  cite  la  Vibhâsâ  : 
Il  y  a  deux  aspects  de  l'Aplanissement  :  i°  il  produit 
l'Égalité  de  l'Esprit  [i.e.  spirituelle],  20  il  produit 
l'Égalité  des  Éléments  [i.e.  corporelle]. — Ailleurs  la 
Vibhâsâ  Tt.  1545  cil  (526  c),  discutant  la  Libération 
dite  "immuable"  (akopyâ  cetovimukti)  ou  "intem- 
porelle" (asâmayikâ),  qui  s'oppose  à  la  Libération 
dite     "temporelle"     (sâmayikâ,    i.e.    dépendant    de 


conditions  temporelles  ou  occasionnelles),  introduit 
la  notion  de  l'Égalité  à  propos  des  quatre  castes  et 
de  leur  fusion  dans  l'Église  bouddhique  :  Pourquoi 
le  Bg.  déclare-t-il  que  la  Libération  immuable  ne 
comporte  ni  diminution  ni  augmentation  ?  C'est 
à  cause  de  la  doctrine  de  l'Égalité  de  ceux  qui  cul- 
tivent les  Pratiques  [du  bouddhisme]  ;  à  savoir  : 
Que  de  l'Est  d'innombrables  fils  de  Ksattriya,  du 
Sud  d'innombrables  fils  de  Brahmanes,  de  l'Ouest 
d'innombrables  fils  de  Vaisya,  du  Nord  d'innom- 
brables fils  de  Ksudra,  viennent  tous  prendre  refuge 
auprès  de  moi,  qu'ils  se  rasent  barbe  et  cheveux, 
revêtent  le  Froc,  et  qu'animés  d'une  vraie  Foi  ils 
abandonnent  leurs  familles  et  s'orientent  vers  la  vie 
sans  famille,  qu'ils  réalisent  alors  en  leur  propre  corps 
la  Libération  immuable  et  s'y  tiennent  entièrement, 
— ou  bien  que  tout  cela  ne  se  produise  pas-r-,  il  n'y  a 
[dans  un  cas  comme  dans  l'autre]  ni  diminution  ni 
augmentation  [i.e.  la  "Libération  immuable"  reste 
identique  à  elle-même,  quels  que  soient  le  nombre  et 
la  provenance  de  ceux  qui  la  réalisent,  nombre  et 
provenance  qui  peuvent  varier  selon  les  conditions 
occasionnelles  ;  cf.  la  comparaison  classique  de  la 
Communauté  avec  l'océan,  qui  ne  connaît  ni  aug- 
mentation ni  diminution.  Montesquieu,  Grandeur  et 
Décadence  des  Romains  :  Dieu  permit  que  sa  reli- 
gion cessât  en  tous  lieux  d'être  dominante,  non  pas 
qu'il  l'eût  abandonnée,  mais  parce  que,  qu'elle  soit 
dans  la  gloire  ou  dans  l'humiliation  extérieure,  elle 
est  toujours  également  propre  à  produire  son  effet 
naturel,  qui  est  de  sanctifier.  Comparer  aussi,  dans 
l'orthodoxie  russe,  la  notion  de  Sobornost',  catho- 
licité qualitative,  intérieure,  spirituelle  :  "L'Esprit 
saint,  qui  réside  dans  l'Église,  et  la  vie  éternelle  qu'il 
nous  donne,  n'y  connaissent  ni  diminution  ni  augmen- 
tation, et  étant  donné  cette  essence  des  choses,  l'Église 
est  toujours  identique  à  elle-même  et  n'admet  pas 
d'évolution"  (L'Orthodoxie,  par  l'archiprêtre  S.  Boul- 
gakoff,  Paris,  Alcan,  1932,  p.  45)]. — Cm.  d'un  passage 
de  la  Siddhi  (S.  Lav.  317),  dans  Ttt.  1830  vi  A  (432  c)  : 
Quand  la  nature  [i.e.  la  faculté  ou  virtualité]  de 
calme  et  d'harmonie  qui  existe  dans  certains  États 
du  corps  et  de  l'Esprit  se  trouve  amenée  (in  31)  à 
l'Égalité  (byôdô  ^^)  par  la  force  de  la  Concentra- 
tion, on  dit  qu'elle  est  "amenée  à  l'Égalité"  (tôin 
$3|,  sk-  samâhita) ...  Lorsque  l'Esprit  est  main- 
tenu (ji  fô)  en  Égalité,  et  ne  fonctionne  plus  qu'à 
l'égard  de  son  objet  [propre],  on  dit  qu'il  y  a  "main- 
tien de  l'Égalité"  (tôji  %$  f£,  sk.  samâdhi) . . .  Lorsque 
par  la  force  influente  de  la  Concentration. .  .le  corps 
et  l'Esprit  se  trouvent  Égalisés  et  assument  les 
Caractères  du  calme  et  de  l'harmonie,  on  dit  qu'il 


BYÔDO 


272 


BYÔDO 


y  a  "arrivée  à  l'Égalité"  (tôji  ^  j&,  sk.  samâpatti). 
Cf.  *Jô  '£. — Le  préfixe  sk.  sam°  est  aussi  rendu  en 
ch.  par  tô  ^,  "Égal",  dans  de  nombreux  termes 
tels  que  sam-utthâna  (*tôki  ^^fi),  sam-anantara 
(tômuken  &£  $&  ffl ,  cf.  *Muken),  sam-yanc  (cf.  ci-des- 
sous Byôdôgaku),  etc. — Abhiniskramanasûtra  [?]  T. 
190  xxxiii  (805  c)  :  Qu'un  homme  me  coupe  un  bras, 
dit  le  B.,  et  qu'un  autre  m'oigne  un  bras  [de  parfum] 
de  santal,  à  l'égard  de  ces  deux  hommes  mon  Esprit 
est  Égal. — T.  261  ix  (905  b-c)  :  Les  Bs.  Ms.  qui 
cultivent  l'Incommensurable  (cf.  *Muryô)  de  l'Apa- 
thie. . .,  si  on  les  vénère  leur  Esprit  ne  s'exalte  point, 
si  on  leur  manque  de  respect  ils  ne  méprisent  point 
les  humbles  ;  le  profit  ne  les  réjouit  pas,  la  perte  ne 
les  attriste  pas  ;  l'injure  ne  les  irrite  pas,  l'éloge  ne 
leur  cause  nul  plaisir . . .  Envers  amis  comme  envers 
ennemis,  envers  ceux  qui  observent  comme  envers 
ceux  qui  violent  les  Défenses,  leur  Esprit  est  Égal  ; 
ils  n'établissent  point  de  dualité  entre  ceux  qui  font 
le  bien  ou  le  mal,  ceux  qui  aiment  ou  qui  haïssent . . . 
A  l'égard  de  tous  les  Êtres,  leur  Esprit  est  Égal. . . 
Que  si  un  homme  les  frappe  ou  les  insulte,  et  qu'un 
autre  les  oigne  de  parfum,  les  Bs.  considèrent  ces 
deux  hommes  d'un  Esprit  Egal  et  sans  dualité  ; . . . 
car,  au  Sens  Ultime,  qui  donc  est-ce  qui  frappe  ? 
et  qui  est-ce  qui  oint  ?  Ils  ne  voient  là  ni  dommage 
ni  avantage  ;  car  il  n'y  a  là  ni  "lui"  ni  "moi"  . . . 
La  dualité  qui  existe  entre  Organes  des  Sens  et 
Objets  sensibles  se  trouve  Égalisée  dans  le  Calme. . . 
Au  Sens  Ultime,  il  n'y  a  ni  blessure  ni  dommage  ; 
c'est  cela  qu'on  appelle  l'Apathie. — Lankâvatâra  T. 
672  iv  (612  a)  (=éd.  Nanjô  169)  :  Pour  l'ascète  dont 
la  méditation  transcende  les  phénomènes  (nirâbhâsa) , 
il  n'y  a  plus  ni  Existence  ni  non-Existence  ;  l'Exis- 
tence et  la  non-Existence  se  trouvent  Égalisées  [i.e. 
identifiées],  et  c'est  ainsi  que  naît  le  Fruit  des  Saints. 
Qu'est-ce  que  l'Existence  et  la  non-Existence  ?  Et 
comment  se  fait  l'Égalité  ?  L'Esprit  qui  ne  possède 
point  la  Connaissance  est  agité  intérieurement  et 
extérieurement  ;  mais,  dès  qu'il  la  possède,  l'Égalité 
se  produit,  et  le  désordre  disparaît. — Ib.  (609  a) 
(=éd.  Nanjô  147)  :  [La  dualité  antinomique  de] 
l'Existence  et  de  la  non-Existence  est  le  domaine 
sur  lequel  s'étend  l'Esprit  (cittasya  gocara)  ;  ce 
domaine  une  fois  disparu,  l'Esprit,  Egalisé  (byô- 
dôshin  ^^  'l>,  sk.  samyak-citta),  disparaît  lui  aussi. 
— Mahâyânasûtrâlankâra  Tt.  1604  m  (=éd.  Lévi  ix, 
70-71)  :  La  Connaissance  d'Égalité  [sk.  samatâ-jnâna, 
une  des  quatre  Connaissances  propres  aux  B.,  cf. 
*Shichi]  a  toujours  à  sa  suite  la  Grande  Bonté  et  la 
Grande  Compassion.  Cf.  Kosa  Tt.  1558  xxvn  (K.  Lav. 
vu,  77-79)  :  La  Compassion  propre  aux  B.  est  dite 


"grande"  en  tant  qu'elle  est  Égale,  c.-à-d.  qu'elle 
porte  sur  tous  les  Êtres  avec  Égalité. — Mahâpa- 
rinirvânasûtra  T.  374  I  (367  b)  :  A  l'égard  de  tous 
les  Êtres  il  produit  l'Esprit  de  la  Grande  Compassion, 
avec  Égalité,  sans  dualisme,  comme  s'ils  étaient  son 
fils  unique. — Ib.  xxxn  (556  c-557  a)  :  La  Nature 
de  B.  est  appelée  "Terre  de  fils  unique"  ..  .Envers 
tous  les  Êtres  le  Bs.  produit  un  Esprit  d'Égalité, 
car  tous  les  Êtres  nécessairement  doivent  obtenir 
cette  "Terre  de  fils  unique" .  Cette  Terre,  c'est  la 
Nature  de  B.  ;  c'est  pourquoi  il  est  dit  que  tous  les 
Êtres  possèdent  la  Nature  de  B. — Saddharmapun- 
dartkasûtra  T.  262  m  (20  a)  [=Lotus  79]  :  Je  prêche 
aux  grandes  assemblées  la  Loi  pure  comme  l'ambroi- 
sie ;  cette  Loi  a  une  saveur  unique,  celle  de  la  Libé- 
ration et  du  Nirvana.  C'est  avec  une  seule  et  même 
voix  merveilleuse  que  je  développe  ce  Sens,  prenant 
sans  cesse  pour  sujet  le  Grand  Véhicule  ;  je  consi- 
dère tous  les  Êtres  comme  universellement  Égaux, 
sans  [distinguer  entre]  celui-là  et  celui-ci,  sans  Esprit 
d'Amour  ou  de  Haine... — Prajftâpâramitâ  T.  220 
dxxxvii  (758  b)  :  Que  des  Tg.  apparaissent  ou  non 
dans  le  monde,  la  Nature  [des  Essences]  et  leur 
Caractère  [réel,  i.e.  la  Vacuité,  cf.  inf.]  demeurent 
éternellement  ;  c'est  là  ce  qu'on  appelle  l'Égalité 
de  toutes  les  Essences.  Si  cette  Égalité  est  dite  pure, 
c'est  selon  le  Sens  Vulgaire,  et  non  selon  le  Sens 
Ultime  ;  car,  comme  il  n'y  a  dans  le  Sens  Ultime  ni 
Différenciation  ni  Vains-propos,  et  que  le  Chemin 
de  tous  mots  et  paroles  y  est  coupé,  on  ne  peut  dire 
qu'elle  soit  ni  pure  ni  souillée. — Tout  une  section  de 
la  P°p°  (T.  223  xxvi)  est  consacrée  à  l'Égalité,  et 
cette  section  est  commentée  dans  M°p°p°sâstra 
Tt.  1509  xcv  (725-728)  :  on  y  démontre  que  les  dif- 
férences entre  les  Essences  (Opérées  et  Inopérées,  etc.) 
et  entre  les  Êtres  (Profanes  et  Saints,  etc.)  relèvent 
de  la  Vérité  Vulgaire,  mais  qu'en  Vérité  Ultime  tout 
n'est  qu'Égalité  ;  d'où  découle  une  éthique  altruiste 
sur  laquelle  ces  textes  insistent  avec  force.  Tt.  1509 
xcv  (726  c-727  c)  :  Il  y  a  trois  classes  d'hommes  qui 
entrent  en  religion  :  les  inférieurs,  qui  ne  pratiquent 
la  bonne  Loi  que  pour  leur  propre  salut  ;  les  moyens, 
qui  la  pratiquent  et  pour  eux-mêmes  et  pour  autrui  ', 
les  supérieurs,  qui  ne  la  pratiquent  que  pour  autrui .  . . 
La  pratique  pure  du  Chemin,  c'est  de  ne  rechercher 
l'Éveil  que  pour  les  [autres]  Êtres,  car  on  ruine  ainsi 
l'Idée-à-rebours  du  Soi.  Pour  le  Bs.  qui  cultive  les 
Perfections,  il  n'y  a  ni  Être,  ni  personne  qui  connaisse, 
personne  qui  voie . . .  C'est  en  langage  de  Vérité  Vul- 
gaire que  l'on  dit  :  le  Buddha  obtient  l'Éveil  Correct- 
complet-sans-supérieur  ;  [en  réalité]  il  n'y  a  là  ni 
personne    qui    obtienne,    ni    Essence    obtenue  ;    car 


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273 


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l'expression  "une  personne  obtenant  une  Essence" 
implique  une  dualité . . .  Depuis  le  degré  d'Entré- 
dans-le-courant  jusqu'à  celui  de  B.,  il  n'y  a  rien  qui 
puisse  être  pratiqué,  rien  qui  puisse  être  obtenu  ; 
les  B.  des  trois  temps  et  des  dix  directions  ne  peuvent 
ni  pratiquer,  ni  obtenir  l'Eveil  ;  à  plus  forte  raison 
un  B.  [déterminé  quel  qu'il  soit]  !  Car  la  Nature 
d'Egalité  existe  par  elle-même ...  Egaux  sont  les 
Profanes,  Égaux  les  Entrés-dans-le-courant,  Egaux 
les  B.  ;  tous  sont  un  dans  l'Égalité,  et  il  n'y  a  entre 
eux  ni  dualité  ni  différence ...  Si  le  B.  différait  de 
l'Égalité,  il  pourrait  pratiquer  l'Égalité  ;  mais  comme 
le  B.  n'est  autre  que  l'Égalité  même,  il  ne  peut  ni 
la  pratiquer,  ni  l'obtenir ...  Dans  l'Égalité  il  n'y  a 
point  de  différence  entre  Profanes  et  Saints  ;  les  dif- 
férences n'existent  qu'en  Vérité  Vulgaire,  et  dans 
la  Loi  qui  est  à  l'usage  des  Profanes... — Cf.  aussi 
Tt.  1509  lxxviii  :  Essence  d'Égalité  est  un  autre 
nom  de  la  Vérité  Ultime. — Ib.  lv  (455  b)  :  Le  Saint, 
grâce  à  l'Œil  de  la  Sapience,  contemple  toutes  les 
Essences  comme  Égales,  comme  ayant  toutes  Un 
Caractère  unique  :  la  Vacuité ...  Ce  que  voit  le  Pro- 
fane n'est  que  Formel  sans  Réalité. — Ib.  liv  (446  c)  : 
Le  Bs.  ne  doit  point  demeurer  dans  le  Terrain  de 
Félicité  de  l'Entrée-dans-le-courant,  [ni  dans  les  T. 
de  F.  supérieurs]  jusqu'à  celui  de  B.-pour-soi . . . 
[Mais  il  ne  doit  pas  non  plus  s'arrêter  partialement 
dans  le  T.  de  F.  de  Buddha,  car]  la  Loi  du  Bs.  doit 
être  l'Egalité  à  l'égard  de  toutes  les  Essences  ;  croire 
le  B.  plus  grand  que  les  Êtres,  c'est  ruiner  le  Carac- 
tère d'Égalité  des  Essences.  Du  reste,  le  Bs.  ne  doit 
demeurer  en  aucun  lieu  [i.e.  en  aucune  condition 
particulière]  ;  car  [toute  localisation  est]  Vide.  De  plus, 
il  doit  pratiquer  le  Don  avec  un  Esprit  d'Égalité  ; 
faire  des  différences  entre  les  Terrains  de  Félicité,  c'est 
ruiner  la  Grande  Compassion. — Ib.  lxxxii  (638  a)  : 
Le  Bs.  qui  sait  que  les  Essences  sont  définitivement 
Vides,  inexistantes,  imprenables,  inaccessibles,  et 
qui  sait  conformer  sa  Conduite  à  cette  connaissance, 
ce  Bs.  est  exempt  de  toute  faute.  Mais  s'il  s'attache 
au  Vide  définitif,  à  l'absence  de  Nature,  ou  encore 
au  Chemin  de  la  Conduite  des  Bs.,  il  est  fautif.  Et 
si,  ayant  appris  cela,  et  quoiqu'il  ait  renoncé  à  l'Es- 
prit d'Attachement,  il  reste  encore  Attaché  à  la 
Conduite  des  B.  [disant  :]  La  Conduite  des  B.  est 
nécessairement  le  vrai  Chemin,  et  je  n'ai  qu'à  imiter 
leur  Conduite  [en  m'inspirant  du  principe  que]  toutes 
les  Essences  sont  inexistantes  et  imprenables, — il 
commet  encore  une  faute.  [Il  faut  qu'il]  arrive  à 
[se  rendre  compte  que]  les  Essences  mêmes  qui  se 
trouvent  obtenues  dans  l'Esprit  des  B.  ont  pour 
Caractère  de  ne  pouvoir  être  obtenues  même  par 


les  B.,  et  alors  [il  ne  commettra  plus  la  faute]  d'hono- 
rer avec  convoitise  les  B.  tout  en  méprisant  les  autres 
hommes  ;  et  son  Esprit  sera  Égal  envers  tous  les  Êtres. 
—  Ratnakûta  T.  310  lxxxvii  (499  b-c)  :  Connaître 
que  la  Nature-propre  de  toutes  les  Essences  est  Vide 
et  Calme,  c'est  résider  dans  l'Égalité  ;  l'incapacité  de 
pénétrer  la  Vacuité  de  Nature  des  Essences,  c'est 
la  Non-Égalité. — Mahâyânairaddhotpâda  Tt.  1666 
(575  c)  :  Toutes  les  Essences  sont  Egales  dans  l'Ain- 
sité  ;  car  elles  sont  sans  augmentation  ni  diminution. 
— Ib.  (576  c)  :  L'Esprit  comporte  deux  Rubriques  : 
d'Ainsité  et  de  naissance-et -destruction  (shômetsu 
^j£jjj).  La  Nature  de  l'Esprit  est  sans  naissance  ni 
destruction.  Si  les  Essences  sont  Diversifiées,  c'est 
seulement  en  raison  de  pensées  erronées. . . .  C'est 
pourquoi  toutes  les  Essences  sont  originellement  sans 
Caractères  de  paroles,  ou  de  noms,  ou  d'Objectiva- 
tion  ;  elles  sont  définitivement  Égales,  inaltérables, 
indestructibles. — Ib.  (582  b)  :  En  entrant  dans  la 
Concentration  de  l'Ainsité,  on  sait  que  le  Plan  des 
Essences  n'a  qu'un  seul  Caractère,  c.-à-d.  que  le 
Corps  d'Essence  des  B,  est  Egal  au  Corps  de  tous 
les  Êtres  et  qu'il  n'y  a  point  entre  eux  dualité  ; 
c'est  là  ce  qu'on  appelle  la  Concentration  d'Inter- 
relation  (ekâyana-samâdhi  [?]). — Ësotérisme. — Dans 
la  secte  Shingon,  on  distingue  deux  aspects  de  l'Es- 
sence unique  :  l'aspect  d'Egalité,  qui  relève  de  l'Idéal 
et  du  Plan  de  Matrice,  et  l'aspect  Diversifié,  qui 
relève  de  la  Connaissance  et  du  Plan  de  Diamant 
(Mdjt.  1887).  Mais  surtout,  cette  école  institue  des 
catégories  numériques  se  rapportant  à  l'Égalité,  et 
principalement  diverses  Rubriques  de  Trois  Égalités 
(sambyôdô  ^-*.  ^p-^),  dont  la  plus  caractéristique 
est  celle  de  l'Égalité  des  Actes  corporels,  verbaux 
et  spirituels.  T.  848  1  (1  a-b)  :  Par  tous  ses  Actes 
corporels,  verbaux  et  spirituels,  en  tout  lieu  et  en 
tout  temps,  Vairocana  énonce,  dans  le  Plan  des 
Êtres,  des  Formules  [Es.]  et  des  propositions  reli- 
gieuses (dôku  jfl'fïj).  Cm.  Ttt.  1796  1  (853  a)  :  Les 
triples  Actes  de  toute  sorte,  qu'accomplissent  les 
Tg.,  se  ramènent  tous  à  un  Domaine  suprême,  Réel 
et  merveilleux  [à  savoir]  :  les  Actes  du  corps  sont 
Égaux  à  ceux  du  verbe,  et  ceux  du  verbe  à  ceux  de 
l'Esprit,  de  même  que  l'océan  a  en  tout  lieu  la  même 
saveur  salée  ;  c'est  pourquoi  on  les  dit  Égaux. — 
Ces  trois  Actes,  avec  la  valeur  spéciale  que  leur  attri- 
bue l'Es.,  sont  dits  "le  triple  mystère"  (*Sammitsu 
H  $?.  sk.  triguhya).  Kôbô  Daishi  développa  les  textes 
précités  en  étendant  à  tous  les  Êtres  le  principe  de 
l'Égalité  des  trois  Actes,  principe  que  tout  fidèle 
doit  s'efforcer  d'observer  en  vue  de  "réaliser  le  B. 
en  son  propre  corps"  (sokushin  jôbutsu  ||J  Jj-  ffc  ft»)  ; 


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BYÔD6 


Hizk.  11  :  Par  le  moyen  du  triple  mystère,  toutes 
les  Essences  sont  comprises  dans  la  triple  Égalité. 
(1)  Tout  le  Formel  est  compris  dans  le  corps  ;  [l'Acte 
liturgique]  corporel,  c'est  le  Sceau,  qui  est  un  For- 
mel visible.  (2)  Tout  le  son  est  compris  dans  le  verbe  ; 
[l'Acte  liturgique]  verbal,  c'est  la  Formule,  qui  est 
un  son  audible.  (3)  Tout  l'Idéal  est  compris  dans 
l'Esprit  ;  [l'Acte  liturgique]  spirituel,  [c'est  celui 
par  lequel  on  s'identifie  à]  Vairocana,  en  qui  se  révèle 
le  Caractère  Réel.  Ces  trois  mystères  sont  Égaux, 
c.-à-d.  Omniprésents  ;  c'est  pourquoi  le  pratiquant 
doit  toujours  penser  :  (1)  que  tous  les  Objets  qu'il 
voit  sont  le  Corps  omniprésent  [de  Vairocana,  dont 
l'Acte  Es.  est  le  Sceau]  ;  (2)  que  tous  les  sons  qu'il 
entend  sont  des  Formules,  c.-à-d.  des  sons  de  Loi 
énoncés  par  le  B.,  et  de  même  il  doit  considérer  cha- 
cun des  sons  qui  sortent  de  sa  propre  bouche  comme 
des  paroles  d'exhortation  et  d'enseignement  ;  (3)  que 
l'Idéal,  qui  est  à  la  base  du  corps  et  du  verbe,  est 
compris  dans  son  propre  Esprit,  qui  n'est  autre  que 
le  Caractère  Réel,  i.e.  Vairocana  identique  à  son 
propre  Esprit.  C'est  à  cette  Inspection  qu'on  donne 
le  nom  de  triple  mystère. — Il  s'ensuit  qu'au  Japon, 
dans  le  rituel  tantrique,  p.  ex.  de  la  Libation,  on 
considère  comme  Égaux  (identiques  ou  équipolents) 
le  corps  .de  l'officiant,  l'autel  avec  le  brûle-parfums, 
et  Vairocana  qui  est  l'objet  du  culte  :  le  corps  de 
l'officiant,  agent  des  Sceaux,  est  identifié  à  l'ensemble 
de  l'autel,  lui-même  identique  au  corps  de  V°  ;  sa 
bouche,  qui  articule  les  Formules,  à  l'orifice  du  brûle- 
parfums,  identique  aussi  à  la  bouche  de  V°  ;  le  feu 
est  identifié  à  la  Connaissance  de  l'officiant,  et  à 
celle  de  V°  (Mdjt.  820). — D'après  ce  même  principe 
de  la  triple  Égalité,  on  identifie  dans  l'Inspection 
Es.  un  grand  nombre  de  triades  :  les  trois  Corps 
de  B.,  les  trois  Temps,  les  trois  Sections  du  panthéon 
tantrique  (clans,  sk.  kula),  les  trois  Véhicules,  ou 
encore  cette  triade  que  forment  l'Esprit,  le  B.  et 
l'Etre  vivant  ;  l'Égalité  de  cette  dernière  triade 
serait  déjà  mentionnée  dans  l'Avatamsaka  selon 
Mdjt.  819,  qui  donne  comme  équivalent  de  sambyôdô, 
"triple  Égalité",  le  terme  sk.  tri-samaya  (et  non 
tri-samatâ),  citant  à  ce  propos  la  Formule  de  T.  848 
11  :  Asame  trisame  samaye  svâhâ. — Quatre  Egalités. 
— Lankâvatâra  T.  672  iv  608  b  (=éd.  Nanjô  142- 
143)  :  Comment  le  B.  a-t-il  pu  déclarer  :  "Je  suis 
tous  les  B.  du  passé" ,  ou  encore  :  "Je  fus  le  roi  Mân- 
dhâtr,  et  un  grand  éléphant,  et  un  perroquet" ,  etc. ...  ? 
C'est  en  raison  de  la  notion  ésotérique  (sandhâya) 
de  quatre  Égalités... à  savoir  :  (1)  l'Égalité  litté- 
rale (sk.  aksara-samatâ)  :  je  m'appelle  [et  mon 
nom   s'écrit]    "Buddha"    et   les   autres   Tg.    s'appe- 


laient aussi  "Buddha"  ;  les  B.  ne  diffèrent  pas  de 
nom.  [On  traduit  "s'appelaient"  parce  qu'il  s'agit 
des  B.  du  passé  ;  le  Lankâvatâra  se  réfère  évi- 
demment ici  à  une  déclaration  canonique  conforme 
à  la  doctrine  du  P.V.,  qui  n'admet  pas  l'existence 
simultanée  de  plusieurs  B.  contemporains  Égaux 
entre  eux  ;  cf.  *Butsu,  sup.  p.  193.]  (2)  L'Egalité 
verbale  (vâc)  :  de  même  que  je  produis  une  parole 
dont  les  sons  sont  ceux  de  la  Voix-brahmique  à 
64  Morphèmes  (*Bonnon),  ainsi  la  produisaient  aussi 
tous  les  Tg.  ;  et  ce  verbe  est  sans  augmentation,  ni 
diminution,  ni  différenciation  ;  car  il  a  pour  Nature- 
propre  les  sons  de  la  Voix-brahmique,  pareille  à  celle 
du  kalavinka.  (3)  L'Égalité  corporelle  (kâya)  :  les 
Caractères  Formels  du  Corps  d'Essence,  ainsi  que 
les  [32]  Caractères  [de  Grand  Mâle],  sont  Égaux 
chez  moi  et  chez  tous  les  B.,  si  ce  n'est  que  nous 
manifestons  des  Corps  adaptés  aux  Germes  [des 
Êtres],  pour  dompter  toutes  les  variétés  d'Êtres. 
(4)  L'Égalité  de  Loi  (dharma)  :  De  même  que  tous 
les  B.,  j'atteste  Également  la  Loi  des  trente-sept 
Ailes  de  l'Éveil  (cf.  *Bodai). — Le  Sandhinirmocana 
T.  676  m  (699  c-700  a)  institue  une  quadruple  Éga- 
lité :  (1)  entre  tous  les  Êtres,  (2)  entre  toutes  les- 
Essences,  (3)  entre  les  trois  Éveils  (Éveil  des  Audi- 
teurs, des  B. -pour- Soi,  des  B.  ;  cf.  *Bodai,  sup.  87  b), 
(4)  entre  deux  sortes  de  Sapience  (résultant  soit  de 
l'audition  de  la  Loi,  soit  de  la  méditation),  cette 
classification  étant  mise  en  correspondance  avec 
celle  des  sept  Ainsités  [sur  lesquelles  cf.  S.  Lav. 
534-535,  notes]  :  p.  ex.  les  Êtres  sont  Égaux  entre 
eux  parce  qu'ils  possèdent  tous  la  pravrtti-tathatâ, 
la  sannivesa-tathatâ,  la  mithyâpratipatti-tathatâ  ; 
les  trois  degrés  d'Éveil  sont  Égaux  entre  eux,  parce 
que  les  trois  V.  possèdent  tous  trois  la  visuddhi- 
tathatâ,  etc. — Cinq  Égalités. — Yogâcâryabhûmisâstra 
Tt.  1579  XLIX  (545  c"54°  a)  :  L'Esprit  d'Égalité  à 
l'égard  de  tous  les  Êtres,  qui  Caractérise  le  Bs.,  a 
cinq  aspects  :  (1)  Il  désire  être  Également  utile  à 
tous  les  Êtres  ;  (2)  il  a  pour  tous  les  Êtres  une  Égale 
pitié,  (3)  et  un  Égal  amour,  comme  pour  un  fils 
unique  ;  (4)  en  ce  qui  concerne  les  Pratiques  [salu- 
taires, ou  bonnes  oeuvres]  déjà  accomplies  [par  un 
Être  donné]  en  raison  de  conditions  variées,  il  sait 
que  tel  Être  [particulier],  qu'il  Conçoit  [auquel  il 
pense  à  un  moment  donné],  les  a  déjà  accomplies  ; 
[mais  il  ne  fait  pas  de  différence  entre  cet  Être  et 
ceux  qui — faute  de  conditions  occasionnelles — n'ont 
pas  encore  de  telles  Pratiques  à  leur  actif,  car]  il 
sait  que  la  Nature  d'Essence  que  possède  un  Etre, 
tous  les  Êtres  la  possèdent  aussi  ;  et  s'il  réside  à 
l'égard  de  tous  dans  un  Esprit  d'Égalité,  c'est  que 


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BYÔDO 


dans  son  Esprit  les  Pratiques  comportent  Égalité 
d'Essence  ;  (5)  s'il  accomplit  des  Pratiques  bienfai- 
santes pour  un  Être  [particulier],  il  en  accomplit 
aussi  dont  bénéficient  tous  les  Êtres  ;  il  réside  donc 
à  l'égard  des  Êtres  dans  un  Esprit  d'Egalité  compor- 
tant un  bénéfice  [Egal  pour  tous]. — Dix  Egalités. — 
Rubrique  fréquente  dans  l'Avatamsaka  ;  T.  279 
xxx  (164  b)  :  Le  Bs.  qui  se  livre  à  la  Déflexion  [ou 
transfert  de  ses  Mérites  sur  autrui]  réalise  dix  sortes 
d'Égalité,  par  rapport  :  (1)  aux  Terrains  de  B., 
parce  qu'il  orne  et  purifie  Egalement  tous  les  mondes  ; 
(2)  aux  Etres,  parce  qu'il  fait  tourner  pour  tous  la 
roue  de  la  Loi  ;  (3)  aux  Bs.,  parce  qu'il  émet  tous  les 
Vœux  ;  (4)  aux  B.,  parce  qu'il  contemple  la  non- 
dualité  du  Substantiel  de  tous  les  B.  ;  (5)  aux  Essences, 
parce  qu'il  en  connaît  la  Nature  Également  inalté- 
rable ;  (6)  au  Mondain,  parce  qu'il  sait  bien,  par  sa 
Connaissance  des  Moyens,  expliquer  toutes  les  doc- 
trines verbales  [en  prédications  d'expression  Mon- 
daine] ;  (7)  aux  Pratiques  de  Bs.,  parce  qu'il  pratique 
toute  Déflexion  en  se  conformant  aux  Racines  de 
Bien  variées  ;  (8)  au  Temps,  parce  qu'en  tout  temps 
sans  interruption  il  accomplit  l'oeuvre  bouddhique 
(butsuji  fjfc  4*)  I  (9)  au  Fruit  des  Actes,  parce  qu'il 
est  sans  Attachement  pour  toutes  les  Racines  de 
Bien  Supramondaines  Egalement,  [quelles  qu'elles 
soient]  ;  (10)  aux  Supersavoirs  Souverains  [propres 
aux]  B.,  parce  qu'il  Actualise  des  miracles  en  se 
conformant  au  Mondain. — Ib.  xxxvi  (191  b),  xxxvn 
(193  c)  :  Dix  Egalités  grâce  à  la  méditation  des- 
quelles le  Bs.  peut  passer  de  la  4e  à  la  5e  Terre,  et 
de  la  5e  à  la  6e. — Ib.  lui  (283  a)  :  Liste  analogue  à 
celle  du  ch.  xxx  sup.  Autres  références  dans  l'Ava- 
tamsaka, Dzsi.  II,  677  sqq. — Termes  composés. 
— Byôdôgaku  ^p-  ^  %fc,  Egalement  Éveillé,  une  des 
td.  du  sk.  samyak-buddha  (cf.  *Bodai,  sup.  88  b, 
et  ci-dessus  citation  du  Lafikavatâra)  ;  T.  585  m 
(22  a)  :  Celui  qui  est  Également  Éveillé,  il  n'y  a  rien 
qu'il  obtienne  [en  réalisant  l'Éveil]  ;  il  n'y  a  là 
ni  parole  ni  acte . . .  Ayant  compris  que  toutes  les 
Essences  sont  pures,  automatiques  et  sans  origine, 
le  Tg.  atteint  l'Eveil  Egal  ;  c'est  pourquoi  on  l'appelle 
Byôdôshôgaku  ~]£^  (samyak-sam-buddha).  Cf.  le 
titre  de  la  plus  ancienne  version  du  Sukhâvatîvyûha 
T.  361  ;  Byôdôgaku  est  une  des  37  épithètes  consa- 
crées d'Amida. — Cf.  *Tôgaku. — ~  hosshin  ~  ££  Jr> 
Corps  d'Essence  d'Egalité  ;  désigne  soit  un  des  Corps 
de  B.  correspondant  à  une  des  Terres  de  Bs.  (p.  ex. 
sup.  p.  178  b,  s.v.  *Busshin),  soit  plus  spécialement, 
dans  la  secte  *Jôdo,  le  Corps  que  revêtent  les  Bs. 
dès  la  8e  Terre,  et  que  peuvent  même  revêtir,  par 
la  grâce  opérante  du  B.  *Amida,  les  Bs.  des  Terres 


inférieures.  Cf.  Sukhâvatîvyûhopadesa  de  Vasuban- 
dhu  Tt.  1524  (232  b)  [les  explications  entre  crochets 
sont  tirées  du  cm.  ch.  de  Donran  (T'an  louan,  VIe  s.), 
Ttt.  1819  11  (840  a-b)]  :  Les  Bs.  qui  n'ont  point 
encore  réalisé  l'Esprit  Pur  [i.e.  les  Bs.  des  7  pre- 
mières Terres,  capables  d'Actualiser  des  Corps  sal- 
vifiques  dans  d'innombrables  Terrains  de  B.,  mais 
chez  qui  la  Concentration  nécessaire  pour  cela  com- 
porte encore  une  certaine  mesure  d'activité  mentale, 
sashin  fli  ifc»,  contraire  à  l'Esprit  Pur],  lorsqu'ils 
voient  ce  B.  [quand,  ayant  formé  le  Vœu  de  naître 
en  Terrain-pur,  ils  voient  apparaître  le  B.  Amida], 
obtiennent  [grâce  à  cette  apparition]  un  Corps  d'Es- 
sence d'Egalité  qui  ne  diffère  point  de  celui  des  Bs. 
à  l'Esprit  Pur  [ce  dernier  Corps  est  celui,  né  de 
l'Essencité,  qui  est  propre  aux  Bs.  dès  la  8e  Terre," 
et  que  ceux-ci  revêtent  lorsqu'ils  attestent  cette 
Essence  qu'est  l'Egalité  de  Calme  ;  cette  Essence  et 
ce  Corps  consistent  en  ce  que  les  Bs.  peuvent  dès 
lors  s'actualiser  en  tout  lieu,  en  tout  temps,  d'une 
façon  automatique,  sans  que  nulle  Conception  et 
nul  principe  d'activité  viennent  perturber  leur  Ega- 
lité]. Car,  tout  comme  les  Bs.  à  l'Esprit  Pur  ou  ceux 
des  Terres  supérieures,  [les  Bs.  inférieurs]  possèdent 
"au  fond"  (hikkyô  J^  ^)  l'Égalité  de  Calme  [i.  e.  dès 
le  moment  où  ils  voient  Amida,  les  Bs.  inférieurs 
deviennent  Égaux,  de  Corps  et  d'Essence,  aux  Bs. 
supérieurs,  mais  en  ce  sens  que  l'Égalité  n'est  "au 
fond"  jamais  perdue  en  eux  ;  ce  n'est  pas  une  Éga- 
lité littérale  (sokutô  ||J  Ç£),  et  ils  demeurent  infé- 
rieurs du  point  de  vue  de  la  gradation  des  Terres]. — 
~  ishu  ~'}^,$&,  Intention  d'Égalité,  une  des  quatre 
Intentions  (cf.  *Ishu)  ;  elle  consiste  à  prêcher,  dans 
une  Intention  secrète,  en  se  fondant  sur  le  principe 
de  l'Egalité  :  comme  quand  le  B.  parle  de  lui-même 
en  désignant  les  B.  passés,  tous  les  B.  étant  Egaux. 

kan  ~f|,  Inspection  d'Egalité,  terme  Es.,  cf. 

sup.  ;  dans  la  secte  Tendai,  on  l'identifie  au  Kekan 
flxfl,  Inspection  du  Fictif,  qui  consiste  à  reconnaître 
que  le  Fictif  est  Égal  au  Vide  Ttt.  1911  m.  V.  *Kan. 
— r»  kyô  ~|5fc,  enseignement  Égal,  par  opposition  à 
l'enseignement  détourné  (kutsugokkyô  J{3  |ft  îfy)-  C'est 
par  ex.  l'enseignement  de  Vairocana,  qui  enseigne 
la  vérité  sans  détours,  de  façon  soudaine,  tandis 
que  Sâkyamuni  l'enseigne  par  des  Moyens  détour- 
nés ;  le  premier  se  conforme  à  la  Nature  d'Essence 
(i.e.  Egale)  des  auditeurs,  le  second  à  leur  Nature 
de  Mobile  [ils  sont  les  Mobiles  des  enseignements 
divers,  et  autres  Moyens  d'ordre  Métamorphique, 
mis  en  œuvre  par  les  B.].  Distinction  établie  en 
Chine,  au  début  des  T'ang,  par  "Maître  Yin",  Inshi 
pjl  frfl  (Bdji.  3584)— ~  à  ~  î,  "roi  Egal",  i.e.  juste; 


CHAARA 


276 


CHAKUETSUJIKONGO 


interprétation  du  nom  de  Yama.Ttt.  2128  vi  (338  c). 
C'est  le  nom  du  8e  des  10  rois  infernaux  de  la  tradi- 
tion populaire  ch.  (dont  le  5e  est  Yama  proprement 
dit).  Cf.  Chavannes-Pelliot,  J.  As.  1911,  n,  584  n.  1. 

shôchi  ~fë.%i,  sk.  samatâjnâna,  une  des  quatre 

Connaissances  propres  aux  B.  ;  cf.  *Shichi. — V.  aussi 
*Ashamashama. — On  trouvera  une  intéressante  docu- 
mentation sur  l'Égalité  dans  Dzsi.  11,  677  sqq. 

^CHAARA  ^HH  [lecture  de  Bdjt.  ii99]=sk. 
p.  dahara,  dahra  "petit,  jeune,  frère  cadet,  jeune 
homme"  ;  tib.  gjon  rabs  "un  jeune"  Mvy  8734  ;  td. 
shôshi  /]>$$  "petit  maître".  Terme  qui  s'employait 
en  Inde  pour  désigner  les  moines  d'ordination 
(upasampadâ)  récente,  qui  devaient  encore  résider 
auprès  d'un  maître,  tandis  qu'à  partir  de  la  dixième 
année  après  l'ordination  on  avait  droit  au  titre  d'An- 
cien (sk.  sthavira,  ici  td.  jûi  ffc'fi)  et  à  la  résidence 
indépendante;  Ttt.  2125 m  (220a)  [Takakusu,  Record, 
104].  En  Chine  et  au  Japon,  le  terme  shôshi  /J*^ 
"petit  maître"  est  aussi  une  désignation  humble  des 
moines  parlant  d'eux-mêmes,  p.  ex.  Ttt.  2059  vu 
(37i  a). 

CHAKU  %,  shujaku  $l^|,  sk.  p.  sanga. — Atta- 
chement, soit  affectif,  soit  intellectuel  (à  l'égard  des 
Essences)  ;  condamné  par  le  bouddhisme. — T.  262  1 
(5  c)  [= Lotus,  19,  mais  le  texte  sk.  diffère]  :  Depuis 
que  j'ai  accompli  l'Éveil,  c'est  à  conduire  les  Êtres 
à  se  Dégager  de  tout  Attachement  que  je  m'efforce, 
selon  les  conditions,  par  toutes  sortes  de  comparaisons, 
de  prédications  et  de  Moyens. — Mahâprajnâpâramitâ 
T.  220  lxxi  (403  c)  :  On  appelle  Grand-Être  (mahâ- 
sattva)  celui  qui,  connaissant  le  Caractère  des  Essences 
tel  qu'il  est,  est  capable  d'être  sans  Attachement. — 
Le  Mah°pr°pâr°sâstra  Tt.  1509  xlii  (367  c)  distingue 
l'Attachement  d'ordre  affectif  (yokuchaku  ^^,  sk. 
râga-sanga  ?)  et  l'Attachement  d'ordre  intellectuel 
(kenchaku  J|,  ^>  sk.  drsti-sanga  ?)  :  on  se  délivre 
du  premier  en  Inspectant  la  nature  Impermanente, 
Doujoureuse,  etc.,  de  ses  objets  ;  quant  au  second, 
qui  est  l'Attachement  aux  Essences,  on  s'en  Dégage 
en  discernant  que  le  Caractère  du  Formel  n'est  que 
Vacuité. 

CHAKUETSUJIKONGO  &  [ou  yaku  fëlfàfê 
±m>  te  JSorato-bazaradara  &  &  gR  g£  Q  jg  jgfc 
ï^=sk.  Surata-vajradhara  (TZ.  I,  p.  150  c). —  "Le 
Porte-foudre  Plaisir",  nom  d'un  Bs.  qui  figure, 
dans  les  "images  actuelles"  (genzu  ïg,  HH)  du  Cercle 
du  Plan  de  Matrice  au  Japon,  dans  la  Cour  des 
Vajradhara  (côté  Sud).  Le  texte  du  Vairocanasûtra 


ne  mentionne  aucune  Bs.  de  ce  nom  dans  le  chapitre 
relatif  au  Mandala  du  Plan  de  Matrice  T.  848  1  ; 
mais  il  est  mentionné,  sous  le  nom  de  Myôjû-kongô 
$*£ÈjΣH!I>  dans  Ie  chap.  consacré  au  "Mandala 
Es",  ib.  v  (34  c),  et  ce  nom  est  restitué  en  Surata 
(^gl  [ou  $J]  g)  dans  le  cm.  Ttt.  1796  vi  (637  c) 
et  xvi  (743  a),  qui  l'interprète  ainsi  :  "Résidence 
sublime,  c.-à-d.  que  ce  personnage  réside  avec  [les 
autres  Vajradhara  ?]  dans  la  tranquillité".  C'est  une 
explication  étymologique  du  terme  Surata  (su0  préfixe 
intensif  -f-  ram°  "rester  tranquille",  "apaiser"  [les 
désirs],  d'où  "faire  l'amour",  etc.)  ;  en  sk.  ce  terme 
signifie  en  réalité  "plaisir  suprême"  et  en  particulier 
plaisir  sexuel.  Sans  doute  la  glose  du  cm.  du  Vairocana- 


Fig.  90.   Chakuetsuji-Kongô  (Surata- Vajradhara). 
(Type  «  actuel  ».) 


sûtra  est-elle  destinée  à  écarter  toute  interprétation 
erotique  du  personnage.  Dans  l'école  Es.  on  dit  que 
Surata  représente  le  "plaisir"  de  la  Loi  éprouvé  par  les 
saints  eux-mêmes  (p.  ex.  quand  Vairocana  prêche  la 
Loi,  il  en  éprouve  du  plaisir  avec  les  saints  qui  l'entou- 
rent dans  le  Cercle  et  qui  ne  sont  que  ses  émanations 
identiques  à  lui-même)  Mdjt.  943, 1599. — D'après  TZ.  I, 
p.  150  c,  on  le  peint  de  couleur  blanc-jaune,  assis  sur 
un  lotus  rouge,  le  poing  gauche  fermé  reposant  au- 
dessous  du  nombril,  la  paume  droite  portant  un  foudre 
dressé  à  une  pointe  (fig.  90,  d'après  TZ.  I,  p.  689). 
Son  Sceau  est  dit  "Porte-Terre"  (Jiji  $fiÈ),  et 
consiste  à  entrelacer  les  pouces  et  les  auriculaires 
des  deux  mains  (cf.  TZ.  VIII,  p.  98,  n°  136).  Sa  For- 
mule est  :  Hûrii  hum  phat  phat  jam  jarh  svâhâ, 
Mdjt.  75  c.  Son  Germe  est  hûm  et  sa  Forme  de  Conven- 
tion un  foudre  à  une  pointe  TZ.  I,  p.  55  b,  150  c. 


CHAKUHO 


277 


CHAKUHO 


CHAKUHO  jffè  [litt.  "choisir,  trier  les 
Essences"]  ;  sk.  dharma-[pra]vicaya,  p.  dhamma-[pa]- 
vicaya  ;  tib.  èhos  rab-tu  rnam-par  'byed-pa  Mvy. 
846,  990.  On  trouve  aussi  les  td.  hô[kakui]  fè$£^|] 
T.  125  xxxiii  (731  a-b),  hôge  ?£  M  T-  6o4  (lSl  a)-  etc- 
— Sélection  des  Essences;  un  des  sept  Membres  (par- 
ties constituantes,  adjuvants)  de  l'Eveil,  le  deuxième 
(après  la  Mémoire)  dans  la  classification  du  P.V., 
le  premier  dans  celle  du  G.V.  (qui  compte  la  Mémoire 
comme  septième,  en  fin  de  liste).  Cf.  Bodaibun  ^ 
jfitfr,  s.v.  *Bodai,  sup.  p.  90  b. — Cette  Sélection  (dis- 
crimination, discernement)  s'effectue  au  moyen  de 
la  Sapience,  qui  permet  d'opérer  un  tri,  soit,  dans 
l'ordre  moral,  entre  Essences  bonnes  et  mauvaises, 
soit,  dans  l'ordre  intellectuel,  entre  Essences  vraies 
•et  fausses,  etc.  En  raison  du  rôle  capital  qui  est 
attribué  à  la  Sapience  dans  la  scolastique,  non 
seulement  du  G.V.,  mais  aussi  du  P.  V.,  la  littéra- 
ture d'Abhidharma  assigne  à  la  Sélection  des  Essences 
une  place  privilégiée  parmi  les  Membres  de  l'Éveil  : 
elle  n'en  est  pas  seulement  un  Membre,  un  auxiliaire 
partiel,  une  Cause  ;  elle  est  aussi  l'Eveil  lui-même  à 
l'état  de  Fruit.  De  même  dans  le  corps  humain  le 
tronc,  si  on  le  compare  aux  membres,  bras  et  jambes, 
apparaît  comme  plus  essentiel,  mais  peut  cependant 
être  considéré  comme  un  membre  si  l'on  envisage 
tout  l'ensemble  du  corps. — Toute  une  section  du 
Sariiyutta  Nikâya  (vol.  V,  p.  63-140)  est  consacrée 
aux  sept  Membres  de  l'Éveil  ;  elle  se  retrouve  en 
partie  dans  le  Satnyuktâgama  T.  99  xxvi  (189  sq.)- 
xxvii,  d'où  sont  extraites  les  définitions  suivantes  : 
T.  99  xxvii  (191  b)  :  La  Sélection  des  Essences 
consiste  à  sélectionner  les  Essences  de  Bien  (sk. 
kusala-dharma)  et  les  Essences  de  Mal  (sk.  akusala- 
dh°)  ;  cette  double  Sélection  est  Sapience,  elle  est 
Éveil-Égal  (sambodhi),  elle  a  le  pouvoir  d'orienter 
vers  le  Nirvana  ;  aussi  est-elle  un  Membre  de  l'Éveil. 
Le  texte  p.  correspondant,  Sam°Nik°  vol.  V,  p.  110, 
définit  la  Sélection  comme  portant,  non  pas  sur  les 
Essences  bonnes  et  mauvaises,  mais  sur  les  Essences 
externes  et  internes  (ajjhatarh,  bahiddhâ). — Ib.  xxvii 
(192  c)  :  Quel  est  l'Aliment  (sk.  âhâra)  de.  la  Sélec- 
tion des  Essences  ?  Il  y  a  à  sélectionner  des  Essences 
de  Bien  et  des  Essences  de  Mal  :  méditer  sur  ces 
Essences,  de  sorte  que  naisse  la  Sélection  des  Essences 
si  elle  n'est  pas  encore  née,  et  que  si  elle  est  déjà 
née  elle  renaisse  et  augmente,  voilà  l'Aliment  de  la 
Sélection  des  Essences.  Le  passage  parallèle  du  S°Nik°, 
vol.  V,  p.  104,  distingue  bien  ici  les  Essences  de  Bien 
et  celles  de  Mal,  mais  en  y  ajoutant  d'autres  Essences 
antinomiques  selon  une  énumération  traditionnelle. 
— Ib.   xxvi   (190  c)  :   Le  Membre  de  l'Éveil  de  la 


Mémoire  étant  accompli,  alors,  en  exerçant  à  l'égard 
des  Essences  un  choix  (senjaku  £§!$),  une  discri- 
mination (fumbetsu  *jf  Jjlj),  un  examen  attentif  (shiyui 
Atâ>  shiryô  jjfUS),  on  cultive  le  Membre  de  l'Éveil 
de  la  Sélection  des  Essences.  Même  formule  ib.  xxvii 
(196  b).  Les  passages  parallèles  du  S°N°,  vol.  V, 
p.  127  et  72,  sont  moins  explicites.  Dans  S°N°  ib. 
p.  in,  on  a  trois  verbes  p.  correspondant  aux  trois 
termes  ch.  précités  :  pavicinati,  pavicarati,  parivî- 
mamsâm  apajjati. — Ces  passages  sont  développés 
dans  le  Vibhanga  p.  et,  en  ch.,  dans  Y Abhidharma  des 
Sarvâstivâdin.  Dharmaskandhapàda  Tt.  1537  VIII 
(491  c-492  b)  [cf.  td.  jap.  Kyis.,  p.  205  sq.,  avec  bon 
cm.]  :  La  Sélection  des  Essences. .  .c'est  [reconnaître 
de  façon  exacte  les  Essences,  de  Bien  et  de  Mal,  de 
péché  et  sans  péché,  à  cultiver  et  à  ne  pas  cultiver, 
inférieures  et  supérieures,  Noires,  Blanches  et  à 
contre-doses  [i.e.  comportant  à  doses  égales  du  Noir 
et  du  Blanc  ;  ch.  utettai  ^  IfeUj".  sk.  sapratibhâga], 
nées  de  Facteurs  [suivent  des  explications  détaillées 
de  ces  différents  termes] ...  On  appelle  Sapience 
(prajnâ)  ou  faculté  de  Sapience  (prajnendriya),  ou 
Membre  de  l'Éveil  de  la  Sélection  des  Essences, 
l'Inspection  (vipasyanâ),  Associée  à  un  Acte-mental 
Sans- Écoulement,  par  laquelle  s'opère  la  Sélection 
(ci0  ?),  la  sur-Sélection  (vi-ci°  ?),  la  sur-sur-Sélection 
(pra-vi-ci°  ?)  des  Essences,  leur  compréhension,  leur 
assimilation  (tô  ^,  sam-°  ?),  leur  approche  (kinj£, 
upa-°  ?),   leur   discernement,  leur   pénétration,   leur 

examen,    etc Définition    analogue    dans   le   Sâri- 

putrâbhidharma  Tt.  1548  vi  (568  a).  La  formule 
"Sélection,  sur- Sélection,  etc. ..."  se  retrouve  dans 
la  définition  de  l'Inspection  que  donne  le  Sangîti- 
paryâyapâda  Tt.  1536  ni  (375  b).  Ce  même  ouvrage 
Tt.  1536  xvi  (435  a)  définit  la  Sélection  des  Essences 
dans  les  termes  suivants  :  On  appelle  ainsi  l'Inspec- 
tion, Associée  à  un  Acte^-mental  SansTÉcoulement, 
[par  laquelle  s'opère]  la  Sélection  éliminatoire,  sous 
toutes  ses  formes  (shokenjakuhô  f&fjfijfffê;  :  on 
choisit  le  bon  ou  le  vrai,  chaku,  en  éliminant  le  mau- 
vais ou  le  faux,  ken),  qui  consiste  à  méditer  sur  la 
Douleur,  sa  Formation,  son  Barrage,  le  Chemin  de 
ce  Barrage. — Saddharmasmrtyupasthânasûtra  T.  721 
xxx  (191  c)  :  La  Sélection  des  Essences  consiste  à 
sélectionner,  au  moyen  de  la  Sapience,  les  Essences 
en  leur  Caractère  vrai,  à  en  méditer  le  Sens  et  à  se 
le  remémorer  sans  cesse. — Le  Sûtra  sur  les  37  Ailes 
de  l'Eveil  T.  604  (181  a),  td.  par  Anseikô  (Ngan  Che 
kao)  à  la  fin  du  11e  s.  p.  C,  rend  notre  terme  par 
hôge  îfcfR-  "analyse  des  Essences"  (ou  ici  :  de  la 
Loi),  et  le  définit  comme  "l'analyse,  discriminatoire 
et  conforme   [au  texte],   de  tel  ou  tel  texte  sacré 


CHAKUHO 


278 


CHAKUHO 


(sûtra)". — Dans  l'école  Mâdhyamika,  la  Sélection  des 
Essences  consiste  à  en  reconnaître  la  Vacuité  ;  Mahâ- 
pr°pâram°sâstra  Tt.  1509  xix  (205  a)  :  On  appelle 
Sélection  des  Essences  la  recherche,  parmi  toutes  les 
Essences,  des  Essences  bonnes,  mauvaises  et  Indé- 
finies, et  de  leur  nature  Impercevable. — La  Sélection 
des  Essences  comme  Membre  de  l'Eveil. — Comme  on 
l'a  vu  dans  plusieurs  des  passages  précités,  la  Sélec- 
tion des  Essences  s'opère  par  la  Sapience  ;  aussi 
est-elle  parfois  identifiée  à  la  Sapience,  Vibhâsâ  Tt. 
1545  cxli  (726  b),  Kosa  Tt.  1558  iv  [K.  Lav.  11, 154]  ; 
et  dans  certaines  listes  des  Membres  de  l'Éveil  le 
terme  "Sapience"  remplace  "Sélection  des  Essences", 
p.  ex.  Tt.  1509  xix  (205  a).  Or  la  Sapience  est  elle- 
même  identique  à  l'Eveil  ;  la  scolastique  s'attachera 
donc  à  démontrer — ou  à  suggérer — que  la  Sélec- 
tion des  Essences,  seule  parmi  les  sept  Membres  de 
l'Eveil,  n'est  pas  seulement  un  Membre,  c.-à-d.  une 
partie  constituante  ou  un  adjuvant  de  l'Eveil,  mais 
qu'elle  est  l'Eveil  même.  Telle  était  notamment 
l'opinion  de  l'école  Vaibhâsika. — Vibhâsâ  Tt.  1545 
cxli  (726  b)  :  Quel  est  l'Eveil  [dont  il  s'agit  dans  le 
terme]  "les  Membres  de  l'Eveil"  ?  C'est  l'Éveil 
d'Aboutissement  (nisthâ-bodhi  ?),  c.-à-d.  la  Connais- 
sance de  l'Épuisement  et  de  la  Non-Production 
(ksaya-anutpâda-jnâna  :  connaître  que  les  Écoule- 
ments [Passions  et  ce  qui  s'ensuit]  sont  Épuisés,  et 
qu'ils  ne  se  Produiront  plus  ;  c'est  la  définition  même 
de  l'Éveil,  K.  Lav.  vi,  282;  cf.  *Chi  fë)  ;  ou  encore, 
c'est  l'intuition  exacte  (nyojitsu-kaku  JtO  flf  ^  ; 
bodhi=buddhi  ?),  c.-à-d.  la  Sapience  sans  Écoule- 
ment. Les  sept  Membres  sont  des  parties  (bhâga  ou 
paksa)  de  cet  Éveil,  c'est  pourquoi  on  les  appelle 
"Membres"  (anga)  ;  mais  la  Sélection  est  à  la  fois 
Éveil  et  Membre  de  l'Éveil,  tandis  que  les  six  autres 
ne  sont  que  Membres  et  ne  sont  point  Eveil. — Ib. 
xcvi  (496  c)  :  Le  terme  "Membres  de  l'Éveil"  a  deux 
sens. .  .D'une  part,  on  les  appelle  ainsi  en  tant  qu'ils 
sont  Éveil  en  puissance  (nô-kakugo  ffê^tn);  de 
l'autre,  en  tant  qu'ils  sont  des  "Membres"-  [i.e.  des 
parties  constituantes  ou  auxiliaires]  de  l'Éveil.  La 
première  de  ces  deux  définitions  ne  doit  s'appliquer 
qu'à  l'un  des  Membres  à  l'exclusion  des  six  autres 
[la  Sélection  des  Essences,  étant  Éveil,  possède  par 
elle-même,  et  elle  seule,  le  "pouvoir  d'Éveil", 
nô-kakugo]  ;  la  deuxième,  aux  six  à  l'exception  de 
l'une  [seule  la  Sélection  peut  être  assimilée  à  l'Éveil 
même,  et  n'en  est  donc  pas  seulement  un  "Membre", 
un  des  éléments  partiels  comme  les  six  autres] . . . 
La  Sélection  des  Essences  est  à  la  fois  Éveil  et  Membre 
de  l'Éveil  ;  les  six  autres  ne  sont  que  Membres  et  ne 
sont  point  Éveil.  [L'Éveil  étant  comparé  à  un  corps, 


la  Sélection  des  Essences  est  pareille  au  tronc,  qui 
constitue  la  partie  essentielle  du  corps,  dont  les 
membres  ne  sont  que  des  éléments  secondaires  ;  mais 
ce  tronc  peut  tout  de  même  être  considéré  comme  un 
membre  si  l'on  se  place  au  point  de  vue  de  tout 
l'ensemble  du  corps.] — Cf.  Kosa  Tt.  1558  xxv  [K.  Lav. 
vi,  288],  attribuant  cette  doctrine  à  l'école  Vai- 
bhâsika ;  et  Tt.  1606  x  (740  c)  [Sthiramati]  :  Parmi 
les  sept  Membres  de  l'Eveil,  la  Sélection  des  Essences 
est  celui  qui  constitue  le  Substantiel  propre  [de 
l'Éveil]  ;  en  effet,  il  a  les  Caractères  propres  de 
l'Éveil. — Ces  idées  sont  développées  dans  un  traité 
ch.,  Ttt.  1851  xvi  (786  b),  qui  distingue  la  Sélection 
des  Essences  des  six  autres  Membres  de  l'Éveil  parce 
qu'elle  a  pour  Substantiel  la  Sapience,  laquelle  est 
[l'Éveil  à  l'état  de]  Fruit  et  non  pas  une  Cause  [de 
l'Éveil],  alors  que  les  autres  ne  sont  que  des  Causes. 
— L'importance  de  ce  Membre  ressort  du  reste  de  la 
définition  de  l'Abhidharma  telle  qu'on  la  trouve  au 
début  du  Kosa  Tt.  1558  1  [K.  Lav.  1,  5]  :  Comme, 
en  dehors  de  la  Sélection  des  Essences,  il  n'y  a  pas 
de  moyen  pour  éteindre  les  Passions — et  c'est  en 
raison  des  Passions  que  le  Monde  erre  dans  cet  océan 
de  l'Existence — ,  en  vue  de  cette  Sélection,  l'Abhi- 
dharma a  été,  disent-ils,  énoncé  par  le  Maître. — 
D'un  point  de  vue  général,  la  Sélection  des  Essences 
s'opère  par  la  Sapience,  au  moyen  de  l'Inspection  ; 
mais  en  tant  que  Membre  de  l'Éveil,  et  selon  la  métho- 
dologie propre  de  ces  sept  Membres — du  moins  dans 
le  P.V. — ,  elle  doit  être  précédée  des  exercices  de  la 
Mémoire  (ier  Membre),  qui  en  sont  la  condition  préa- 
lable. Cf.  p.  ex.  le  Sam0  Âgama  T.  99  xxvi  (190  c), 
cité  sup.  ;  aussi  Dharmaskandhapâda  Tt.  1537  vnr 
(491  b)  :  C'est  en  progression  successive  que  se  pro- 
duisent, que  s'obtiennent,  que  se  cultivent  jusqu'à  • 
plénitude  les  Membres  de  l'Éveil. .  .Après  avoir  pro- 
duit, obtenu,  cultivé  jusqu'à  plénitude  la  Mémoire, 
par  suite  de  la  Mémoire  on  exerce  une  Sélection,  etc.. . . 
— La  Vibhâsâ  Tt.  1545  xcvn  (499  c)  définit  le  rapport, 
l'Association  qui  existe  entre  chacun  des  Membres, 
en  particulier  entre  la  Mémoire  et  la  Sélection  des 
Essences. — L'Ekottarâgama  T.  125  xxxiv  (739  a) 
établit  une  correspondance  entre  les  sept  Membres 
de  l'Eveil  et  les  Passions  qu'ils  contrecarrent  ;  d'après 
ce  système,  la  Sélection  des  Essences  sert  de  Contre- 
carrant à  la  Haine  (ou  Malveillance). — La  Vibhâsâ 
Tt.  1545  xcv  (494  a)  et  le  Yogâcâryabhûmisâstra 
Tt.  1579  xxix  (445  a)  répartissent  les  Membres  de 
l'Eveil  entre  les  Rubriques  de  la  Quiétude  (sk.  sama- 
tha]  et  de  l'Inspection  (sk.  vipasyanâ)  :  sont  comptés 
comme  contribuant  à  la  Quiétude  les  trois  derniers 
Membres  :    Détente    (5),    Concentration    (6),    Apa- 


CHAKUJI 


279 


CHAKUJI 


thie  (7)  ;  comme  relevant  de  l'Inspection,  la  Sélec- 
tion des  Essences  (2),  la  Bonne- volonté  (3),  la  Joie  (4)  ; 
la  Mémoire  (1)  est  commune  aux  deux  rubriques.  La 
Vibhâsâ  renvoie  à  ce  propos  au  Sarhyuktâgama  T.  99 
xxvii  (191  c-192  b)  [=S°Nik°,  vol.  V,  p.  112  sq.], 
qui  recommande  de  cultiver  la  Détente  (5) ,  la  Concen- 
tration (6),  l'Apathie  (7),  quand  l'Esprit  est  exalté 
ou  excité,  mais  la  Sélection*  (2) ,  la  Bonne- volonté  (3), 
la  Joie  (4),  quand  l'Esprit  est  déprimé  ou  affaibli. 
— Enfin  la  Vibhâsâ  xcvi  (496  a,  20)  institue  un  sys- 
tème de  correspondance  entre  les  trente-sept  Ailes 
et  les  sept  Membres  de  l'Eveil  :  quatre  des  Ailes 
sont  attribuées  au  Membre  de  la  Sélection  des  Essences, 
à  savoir  :  les  Aide-Mémoire,  l'Organe  de  la  Sapience, 
la  Force  de  la  Sapience,  et  la  Vue-correcte.  L'identi- 
fication de  la  Sélection  des  Essences  et  de  la  Vue- 
correcte  donne  lieu  à  des  "distinguo"  longuement 
discutés  ib.  xcv  (493  b-c). — Bibliogr.  sur  Chakuhô, 
Moch.    1890. 

CHAKUJI  $$  J)|,  "choisir  le  terrain" .  Dans  l'Es., 
choix  préliminaire  d'un  terrain  ou  endroit  convenable 
pour  y  établir  un  Cercle  (*Mandara),  faute  de  quoi 
l'Atteinte,  le  succès  du  rite  (*shijji,  sk.  siddhi)  ris- 
que d'être  compromis.  Cette  règle  semble  être 
actuellement  négligée  au  Japon,  où  les  Cercles  ne 
s'établissent  plus  à  même  le  sol  en  plein  air  ;  mais  elle 
est  prescrite  à  maintes  reprises  dans  les  textes  clas- 
siques de  l'Es.  ch.  On  qualifiait  même  la  siddhi  de 
supérieure,  de  moyenne  ou  d'inférieure,  selon  l'en- 
droit choisi  Mdjt.  1600  c.  Le  Vairocanasûtra  T.  848  I 
(4  b)  [add.  entre  crochets  d'après  le  cm.  Ttt.  1796 
m  (615  b-616  c)]  énumère,  par  ordre  d'excellence, 
les  terrains  où  l'on  peut  faire  des  Cercles  (endan 
DU  ÎS.>  *Dan  circulaires)  :  Sites  montagneux  ou  fores- 
tiers où  abondent  les  feuilles,  les  fruits,  les  sources 
pures  qui  réjouissent  les  pratiquants  et  que  célèbrent 
les  B.  [l'endroit  doit  être  plaisant]  ;  bords  de  cours 
d'eau,  agrémentés  d'oies  sauvages  et  autres  oiseaux 
[qui  chantent  et  s'ébattent  :  ambiance  de  pureté 
et  de  tranquillité]  ;  lieux  visités  naguère  par  des  B. 
complets,  des  B.-pour-soi,  des  Auditeurs  ou  des  Dis- 
ciples [où  ils  ont  obtenu  la  Voie,  ou  le  Nirvana,  ou 
résidé  longuement,  p.  ex.  les  huit  stûpa  de  l'Inde  ; 
ces  lieux  jouissent  d'un  prestige  particulier  et  sont 
protégés  par  les  Dieux,  les  démons  n'osent  y  venir 
troubler  les  officiants]  ;  les  monastères,  les  Ermi- 
tages [et  autres  logis  de  religieux  qui  observent  la 
Conduite-brahmique]  ;  les  maisons  fleuries  [i.e.  élé- 
gantes], les  édifices  élevés,  les  parcs  à  étangs  [et 
autres  résidences  laïques  distinguées]  ;  les  caitya 
[on  établit  les  Cercles  auprès  d'eux  sur  (l'un  des) 


quatre  côtés]  ;  les  lieux  de  culte  du  Dieu  du  Feu 
[où  il  est  adoré  par  les  Brahmisants  de  Conduite 
pure,  et  qui  sont  éminemment  purs]  ;  les  parcs  à 
bétail  [où  l'on  assemble  le  bétail  en  Inde,  à  5  ou 
10  Lieues  des  villages,  et  où  s'accumulent  ses  excré- 
ments, mais  que  les  Brahmanes  estiment  purs  ;  pour 
y  établir  un  Cercle,  il  faut  faire  sortir  le  bétail]  ; 
[les  îlots  dans]  les  rivières  ou  pièces  d'eau  [loin 
de  toute  souillure]  ;  les  temples  des  Dieux  [maisons 
où  l'on  prie,  en  jeûnant,  les  Dieux  Mondains  :  mais 
on  veillera  à  ce  qu'il  n'y  ait  point  d'hérétiques, 
d'incroyants  dans  ces  temples]  ;  maisons  vides  [habi- 
tations abandonnées  par  des  gens  du  Monde,  et  res- 
tées propres]  ;  lieux  où  des  Voyants  ont  obtenu  la 
Voie  [logis  des  sages  Mondains  qui  recherchent  les 
cinq  Supersavoirs]  ;  à  défaut  des  précédents,  autres 
lieux  qui  agréent  au  Maître. — Le  Guhyatantra  T.  897 
1  (761  a-b),  dont  une  section  (la  3e)  entière  est  consa- 
crée au  "choix  du  terrain"  pour  les  Cercles,  recom- 
mande d'éviter  les  terrains  présentant  des  hauts  ou 
des  bas,  encombrés  de  broussailles  épineuses  ou  de 
fragments  de  crânes,  proches  de  précipices,  de  fosses, 
de  puits,  d'étangs  desséchés,  riches  en  racines  d'arbres, 
en  "nids"  d'insectes,  les  terrains  salins,  alcalins, 
carbonifères,  pierreux,  naturellement  secs,  où  abondent 
les  insectes  ou  vers  poilus.  Un  terrain  faste  doit 
être  aplani  et  reluisant  de  propreté,  et  si  possible  un 
peu  abaissé  vers  le  Nord-Est  ;  si,  après  avoir  fait 
un  trou  profond  d'une  coudée  (sk.  hasta),  on  remet 
dans  ce  trou  la  terre  excavée  et  qu'il  en  reste  de  trop, 
c'est  que  le  terrain  est  bon  ;  l'Atteinte  sera  assurée. 
Un  terrain  entouré  d'eau,  riche  en  arbres  vivaces, 
pleins  de  sève,  couverts  de  feuilles,  de  fleurs,  de  fruits, 
sera  particulièrement  favorable.  Pour  les  rites  d'Apai- 
sement [rites  relevant  du  "clan"  de  B.,  un  des  trois 
"clans"  ou  Sections,  sk.  kula,  de  l'Es.],  on  choisira 
un  terrain  de  teinte  blanche,  de  préférence  au  sommet 
d'une  montagne,  ou  dans  un  parc  à  bétail,  ou  près 
d'un  caitya  ou  d'un  temple  bouddhique  ;  pour  les 
rites  d'Accroissement  [clan  de  Lotus]  un  terrain 
rouge  ou  jaune,  au  bord  du  Gange  ou  d'un  étang  à 
lotus  ou  de  la  mer,  sur  un  bas-fond  ;  pour  les  rites 
d'Exorcisme  [clan  de  Diamant],  un  terrain  noir, 
dans  un  cimetière,  ou  dans  un  temple  de  Matara 
fttfyffî.  [sk.  mâtr — culte  des  Sept  Mères?],  en  un 
site  vacant,  dans  une  maison  vide,  en  un  lieu  désert 
et  malpropre.  Un  cercle  dit  de  siddhi  "supérieure" 
[i.e.  de  la  Section  de  B.]  sera  établi  auprès  d'un  des 
huit  grands  stûpa,  ou  d'un  vestige  des  saints,  ou  en 
un  site  plaisant,  pur,  ou  au  sommet  d'un  mont,  etc.  ; 
un  Cercle  destiné  à  rechercher  la  richesse,  les  hon- 
neurs, etc.  [rite  d'Accroissement,  Section  de  Lotus] 


CHAKUJI 


280 


CHAKUJI 


sera  établi  dans  un  étang  à  lotus  épanouis,  auprès 
duquel  s'ébattent  des  oies  sauvages  ;  un  Cercle  [de 
la  Section]  de  Diamant  [rite  d'Exorcisme],  dit  "infé- 
rieur", se  fera  auprès  d'une  montagne,  dans  un 
ravin,  dans  les  grottes  d'une  falaise,  le  but  étant  de 
pénétrer  dans  les  palais  des  Asura  [où  l'on  obtient 
longue  vie,  cf.  *Ashura].  Le  texte  ajoute  encore  de 
nombreux  détails  sur  les  terrains  à  choisir  selon  les 
rites  variés  qu'on  se  propose  d'accomplir. — Prescrip^ 
tions  analogues  dans  Susiddhikaratantra  T.  893  1 
(section  vi,  p.  605-606)  et  Subâhupariprcchâ  T.  895 
11  (section  il,  p.  720-722)  ;  dans  Ttt.  911  (926-927) 
[  "Méthode  pour  établir  le  Cercle  et  choisir  le  terrain"  ( 
ouvrage  ch.  de  Erin  |£$|ji  (737-820  A.D.),  fondé  sur 
T.  848,  893,  895,  897]  ;  dans  Tt.  910  (924)  [ouvrage 
de  traducteur  inconnu,  qui  se  réfère  à  un  sûtra 
également  inconnu  par  ailleurs,  et  fut  importé  au 
Japon  au  IXe  s.],  où  se  trouvent  énumérées  42  sortes 
de  terrains  favorables.  On  remarquera  dans  ces" 
textes  de  l'Es,  ind.,  td.  en  ch.  sous  les  Tô  (T'ang), 
l'absence  de  toute  notion  qui  révélerait  une  influence 
de  la  géomancie  ch.  fûsui  JSt  tR  —  Ttt.  1796  iv  (616  c. 
617  a)  donne  une  interprétation  "profonde",  c.-à-d. 
symbolique,  du  "choix  du  terrain"  :  le  Maître  choisit 
un  "terrain  Spirituel"  favorable  (shinji  't»^)  dans 
l'Esprit  du  Disciple  (ou  de  l'initié)  pour  y  créer  tel 
ou  tel  "Cercle"  mystique,  etc. — V.  aussi  Bdji.  3327  ; 
Mdjt.  1600  ;  et  cf.  *Mandara. 

CHAKUJI*  i$if$,  "choisir  le  temps"  ;  choix  du 
moment  approprié — jour  et  heure — pour  établir  un 
Cercle  ou  pour  toute  cérémonie,  Es.  ou  autre.  Ce 
choix  repose  sur  des  considérations  astrologiques,  et 
dépend  du  genre  de  Cercle  ou  de  rite  qu'on  a  en  vue. 
Le  Vairocanasûtra  T.  848  1  (4  c)  enseigne  comment, 
après  avoir  choisi  et  nettoyé  le  terrain  sur  lequel  on 
établira  le  Cercle  (cf.  art.  précédent),  il  faut  fixer  un 
jour  bien  faste  (ryônisshin  ^  Q  J|  ;  J|  doit  être  ici 
pour  H),  un  moment  où  l'heure  (jibun  H^F^, 
sk.  muhûrta),  les  constellations  fixes  (shuku  $f, 
sk.  naksatra)  et  les  planètes  (shû  ^,  sk.  graha)  se 
trouvent  en  parfaite  convenance  [avec  le  rite  par- 
ticulier qu'on  prépare],  avant  le  repas  [de  midi]  ; 
encore  faut -il  qu'il  se  produise  par  surcroît  un  signe 
(sô  Jg,  sk.  nimitta)  de  bon  augure.  Le  cm.  Ttt.  1796 
iv  (617  c-619  a)  donne  une  liste  commentée  de  jours 
fastes  et  explique  longuement  les  autres  termes  qui 
figurent  dans  ce  passage  du  sûtra  :  Il  y  a  trente 
"heures"  par  jour  astronomique,  27  constellations 
fixes  qui  sont  les  "mansions"  de  la  lune  au  cours  de 
sa  révolution  céleste  de  27  jours,  9  planètes,  dont  le 
caractère  faste  ou  néfaste  est  fixé  par  le  calendrier 


astrologique  ind.,  etc.  Le  premier  tiers  du  jour  astro- 
nomique, dit  "avant  le  repas",  convient  aux  rites 
d'Apaisement  ;  le  soir  convient  aux  rites  d'Accrois- 
sement, la  nuit  aux  rites  d'Exorcisme  ;  or,  comme 
l'Onction  avec  entrée  dans  un  Cercle  est  un  rite 
d'Apaisement,  c'est  "avant  le  repas"  qu'elle  doit 
avoir  lieu.  Quant  aux  "signes  de  bon  augure"  qui 
doivent  se  produire  pour  que  la  réussite  du  rite  soit 
assurée,  il  s'agit  de  phénomènes  extérieurs  d'ordre 
sensible,  tels  que,  sur  terre,  la  rencontre  de  garçons 
ou  de  fillettes  portant  cinq  sortes  de  Pots,  etc.,-  ou, 
dans  les  airs,  l'apparition  de  nuées  d'heureux  pré- 
sage, de  vapeurs  de  cinq  couleurs,  d'un  arc-en-ciel 
intempestif,  etc.  [Sur  l'importance  des  conjonctions 
des  mansions  lunaires  et  des  planètes,  naksatra- 
graha-yuti,  dans  l'astrologie  ind.,  cf.  Thibaut,  Astro- 
nomie, Astrologie  und  Mathematik,  dans  Grundriss, 
III,  9,  p.  36  ;  sur  celle  des  heures,  sk.  muhûrta,  ib. 
p.  67.] — Le  Susiddhikaratantra  T.  893  (625-626), 
qui  consacre  toute  une  section  (xxxm)  à  ce  sujet, 
donne  des  indications  analogues,  mais  parfois  diver- 
gentes.— Le  "Sûtra,  prononcé  par  le  Bs.  Manjusrî 
et  les  Voyants,  sur  les  heures  et  les  jours  fastes  et 
néfastes,  sur  les  mansions  lunaires  et  les  planètes 
heureuses  et  malheureuses",  T.  1299,  traite  longue- 
ment de  la  même  question  [Huber  a  signalé  dans  cet 
ouvrage— et  autres  apparentés—  des  influences  ira- 
niennes transmises  en  Chine  par  les  Manichéens 
(BEFEO,  VI,  39-43)]  ;  ce  texte  distingue  notam- 
ment (392  c)  trois  groupes  de  sept  jours  marqués 
par  des  conjonctions  des  mansions  lunaires  et  des 
planètes,  auxquels  il  assigne  des  épithètes  qui  sont 
encore  en  usage  au  Japon  :  (1)  les  sept  jours  d'Am- 
broisie (Kanronichi  jj  fÇ  0).  fastes  pour  l'étude,  la 
réception  des  Sceaux  Es.,  la  pratique  des  Formules  ; 
(2)  les  sept  jours  du  Pic  de  Diamant  (Kongôbunichi 
^Hll^H)'  fastes  P°ur  les  rites  d'Exorcisme  et 
l'observance  de  la  Formule  du  Fils-de-Dieu  Soleil 
(Sûrya-devaputra)  ;  (3)  les  sept  jours  de  Râksasa 
(Rasetsunichi  fë  $J  0),  qui  sont  néfastes  pour  toute 
entreprise  et  ne  conviennent  qu'à  la  chasse  et  autres 
agissements  nocifs. — Cf.  aussi  Guhyatantra  T.  897  1 
(761  c-762  b,  exposé  détaillé)  ;  Subâhupariprcchâ 
T.  895  11  (728  a-b,  liste  de  jours  fastes)  ;  Tt.  994 
(516  a)  ;  Tt.  1086  (211  b)  ;  etc. — Tous  ces  textes 
apportent  une  documentation  précise  et  abondante 
sur  les  conceptions  astrologiques  (et  astronomiques) 
qui  avaient  cours  en  Inde  aux  vne-vnie  siècles.  Avant 
d'acquérir  ainsi  droit  de  cité  dans  le  bouddhisme  et 
en  particulier  dans  l'Es.,  l'astrologie  avait  été  pros- 
crite au  même  titre  que  les  autres  sciences  ou  tech- 
niques profanes  ;  elle  est  condamnée  p.  ex.  dans  le 


CHAKUJI 


281 


CHATO 


Brahmajâla,  Dîrghâgama  T.  i  xm  (84  c),  qui  interdit 
au  clergé  l'étude  de  l'astronomie  et  toute  vaticination 
astrologique  (=Dîgha  Nik°  I,  1,  24).  Et  même  dans 
le  G.V.,  le  Mahâparinirvânasûtra  T.  374  xx  (482  b) 
réprouve,  comme  contraire  à  l'esprit  du  bouddhisme, 
la  préoccupation  de  distinguer  entre  jours  fastes  et 
néfastes  ;  le  médecin  Jîvaka  adresse,  dans  ce  sûtra, 
le  discours  suivant  au  roi  Ajâtasatru,  qui  veut  s'assu- 
rer d'un  jour  propice  pour  aller  rendre  visite  au  B.  : 
"Dans  la  Loi  du  Tg.,  il  n'y  a  pas  à  choisir  jour  heu- 
reux ni  étoile  faste  !  De  même  qu'un  malade  grave 
recherche  un  médecin  sans  considérer  si  le  jour  ou 
l'heure  sont  fastes  ou  non,  ainsi  vous-même,  ô  roi, 
malade  grave  qui  recherchez  ce  médecin  excellent 
qu'est  le  B.,  n'avez  pas  à  choisir  heure  propice  ni 
jour  heureux  !  De  mjême  qu'un  feu  de  bois  de  santal 
et  un  feu  de  bois  de  ricin  ont  tous  deux  pour  Carac- 
tère commun  et  identique  le  fait  de  brûler,  ainsi, 
grand  roi,  que  le  jour  soit  faste  ou  néfaste,  en  vous 
rendant  auprès  du  B.  vous  anéantirez  vos  péchés  !" 
— Mais  avec  le  relâchement  de  la  règle  monacale  et 
le  contact  toujours  plus  étroit  entre  clercs  et  fidèles 
laïcs  dans  le  G.V.,  l'interdit  dont  était  frappée  l'as- 
trologie (tout  comme  la  médecine,  cf.  *Byô  fâ,  et 
d'autres  techniques  profanes)  tomba  peu  à  peu  dans 
l'oubli,  et  cette  technique  "mondaine"  fut  admise, 
tout  au  moins  dans  certaines  écoles  bouddhiques. 
A  propos  des  six  jours  mensuels  de  Sabbat  (cf. 
*Fusatsu),  le  Mahâprajfiâpâramitâsâstra  Tt.  1509 
xm  (160  b)  déclare  que  "dans  le  bouddhisme  il  n'y  a 
pas  de  jours  bons  ni  mauvais"  ,  mais  que  ces  six  jours 
ont  été  fixés  "pour  se  conformer  à  ce  que  dans  le 
monde  [on  croit  être]  des  jours  mauvais"  ;  en  effet, 
d'après  cet  ouvrage,  les  six  jours  de  Sabbat  sont 
définis  comme  ceux  durant  lesquels  les  fidèles  laïcs 
font  vœu  d'observer  huit  Défenses  (cf.  *Kai),  et  le 
choix  de  ces  jours  (8,  14,  23,  25,  29,  30  du  mois)  est 
expliqué  par  le  fait  qu'on  les  tenait  en  Inde  pour 
néfastes  et  que  les  laïcs  bouddhistes,  en  observant 
les  Défenses  Sabbatiques,  croyaient  se  protéger  contre 
les  entreprises  des  démons  malins  et  des  divinités 
cruelles  qui  jouissaient  ces  jours-là  d'un  pouvoir 
particulier.  Ce  texte  attribué  à  Nâgârjuna  montre 
comment  des  croyances  extra-bouddhiques  péné- 
trèrent dans  l'Eglise  sous  l'influence  de  la  commu- 
nauté laïque.  Mais  la  résistance  à  ces  "superstitions" 
n'a  jamais  cessé  de  se  faire  sentir.  Même  dans  un 
texte  purement  Es.  comme  T.  849  (60  b),  td.  par 
Amoghavajra,  on  lit  que  pour  bien  pratiquer  la 
Déflexion  des  Mérites  "il  ne  faut  prendre  en  consi- 
dération ni  temps  ni  lieu,  ni  faste  ni  néfaste,  et  il 
ne  faut  pas  non  plus  s'attacher  aux  rites"  ;  et  au 


Japon,  alors  que  la  secte  Shingon  attribue  une  grande 
importance  au  "choix  du  temps"  (cf.  le  long  article 
d'un  spécialiste  dans  Bdji.  3327-3328),  la  secte  Shin  se 
refuse  à  en  tenir  compte  (cf.  dans  S.  XL,  9,  35  b-36  a, 
les  déclarations  formelles  du  fondateur  de  la  secte, 
Shinran,  qui  se  réfère  au  texte  du  Mahâparinirvâ- 
nasûtra cité  ci-dessus). 

CHATÔ  (ou  j:satô  en  "prononciation  des  Song", 
Sôon  tIc^)  ^^f  :  le  thé  et  l'eau  chaude.  En  Chine, 
sous  les  Song,  il  était  d'usage  de  servir  aux  visiteurs 
du  thé  à  leur  arrivée  et  de  l'eau  chaude  à  leur  départ. 
D'après  un  ouvrage  qui  semble  dater  du  début  du 
xne  s.  (3ïW3e&.i3a-b,éd.lm*&fci£#;sur 
ce  recueil  d'anecdotes,  cf.  [Hj  |$ -^  ^ Hf.  (=| ,  cxli), 
cette  coutume  était  absolument  générale  dans  toutes 
les  classes  de  la  société.  A  la  cour  impériale,  lors  des 
audiences  données  par  les  grands  ministres  aux  fonc- 
tionnaires réunis,  on  buvait  du  thé  au  début  et  de 
l'eau  chaude  à  la  fin  de  l'audience  (texte  du  XIe  s.  cité 
Zrzs.  390).  Dans  le  rituel  de  la  secte  *Zen,  en  Chine 
comme  au  Japon,  le  thé  et  l'eau  chaude  jouaient  un 
certain  rôle  soit  comme  offrandes,  soit  comme  breu- 
vages. Le  mot  sino-jap.  tô  fâ  (en  jap.  yu)  semble 
désigner  ici  simplement  de  l'eau  chaude,  sens  que  ce 
terme  a  conservé  au  Japon  et  dans  certains  dialectes 
ch.,  tandis  que  dans  le  ch.  parlé  moderne  en  général  il 
a  pris  le  sens  de  "bouillon"  (d'herbes,  de  viande,  etc.)  ; 
toutefois  d'après  Bdjt.  1252  a,  le  tô  du  rituel  boud- 
dhique contenait  parfois  du  riz,  des  matières  aroma- 
tiques, etc.  Actuellement  dans  la  "cérémonie  du  thé", 
au  Japon,  l'eau  chaude  n'intervient  que  de  façon  fort 
accessoire  et  à  titre  préliminaire  :  lors  de  l'arrivée 
des  hôtes,  on  leur  offre,  dans  la  salle  d'attente,  de 
l'eau  chaude  contenant  de  la  farine  de  grains  de 
céréales,  grillés  et  parfumés  au  fenouil,  à  l'écorce  de 
mandarine,  etc.  (kôsen  ^^ft)  ;  puis  à  la  fin  du  repas 
léger  (kaiseki  \$lfâ),  qui  précède,  dans  la  "chambre 
de  thé"  même,  la  consommation  proprement  dite  du 
thé,  on  sert  un  bouillon  de  riz  brûlé  (koge-yu  $|^Hf), 
c.-à-d.  de  l'eau  chaude  contenant  des  grains  de  riz 
qu'on  a  laissés  s'attacher  au  fond  de  la  marmite  et 
se  roussir  lors  de  la  cuisson  du  riz. — Les  "offrandes" 
de  thé  (tencha  ^|  ^)  et  d'eau  chaude  (tentô  H^f) 
étaient  présentées,  dans  la  secte  Zen,  aux  B.  ou  Bs., 
aux  saints,  aux  patriarches  de  la  secte,  ou  devant  les 
tablettes  des  moines  défunts  du  couvent,  soit  quoti- 
diennement, soit  aux  anniversaires  de  leur  mort  (kini- 
chi  jgjt  Q  )  ;  ou  encore,  lors  des  funérailles  des  moines, 
devant  le  cercueil.  Avant  midi,  l'offrande  de  thé  pré- 
cédait celle  d'eau  chaude  ;  après  midi  l*ordre  était 
inverse.  Cf.  le  manuel  réglant  la  vie  conventuelle  de 


CHATÔ 


2«2 


CHATO 


la  secte  Zen,  Ttt.  2025,  ouvrage  compilé  en  Chine  à 
l'époque  mongole  (vers  1338),  mais  qui  utilise  des 
sources  antérieures  à  partir  des  T'ang  ;  et  Bdjt.  600, 
1204,  1252,  1254  ;  Bdji.  3329,  etc.  Ces  offrandes  cons- 
tituent (ou  constituaient)  au  Japon  un  élément  si 
essentiel  du  culte  Zen,  que  le  terme  :j:satô  s'emploie 
pour  désigner  les  visites  des  fidèles  aux  temples,  soit 
aux  jours  commémoratifs  des  morts,  fixés  par  le 
rituel  funéraire  (cf.  *Sai),  soit  encore  aux  jours  où 
l'on  s'acquiert  des  mérites  particuliers  en  rendant 
hommage,  dans  tel  ou  tel  temple,  à  tel  ou  tel  B.  ou 
Bs.  ;  cf.  Bdjt.  600,  1204. — Quant  à  la  "cérémonie" 
du  thé  et  de  l'eau  chaude  (jsatôrei  !£$»  |5)>  ou  du 
thé  seul  (+sarei  ^rjS),  elle  consistait,  dans  les 
monastères  Zen,  à  boire  en  commun  du  thé  et  de 
l'eau  chaude,  à  l'occasion  de  certains  actes  solennels 
de  la  vie  ecclésiastique,  fêtes,  etc.  ;  les  règles  en 
étaient  fort  élaborées.  Cette  cérémonie  avait  lieu  par 
ex.  lors  de  la  réception  d'un  nouveau  "doyen" 
(shuza  ^TBÊ)  par  l'abbé  (hôjô  ~}j~$i),  ou  lorsque 
l'administrateur  du  couvent  (jûji  'ft^f)  rendait 
visite  au  doyen,  ou  au  début  de  la  Retraite  estivale 
(*Ango),  etc.  ;  cf.  pour  la  Chine  Ttt.  2025  iv 
(1135  a  sq.),-  vi  (1150  b  sq.),  où  l'on  trouvera  des 
descriptions  minutieuses.  Actuellement  dans  certains 
temples  Zen  du  Japon,  le  :j:sarei  collectif  a  lieu  deux 
fois  par  mois,  ou  même  deux  fois  par  jour,  et  les 
moines  convoqués  sont  obligatoirement  tenus  d'y 
assister  ;  cf.  Suzuki,  The  Training  of  the  Zen  Buddhist 
Monk  (Kyoto,  1934),  p.  88,  99,  et  pi.  41.  A  chacun 
des  "départements"  du  couvent  est  attaché  un 
"préposé  au  thé"  (chaju  ou  ^saju  $jBÏ|),  et  derrière 
la  salle  de  culte  (hôdô  ££  jj£)  se  trouve  parfois  un 
édifice  spécial  réservé  à  la  cérémonie  du  thé  (chadô, 
^sadô  2fcji|)  ;  cf.  Bdjt.  1204. — C'est  de  cet  usage  de 
la  secte  Zen  que  dérive  la  "cérémonie  du  thé"  laïque, 
célèbre  au  Japon  sous  le  nom  de  Cha  no  yu  ^j  (S)  ^|> 
litt.  "l'eau  chaude  du  thé"  ;  ce  terme,  qui  n'appa- 
raît du  reste  qu'au  xvie  s.  (en  1523) — auparavant 
on  disait  "réunion  de  thé"  cha  no  e  <J&^\  cha  no 
yoriai  &%£&  (cf.  Kimiya,  Nisshi-kôtsû-shi,  11,  269) 
— ,est  évidemment  tiré  de  l'expression  bouddhique 
chatô  (^satô)  ;  mais  dans  cette  dernière  les  mots 
"thé"  et  "eau  chaude"  forment  en  principe  un 
composé  coordinattf  et  non  subordinatif.  On  trouve 
déjà  en  ch.,  p.  ex.  dans  un  petit  traité  disciplinaire 
de  Gijô  (Yi  tsing,  ca.  700  A.D.)  sur  les  breuvages, 
Ttt.  1902  (903  b),  des  expressions  comme  kyôshi- 
chatô  -^-F-^^  "bouillon  de  noyaux  d'abricots 
[piles]  ou  de  thé" ,  où  la  construction  est  subordina- 
tive  ;  et  au  Japon  dès  ca.  1200  A.D.,  dans  le  traité  sur 
le  thé  de  Eisai  (cf.  inf.),  le  terme  chatô  est  pris  au  sens 


de  "bouillon  (ou  infusion)  de  thé",  comme  il  ressort 
de  l'emploi  parallèle  de  sôtô  f&fâ  "infusion  de  feuilles 
de  mûrier". — Le  thé  lui-même,  plante  et  breuvage, 
semble  avoir  été  introduit  au  Japon  une  première  fois 
par  des  moines  bouddhistes  qui  se  rendirent  en  Chine 
aux  environs  de  l'an  800  ;  mais  la  culture  ne  s'en 
développa  guère  avant  le  XIIe  s.  Eisai  $fc  j)§,  patriarche 
fondateur  de  la  secte  Zen  au  Japon,  rapporta  de 
Chine  en  1168  des  graines  de  thé  qu'il  planta,  et 
composa  un  ouvrage  sur  les  vertus  hygiéniques  et 
curatives  du  thé  (Kissa-yôjô-ki  Rjg  ^  ^  *£  f£).  Le  thé 
passait  alors  pour  un  adjuvant  des  pratiques  d'Extase 
(*Zen),  comme  contrecarrant  de  la  somnolence  (texte 
cité  ap.  Kimiya,  op.  cit.,  11,  66;  cf.  aussi  Sadler,  Cha- 
no-Yu,  93).  L'usage  et  la  culture  s'en  répandirent  dans 
les  couvents  de  la  secte  Zen  ;  au  xive  s.  beaucoup  de 
plantations  célèbres  appartenaient  à  des  temples  boud- 
dhiques (texte  ap.  Ksdj.  1759).  C'est  à  l'époque  mon- 
gole (xive  s.)  qu'à  la  suite  des  séjours  de  nombreux 
moines  de  la  secte  Zen  en  Chine,  et  de  l'influence 
qu'ils  exercèrent  dès  lors  sur  la  noblesse  féodale  du 
Japon,  la  "cérémonie  du  thé"  se  répandit  dans  la 
haute  société  laïque,  d'abord  comme  une  "mode 
chinoise"  (Karayo  )fjf  $1),  de  bon  ton  dans  le  monde 
élégant,  puis  peu  à  peu  comme  un  rite  quasi-sacra- 
mentel qui  était  censé  provoquer  une  sorte  de  cathar- 
sis spirituelle  et  dont  tous  les  éléments  furent  rigou- 
reusement fixés  par  des  maîtres  et  des  écoles  s'ins- 
pirant  de  la  mystique  Zen.  Actuellement  encore  le 
centre  de  ces  écoles  (dont  on  fait  remonter  la  "généa- 
logie" au  milieu  du  xve  siècle)  est  un  temple  Zen  de 
Kyoto,  le  Daitokuji  ^C^  ^p,  dont  le  supérieur  délivre 
les  brevets  de  compétence.  La  "chambre  de  thé"  réser- 
vée à  cette  cérémonie  (chashitsu  Ife'M),  dont  la 
superficie  est  de  4  1/2  nattes  mesurant  3  sur  6  pieds 
chacune,  soit  au  total  un  carré  de  9  pieds  de  côté, 
est  conçue  à  l'imitation  de  la  cellule  de  10  pieds  de 
côté  qu'occupait  Vimalakîrti  (cf.  *Hôjô  ~j]^Z).  Les 
petits  vassaux  (samurai)  qui  remplissaient  la  fonc- 
tion de  maître  de  thé  se  rasaient  la  tête  comme  des 
moines  et  on  les  dénommait  "bonzes  du  thé" ,  cha- 
bôzu  Bkifîàc.  (cf.  *Bôzu).  Pour  cette  cérémonie,  on 
utilise  le  thé  en  poudre  (maccha  ^  [ou  fâ]  2&), 
comme  en  Chine  sous  les  Song,  et  sans  doute  sous  les 
Yuan. — Il  semble  probable  que  le  Cha  no  yu,  tel  qu'il 
se  pratique  encore  au  Japon,  remonte  en  fait,  par 
ses  origines  lointaines,  à  un  cérémoniel  ch.  qui  n'avait 
rien  de  spécifiquement  bouddhique  ;  si  cette  céré- 
monie, au  Japon,  se  trouve  liée  au  bouddhisme, 
c'est  qu'elle  y  fut  introduite  par  les  maîtres  de  la 
secte  Zen  qui  assurèrent  le  contact  culturel  entre  la 
Chine  et  le  Japon  à  l'époque  des  Song  et  des  Yuan 


CHI 


283 


CHI 


et  exercèrent  dès  lors  une  influence  profonde  sur  la 
société  jap.  Au  IXe  s.  le  pèlerin  Ennin  |^|  £,  qui  par- 
courut la  Chine  de  838  à  847  et  nous  a  laissé  une 
relation  minutieuse  de  ses  observations,  ne  décrit 
rien  de  pareil  en  Chine  ;  il  note  seulement  que  lors 
des  agapes  végétariennes  (*Sai  *£)  qui  réunissaient 
dans  les  temples  ch.  moines  et  laïcs,  on  consommait 
du  thé  et  du  riz  (Dnbz.  cxiii,  216  a,  252  a-b).  Les 
descriptions  des  cérémonies  de  Chatô  qui  figurent 
dans  le  manuel  ch.  cité  ci-dessus  282  a  l,  Ttt.  2025, 
doivent  se  rapporter  à  une  époque  bien  postérieure. 
— Sur  le  Cha  no  yu,  cf.  K.  Okakura,  The  Book  of 
Tea  ;  Chamberlain,  Things  Japanese,  s.v.  Tea,  Tea 
Ceremony  ;  A.  Berliner,  Der  Teekult  in  Japan  (Leip- 
zig, 1930)  ;  Y.  Fukukita,  Cha-no-Yu,  Tea-cult  of 
Japan  (Tôkyô,  1932)  ;  A.  L.  Sadler,  Cha-no-Yu,  The 
Japanese  Tea  Ceremony  (Londres- Kôbe,  1934)  ; 
T.  Kimiya  jfglfcjg,  Nisshi-kôtsû-shi  0  %?& 
aj  ]£  (Histoire  des  relations  sino-jap.,  Tôkyô,  1927), 
il,  64-66,  255-270. 

CHI  ^',  sk.  jnâna,  p.  nâna,  tib.  ye-ses. — Connais- 
sance.— Pour  l'aperçu  général,  cf.  *E  =^,  "  Sapience" 
(sk.  prajnâ)  ;  pour  la  terminologie  ch.,  *Chie  fë  ^; 
pour  les  catégories  numériques,  *Nichi  "deux  Chi", 
*Sanchi  "trois  <— ".  *Shichi  "quatre  ~",  *Gochi 
"cinq  ~".  V.  aussi  *Muchi  381^  (s^-  ajnâna). 

Petit  Véhicule. — Samynktâgama  T.  99  xiv  (99  c): 
Il  y  a  44  espèces  de  Connaissances  :  Connaissance  se 
rapportant  [1]  à  la  Vieillesse  et  à  la  Mort,  [2]  à  leur 
Formation,  [3]  à  leur  Barrage,  [4]  au  Chemin  menant 
à  leur  Barrage  ;  [5-44]  Connaissances  se  rapportant 
aux  dix  autres  Données-causales  (à  l'exception  de 
l'Inscience),  sous  les  quatre  aspects  de  leur  existence, 
de  leur  Formation,  de  leur  Barrage  et  du  Chemin 
menant  à  leur  Barrage ...  Il  y  a  77  espèces  de  Connais- 
sance :  [Les  onze  intervalles,  représentant  les  onze 
relations  causales  entre  les  douze  Données-causales, 
multipliées  par  les  sept  Connaissances,  énumérées 
comme  suit  pour  le  cas  de  la  relation  causale  entre 
Naissance  (11e  Donnée-causale)  et  Vieillesse-Mort 
(12e  Donnée-causale)  :]  (1)  savoir  que  la  Naissance 
[actuelle]  est  Facteur  de  Vieillesse-Mort  ;  (2)  savoir 
qu'en  dehors  de  la  Naissance  il  n'est  rien  qui  produise 
Vieillesse-Mort  ;  (3)  savoir  que  la  .Naissance  passée 
produit  Vieillesse-Mort  ;  (4)  savoir  que  seule  la  Nais- 
sance passée  produit  Vieillesse-Mort  ;  (5-6)  comme 
sous  (3-4)  en  substituant  "future"  à  "passée"  ; 
(7)  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences  (hôjû- 
chi  fê  ffe  ^1  >  P-  dhammaUhitinâna  ;  cf.  inf.  p.  288 sq., 
Vibhâsâ)  :  c.-à-d.  savoir  certainement  que  [la  Nais- 


sance en  tant  que  Facteur  de  Vieillesse-Mort]  est 
Impermanente,  Opérée,  produite  par  l'Esprit,  née 
de  Facteurs,  Essence  Epuisable,  Essence  périssable, 
[et  en  même  temps]  Essence  [dont  il  faut  se]  Dégager, 
Essence  à  Barrer. — Connaissance  et  Notation. — Vibhâsâ 
Tt.  1545  ix  (44)  :  Il  y  a  une  école  qui  soutient  l'iden- 
tité de  la  Connaissance  et  de  la  Notation,  disant  que 
la  seule  différence  [insignifiante]  consiste  dans  le 
préfixe  vi-  [sk.  jnâuaa=vi- jnâna].  Pour  réfuter  cette 
thèse,  nous  démontrons  que  le  Substantiel  de  la 
Notation  est  différent  de  celui  de  la  Connaissance. 
En  effet,  le  Sûtra  dit  :  "La  Notation  est  Associée  à 
la  Connaissance  [et  donc  différente  d'elle] ..."  Il  y  a 
une  école  soutenant  la  thèse  que  la  Connaissance 
prend  toutes  les  Essences  comme  ses  Objectifs,  tandis 
que  la  Notation  n'en  est  pas  capable.  Pour  réfuter 
cette  thèse,  nous  démontrons  que  la  Connaissance 
et  la  Notation  prennent  ensemble  (gu  fè,  i.e.  l'une 
comme  l'autre)  toutes  les  Essences  comme  Objectifs, 
aussi  bien  en  général  qu'en  particulier.  Il  y  a  une 
école  soutenant  que  la  Connaissance  prend  les  Carac- 
tères propres  (sk.  svalaksana)  et  généraux  (sâmânya- 
laksana)  comme  Objectifs,  tandis  que  la  Notation 
ne  prend  comme  Objectifs  que  les  Caractères  propres. 
Pour  réfuter  cette  thèse,  nous  démontrons  que  la 
Connaissance  et  la  Notation  prennent  ensemble  les 
deux  espèces  de  Caractères  comme  Objectifs.  Il  y  a 
une  école  soutenant  que  la  Connaissance  prend  des 
Objectifs  dont  la  nature  est  homogène  ou  n'est  pas 
homogène  à  celle  du  Connaisseur,  tandis  que  la 
Notation  ne  prend  que  des  Objectifs  homogènes. 
Pour  réfuter  cette  thèse,  nous  démontrons,  etc. . . . 
Il  y  a  une  école  soutenant  que  la  Connaissance  prend 
des  Objectifs  présents,  passés,  futurs  et  non-temporels, 
tandis  que  la  Notation  ne  prend  que  les  Objectifs 
présents.  Pour  réfuter  cette  thèse,  etc. ...  Il  y  a  une 
école  soutenant  que  la  Connaissance  prend  comme 
Objectifs  les  cinq  Masses  et  des  Objets  qui  n'appar- 
tiennent à  aucune  Masse,  tandis  que  la  Notation 
ne  prend  que  le  Formel  comme  Objectif.  Pour  réfuter 
cette  thèse,  nous  démontrons  que  la  Connaissance 
et  la  Notation  ensemble  prennent  comme  Objectifs 
les  cinq  Masses  et  des  Objets  n'appartenant  à  aucune 
Masse.  Il  y  a  une  école  soutenant  que  la  Connaissance 
prend  comme  Objectifs  les  Séries  de  soi-même  et 
d'autrui,  tandis  que  la  Notation  ne  prend  comme 
Objectif  que  la  Série  de  soi-même.  Pour  réfuter  cette 

thèse,  etc (cf.  ci-dessous  Connaissance  de  l'Esprit 

d'autrui,  paracittajnâna.)  Il  y  a  une  école  soutenant 
que  la  Connaissance  prend  comme  Objectifs  les 
Sphères  intérieures  et  extérieures,  tandis  que  la 
Notation  ne  prend  que  les  Sphères  extérieures  comme 


CHI 


284 


CHI 


Objectifs.  Pour  réfuter  cette  thèse,  nous  démontrons 
que  la  Connaissance  et  la  Notation  prennent  ensemble 
l'extérieur  et  l'intérieur  comme  Objectifs.  Il  y  a  une 
école  soutenant  que  la  Connaissance  prend  comme 
Objectif  ce  qui  est  à-Écoulement  et  ce  qui  est  sans- 
Écoulement,  tandis  que  la  Notation  ne  prend  que 
ce  qui  est  à-Écoulement  comme  Objectif.  Pour  réfu- 
ter cette  thèse,  etc. ...  Il  y  a  une  école  soutenant  que 
la  Connaissance  prend  pour  Objectifs  l'Opéré  et 
l' Inopéré,  tandis  que  la  Notation  ne  prend  que  l'Opéré 
comme  Objectif.  Pour  réfuter  cette  thèse,  etc. . . . 
Il  y  a  une  école  soutenant  que  la  Connaissance  n'est 
qu'un  Membre  du  Chemin  [Saint  à  huit  Membres], 
tandis  que  la  Notation  n'est  qu'un  Membre  du 
Devenir  [c.-à-d.  de  l'enchaînement  des  douze  Données- 
causales].  Aussi  l'école  Vatsîputrîya  en  appelle-t-elle 
au  Sûtra,  disant  que  la  Vue  Correcte  [ier  des  Membres 
du  Chemin]  est  ce  Membre  du  Chemin  [la  Connais- 
sance], tandis  que  l'Opérant  [2e  des  Données-causales] 
est  le  Facteur  de  la  Notation.  Pour  réfuter  cette 
thèse,  nous  démontrons  que  la  Connaissance  et  la 
Notation  se  trouvent  toutes  deux  ensemble  dans  les 
deux  Membres  [i.e.  dans  la  Vue  Correcte,  Ier  Membre 
du  Chemin,  et  dans  la  Notation,  3e  des  Données- 
causales]  et  que  l'expression  du  Sûtra  est  forcée  (kyô 
«S).  Il  y  a  des  écoles  comme  les  Dârstântika  qui  sou- 
tiennent que  la  Connaissance  et  la  Notation  ne  se 
trouvent  pas  ensemble.  Pour  réfuter  cette  thèse,  nous 
démontrons  que  la  Connaissance  et  la  Notation 
naissent  simultanément. — Pourquoi  parle-t-on  [dans 
les  six  "pieds"  ou  traités  fondamentaux  de  l'Abhi- 
dharma]  d'abord  de  la  Connaissance,  et  ensuite  de 
la  Notation  ? ...  Il  y  en  a  qui  disent  que  c'est  l'ordre 
suivi  dans  les  anciens  Sûtra  et  Sâstra.  Sâriputra  dit 
à  Mahâkausthila  dans  un  Sûtra  :  "On  donne  le 
nom  de  Connaissance  à  la  faculté  de  savoir  (nôchi  fjfé 
^ÊP),le  nom  de  Notation  à  la  faculté  de  discerner  (nôryô 
HÊ  T  )  "  ;  et  le  Prakaranapâdasâstra  traite  d'abord  du 
Connaissable  (sk.  jneya),  i.e.  de  la  Rubrique  de  la 
Connaissance,  et  ensuite  de  l'Objet  de  la  Notation 
(shoshiki  Jjff  f{&,  sk.  vijneya),  i.e.  de  la  Rubrique  de 
la  Notation.  Aussi  Dharmanandi  dit-il  :  "Dans  le 
Fonctionnement  de  la  Connaissance  et  de  la  Nota- 
tion, il  y  a  une  différence  de  supériorité"  [c.-à-d.  la 
Connaissance  est  supérieure  à  la  Notation].  C'est 
pourquoi  aussi  on  traite  de  la  Notation  après  la 
Connaissance.  Il  y  en  a  qui  disent  :  "La  Connais- 
sance et  la  Notation  sont  toutes  deux  des  Essences 
Radicales.  La  Connaissance  est  la  Racine  de  toutes 
les  catégories  (hon  g,)  pures  ;  la  Notation  est  la 
Racine  de  toutes  les  catégories  impures.  C'est  en 
raison  de  la  supériorité  des  catégories  pures,  qu'on 


traite  de  la  Connaissance  d'abord."  Il  y  en  a  qui 
disent  :  "La  Connaissance  et  la  Notation  sont  toutes 
deux  des  Essences  "capitales"  (jôshu  _fc.  Hf,  sk. 
pramukha?)".  Le  Sûtra  dit  :  Si  la  Connaissance 
(*myô  Bfl,  Science =ici  Connaissance)  domine,  toutes 
les  innombrables  bonnes  Essences  naissent  et  gran- 
dissent ;  si  la  Notation  domine,  toutes  les  Essences 
Passionnées  naissent  et  grandissent.  C'est  en  rai- 
son de  la  supériorité  des  bonnes  Essences,  qu'on 
traite  de  la  Connaissance  d'abord."  Il  y  en  a  qui 
disent  :  "La  Connaissance  et  la  Notation  sont  toutes 
deux  des  Refuges  (shoeshu  fft  (&$&,  sk.  pratisarana). 
Aussi  le  Sûtra  dit-il  :  "Il  faut  prendre  comme  Refuge 
la  Connaissance,  non  pas  la  Notation  (cf.  Mvy.  1548)." 
Les  champs  d'activité  (shogyô  fftfâ,  sk.  gocara)  et 
]es  Domaines  des  cinq  Organes,  différents  pour  cha- 
cun des  Organes,  sont  tous  ensemble  régis  et  reçus 
(ryôju  ^^)  par  l'Organe  du  Mental.  L'Organe  du 
Mental  est  leur  Refuge  commun  [c.-à-d.  leur  support, 
sk.  âsraya,  cf.  S.  Lav.  239].  En  raison  de  la  supériorité 
du  support  [constitué  par]  la  Connaissance,  on  la 
mentionne  d'abord."  Il  y  en  a  qui  disent  :  "La 
Connaissance  et  la  Notation  sont  toutes  deux  à-Objec- 
tifs (ushoen  ^"Jjffftc,  sk.  sâlambana).  Parmi  les 
12  Sphères,  il  y  en  a  deux  qui  sont  à-Objectifs  :  la 
Sphère  du  Mental  et  la  Sphère  des  Essences  [K.  Lav. 
I,  62].  Lorsqu'on  parle  de  "Connaissance",  on  a 
généralement  en  vue  [seulement]  la  Sphère-à-Objec- 
tifs  des  Essences  [i.e.  des  Essences  de  l'Ordre  de 
l'Esprit]  ;  lorsqu'on  parle  de  "Notation",  on  a  géné- 
ralement en  vue  la  pluralité  des  Essences  (tahô  4£  fâ) 
[qui  comprend  à  la  fois]  la  Sphère  des  Essences  et 
la  Sphère  du  Mental.  C'est  pourquoi  on  traite  d'abord 
de  la  Connaissance."  Il  y  en  a  qui  disent  :  "Lorsqu'on 
parle  de  Connaissance,  on  a  généralement  en  vue 
les  Essences  de  l'Ordre-de-l' Esprit  ;  lorsqu'on  parle 
de  Notation,  on  a  généralement  en  vue  la  plu- 
ralité [qui  comprend]  l'Esprit  et  les  Essences  de 
l'Ordre-de-l'Esprit  [cf.  K.  Lav.  11,  150-151.]  C'est 
pourquoi  on  traite  d'abord  de  la  Connaissance."  — 
Connaissance  et  Patience. — Vibhâsâ,  ib.  xcv  (489  b)  : 
Certains  disent  que  les  Patiences  [ultimes  du  degré] 
de  l'Attestation  [ou  compréhension,  réalisation  des 
Vérités]  (genkanhennin  î^lg^JS,  sk.  âbhisamayân- 
tikaksânti  ;  cf.  K.  Lav.  vu,  2)  ont  la  Nature  de  la 
Connaissance.  Ce  sont  p.  ex.  les  Dârstântika,  qui 
disent  :  "Quand  l'œil  de  la  Connaissance  sans-Écou- 
lement tombe  sur  l'Objet  pour  la  première  fois,  c'est 
ce  qu'on  appelle  Patience  ;  lorsqu'il  s'est  établi  dans 
l'Objet,  on  appelle  cela  Connaissance.  De  même  celui 
qui  traverse  un  chemin  en  terrain  plat  s'arrête  d'abord 
[pour  regarder  autour  de  lui]  et  ensuite  [traverse]  à 


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285 


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son  aise."  Un  Vénérable  [Dharmatrâta,  cf.  Miyamoto, 
Recherches  sur  les  Dârst  ântika,  Dharmatrâta,  Kumâ- 
ralata  et  la  Drstântapankti,  dans  H  ^  "Éfc  l!fc  ^  fâ 
^4-^i.  n°  h  1928]  dit  aussi  :  "La  Connaissance 
inférieure  s'appelle  Patience  ;  la  Connaissance  supé- 
rieure s'appelle  Connaissance."  Pour  réfuter  cette 
idée,  nous  démontrons  que  la  Patience  sans- Écoule- 
ment est  Vue,  non  pas  Connaissance.  Il  y  en  a  d'autres 
qui  disent  :  "La  Connaissance  de  l'Épuisement  et 
de  la  Non-Production  est  aussi  Vue  de  sa  Nature." 
Pour  réfuter  cette  idée,  nous  démontrons  qu'en  cette 
Connaissance  il  n'y  a  plus  ni  recherche  (jingu  ^^c, 
5k.  parimârgana,  cf.  K.  Lav.  vu,  3)  ni  ratiocination 
(shisatsu  fp]  H£,  sk.  santîrana,  cf.  ib.)  ;  cette  Connais- 
sance n'est  donc  pas  Vue. — Connaissance  et  Sapience 
(cf.  *E)  ;  Connaissance  et  Vue  (cf.  *Ken). — Vibhâsâ, 
ib.  xcv  (490-491)  :  Les  Sapiences  Associées  aux  cinq 
Notations  sont  Connaissances.  Les  autres  Sapiences 
Associées  à  la  Notation  du  Mental,  sont  également 
Connaissances,  à  l'exception  des  Patiences  sans- 
Écoulement.. .  .La  Sapience  est  [toujours]  Associée 
aux  six  Notations  [comme  la  Connaissance],  mais  se 
distingue  de  la  Connaissance  par  le  fait  que  les  huit 
Patiences  sans-Écoulement  sont  aussi  Sapience,  car 
elles  discernent  (chaku  $£,  sk.  pravic0)  l'ensemble 
des  Essences.  Tous  les  [états]  d'Esprit  sont  accompa- 
gnés de  Sapience  (ue  ^  *^,  sk.  saprajna  ;  cf.  K.  Lav. 
11,  152-154  ;  S.  Lav.  314) . . .  Les  Vues  sont-elles 
Connaissances  ?  Il  faut  distinguer  quatre  catégories 
dans  les  relations  réciproques  entre  les  notions  de 
Vue  et  de  Connaissance  [(1)  ce  qui  est  Vue,  non  pas 
Connaissance  ;  (2)  ce  qui  est  Connaissance,  non  pas 
Vue  ;  (3)  ce  qui  est  Vue  et  Connaissance  ;  (4)  ce  qui 
n'est  ni  Vue  ni  Connaissance]  : — (1)  Sont  Vue,  non  pas 
Connaissance  :  l'Organe  de  l'œil  et  les  Patiences  sans- 
Écoulement.  Pourquoi  l'Organe  de  l'œil  n'est-il  pas 
appelé  "Connaissance"  ?  Parce  que  l'Organe  de 
l'œil  ressortit  au  Formel,  et  que  la  Connaissance  ne 
ressortit  pas  au  Formel  ;  parce  que  l'Organe  de  l'œil 
n'est  pas  Associé  [à  l'Esprit],  n'a  pas  de  Récipient, 
d'Objectif,  de  Morphème,  de  Délibération  (kyôkaku 
^§P5&),  tandis  que  la  Connaissance  est  Associée  [à 
l'Esprit],  a  un  Récipient,  etc.  Pourquoi  les  Patiences 
sans-Écoulement  ne  sont-elles  pas  Connaissances  ? 
Quoiqu'on  acquiesce,  par  les  Patiences  sans-Écoule- 
ment, aux  Vérités  Inspectées,  on  ne  s'est  pas  encore 
décidé.  Quoiqu'on  Inspecte  [par  la  Vue],  on  n'étudie 
pas  encore  à  fond.  Quoiqu'on  recherche,  on  n'a  pas 
encore  Abouti.  Quoiqu'on  examine,  on  ne  sait  pas 
encore.  Quoiqu'on  Atteste,  on  n'étudie  pas  encore 
à  fond,  à  plusieurs  reprises.  Il  n'y  a  là  qu'une  Inflexion 
(un  effort,  kuyû  Xftfâ,  sk.  âbhoga)  ;  l'exercice  pré- 


paratoire (sk.  prayoga)  n'est  pas  encore  achevé. 
C'est  pourquoi  on  ne  donne  pas  le  nom  de  "Connais- 
sance" [à  la  Patience].  "Connaissance"  est  synonyme 
de  "Détermination"  ;  or  la  Patience  naît  simulta- 
nément avec  le  Doute,  qu'on  doit  Éliminer  ;  elle 
n'est  pas  encore  parfaitement  Déterminée  par  rap- 
port à  l'Objet  Vu.  C'est  pourquoi  on  ne  l'appelle 
pas  Connaissance."  Le  Vénérable  Vasumitra  dit  : 
"Quoique  par  la  Patience  on  acquiesce  Correctement 
aux  Vérités  Saintes,  on  ne  les  connaît  pas  encore  à 
fond  ;  et  c'est  pourquoi  la  Patience  n'est  pas  appelée 
Connaissance."  Un  Vénérable  [Dharmatrâta]  dit  : 
"L'Aboutissement  du  Fait  de  la  Vue  s'appelle  Connais- 
sance. Au  premier  moment  de  la  Patience,  le  Fait 
de  la  Vue  n'a  pas  Abouti  ;  c'est  pouurqoi  [seules]  les 
Patiences  sans-Écoulement  sont  en  Réalité  Connais- 
sances, quoiqu'on  ne  leur  donne  pas  ce  nom."  Le 
Vénérable  Mu  |£  dit  :  "L'Inspection  répétée  (jûkan 
jgfJI)  s'appelle  Connaissance.  Quand  la  Patience 
produit  la  première  Inspection,  sans  qu'il  y  ait  eu 
précédemment  Inspection  des  quatre  Vérités  par  la 
Sapience  sainte,  on  n'appelle  pas  encore  [cette  pre- 
mière Inspection]  Connaissance.  Il  est  vrai  que  la 
Sapience  née  simultanément  avec  les  cinq  Notations 
ne  peut  pas  Inspecter  à  plusieurs  reprises  (jûkan  ^ 
jf|)  ses  Objectifs  ;  mais  il  s'est  produit,  depuis  un 
passé  infiniment  reculé,  d'innombrables  Inspections 
d'Objets  comme  le  Formel,  etc.,  par  la  Sapience 
à-Écoulement.  En  raison  de  l'affinité  [entre  Sapience 
à- Écoulement  et  Sapience  sans-Écoulement,  fêfi£ 
${$&]'  on  appelle  [la  première  Inspection  par  la 
Sapience  Sainte  =  sans  -  Écoulement  ]  "Inspection 
répétée",  puis  aussi  Connaissance." — (2)  Ce  qui  est 
Connaissance,  non  pas  Vue  :  (a)  La  Sapience  Associée 
à  l'ensemble  des  cinq  Notations  ;  (b)  la  Connaissance 
de  l'Épuisement  et  de  la  Non-Production  ;  (c)  les 
Sapiences  à-Écoulement  Associées  à  la  Notation  du 
Mental,  à  l'exception  des  cinq  Vues  et  de  la  Vue 
Correcte  Vulgaire,  (a)  Pourquoi  la  Sapience  Associée  à 
l'ensemble  des  cinq  Notations  n'est-elle  pas  Vue  ? 
On  appelle  Vue  ce  qui  entre  profondément  dans  son 
Objectif,  ce  qui  possède  le  Morphème  de  l'acuité. 
Or,  la  Sapience  Associée  à  l'ensemble  des  cinq  Nota- 
tions n'a  pas  le  Morphème  de  l'acuité,  ne  peut  pas 
entrer  profondément  dans  l'Objectif  ;  donc,  elle  n'est 
pas  appelée  Vue ...  (b)  Pourquoi  la  Connaissance  de 
l'Épuisement  et  celle  de  la  Non-Production  ne  sont-elles 
pas  Vue  ?  Parce  que  la  Vue  n'est  qu'Inflexion 
(âbhoga,  effort),  l'exercice  préparatoire  n'étant  pas 
achevé  ;  d'autre  part,  ces  deux  Connaissances  [de 
l'Épuisement  et  de  la  Non-Production  >ne  sont  pas 
qu'Inflexion  ;  avec  elles,  l'exercice  est  achevé]  comme 


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286 


CHI 


lorsqu'un  oiseau  se  pose  [après  le  vol].  Recherche 
(parimârgana)  et  ratiocination  (santîrana)  sont  appe- 
lées Vue  ;  or  ces  deux  Connaissances  ne  comportent 
ni  recherche  ni  ratiocination,  et  c'est  pourquoi  on 
ne  les  appelle  pas  Vue.  Il  y  en  a  qui  disent  :  "De 
façon  générale,  il  y  a  deux  espèces  de  Sapience  sans- 
Ecoulement  :  (a)  contrecarrant  les  mauvaises  Vues  ; 
(p)  contrecarrant  l' Inscience.  La  première  espèce 
est  appelée  Vue.  Les  Connaissances  de  l'Épuisement 
et  de  la  Non-Production  ne  contrecarrent  que  l'In- 
science,  et  par  conséquent  ne  sont  pas  appelées 
Vues."  D'autres  disent  :  "De  façon  générale,  il  y  a 
trois  espèces  de  Sapience  sans-Écoulement  :  (a)  ne 
pouvant  contrecarrer  que  les  mauvaises  Vues  ;  (p)  ne 
pouvant  contrecarrer  que  l' Inscience  ;  (y)  pouvant 
contrecarrer  les  mauvaises  Vues  et  l' Inscience.  La 
première  espèce  est  Vue,  non  pas  Connaissance  ;  on 
l'appelle  Patience  sans-Écoulement  de  l'Attestation. 
La  2e  espèce  est  Connaissance,  non  pas  Vue  ;  ce  sont 
les  Connaissances  de  l'Épuisement  et  de  la  Non- 
Production.  La  3e  espèce  est  Connaissance  et  Vue  ; 
ce  sont  les  autres  Sapiences  sans-Écoulement . . . 
Au  moment  de  la  première  Pratique  de  l'Inspection 
de  l'exercice  préparatoire,  la  Vue  Correcte  Vulgaire, 
tout  en  ayant  la  Nature  de  la  Connaissance  et  de  la 
Vue,  constitue  le  Membre  [du  Chemin  Saint  dit]  de 
la  Vue  Correcte,  non  pas  le  Membre  de  la  Connais- 
sance Correcte.  Quoique  les  huit  Connaissances  du 
Degré  des  Catéchumènes  [qui  suivent  cet  exercice 
préparatoire,  i.e.  Mvy.,  1218,  1220,  1222,  1224,  1226, 
1228,  1230,  1232]  aient  la  Nature  de  Connaissance 
et  de  Vue,  elles  constituent  le  Membre  de  la  Vue 
Correcte,  non  pas  le  Membre  de  la  Connaissance 
Correcte.  Quoique  la  Vue  Correcte  du  Degré  des 
Hors-Catéchisme  ait  la  Nature  de  Connaissance  et 
de  Vue,  elle  constitue  le  Membre  de  la  Vue  Correcte, 
non  pas  le  Membre  de  la  Connaissance  Correcte.  Si 
les  Connaissances  de  l'Épuisement  et  de  la  Non- 
Production  avaient  aussi  la  Nature  de  Connaissance 
et  de  Vue,  elles  constitueraient  aussi  le  Membre  de 
la  Vue  Correcte,  non  pas  le  Membre  de  la  Connais- 
sance Correcte.  Dans  ce  cas  les  Arhat  ne  devraient 
accomplir  que  neuf  des  Membres  [du  Degré]  des 
Hors-Catéchisme  [à  savoir,  les  huit  Membres  du 
Chemin  Saint,  plus  la  Libération  Correcte].  Or,  cette 
supposition  ne  s'accorde  pas  avec  les  paroles  du  Bg.  : 
"Les  Arhat  accomplissent  dix  Membres  [à  savoir, 
les  huit  du  Chemin  Saint,  plus  la  Connaissance  Cor- 
recte et  la  Libération  Correcte]  ".  Un  Vénérable 
[Dârçtântika]  dit  :  "Les  Connaissances  de  l'Épuise- 
ment et  de  la  Non -Production  ont  certainement  la 
Nature  de  la  Vue,  car  elles  comportent  ratiocination 


(ketsudoshô  fâ  Jj£  Q,  sk.  santîranatva)  " .  On  demande 
"Les  Arhat  ne  devraient-ils  accomplir  que  neuf 
Membres  dans  ce  cas  ?"  Nous  répondons  :  "La  Terre 
des  Hors-Catéchisme  n'a  que  deux  Membres  :  (1)  Libé- 
ration Correcte  ;  (2)  Connaissance  Correcte.  Les  huit 
Membres  [du  Chemin  Saint]  sont  communs  à  la 
Terre  des  Catéchumènes  et  à  la  Terre  des  Hors- 
Catéchisme.  Quoique  les  Connaissances  de  l'Épuise- 
ment et  de  la  Non-Production  soient  aussi  Vue,  tout 
de  même,  ayant  accompli  la  tâche,  elles  sont  diffé- 
rentes du  Degré  précédent  des  Catéchumènes,  et 
c'est  pourquoi  on  peut  admettre  sans  difficulté 
qu'elles  constituent  un  Membre  à  part. — (c)  Quant 
aux  Sapiences  à-Écoulement  [= intelligence  profane] 
Associées  à  la  Notation  du  Mental,  à  l'exception 
des  cinq  Vues  et  de  la  Vue  Correcte  Vulgaire,  on  en 
distingue  deux  espèces  :  (a)  Passionnées  ;  (p)  sans- 
Revêtement  Indéfinies,  (a)  La  première  espèce  est 
constituée  par  l'Attraction,  la  Haine,  l'Orgueil,  le 
Doute,  et  la  Sapience  [intelligence  vulgaire]  Associée 
à  lTnscience  Singulière  (fugumumyô  ^  Ht  $£  H$ ,  sk. 
âvenikî  avidyâ  :  lTnscience  indépendante  des  autres 
Passions,  cf.  S.  Lav.  276).  (p)  La  2e  espèce  est  consti- 
tuée par  [la  Sapience]  des  Attitudes  nées  de  la  Concoc- 
tion  [des  Actes],  par  [la  Sapience]  des  arts  techniques 
(kugyôsho  X  *'j  J&>  s^.  silpasthâna),  par  la  Sapience 
née  simultanément  avec  [c.-à-d.  Associée  à]  l'Esprit 
des  Super-savoirs  considérés  comme  Fruits . . .  Parce 
que  la  force  de  ces  Sapiences  est  infime,  on  ne  les 
appelle  pas  Vues.  De  façon  générale,  on  emploie  le 
terme  Vue  quand  la  force  exercée  sur  l'Objet  est 
grande  et  ferme.  On  demande  :  "Il  est  raisonnable 
d'admettre  que  la  force  de  la  Sapience  des  Attitudes 
nées  par  Concoction  [c.-à-d.  de  l'intelligence  qui 
consiste  à  bien  savoir  se  conduire  et  se  tenir  dans  le 
monde]  est  faible,  mais  pourquoi  la  Sapience  Associée 
à  l'Esprit  des  Super-savoirs  [intelligence  conditionnant 
le  pouvoir  d'accomplir  des  miracles]  et  la  Sapience 
des  arts  techniques  [intelligence  d'ordre  technique, 
dans  les  domaines  de  l'agriculture,  du  commerce, 
du  calcul,  de  la  divination,  etc.  :  cf.  *Myô  B^],  dont 
la  force  est  grande  et  intense,  ne  sont-elles  pas  Vue  ?  " 
Nous  répondons  :  «  Quoique  la  force  de  la  Sapience 
des  arts  techniques  soit  très  grande  et  intense,  comme 
[on  peut  le  constater  par]  les  produits  du  Dieu  Vis  va- 
karman  et  la  production  de  la  Connaissance  du  Vœu 
(K.  Lav.  vu,  88),  elle  est  Revêtue  et  endommagée 
par  [divers  genres  de]  mauvaise  vie  (*jamyô  ^ft-pp", 
sk.  âjîvikâ),  et  c'est  pourquoi  elle  n'est  pas  appelée 
Vue.  Toute  les  techniques  ont  pour  Cause  le  désir 
de  gagner  sa  vie  ;  même  si,  au  moment  où  l'Esprit 
et  les  Essences  de  l'Ordre-de-l'Esprit  des  arts  tech- 


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287 


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niques   se   trouvent    Droit-en-face,   ils  ne   sont   pas 
Passionnés,  cependant  on  dit  qu'ils  sont  Revêtus  et 
endommagés  par  la  mauvaise  vie,  parce  qu'ils  sont 
produits  par  la  force  de  la  mauvaise  vie,  c.-à-d.  qu'ils 
sont  Revêtus  et  endommagés  par  l'Attraction.  Même 
s'ils  n'étaient  pas  Revêtus  et  endommagés  par  l'At- 
traction, on  ne  les  appellerait  pas  Vues,  du  fait  de 
leur  force  flottante  et  superficielle  et  de  leur  Mor- 
phème faible  et  obtus,  et  parce  qu'ils  ne  peuvent 
pas  entrer  profondément   dans  leurs  Objectifs.   La 
Sapience  des  arts  techniques  Fonctionne  comme  le 
Doute  ;  elle  n'est  pas  Déterminée  à  l'égard  de  son 
Objectif.  Pourquoi  ?  Parce  que  même  la  plus  habile 
personne,  exécutant  des  travaux  techniques,  doute 
et  hésite,  s'il  est  accusé,  ou  réprimandé  par  autrui. 
Quant   à  la  Sapience   des   Super-savoirs  considérés 
comme  Fruits,  elle  n'est  pas  non  plus  Aiguë  à  l'égard 
de  son  Objectif  ;  elle  ne  peut  pas  entrer  profondé- 
ment dans  son  Objectif  ;  elle  n'est  qu'un  Fonction- 
nement spontané  produit  par  la  force  de  la  Concen- 
tration intérieure  ;  elle  ne  fait  pas  de  recherches  ni 
d'inférences  à  l'égard  de  son  Objectif  ;  c'est  pourquoi 
on  ne  l'appelle  pas  Vue.   La  Sapience  des  Super- 
savoirs considérés  comme   Fruits,   et   les   Métamor- 
phoses [les  miracles  que  conditionne  cette  Sapience], 
résultent  de  l'habitude  antérieure  ;  aussi  ne  sont-elles 
pas  appelées  Vues  ;  c'est  comme  les  arts  techniques, 
eux  aussi  acquis  par  l'habitude.  La  force  des  quatre 
Sapiences  Indéfinies  [associées  aux  quatre  Attitudes] 
nées  de  Concoction  est  faible  ;  c'est  pourquoi,  qu'elles 
soient  Bonnes  pu  Passionnées,  elles  ne  sont  pas  Vue. 
— (3)  La  catégorie  de  ce  qui  est  Vue  et  Connaissance 
comprend  les  cinq  Vues,  la  Vue  Correcte  Vulgaire, 
et   les   Sapiences   sans-Écoulement,   c.-à-d.   les   huit 
Connaissances  des  Catéchumènes,  et  la  Vue  Correcte 
des  '  Hors-Catéchisme    (à   l'exception   des    Patiences 
sans-Ecoulement  et  des  Connaissances  d'Épuisement 
et  de  Sans-Production). — (4)  Tout  ce  qui  n'est  pas 
compris  dans  les  trois  premières  catégories  constitue 
la  catégorie  de  ce  qui  n'est  ni  Vue  ni  Connaissance. 
Toute  la  Masse  du  Formel,  à  l'exception  de  l'œil, 
toute   la   Masse   des   Opérants   à  l'exception   de   la 
Sapience,   les   trois   autres   Masses   et   les   Essences 
Inopérées,  constituent  ensemble  cette  quatrième  caté- 
gorie . . .  —Toutes   les    Connaissances    sont    Sapience 
[c.-à-d.   qu'elles  sont]   capables  de  discerner  et   de 
déterminer  (shinketsu  $£ï&),  car  toutes  les  Connais- 
sances discernent  les  Essences.  Sont  Sapiences,  non 
pas   Connaissances,   les   Patiences   sans-Écoulement, 
qui  commencent  à  Inspecter  cet  Objet  que  sont  les 
Vérités,  mais  ne  discernent  et  ne  déterminent  pas 
encore. — Ib.  xcvn  (502)  :  La  Vue  Correcte  Vulgaire 


[du  Monde]  (sezokushôken  \fc  f$  jEJJ»  s^-  samvrtti- 
[loka-]samyag-drsti)  est  constituée  par  la  bonne 
Sapience  à- Écoulement,  Associée  à  la  Notation  du 
Mental,  tandis  que  la  Connaissance  Correcte  Vulgaire 
(Samvrtti-[loka-]samyag-jfiâna)  est  constituée  non 
seulement  par  cette  Sapience  mais  aussi  par  la  bonne 
Sapience  Associée  aux  cinq  Notations.  La  bonne 
Sapience  Associée  à  la  Notation  de  l'oeil  est  produite 
par  l'Inspection  des  Maîtres,  des  Professeurs,  du 
père  et  de  la  mère,  des  B.,  des  B.-pour-soi,  des  Bs., 
des .  Auditeurs  [et  par  l'Inspection]  de  la  Conduite- 
brahmique  de  tous  autres  compagnons  respectables. 
La  bonne  Sapience  Associée  à  la  Notation  de  l'oreille 
est  produite  par  l'audition  des  Maîtres,  des  Profes- 
seurs, du  père  et  de  la  mère,  [par  l'audition]  des  bonnes 
paroles  d'autres  compagnons  respectables  de  Conduite- 
brahmique,  et  [par  l'audition]  de  l'enseignement 
de  la  Loi  des  trois  Corbeilles  [donné]  par  les  Dis- 
ciples de  B.  Les  bonnes  Sapiences  Associées  aux 
Notations  du  nez,  de  la  langue  et  du  corps  sont  pro- 
duites par  la  "nourriture  fragmentaire"  (danjiki 
U  Jt,  cf.  *Shiki).  Tout  le  monde  n'est  pas  capable 
de  les  produire.  En  général,  ce  sont  les  pratiquants 
de  l'Inspection  (kangyôsha  ft^T^",  yogâcâra)  qui 
Inspectent  et  examinent  la  "nourriture  fragmen- 
taire" ;  quand  ils  la  mangent  ils  sont  capables  de 
produire  [ces  bonnes  Sapiences  Associées  aux  trois 
Notations] . . .  Toutes  les  Vues  Correctes  Vulgaires 
sont  aussi  Connaissances  Correctes  Vulgaires,  mais  il  y 
a  des  Connaissances  C.V.  qui  ne  sont  pas  Vues  C.V.  : 
c.-à-d.  que  la  Vue  C.V.,  dans  les  bonnes  Sapiences 
Associées  aux  cinq  Notations,  discerne  et  détermine 
nécessairement  à  plusieurs  reprises  les  Objectifs. 
C'est  pourquoi  la  Sapience  née  simultanément  avec 
les  cinq  Notations  n'est  pas  appelée  Vue. .  .Dans  les 
bonnes  Sapiences  Associées  aux  cinq  Notations,  le 
Substantiel  de  la  Connaissance  Correcte  est  large, 
celui  de  la  vue  Correcte  est  étroit ...  La  Connaissance 
Correcte  Vulgaire  comprend  la  Vue  Correcte  Vulgaire, 
mais  celle-ci  ne  comprend  pas  celle-là,  comme  ce  qui 
est  grand  comprend  ce  qui  est  petit,  mais  pas  inver- 
sement.— Classifications. — Vibhâsâ,  ib.  ex  (571-572) 
[cf.  ci-dessus  le  Samyuktàgama  sur  les  sept  Connais- 
sances, subdivision  des  77  Connaissances]  :  Les  six 
Connaissances  [=les  sept  Connaissances  à  l'excep- 
tion de  la  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences], 
par  lesquelles  on  connaît  que  la  Naissance  produit 
Vieillesse-Mort,  etc.  ["etc."=les  relations  causales 
entre  les  autres  Données-causales  jusques  et  y  compris 
la  relation  causale  entre  Inscience  et  Opérant], 
constituent  quatre  espèces  de  Connaissance  [voir 
ci-dessous  les  10  Connaissances  du  P.V.l  :  (1)  Connais- 


CHI 


288 


CHJ 


sance  de  l'Essence  ;  (2)  Connaissance  Secondaire 
(ruichi  ffî^',  sk.  anvayajfiâna)  ;  (3)  Connaissance 
Vulgaire  ;  (4)  Connaissance  de  la  Formation.  La 
7e  Connaissance,  celle  de  la  Résidence  des  Essences, 
constitue  la  Connaissance  Vulgaire  du  Monde . . .  Par 
la  Connaissance  de  l'Essence,  on  sait  que  la  Nais- 
sance produit  Vieillesse-Mort,  etc.,  dans  le  Plan  du 
Désir.  Par  la  Connaissance  Secondaire,  on  sait  que 
la  Naissance  produit  Vieillesse-Mort,  etc.,  dans  les 
Plans  du  Formel  et  du  Non-Formel.  Par  la  Connais- 
sance Vulgaire  du  Monde  et  par  la  Connaissance  de 
la  Formation  ensemble,  on  sait  que  la  Naissance 
produit  Vieillesse- Mort,  etc.,  dans  les  trois  Plans... 
Savoir  que  la  Naissance  produit  Vieillesse-Mort  consti- 
tue les  quatre  Connaissances  sus-mentionnées  ;  savoir 
que  seule  la  Naissance  produit  Vieillesse-Mort  consti- 
tue aussi  quatre  Connaissances.  [En  multipliant  ces 
huit  Connaissances  par  les  trois  catégories  du  temps — 
cf.  ci-dessus  Samyuktâgama — ,  on  obtient  24  Connais- 
sances, auxquelles  il  faut  encore  ajouter  la  Connais- 
sance de  la  Résidence  des  Essences.  De  la  multipli- 
cation de  ces  25  Connaissances  par  les  11  intervalles 
des  12  Données-causales — cf.  ci-dessus  Samyuktâgama 
— résultent  275  Connaissances.]  Si  l'on  distingue  les 
Moments  de  la  Série,  il  y  a  des  Connaissances  Incom- 
mensurables et  innombrables . . .  Parmi  les  77  Connais- 
sances, les  11  Connaissances  de  la  Résidence  des 
Essences  sont  exclusivement  à- Ecoulement  ;  les 
66  autres  Connaissances  sont  à-Écoulement  et  sans- 
Ecoulement.  Il  y  en  a  qui  disent  que  toutes  les 
Connaissances  appartiennent  à  cette  dernière  caté- 
gorie. Toutes  [ces  77]  Connaissances  ont  comme 
Objectif  ce  qui  est  à-Écoulement.  Toutes  sont 
Opérées  et  ont  comme  Objectif  l'Opéré... — On 
demande  :  "Pourquoi  la  7e  Connaissance  est-elle 
appelée  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences 
(hôjûchi  fë'ÊË^?,  sk.  dharmasthitijnâna  :  c'est  la 
Connaissance  de  la  causalité  des  Essences  ;  cf.  La 
Vallée  Poussin,  Madhyamakavrtti,  Bibl.  B.  IV,  p.  40, 
n.  1  ;  Stcherbatsky,  The  Conception  of  Buddhist 
Nirvana,  p.  123)  ?  "  Nous  répondons  :  "L'Essence, 
c'est  le  Fruit.  La  Résidence,  c'est  la  Cause.  Connaî- 
tre la  Cause  dans  laquelle  résident  les  Essences 
[considérées  comme]  Fruits,  s'appelle  Connaissance 
de  la  Résidence  des  Essences.  En  d'autres  termes, 
connaître  la  Cause  dans  laquelle  résident  les  Fruits 
inférieurs,  moyens  et  supérieurs  des  trois  Plans, 
s'appelle  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences. 
Parce  que  cette  Connaissance  ne  connaît  que  les 
Caractères  particuliers  de  la  Cause,  non  pas  les  Mor- 
phèmes Saints,  elle  n'est  comprise  que  dans  la 
Connaissance  Vulgaire.  D'autre  part,  il  y  en  a  qui 


disent  que  cette  Connaissance  de  la  Résidence  des 
Essences  est  également  comprise  dans  les  quatre 
Connaissances  [parce  qu'elle  serait  aussi  sans-Écoule- 
ment]. Mais  il  faut  dire  qu'elle  est  à-Ecoulement,  car 
le  plus  souvent  (tabun  %'jf,  sk.  bhûyastvena)  elle 
ne  connaît  que  les  Caractères  particuliers  de  la  Cause. 
Il  y  en  a  d'autres  qui  disent  :  "Parce  que  les  six  pre- 
mières Connaissances  [de  la  liste  des  7  Connaissances] 
sont  des  Connaissances  qui  connaissent  la  Cause,  on 
les  définit  par  le  terme  Résidence  des  Essences.  La 
Connaissance,  produite  en  prenant  ces  six  Connais- 
sances comme  Objectif,  est  appelée  Connaissance  de 
la  Résidence  des  Essences.  Cette  Connaissance  connaît 
le  Chemin,  non  pas  la  Cause- Format  ion  ;  elle  est 
aussi  comprise  dans  les  quatre  Connaissances."  On 
demande  :  "Si  tel  est  le  cas,  pourquoi  dit-on  [dans 
l'Àgama,  cf.  sup.  p.  283  a-b]  :  Savoir  parfaitement  que 
ceci  [ce  Monde,  la  Naissance,  etc.]  est  Impermanent, 
Opéré,  fabriqué  par  la  Réflexion,  produit  par  des 
Facteurs,  Essence  Êpuisable,  Essence  périssable. 
Essence  [dont  il  faut  se]  Dégager  (rihô  JQÊ  fê),  Essence 
à  Barrer  ?  Comment  peut-on  appeler  "Essence  [dont 
il  faut  se]  Dégager"  [même]  ce  qui  est  sans-Écoule- 
ment?" Nous  répondons  :  "Il  faut  formuler  [cette 
Connaissance]  comme  suit  :  "Savoir  parfaitement  que 
ceci  est  Impermanent,  Opéré,  etc.  jusqu'à  "Essence 
à  Barrer".  Il  ne  faut  pas  dire  "Essence  dont  il  faut 
se  Dégager".  Mais  ceux  qui  disent  "Essence  dont  il 
faut  se  Dégager"  désirent  démontrer  que  les  Saints 
se  dégoûtent  aussi  de  ce  qui  est  sans-Écoulement,  n'y 
trouvent  pas  de  Joie."  [Cette  doctrine  paraît  être 
celle  du  G.V.,  combattue  par  les  rédacteurs .  princi- 
paux de  la  Vibhâsâ,  et  selon  laquelle  les  Saints,  pour 
obtenir  le  Nirvana,  doivent  se  détacher  même  de  ce 
qui  est  pur  :  Chemin  Saint,  etc.,  de  même  qu'on  rejette 
un  radeau  lorsqu'on  est  parvenu  à  l'autre  rive.  Pour 
meppô  (sk.  nirodha-dharma  ?)  et  rihô  (sk.  ?),  on  pour- 
rait traduire  plus  littéralement  :  Essences  de  Bar- 
rage, Essences  de  Dégagement  ;  ces  termes  ambigus 
ont  sans  doute  été  interprétés,  tantôt  au  sens  d'Es- 
sence Barrée,  etc.,  tantôt  au  sens  d'Essence  à  Bar- 
rer, etc.  :  équivoque  dont  le  G.V.  semble  s'être  pré- 
valu.] D'autres  encore  disent  :  "La  Connaissance  qui 
connaît  antérieurement  la  Cause  constitue  la  Nature 
des  quatre  Connaissances.  La  Connaissance  qui  la 
connaît  actuellement  est  appelée  Connaissance  de  la 
Résidence  des  Essences.  On  dit  que  cette  Connaissance 
de  la  Résidence  des  Essences,  qui  consiste  à  connaître 
ce  Monde,  connaît  aussi  l'Essence  dégagée."  Nous 
commentons  :  "La  première  explication  [précitée  du 
terme  "Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences"] 
seule  est  bonne.  Le  Bg.  a  dit  :  "Susîman,  vous  devez; 


CHI 


289 


CHI 


savoir  qu'il  y  a  d'abord  la  Connaissance  de  la  Rési- 
dence des  Essences,  ensuite  la  Connaissance  du  Nir- 
vana" . . . — Il  y  en  a  qui  disent  :   "La  Connaissance 
connaissant  la  Formation  est  la  Connaissance  de  la 
Résidence  des  Essences  ;  la  Connaissance  connaissant 
le  Barrage  est  la  Connaissance  du  Nirvana.  "  D'autres 
disent  :  "La  Connaissance  connaissant  la  Formation 
et  la  Douleur  est  la  Connaissance  de  la  Résidence  des 
Essences  ;   la  Connaissance  connaissant  le  Barrage 
et   le   Chemin   est   la   Connaissance    du    Nirvana." 
D'autres  encore  disent  :    "La  Connaissance  connais- 
sant la  Douleur,  la  Formation  et  le  Chemin,  est  la 
Connaissance    de    la    Résidence    des    Essences  ;    la 
Connaissance  connaissant  le  Barrage  est  la  Connais- 
sance du  Nirvana."    On  demande  :    "Si  tel  est  le 
cas,  pourquoi  le  Bg.   a-t-il  dit  :   D'abord  il  y  a  la 
Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences,  etc.  ?" 
Nous  répondons  :   "Quoiqu'il  y  ait  une  Connaissance 
de  la   Résidence  des  Essences  qui  existe  après  la 
Connaissance  du  Nirvana  (K.  Lav.  vu,  4,  10,  27-28, 
vi,  141-142  ;  cf.  ci-dessous  Mahâyânasangrahasâstra) , 
il  y  a  une  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences 
qui    existe    avant    la    Connaissance    du    Nirvana." 
Certains  disent  :    "La  Connaissance  connaissant  le 
Fonctionnement  (pravrtti)  est  la  Connaissance  de  la 
Résidence  des  Essences  ;  la  Connaissance  connaissant 
la  rétraction   (gemmetsu  i|f;$t,  sk.   nirvrtti)  est  la 
Connaissance  du  Nirvana.  La  Connaissance  connais- 
sant le  pratîtyasamutpâda  est  la  Connaissance  de  la 
Résidence  des   Essences  ;   la  Connaissance  connais- 
sant le  Barrage  du  pratîtyasamutpâda  est  la  Connais- 
sance du  Nirvana.  La  Connaissance  connaissant  la 
Transmigration  est  la  Connaissance  de  la  Résidence 
des  Essences  ;  la  Connaissance  connaissant  le  Bar- 
Tage  de  la  Transmigration  est  la  Connaissance  du 
Nirvana."   Il  y  a  d'autres  Maîtres  qui  disent  :    "La 
Connaissance  de  la  Terre  d'Approche  (gombunji  jQf 
^ffa,  sk.  sâmantakabhûmi  ;  cf.  K.  Lav.  vin,  178) 
est  la  Connaissance  de  la  Résidence  des  Essences  ;  la 
Connaissance  de  la  Terre  Radicale  (konponji  ^  ^  ^Jj,. 
sk.  maulabhûmi)   est  la  Connaissance  du  Nirvana. 
[Ces  Maîtres  citent  le  Sûtra  de  Susîman,  Soshima  j$jç 
P  IfÉ,  comme  source  de  leur  théorie.] — Connaissance 
et    Détermination    (ketsujô    $£  4j&,    sk.    niyama). — 
Vibhâsâ,  ib.  cvi  (547  b)  :  On  demande  :  "La  Sapience 
Associée  au  Doute  ne  doit  pas  être  appelée  Connais- 
sance, parce  qu'elle  n'est  pas  Déterminée  à  l'égard 
de  son  Objectif."  Nous  répondons  :   "Cette  Sapience 
est  aussi  Connaissance,   parce  qu'elle  est  aussi  un 
Moment   Déterminé   à  l'égard  de  son   Objectif."  — 
Connaissance  de  l'Épuisement  et  Connaissance  de  la 
Non-Production. — Ib.  en  (527-528)  :  La  Cause,  c'est 


la   Connaissance   de   l'Epuisement  ;   le    Fruit,   c'est 
la  Connaissance  de  la  Non-Production.  Le  fait  accom- 
pli (isa   tif£,  sk.   krta),  c'est  la  Connaissance  de 
l'Epuisement  ;  l'accroissement  de  la  Cause,  c'est  la 
Connaissance  de  la  Non-Production.  L'obtention  de 
ce  qui  n'a  pas  encore  été  Obtenu  ou  l'Obtention  de 
ce  qui  a  déjà  été  Obtenu,  c'est  la  Connaissance  de 
l'Epuisement  ;  n'Obtenir  que  ce  qui  n'a  pas  encore 
été  Obtenu,  c'est  la  Connaissance  de  la  Non-Produc- 
tion. Le  Chemin  de  la  Libération  ou  le  Chemin  du 
progrès   [cf.    K.    Lav.    vi,    278]   comprennent   cette 
Connaissance  de  l'Epuisement  ;  le  Chemin  du  pro- 
grès seul  comprend  cette  Connaissance  de  la  Non- 
Production.  La  Connaissance  de  l'Epuisement  établit 
cinq  espèces  d'Arhat  [cf.  K.  Lav.  vi,  253]  ;  la  Connais- 
sance de  la  Non-Production  établit  la  seule  autre 
espèce  d'Arhat  [Arhat  Inébranlable].  Ceux  qui  pos- 
sèdent des  Organes  soit  aigus  soit  obtus  obtiennent 
cette  Connaissance  de  l'Epuisement  ;  seuls  ceux  qui 
possèdent  des  Organes  aigus  obtiennent  la  Connais- 
sance de  la  Non- Production.  "    On  demande  quelle 
Connaissance  constitue  la  Connaissance  de  l'Épuise- 
ment initiale  ?  Il  y  en  a  qui  disent  :  "C'est  la  Connais- 
sance Secondaire  de  la  Douleur.  Pourquoi  ?   Parce 
que  les  Maîtres  de  Yoga  entrent  dans  le  Chemin 
Saint  en  Inspectant  le  Fruit  de  la  Transmigration 
et  achèvent  le  Chemin  Saint  en  Inspectant  la  Cause 
de  la  Transmigration.  On  compare  le  Chemin  Saint 
au  poison  [d'une  flèche]  qui  entre  d'abord  dans  la 
blessure,  empoisonne  ensuite  petit  à  petit  le  corps 
entier,  et  sort  enfin,  au  moment  de  la  mort,  de  la 
même  blessure  où  il  était  entré."  Il  y  en  a  d'autres 
qui  disent  :   "C'est  la  Connaissance  Secondaire  de  la 
Formation.    Pourquoi  ?    Parce   que   les    Maîtres   de 
Yoga  entrent  dans  le  Chemin  Saint  en  Inspectant  le 
Fruit  de  la  Transmigration  et  achèvent  le  Chemin 
Saint  en  Inspectant  sa  Cause. .  .D'abord  on  connaît 
parfaitement  le  Fruit  [de  la  Transmigration],  ensuite 
sa  Cause.  L'Elimination  du  Chemin  de  la  Transmi- 
gration,  sa  discontinuation,   s'appelle  la   fin  de  la 
Douleur."    Nous  expliquons  :    "La  Connaissance  de 
l'Épuisement    initiale    est    Connaissance   Secondaire 
de  la  Douleur  et  également  Connaissance  Secondaire 
de  la  Formation.  Quand  la  Connaissance  Secondaire 
de  la  Douleur  est  produite,  la  Connaissance  Secondaire 
de  la  Formation  n'est  pas  produite,  et  inversement." 
Le  Sûtra  dit  :  "Les  Arhat  se  connaissent  eux-mêmes 
comme  ils  sont  en  Réalité  [quand  ils  disent]  :  "(1)  Nos 
Naissances  sont  épuisées  ;  (2)  notre  Conduite-brah- 
mique  est  établie  ;  (3)   notre  tâche  est  accomplie  ; 
(4)  nous  ne  recevrons  plus  d'existence  [K.  Lav.  vu, 
28] . . .  "    [L'expression]     "Nous    ne    recevrons    plus 


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d'existence"  témoigne  [de  la  possession]  de  la  Connais- 
sance de  la  Non-Production."  On  demande  :  "Tous 
les  Arhat  n'obtiennent  pas  la  Connaissance  de  la 
Non-Production.  Pourquoi  tous  les  Sûtra,  qu'on 
place  en  premier  lieu  [c.-à-d.  auxquels  on  attribue 
plus  d'autorité  qu'aux  autres  divisions  du  canon], 
déclarent-ils  que  tous  les  Arhat  ne  recevront  plus 
d'existence  ultérieure  ?"  Il  y  en  a  qui  disent  :  "Selon 
les  Sûtra,  le  B.  parlait  en  s'adaptant  [aux  disposi- 
tions de]  ceux  qui  étaient  [par  hasard  ses  auditeurs] 
(zuiushasetsu  |§8'-#  "<#  i%),  mais  [après  son  Nirvana] 
les  compilateurs  [du  Canon,  ketsujûsha  fâ$k%[]  ont 
placé  les  Sûtra  en  premier  lieu."  Il  y  en  a  d'autres  qui 
disent  :  "Tous  les  compilateurs  de  la  Loi  obtiennent 
les  Vertus  éminentes  de  la  Connaissance  du  Vœu, 
des  Pleins-Savoirs  [K.  Lav.  vu,  89  sq.],  etc.  Lorsque 
le  Bg.  prononçait  les  Sûtra,  il  y  avait  des  Arhat  qui 
possédaient  la  Connaissance  de  la  Non-Production 
et  c'est  de  ceux-là  que  le  Bg.  disait  qu'ils  ne  rece- 
vraient plus  d'existence  ultérieure.  Mais  il  y  avait 
d'autres  Arhat  qui  ne  possédaient  pas  cette  Connais- 
sance, et  de  ceux-là  le  Bg.  ne  disait  pas  qu'ils  ne 
recevraient  plus  d'existence  ultérieure.  Plus  tard 
[après  la  mort  de  B.]  ceux  qui  récitaient  et  se  rap- 
pelaient [la  tradition]  ne  distinguèrent  plus  [ces 
deux  classes  d' Arhat],  et  récitèrent  les  Sûtra  en  pre- 
mier lieu,  avant  les  autres  parties  du  Canon.  [Ces 
compilateurs  n'attribuaient  d'autorité  qu'à  ceux 
d'entre  les  Sûtra  où  il  est  tenu  compte  d'une  seule 
catégorie  d' Arhat,  les  Arhat  qui  ne  renaîtront  plus.] 
L'opinion  du  Vénérable  Ghosaka  est  la  suivante  ; 
"C'est  parce  que  tous  les  Arhat  n'auront  .plus 
d'existence  ultérieure,  qu'on  dit  qu'ils  ne  recevront 
plus  d'existence  ultérieure.  On  ne  dit  pas  que  la 
Connaissance  de  la  Non-Production  soit  le  fait  de  ne 
plus  recevoir  d'existence  ultérieure.  Ainsi  il  n'y  a 
pas  contradiction."  Le  Vénérable  Pârsva  dit  :  "On 
ne  dit  pas  de  ceux  qui  n'ont  pas  encore  Éliminé  et 
parfaitement  connu  les  Passions,  que  leurs  Nais- 
sances sont  Épuisées,  etc>  [voir  la  citation  du  Sûtra 
ci-dessus].  On  dit  cela  exclusivement  de  ceux  qui 
ont  déjà  Éliminé  et  parfaitement  connu  les  Passions." 
On  demande  :  "A  quelle  Connaissance  faut -il  iden- 
tifier chacune  des  quatre  propositions  [mentionnées 
ci-dessus  dans  la  citation  du  Sûtra]  ?"  Il  y  en  a  qui 
disent  :  "La  première  proposition  ["Nos  Naissances 
sont  Épuisées"],  c'est  la  Connaissance  de  l'Épuise- 
ment ;  les  trois  autres  propositions  constituent  la 
Connaissance  de  la  Non-Production."  D'autres  disent  : 
"La  ire  et  la  2e  proposition  constituent  la  Connais- 
sance de  l'Épuisement  ;  les  deux  autres  constituent 
la   Connaissance   de   la   Non-Production."    D'autres 


disent  :  "Les  3  premières  propositions  constituent  la 
Connaissance  de  l'Épuisement  ;  la  4e,  c'est  la  Connais- 
sance de  la  Non -Production"  ...  Le  Vénérable 
Pârsva  dit  :  "Ces  quatre  propositions  ne  traitent  pas 
des  Connaissances  de  l'Épuisement  et  de  la  Non- 
Production,  ni  de  la  Vue  Correcte  des  Hors-Caté- 
chisme ;  elles  louent  seulement  de  façon  générale  ces 
quatre  [qualités]  des  Arhat.  La  Nature-propre  de  ces 
quatre  espèces  [de  qualités]  n'est  pas  différenciée." 
Il  y  en  a  qui  disent  :  "La  ire  proposition,  c'est  la 
Connaissance  de  l'Épuisement  ;  la  2e,  la  Connaissance 
du  Chemin  ;  la  3e,  la  Connaissance  du  Barrage  ;  la  4e, 
la  Connaissance  de  la  Non-Production."  Il  y  a  une 
autre  théorie  :  "La  ire  proposition,  c'est  la  Connais- 
sance de  la  Formation  ;  la  2e,  la  Connaissance  du 
Chemin  ;  la  3e,  la  Connaissance  du  Barrage  ;  la  4e,. 
la  Connaissance  de  la  Douleur."  Ou  encore  [dans 
le  passage  suivant  les  numéros  d'ordre  envoient  aux 
quatre  propositions,  les  termes  techniques  désignent 
les  notions  identifiées  successivement  à  ces  propo- 
sitions] :  "(1)  Connaissance  parfaite  (henchi  ifi  ft' , 
sk.  parijnâna)  de  la  Formation  ;  (2)  Connaissance 
parfaite  du  Chemin  ;  (3)  Connaissance  parfaite  du 
Barrage  ;  (4)  Connaissance  parfaite  de  la  Douleur.  " 
Ou  encore  :  "(1)  Inspection  de  la  Formation  ;  (2)  Ins- 
pection du  Chemin  ;  (3)  Inspection  du  Barrage  ; 
(4)  Inspection  -de  la  Douleur.  "  Il  y  a  une  autre  théo- 
rie :  [Comme  la  précédente,  mais  avec  "Attesta- 
tions" au  lieu  d"Tnspections"].  Il  y  a  une  autre 
théorie  :  "(1)  Élimination  de  la  Formation  ;  (2)  Che- 
min de  l'Exercice  ;  (3)  Attestation  du  Barrage  ; 
(4)  Connaître  la  Douleur.  "  Il  y  a  une  autre  théorie  : 
"(1)  Cause  de  l'abandon  (sha|£,  sk.  tyâga)  ;  (2)  Obten- 
tion du  Chemin  ;  (3)  Attestation  du  Fruit  ;  (4)  connaître 
les  Faits  (chiji  ^jfl  3|£)."  Il  y  a  une  autre  théorie  [iden- 
tifiant les  quatre  propositions  aux  trois  Portes  de 
Libération,  Mvy.  1542-1544]  :  "(1)  Absence  de  Vœu 
quant  à  la  Formation  ;  (2)  Absence  de  Vœu  quant 
au  Chemin  ;  (3)  Absence  de  Signes  du  Barrage  ; 
(4)  Absence  de  Vœu  et  Vide  de  la  Douleur"  ...  — 
On  donne  le  nom  de  Connaissance  de  l'Épuisement,  à 
la  Connaissance  qui  apparaît  la  première  [avant  les 
autres  Connaissances],  dans  un  Corps  où  les  Passions 
sont  Épuisées,  et  qui  est  toujours  présente  (henu 
iH^,  sk.  sarvatrabhû).  Quoique  la  Vue  Correcte 
des  Hors-Catéchisme  soit  toujours  présente,  elle 
n'apparaît  pas  la  première,  avant  les  autres  Connais- 
sances [dans  un  corps  où  les  Passions  sont  Épuisées]. 
La  Connaissance  de  la  Non-Production  n'est  pas 
toujours  présente,  parce  qu'elle  n'est  pas  accomplie 
par  les  Arhat  occasionnellement  Libérés  (jigedatsusha 
VàffftWt^Ji'    sk-    samayavimukta  ;   cf.   K.   Lav.   vi„ 


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291 


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251  sq.).  Elle  n'apparaît  pas  non  plus  la  première, 
avant  les  autres  Connaissances,  parce  qu'elle  se 
présente  nécessairement  après  la  Connaissance  de 
l'Epuisement. — Le  chapitre  sur  la  Connaissance  de 
YAbhidharmâmrtarasasâstra  Tt.  1553  11  (974)  com- 
mence par  l'énumération  des  dix  Connaissances  [cf. 
Mvy.  1234-1243]  :  (1)  Connaissance  des  Essences, 
définie  comme  suit  :  la  Connaissance  sans- Ecoulement, 
relative  à  la  Douleur,  à  la  Formation,  au  Barrage, 
et  au  Chemin,  menant  à  l'élimination  des  Opérants 
du  Plan  de  Désir,  et  la  Connaissance  sans- Ecoulement 
relative  à  la  Terre  de  la  Connaissance  des  Essences  ; 

(2)  Connaissance  Secondaire  (michichi  ?j<c£fl^?,  td. 
du  IIIe  s.  du  sk.  anvayajnâna),  définie  comme  suit  : 
Connaissance  sans-Ecoulement  relative  à  la  Douleur, 
à  la  Formation,  au  Barrage,  et  au  Chemin  menant  à 
l'Élimination  des  Opérants  des  Plans  du  Formel  et 
du  Sans-Forme,  et  Connaissance  sans-Ecoulement 
relative  à  la  Terre  de  la  Connaissance  Secondaire  ; 

(3)  Connaissance  graduelle  (tôchi  ^^,  td.  du  sk. 
lokasamvrttijnâna)  définie  comme  suit  :  toutes  les 
Connaissances  (chie  ^^)  à-Écoulement,  bonnes, 
mauvaises,  Indéfinies  ;  (4)  Connaissance  connaissant 
l'Esprit  d'autrui  (chitajinshinchi  £fl  fjji  \  *£>  f$ ,  sk. 
paracittajnâna),  définie  comme  suit  :  en  Extase,  par 
la  Force  de  l'Exercice,  pouvoir  connaître  l'Esprit 
d'autrui  et  ce  qui  est  de  l'Ordre-de-1' Esprit  chez 
autrui  ;  (5)  Connaissance  de  la  Douleur,  définie 
comme  suit  :  Inspection,  par  la  Connaissance  sans- 
Écoulement  [des  Morphèmes  suivants  :]  (a)  Imper- 
manence, (b)  Douleur,  (c)  Vide,  (d)  Non-Soi  [cf. 
K.  Lav.  vu,  31  ;  Mvy.  1190  sqq.],  appartenant  aux 
cinq  Masses  d'Appropriation  ;  (6)  Connaissance  de 
la  Formation,  définie  comme  suit  :  Inspection  par 
la  Connaissance  sans-Ecoulement  [des  Morphèmes] 
(a)  Formation,  (b)  Cause,  (c)  prabhava,  (d)  Facteur 
des  cinq  Masses  d'Appropriation  ;  (7)  Connaissance  du 
Barrage  (jinchi  f^i^?,  td.  habituelle  du  sk.  ksaya- 
jiiâna,  doit  correspondre  ici  à  nirodhajnâna)  :  Ins- 
pection par  la  Connaissance  sans-Ecoulement  [des 
Morphèmes]  (a)  Barrage,  (b)  Apaisement,  (c)  Mer- 
veille, (d)  Sortie  ;  (8)  Connaissance  du  Chemin  : 
Inspection  par  la  Connaissance  sans-Écoulement  [des 
Morphèmes]  (a)  Chemin  à  huit  Membres,  (b)  Confor- 
mité, (c)  Résidence,  (d)  Sortie  [définitive]  ;  (9)  Connais- 
sance de  l'Épuisement  (mecchi  j)S£^?,  td.  habituelle 
du  sk.  nirodhajnâna,  doit  correspondre  ici  à  ksaya- 
jfiâna),  définie  comme  suit  :  Inspection  par  la  Connais- 
sance sans-Écoulement  de  ces  quatre  Essences  :  Vue 
de  la  Douleur,  Elimination  de  la  Formation,  Chemin 
sans  Attestation,  Chemin  sans  Exercice  ;  (10)  Connais- 
sance de  la   Non-Production,   définie  comme  suit  : 


Inspection  par  la  Connaissance  sans-Écoulement  de 
ces  quatre  Essences  :  (a)  J'ai  vu  la  Douleur,  je  ne 
la  verrai  plus  ;  (b)  j'ai  Eliminé  la  Formation,  je  ne 
l'éliminerai  plus  ;  (c)  j'ai  Attesté  le  Barrage,  je  ne 
l'Attesterai  plus;  (d)  j'ai  Exercé  (BJ&fé.  sk.  bhâ- 
vita)  le  Chemin,  je  ne  l'Exercerai  plus. — Les  Connais- 
sances 1  et  2  [les  numéros  d'ordre  des  Connaissances 
discutées  renvoient  à  la  liste  donnée  ci -dessus]  ont 
16  Morphèmes  [cf.  K.  Lav.  vu,  31  sq.].  La  Connais- 
sance 3  dans  les  Essences  [c.-à-d.  Degrés]  de  la  Cha- 
leur, de  la  Tête  et  de  la  Patience  [cf.  K.  Lav.  vi, 
163  sq.],  a  16  Morphèmes.  La  Connaissance  3  dans 
les  Essences  suprêmes  du  Monde  a  4  Morphèmes. 
Les  autres  [espèces]  de  la  Connaissance  3  n'ont  pas 
de  Morphèmes.  La  Connaissance  4  sans-Écoulement 
a  4  Morphèmes,  comme  la  Connaissance  du  Chemin. 
La  Connaissance  4  à-Écoulement  n'a  pas  de  Mor- 
phèmes. Les  Connaissances  5-8  ont  chacune  4  Mor- 
phèmes. Les  Connaissances  9-10  ont  chacune  14  Mor- 
phèmes, c.-à-d.  tous  les  16  Morphèmes  à  l'exception 
des  Morphèmes  du  Vide  et  du  Non-Soi  [cf.  K.  Lav. 
vu,  27].  Le  vestibule  (sk.  sâmantaka)  de  la  première 
Extase    (mitôzen    tJc  JlJ  jpp ,    sk.    anâgamya-dhyâna) 
l'Extase  intermédiaire  (chûzenji  iji  ïfâL$&,  sk.  dhyâ- 
nântara)  [cf.  K.  Lav.  vin,  179-180]  ont  9  Connais- 
sances, c.-à-d.  toutes  les  10  Connaissances  à  l'excep- 
tion   de    la    Connaissance    4.    Dans   les    4    Extases 
Radicales   il  y  a  10  Connaissances.   Les   Aplanisse- 
ments  Sans-Forme  ont  8  Connaissances,  c.-à-d.  toutes 
les  Connaissances  à  l'exception  des  Connaissances  1 
et   4.    Le  premier  [état  d']  Esprit  sans-Écoulement 
[cf.  K.  Lav.  vi,  185,  Mvy.  1217-1232]  constitue  une 
seule   Connaissance,   la   Connaissance   3.    Les   2e   et 
3e    [états    d']    Esprit    sans-Ecoulement    constituent 
3  Connaissances  :  3,  1,  5.  Les  4e  et  5e  [états  d']  Esprit 
sans-Ecoulement  constituent  4  Connaissances  :  3,  1, 
5,  2.  Les  6e,  7e  et  8e  [états  d']  Esprit  sans-Écoulement 
constituent  5  Connaissances  :  3,  1,  5,  2,  6.  Les  9e 
10e  et  11e  [états  d']  Esprit  sans- Ecoulement  consti- 
tuent 6  Connaissances  :  3,  1,  5,  2,  6,  7.  Le  12e  [état  d'] 
Esprit  sans-Écoulement  constitue  7  Connaissances  : 
3,  1,  5,  2,  6,  7,  8.  Celui  qui  est  Dégagé  des  Désirs 
possède    déjà    la    4e    Connaissance. — Abhidharmahr- 
dayaéâstra  Tt.  1552  vi  (919  b)  :  Dans  les  17  [états  d'] 
Esprit    sans-Écoulement    (cf.    Bdjt.   290,    Kugedat- 
sudô)   du   Chemin   de  l'Exercice   (i.e.   7   ânantarya- 
mârga-f  8  vimuktimârga  de  celui  qui  n'est  pas  encore 
Dégagé  des  6  Désirs,  vîtarâga),  à  partir  du  Fruit  de 
l'Entrée-dans-le-Courant,    on    pratique    7    Connais- 
sances, à  savoir  les  10  Connaissances  [y.  sup.]  sauf 
la  Connaissance  de  l'Esprit  d'autrui,  la  Connaissance 
de  l'Epuisement  et  la  Connaissance  de  la  Non-Pro- 


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292 


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duction,  lesquelles  n'appartiennent  qu'aux  Hors- 
Catéchisme  (cf.  K.  Lav.  vi,  198-199). .  .Dans  le 
9e  Chemin  de  Libération  (vimuktimârga),  on  pra- 
tique les  10  Connaissances  [d'Arhat]. 

Grand    Véhicule. — Saddharmapundarîkasûtra 
T.  262  1  (7  a)  [=éd.  Kern,  p.  40-42]  :  Pour  l'accom- 
plissement de  quelle  grande  et  unique  tâche  et  obli- 
gation  le   Tathâgata   apparaît-il    dans   le    Monde  ? 
Le  B.  apparaît  dans  le  Monde  pour  faire  participer 
les  Êtres  à  la  Connaissance- Vue  (chiken  %»  jj£,  sk. 
jnânadarasna)    de    Tathâgata,    pour    leur    montrer 
cette  Connaissance- Vue,   la   leur   faire  comprendre, 
pour  faire  entrer  les  Êtres  dans  le  Chemin  de  cette 
Connaissance-Vue.    C'est   la  seule   raison   d'être   de 
l'apparition  du  Tg.   dans  le  Monde... Tous  les  B. 
empruntent  le  même  Véhicule  unique,  le  Véhicule 
de  B.,  pour  enseigner  la  Loi  aux  Êtres.  Ce  Véhicule 
mène  les  Êtres  finalement  à  l'Omniscience,  les  fait 
participer  à  la  Connaissance- Vue  du  Tg.,  leur  montre 
cette  Connaissance- Vue,  etc. — T.  263  1  (68  a)  :  Le 
Tg.  Connaît  (ryô  f  '.  fumbetsu  ^f  #lj  ;  chi  $fl  :  sk. 
jânâti)  toutes  les  Essences,  leurs  Causes,  leurs  Fac- 
teurs, leur  Nature,  leur  apparence  (bô  fjjj,  sk.  yâdrsa), 
leurs    Caractères,    leur    Racine,    leur    Nature-propre 
[=texte  sk.  p.  30,  qui  s'accorde  mieux  avec  T.  263 
qu'avec  T.  262]. — T.  262  1  (5  c)  :  Seuls  les  B.  peuvent 
connaître  à   fond   le   Caractère   Réel  des   Essences, 
c.-à-d.   tel  Caractère,  telle  Nature,   tel  Substantiel, 
telle  Force,  tel  Suropérant  [sk.  abhisamskâra],  telle 
Cause,   tel   Facteur,   tel   Fruit    [sk.   nisyandaphala], 
telle  Rétribution  [Fruit  de  Concoction],  tel  Aboutis- 
sement  [c.-à-d.  le  Caractère   Réel,   l'Ainsité]   de  la 
Racine  [i.e.  du  Caractère,  premier  terme  de  la  série]  et 
de  la  Fin  [i.e.  de  la  Rétribution,  neuvième,  terme]. 
[Ces  dix  termes  constituent  la  série  dite  des  "dix  tels" , 
cf.  Bdji.,  p.  1944  s.v.  jûnyoze  ;  cette  définition  de  la 
Connaissance  des  B.,    donnée   dans  le   2e  chapitre 
du  Saddharmapundarîka  traitant  de  l'Habileté  dans 
les  Moyens  et  de  la  Connaissance  des  B.,  forme  le 
point  de  départ  de  toute  une  littérature  exégétique 
de  l'école   Tendai.] — Avatathsakasûtra,   chapitre  des 
10  Résidences  ;  T.  279  xvi  (84  a)  [cf.  T.  278  vin 
(444  C)J  :  Les  B.  donnent  au  Bs.  nommé  Dharma-' 
prajna  l'apratihatajnâna,  l'asangajnâna,  la  Connais- 
sance  sans   Élimination,   la   Conn.    sans   Doute,   la 
Conn.  indivisible   (T.    279  muichi  $|||^   T.   278 
mukechi  $|JËS£^  •"  sk.  asambhinnajnâna),  la  Conn. 
non-défaillante  (T.  279  mushitsuchi  $&3fc^,  T.  278 
muakuchi  %^^  :  sk.  apramusitajfiâna),  la  Conn. 
Incommensurable,  la  Conn.  Sans-supérieure,  la  Conn. 
sans   Mauvaise- volonté,   la   Conn.   indomptable    (sk. 


asamhâryajfiâna). — Ib.  (85  b-c)  :  Le  Bs.  de  la  10e  Rési- 
dence, celle  de  l'Onction,  est  pourvu  de  10  Connais- 
sances :  (1)  [savoir]  ébranler,  (2)  illuminer,  (3)  main- 
tenir,   (4)    parcourir,    (5)    purifier    d'innombrables 
Mondes   ;   (6)   initier,    (7)    Inspecter  d'innombrables 
Etres,    (8)    Connaître    les    Organes    d'innombrables 
Êtres,  (9)  faire  entrer  d'innombrables  Êtres  [dans  le 
Chemin],    (10)    Discipliner  d'innombrables   Etres... 
La  Connaissance  passée,  présente  et  future,  le  Domaine 
de  l'Esprit   et   de  la  Connaissance  de  ce  Bs.  sont 
inconnaissables  [pour  ceux  qui  se  trouvent  dans  un  État 
inférieur].  Ce  Bs.  doit  apprendre  10  espèces  de  Connais- 
sances des  B.  :  (1)  Conn.  du  passé,  du  présent  et  de 
l'avenir  ;  (2)  Conn.  des  Essences  de  B.  ;  (3)  dharma- 
dhâtu-anâvarana-jnâna  ;  (4)  Conn.  Incommensurable 
du    Plan    d'Essence  ;    (5)    sarvalokadhâtu-spharana- 
jnâna  [cf.  Dasabhûmaka,  éd.  Rahder,  p.  86]  ;  (6)  Conn. 
de  l'illumination  de  tous  les  Mondes  ;  (7)  Conn.  du 
maintien  de  tous  les  Mondes  ;  (8)  Conn.  connaissant 
tous   les   Etres  ;    (9)    Conn.    connaissant    toutes   les 
Essences  [T.   278  :  sarvâkârajnâna]  ;   (10)   Conn.  de 
la    Conn.    Incommensurable    des  B. — Dasabhûmaka 
T.  287  1  (537  c)  [=sk.  éd.  Rahder,  p.  9]  :  "Exposez  la 
grande  et  excellente  Pratique  ;  établissez  en  détail  les 
Terres  de  Connaissance". .  .Cette  Pratique  comprend 
les  Terres  1-7  ;  les  Terres  8-10  et  la  Terre  de  B.  sont 
appelées  "Terres  de  Connaissance" ,  où  tous  les  Actes 
sont  Actualisés  par  .la  Connaissance.  Aussi  les  cha- 
pitres traitant  de  ces  dernières  (8-10)  Résidences  ou 
Terres    contiennent-ils    plusieurs    énumérations    de 
Connaissances.  De  l'équation  du  Mahâyânasangraha 
(Tt.  1593  m,  128  c)  :  Perfection  de  Sapience= Connais- 
sance sans  Imagination-particulière,  on  peut  déduire 
que  les  5  dernières  Terres  et  les  5  dernières  Perfec- 
tions   correspondantes    consistent    en    Connaissance 
sans  Imagination-particulière.   Cf.   Siddhi,   Lav.   ix, 
625,  630.  Considérant  comme  la  Connaissance  elle- 
même  l'état  préparatoire  de  cette  Connaissance,  Vasu- 
bandhu  (Tt.  1595  XII,  238  c)  arrive  à  l'équation  : 
Connaissance    sans    Imagination-particulière = Étude 
dirigée    vers    (sk.    adhi-)    la    Sapience    préparatoire 
(sk.    adhiprajfiam    siksâ).    Dans   ce   dernier  sens  du 
terme,  la  "Connaissance"  n'est  pas  seulement  du  res- 
sort  des   5  dernières  Terres,  mais  relève  aussi   des 
Terres  4  et  5,  appartenant  à  l'adhiprajnam  siksâ  ; 
cf.  S.  Lav.  ix,  634  ;  Rahder,  Carrière  du  saint  boud- 
dhique (Bull.  Maison  Fr.-Jap.,   II,  1,  1929),  p.   13. 
En  effet,  ce  n'est  qu'à  partir  de  la  4e  Terre  que  le 
Dasabhûmaka   mentionne    des   Connaissances    (dans 
la  4e  et  5e  Terre  encore  à  l'état  préparatoire)  parmi  les 
Mérites  des  Terres.  Candrakîrti,  l'auteur  du  Madhya- 
makâvatâra,    emploie   le   terme    Connaissance   dans 


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un  sens  encore  plus  large  en  admettant  l'équation 
Connaissance  sans-Écoulement = Terres  (S.  Lav.  ix, 
619)  :  "La  Connaissance  sans-Écoulement  des  Bs. 
prend  le  nom  de  Terre  parce  qu'elle  est  le  support 
des  qualités.  En  raison  de  la  différence  dans  le  nombre 
des  qualités,  dans  l'acquisition  des  Forces,  dans 
l'entrée  en  possession  des  Perfections,  dans  le  déve- 
loppement de  la  Concoction,  cette  Connaissance 
prend  10  aspects  distincts  de  plus  en  plus  élevés  : 
Terre  Joyeuse,  etc." — Dasabhûmaka,  ib.  (537  c) 
[éd.  Rahder,  p.  10  ;  Glossary  of  the  Dasabhûmika- 
sûtra,  p.  112]  :  On  peut  remplir  [les  Terres]  par  la 
Connaissance  selon  sa  Disposition.  [Le  Bs.  parcourt 
complètement  les  10  Terres  grâce  à  la  Connaissance, 
qui  s'accroît  au  fur  et  à  mesure  que  sa  Disposition 
mûrit.] — Ib.  (537  a)  [texte  sk.,  p.  7]  :  Toutes  les 
Essences  de  B.  commencent  par  les  Terres  [1-7] 
du  fait  de  l'accomplissement  de  la  Pratique  ;  les 
Essences  de  B.  aboutissent  aux  Terres  [8-10]  du 
fait  de  l'Attestation  de  la  Connaissance  de  B.  (sk. 
svayambhûjnâna). — Ib.  (538  b)  [texte  sk.,  p.  12]  : 
Le  Bs.  [dans  la  première  Terre]  s'approche  de  la 
Terre  de  Connaissance.— Ib.  (540  c)  [texte  sk.,  p.  20]  : 
Le  Bs.  doit  obtenir  l'habileté  d'entrer  dans  la  Terre 
de  Connaissance  du  Tathâgata. — T.  279  xxxiv  (183  b) 
[texte  sk.,  p.  21]  :  Par  la  splendeur  de  la  Connais- 
sance de  ces  Terres,  le  Bs.  obtient  la  splendeur  de  la 
Connaissance  de  Tathâgata. — T.  287  III  (547  c) 
[texte  sk.,  p.  38]  :  Par  10  espèces  d'Essences  qui  font 
mûrir  la  Connaissance,  le  Bs.  dans  la  4e  Terre  grandit 
dans  la  famille  des  Tg.  [cf.  S.  Lav.  ix,  605]...  : 
(1)  Disposition  sans  Régression  ;  (2)  Aboutissement 
de  la  Foi  pure  et  indestructible  à  l'égard  des  trois 
Joyaux  ;  (3)  Inspection  de  la  Formation  et  de  la 
désintégration  des  Opérants  ;  (4)  Inspection  de  la 
Non-Production  de  la  Nature  des  Essences  ;  (5)  Ins- 
pection du  Fonctionnement  (pravrtti)  et  de  la  ces- 
sation (nivrtti)  du  Monde  ;  (6)  Inspection  de  la 
Naissance  et  de  la  Mort  du  Devenir  [causé  par] 
l'Acte  ;  (7)  Inspection  de  la  Transmigration  et  du 
Nirvana  ;  (8)  Inspection  des  Actes,  des  Terrains  et 
des  Etres  ;  (9)  Inspection  de  l'Extrémité  antérieure 
et  de  l'Extrémité  postérieure  ;  (10)  Inspection  du 
sans-Nature- propre  et  de  l'inépuisable  [cf.  Glossary , 
p.  59]. — Ib.  iv  (550  c)  :  Le  Bs.  dans  la  5e  Terre  est 
appelé  celui  qui  se  comporte  conformément  à  la 
Connaissance  [texte  sk.,  p.  44],  parce  qu'il  ne  se 
laisse  pas  conduire  par  autrui. — Ib.  (551  b)  [texte 
sk.  p.  46]  :  Les  Racines-de-Bien  des  Bs.  dans  la 
5e  Terre,  étant  Actualisées  (sk.  abhinirhâra)  par  les 
Mérites  des  préparatifs  (sk.  prayoga)  de  la  Connais- 
sance, ne  peuvent  pas  être  atteintes  par  la  Réflexion 


et  la  pensée  discursive  (sk.  cintâvicàrana). — Ib.  v 
(554  b)  [texte  sk.,  p.  53]  :  Le  Bs.  dans  la  6e  Terre 
entre  dans  la  Terre  de  Connaissance,  et  abandonne 
les  Terres  des  Auditeurs  et  des  Buddha-pour-soi.  Il 
se  trouve  Droit-en-face  [de  la  Connaissance  du  B.]  ; 
il  est  Déterminé  dans  la  Connaissance  du  B. — Ib. 
(556  c)  [texte  sk.,  p.  57]  :  Cette  7e  Terre  est  l'achève- 
ment de  la  Pratique  préparatoire  et  l'introduction 
à  la  Pratique  de  Connaissance  et  de  Super-savoir. — 
Ib.  (556  b)  :  Actualisation  (sk.  abhinirhâra)  de  la 
Connaissance  Incommensurable,  c'est  la  7e  Perfec- 
tion, celle  de  l'habileté  dans  les  Moyens.  Actualisation 
d'une  Connaissance  qui  s'accroît  de  plus  en  plus 
(gogochi  $t%t%H,  sk.  uttarottarajnâna),  c'est  la 
8e  Perfection,  celle  du  Vœu  [cf.  S.  Lav.  ix,  624]... 
Établir  toutes  les  Essences  conformément  à  la  Réalité, 
c'est  la  10e  Perfection,  celle  de  la  Connaissance. — 
Ib-  (555  c)  [texte  sk.,  p.  235]  :  Le  Bs.  maître  de  la 
Connaissance  (chiejizai  ^  =5  g  ^g,  sk.  jnânavasa- 
vartin),  sans  Attachement,  ne  produit  pas  les  Conno- 
tations de  Soi  et  de  Terrains  de  B. — T.  286  m  (519  c- 
520  a)  [texte  sk.,  p.  232-3]  :  Ce  n'est  que  par  la  Force 
de  la  Grande  Connaissance  qu'on  peut  dépasser  la 
7e  Terre  Va-loin . . .  [On  attribue]  au  Bs.  arrivé  à  la 
8e  Terre,  celle  de  la  Connaissance,  transcendance 
du  Domaine  de  l'Esprit  et  Résidence  dans  les  Actes 
de  Connaissance  [=les  Actes  consistant  en  Connais- 
sance, Actualisant  la  Connaissance  sans  Imagination- 
particulière  :  cf.  texte  sk.  p.  66  ;  Glossary  p.  49  ; 
S.  Lav.  ix  616].  Tous  les  Actes  du  Bs.  dans  la  8e  Terre 
sont  manifestés  par  la  Connaissance,  non  plus  par  les 
Passions,  dont  le  Travail  a  complètement  cessé 
(T.  286  ni  (522  b)  ;  texte  sk.,  p.  71). .  .A  partir  de 
la  Production  d'Esprit  initiale  les  Bs.  surpassent  les 
Auditeurs  et  les  B.-pour-soi  par  la  Force  du  grand 
Vœu  (sk.  par  la  Disposition),  mais  ici,  dans  la  7e  Terre, 
par  la  Force  de  la  Connaissance. — T.  287  v  (556  c) 
[texte  sk.,  p.  58]  :  Les  Membres  de  l'Éveil,  constituant 
la  préparation  (sk.  prayoga)  à  la  Connaissance,  Actua- 
lisés à  partir  de  la  première  Terre  jusqu'à  la  7e  Terre, 
se  réalisent  tous,  à  partir  de  la  8e  Terre,  sans  Adaptation 
(sk.  âbhoga). — T.  286  m  (521  b)  [texte  sk.,  p.  66]  : 
Si  les  B.  ne  faisaient  pas  entrer  les  Bs.  de  la  8e  Terre 
dans  ces  portes  d'Actualisation  de  Connaissance  (sk. 
Omniscience),  les  Bs.  entreraient  dans  le  Parinirvâna 
et  cesseraient  de  porter  avantage  aux  Êtres.  Mais  'es 
B.  donnent  à  ces  Bs.  des  Causes-Facteurs  (sk.  Actes) 
Incommensurables,  Actualisant  la  Connaissance,  de 
sorte  que  celle-ci  (sk.  Acte  Actualisant  la  Connais- 
sance), produite  en  un  Moment  dans  la  8e  Terre,  soit 
infiniment  supérieure  [aux  Pratiques  cultivées]  à 
partir   de    la    Production   d'Esprit    initiale   jusqu'à 


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294 


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la  7e  Terre.— T.  287  vi  (561  a)  [texte  sk.,  p.  70]  : 
Le  Bs.  de  la  8e  Terre  obtient  la  Maîtrise  de  la  Connais- 
sance [=la  10e  Maîtrise]  pour  manifester  les  Forces, 
les  Assurances,  les  Essences  Singulières  (âvenika- 
buddhadharma),  les  Caractères  et  signes  secondaires, 
l'Éveil  complet-manifeste  des  B.  Du  fait  de  l'obten- 
tion de  ces  10  Maîtrises  le  Bs.  est  appelé  celui  qui 
Connaît  l'Inconcevable  (acintyajiiânin)  [sk.  celui  qui 
Connaît  l'Incommensurable],  celui  dont  la  Connais- 
sance est  grande  (vipulajnânin),  sans  pareille  (asam- 
hâryajnânin) . .  .Dans  tous  ses  Actes  il  se  laisse 
conduire  par  la  Connaissance,  il  suit  la  Connaissance 
(sk.  jnânânuparivartin),  il  a  comme  Régent  la  Per- 
fection de  Sapience. — Ib.  (561  b)  :  La  8e  Terre  est 
appelée  Terre  sans  Régression,  parce  que  sa  Connais- 
sance n'est  pas  susceptible  de  Régression  ; . . .  elle 
est  appelée  Terre  de  l'Aboutissement,  parce  que  le 
discernement  de  sa  Connaissance  est  bien  fait. — 
T.  286  iv  (525  c)  [texte  sk.  p.  77]  :  Par  le  Plein- 
Savoir  d'Essence,  par  la  Connaissance  d'Essence, 
le  Bs.  [de  la  9e  Terre]  Connaît  la  Diversité  des 
Essences.  Par  l'habileté  dans  les  Moyens,  il  Connaît 
la  Non-Diversité  des  Essences.  Par  le  Plein-Savoir 
de  Sens,  par  la  Connaissance  Secondaire  (sk.  anvaya- 
jfiâna),  le  Bs.  Connaît  conformément  à  la  Réalité 
la  Diversité  des  Essences.  Par  le  Plein-Savoir  d'Ex- 
plication (sk.  niruktipratisamvid),  par  la  Connais- 
sance Vulgaire,  il  explique  la  Diversité  des  Essences. 
Par  le  Plein-Savoir  d'Éloquence,  par  la  Connaissance 
conforme  à  la  Réalité,  il  sait  bien  expliquer  le  Sens- 
ultime. — Ib.  (529  a-b),  texte  sk.  p.  86  :  Lors  de 
l'Onction  des  Bs.  [dans  la  10e  Terre],  les  B.  humectent 
la  tête  de  ces  Bs.  avec  l'eau  de  la  Connaissance. . . 
Cela  est  appelé  l'Onction  des  Bs.  par  la  Grande 
Connaissance . . .  Les  Bs.  Connaissent  conformément  à 
la  Réalité  les  10  Connaissances  Subtiles  (sk.  sûksma- 
jââna)  des  B.  :  (1)  Conn.  de  la  Pratique  ;  (2)  de  la 
Naissance  et  de  la  Mort  ;  (3)  du  Monde  (sk.  janma- 
jnâna)  ;  (4)  de  la  sortie  de  la  famille  ;  (5)  de  l'Éveil 
complet-manifeste  ;  (6)  de  la  Maîtrise  de  la  Force 
spirituelle  (sk.  vikurvana)  ;  (7)  [de  l'acte]  de  Tourner 
la  Roue  de  la  Loi  ;  (8)  du  pouvoir  sur  la  durée  de  la 
vie  ;  (9)  de  la  manifestation  du  Nirvana  ;  (10)  du 
Maintien  permanent  de  la  Loi. — Vijhaptimâtratâ- 
siddhi. — Tt.  1585  ix  (48  c>  :  L'Obstacle  du  Connais- 
sable  (sk.  jfieyâvarana)  n'accompagne  certainement 
pas  la  Notation  de  Concoction  [la  8e  Notation], 
car  elle  est  faible  et  n'est  pas  Associée  à  l' Inscience 
et  à  la  Sapience  [la  Prise  des  Essences  comporte  la 
Sapience,  qui  détermine  les  Essences,  et  l' Inscience, 
qui  trompe  à  l'endroit  des  Essences],  tandis  que  la 
Connaissance    du    Vide   des    Essences    [savoir   que, 


dans  toutes  les  choses  dénommables,  il  n'existe  pas 
d'Essence  qui  ne  soit  simplement  dénomination], 
naît  avec  elle  [la  8e  Notation].  [S.  Lav.  ix,  570  : 
"La  7e  Notation  a  la  Prise  des  Essences  ;  quand 
naît  la  Connaissance  du  Vide  des  Essences,  la  7e  Nota- 
tion ne  fonctionne  plus.  Parallèlement,  si  la  8e  Nota- 
tion avait  la  Prise  des  Essences,  la  Connaissance  du 
Vide  des  Essences  naissant,  la  8e  Notation  périrait  ; 
puisque  la  8e  Notation  en  Travail  se  produit  en 
compagnie  de  cette  Connaissance,  nous  savons  que 
la  8e  Notation  n'est  pas  accompagnée  de  la  Prise 
des  Essences."] — Ib.  (49  a)  [S.  Lav.  ix,  573]  :  Parmi 
les  excellentes  Pratiques  [i.e.  les  Perfections],  ce  qui 
est  Sapience  de  sa  Nature  [ce  qui  a  pour  effet  l'acqui- 
sition des  10  Forces  et  de  l'Omniscience  de  B.]  reçoit 
le  nom  de  Connaissance  ;  le  reste  [ce  qui  a  pour  effet 
l'acquisition  des  Caractères  de  B.]  reçoit  le  nom  de 
Félicité  (punya).  Les  six  Perfections  sont  Connais- 
sance et.  Félicité,  quant  à  leurs  Caractères  communs. 
A  en  examiner  les  Caractères  propres,  les  5  premières 
sont  appelées  Mérites  de  Félicité  (fukudoku  JJÊÎ^. 
sk.  punyaguna),  la  6e  Perfection  est  Connaissance. 
Ou  bien,  les  3  premières  sont  comprises  dans  la 
catégorie  du  Mérite,  la  dernière  seule  est  Connais- 
sance, la  4e  et  la  5e  Perfection  appartiennent  aux 
deux  catégories. — Ib.  (49  c)  [S.  Lav.  ix,  585]  :  Quand 
la  Connaissance  ne  Perçoit  rien  du  tout  dans  l'Objec- 
tif, alors  cette  Connaissance  Réside  dans  la  Simple- 
Notification  par  le  Dégagement  des  deux  aspects 
[Preneur  et  Prenable]  de  la  Prise.  Quand  la  Connais- 
sance Dégagée  des  Imaginations-particulières  du  Bs. 
ne  Perçoit  rien  du  tout  dans  l'Objet  de  l'Objectif 
par  la  Non-Prise  des  Signes  divers  du  prapanca,  alors 
le  Bs.  est  dit  réellement  Résider  dans  la  Nature  du 
Vrai  Sens-Ultime  de  la  Simple-Notification.  Cette 
Connaissance  qui  Atteste  l'Ainsité  est  Égale  à  l'Ain- 
sité,  parce  que  cette  Connaissance  et  l'Ainsité  sont 
Dégagées  des  Caractères  du  Preneur  et  du  Pre- 
nable . . .  [Sur  les  Parts  de  cette  Connaissance,  trois 
opinions  différentes,  celles  de  Sthiramati,  de  Nanda 
et  de  Dharmapâla  :]  (1)  Cette  Connaissance  ne 
comporte  ni  la  Part  des  Signes,  ni  la  Part  de  la  Vue  ; 
(2)  elle  comporte  les  deux  Parts  ;  (3)  elle  com- 
porte la  Part  de  la  Vue,  non  celle  des  Signes . . .  Ib. 
(50  a)  :  Le  Temps  de  Naissance  de  cette  Connaissance, 
immédiatement  après  l'État  de  préparation  (sk. 
prayogâvasthâ),  est  appelé  État  de  pénétration  (sk. 
prativedha),  parce  que  cette  Connaissance  s'unit 
intimement  à  l'Ainsité.  Parce  qu'elle  éclaire  pour  la 
première  fois  l'Idéal,  cet  État  est  aussi  appelé  Che- 
min de  la  Vue. .  .Le  Chemin  de  la  Vue  de  la  Vérité 
est  appelé  Connaissance  Dégagée  des  Imaginations- 


<:hi 


295 


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particulières.  Cette  Connaissance  Atteste  réellement 
l'Idéal  de  la  Vérité,  révélé  par  les  deux  Vides.  Elle 
Élimine  réellement  les  Résidus  (anusaya)  de  la  caté- 
gorie d'imagination-particulière  des  deux  Obstruc- 
tions. Quoique  plusieurs  Moments  soient  requis  pour 
l'Aboutissement  [de  ce  Chemin],  cependant,  [les 
Moments]  étant  du  même  Caractère,  on  dit  qu'ils 
sont  d'un  seul  état  d'Esprit ...  Le  Chemin  de  la  Vue 
des  Caractères  est  de  deux  sortes.  La  première, 
l'Inspection  des  Vérités  non -distinguées  (hianrittai 
W^C  JÏCfft.  sk«  avyavasthitasatya),  comporte  3  opé- 
rations de  l'Esprit  :  (1)  La  Connaissance,  s'Objectivant 
en  abandonnant  à  l'intérieur  la  Dénomination- fictive 
de  l'Etre,  expulse  les  Résidus  de  l' Imagination-par- 
ticulière de  la  catégorie  faible  ;  (2)  La  Connaissance, 
s'Objectivant  en  abandonnant  à  l'intérieur  la  Déno- 
mination-fictive des  Essences,  expulse  les  Résidus 
de  l' Imagination-particulière  de  la  catégorie  moyenne; 
(3)  La  Connaissance,  s'Objectivant  en  abandonnant 
d'une  façon  générale  toutes  les  Dénominations- fictives 
de  l'Etre  et  des  Essences,  expulse  tous  les  Résidus 
de  l' Imagination-particulière. — Ib.  (50  b)  [S.  Lav. 
ix,  598]  :  Le  Chemin  de  la  Vue  de  la  Vérité  est  compris 
dans  la  Connaissance  fondamentale  [exempte  de 
Signes]  ;  le  Chemin  de  la  Vue  des  Caractères  est 
compris  dans  la  Connaissance  subséquente  [compor- 
tant Vue  et  Signes]  (gotokuchi  ffefô^fj  sk.  prstha- 
labdhajnâna).  [Trois  opinions  sur  les  Parts  de  cette 
Connaissance  subséquente  :  (1)  Sthiramati  :  elle  ne 
comporte  ni  Vue  ni  Signes  ;  (2)  elle  comporte  Vue, 
non  pas  Signes  ;  (3)  Dharmapâla  et  l'auteur  de  la 
Siddhi  :  elle  comporte  Vue  et  Signes.] ...  On  dit  que 
cette  Connaissance  subséquente  Imagine  les  Carac- 
tères communs  et  propres  des  Essences,  qu'elle  Ins- 
pecte la  Diversité  des  Natures  et  des  Racines  des 
Êtres  pour  leur  enseigner  [la  Loi].  On  dit  que  cette 
Connaissance  manifeste  des  Corps  et  des  Terrains 
pour  enseigner  la  Bonne  Loi  aux  Etres. — Ib.  (50  c)  : 
Sans  Perception,  Inconcevable,  c'est  la  Connaissance 
Supramondaine.  Par  l'abandon  de  la  double  Turbu- 
lence [= Germes  des  deux  Obstructions],  elle  Atteste 
et  Obtient  la  Révolution  du  Récipient.  A  partir  du 
moment  de  la  Production  du  Chemin  de  la  Vue,  le  Bs. 
pratique  à  plusieurs  reprises  cette  Connaissance  Déga- 
gée des  Imaginations-particulières,  afin  d'Eliminer  les 
Obstructions  qui  restent  et  d'Obtenir  la  Révolution 
du  Récipient.  [Cette  Pratique  s'appelle  le  Chemin 
de  l'Exercice.]. .  .Cette  Connaissance  s'appelle  Supra- 
mondaine, parce  qu'elle  Elimine  le  Monde.  Les  Rési- 
dus des  deux  Prises  [d'Individu  et  d'Essence]  sont 
la  Racine  du  Monde.  Seule  cette  Connaissance  peut 
les  Éliminer  ;  seule  elle  reçoit  l'épithète  uttara  (shutsu 


Ji}  "Supra" -mondaine). .  .Telle  est  la  Connaissance 
Dégagée  des  Imaginations-particulières  [pratiquée] 
dans  les  10  Terres. — Ib.  (51  a)  [S.  Lav.  ix,  611]  : 
Par  l'Élimination  de  la  Turbulence  des  deux  Obs- 
tructions, qui  se  trouvent  dans  la  Notation  Radicale, 
du  fait  de  la  Pratique  assidue  de  la  Connaissance 
Dégagée  des  Imaginations-particulières,  on  Révolu- 
tionne [le  Récipient]  en  abandonnant  l'Imaginaire 
[imposé]  sur  le  Relatif,  en  acquérant  l'Absolu  [caché] 
dans  le  Relatif, ...  en  détruisant  la  Transmigration 
qui  a  pour  Récipient  l'Ainsité,  en  Attestant  le  Nir- 
vana qui  a  pour  Récipient  l'Ainsité. .  .La  5e  Terre 
est  appelée  Dure-à-gagner,  parce  qu'il  est  excessive- 
ment difficile  d'Associer  la  Connaissance  du  Vrai 
et  du  Contingent  (sk.  sarhvrtti),  qui  sont  d'aspect 
contradictoire.  La  6e  Terre  est  appelée  Droit-en- 
face,  parce  que  la  Connaissance  qui  Réside  dans  la 
causalité  dépendante  Actualise  et  fait  que  soit 
Droit-en-face  la  suprême  Sapience  Dégagée  des  Ima- 
ginations-particulières ...  La  8e  Terre  est  appelée 
Inébranlable,  parce  que  les  Signes,  Inflexions  et 
Passions  ne  peuvent  plus  ébranler  la  Série  sans 
Inflexion  de  la  Connaissance  Dégagée  des  Imagina- 
tions-particulières. .  .La  10e  Terre  est  appelée  Nuage 
de  la  Loi,  parce  que  le  nuage  de  la  Grande  Connais- 
sance de  la  Loi,  portant  l'eau  des  Mérites,  cache  les 
Turbulences,  comme  si  elles  étaient  le  Vide,  et  rem- 
plit le  Corps  de  la  Loi. — Ib.  (51  b)  :  Deux  espèces 
de  Perfections  de  la  Connaissance  :  (1)  Conn.  de  la 
jouissance  du  Plaisir  de  la  Loi  ;  (2)  savoir  mûrir  les 
Etres. — Ib.  (52  a)  [S.  Lav.  ix,  630]  :  Il  y  en  a  qui 
énumèrent  six  Perfections,  tandis  qu'en  réalité  il  y 
en  a  dix.  C'est  parce  que  les  4  dernières  sont  comprises 
dans  la  6e  Perfection.  Pour  ceux  qui  énumèrent  dix 
Perfections,  seule  la  6e  comporte  la  Connaissance 
Dégagée  des  Imaginations-particulières  [Conn.  Fon- 
damentale] ;  les  4  dernières  comportent  toutes  la 
Connaissance  subséquente,  parce  que  le  Contingent 
constitue  leur  Objectif. ..  .L'Étude  dirigée  vers  la 
Sapience  [sk.  adhiprajnarh  siksâ  ;  Sapience  est  ici 
employée  dans  le  sens  de  Connaissance]  est  triple  : 
(1)  Sapience  Dégagée  des  Imaginations-particulières 
Préparatoire  ;  (2)  Sap.  D.d.I.-p.  Fondamentale  ; 
(3)  Sap.  D.d.I.-p.  Subséquente.  — Mahâyânasangraha. 
— Tt.  1594  il  (139  a)  :  Comment  peut-on  savoir  que 
les  Objets  se  manifestent  Droit-en-face  d'une  façon 
claire  et  distincte  en  dépit  de  leur  Non-Existence  ? 
Selon  l'enseignement  du  Bgi,  les  Bs.  peuvent  com- 
prendre que  tout  n'est  que  Notification,  et  que  les 
Objets  n'existent  pas  du  tout,  par  l'accomplissement 
de  quatre  Essences  :  (1)  L'accomplissement  de  la 
Connaissance  des  Signes  de  Notations  s'écartant  l'une 


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296 


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de  l'autre.  Car  les  Notations  des  Trépassés,  des  Ani- 
maux et  des  Dieux  sont  Diversifiées,  lors  même  qu'ils 
voient  la  même  chose.  [Note  de  la  td.  jap.,  Kokuyaku- 
daizôkyô,  p.  54  :  La  même  substance  identique, 
l'eau,  est  vue  par  les  Trépassés  comme  feu,  par  les 
poissons  comme  leur  habitat,  par  les  hommes  comme 
l'eau,  par  les  Dieux  comme  Terre  ornée  de  joyaux 
de  vaidûrya.]  (2)  L'accomplissement  de  la  Connais- 
sance d'une  perception  Droit-en-face  de  la  Notation 
dans  les  cas  où  l'Objectif  n'existe  point,  comme,  par 
exemple,  les  Images  (yô  f£,  sk.  pratibhâsa,  âbhâsa) 
du  rêve,  de  l'avenir  et  du  passé,  sont  perçues  comme 
si  elles  existaient  Objectivement.  (3)  L'accomplis- 
sement de  la  Connaissance  de  ce  qui  devrait  [s'effec- 
tuer] sans  Inflexion  et  sans  Idée-à-rebours.  [Si  les 
Notations  prenaient  comme  Objectifs  des  Objets 
réels,  existant  indépendamment  de  la  Notification], 
les  Notations  [des  Profanes  ignorants],  prenant 
comme  Objectifs  des  Objets  existant  [réellement, 
tels  qu'ils  sont  en  Réalité],  devraient  être  sans  Idée- 
à-reboùrs  et  sans  Inflexion  (effort),  à  cause  de  la 
Connaissance  de  la  Réalité  (chishinjitsu  ^^pj^, 
sk.  tattvajnâna  ;  tib.  de  kho  na  ses  pa).  [Or  ceci  est 
absurde  ;  donc  les  Objets  n'existent  pas  réellement  à 
part  de  la  Notification.  La  Connaissance  de  cette 
reductio  ad  absurdum  constitue  la  3e  Connaissance 
capable  de  faire  comprendre  au  Bs.  la  Simple-Notifi- 
cation.] [Version  tib.,  exempl.  du  Tanjur  de  Derge 
appartenant  à  l'Université  de  Sendai,  fol.  15,  verso  : 
hbad  pa  med  par  yan  phyin  ci  log  med  par  hgyur  ba 
ses  pas  ni  don  yod  na  don  du  dmigs  pahi  rnam  par 
ses  pa  hbad  pa  med  par  de  kho  na  ses  pahi  phyir 
phyin  ci  log  med  par  hgyur  pa.]  (4)  L'accomplis- 
sement de  la  Connaissance  merveilleuse  qui  suit 
3  espèces  de  Connaissance  supérieure  :  (1)  Tous  les 
Bs.  [de  la  8e  Terre]  qui  ont  obtenu  la  Maîtrise  de 
l'Esprit  et  l'Extase  Actualisent  les  Objets  selon  la 
Force  de  leur  Conviction  ;  (2)  Ceux  qui  ont  obtenu 
l'Apaisement  (sk.  samatha),  l'Exercice  et  l'Inspec- 
tion des  Essences,  Actualisent  les  Objets  après  un 
Moment  d'Acte-Mental.  [Après  un  Acte-Mental  ayant 
pour  Objet  le  Caractère  Impermanent,  ils  Actualisent 
tout  de  suite  les  autres  15  Caractères  :  Douloureux, 
Vide,  etc.]  ;  (3)  Quand  ceux  qui  ont  obtenu  la  Connais- 
sance Dégagée  des  Imaginations:particulières  se  trou- 
vent Droit-en-face  de  cette  Connaissance,  aucun 
Objet  ne  leur  apparaît.  [Comparez  les  commentaires  : 
Tt.  1597  iv  (340  c),  Tt.  1598  iv  (402-3)  ;  et  S.  Lav. 
vu,  421-3,  Tt.  1585  vu  (39  a).] — Mahâyânasangraha- 
bhâsya  [dans  le  passage  suivant,  CD.  =  Connaissance 
Dégagée  des  Imaginations-particulières,  sk.  nirvi- 
kalpa-jùâna]. — Tt.   1597  vin   (363  c)  :   La  CD.   est 


appelée  Super-sapience  (zôjôe  i$_hÉI,  s^-  adhipra- 
jna).  Il  y  en  a  trois  espèces  :  (1)  La  CD.  Préparatoire, 
c.-à-d.  la  Sapience  comportant  Délibération  et 
Réflexion  ;  (2)  La  CD.  Fondamentale,  c.-à-d.  la 
Sapience  d'Attestation  correcte  ;  (3)  La  CD.  subsé- 
quente, c.-à-d.  la  Sapience  applicable  [yû  Jfl,  sk. 
prayojana,  kriyâ  ;  cf.  Tucci,  Pre-Dinnâga  Buddhist 
texts  on  Logic  from  Chinese  sources,  Gaekwad's  Or. 
Séries  vol.  49,  Index  no.  267  ;  cette  Sapience  emploie 
la  CD.  dans  le  Monde  de  la  Transmigration].  (1)  La 
Sapience  de  Recherche-mentale,  c'est  le  premier 
adhiprajna  ;  (2)  la  Sapience  d'Attestation  interne, 
c'est  le  2e  adhiprajna  ;  (3)  la  Sapience  de  Captation 
et  de  Maintien,  c'est  le  3e  adhiprajna. — Ib.  (364  a)  : 
Si  l'absence  d'Acte-Mental  était  la  CD.,  la  Torpeur, 
l'ivresse  et  la  nonchalance  constitueraient  la  CD. 
[ce  qui  est  absurde  ;  donc,  la  CD.  n'est  pas  l'absence 
d'Acte-Mental.  Cf.  Siddhi  Lav.  ix,  634].  Si  la  Terre 
Dégagée  de  Délibération  et  de  Décision  était  la  CD., 
les  Terres  au-dessus  de  la  2e  Extase  constitueraient 
la  CD.  et  ceux  qui  résident  dans  ces  Terres  devraient 
obtenir  la  CD.  dans  le  Monde.  [Ce  qui  est  absurde  ; 
donc,  la  CD.  n'est  pas  la  Terre  Dégagée  de  Délibéra- 
tion et  de  Décision.]  Dans  l'Aplanissement  de  Bar- 
rage de  Connotation  et  d'Impression,  l'Esprit  et  ce 
qui  est  de  l'Ordre-de-1' Esprit  ne  Fonctionnent  pas. 
Parce  que  cet  Aplanissement  ne  comporte  pas  d'Es- 
prit, il  ne  peut  constituer  la  CD.  [qui  est  de  l'Ordre- 
de-1' Esprit,  tandis  que  son  Récipient  est  produit 
par  l'Esprit  :  ib.  (364  b)].  Si  la  Nature-propre  du 
Formel  était  la  CD.,  la  CD.  serait  stupide,  obtuse 
et  sans  Réflexion  comme  le  Formel.  [Ce  qui  est 
absurde  ;  donc,  la  CD.  n'est  pas  comme  la  Nature 
du  Formel.]  Si  la  CD.  Fonctionnait  d'une  façon  Ima- 
ginaire et  inadéquate  au  Vrai  Sens,  elle  comporte- 
rait Imagination-particulière,  car  celle-ci  dit  :  "Ceci 
est  le  Vrai  Sens"  [tandis  que  le  Vrai  Sens,  l'Objectif 
de  la  CD.,  l'Ainsité,  le  Vide,  est  ineffable.]  Si  la 
Connaissance  est  Dégagée  de  ces  cinq  Caractères,  si 
elle  ne  Fonctionne  pas  d'une  façon  Imaginaire  et 
inadéquate  au  Vrai  Sens,  elle  est  la  CD.  au  Vrai 
Sens. .  .La  supposition  que  la  CD.  s'appuie  sur  l'Es- 
prit, parce  qu'elle  serait  capable  de  Mentation,  qu'elle 
est  appelée  Esprit,  qu'elle  Fonctionne  en  s' appuyant 
sur  l'Esprit,  implique  contradiction,  car  elle  est 
Dégagée  des  Imaginations-particulières.  D'autre  part, 
si  la  CD.  ne  s'appuyait  pas  sur  l'Esprit,  elle  ne  serait 
pas  Connaissance.  Pour  éviter  ces  deux  contradic- 
tions, on  dit  cette  stance  :  "Le  Récipient  des  Bs. 
n'est  pas  Esprit  et  tout  de  même  est  Esprit,  il  est 
la  CD.  et  ne  rentre  pas  dans  la  catégorie  de  la  Réflexion 
(lecture  corrigée  :  shigi  $L  3H  ;  le  texte  porte  ^  ^).  " 


CHI 


297 


CHI 


Le  Récipient  de  la  CD.  n'est  pas  appelé  Esprit,  du 
fait  de  l'absence  de  Réflexion  ;  il  n'est  pas  Non- 
Esprit,  parce  qu'il  est  Actualisé  (sk.  abhinirhrta)  par 
l'Esprit.  Ce  Récipient  de  la  CD.,  étant  produit  par 
l'Esprit,  rentre  dans  la  catégorie  de  l'Esprit,  est 
aussi  appelé  Esprit,  ayant  l'Esprit  pour  Cause. 
[Hésitation  dans  la  définition  de  l'Esprit,  qu'on 
identifie  tantôt  avec  la  8e  Notation,  tantôt  avec  la 
9e  Notation.]... — Ib.  (365  a),  stance  :  "La  sortie 
(shutsuri  &  flUÉ,  sk.  nihsarana,  naiskramya),  l'Obten- 
tion et  l'accomplissement  de  l'Association  [avec  la 
CD.]  des  Bs.  dans  les  dix  Terres,  c'est  la  CD."  La 
sortie  porte  ce  nom  du  fait  de  l'Aboutissement  de 
l'aspiration  (shinshu  *£tjt$(,  sk.  parâyana),  c.-à-d. 
de  l'aspiration  au  Nirvana.  La  première  Obtention 
de  la  CD.  s'appelle  l'Obtention  de  l'Association. 
Ensuite,  pendant  d'innombrables  centaines  et  mil- 
liers de  Périodes,  l'Accomplissement  de  l'Association 
a  lieu.  Ce  n'est  que  la  première  Terre  de  la  CD.  qui 
porte  le  nom  d'  "Obtention"  [de  l'Association].  Pour 
les  Terres  suivantes,  pour  un  grand  nombre  de 
moments,  on  emploie  le  terme  "accomplissement" 
[de  l'Association].  C'est  pourquoi  les  Bs.  Attestent 
le  Nirvana  et  arrivent  ainsi  à  l'Aboutissement  après 
avoir  vécu  pendant  d'innombrables  Périodes. — Ib. 
(305  c)  :  Cette  CD.  est  sans  salissure  (zen  |fe,  klesa) 
comme  l'Espace  ;  la  CD.  s'emploie  toujours  dans  le 
Monde  sans  être  salie  par  les  Essences  Mondaines. 
Parce  que  les  Bs.  Inspectent  par  la  Force  de  cette 
Connaissance  les  avantages  et  les  Plaisirs  des  Êtres, 
ils  pensent  aller  naître  dans  ces  Mondes.  Après  avoir 
pris  Naissance,  les  Bs.  ne  peuvent  pas  être  salis  par 
toutes  les  Essences  Mondaines,  qui  sont  au  nombre 
de  huit  :  (1)  gain  ;  (2)  perte  ;  (3)  louange  ;  (4)  malé- 
diction ;  (5)  renom  ;  (6)  blâme  ;  (7)  Douleur  ;  (8)  Plai- 
sir. Parce  que  cette  Connaissance  [subséquente]  est 
produite  par  la  CD.,  elle  est  aussi  appelée  Dégagée 
des  Imaginations-particulières. /.On  compare  le  Bs. 
en  possession  de  la  CD.  Préparatoire  à  un  muet 
cherchant  à  recevoir  le  Sens  [à  prendre  comme  Objec- 
tif le  Vrai  Sens,  l'Ainsité,  l'Objectif  de  la  CD.],  le  Bs. 
en  possession  de  la  CD.  Fondamentale  à  un  muet 
qui  reçoit  correctement  le  Sens,  le  Bs.  en  possession 
de  la  CD.  subséquente  au  non-muet,  ayant  reçu  le 
Sens  [et  l'exprimant  en  paroles,  en  sermons].  [Une 
2e  comparaison  substitue  "sot",  gu  J§,  sk.  bàla, 
au  terme  "muet"  de  la  première  comparaison. 
Vasubandhu  définit  un  sot  comme  une  personne 
dont  les  expressions  ne  sont  ni  claires  ni  distinctes.] 
On  compare  le  Bs.  en  possession  de  la  CD.  Prépara- 
toire aux  5  [Organes  ou  Notations,  de  l'œil,  etc.]  qui 
cherchent  à  recevoir  l'Objet  [tel  qu'il  est  en  Réalité, 


Dégagé  des  Imaginations-particulières  :  les  5  Organes 
cherchent  à  recevoir  des  Impressions  correctes],  le 
Bs.  en  possession  de  la  CD.  Fondamentale  aux  5 
[Organes]  recevant  correctement  l'Objet,  le  Bs.  en 
possession  de  la  CD.  subséquente,  au  Mental  [capable 
d 'Imagination-particulière]  éprouvant  le  Sens  [d'une 
façon  claire  et  distincte].  [En  appliquant  le  terme 
fumbetsu  ^Jj!)  au  Mental,  on  l'emploie  dans  le 
mauvais  sens  d 'Imagination-particulière  ;  en  l'ap- 
pliquant à  la  CD.  subséquente,  on  l'emploie  dans  le 
bon  sens  de  distinction  claire  et  nette,  qualité  indis- 
pensable des  sermons  des  Bs.  dans  les  Terres  7-10.] 
— Ib.  (366  a)  :  On  compare  les  Bs.  en  possession  de 
la  CD.  Préparatoire,  à  ceux  qui  ne  comprennent  pas 
encore  les  explications  et  cherchent  à  les  comprendre  ; 
les  Bs.  en  possession  de  la  CD.  Fondamentale,  à 
ceux  qui  ne  reçoivent  que  la  Loi,  prenant  la  Loi, 
par  leur  Mental,  au  pied  de  la  lettre,  comprenant, 
répétant  et  repassant  dans  leur  mémoire  les  expli- 
cations ;  les  Bs.  en  possession  de  la  CD.  Subséquente, 
à  ceux  qui  peuvent  recevoir  la  Loi  et  son  [Vrai]  Sens. 
— On  compare  les  Bs.  en  possession  de  la  CD.  Fonda- 
mentale, à  ceux  qui  ferment  correctement  leurs  yeux  ; 
les  Bs.  en  possession  de  la  CD.  subséquente,  à  ceux 
qui  ouvrent  leurs  yeux  de  nouveau.   On  compare 

la  CD.  Fondamentale  à  l'Espace Comme  les  Images 

Formelles  manifestées  dans  le  Vide  peuvent  être 
Imaginées  d'une  façon  Particulière,  ainsi  la  CD. 
subséquente  est  susceptible  d'être  Imaginée  d'une 
façon  Particulière  et  est  capable  d'Imaginer  [autre 
chose]  d'une  façon  Particulière. — Ib.  (366  b)  :  Quoique 
la  CD.  des  B.  et  des  Bs.  soit  Dégagée  des  Imagina- 
tions-particulières, elle  peut  accomplir  toutes  sortes 
d'Actes. .  .Stance  :  "La  Connaissance  qui  ne  s'Ob- 
jective ni  dans  l'Imaginaire,  ni  dans  le  Relatif,  qui 
est  Connaissance  et  [d'un  autre  point  de  vue]  Non- 
Connaissance,  qui  ne  diffère  pas  de  son  Objet,  est 
la  CD.  [Fondamentale]." — Ib.  (366  c)  :  Toutes  les 
Essences  sont,  en  leur  Nature  Fondamentale,  Déga- 
gées de  l' Imagination-particulière  ;  en  effet,  ce  qui 
peut  être  Imaginé  d'une  façon  Particulière  n'existant 
pas,  la  CD.  n'existe  pas  non  plus. 

J.  Rahder. 

CHI*  #j|  (graphie  abr.  J«m),  plus  complètement 
guchi  JR  $£|  ;  sk.  p.  moha  ;  tib.  gti-mug,  rmons-pa. 
— Erreur. — Les  termes  chi  et  guchi,  qui  signifient 
littéralement  "stupide,  stupidité",  rendent  aussi 
parfois  le  sk.  bâla  "Puéril  "  (sot,  imbécile  ;  cf.  *Bara 
et  *Gufu),  p.  ex.,  dans  les  td.  du  Bâla-pandita-sûtra, 
"Le  sot  et  le  sage  ",  Madhyamâgama,  T.  26  lui  et 
T.  907  ;  c'est  à  bâla  que  répondent  ces  termes  dans 


CHI 


298 


CHI 


de  nombreux  passages  où  ils  sont  appliqués  comme 
simples  épithètes  à  des  personnages,  etc.  (cf.  p.  ex. 
les  textes  recueillis  dans  Dzsi.  n,  331-332). — Pour 
le  sk.  moha,  on  trouve  les  te.  boka  tUff  Ttt.  2135 
(1228  b),  jfc-fSj  Ttt.  2131  vi  (1150  c)  ;  de  là  dérive 
peut-être  l'expression  jap.  baka  "sot,  imbécile  ", 
écrite  généralement  J^  $|  "cheval:cerf  ",  graphie 
qui  ferait  allusion  à  une  anecdote  célèbre  du  Che 
ki  (Chavannes,  Mém.  hist.  II,  211).  On  a  voulu 
rattacher  ce  terme  jap.  au  sk.  baka  "héron,  fripon, 
coquin",  mais  cette  étymologie  est  peu  vraisem- 
blable.— L'Erreur,  c'est  l'égarement,  l'aveuglement 
de  l'Esprit  enténébré  qui  sommeille  dans  l'ignorance 
de  la  vérité  ;  notion  proche  de  celles  de  l' Inscience 
(sk.  avidyâ,  cf.  *Mumyô  $|tyj)  et  de  la  non- 
Connaissance  (sk.  ajnâna,  cf.  *Muchi  $Hl?),  mais 
plus  positive  et  moins  abstraite.  Le  ch.  chi  $£  sert 
du  reste  parfois  à  rendre  le  sk.  avidyâ,  surtout  dans 
les  œuvres  des  auteurs  ch.  et  jap. — Dans  la  vieille 
triade  des  Racines  du  Mal  (sk.  akusala  mûla,  cf. 
*Aku  fë,  p.  21  a,  *Bonnô  fàfâ,  p.  123  a),  assi- 
milées aux  trois  Humeurs  ou  «  Poisons  »  de  la  patho- 
logie corporelle  (sk.  tridosa,  cf.  *Bonnô,  p.  132  a, 
*Byô  #ï,  p.  252),  l'Erreur  (parfois  remplacée  par 
l'Inscience)  vient  en  troisième  lieu,  après  la  Cupidité 
(ou  Convoitise)  et  la  Haine  (ou  Malveillance).  Mais 
elle  passe  en  tête  de  liste  dans  diverses  rubriques 
numériques  de  l'Abhidharma,  couche  littéraire  où 
l'élément  intellectuel  de  la  doctrine  prend  le  pas  sur 
les  éléments  affectifs.  L'Erreur  est  dansl'Abhidharma- 
kosa  le  Ier,  par  ordre  de  production,  des  dix  Résidus 
de  Passion  (sk.  anusaya,  cf.  *Bonnô,  p.  125  b,  où 
l'on  a  donné  «  Inscience  »  au  lieu  d'  «  Erreur  »,  d'après 
la  td.  de  Hiuan  tsang  qui  porte  mumyô  $jfe  BJj  = 
avidyâ  ;  mais  Paramârtha  et  la  version  tib.  ont 
chi  Jj£  et  rmons-las,  qui  ramènent  à  moha),  et  la 
ire  des  six  Essences  dites  des  Grandes  Terres  de 
Passion  (sk.  klesamahâbhûmika,  cf.  *Bonnô,  p.  126  a). 
Dans  la  Vijnaptimâtratâsiddhi  (cf.  *Bonnô,  p.  132  b), 
l'Erreur  est  la  ire  des  quatre  Passions  Radicales  (sk. 
mûla-klesa)  qui  sont  Associées  au  Mental  Passionné 
(klistamanas)  :  Erreur  du  Soi  (âtmamoha),  Vue  du  Soi 
(âtmadrsti),  Orgueil  du  Soi  (âtmamâna),  Amour  du 
Soi  (âtmasneha)  ;  et  ce  traité  enseigne  que  toutes  les 
autres  naissent  de  l'Erreur  (S.  Lav.  354).  La  doctrine 
qui  attribue  à  l'Erreur  ou  à  l'Inscience  un  rôle  primor- 
dial dans  la  genèse  du  Mal  sera  étudiée  en  détail  dans 
l'article  consacré  à  l'Inscience  (*Mumyô)  ;  on  la  retrouve 
partout  dans  les  textes  variés,  p.  ex.  Antarâbhavasû- 
tra  T.  385  11  (1067  c)  :  "C'est  l'Erreur,  cette  maladie, 
qui  est  à  la  source  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  grave 
dans  les  trois  Destinations  mauvaises  (durgati).  " 


Définitions.— Le  Kosa  Tt.  1558  iv  (19  c) 
[K.  Lav.  H,  161]  définit  l'Erreur  comme  Inscience 
(avidyâ),  non-Connaissance  (ajnâna),  non-clarté 
(muken  $fc  ]gg)  ;  et  Sanghabhadra,  qui  reprend  cette 
définition  dans  Tt.  1562  xi  (391  c),  ajoute  que 
l'Erreur  est  "ce  qui  a  pour  Caractère  de  faire  obstacle 
à  la  compréhension  correcte  et  à  l'explication  de 
l'Objet  Connaissable  ". — Le  Mahâprajnâpâramitâ- 
sâstra  Tt.  1509  xcl  (723  a)  la  définit  comme  "l'Ins- 
cience qui  lie  [les  Etres  à  l'existence]  dans  les  trois 
Plans".— La  Siddhi,  Tt.  1585  vi  (31  b)  (S.  Lav.  345), 
a  la  définition  suivante  :  "L'Erreur  a  pour  Nature 
l'égarement  et  l'obscurité  à  l'endroit  des  Idéaux 
(principes,  ri'Sg)  et  des  Faits  (1$),  et  pour  activité 
(sk.  karman)  d'empêcher  la  non-Erreur  et  d'être  le 
fondement  (âsraya)  de  toute  Pleine-Passion  (sarh- 
klesa,  i.  e.  la  Passion,  son  Acte  et  son  Fruit)."  Une 
définition  analogue  est  donnée  de  l'Inscience  (avidyâ) 
par  Sthiramati  dans  Tt.  1606  1  (698  a)  :  "L'Inscience 
a  pour  Substantiel  la  non-Connaissance  (ajnâna) 
dans  les  trois  Plans  ;  son  activité  (karman),  c'est  la 
Détermination  incorrecte  (mithyâniyama),  le  Doute 
(vieikitsâ),  et  d'être  le  fondement  de  toute  Pleine- 
Passion.  "  Au  contraire  la  non-Erreur  (amoha),  selon 
le  même  auteur  (ib.  697  b-c),  "a  pour  Substantiel 
la  pénétration  (nirvedha)  résultant  de  la  Connais- 
sance réalisée  par  l'enseignement  rétributionnel,  et 
pour  activité  d'être  le  fondement  du  non-déroule- 
ment de  la  mauvaise  Conduite  ". — Le  Yogâcâryabhû- 
misâstra,  Tt.  1579  lxxxvi  (779  b),  donne  une  liste 
de  synonymes  de  moha  :  non-Connaissance  (ajnâna), 
non- Vue  (adarsana  ?),  non-illumination  (na-abhisa- 
maya),  trouble-obscurité,  stupidité,  Inscience,  ténè- 
bres. Ces  termes  sont  expliqués  en  détail  dans  un 
autre  passage  du  même  traité,  ib.  lxxxiv  (772  a), 
où  l'Erreur,  "productrice  d'un  fallacieux  accroisse- 
ment des  choses  irréelles",  est  distinguée  de  l'Ins- 
cience, définie  comme  "un  manque  d'habileté  à 
l'égard  des  choses  connaissables,  une  incapacité  de 
connaître  correctement,  et  en  particulier  de  bien 
expliquer  le  sens  et  la  lettre  de  l'enseignement". 
— Ailleurs  encore,  ib.  lx  (637  a-b),  le  Yogâcârya- 
bhûmisâstra  traite  des  rapports  entre  l'Erreur  et 
l'Inscience,  et  donne  à  ce  propos  une  énumération 
de  dix  catégories  d'Êtres  adonnés  à  l'Erreur,  d'où 
les  nuances  sémantiques  du  terme  moha  ressortent 
assez  clairement  :  (1)  Etres  adonnés  à  l'Erreur  par 
infirmité  (cécité,  surdité,  etc.)  ;  (2)  par  démence  (les 
opprimés,  les  Êtres  sujets  à  des  tourments,  maladies 
graves,  douleurs  aiguës,  épilepsie)  ;  (3)  par  Distraction 
(viksepa,  manque  de  concentration  mentale)  ;  (4)  par 
Nature-propre  (il  s'agit  de  l'Erreur  depuis  toujours 


SUPPLÉMENT 


AU   TROISIÈME   FASCICULE   DU 


HOBOGIRIN 


I.     Liste  additionnelle  de  termes  techniques. 
II.     Liste  additionnelle  d'abréviations  bibliographiques. 
III.     Addenda. 


L  LISTE  ADDITIONNELLE  DE  TERMES  TECHNIQUES. 


Termes  français. 

Termes  sino-japonais. 

Termes  sanskrits-palis. 

Appétence 

Gon  Jjft 

*Icchâ  (id.) 

Aspiration 

Shinshu  jH@ 

Par  ây  an  a   (id.) 

Bile 

Sen  g£ 

Pitta  (id.) 

Calme 

Jaku  ^  (~jô  ~f£,  ~metsu 

*Sânta   (santa),   vyupasama  (vu- 

~«) 

pasama) 

Conception  (Concevoir,  etc.) 

sô  ?g 

Sarhjnâ  (sannâ) 

Condition 

En^ 

Pratyaya   (paccaya) 

Contact 

Soku  J$§ 

Sparsa  (phassa) 

Contrecarrant 

Taijiftfê 

Pratipaksa  (patipakkha),  pratik 
sepa  (patikkhepa) 

Convoitise 

Ton  ^ 

Lobha  (id.) 

Culte 

Kuyô  £t  5^ 

*Pûjâ  (id.) 

Dégagé 

Ri* 

*Vio 

Dégoût 

En  Wt 

Nirvid,  nirveda  (nibbidâ) 

Demeure-pure 

jôgo*f  m 

Suddhâvâsa  (suddhâvâsa) 

Divin 

Ten  ^ 

Divya  (dibba) 

Fantasmagorie 

Gen  g] 

Mâyâ   (id.) 

Flegme 

Tan  ^ 

Slesman  (semha),  kapha 

Humeur 

Doku  ^ 

Dosa  (dosa) 

Icône,  Image 

Zô  $. 

♦Pratimâ  (patimâ),  bimba  (id.) 

Mystère 

Mitsu  fl* 

*Guhya 

Ressource 

E  «; 

Nisraya  (nissaya) 

Sorti-de-la  famille 

Shukke  ft^t 

Pravrâjita  (pabbajita) 

Sublime 

Myô  ££ 

Super-sapience 

Zà]àei$±m 

Adhiprajnâ 

Transgression  (Péché  de  ~  de  la 

Otsubinisai  MWcftL$£ 

[Vinaya-]atisâra  (id.) 

Discipline) 

Vacuité 

Kû  £ 

Sûnyatâ  (sunnatâ) 

II  SUPPLÉMENT 


II.  LISTE  ADDITIONNELLE  D'ABRÉVIATIONS  BIBLIOGRAPHIQUES. 

Bskd.      Bussho   kaisetsu  daijiten   xn   $»##?  tft^f^r  %']'  Zl%-   Ono    Gemmyô   'Mf£$>,    etc. 

Daitô  Shuppansha  -fc  ^  ft  fjiJÔk,  Tôkyô,  1933-1936. 
Ccan.      Kampa  shibu   shiagon  goshôroku  fë  E  M  r$  M  N"  ^  fi  M  $c    (Comparative    Catalogue   of 

Chinese  Âgamas  and  Pâli  Nikâyas).  Akanuma  Chizen  ^^^yjfe.  Hajinkaku  shobô  $£  p$ 

l$#J§>  Nagoya,  1929. 
Ibkj.       Indo  bukkyô  koyûmeiji  jiten  ÉD  /£  f#  Ifc  f£]  ^Éf  4a  1$  1$  •)&  •  Akanuma  Chizen.  Hajinkaku  shobô, 

Nagoya,   1930-1931. 
Kyik.      Kokuyaku  issaikyô  clv  (jH  ^  -i-  \J)  fjg.  g"  3£  -f-  J^  jjfl-,  Daitô  shuppansha,  Tôkyô,  1930-1936. 
Mdjt.      Mikkyô  daijiten  m  $  |fc  ;*;  |$  ||  H  %.  Ecole  Spéciale  du  Tôji  M^rMf^^fâffîW;-  Naigai 

shuppansha  fa  *f\.  ftjjjjtjfrb  Kyoto,  1932-1933. 
Moch.     Bukkyô  daijiten   flîft^Cfftjft"   Mochizuki  Shinkô  I?  ,£!  fg  ^  ,  etc.   iv  vol.  parus,   Tôkyô, 

I93I-I935- 
Msyu.     Meisha   youn    kaisetsu    P,|  i£bj^  Mf#?f£-    Yabuki    Yoshiteru   ^  Bfc  Jg|  )të| .    Iwanami    shoten 

J^f&#^.  Tôkyô,   1933. 
Okan.     (ôtani  Kanjur  Catalogue  :)  A  comparative  analytical  Catalogue  of  the  Kanjur...  Sakurabe  Bunkyô 

®  nftjjtijt  etc-  ôtani  Daigaku  Library,  Kyoto,  1930-1932. 
Rnkk.     Rishukyô  no  kenkyû  ïl  H  @  fêft  ^l  •  Toganoo  Shôun  #5fc^j|£§|.  Kôyasan  daigaku  ^  ff  \\\ 

;fc^,  Kôyasan,  1930. 
Ttib.       A  complète  Catalogue  of  the  Tibetan  Buddhist  Canons  (Bkah-hgyur  and  Bstan-hgyur).  Ui  Hakuju 

^  ^  f Ô  ^  >  e*c-  Tôhoku  Impérial  University,  Sendai,  1934. 
T.  P.      T'oung  Pao,  Leide,  1890 — . 
TZ.         Taishô  shinshû  daizôkyô  zuzô  xn^jH^ff^-^^^gl^-p^l^  (The  Tripit-aka  in  Chinese, 

Picture  Section).  Daizô  shuppan  kabuskiki  kaisha  ;fcjjfe  &¥$Lffil&'§£JÔik,  Tôkyô,  1932-1934. 

[Les  chiffres  romains  placés  après  le  sigle  TZ.  se  rapportent  aux  volumes  de  cette  publication, 

et  les  chiffres  arabes  à  la  pagination  continue  de  chaque  volume,  telle  qu'elle  est  indiquée  dans 

la  marge  intérieure  des  pages  :  ainsi  TZ.  V,  329=Taishô...zuzô,  vol.  V,  p.  329  de  la  pagi- 
nation continue.] 
Zzds.      Zuzô    daishûsei    v    ^&%M$L3L%-    Bukkyô    chinseki    kankôkai    fàtfcï^ilïl]  If  #, 

Tôkyô,  1932-1934. 


III.  ADDENDA. 

P.  190  b  ,0.  Butto  (ch.  Fo  t'ou)  entre  aussi  dans  la  te.  du  nom  de  Buddharaksa,  traducteur  de  la  fin 
du  IVe  s.;  Ttt.  2059  1  (328  b).  La  te.  Feou  t'ou  ^JK"  pour  Buddha  se  retrouve  jusque  sous 
les  T'ang  dans  le  nom  du  moine  ch.  Feou  t'ou  hong  ffij§[  $/,,  qui  vécut  aux  environs  de  l'an  700. 
Ce  personnage  passait  pour  être  versé  dans  les  mathématiques,  la  géomancie,  la  divination  ; 
c'est  évidemment  par  fantaisie  de  lettré,  et  pour  en  imposer  aux  fonctionnaires  et  aux  poètes 
avec  lesquels  il  frayait,  qu'il  avait  pris  ce  nom  d'allure  archaïsante.  Les  chroniques  bouddhiques 
ne  le  mentionnent  même  pas  ;  il  n'est  connu  que  par  les  histoires  profanes,  qui  le  classent 
parmi  les  "magiciens"  (f|  Jjjfiis  xci,  11  b;  Jjtf  il£,  cciv,  5  b). — Sur  les  te.  archaïques  de  «Buddha», 
cf.  la  discussion  de  MM.  Hou  Che  et  Tch'en  Yuan,  résumée  et  critiquée  dans  Bibl.  Bouddhique,  vu. 

P.  204  b44.  D'après  l'Histoire  des  Tch'en  (|^^,  n,  2  a),  c'est  cette  même  dent  du  B.,  la  première 
parvenue  en  Chine,  qui  aurait  été  retrouvée  plus  tard  et  que  l'empereur  aurait  vénérée  en  557  ; 
cf.  Pelliot,  T.  P.  xxxii,  p.  281  n.  Le  Nan  che  ^j£,  ix,  7  b,  et  la  chronique  bouddhique, 
Ttt.  2035,  xxxvii,  352  b,  ne  reproduisent  pas  cette  tradition. 

P.  212  a  38.  Autre  passage  sur  la  peinture  dans  le  Mûla-sarvâstivâda-vinaya,  T.  1451  xxxvm  (399  b-c)  : 
Immédiatement  après  le  Parinirvâna,  Mahâ  Kâsyapa,  qui  se  trouve  au  Venuvana-kalandaka- 
nivâpa  de  Râjagrha,  averti  par  le  tremblement  de  terre,  conçoit  des  craintes  pour  la  vie  d'Ajâta- 
satru  :  si  le  roi  apprend  la  fatale  nouvelle  trop  brutalement,  il  risque,  vu  sa  ferveur  de  néophyte, 
d'en  mourir  "en  crachant  le  sang".  Kâsyapa  fait  peindre  par  les  soins  du  ministre  Varsakâra, 


SUPPLÉMENT  III 


sur  les  murs  d'un  prasâda  situé  dans  un  parc,  les  principales  scènes  de  la  vie  du  B.  :  le  quintuple 
examen  au  Tusita  ;  la  triple  purification  de  Mâyâ  par  les  Devaputra  ;  la  conception  du  Bs.  sous 
la  forme  d'un  petit  d'éléphant  ;  la  sortie  de  la  ville  ;  les  six  années  d'austérités  ;  l'Éveil  sur  le 
siège  de  Diamant  ';  la  triple  prédication  à  douze  aspects  sur  les  quatre  Vérités,  à  Bénarès  ;  le 
grand  miracle  de  Srâvastî  ;  la  prédication  pour  Mâyâ  chez  les  Dieux  Trente-trois,  et  la  descente 
à  Sânkâsya  par  le  triple  escalier  de  Joyaux  ;  l'oeuvre  de  conversion  en  tous  pays  ;  le  Parinirvâna. 
Varsakâra  fait  voir  ces  peintures  au  roi,  en  les  lui  expliquant  ;  arrivé  à  la  scène  du  Parinirvâna, 
le  roi  tombe  évanoui.  On  le  plonge  successivement  dans  huit  caisses  remplies,  les  sept  premières 
ds  beurre  cru,  la  huitième  d'eau  parfumée  au  santal  gosîrsa  ;  il  revient  alors  à  la  vie. — L'épisode 
des  huit  caisses  est  rapporté  indépendamment  par  Paramârtha,  sans  celui  des  peintures  (Mél. 
ch.  et  b.,  i,  25-26). 

P.  212  a  t0.  Ce  passage  a  été  signalé  dans  Mél.  ch.  et  b.,  1,  352,  par  M.  Waley  qui  traduit  :  «  May  we  not  at 
least  make  images  of  Bodhisattvas  in  attendance  upon  you  ?  »  Cette  interprétation  est  impossible 
pour  un  texte  comme  le  Sarvâstivâda-Vinaya,  et  la  note  de  M.  Waley  est  inacceptable.  Tout  au 
plus  pourrait-on  supposer  que  le  mot  shi  (ch.  che,  «  to  attend  »),  qui  s'explique  mal,  a  été  interpolé 
par  un  copiste  ch.  mahâyâniste  que  ce  passage  déconcertait.  M.  Waley  signale  d'autre  part  (p.  353) 
le  texte  du  Mûlasarv°-Vinaya  que  nous  avons  résumé  p.  211  b 2'"43  ;  mais  la  traduction  qu'il  en  donne 
est  incomplète  et  inexacte  :  dans  ce  deuxième  texte  tout  comme  dans  le  premier,  il  n'est  pas 
question  d'  «  images  of  the  Buddha's  earthly  semblance  »  ;  la  prose  dit  simplement  (T.  1452,  v, 
434  b)  «  une  image  en  jambu  »,  et  les  stances  qui  précèdent  et  qui  suivent  spécifient  bien  qu'il 
s'agissait  d'une  image  du  Bodhisattva  (cf.  aussi  T.  1456, 518  c).  Un  peu  plus  loin  (T.  1452,  v,  434  c), 
pour  justifier  sa  requête  de  rendre  un  culte  à  l'image  du  Bs.,  Anâthapindika  dit  au  B.  :  «  Lorsque 
le  B.  était  Bs.,  ne  lui  rendait-on  pas  un  grand  culte  (kuyô,  litt.  «  entretien,  offrandes  »,  sk.  pujâ  ?)  ?  » 
— «  Oui  »,  répond  le  B.,  et  il  l'autorise  à  rendre  un  culte  à  l'icône  de  jambu  ;  puis  à  orner  cette 
image  de  joaillerie  (yôraku,  sk.-  keyura),  parce  que  le  Bs.  en  portait — mais  à  l'exception  des 
anneaux  de  chevilles  et  des  pendants  d'oreilles  ;  puis  à  fabriquer  pour  l'image  un  char  (ou  palan- 
quin), parce  que  le  Bs.  circulait  en  palanquin  ou  en  char  ;  puis  à  l'abriter  d'un  dais  et  de  bannières, 
à  l'orner,  etc.,  toujours  en  raison  du  même  précédent.  Les  détails  du  culte  de  l'icône  sont  ensuite 
indiqués,  toujours  avec  référence  au  culte  que  l'on  rendait  au  Bs.  lorsqu'il  était  prince  royal.  Les 
Moines  se  mettent  à  couvrir  leur  couvent  d'images  peintes  et  à  leur  offrir  des  parfums,  des  guir- 
landes de  fleurs,  de  la  musique...  Les  sept  catégories  de  fidèles,  clercs  et  laïcs,  viennent  assister 
au  culte,  et  Anâthapindika  institue  une  assemblée  dite  du  Bodhisattva,  avec  distribution  de  Dons 
aux  assistants  ;  puis  il  institue  une  assemblée  dite  du  jour  de  naissance  du  Bs.  (à  cette  occasion 
il  est  autorisé  à  installer  un  autel  à  parfums  devant  l'icône  de  jambu),  une  autre  dite  de  la  5e  année 
(commémorant  la  coupe  du  chignon  du  Bs.  en  sa  5e  année),  une  autre  dite  de  la  6e  année  (commé- 
morant le  rétablissement  du  chignon),  puis  enfin  une  grande  assemblée  dite  du  Buddha,  pour 
laquelle  il  est  autorisé  à  faire  une  [nouvelle  ?]  image  en  jambu. — La  liaison  entre  le  culte  royal 
et  le  culte  et  l'iconographie  bouddhiques  apparaît  ici  nettement  ;  cf.  Mus,  Le  Buddha  paré, 
BEFEO,  XXVIII. 

P.  214  a  ".  Le  Smrtyupasthâna  (qui  date  des  environs  de  l'ère  chrétienne,  cf.  S.  Lévi,  Pour  l'histoire  du 
Râmâyana,  J.  As.  1918, 1)  a  un  autre  passage  fort  développé  sur  la  peinture,  T.  721  xlviii  (286  c- 
289  a).  Yama  et  sa  suite  de  Dieux  visitent  un  stûpa  contenant  une  image,  en  or  jambunada, 
du  B.  Kâsyapa,  le  prédécesseur  de  Sâkyamuni  ;  sur  le  mur.  du  stûpa,  à  côté  de  l'icône,  est  inscrit 
le  texte  d'un  sûtra  du  B.  Kâsyapa  définissant  treize  dharma  dont  les  Moines  doivent  se  garder, 
sous  peine  de  ne  pouvoir  cultiver  l'Extase,  ni  réciter  les  textes  saints,  ni  gagner  le  Nirvana.  Le 
3e  de  ces  dharma  est  la  peinture.  La  pratique  de  cet  art  est  interdite  à  ceux  qui  sont  Sortis-de-la- 
famille,  car  elle  ferait  renaître  en  eux  le  Désir.  Pour  eux,  la  peinture  doit  s'entendre  en  un  sens  tout 
spirituel  [sur  l'Esprit  qui,  pareil  à  un  peintre,  crée  les  Passions  et  toutes  les  variétés  du  Formel, 
du  monde  matériel,  v.  Samyuktâgama  cité  Hôbôgirin,  121  b  ;  cf.  aussi  Uttaratantra  d'Asanga, 
td.  Obermiller,  208-209]  :  leur  Esprit  «  peint  » — se  peint  à  lui-même,  se  représente  par  la  contem- 
plation intérieure,  par  le  «  dhyâna  » — les  cinq  gati  avec  les  «  couleurs  »  propres  aux  différentes 
sortes  de  karman,  d'Actes  qui  caractérisent  les  différents  Etres  dans  chacune  de  ces  gati.  P.  ex.,  il 
[se]  peint  la  gati  des  Dieux  avec  la  couleur  pure  d'Actes  blancs,  c.-à-d.  bons.  Pour  la  gati  humaine, 
les  couleurs  sont  variées  :  les  hommes  riches  et  moraux  sont  «  peints  »  en  couleur  karmique  blanche, 
les  hommes  riches  et  immoraux  en  couleurs  karmiques  blanche  et  noire,  les  hommes  pauvres  et 
moraux  en  rouge  et  en  blanc,  les  hommes  pauvres  et  immoraux  en  noir,  bs  hommes  adonnés  à  la 
Mauvaise-volonté  et  au  Désir  en  noir  et  en  jaune  ;  pour  un  homme  né  roi  ou  ministre,  mais  qui 
se  conduit  mal,  le  blanc  karmique  s'efface  et  le  noir  augmente,  etc..  C'est  là  ce  qu'on  appelle  la 
«  peinture  karmique  spirituelle  »  (sk.  citta-karma-citra  ?),  seule  digne  des  Moines.  Quant  à  la 
peinture  matérielle  {rûpa-citra  ?),  elle  n'a  de  valeur  pour  un  Moine  ni  en  elle-même,  car  elle  est 


IV  SUPPLEMENT 


destructible  comme  tout  ce  qui  est  matériel,  ni  par  les  objets  auxquels  elle  s'applique  ;  elle  ne 
porte  que  sur  des  Domaines  Objectivés  par  les  Organes  des  sens — p.  ex.,  de  jolies  femmes — ,  elle 
n'est  que  trouble  de  l'Esprit,  Attachement  au  Formel  impermanent,  Désir  impur.  L'artiste  mon- 
dain, «  brûlé  par  le  feu  de  sa  peinture  »,  est  destiné  à  l'Enfer.  Aussi  le  Moine  doit-il  se  garder  même 
de  toucher  à  un  pinceau. 

P.  223  b51.  Le  Mûla-sarvâstivâda-vinaya,  T.  1451  xxxviii  (399  b,  28),  déclare  expressément  que  le  Bs. 
"prit  la  forme  d'un  petit  d'éléphant  pour  naître  dans  le  ventre  de  sa  mère",  ce  qui  est  conforme 
à  la  thèse  Mahâsânghika  et  contraire  à  celle  de  l'école  Sarvâstivâda. 

P.  230  a  12"24.  La  formule  sk.  des  quatre  Vérités  médicales,  qui  correspond  à  celle  du  Yogâcâryabhûmi- 
éâstra,  se  trouve  dans  la  Bodhisattvabhûmi,  éd.  Wogihara,  p.  96  (=T.  1481,  m,  903  a)  ;  elle  est 
presque  identique  à  celle  que  cite  Yasomitra  dans  la  Vyâkhyâ  du  Kosa,  sup.  225  a. 

P.  232  b 23.  Sûtra  cité  dans  un  manuel  de  Yoga  compilé  par  Kumârajîva  au  début  du  Ve  s.,  T.  616 11  (294  b)  : 
«  Ce  pourquoi  les  Êtres  des  dix  points  cardinaux  possèdent  un  corps,  c'est  exclusivement  pour 
subir  la  Douleur  ;  c'est  pour  cela  qu'ils  naissent...  S'il  n'y  a  ni  corps  ni  esprit,  la  vieillesse,  la  mala- 
die, la  mort  et  les  tourments  n'ont  rien  à  quoi  s'attacher  ;  de  même  un  vent  mauvais  peut  briser 
un  grand  arbre,  mais  s'il  n'y  a  point  d'arbre  le  vent  n'a  rien  à  détruire.  » 

P.  232  b  34.  Cf.  la  parabole  du  bon  médecin  et  de  l'aveugle-né,  dans  le  Lotus  (Burnouf,  82  sqq.).  Le  texte 
sk.  mentionne  à  deux  reprises  les  trois  Humeurs,  et  comme  de  juste  la  version  ch.  en  compte 
quatre. — Sk.  éd.  Kern-Nanjio,  p.  133  :  Vâtikâh  paittikâh  slaismikâh  samnipâtikâsca  [vyâ- 
dhaya]=T.  263  m  (85  b)  :  «  Le  Vent  (vâta),  le  Froid  (slesman),  le  Chaud  (pitta),  le  heki  [ch.  p'i, 
«  chyme  accumulé  dans  l'estomac  ou  dans  les  intestins,  constipation,  indigestion  »  :  il  s'agit  proba- 
blement du  guru  de  Yi  tsing,  dosa  de  l'Elément  solide,  cf.  sup.  228  b,  254  a],  voilà  les  quatre 
maladies.»— Sk.  p.  136  :  Yathâ  vâta-pitta-slesmâna  evam...=T.  263  in  (85  c)  :  «  ...les  quatre 
maladies...  » 

P.  234  a 36*40.  Ici  encore  le  Mûla-sarvâstivâda-vinaya  est  en  désaccord  avec  l'Abhidharma  de  l'école  : 
le  Kosa,  Tt.  1558  xv  (83  a)  [=K.  Lav.  iv,  127],  déclare  en  effet  que  chez  les  Saints  le  déséquilibre 
des  Eléments — cause  de  la  maladie — n'est  jamais  une  rétribution  des  Actes. 

P.  235  b  8.  Sur  les  maladies  "simulées",  v.  déjà  le  sûtra  cité  par  Kumârajîva  dans  son  cm.  du  Vimalakîr- 
tinirdesa,  S.  Lévi,  J.  As.  1927,  11,  117  (pour  le  conte  de  la  vache  qui  donne  son  lait  au  B.  malade, 
cf.  Ecke-Demiéville,  Twin  Pagodas  of  Zayton,  p.  51). 

P.  239  b  81.  Le  Smrtyupasthâna,  T.  721  xlviii  (285  c-286  c),  compte  la  médecine  parmi  les  treize  sortes 
d'activités  nocives  pour  les  Moines.  Elle  est  une  source  de  convoitise,  de  jalousie,  etc.  ;  les  médecins 
n'ont  qu'un  désir,  c'est  qu'il  y  ait  beaucoup  de  malades...  La  tâche  d'un  vrai  sramana  est  de  guérir 
les  Êtres  des  trois  Passions,  et  non  des  trois  Humeurs  corporelles  (dosa)  qui  ne  durent  qu'autant 
que  dure  le  corps. 

P.  242  b  7.  Mâyâ  elle-même,  étant  enceinte  du  Bs.,  guérit  déjà  les  malades  par  l'imposition  de  sa  main 
droite  sur  leur  tête  ;  Lalitavistara,  vi,  p.  71  =T.  187  il  (551  b). 

P.  243  a4.  Cf.  le  mythe  de  1'  "arbre  médicinal"  dans  l'appendice  mahâyâniste  de  la  "Yogâdârabhûmi" 
td.  par  Dharmaraksa,  T.  606  vu  (230  b)  :  Naguère  cet  arbre  apparut  soudain  dans  les  airs,  recou- 
vrant tout  l'univers  de  ses  branches.  Ses  émanations  détruisirent  celles  de  tous  les  végétaux 
vénéneux  ;  il  fit  croître  et  prospérer  l'univers  ;  tous  les  gens  de  bien  furent  en  paix  ;  les  territoires 
élevés  furent  abaissés,  les  bas  furent  élevés  ;  la  grande  paix  régnait,  il  n'y  avait  plus  ni  monts  ni 
vaux  ;  il  pleuvait  une  rosée  douce  de  Joyaux,  tout  le  monde  était  dans  la  joie... 

P.  246  b  40.  Au  viie  s.  Hiuan  tsang  vit  partout  en  Inde  des  asiles,  dits  punyaiâlâ  ou  dharmasâlâ,  où 
l'on  distribuait  aux  indigents  médicaments  et  nourriture  (Watters,  Travels,  1,  288,  328,  n,  286). 
Cf.  aussi  R.  Mookerji,  Local  Government  in  Ancient  India,  Oxford,  1920,  p.  275  sqq. 

P.  252  b11.  Sur  l'équivalence  dosa=klesa,  cf.  E.  H.  Johnston,  JRAS,  1930,  p.  862,  873,  et  td.  du 
Saundarananda,  p.  79,  n.  37. 

P.  260  a8.  Le  ch.  "ji"  correspond  bien  au  sk.  arsas,  rendu  en  tib.  par  gzan  'brum  "hémorrhoïdes"  ; 
le  titre  sk.  est  Arsa-prasamani-sûtra.  Cf.  Okan.  n08  213,  645  ;  Ttib.  n08  621,  1020. 

P.  261  a  9.  Le  rite  de  l'opération  symbolique  de  la  cataracte  au  moyen  de  la  salâkâ  est  décrit  en  sk.  dans 
un  texte  tantrique  conservé  avec  un  cm.  en  vieux-javanais.  Cf.  K.  Wulff,  Sang  Hyang  Kamahâyâ- 
nan  Mantrânaya,  Copenhague,  1935,  p.  24  ;  H.  v.  Glasenapp,  OLZ,  1936,  col.  486. 

P.  264  a  24.  Un  des  ouvrages  de  T'ao  Hong  king  contient  un  démarquage  taoïste  du  Sûtra  en  42  articles  ; 
cf.  l'étude  de  M.  Hou  Che  analysée  dans  Bibliographie  Bouddhique,  vu. 


BIND1KG  SSCT.  JAN1T  1966 


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